‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 50 sur 116 · EN CETTE MAISON · texte numérisé non relu

EN CETTE MAISON

E siècle estoit vraiment le temps du salut dont parle Fapôtre, ecce nunc dies salutis, puisque c'estoU un siècle de sainteté dans lequel on trouve plus d*âmes élues qu'en aucun autre. -La raison de cecy est que pour lors la dis* cipline ecclésiastique estoit en vigueur et observée dans toute régUse par s uitte de la vigilance des prélats et du bon ordre ^ue les pasteurs apportoieiit à la conduite de leurs troupeaux. Ce qui faisoitq^ue personne ne pêchoit impunément; car la punition des censures sqivoit le crime de bien près; les interdits , les excommunications estoient formidables en ces temps, et le refus des sacremens faisoit faire restitution des biens ou de Thonneur tôt ou tard. Outre que la dévotion estant fort imprimée dans les esprits , les coupables avoient des remords de conscience , lesquels les obligeoient'à venir d'eux*mémes faire sa-

tisfaction publitpie des crimes et excèz qu'ils avoicnt commis contre les maisons religieuses.

Nous avons un fameux exemple de ce genre de satisfaction faite en ce temps dans la personne d'Anselme , comte de Ribemont, père deGodefroy, lequel Anselme, après avoir fondé les monastères d'Anchin, près de Gambray, et de Saint- Nicolas-des-Prèz, sous Bibemont \ estoit sur le point de se rendre en Terre-Sainte avec Godefroy de Bouillon , en 4095. Sentant que sa conscience lui reprochoit les torts et dommages qu'il avoit faits à notre abbaye de Saint-Vincent % avant de se mettre en cbemin pour accomplir son vœu , il vint en ce monastère de Saint-Vincent 9 et là, ayant fait assembler tous les religieux de là communauté en chapitre , il y demanda humblement pardon de sa témérité et de sa faute. Il estoit alors teste nue Qt prosterné à terre comme un criminel; pour une plus grande et pluâ entière satisfaction, il voulut même que chaque religieux en particulier lui donnât un certain nombre de coups de fouet sur ses épaules dépouillées à ce sujet. Il donna ensuitte à cette abbaye le droit de vinage et de franc-charriage par toutes les terres de ses seigneuries , sçavoir, Mézières et Bibemont, voulant qu'on fit un acte authentique de cecy, lequel reste encore aujourd'huy dans les cartulaires de cette abbaye de Saint- Vincent pour marque éternelle de son humilité , de sa soukttission et de sa pénitence'. Il mit ensuitte cet acte sur Tautel , selon Tancienne coutume.

(1) Ce monastère , fondé par Anselme , était dédié à la Sainte-Vierge et à saint Nicolas. Le noble comte Tavait fait construire dans une vallée contigûe à son château, et Vexemptant de tout droit et de toute servitude, Tavait doté des fermes de Lucy, de Montigny, &. Les restes du couvent de Saint-Nicolas , autrefois abbaye de bénédictins, sont aujourd'hui une propriété particulière.

(2) Anselme avait usurpé quelques terres appartenant à l'abbaye de Saint- Vincent.

(3) Le môme fait est rapporté encore dans une charte de Barthélémy, évéque de Laon, datée du 23 mai 1133, dont nous avons une copie sous les yeux: Cùm Anselmu§ de Ribodimonte, pater Godefridi, monasterio Sancii-Vin^

Ub autre seigneur, voisin de Ribemont , estant sur le point de partir avec le eomte Anselme, laissa cette abbaye de Saint* Vincent héritière de tous ses biens. Cet héritage est dû à i*exeinpledu pieux comte lequel falsoit parottre sa piété en plusieurs occasions , assistant aux cérémonies des saints , dans leurs églises, aux jours de leurs festes, comme diverses chartes font foi qu'il assistoit aux diverses solennitéz de Saint-Quen*tin.'S*cstant mis en voyage pour la terre-sainte , il eut soin de flftire un journal de sa route et de l'envoyer à Manassés, archevêque de Reims, comme le témoigne Guibert de Nogent. An selme estoit aussi généreux que noble et habile dans les armes; il eut bonne part au commandement de l'armée de terre-sainte, et Dieu voulut y couronner sa vie de la gloire d'une espèce de martyre. La veille qu'il mourut, Ingelran de Goucy , son cousin, lequel estoit décédé peu de jours auparavant, lui apparut en songe et Tavertit de purger sa conscience par le saint sacrement de pénitence, attendu qu'il devoît décéder le jour suivant n se disposa donc à la mort qui ne tarda pas à venir pour lui; car le lendemain , pressant le siège d'une petite ville de rAsie , il fut ttié d'un coup de pierre ; on le tient pour saint dans le comté de Ribemonti Cette croisade fut résolue par le pape Urbain II, à la sollication de Pierre L'hermite, au concile de Clermont en Auvergne , en 1095.

La dévotion envers la très^sacrée Mère de Dieu commença à s'augmenter , lorsqu'en cette même année 1095 , le pape Urbain II ordonna dans le concile de Clermont , en présence de

eentii, in suburbio Laudunensi, mutta mala fecisset, tandem, gratta divinâ cor ^us visitante, reatûs mi pœnitentiam agens, se in capiiulo Sancti-Vineentii ftagellari fecit, ipsique monasterio in eleemosinam et damnorum quœ fecerat recompensationem , de omnibus quœ fratres Cœnobii ipsius earricare vellent , tolum vionagium ad castellariam Ribodimontis pertinens , sive in castello , sive apud Macerias , Sancto-Vincenlio in perpeiuum condonavit atqm indè donum super allare posait.

treize archevêqaes et de leurs sulTrogants , que Toffiçe de Notre-Dame se diroit tous les jours au chœur et qu'on feroit office simple de la même Mère de Dieu tous les samedis de Tannée, lesquels ne seroient empêchez par aucune fest€;ou férié d^oblîgation. Cest Jean de Guise qui m'apprend cçtte vérité en son Miroir historial ; les actes du concile de Giermont en font encore foy. Ce concile ayant esté assemblé, comme nous Tavons dit, pour la croisade et rexi>éditioQ de la terre-sainte^ sous Pierre L*hermite , et Taffaire ayant esté conclue, le pape prit la sainte Mère de Dieu pour protectrice de cette entreprise importante et afin de Tobliger à donner son secours, il commanda du consentement de tous les Pères du même concile , que les clercs récitassent Toffice de Notre-Dame de la même manière que les* moines ermites du cardinal Pierre Damien avoient coutume de le réciter, selon rinstitution du même cardinal\ La récitation de cet of6ce a esté tellement observée en ce monastère depuis ce temps , qu'on ne Tomettoit jamais qu*en de grandes solennitéz ; elle n'estoit même pas omise la veille de Pâques Outre Texacte récitation de cet office , il a toujours existé , en ce monastère , une singulière vénération pour la Mère de Dieu. On y faisoit très-fréquemment la pro" cession à sa chapelle pendant la semaine , soit après vespres , soit après laudes ou avant la messe.

La messe matutinaiie estoit ordinairement suivie d'une autre grande messe qu'on appelloit de Beatà et qui se disoit à l'autel de Notre-Dame. Les festes de la Mère de Dieu estoieot presque toutes de premier ordre; il est vrai qu'une obligation particulière a toujours convié les moines de notre abbaye à en user de là sorte : c' estoit à cause de la possession qu'ils avoient des

(1) U( horariœ precés et laudes, qtim vulgo Dei Genitricis appellare consueverunt , in officium apud monachos eremiitas institulionis Pétri Damian frequentari eœplœ , ex illis deducerenlur ad clericos à qiiibus dUjnè , ex animo, eidem sanciissimce Virgini persolvi deherent. ^.

biens.de l'ëglise canoniale et cathédrale de Pierrepont, laquelle estoit dédiée à la Sainte-Yiei ge , comme nous Tavons dit plus haut*. La feste de la Visilalioa a este fondée de premier ordre, en 4540» par un prieur claustral appelle Pierre Poitevin.

(1) Livre 4, page lOâ.

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