‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 24 sur 116 · ET ÉVÊQUE DE UON · texte numérisé non relu

ET ÉVÊQUE DE UON

ENDANT que révoque Ostroald tenoit le siège épiscopal de Laon , le comte Begon qui avoit épousé Judith y fille, de Femperenr Louis-le-Débonnaire', fut possédé dii malia esprit à Laon , et sa femme se retira en Tabbaye de St-Jean-Baptiste en la cité de Laon , pendant toutes les guerres civiles, d'où elle fut tirée par les enfons de Tempereur et conduite à Verhem et de là à Sainte-Radegonde de Poitiers , où elle fut contrainte de se faire religieuse. Ces malheurs n'estoient que des àvantrcoureurs de ceux qui dévoient bientôt envelopper la France ; car pendant que Simon , successeur d'Ostroald , gouvemoit Tévêché , en 845 , les Normans entrèrent en France , et après avoir esté vivement repoussez des costéz de Flandre et

(1) Judith fut la seconde femme de Louis-le-Débomiaire , et non sa fille. Elle fiit forcée à prendre le voile dans Tabbaye de Sainte-Radegonde , par Pépin, fils de Louis, lequel était irrité que son père eût , à T instigation de Judith , fait un nouveau partage de ses états. C'est la princesse Algraide qui épousa Begon , comte de Paris.

de Fembouchure de la Seine, ils entrèrent par l'Aquitaine. C'est ce qui obligea les religieux des champs de se retirer dans les villes et entr*autres les religieux de St-Bavon * qui portèrent les reliques de leur saint patron et de sainte Pharaîlde en sûreté dans la ville de Saint-Omer ; Enkeric estoit alors leur abbé. Il ne faut pas douter que les religieux des villes et des campagnes autour de Laon ne s*y soient réfugiez aussi , entre lesquels furent ceux de Saint-Quentin , avec les reliques de leurs saints patrons , comme nous dirons dans la suitte. Cette abbaye de Saint-Yincent estoit comme TasUe de tous ces pauvres réfugiez.

Dans ces temps ^ Tévéque Simon estant décédé, Pardule fut mis et sacré évèque de Laon en sa place par Tarchevêque de Reims y Hincmart , qui le tira de son église en laquelle il exerçoit l'office d'archidiacre. Il assista en qualité d'évéque à pinceurs conciles , entre autres à celui de Tours en 840 et aux deux de Soissons , en 853.

Hincmart , archevêque de Reims , fit plus tard évéque de Laon un autre Hincmart , son neveu , qu'il avoit eslevé dès sa jeunesse en Téglise de Reims. Il estoit natif de Boulogne en Picardie ; il assista au concile de Metz en Tan 858 et à plusieurs autres en 859 , 860 et 861 , au troisième de Soissons en 866 , et enfin il fut accusé au concile de Yerberie , en 869 , pour ses excommunications immodérées jettées sur les habitants de Laon ; à cause de ses propres affaires , pour le serment de fifiélité qn*il avoit faussé au roy et pour avoir osté par violence lés bénéfices à ceux qui les possédoient justement*. Craignant

(1) De Gand.

(2) Les accusations portées contre Hincmar de Laon ont été jugées diversement par les différens historiens. Fût-il coupable en refusant d'adhérer à la décision du roi qui mettait un seigneur laïque en possession d'un bénéfice dépendant de réglise de Laon? Son appel au pape était-il une défense légitime? Pouvait-il, sans blesser les droits de son métropolitain, recourir au seul tribunal qui pouvait le juger, le tribunal pontifical? Il est permis de penser que les griefs accumulés contre le malheureux évoque n'eurent pas tous leur pcincipe dans le droit et dans la justice. Adrien 11 répondant à la lettre du concile

un jugement désavantageux, il en appella au pape Adrien ii; maison prononça la sentence, nonobstant cette appellation. Le pape escrivit en sa faveur au roy €liarle8-le-*€hauve • mais l*arefaevéque , son oncle , ayant reçu le bref de sa Sainteté , publia nne apologie par laquelle il déclara que Pévèque de Laon estoit condamné pour n'avoir point obéi à son métropolitain et « avoir excommunié les habitants de Laon à cause de ses propres intérêts. Il fat cité au concile d*Attigny, en 870» meAsAl s'enfuit avant la décision de la cause.

On assembla un autre concile en 87i , à Douzy, et sa cause y fat jugée ; il fut déposé au mois d'août de la même année , estant confiné en une prison pour deux ans et privé de la lumière des yeux , conime il nous l'apprend en son épttre au pape Jean VHP,

On élut en sa place Hédénulphe pour estre évéque de Laon , en 876 , lequel assista à plusieurs conciles tenus en 876 et 878 , auxquels Hincmart de Laon demandoit d'estre rétabli en son siège et Hédénulphe d'en estre déchargé. Hais le pape Jean YIII* confirma la déposition du premier et l'élection ou subrogation du second'. Hédénulphe estoit prêtre de la cathédrale lorsqu'il fut élu évéque et sacré par ses comprovinciaux en 977.

L'histoire de la translation du corps de saint Sébastien , apporté de Rome à Soissons , en l'année 822 , marque un accident mémorable arrivé à Ostroald , évéque de Laon. Ayant publié en un de ses sermons que son peuple devoit s'adresser à Dieu

de Douzy et à celle de Charles-Ie-Ghauve , disait que les actes apportés contre Hincmar de Laon n*oflEraient pas de preuves suffisantes ; qu'après tout , puisqu'il criait dans le concile qu'il voulait se défendre devant le siège apostolique , il ne Mait pas prononcer de condamnation contre lui, le seul moyen de tout décider étant qu'il vint à Rome et que sa cause fut examinée sur les pièces présentées pour ou contre lui... L'infortuné prélat n'en obtint pas l'autorisation. « Si Charies-le-Chauve et Hincmar de Reims eussent écouté , dit un historien » de nos jours , les conseils et les avertissemens du pape , c'eût été à la mé> » moire de l'un et de l'autre une grande tâche de moins. » (i) Âimoin, De gesiis Franc. Lib. 5, cap. 37.

dans la cathédrale de Laon , pour y estre soulagé dans ses né* cessitézy sans aller prier à St-Médard de Soissons, en grande ibule, les^ reliques de saint Sébastien, paroissant par là révoquer en doute la vérité de ces reliques ; la nuit suivante il fut rudement flagellé par le même saint Sébastien» acc(»npagné des saints Grégoire et Médard S ce qui l'obligea d'aller fiûre satisfaction en personne devant les reliques du même saint Sébastien à Soissons et de raconter sa triste aventure à tons les religieux de Saint-Médard dans le chapitre qu'il fit assembler exprès de tous les moines de Tabbaye.

(1) Ex sœculo quarto henedictino, parte i:

UfM t9fi9ill8l.

Page 1