MONASTÈRES
£îlf£ " pieux évêque Barthélémy signaloit sa renommée par ^U^ ses belles actions , non-seulement dans son diocèse et lA^f if ^ en France , mais encore en Espagne où il alla rendre visite au roy Alphonse , son parent. Celui-cy , ravi de voir un si grand personnage en sa cour , tâcha de Ty attirer une seconde fois et voici à quelle occasion. Barthélémy ayant présenté requête au roy pour obtenir de Sa Majesté Catholique le corps de saint Vincent , martyr, patron de notre abbaye et le cha- subie que la Mère de Dieu donna à saint Hildefonse, archevêque de Tolède, afin de faire servir ces deux précieuses reliquei à enrichir son église cathédrale et notre église abbatiale, Il -')^ roy lui promit ces deux trésors , à condition qu'il retournerof^ ., . ^^ une seconde fois lui rendre visite. Mais les affaires du diocèse n'ayant pas permis à rilluslœ évêque de faire un second voyage, la ville et l'abbaye de Laon furent privées de ces grandes richesses. Depuis nos abbéz ont obtenu une partie du gosier de saint Vincent, laquelle est avec d'autres reliques dans une
châsse à costé de Tévangiie du grand autel de cette abbaye et un ossetnent du bras du môme saint Vincent enchâssé dans un reliquaire particulier portant sa qualité en cette inscription ancienne: Brachium sancU Vtncentii, levitœ et martyris* et au bas sont ces deux autres mots : Simon ahbas*. C'est le nom de Vabbé qui a fait faire ce reliquaire après les ravages des Anglois.
Le bienheureux évoque Barthélémy, se voyant dans l'impuissance de retourner en Espagne pour ennoblir son diocèse par la possession des deux reliques dont nous avons parlé toutà-Pheure , compensa ce défaut par ces soins et par ses cbaritéz accompagnez de la vigilance que demandoit son ministère épiscopal II chercha à enrichir $on diocèse de saints vivant sur terre , aûn d*avpir leurs reliques et leur intercession pour lui et tout son peuple fidèle après leur mort.
C'est ce qui Tobligea de bâtir tant de nouveaux monastères des ordres de Saint-Bernard et de Saint-Norbert dans son diocèse. L'abbaye de Foigny le reconnoît pour son père aussi bien que pour son fils ; pour son père , car elle le vénère comme son fondateur; pour son fils, car elle lui donna l'estre religieux, lorsque ce prélat , se démettant de son évêché de Laon , vint passer les deux dernières années de sa vie en cette abbaye de Foigny. Il fonda ce monastère en Tan 112i et le donna à saint Bernard après le refus que saint Norbert en avoit fait. Les religieux de Clairvaux y entrèrent le onzième jour du mois de juillet '. Le premier abbé s'appelloit Rainaldus ; sous son gou-
(1) « Bras de safnt Vincent, lévite et martyr. »
(2) « Simon, abbé. »
(3) Douze religieux , une humble demeure bâtie de leurs mains , une petite chapelle dédiée à la très-Sainte- Vierge, tels furent les commencements du monastère de Foigny. Pendant trois années les moines n'eurent aucune dotation et vécurent contents de ce modeste asile. Mais les libéralités des seigneurs de Coucy, de Guise, de Rumigny, &, les secours particuliers de Barthélémy, évoque de Laon, mirent bientôt les pieux cénobites en état de faire bâtir un vaSte mo-
vernement le monastère- de Foigny s'augmenta de telle sorte qu'on y compta deux cents religieux en peu de temps. L'église fut aussi bâtie avec diligence et dédiée à la Mère de Dieu le onzième jour de novembre , après avoir esté achevée en trois années. On y célèbre la feste de sa dédicace le 14 du même mois par un privilège du pape Qonorius.
La piété , la magnificence et le zèle de Tévêque Barthélémy pour augmenter le nombre des lieux saints et celui des serviteurs de Dieu ne se' termina point icy. Gar^ outre les abbayes de Prémontré, de Saint-Martm de Laon et de Foigny dont nous avons parlé , il en fonda encore plusieurs autres, sçavoir, Tabbaye de Cuissy *, de Tordre de Prémontré/Tabbaye deThe-
nastére et une magnifique église. La consécration de celle-ci eut lieu en 1124 et fut faite par Barthélémy, en présence de saint Bernard , de plusieurs abbés et d'une multitude innombrable de fidèles. Les moines de Foigny , jusque vers le XIV® siècle, observaient la discipline la plus rigoureuse et la plus stricte régularité ; leur occupation était le travail des mains , la prière , la lecture ; ils exerçaient Thospitalité avec un zèle et un^dévouement dignes des premiers âges de réglise. Mais le relâchement s'étant introduit peu à peu dans Tenceinte du couvent, la ferveur première disparut et au XVII» siècle, don L'Argentier, abbé de Clair vaux, fut obligé d'y établir la réforme.
Le monastère , voisin de la forteresse de La Gapelle , fiit souvent ruiné dans les guerres qui désolèrent la fhiérache et la Picardie. Au XIV® siècle, il était saccagé par les Anglais , brûlé , au XV«, durant les troubles des Orléanais. Aux XVI« et XVn« siècles, il éprouvait les désastres des dissensions civiles et de l'invasion d'Espagne. La révolution de 1789 fut le dernier coup porté à son existence; il tomba comme la plupart des édifices religieux qui ornaient notre terre de France. La demeure des Renaud , des Barthélémy , de ce bienheureux moine Alexandre qui vint ensevelir à Foigny ses espérances et son nom royal sous la robe de frère convers, n'est plus; ses restes sont aujourd'hui une propri^ particulière.
(1) Cette abbaye était située à six lieues de Laon, dans un lieu proche de la rivière d*Aisne et sur le penchant d*un6 colline renommée pour ses vignobles. Un doyen de la cathédrale de Laon, Luc de Roucy , qui vers 1116 , renonçait à sa dignité et à sa charge pour se retirer à Cuissy-, près d'une chapelle dédiée à la Sainte-^yierge , en e$t considéré comme le premier fondateur.
nailles % même ordre > en Tannée 1130; c*Q3toit un lieu qui
Quelques chanoines s'étaient joints à lui ; les pieux solitaires s'occupaient à coa< vertir les .âmes et prêchaient Tévangile du salut au milieu des populations environnantes. Vers 1122, Barthélémy, évéque de Laon, désireux d'étendre dans son diocèse Tinstitut de Saint-Norbert , pressa Luc de Roucy et ses confrères d*embrasser la règle des prémontrés. Ils le firent et le nouveau monastère doté des largesses des seigneurs voisins , favorisé de la bienveillance et de la sollicitude de révéque Barthélémy , prit bientôt une grande extension. Cent ans après il .donnait naissance à Tabbaye de Genlis, près Chauny , à celle de Lieu- Restauré , aii diocèse de Soissons ; le village du Gros-Disy était construit encore par Philippe-Auguste sur une partie de ses domaines. Mais Tabondance et les richesses introduisirent bientôt le relâchement dans Tintérieur du couvent; la réforme devint nécessaire et Tun de ses abbés, Michel de Castelnau, fut forcé de Ty introduire en 1642... L'abbaye de Cuissy était la quatrième abbaye de Tordre de Prémontré, son abbé jouissait de nombreux privilègeâ, comme ceux de Saint-Martin et de Floresse il était conseiller de Tabbé général et père de l'ordre; dans son enceinte se tenait le chapitre général de la réforme.
A la suite de la révolution française , les moines de Cuissy se retirèrent au nombre de huit dans le village de Trucy , près Laon , et continuèrent à y vivre dans la soumission et Tobéissance la plus entière à leur abbé. Il y a quelques années s'éteignait le dernier rejeton de ces vénérables cénobites , don Minel , dont la dernière parole était une parole de résignation et d'amour, et la dernière œuvre un bienfait.
(1) Thenailles est situé aune demi-lieue de Vervins. C'était, au Xll« siècle, un endroit inculte , entouré d'eaux et de bois , remarquable toutefois par l'aménité de son site. Souvent Barthélémy, dans ses courses épiscopales , avait remarqué ce lieu et l'avait jugé propre à abriter des vertus monastiques. Lorsqu'en 1120 saint Norbert vint à Laon, avec l'intention exprimée de se fixer dans le diocèse , le prélat lui offrit Thenailles ou le lieu dit Foigny , mais le saint refusa , s'excusant sur ce qu'une autre solitude lui était destinée de Dieu. Barthélémy fit l'offre alors de ce lieu à Gauthier , premier abbé des prémontrés de Saint-Martin de Laon et lui persuada d'y placer douze de ses chanoines sous la conduite de l'abbé Walfride ; ainsi fut fondé le monastère de Thenailles. L'évéque de Laon , par une charte de 1135, éteignit le cens que les religieux étaient obligés de payer à l'abbaye de Saint-Michel , propriétaire du terrain où ils s'établirent; ses largesses encore consolidèrent l'existence du monastère. Enrichie des bienfaits d'un si magnifique fondateur , Thenailles prit un rapide accroissement; quelques années après c'était, disent les auteurs de la Gatde
appartenoit à l*abbaye de Saint-Michel en Thiéracbe ^ l'abbaye de Clairfontaine S même ordre encore et même année, Tabbaye de VauclercS de Tordre de Saint- Bernard ou de Glteaux,
Chrétienne, une abbaye remarquable qui grandit par les âges et finit toutefois par tomber au milieu dès guerres qui désolèrent la France. Relevé au XVe siècle, puis détruit encore, le monastère répara quelque peu ses ruines sous ses abbés commendataires; à '^'époque de la révolution française, il ne comptait jplus que six religieux vivant avec la plus stricte et la plus sévère parcimonie.
(1) Clairfontaine (Clarus fons) , lieu ainsi nommé à cause de la limpidité des eaux qui Tentouraient.
C*est au sein de la Thiérache , près de la forteresse remarquable de La CapcUe, que fut fondé d*abord ce nouveau monastère de prémontrés. Un seigneur de Guise, nommé Guy, en avait cédé l'emplacement à un pieux solitaire, Albéric, qui lui-môme proposa à saint Norbert de lui remettre sa solitude et d'entrer dans son ordre ; mais le saint n'accepta pas , ne voulant point, dit don Lelong, profiter des travaux d'autrui. Albéric étant mort, la terre revint par suite des largesses de Guy, puis de sa veuve Méchaine (11Î6) à l'abbaye de Prémontré , et Hugues , successeur de saint Norbert , y construisit avec l'aide de Barthélémy un vaste monastère (H 30). Ruinée dans les guerres des Anglais , des Calvinistes et des Espagnols , l'abbaye fut transférée , an XVII« siècle , par les soins d'Hélie , un de ses abbés , dans la ville de Villers-Cotterôts. Louis XIV, par un édit de 1671 , confirma cette translation , les évéques de Soissons et de Laon y donnèrent leur consentement ; Innocent XI la ratifia en 1676, à cette condition que la cure serait réunie à l'abbaye après résignalion volontaire du titulaire actuel.
(( Les prémontrés, dit don Lelong , auroient probablement mieux fait de con- (( server leur première demeure où est située une grande partie de leurâ biens « avec la seigneurie et la cure. Clairfontaine, comme plusieurs autres .ab- « bayes des environs , subsiste roient peut-être en meilleur état que le refuge « de Villers-Cotterôts occupé par quatre ou cinq religieux de la commune ob- « servance. »
(2) Canton ûë Craonne ; Barthélémy en est reconnu comme le fondateur. C'est ce zélé pontife qui persuadait en 1134 à un prêtre, nommé Robert, desservant une petite chapelle dans le lieu dit Cour ^ Memblain , de céder sa chapelle et ses dépendances à saint Bernard. Robert y consentit et entra même dans l'ordre de Cîteaux , la Cour-Memblain prit dès lors le nom de Vauclerc.
Le premier abbé de cette maison fut Henri de Murdach , anglais de nation , homme versé dans les sciences et dans la littérature. Ses religieux étaient au nom-
l'abbaye des religieuses de Montreoil^ proche de Guise, fondée en 1136 ; les guerres ont obligé ces religieuses de Perdre de GîteaUx de déserter cette abbaye et de se transférer à la Neufville , sous Laon , dans une maladrerie qui a pris le nom de Tancien monastère déserté \ Tabbaye de Bohéries', de Tordre de Citeaux , fondée en Tannée 1140 ou environ , l*abbaye de Fontenelle , bâtie pour des religieuses de Tordre de Prémontré % Tabbaye de Bucilly, bâtie pour des*religieuses de Tordre
bre de douze : leurs revenus étaient médiocres et le couvent situé dans le lieu dit Pré du Moulin, était simple et modeste. Mais, vers le milieu du X1II« siècle, les revenus du monastère s' étant accrus, d'immenses bâtimens claustraux et une vaste église s'élevèrent; i£gidius, 16« abbé de Yauclerc, en prenait possession en 1257. Le monastère de Yauclerc , même dès sa naissance , vit éclore par ses soins d'autres maisons du même ordre. Eii 1141 , il envoyait ses religieux peupler Tabbaye du Reclus, dans TAube, en 1167 , celle de la Gbarmoise à deux lieues d'Epernay. Quarante-deux abbés se succédèrent dans son enceinte et plusieurs d'entr'eux furent très- remarquables; le dernier, don Encart, gouvernait Fabbaye au moment de la révolution française. Les restes du couvent des bernardins de Yauclerc sont aujourd'hui une propriété particulière.
(1) Yoir la page 210.
(2) L'ordre de Cîteaux prenait de rapides accroissements ; Foigny , Yauclerc venaient d'être fondés dans le diocèse et Barthélémy jetait près de Guise les fondements de Bohéries. Le premier siège de Tabbaye avait été à Epinoy ; douze religieux , tirés du monastère de Foigny , s'y étaient construit une petite retraite , mais le lieu était malsain et exposé aux inondations. Le chapitre de St- Quentin , pressé par Tévêque Barthélémy , céda aux religieux d'Efûnoy la terre de Bohéries , peu distante de leur habitation ; la charte de donation est datée de Tannée 1143. Cette année même, le» religieux jetaient les fondements d'un vaste monastère qui bientôt reçut dans son enceinte un nombre considérable de religieux. Survinrent les guerres des Anglais, des Bourguignons et des Espagnols , le monastère servit d'hôpital durant le siège tle Guise , puis peu à peu tomba en ruines ; au milieu du XVll® siècle il n'était plus qu'un immense désert , le refuge des bêtes fauves et l'habitation de deux religieux , un prêtre et un frère convers. Rétabli en 1662, il retrouvait quelques-unes de ses anciennes splendeurs ; ses lieux réguliers étaient vastes , son église était magnifique , Tappartement des hôtes y était superbe et richement décoré".
Les restes de Tabbaye de Bohéries sont aujourd'hui une filature de coton.
(3) Ou plutôt de Cîteaux; cette abbaye était située à une lieue S: 0. de Yalencicnnes.
de Saint -Benoit'; mais les chanoines réguliers de Saint -Augustin, ordre de Prémontré , la possèdent présentement. J'omets les autres monastères que la piété de Tévêque Barthélémy a fondez; on pourra les voir dans Thistoira de Foigny*.
Mais je ne puis omettre le notable changement que le zèle de ce véritable pasteur a fait dans la royale et noble abbaye de Saint- Jean en la cité de Laon. Cette abbaye avoit esté fondée par sainte Salaberge en Tannée 640; le nombre des religieuses y estoit très-grand et elles s'y estoient conservées jusques au temps de Barthélémy dont nous avons à parler dans ce neuvième livre. Mais par un malheur quelquefois arrivé aux mai-
(1) Ce fut vers 945 qu*Hërésinde , épouse d*Eilbert , comte de Péronne , fit bâtir pour des religieuses de Saint-Benoit le monastère de. Bucilly. L'emplacement en était considérable et les religieuses s'y trouvaient en grand nombre. Le nom d'une seule nous a été conservé; elle s'appelait Ledvide et était abbesse ; ce nom est relaté dans le nécrologe de Saint-Pierre de Reims.
En 1147, Barthélémy substituait aux religieuses de Saint-Benoît des chanoines réguliers de l'ordre de Prémontré. Une charte de H 48, approuvée la même année par le pape Eugène III, leur assurait la possession de Bucilly et des biens y annexés ainsi que de quelques églises ; les rois de France , les seigneurs de Guise , de Rumigny , d'Avesnes, comblaient le monastère naissant de leurs nombreuses largesses. En 1170, Tabbaye , de concert avec Jacques, seigneur d'Avesnes et de Guise , bâtissait le village de Mondrepuis sur l'un de ses domaines; en 1278, elle se voyait confirmer le droit de haute justice à elle disputé par Hasard d'Astenay, un de ses avoués. La discipline se ralentissait néanmoins et l'abbaye , au XYII® siècle , embrassait la réforme du père Laruel, abbé de Sainte-Marie de Pont-à-Mousson. Tristan de ViDelongue la gouvernait alors; aveugle dès l'âge de six ans, docteur en théologie, conseiller et prédicateur du roi Henri IV , il commençait cette grande œuvre que termina un de ses successeurs, Edmond Sauvage. Au XVIII« siècle , l'abbaye ayant été restaurée depuis ses fondements , une église magnifique fut construite , les proportions en étaient vastes et belles ; commencée vers 1722 , elle fut achevée définitivement eiî 1751.
A l'époque de h révolution française, vingt chanoines prémontrés occupaient le monastère; leurs revenus étaient assez étendus, ils possédaient six cures dans le diocèse de Reims et onze dans le diocèse de Labn.
(2) i/istona Fusniacensis , auctore Delancy.
— saisons de la plus sainte observance , il advint que ces filles qui avoicnt pris le fils de Dieu pour leur époux , aimèrent trop les enfants des hommes, et que, se relâehant de la ferveur de leur premier institut , elles menèrent une vie opposée à* la sainteté de leur profession. C*est ce qui fit gémir le bon prélat ; il les exhorta à changer de vie , elles le lui promirent , mais les effets ne suivirent pas les promesses. Il avertit alors le pape , puis le métropolitain Renaud second , archevêque de Reims, du désordre de cette abbaye ; mais il ne fut rien résolu jusques an X* ]our de mai de Tannée 4 1 28 que le même archevêque de Reims assembla ses suffragants à Ârras , sçavoir : Josselin, évéque de Soissons , Barthélémy, évêque de Laon , qui tenoit rang pour lors après celui de Soissons, Simon, évêque de Noyon et de Toumay , Jean , évêque de Thérooenne/Guarin, évêque d*Âmiens , Robert , évêque d' Ârras , Glarembault, évêque de Senlis, Pierre , évêque de Beau vais. Les abbéz de la province de Reims y assistoient aussi et le roy Louis-le-Gros y estoit présent en personne.
Ce fut en ce concile provincial que Barthélémy, évêque de Laon , pressa fort le changement des religieuses de Saint-Jean- Baptiste de la même ville. Ayant fait tomber Tarchevêque dans son sens » il en parla très-fortement avec le prélat Renaud à Louis-le-Gros , et tous deux insistèrent avec tant de force auprès de Sa Majesté , qu'elle consentit à ce que les religieuses en fussent ostées et qu'on y mit des moines^ sauf le droit royal et la dot que la reine Adélaîs , sa femme , y avoit , à condition toutefois que Tévéque de Laon y auroit tout droit comme dans les autres abbayes du diocèse*.
(\) Nous trouvons dans les Notes sur Guibert de Nogent par Luc d'Achery, les lettres patentes de Louis VI , ainsi conçues :
/n nomine sanctœ et individuœ Trinitatis. Amen. Ego Ludovicus, Dei fnmricordiâ in regem Francorum sublimatus. Notum fieri volo cunctis fidelibus tàm futuris quàm instantibus quod in conveniu quem fidelis noster Rainaldus secundus , venerabilis Remorum archiepiscopus , Altrébati cum universis mffraganeis suis episcopis et abbaiibus , VI^ idus Maii tenuit ,
Peu de temps après ce concile provincial , Mathieu , évéqlie d'Albane et légat du Saint-Siège , confirma le même décret dans une espèce de concile national qu'il tint à Reims , en présence des archevêques de Reims et deSens , auquel assistoient entre autres évéques celui de Laon , ceux de Soissons , de Paris y de Meaux , de Troyes en Champagne , dont il prit conseil en cette, affaire aussi bicR que de plusieurs abbéz et personnes religieuses qui estoient là présentes. Le même légat avoit d%à fait un décret sem'blable pour les religieux de Saint-Denys en France contre les religieuses d'Argenteuii qui furent transférées alors en d'autres lieux.
Incontinent que Févéque Barthélémy eut le consentement de
vhi et nos prœsenUs aderamus , ipse et Bartholomœus , venerandus Laudttnensis episcopus, nos convenerunt, cûm multâ preoum instantiâ postulantes ut Laudunensem Beatœ Mariœ et beaii Joannis ecclesiam, quœ regalis abbatia est » quia sanclimoniales quœ ibi ab antiquo fuerant nimis indigne et enormiter se habebant , ad meliorem religionis staium duci et monachos ibidfim substitut concederemus. Quam profectà petitionem rationàbilem et utilem cognoscentes, voluntati eorum et consUio assensum dedimus et in prœdictâ ecclesiâ abbatem et monachos substUui et haberi in perpetuum» salvo in omnibus jure régis et Adelaidis regtnœ, uxoris nostrœ , dotalitio , bénigne quidem concessimus , ità siquidem quod subiectionem illam quam eaUerce àbbatiœ nostrœ , quœ in episcopatu Laudunensi sunt t Laudunemi episcopo debent et exhibent , abbaiia illa eidem episcopo sine aliquojurig regii detrimento debeat et exhibeat. Quod , ne valeat oblivione deleri , seripto commendavimus et ne possit à posteris infitmoH «igilli nostri authoritate et nominis charactere siéterfirmovimus-. Aetum Attrebati publiée anno Incamati VerU MCXXVIIP, regni nostri XX\ astantibus in palatio nostro quorum nomina substituta stint et signa,
Signum hnàomci, Mticularii, S. Hugonis, constabularii, S. Alberici, eameraniy dapifero nullo, data per manum Simonis cancellarii. Signum Ravialdi, Remensium archiepiseopi , S. Josleni, Suessionensis episcopi , S, Baitholomai , Laudmensis episcopi, S. Simonis, Noviomensis et Tomacensis episcopi. S. Joannis, Morinensisepiscopi, S. Garini, Ambianensis épiscopi, S. Noberti, Aitrebatensis episcopi, S. Clareinbaldi, Sylvanectensi» episcopi, S. Pétri, Belvacensis episcopi.
tant de nobles assemblées , il chercha les moyens de venir à bout de son dessein , ostant le scandale de la maison de Dieu et du monastère de Saint-Jean-Baptiste qui estoit dif&mé par sa mauvaise observance. Il en transféra donc les religieuses et y mit des moineâ de Saint-Benoît, leur donnant un nommé Drogon pour abbé • lequel estoit auparavant prieur dans Tabbaye de Saint-^Nicaise de Reims , afin d*y rétablir la benne odeur de la discipline monastique qoe les religieuses y avoient effacée. Ce changement se fit la même année mil cent vingthuit et le même évêque Barthélémy confirma toutes les possessions de la dite abbaye pour la nouvelle colonie des m<Nnes qu'il y avoit introduite. Pour assurance de cela , il en donna un escrit en Tannée 1129 qui estoit la vingt-et-unième du rè* gne du roy Louis-le-Gros et la première de son fils Louis-le- Jeune , lequel il venoit d'associer au royaume de France. Cestoit aussi la dix-septième de Tépiscopat de Tévêque Barthélémy;, ce prélat obtint de plus une bulle du pape Innocent second' pour
(1) Voir page 82 .. Nous donnons une copie de la bulle dTnnocent II, tirée des Notes de Luc d'Achery sur Guibert:
Innocentius episcopus , servus servoimm Dei , dilecto ftlio Drogoni abhaii monasterii Sanctae-Mariae sanctique Joannis-Baptistœ in Laudunensi civitate ejusdemque fratribus , salutem et apostolicam benedictionem. Ad hoc nobis à Domino pasioralis offîcii cura commissa est ut et beneplacentem Deo religionem laboremus gtatuere et stabilitatam exactâ diligentiâ conservare. Venerabiles siquidèm fratres nostri Rainaldus , Remorum archiepiscopus et fiartholomaeus , Laudunensis episcopus , consilio fratrum nostrorum Goslenis SuessionensiSf Simonis Noviomensis, Pétri Belvacensis, Roberti Attrebatensis episcoporum , iniervehtu etiam clarissimi filii nostri Ludovic! , régis Francorum, in prœnominato Beat» Marise sanctique Joannis monasterio, ubi quœdam mulieres sub monialium nofnine pravam et inhonestam vitam ducebant, tnonachos religiosos utiquè viros substituerunt et te , dilecte in Domino fili Drogo , abbatem eidem conventui pi'œfecerunt. Quod ergo ab eis pro statuendâ et reformandâ religione de prœfato monasterio factum est , nos auctoritate apostolicâ confirmamus et firmum volumus futuris perpe^ tuo temporibus permanere. Decernimus igifur ut quœcumque prœfatum
la oonârmation de ce changement; cette bulle est adressée & Drogon et à toute la communauté de Saint-Jean*Baptiste de Laon.
Pendant ce temps-là, notre abbaye de Saint-Vincent se ré^ nouveUoit comme Taigle et Todeiur de la bonne observance y attiroit des sujets de toutes parts. Entre ceux'-cy je remarque un Hugues , fils d'un nommé Bauduin , lequel prenant Thabit religieux en cette abbaye de Saint-Vincent donna la quatriëne partie du siège du moulin , situé dans la rivière d^Ardon» dans un franc-alleu. C'est le moulin nommé plus tard de Loeuilly» car ce village u'estoit point encore bâti. Ëbalus, chanoine de la cathédrale de Laon et frère du même Hugues , ajouta de son propre quelques quantitéz de vin et deux champs^ dont l'un estoit situé près de la fontaine de Sainte-Salaberge; ce que Tévéqué Barthélémy confirma en cette année 1129.
Non-seulement les sujets venoient en notre abbaye à cause de la bonne observance, mais encore les abbayes circonvoisines venoient y chercher leurs abbéz et on en comptoit dix sortis déjà de ce monastère de Sdint- Vincent , pendant que Tabbé Seifroy le gouvernoit; mais retournons à ce même abbé de no^ tre abbaye. L'abbé Seifroy augmenta beaucoup les revenus de* ce monastère, il acquit le moulin d'Ardon sur lequel il donna deux muids de froment au couvent de céans pour Tobliger à faire son anniversaire tous les ans ; c'estoit le cellerier qui estoit chargé de cette redevance annuelle. Enfin Seifroy décéda le *I mars , environ l'année 1128, ce qui se prouve par le té-
monasterium in pnBsentiarum juste et légitimé possidet, vel in fiiturum^ prcRstante Domino,, ratUmabiliter poterit adipisci, firma tibi tuisque successoribus regulariter substituendis et illibata permaneant. Si quis autem huic nostrœ confirmationi sciens temerario ausu contraire tentûverit, in-, dignationem beatorum Pétri et Pauli et nostram se noverit incursurum. Datum apud Rohœnnam I! non. Novemb, 22
moignage du moine Herman , lequel dit que Fabbé An^sHme , son successeur , a gouverné notre monastère dix-sept ans et qu'il cessa en Tannée 1145 pour estre évéque de Tournay. Osiez 17 de If 45 vous avez 1128 , époque de la mort de Tabbé Seifroy. Son corps est enterré dans Tancien chœur dèiuiit le siège' à&baCial deVèspres, c'est-à-dire, dans le fonds du chœur*.
(1) Voir page 268.
LA VIGILANCE EXTRAORDlNAmË
Ï>E tÉVÊQUE BARTHÉLÉMY REND LE DIOCÈSE DE LAON
FLEURISSANT EN OBSERVANCE ECCLÉSIASTIQUE ET-MONASTlftUÉ