EN PRIEURÉ
ES \œux du voyage de Jérusalem estoient alors fort communs. Saint Berpard en avoit mis la dévotion si avant dans le cœur des François que le roy Louis-le- Jeune fut poussé d*un secret désir de faire ce voyage , lequel lui estoit d'autant plus à cœur , qu*il sçavoit que Philippe , un de ses prédécesseurs, estoit décédé sans avoir accompli un vœu semblable. Cette considération « jointe aux conseils du pape et de saint Bernard, le fit se presser davantage et avancer son expédition en Terre-Sainte. Plusieurs personnes l'y suivirent , d'autres l'y avoient devancé. C'est en cette occasion qu'on vit la noblesse de la France animée d'une dévotion merveilleuse. Chacun purgeoit sa conscience par la pénitence et raehetoit ses péchez passé? par les aumosnes faites aux abbayes et aux églises. Entre les seigneurs qui firent quelques dons à notre monastère en pareille circonstance , je remarque Guy , seigneur cbâtellain de Coucy , lequel estant près de partir pour accomplir son vœu et voyage en l'année 1143, donna
une rente annuelle de dix sols à ce monastère sur un fief qu'il tenoit dlngelran, seigneur de Con^y , lequel consentit à cette donation faite à Saint-Vincent en présence de Guy II , doyen de Laon , lequel a voit succédé à Âmydieu. Barthélémy , tbrésaurier de la catbédrale , y estoit aussi. présent avec Anselme, notre at)bé, Gislebert^ abbé de Saint-Nicolas-aux-Bôi», Bruno, abbé de Nogent , un cbàtellain de Laon appelle probablement Nicolas « Guillaume , seigiieur d*Aippe ,. Raoul , majeur de Goucy y Foulques , abbé de Haioault et plusieurs moiàe& de Saint- Vincent. Le nombre de nos frères fut augmenté , cette même année 1143, par le seigneur Hainauld , lequel prit Thabit , monastique dans notre couvent en bonne compagnie; car Guillaume, abbé de Ribemont^ Gérard, abbé de Fiennes, Jean, abbé de Saint Michel-en-Thiérache , Mainard , successeur de Guillautne à Ribemo,nt et Gosvin^, abbé de Foigny, assistoient à cette vesture et furent témoins de la donation qu*il fit de trois maisons <le La Fête.
La plus noble de toutes les àumosnes qui ont esté faites à Saint-Vincent dé Laon pendant le reste du gouvernei^ent dé Tabbé Anselme , fut Téglise de Montaigu , située dans le château du même Heu. Car nous avons vu qu'aprrès les ravages des Normans, chacun tâchant de se mettre à couvert de toute incursion à l'avenir , les seigneurs un peu considérables dans un pais , faisoient une forteresse de leur château , afin de s'y deffendre en cas de besoin. Cecy arriva pour celui dé Saint- Jean de Lesquielles , comme nou« Tavons vu au chapitre XII du livre VIII* de cet puvrage *.
Mais parce que là piété de ce temps-là faisoit qu'on ne regardoit point une forteresse comme assurée , à moins qu'elle ne fut munie d'une église collégiale ou monacale , chaque seigneur fondoit quelque temple au Seigneur afin de h iairç des* servir par ses ministres dévoués. Le seigneur de Montaigu eut le même soin de fonder une église dans sa forteresse bâtie sur
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la cime d'un roc eslevé ; il y mit des chanoines séculiers et s'appropria tant Féglise que la nomination des clianoines et des^^ prébendes canoniale < contre la deffense des saints canons. Ce mal s*esto1t conservé et comme invétéré dans la famille de Montaigu Jusques ftu temps dé l'évéque Barthélémy , lequel faisant Toffice d'un véritable pasteur , ne laissoit personne faillir en son diocèse sans qu'il fut averti aussitôt de Téloormité des crimes qu'il commettoit;. Ce prélat esloit de plus très-zélé pour faire observer les décrets des saints canons.
Robert , seigneur de Montaigu , ouvrant les yeux à la lumière divine, eut aussi la force d'ouvrir la porte de son coeur aux aignilloûs de la grâce , lesquels: le pressèrent de telle sorte qu'il remit cette église et tout le droit qu'il avoit sur elle et ses dépendances entré les mains de Tévéque de Laon , afin qu'il la donnât à notre abbaye de Saint-Vincent Uabbé devoit remplir les places des chanoines par des moines de son monastère, changeant le titre d'église collégiale en celui d^église monacale. Barthélémy exécuta fidèlement les intentions du seigneur de Montaigu , donnant l'investiture de cette église à l'abbé et âu couvent de Saint-Vincent .par un acte solennel fait en Tan 114^ et qui se trouve dans le petit cartulaire'de Saiut-Vince&ts
(1) Voici cet acte que nous extrayons du texte de l'auteur et que nous mettions en note :
In nomine Sanclœ et iHdividuœ Trinitatis. Quoniàm ta quœ genmtur, tùm ex transitu temporum» tùm ex decessu hominum adnullata evanes-^ cutU, nece^se est scripto mandari quod convenU posteris notum fieri. Eupropter , ego Bartholomeits , Dei gratiâ Laudunensium epiicofus nalum facio omnibus tàm prœsentibus quàm futuris, qaod Robertus de Monte Acuto ecclesiatn, in eodem castro sitam, quam longo tempore contra décréta canonum jure hœreditario possederat , in quâ etiam prœhendas donabaii tandem in hoc se errasse cognoscens, cum appenditiis suie , quidquid juris in eâ^kabebat pro sua et patris^ sui anima et antecessorum suorum, ecelesiœ Beati Vitiçentii martyris in manu nostrâ reddidit, tali te^ nore ut loco decedentium canonicorum monachi substiluerentur , pro ipso et antecessoribus et su^cessoribus suis devoté orantes. Nos ver à prœfatam ecclesiam ecelesiœ Sancti-Vincentii pontificali auctoritate donavimus. Ut
La cure de MoDtaigu dépend de Tabbé de ce monastère à cau$e du prieuré du même Heu dépendant de cette abbaye. Le prêtre qui la <lessert n'est proprement que vicaire perpétuel et par une concession de Tabbé en 1179 , il partage les dixmes, les trentains et les oblations dont il a la quatrième partie. Ce qu'il a esté contraint d'accepter après avdir bien remué et esprit au pape , lequel donna un rescrlt ou bulle expresse à cette occusion en Tannée 1179. Le bon prêtre voyant que ses demandes navancoieat en rien selon ses désirs , vint se jetter aux pieds de notre abbé> lequel le traita, très-favorablement.
Le même abbé eut de grands différends avec les bourgeois de Montàigu au sujet de la même paroisse dont je parle et enfin ils transigèrent ensemble amiablement l'an mil cent quatre-vingt-buit ,^ à condition que les moines de Saint-Vincent qui résidoieijft au prieuré de Montàigu , ^arderoient une clef du trésor de la paroisse et que l'autre clef du mente trésor seroit gardée par les bourgeois , lesquels s'obligèrent à donner au prieuré la moitié des donations qui se feroient à leur paroisse de Montàigu et en outre d'entretenir le luminaire de Téglise prieur aie Ce fut le bon abbé . Hugues , accompagné du prévôt de cette abbaye, nopmé Baudiiin et d'Albéric , Clérembaultet Bérenger, ses moines qui transigèrent avec les bourgeois de Montàigu en 1188 à Teffet sus-désigné.
autem hoc firmum et immutahUe permanèai, sigilli nostriimpressione et testiùm subscriptione muniri prœeipimuê. Signum Barifiolomœi episcopi. Actum Lauduni anno ah Incamatione Domini millesimo centesimo quadragesimo secundo, IndicUone octavâ, epactâ XXV concurrente Vil**-
SOaÉTÉ CONTRACTÉE ENTRE NOTRK ABBÉ