PLUSIEURS MISÈRES
'9'ÉvÉQU£ Waldric, muni des bulte^di^ pape qtt^ilayoit . fXf obtenue» pour sa décharge, partit de Rome l)ien joyeux ^èMMa^pour s' eu retourner en France. 1^. archidiacres et autres que Guibert de Nogent avoit déclarez excommunié^ at^ lèrent au-devant de lui et le rencontrèrent vers le fleuve appelle l'Ëlette. Il les reçut à bras ouverts avec les baisers et autres signes d'amitié que raSection a coutAime d^olTrir aux plus fidèles amis. Sans-doute ils ne manquèrent pas de l'informer de toute leur belle tragédie et de la catastrophe qui en avoit esté la suitte, n'oubliant pas de lui faire connoitre tous ceux qui lui avoient esté contraires et de lui faire sçavoir en particulier que la sentence d'excommunication avoit esté prononcée par Guibert. Ce qui fut cause que l'évéque, passant par l'abbaye de Nogent, la première qu'il rencontroit en venant dans son diocèse , ne s'y arrêta pas, contre sa coutume , mai^ fut loger à Couey avec toute sa suitte , presque à la porte de la même abbaye*.
(1) L'abbaye de Nogent était située sous Couey , prôs la petite rivière de V Ailette; Guibert prétend (ju'elle fut bâtie sur les ruines d'un temple de Druides , dédié comme celui de Cliartrcs , à la inèiti du Messie futur. (Guib. De Vitâ Suây lib. 2.) Quoiqu'il eu soit de frttc assertion et de celte liistoire
L*évéque fit venir Tabbé Guibert trois jours après son arrivée à Coucy ; mais celui -cy entrant dans la maiton ëptscojpale et la voyant remplie d*excommuniéz et d*hômieide9 fut tout surpris. Néanmoins il promit à Waldrie , après àYôîr vu les lettres de sa Sainteté^ de l'assister de tout son pouvoir. Il remarquoit bien cepeiidant que Tévèque estoit complice du meurtre, cec(ui paroissoit visiblemèoi en ce qu'ingeiran de Boves et la comtesse, ~sa femme, laquelle avoit aiguisé les épées des meurtriers par ses paroles, estoicnt assis aux deux costés de révéque.
romanesque, il est certain qu^au XI<> siècle existait à Nogent une chapeUe dédiée à la très-sainte Vierge et renommée depuis des siècles pour les nombreiix miracles qu'y multipliait la mère de Dieu. Vers cette époque (1059) Albéric, seigneur de Coucy , et Âdéline , sa femme , résolurent de placer des moines près de cette chapelle et d'y faire célébrer régulièrement Toffice divin. Leur projet ne fut- mis à exécution qu'en 1076 ; des religieux furent tirés alors de Saint-Remi de Reims et placés à Nogent sous la règle de saint Benoît. Le monastère, pauvre et modeste d'abord, reçut bientôt pour dotation les églises de Pierremande , Champs , Bichancourt et Folembray. Ses revenus s'accrurent encore dans la suite des âges et les évéques de Laon se plurent à le doter. Au milieu du il^ siècle , l'abbaye de Nogent possédait onze fiefs , trois pii-» eurés , trente-sept cures ou chapelles dans les diocèses de Laon , Soîssons , Amiens, Noyon et Beauvais ; son abbé jouissait à lui seul de 14,000 livres de revenus.
Cette abbaye avait haute , moyenne et basse justice snr tous ses domaines ; les sdgneurs^de Coucy faisaient serment de garder avec fidélité tons ses privilèges et 4e la défendre contre quiconque essaierait de lui porter dommage. Le monastère lui-même rendait de temps immémorial aux seigneurs dé Coucy un hommage qui prouve, dit don Lelong , la folie du règne féodal. Trois fois par an, les jours de Noël, de Pâques et de la Pentecôte , le fermier de l'abbé entrait le matin à Coucy , par la porte de Laon , monté sur un cheval Isabelle ayant la queue et les oreilles coupées. Il portait devant lui un semoir plein de blé et un panier remjpli de petites pâtisseries , nommées rissoles ', mélange de viandes bâchées cuites à l'Mle et de farine.de seigle. Uif chien roux, sans oreilles et sans queue , le suivait et portait lui-même à son cou une rissole. Trois fois le fermier faisait le tour d'un lion de pierre assis sur une dalle supportée par trois autres lions couchés. S*il manquait quelque chose à l'équipage, un clou aux fers du cheval , une rissole au cou du chien, &. l'équipage
Il y avoil d'autre part ordre du roy que Waldric . n'entrât pa9 dans Lapn et celui-ey se van toit avec un^ arrogance téméraire qu'il y entireroit , accompagné de soldats , et qu'il ferolt avec leur aide ce que les rois et Jes empereurs ne pourroient jamais foire. U loua donc des soldais , puis néanmmns jugea 7)108 à propos de s'arranger pacifiquement avec le roy que d'user de violeo.ce. Il se servit d'entremetteur poujr pacifier et accorajmoder l'affaire du meurtre de Gérard , tant pour sa propre perçonne^que pour celle de ses complicea.
De Coucy, Waldric alla dans l'abbaye de Saint-Nicolas-auxbois* où il fit une assemblée dans laquelle il menaçoitd extout entier était confisqué. Si au contraire la cérémonie se passait dans les règles convenues , le fermier mettait pied à terre , embrassait le grand lion et recevait Uacte de son hommage scellé d*un cachet représentant un abbé crosse et mitre dont rextjrémité du corps se terminait en pieds de bouc. Philippe d'Orléans, apanagiste des domaines de Coucy, convertit plus tar4 (1741) Toffrande des rissoles en une rente de 150 livres au profit de l'Hôtel-Dieù de Coucy; mais l'hommage fut rendu jusqu*à l'époque de la révolution.
En 1789, il n'y avait plus que cinq religieux dans l'antique monastère de Nogent-sous-Coucy. Plusieurs bâtiments de l'abbaye subsistent encore ; ils sont une propriété particulière.
(1) Cette abbaye , occupée par des moines bénédictins , était située dans la forêt de VoaSj ou forêt de Saint-Gobain, à deux lieues de LaFère.
Fondée , vers 1080 , par quelques pieux ermites qui en défrichèrent l'emplacement et y bâtirent une chapelle, l'abbaye de Saint-Nicolas prit de rapides accroissements : cinquante années après , elle envoyait ses religieux gouverner les abbayes de Saint-Pierre de Lagny , de Saint-Eloi de Noyon , de Saint-Michel-en-Thiérache et de Saint-Martin de Tournay. Aux XlVe et XV^ siècles , elle subit les horreurs des guerres et fut pillée par les Anglais: Au XYI® , ruinée dans les guerres de religion par les Calvinistes , elle se releva néanmoins et répara ses pertes. Un de ses abbés , Maroni , évoque de Bazas , rétablit la discipline dans son enceinte et releva la plupart de ses édifices ; vers 1670 ^ elle adoptait la réforme de la congrégation de Saiut-Maur.
L*abbaye de Saint-Nicolas , comme la plupart des monastères bénédictins , possédait une école fameuse où Ton venait , des pays lointains , puiser l'instruction et la science. Vers 1256, trois gentilshommes flamands qu'elle formait aux études, ayant chassé avec des armes, mais sans chiens , sur les propriétés
communier ceux qui avoient chassé de la ville les meurtriers et leurs complices ou confisqué leurs biens Notre abbé Adalbéron estoit présent à cette assemblée , avec les autres abbéz du diocèse, à Tun desquels' Guibert de Nogent dit secrètement et à l'oreille que Tévêque devroit excommunier tous ceux qui avoient pollué sa cathédrale par le meurtre. L'évêque voyant que Guibert parloit de lui-: a Quoi, dit-il , que dites-vous , a IMfonsieur l'âbbé ? » L'archidiacre Gauthier répondit pour lors : H y a quelque temps que Monsieur Fabbé disoit: faites a ce que vous avez comoieneé. »
L'évêque ayant excommunié les innocents et voyant que tous les bourgeois de Laon et ses diocésains lui vouloient mal de ce qu'il n excommunioit pas les complices du crime ou du moins qu'il tardoit trop, à force de changer d'avis, les excommunia aussi afin d'oster le soupçon qu'on avoit de lui.
Le peuple de Laon estoit semblable à son prélat et n'àvoit pas plus de crainte de Dieu en ses actions que lui-même. Il né cberchoit qu*à rapiner, mettoit en prison les pauvres paîsans qui entroient dans la ville pour les obliger de se racheter par de grosses rançons '; la famille et les chevaux du roy n'èstoient pas exempts de ces vexations.
d'Enguerrand IV, sire de Coucy, ce dernier, jaloux de ses droits seigneuriaux, les lit pendre sans autre forme de procès. Le roi saint Louis , informé de cette affreuse violence , fit arrêter le sire et sans-doute il Teût condamné à la pdnedu talion, si les pairs, parents d'Ënguerrand et en même temps ses juges, n'eussent conjuré le roi de lui faire grâce de la vie. Saint Louis le con-r damna néanmoins à une forte amende qui servit à faire bâtir THÔtel-Dieu de Pontoise , le couvent des Dominicains et l'église, des Cordeliers , à Paris. Il l'obligea en outre à fonder deux chapelles où l'on dirait tous les jours la messe pouï* ces jeunes gens et à servir pendant trois ans, à ses fhiis , dans la terre-sainte. Engu^rrand racheta cette dernière obligation moyennant 1,^00 livrés au profit des chrétiens d'outremer. Quelques raines , existant encore aujourd'hui, sont les seuls restes de l'abbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois.
(1) Guibert, De Vità Sua, lih. 3, cap. 7.
Notre abbaye de Saint- Vincent se ressentit aussi du misérable estât du païs , car la aoblesse n'avoit pas non plus de orainte de Dieu et vexoit tous ceux qu'elle pouvoit. De là vient qu*un nommé GlareïnbauU du Marché , avec ceux de sa suitte» prit malheureusement les hommes et les bestiaux Je eette abbaye de Saint- Vincent , aûn d'en tirer une forte rançon. Il prétendoit les avoir pris sur Jes terres de Glacy, dont il estoit seigneur ; enfin , après leur avoir fait beaucoup de mal , pour surcroit de malice, il retint /en temps de moisson , six bœufs de cette abbaye et fit pjayer quinze livres peur les dommages qu'il prétendoit avoir esté faits. Notre abbé Adalbéron fit à Tévéque sa plainte des vexations que son* abbaye sotiffroit par la malice de cet homme, lequel s'estant rendu contumace , après avoir esté cité plusieurs fois devant Tévêque , qui pour lors avoit pris la judicature de tout ce qui regarde les églises , fut excommunié juridiquement , n'ayant pas comparu. Il demeura un an et deux mois dans son excommunication ; enfin il se présenta en jugement devant Tévèque , promettant de restituer à notre abbaye les dommages et intérêts que notre abbé Adalbéron prouveroit avoir esté faits par lui ou ses domestiques. Maïs, comme la somme à laquelle il fut condamné estoit fort considérable , et qu'il n'avoit pas de quoi y satisfaire , il accorda que les pasturages de sa seigneurie de Clacy seroient communs aux tenanciers de Çaint-Vincent et aux siens , à la réserve des terres et prairies seigneuriales. Guinimare, son beau-père , et ses autres amis lui a voient conseillé d'en user de la sorte , ce queTévèqae Waldric loua et approuva, faisant dresser de cela un acte par maître Anselme ^ et excommuniant publiquement dans sa cathédrale tous ceux qui y çontreviendroient.
La malice au temps faisoit que les prélats usoient fréquemment du glaive de l'anathème , particulièrement en ce pais où tout estoit corrompu et où la ipalice estoit si grande qu'aucun païsan n'osoit venir en la ville avec sûreté de sa personne. Mais retournons à notre évèque.
C8BAPITRE VZ.