POSSÉDÉES PRÉSENTEMENT PAR L'ABBAYE
ES affaires de cette abbaye obligèrent notre abbé An^ selme à faire le voyage de Rome en cette année 1145^ Il pjrit pour compagnon de voyage dom .-Gaultier , son neveu, moine de ce monastère. Il obtint à Rome la confirmation de tous les droit^î , .privilèges , revepus et possessions de Saint- Vincent , par bulle expresse du pape Eugène III , donnée le dernier jour de février de la même année il 45, au-delà du Tibre, .
Pendant que notre abbé travailloit à Bôme pour Tabbayede Saint- Vincent , les clercs députez du clergé de Tourna^ fai* soient aussi leur possible auprès du pape Eugène lïl pour obtenir la désunion de leur église d'avec celle de Noyon à laquelle e^le avoit.esté conjointe du temps de saint Médard , évéque de la même ville. Us obtinrent enjSn l'objet de leurs désirs et un heureux sujccèz pour leur négociation. La séparais
tien des deux é\échëz ayant esté faite en cour de Rome- par ordre de Sa Sahiteté , il n*estoit plus question que de trouYer un homme auquel on put confier le gouvernement de celui de Toumay. Le pape jetta les yeux sur un nommé dom Gaulroy, religieux et prieur claustral de Pabbaye de Glairvaux. Saint Bernard , abbé de la même abbaye , le pressa fort d'accepter révèché» le menaçant de le chasser de son ordre , s'il ne fte soumettoit à sa volonté et "à celle du pape en cette occasion. Le bon religieux dom Gaufroy , animé de Tesprit de Dieu, refusa entièrement la prélature et se jettant aux pieds de saint Bernard, lui dit ces mots : « Mon père, si vous me chassez de c votre monastère, je serai. un moine errant et vagabond, « mais jamais cependant je ne serai évèque. » Saint Bernard voyant la résolution de son religieux , le laissa en paix et ne lui parla plus davantage d'évèché ni de prélalure. Quelque temps après le même religieux Gaufroy estant décédé , apparut tout en lumière à l'un de ses amis , rassurant de sa béatitude éternelle et lui certifiant que le refus qu'il avoit fait de répiscopat estoit une grâce très-spéciale de Dieu et un effet de sa prédestination à la gloire, lui disant au contraire que sa damnation estoit attachée à Tépiscopai , s'il Tavoit accepté.
Le pape Eugène III ayant appris le refus de Gaufroy et cherchant nie tous costéz une personne capable de répondre à ses vues , jetta les yeux sur notre abbé Anselme et le sacra évèque de Toumay , nonobstant ses répugnances et ses contradictions, Tobligeant en vertu de la sainte obéissance de se soumettre à cette charge et de l'accepter. Le pape lui donna luimême la consécration épiscopale , le quatrième dimanche de Caresme de Tannée 1145. Duchesne , suivant les annales de Saint-Victor , met cette consécration de Pévêque Anselme en Tannée mil cent quarante-sept, mais cda répugne à la vérité ; car il est constant que Tévêque Anselme fut sacré à Rome par le pape , or en Tan 1 147 , le pape Eugène estoit eo France et non à Borne , selon le même André Duchesne. D'ailleurs il est constant par la tradition et par Tautorité du moine Her-
man « qu'Anselme a esté consacré à Rome en Fannée mil cent quarante-cinq , après avoir gouverné Tabbaye de Safnt*Vin«cent environ dixr sept ans.; nous nous en^ tenons à son avis.
Le pape Eugène UI congédiant notre nouvel évèque de Tournay, lui donna plusieurs reliques très-^préçieuses , comme par exemple, le bras de saint Tbomas , apôtre , et plusieurs autres qu'il rapporta en cette abbaye. Ce qui fut cause ^ue Tévèque de Laon Bartbélemy^ accompagné de tout le clergé et du peuple , fut au-devant de lui en procession pour le rece voir avec solennité et Tintroduire à Laon avec les homïeurs dûs aux saintes reliques qu'il apportoit et dont une g(>ande partie fut déposée dans les trésors de Saint- Vincent. Comme je ne puis définir quelles sont précisément les reliques apportées de Borné par Anselme, Je donne ky un catalogue de toutes celles que noire abbaye possède encore aujourd'hqy.
GATALOOUÉ DES BBLIQtJKS 2>B SAIKT-VINCBNT,
. Une partie de la Vraie Croix de Notre-Seigneur.
Un bras de saint Vincent , martyr.
Le menton de saint Vincent, martyr.
Un autre ossement de saint Vincent mis avec le bras de saint Pbilibert.
Le corps entier de saint Gauoald , évéqoe de Laon , dont le cbef est en un reliquaire séparé.
Une grosse dent dé saint Christophe , martyr.
Quelques reliques de saint Pierre , apôtre.
Quelques reliques de saint Cyr , martyr.
Des cteveux en assez grande quantité de saint Piaul, apôtre ; ils sont plus blancs que noirs Quelques reliques de ses vêtements ; ils sont de couleur jaune et tftçhéz du sapg du même ap^tre^.
tJn ossement de sainte Marie*Magdeléine,
Une relique de la ceinture de la Sainte^ Vierge.
Une autre de la tunique de saint Jean-l'Évangéliste. .
(1) Hennan, de Miraeulis B^îœ Mwkt Laud. tap. $4.
Le chef de saint Paul , premier ermite et un ossement médiocre du même saint.
Une relique des vêtements dé sainte Marthe.
Des reliques de saint Biaise et de saint Apollinaire, martyr.
Des reliquesf de la Paille stfr laquelle Notre- Seigneur a repose»
Des reliques de saint Basile.
Des ossements de saint Pantaléon , martyr.
Des ossements de saint Clet, pape et martyr et de saii^t Barthélémy , apôtre.
Un bras de saint Gérard , abbé de Saint-Vincent et fondateur de Sauve-Majeur , en Gascogne.
Une grosse épine de la Couronne de NotrcrSel^ur.
Des reliques réunies de saint Jacques , apôtre, de saint Vincent , de saint Canoald, des saints Corneille, Polycarpe , Macbaire , moine , de sainte Elisid)eth , de saint Biaise , des vêtements de la Mère de Dieu.
Le bras de saint Thomas , apôtre.
Des reliques de saint Marcoul.
Des cheveux de sainte Marie-Magdeleine et autres mises ensemble.
Deux anneaux d'or, dont le plus grand et le plus beau est de saint Canoald , selon la tradition, le plus petit est de Tabbé Jean Charpentier, dernier abbé de Saint-Vincent de Laon ; ils servent pour la délivrance des femmes en travail d\en(ant.
Deux grands pontificaux de saint Canoald, évéque de Laon.
Des reliques réunies de saint Jacques , apôtre , du bois de la Vraie Croix de Notre-Seigneur, de celle du bon larron , des ossements de saint Canoald , de sainte Ursule , de saint Walfride , de saint Lucien , martyr , de saint Aubin , de saint Eloy, de s^int Sauve , évéque, ^e sainte Christine, la palme et la lance avec laquelle saint Georges tua le dragon , une dent de saint Marcoul, des reliques de saint Cosme et de saint Damien , de sainte Marie-Egyptienne , de saint Estienne , de saint Grégoire , de saint Zacharie et de saint Clément.
Un ossemenl considérable de saint Benoit.
Une relique du manteau de saint Pierre , une pièee du banôde la €ène et plusieurs autres reliques qui sont dans un vieil coffre doré.
Notez que la feste de la Translation de saint Thomas se foit le 3 de juillet avec le Credo à la messe. La feste de la Translation de saint Vincent et de Tinvention de ses reliques se célèbre le 27 octobre. Tous les religieux du dehors doivent s*y trouver, c'est-à-dire, «ceux qui sont dans les cures et prieuréz dépendant de cette abbaye de Saint- Vincent de Laon;
Notez encore que notre martyrologe de Saint- Vincent fait mémoire de quelques saints et reliques que je n'ai point, trouvez ailleurs C'est la raison qui m'oblige de les mettre icy , parce qu'ils Ont vescuou reposé dans le territoire de Laon. Au troisième jour de juin , il fait mémoire d'un saint Algise , prêtre et confesseur, lequel a vescu dans le territoire de Laon.
Un autre fragment du vieil martyrologe manuscrit de ce monastère fait mémoire de la Translation ou allation d'un saint Clou dont Notre-Seigneur a esté attaché à la croix au temps àe saPassjon. Celte feste se célébroit le huitième jour de mai.
On célèbre une autre feste du même saint Clou à Laon 80U& le noln d'Invention ; c'est en .mémoire du jour où cette, précieuse relique fut retrouvée, après sa disparition lors du vol de la cathédrale de Laon.
Le même fragment cité tout-à- l'heure du vieil martyrologe manuscrit fait mention du déced d'un saint Boson , confesseur, dans la ville de Laon ; c'est le septième Jour de mai.
Au dixHsept mai , il met la translation de saint Montain , moine. Au cinquième jour d'avril , il fait mémoire dé la pre-, mière translation de sainte Célinie, mère de saint Remy, évéque de Reims.
Pour achever ce qui nous reste à dire d'Anselme , j'ajouterai que, ne voulant pas laisser son abbaye de Saint-Vincent veuve et désolée, il eut soin de donner un père à ses chers disciples et un abbé à ce monastère , faisant élire en sa place un
moine du couvent, Bauduin, jeune d*ége à la vérité, Hiaf s doué d'une maturité qui se trouve rarement même dans les vieillards. Il le fit bénir par révèqiie Barthélémy et pi^ndre possession en sa présence; puis lui-même partit pour aller à son évéché.de Tournay.
Un fait que je crois devoir signaler icy , parce quil est arrivé du temps d'Anselme dont nous parlons , c'est qn*en la même année 1145 , le quatriëime jour de juillet , le tonnerre tomba dans notre égisede Salnt^Vincent pendant que les moines y chantoient compiles Deux d'entre eux , ayant esté frappez par la foudre, expirèrent sur Theure ; quelques autres. furent aussi blessez, mais ils revinrent quelque temps après à parfaite santé. I^a foudre brûla le parement du grand autel ^ elle entra dans le sacfaire, rompit une partie de la porte qui donne passage de Féglise dans le cloître , remplissant la maison de Dieu d'un horrible bruit et fracas Une de nos traditions porte que Anselme fit renouveller tous les bàtimens du monastère, particulièrement les officines , mais il n'est pas croyable que ce fàt après lé désastre de cette foudre , attendu qu^il n'en auroit pas eu le loisir , estant pressé d'aller h sod. évèché de Tourpay où il est mort en l'année 1149 , le 33 d'août. L'obituaire de notre abbave fait mémoire de lui . comme d'un abbé qui a le mieux fait de tous , ayant augmenté nos pos^ sessions de plusieurs terres et de plusieurs cures , comme on a pu le voir par son histoire.