DE LA FONDATION
DE
hùn et proche les mun de la Ville et de oe -qu'on a pu remarquer Jufquet à ta deitruolUon
par les Wormans.
OHAPITRS X*'.
tjlgmjl'^GLisB de Saint-Christophe et le cimetière établi sur le bout du bras droit de la montagne de Laon , persévérè- Irent en leur entier jusques au temps de Brunehault, fille d'Atanagilde , roy des Yisigoths-, et de Gadsunde , son épouse. Cette Bruna ou Brunehault fut prise pour épouse par SIgebert , roy d'Austrasie , en Tannée de N.-S. 563 ou environ. Les historiens' remarquent que cette reine avoit du respect et delà
(1) Dupleix, Hist. Franc., Tom 4. — Aimoin, de gestis Franc, Lib. 4. — SIgebert... Saint Grégoire-le-Grand...
vénération pour les saints, qu'elle rétablissoit avec joie leurs églises , et qu elle en fondoit de nouvelles en leur honneur , entre lesquelles la nôtre non-seuleofient est du nombre , mais encore tient le premier rang, a Neo tamm^ dit Aimoin^ eœ ioto :» ità vecors eœsUiit^ quin Dei ac sanctorum ejus memorias à prcB' X) decessoribtis structas, venerabiliter eoccoleret, ipsaque novas fu' x> bricando devotè multiplicaret, Nam in suburhano Laudunensiba- » silicam in honorem sancti Vincentii construxit, » ' L'historien Sigebert, Jean d'Ypres. abbé de Saint-Bertin , Robert Gaguin', et saintGrégoire-le-6rand louent beaucoup BrunetauU pour son affection aux églises , dont elle a bâti un si grand nombre , qu'Aimoin' s*estonne qu*une femmequine régnoit qu'en Austrasie et en Bourgogne» ait pu ainsi en eslever en divers lieux de France. Ce qui est encore très- considérable, c'est qu elle estoit très- magnifique en ces bàtimens, qu'elle faisoit faire d'un ouvrage admirable, comme le remarque Sigebertde cette manière:
(1) Degestis Francorum, lib. 4, cap. iO. — Toute dénaturée qu'elle » était, Bninehaut tenait pourtant en hooneur les églises de Dieu et des saints ]> que ses prédécesseurs avaient bâties. Elle en multiplia même le nombre , ]> édifiant de nouveaux temples à Dieu, entre lesquels on compte celui de » Saint-Vincent, dans le faubourg de Laon... »
(2) Sigebert , auteur d*nne Chronique et de plusieurs vies de saints, appartient au il« siècle.
Jean d*Ypres, ou Jean-le-Long , bénédictin , vécut dans le 14«. Dom Luc d'Acbery a Êdt son éloge dans le Spicilège; il mourut en Tabbaye de Saint- Bertin, à Saint-Omer, le 2 janvier 1384.
Robert Gaguin fût le 20« général de Tordre de la Rédemption des captif; il vivait dans le 15^ siècle. Nous avons de lui une HUtoire de France, latine, et une Histoire romaine fort recherchée des bibbomanes. Il composa même plusieurs pièces de poésie latine, entre lesquelles un Poème sur V Immaculée Conception de Marie,
(3) Âlmoin , bénédictin , est auteur d*une Histoire de France en cinq livres; les deux derniers furent achevés par une main étrangère. On lui reproche d'avoir donné trop large part aux légendes, et de citer comme faits des récits fabuleux et des miracles apocryphes. 11 mourut en 1103, à Tabbaye des bénédictins de Fleury-sur-Loire.
— ca —
<t QxkXB BruiMchildis , eùm itd umbI insohM^ tamen Dei ieeUiias iià » honoraiat ; plura etiam 8<mctorum cœnohia fundavit et cedifieia » admirandi operis oùniruxit\i> Aimoin remarque que la plupart des églises et monastères qu'elle bâtit furent consacrés à saint Martin , se confiant en son assistance qu'elle demandoit avec instasce*.
Il est croyable qu'elle fit consacrer celui-cy à Saint-Vincent pour la même raison , pensant peut-estre qu'ayant pris naissance en Espagne aussi bien qu'elle, le saint auroit plus d'inclination pour l'assister en ses desseins. Outre que la dévotion pour saint Vincent s'estoit beaucoup augmentée en France dans ce temps; car le roy Ghildebert» ayant vu le miracle de la tunique de ce saint au siège de Sarragosse , en Espagne', apporta cette re« liqne en France et bâtit un monastère au faubourg de Paris,
(1) « Bnmehaut, malgré ses mauvaises qualités, avait poifftanten honneur » les églises de Dieu. Elle fonda plusieurs monastères , et donna aux édifices » religieux qnWe bâtit des proportions admirables. »
(8) De gestis Francorum , ut supra. — Multis quidem aliis in loeis , 9ub namine sancH Martini magnificas pmdavU eedestas, iUum iibipra cœteri$ aé^tUorem fore eonfidens ^ e&nfidendo exposcens.
(3) Childebert et Clotaire , son frère , ayant mis le siège devant Sarragosse, en Espagne, étaient sur le point de se rendre maîtres de la ville, lorsque les liabitans, réduits à Textrémlté, résolurent de ne mettre plus leur espoir et leur confiance qu'en Dieu. Ils se revêtirent de ciliées , se couvrirent de cendres , et duinkant des psaumes , portèrent en grande pompe autour des murailles de la ville h tunique de saint Yineent, leur concitoyen. Les femmes étaient en deuil, M Grégoire de Tours^ et elles marchaient, les cheveux épars, comme si elles eteent été à reaterrement de leurs maris. Childebert et Clotaire , ne voyant pis d*abord ce qui se passait sur les murailles , crurent que cette assemblée forfiise da personnes préparait quelque maléfice aux assiégeâns. Mais instruits far un espion que le seul but des habitans était de fléchir la miséricorde divide et d'obtenir la levée du siège , ils en furent touchés et firent la paix avec les ^sigoths à deux conditions: la première, que Tarianisme serait banni de FEspagne , et la seconde , que la précieuse relique de saint ^cent leur serait donnée. La tunique du saint martyr fut donc apportée à Paris en grande pompe et quelques années après, Childebert foisait bâtir, pour Fy déposer, la célèbre abbaye de Saint-Germain-dès-Près .
sous le nom de St^Vincent ; c*e8t aujourd*hoySl-Gerroain-dès- Préz. Outre encore que selon la remarque de Grégoire de Tours et de Fortunat de Poitiers, la plus grande partie des églises dédiées à saint^Yincent sont de ce temps-cy. Une autre raison ebligeoit, ce semble, lareine Bninebacilt de dédier cemonastère à saint Vincent , parce que Laon estoit son lien de plaisance, sinon son siège royal. Les anciens mémoires nons donnent cecy à connottre , car nous voyons une fontaine au pied de la montagne, qui esl dite encore aujourd'buy \sl fontaine Bruruhaultj du nom de cette reine d*Âustrasie. Jean dTpres tient que c^est elleqniafoit ftdre la cbaussée dite BrtmehauU depuis Cam* bray jnsqoes à Arras et d'Arrasjusques àTeroûenne, en Boulenois, présentement détruite par Cbarles-le-Quint, roy d^Espagne, en 1552.
Nous suivrons Jean dTpres, pour Tannée de la fondation de cette abbaye de Saint-Vincent, laquelle il rapporte en Fan 580, ce qui ne manque pas de probabilité. Car Brunehault est venue en FYance vers Tan 563 ou 566 ; elle n^aura pas bâti ce monas<> tère incontinent après son arrivée, c'est pourquoi je crois qu'il peut estre mis en ce temps-cy» vu qu'on ne voit rien d*assuré du contraire. Je ne trouve rien de cette fondation par Brunehault dans les cartulaires de Saint-Vincent qui puisse prou ver Tannée dans laquelle il a esté bâti.
Quant à la fondatrice , nous dirons en peu de mots sa fin déplorable. Cette femme malheureuse , exerçant sa cruauté sur toutes sortes de personnes, sans épargner même le sang royal, comme TafBrment Aimoln et les autres historiens qui prétendent qu'elle fit mourir quatorze roys ou fils de roys, attira sur soi la haine de tout lé monde Jusques à un tel point que Clotaire résolut de se défaire d'elle par quelque moyen qu'il trouveroit le plus propre. Il feignit dcf vouloir Tépouser , Tappella , et lui ayant donné un sauf-conduit avec sa parole, la fit venir à soi.
Cette femme trop crédule, s'estant parée des habits royaux et fait accompagner à la royale , se présenta à Clotaire, lequel Tayaut vue, lui dit ces paroles: a Ah! ennemie de Dieu, pour-
» quoi avez-vous eu la témérité de faire tant de maux ? Vous » avez fait mourir ia plupart des rejetons de la race royale; vous ft avez suscité votre mari, le roy Sigebert, mon oncle, à s*es- B lever contre son frère, ce qui lui a donné une mort avancée. » Mon frère Mérovée a esté haï de mon père qui l'a fait mourir » à votre occasion .Vous avez fait tuer le roy Ghilpéric ; Thierry 9 a tué son frère Théodebert parce que vous lui avez persuadé » qu'il n'estoit pas son frère, etc. » Enfin, après que Gotaire loi eût fait sa confession et confusion en présence de toute Tarmée, ayant pris conseil de ses principaux capitaines qui la condamnèrent à des peines et à un supplice inouïs, ilfitamener un cheval indompté, à la queue duquel on l'attacha par les bras et par les cheveux. Le cheval fut excité à courir, ce dont il ne tarda guère; et dans Timpétuosité de sa première course il lui cassa la teste avec ses pieds ferrez et dispersa toute la cervelle de costé et d'autres. Le reste de ses membres fut aussi dispersé par les cbemiiis raboteux, les halliers , les buissons , les rochers et autres lieux par lesquels le cheval les traîna. Les ossemens de Brunehault furent ramassés et consumez par le feu. C*est pourquoi si le tombeau de Brunehault, assez connu dans ces quartiers, est ainsi appelle de cette reine, il faut dire que ses cendres y ont peut-estre esté ensevelies. Cependant quelques historiens disent que les cendres de cette reine ont eu sépulture en Téglise abbatiale de Saiot-Martin-d'Autun, dans laquelle on a trouvé quelques charbons. Il faudroit alors interprêter ce tombeau de Brunehault autrement.
La prédiction de la Sybille, comme remarque Sigebert en sa chronique, fut vérifiée par cette mort désastreuse : cr Ventet » Bruna de partibus Hispaniœ , anie cujus conspectum gentes vel » gentium reges peribunt. Ipsa vero calcibus equorum dirupta » peribit * » *
(1) « Bruna viendra des pays d'Espagne; à sou approche les nations ouïes « rois des nations périront. Mais elle-même périra broyée sous les pieds des » chevaux. »
OBAPTtBlB Zt.