CHAPITRE XV
MEURTRE CRUEL DE GÉRARD DE GÉRISY • , ARRIVÉ DANS L'ÉGLISE CATHÉDRALE PAR LA CONJURATION DEL'ÉYÊQUE.
■rt^fc
h arriva que trois ans après la consécration de Tévêque Waldric, un gentilhommiB qui estoit très-brave , nommé Gérard de Cérisy, châtelain deTabbaye de Saint- Jean, petit dé corps mais adroft en ses actions , eut le vice , aussi bien que sa femme , de ii*épargner personne en ses paroles. C'est ce qui lui fit encourir riodignatîon d'Ingeîran de Boves et de la comtesse de INamur , sa femme adultère et incestueuse. ïl s'attira aussi Tindignation de Tévèque Walcfric par les médisances qu'il fit sur son compte ; ce qui fit que révoque se lia avec d'autres personnages que le même (Jérard avoit aussi offensez et qu'il conjura, avec eux sa mort, admettant même dans la conjuration dos dames de la première qualité. L'évèque, voulant néanmoins couvrir «on crime,. laissa l'exécution de cet odieux dessein à ses associez ,et partit pour Rome afin d'y rendre ses vœux aux saints apôtre^. U seiplt en chemin au mois de novembre, vers là feste de Saint-Martin et demem*a dans Rome jusqu'à- ce qu'il eut appris la^ nK)rt de Gérard de Cérisy.
(1) Ou Quierzy.
Le vendredi dans l'octave de Noël, Gérard de Cérisy se levant de bon matin et montant à cheval, accompagné de quelques cavaliers , vint faire ses prières dans la cathédrale. Il s'arrêta à l'entrée de l'église devant l'image du cruciûx, pendant que ceux de sa compagnie alloient faire leur prière devant divers autels de l'église ; alors les sentinelles des conjurez allèrent au palais épiscopal rapporter aux domestiques de Tévêque que Gérard, seigneur de Cérisy, estoiten l'église faisant ses prières. Aussitôt Rorigon, le frère même de Tévêque , prit ses coupe-jarrets et tous les conjurez s'estant armez d'épées sous leurs casaques , se rendirent à la cathédrale par un chemin caché. Gérard prioit, appuyé contre un pilier vers le milieu de la nef de la cathédrale , son manteau rejette sur Tépaule et ses mains estant jointes devant sa poitrine. L^un d*eux l'enveloppa si bien dans son manteau et le tint si étroitement serré qu'il ne put en aucune façon se remuer ni se servir de ses mài-ns pour se deffendre. Alors il lui dit ces mots : et Ta es pris, Gérard.» Çelui-cy s' estant retourné le col pour Voir, qui c'estoit (car il estoit borgn.e ,) lui répartit : a Sors » d*icy, vilain pécheur.» Incontinent l'autre répartit à Rorigon, frère de l'évêque : « Frappez.» Aussitôt il le frappa au front et au néz. Gérard se sentant blessé, leur dit: aConduisez- » moi où il vous plaira.» Incontinent les autres redoublèrent l^llr coups sur lui. Gérard , voyant que c'estoit tout de bon , eut recours à la Mère de Dieu ,. s'escriant à haute voix : a Sainte* Vierge , aidez-moi ï> Sancta Maria , adjuva me. Et il mourut aussitôt avec une patience extraordinaire.
Les deux archidiacres Gauthier et Guy , lequel estoit aussi thrésaurier, estoient de la conjuration ; ils coupèrent les jambes et le col au defftirnt. Il y avoit alors peu de personnes dans l'église lesquelles entendirent la voix plaintive de l'assassiné , et elles n'osèrent epcore ouvrir la bouche , tant elles estoient effrayées. Le meurtre estant achevé, les meurtriers et les conjurez se réunirent dans le palais épiscopal et plusieurs personnes des premières de la ville avec eux. Le prévôt royal qui
s'appelloil pour lors Yves, ayant fait assembler les gens du roy avee la bourgeoisie et les officiers de Fabbaye de Saint- Jean-en •la-cité dont Gérard eàtoit avoué et chatellain , assiégea, saccagea et brtila les maisons des meurtriers » cbassant en outre ceux-cy de la ville. Les archidiacres avec les autres principaux des leurs qui estoient.de la conjuration , poursuivoient aussi Içs meurtriers, quoique par ruse et fantaisie, voulant en cela faire paroître la fidélité qu'ils dévoient à leur évéque.
Waldric ayant appris ces agréables nouvelles à Rome, fit en sorte d'apaiser le pape et d*éteindre le soupçon qu'il eut pu avoir de sa personne , touchant cette action; IMui ofifrit à cet effet des présents, ce ^ui lui servit beaucoup, puis s*en retourna, de Rome à Laon, beaucoup plus gai qu'à l'ordinaire.
Cependant on fit venir Hucbert , évéque de Sénlis , lequel avolt esté déposé pour cause de simonie quelque temps anparavant-et la cathédrale fut réconciliée par son ministère. Guibért, abbé âe Nt>gent, fit le Germon dans eetté circonstance, en ayant esté prié .par Anselme, doyen de la cathédrale. Il prit pour texte ces paroles du Psalmiste : Sâi/t;umr me fàc , Detu, quonmni ihtraverunt <tquœ in animam meam '.
Guibert ensuftte , de l'autorité de Tévéque qui reconrâlioit régltsè , dénonça'pour excommuniez les meurtriers de Gérard ainsi qt^ç f»Uâ îenn fauteurs et conseillers ; ce qui le fit haïr des eotnpi^s du meurtre qui estoient exilez de la ville et par^ tietillèremefit dé rarchidiacte Gauthier. Leroy Louis-le-Gros deson eoslè, fit saisir tout ce qui àppartenoit à l'évéqae Waldricet enleva de sa' maison. éi»scopale tous les meubles qui s'y troUVoient.
(1) « Sauvez-moi, Seigneur , car les eaux de la tribulation ont fait irruption sur mon âme.» (Ps. 68.)
Une partie de ce discours est rapportée dans les oeuvres de Guibert de Nogenl, lib. S, De Vitâ sm, cap. 5.
OEUUPimiE V.