CHAPITRE XX
VIDRIC, 33e Abbé depuis 4224. jusqu’en 1238.
(a) Ri c h er , ibid . , c. 21.
Vidric abbé de Senones. Sa naissance, ses vertus.
Di fficultés sur le co mmencement de son gouvernement.
Vidric etoit sorti des Gentilshommes Seigneurs de Couvay (a). Il auoit été élevé dans l’abbaye de Senones et y auoit fait profession de la vie Religieuse. Il étoit de bonnes mœurs et auoit de fort belles manières selon le monde. Il aimoit l’office diuin et s’en acquittoit volontiers. Il imita en cela son Prédécesseur ainsi que dans la bonne économie du temporel de son monastère.
Il y a difficulté sur l’année de sa promotion à l’Abbaye. J’ay vû un titre de l’Abbaye de Beaupré ou il est qualifié Abbé dés fan 1 224. Cependant Henri son prédécesseur étoit encore Abbé le Vendredi d’auant Noël 1225. Vidric étoit aussi Abbé au mois d’Octobre 1225. comme nous le voions par nos chartes. Gomment concilier tout cela ? Et si Henri n’est mort que vers le 21. Sept, comme le marque le Nécrologe, il faudra dire que ce n’a été qu’en 1226. (2) et par conséquent qu’il etoit encore Abbé en cette année.
(1) Dans le mss. p. 417, se trouve sur une feuille volante ce passage commençant par ces mots : Van 1733 et s’étendant jusqu’au chap. XX. Cette note est de D. Calmet.
(2) Dans la liste des abbés en tête du mss. l’Abbé Henri est marqué comme élu en 1206 et mort en 1227 seulement. Il y a du reste plusieurs dates et autres détails qui dans le corps de l’Histoire ne sont pas conformes aux indications de la liste des Abbés placée au commencement de l’ouvrage.
Pour accorder ces différences, je ne vois qu’un seul moien, qui est de dire que Vidric auoit été élu Abbé où Coadjuteur de Henri dès l’an 1224. où que dés cette année Henri auoit fait une démission de son Abbaye en faveur de Vidric, se réservant toutefois le titre d’Abbé sa vie durant. Nous auons déjà remarqué la même chose dans les Abbés Gérard, Thierri et Vautier.
Auant que d’entrer dans le récit des choses que Vidric fit au dehors de son monastère, il faut premièrement rapporter ce qu’il fit au dedans pour le bon ordre de l’office divin (a). Sous l’abbé Henri son Predecesseur on ne récitoit pas au Chœur et en commun les heures canoniales de Tierce, Sexte, None et Complie ; mais seulement Matines, Prime et Vêpres. Et pour l’office de la Vierge que les Religieux récitoient tous les jours, ils ne le disoient pas au Chœur ; mais après Matines ils alloient dire sans chanter les matines de la Vierge deuant Pautel de la Croix auec les Laudes de tous les SS. On y disoit de même les Vêpres de la Vierge après les Vêpres Canoniales.
Mais l’abbé Vidric ordonna cpi’on chanteroit au Chœur toutes les heures canoniales; et pour l’office delà Vierge, il voulut qu’aprés les Matines canoniales, lés Religieux allassent en procession auec le Luminaire et en chantant un Répons de la Vierge, qu’on allat, dis-je, à l’église de la Vierge où la Rotonde et qu’on y chantat les Matines. Pour les autres heures de l’Office de Notre Dame, il régla qu’on les chanteroit au Chœur après les heures canoniales, à l’exception des Vêpres qu’on alloit chanter à la Rotonde, après les Vêpres canoniales chantées au Choeur.
A l’egard de la Messe, sous TAbbé Henri on en célebroit tous les jours trois dans le monastère: lre Celle du matin se chantoit à la Rotonde par la Communauté auec l’Office de Tierce qui la précedoit ; 2rae La messe conventuelle au Grand autel de l’Eglise de SL Pierre, et la 3rae à St Siméon; mais à cette derniere la communauté n’y assistoit pas ; et comme le prêtre qui la célébroit auoit plus de peine que les autres, à cause de l’eloignement de la Chapelle de S. Siméon,
Ce que lit
Vidric pour le réglement de l'office divin dans son monastère.
C a)Richer, 1.4, c. 22.
ni
L’office de la Vierge se dis o it tous les jours à
On disoit tous les jours 3.
messes solennelles à Senones.
H atimen s faits par l’Abbé Vadric.
Richer, 1. 4, c.
Henri lay faisoit donner une portion de vin au dessus de l’ordinaire; car dés lors les Religieux receuoient en particulier leur portion de pain et de vin.
L’Abbé Vidric conserua le même nombre de trois messes par jour; mais il voulut que la messe matutinale se chantat à S4 Siméon et par toute la 'communauté présente; que la messe conventuelle se dit à l’ordinaire dans la Grande Eglise et que la 3e se célébrât à Notre Dame ou à la Rotonde, mais non pas par la communauté. Il paroit par Richérius que c’etoit le pretre semainier qui disoit toutes ces trois messes; Qui hébdomadarius majons missae et matutinalis esset, liane tertiam missam ad SUm. Mariant cum coadjutore celebraret , et qu’il auoitune portion de vin qu’on lui donnoit par surérogation du cellier. C’est ce qui s’observoit encore du tems de Richérius.
Vidric fit quelques batimens dans son Abbaye ; il fit voûter le Goitre et l’orna de piliers et de colomnes, depuis la porte qui conduit au Chapitre jusqu’au réfectoire. C’est sans doute le Goitre que l’on démolit en il 08. lorsqu’on commença le nouveau batiment. Il bâtit aussi une Chambre où un appartement entre la porte de deuant et le moutier (i) où l’Eglise. C’etoit (-) le quartier abbatial, qui fut démoli par D. Alliot en i688. lorsqu’il bâtit sa nouvelle maison abbatiale, dont nous auons cédé une partie aux Religieux.
En i%25. qui est la première année où le nom de Vidric paroit dans les Chartes de l’Abbaye de Senones, il s’accorda auec Frideric de Rlamont et la Dame de Dombale femme de Frideric, par la médiation de Mathieu II. Duc de Lorraine, au sujet d’une corvée ou pièce de terre, située au dessus de Crévi et dépendante du Prieuré de Léomont ; il fut arrêté que le Seigneur de Rlamont et son Epouse jouïroient de cette pièce de terre pendant 7. ans, après quoi elle retourneroit à la maison de Léomont ; que si toutefois la Dame de Dombasle venoit à mourir dans cet intervalle des 7. années, dés ce moment la Corvée seroit rendue à Léomont. Je ne rap-
(1) Moutier , monastère, vieux mot.
(2) D. Calmet a ajouté dans le mss. en interlignes et en marge, ce passage jusqu’à l’aline2 suivant.
porte ce titre que pour faire connoitre Ferri de Blamont qui étoit frère de Henri Comte de Salm, voüé de l’Abbaye de Senones. Dans le même titre il est parlé de Philippe de Lorraine Seigr. de Gerbéviller et de Rosières (a) et du Seigneur de la Haute-pierre.
Ces Seigneurs de la Haute pierre prenoient leur nom d’un Chateau situé prés la Haute pierre au-dessus de l'Abbaye de Moyenmoutier. Richer (a) remarque que ce chateau fut bâti par Albert (l) sire de Paroye en 1193. et qu’il fut détruit la 2e année du gouvernem1. de l’Abbé Vidric (b). Or ce chateau étoit certainem1. détruit en 1224. (c) par conséquent il faut mettre le commencement de Yidric auant l’an 1225. Il faut donc avoüer que Vidric commença à porter le titre d’Abbé de Senones, quelques années auant la mort de l’Abbé Henri, ainsi que nous l’auons déjà remarqué ci-devant. Lorsque le Chateau de la Haute pierre fut renversé, c’etoit Albert de Paroye qui en étoit Seigr. Il obtint du Duc Mathieu la permission de bâtir un autre Chateau sur la montagne d’Aensus au-dessus de Colroye dans le val de S4 Diez (2) ; mais il est certain qu' Albert de Parroye ne bâtit point de chateau a Ansus prés de Colroy. Il répara celui de la haute-pierre et sa postérité y subsista encore longtems apres lui. Aussi n’est-il pas dit dans le traitté d’accomodemb entre le duc Mathieu et lui, qu’il batira mais qu’il pourrait bâtir près Colroy ou rétablir la Haute pierre (2”). Je crois entreuoir des vestiges du nom d’Aensus (o) dans celui deLassu, où Lassé, ouLesseu, à une demie lieue de Colroy.
L’Eglise et les dixmes de Remberviller auoient été données au prieuré de Moniet par Etienne de Bar fondateur de ce Prieuré en 1126. Les Religieux en auoient joui assés longtems sans contradiction, lorsque certains Gentilshommes de Remberviller s’emparèrent d’un tiers des d. Dixmes,
(a) Richer , 1. 2, C. 25.
Vï
Seigneurs de la Haute pierre.
(b) Id., I. 4 t C. 22, p. 384.
(c) Vid . ,hist .
Me dianimonrij p. 312, 313.
Cure et dixm e s de Ramberviller. Disputes à ce sujet en
(!) Albert ou Aubert de Parroye.
(2) Dans le inss. p. 120 se trouve ici un renvoi à une note marginale écrite par D. Calmet et s’étendant jusqu’à 2”.
(3) La montagne d’Ansus. Voir Gravier, Hist. de St-Dié, p. 126 et Notice de la Lorraine de D. Calmet, mot Moyenmoutier.
et 1229.
Cession de la Cure de
prétendant les auoir reçues en fief d’Etienne Eveque de Metz. Les Religieux du Moniet en portèrent leurs plaintes au Pape qui en écrivit à Pierre de Brixey Evêque de Toul (qui siégea depuis l’an 1168. jusqu’en 1192.) Ce Prélat ayant inutilement emploié la voie des exhortations et des remontrances envers ces seigneurs, se vit enfin obligé de les excommunier. Ils rentrèrent ensuite en eux mêmes et aiant pris la Croix pour faire le voiage d’Outremer, ils vinrent au prieuré de Moniet et remirent sur l’autel la part des dixmes dont ils s’etoient emparés.
Mais quelque tems après un de leurs descendans père de Simon Gentilhomme de Remberviller, s’en empara de nouveau par le crédit de son frère nommé Renaut, qui étoit Receveur Général de l’Eveque de Metz dans la Vosge. Les Religieux du Moniet se plaignirent de cette violence et Je firent excommunier. Ce châtiment ne lui fit pas changer de conduite et il mourut dans son excommunication.
Simon de Remberviller son fils, retint ce que son père auoit injustemf possédé, et Vidric s’etant pourveu auprès de Jean d’Apremont Evêque de Metz, dont Simon étoit feudataire, l’Evéque nomma pour Commissaire l’Abbé d’Autrey et le Prieur de Salone, qui firent leur rapport, ainsi que nous venons de l’exposer. L’Abbé et Simon mirent l’affaire en arbitrage entre les mains de Thierri de Deneuvre et de Jean le Brun de Vie, qui prononcèrent que l’Abbaye de Senones où le Prieuré de Deneuvre rentreroit en possession du tiers des dixmes de Remberviller en question, et que l’Abbé Vidric payeroit trente liures de Toulois à Simon, pour être employées à achepter un fond qu’il reprendroit en fief de l’Evéque de Metz, afin de dédommager en quelque sorte ce dernier de l’hommage qu’il recevoit auparavant de Simon, à cause de ce tiers des Dixmes. Cette sentence fut rendue en 1229. et l’Evéque de Metz la ratifia la même année au mois de Juillet.
Pendant ces procédures et en l’an 1227. Eudes de Sorcy Evêque de Toul, à la prière de l’Abbé Vidric, céda à l’Abbaye de Senones le Personat de la Cure de Remberviller,
c’est a dire, le droit de patronage et les revenus de l’Eglise, dont ils possedoient déjà les dixmes, comme on Fa vû, à charge de donner au Prêtre qui deuoit lui etre présenté pour la desservir, un revenu raisonnable pour sa subsistance, au jugement de l’Evéque, sauf le droit de l’Evéque, et celui de l’Archidiacre; c’est à dire que l’Evéque se réserve le droit d’instituer le Curé et de connoitre de ses vies et mœurs, et à son Archidiacre le droit attaché à sa dignité d’ Archidiacre de Flins. Mais la même année et au même mois d’Octobre Villaume Archidiacre de Toul céda aussi son personat à Yidric. ( 1 ) Je ne vois pas distinctement si la cession de l’Archidiacre Villaume est antérieure a la donation de l’eveque; elles sont toutes deux de la meme année au mois d’Octobre; le jour n’y est pas marqué. Il est croiable que ces 2. choses se firent en meme temps Q”). Il est certain que la cure de Remberviller est demeurée depuis ce tems à l’Abbaye de Senones en toute propriété, tant pour le droit de patronage que pour les dixmes.
On a vu ci deuant que sous l’an 1153. l’Eglise de Sfc. Maurice au val de Senones et ses revenus, auoient été donnés à l’Abbaye au jour de la dédicace de l’Eglise de N. D. surnommée la Rotonde. Quelque temps après l’Abbé Gérard céda les revenus de cette cure à Folmare Archidiacre de Toul, lequel en jouit pendant tout le gouvernement de l’Abbé Gérard ; mais l’abbé Henri qui lui succéda aiant fait voir à Folmare que les revenus appartenoient à la mense des Religieux de Senones, et non à l’Abbé, Folmare les remit, et reconnut le droit des Religieux. Mais Yidric qui succéda à Henri demanda pour plus grande assurance, que Folmare donnât un acte de tout ce qui s’étoit passé. Ce qu’il fit le lendemain de Pâques 1233.
En 1235. Henri de Dombasle, frère du comte de Salm, fit donation à l’Abbaye de Senones, entre les mains de l’Abbé
Remberviller où du droit de Patron a g e à l’Abbaye de Senon e s en
I«es revenus de la Cure de S1. Maurice restit u é s au couvent de Senones. 2233.
Donation de ce que Henri de
(1) Cet art. VIII est très-corrigé' par D. Calmet. Son copiste avait été' particulièrement distrait et outre les nombreuses adjonctions, l’auteur a mis ici une note qui s’étend jusqu’à 1”.
Dombasle auoit acquis à Magnéville
Restitution du moulin de Lor-
Vidric, de tout ce qu’il auoit acquis à Magnéville en terres, en prez, en bois et en autres choses. Et la même année un nommé Vidric d’Etinges, Prévost de l’Evéque de Metz, témoigne que l’Evéque de Metz restitua au monastère les deux tiers du moulin de Lorquin où de Loritiges, dont Waquîn 1235 teric un de ses prédécesseurs d’heureuse mémoire s’etoit emparé longtems auparauant. (Je ne connois pas cet Evêque Vateric où Yatenric ; il ne se trouve pas dans les listes des Evêques de Metz.) Mais comme Etienne prieur de Lorking auoit emprunté 50lt. du susdit Yidric, il ne deuoit rentrer dans la jouissance de son moulin, que quand il auroit remboursé cette somme au Prévost. L’acte est scellé de l’Abbesse de Hesse et de l’Archipretre de Sarbourg.
Le Pape Grégoire IX. à la diligence de l’Abbé Yidric, donna deux confirmations des biens du Moniet ; l’une générale en i 230. et l’autre particulière, pour les biens que ce prieuré possédoit en Alsace, principalement les vignes qu’il auoit à Pmshem, à Ghatenoy et h Regisvilla, (peut-être Roschwir) où Richer (a) dit que l’Abbé Yidric auoit acquis un bien considérable pour la somme de 80 marcs d’argent, lequel bien fut perdu sous l’Abbé Raudouin successeur de Yidric.
Tout ce que nous venons de dire est une preuve de la diligence de l’Abbé Yidric et de son attention à conserver les biens de son Abbaye et à y maintenir le bon ordre. Pendant qu’il étoit ainsi occupé à prôcurer le bien de son l’Abbé vi- monastère, il lui survint une fâcheuse affaire avec Henri dric. Tous ni. comte de Salm, fils du Comte Henri IL et de Judithe de Lorraine, dont on a parlé ailleurs, à l’occasion que nous allons dire. Le comte prétendit que Jean et Geoffroy Gentilshommes de Gouvay, frères de l’Abbé Vidric ( b ) et R.aoul d’Oucroy (c) étoient ses vassaux et demeuroient sur ses terres, dicens eos esse de familiâ sud. (Dans le stile de ce
Confirmation des biens du Mon i e t par le P.
Grég. IX.
1230. et 123S.
(a) Richer , 1. 4, C. 22, p. 385.
XI bis (fi.
Brouilleries entre le Comte de
les Religieux de S e n o n e s se retirent à R e m be rvi 11 er et à Xiéomont.
( b J Richer , 1.4,
c. 23, p. 385'. (i) L’art, précèdent porte déjà le n° XI ; aussi un lecteur moderne en
(cj Auirem1. l‘sant le mss., a-t-il ajouté à ce second numéro, le mot bis écrit à l’encre Raoul d’Outray. rouge.
tems là, être de la famille d'un Seigneur , signifioit etre son vassal, s’il s’agissoit d’un Gentilhomme ; où être son serf et son sujet, s’il s’agissoit d’un particulier ; car alors presque tous les sujets étoient serfs.) Les Gentilshommes dont nous venons de parler, soutenoient au contraire, qu’ils ne dépendoient en rien du comte de Salm. Celui cy fit saisir tout ce qu’ils possedoient dans son comté et les fit arrêter eux mêmes.
L’Abbé Yidric prit part à cette quérelle et fit citer le comte deuant les Evêques de Metz et de Toul. On y plaida longtems sans rien conclure. Enfin Yidric prit une résolution d’eclat, croiant par là toucher le comte et l’obliger à se relâcher. Il fit sortir tous ses Religieux de l’Abbaye de Senones et en mena une partie auec lui à Remberviller et envoia les autres à Leomont, où il fit aussi porter le Corps de S1 Simeon, que l’on tira de la Chasse d’argent où il étoit enfermé.
Il ne demeura dans le monastère que cinq Religieux qui étoient attachés au Comte de Salm, et qui ne jugèrent pas à propos d’en sortir, le Comte leur fournissant du sien la subsistance nécessaire. Cet attachement opiniâtre au Comte et cette demeure dans l’Abbaye sans le consentement de Vidric, aigrirent cet Abbé qui se plaignit de leur désobéissance aux Evêques de Metz et de Toul, qui ordonnèrent que ces Religieux rebelles seroient punis et mis en prison. Ces ordres furent exécutés. Quatre de ces Religieux furent arretés et enfermés dans une tour à Remberviller. Le cinquième s’étant trouvé absent, éuita le sort qu’auoient eu ses confrères.
Les choses étoient portées de part et d’autre à un tel excès, que l’on vit bien que le comte et l’Abbé ne vivroient jamais en bonne intelligence, à moins que les frères de Vidric ne fissent quelque satisfaction au comte. Les amis communs s’entremirent et les 3. Gentilshommes firent leur accomodement. Le comte les relâcha, leur rendit leurs
Outray eloit une maison où un petit village situé sur le ruisseau et dans le vallon qui sont à l’Occid1.
de la petite Ravon; il y avoit aussy un moulin (1).
(1) Note de D. Calmet.
fa) Richer, I, 4, c. 26, p. 393.
Vidric est choisi pour Ab bé de S.
Evre.
Zlrouil leries à Senones pour donn e r un successeur a Vidric vers 1’ an
biens et bientost après le comte et l’Abbé firent aussi leur paix. Le comte promit de rendre tout ce qu’il auoit pris sur l’Abbaye et l’Abbé mit en liberté ses Religieux.
Richerius (a) parlant de ce comte Henri III. en fait un portrait des plus hideux. Il dit qu’il conçut le dessein de dépouiller ses Pères et Mères de leur Seigneurie et de les enfermer dans un monastère, ce qu’il auroit apparemment éxécuté s’il n’eut été prévenu par la mort — (*) que dans une grande maladie qu’il eut, ayant été crû mort, on l’ensevelit et on le porta à Haute Seille, pour y etre enterré ; que la nuit qui suivit son enterrement, on entendit de grands cris à son tombeau. Le lendemain on ouvrit la terre et on le trouva qui étoit renversé dans son cercueil, ce qui fit juger qu’il auoit été enterré étant encore vivant.
Un jour l’Abbé Vidric l’étant allé trouver pour lui faire quelque remontrance sur certains biens de son abbaye dont il s’etoit emparé, Henri le reçut auec hauteur et lui dit d’un ton menaçant et jurant par S1 Nicolas, dans la chapelle duquel ils etoient alors dans le Chateau de Deneuvre, qu’avant qu’il fut la S1 Remi, il lui feroit tant de déplaisir dans sa personne et dans ses biens, qu’il l’obligeroit à souhaiter être plutost outre mer, pour n’en revenir jamais. Mais la maladie qui fut suivie de sa mort, arriva bientost après et l’empecha d'executer sa mauvaise résolution.
Quelque tems après, c’est a dire, vers l’an i236. l’Abbaye de S1 Evre les Toul étant vacante par le décès de Geoffroy Abbé de ce monastère ; et les Religieux ne pouvant s’accorder sur le choix d’un successeur, s'addressérent à Roger de Marcey Evêque de Toul, et le prièrent de leur procurer un bon Abbé. Il leur suggéra Vidric abbé de Senones, qu’il honoroit d’une amitié particulière et leur conseilla de l’elire. Ils relurent, et Vidric accepta l'honneur qu’on lui auoit fait. Mais il auoit dessein de faire tomber
(I) Il faut supposer devant cette phrase : Richer dit que dans une grande maladie, etc.
son Abbaie de Senones à un de ses parens qui en etoit religieux. Il en parla à la communauté qui n’y voulut pas entendre. Il fit venir à Senones les Evêques de Metz et de Toul et Villaume Abbé de S4. Mansuy etc., quantité de personnes distinguées par leurs emplois et leur condition et qui lui etoient dévouées. Ils parlèrent à la communauté assemblée, ils virent les Religieux en particulier; ils ernploiérent les raisons, les caresses, les promesses, les menaces pour les engager à faire ce que Vidric souhaitait d’eux. Ils ne purent rien gagner et s’en retournèrent comme ils étoient venus; les Religieux disans qu'ils vouloient une Election libre, et que Vidric n’aiant pas encore fait sa démission, ils n’etoient pas en droit d’en élire un autre.
Il s’y prit ensuite d’une autre sorte, qui fut de tacher de gagner ses Religieux par des présens, des grâces, des promesses; il donna à l’un l’aumonerie, à l’autre la Ghambrerie où l’hôtellerie, à celui-ci la Trésorerie, à celui là la charge de Prieur du monastère. Il promit aux autres de les envoyer aux obédiences où aux prieurés de dehors dépendandu monastère. Chacun deux reçut auec joye les présens qu’il leur fit, mais nul ne voulut se rendre à ses désirs. Tous les jours c’etoient de nouvelles tentatives ; tantost c’etoient les Euéques, tantost des Abbés, tantost des Gentilshommes, et tantost des Clercs où des députés qui venoient solliciter les Religieux de condescendre aux volontés de Vidric. Celui ci voiant que les Esprits ne se réünissoient point, proposa de déférer l’election aux deux Evêques de Metz et de Toul, dont il se tenoit assuré. Nous nous assemblâmes au jour nommé dans l’abbaye de Beaupré, dit Richer qui eut beaucoup de part à cette affaire. Les deux Prélats insistoient fortement à ce que la communauté de Senones se réünit dans le choix du sujet que l’Abbé proposoit, mais n’y voiant aucune disposition, ils nommèrent pour Abbé Taumonier de l’Abbaye de S1. Vanne de Verdun, qui ne tint compte d’accepter l’Abbaye, parce qu’il comptoit d’auoir celle de SL Vanne, dont l’Abbé etoit très infirme et fort âgé.
Alors Yidric renouvella ses instances et sollicita de nouveau les Religieux de Senones à donner les mains à ce qu’il souhaitoit; mais il ne put rien gagner sur leurs esprits, parce qu’ils insistoient toujours sur leur droit d’election et qu’ils ne vouloient point qu’on donnât atteinte à leur liberté. A la fin fatigués de tant de sollicitations et de tant de remises, ils résolurent de faire un effort sur l’esprit de Yidric, afin qu’il les laissât procéder à une élection libre. Ils lui proposèrent de lui abandonner le prieuré de Léomont, dont il porteroit le revenu à son abbaye de Sb Evre. On en dressa le traité et on le mit entre les mains de Yidric, puis on prit jour pour l’election. Il s’y trouva et parla aux 7 où 8. Religieux qui favorisoient son parti, et qui jusqu’alors auoient été la cause du retardement de F élection.
Au jour nommé on proposa pour éviter le tumulte et le partage des voix, de prendre la voie de compromis, plutost que celle du scrutin, où quelque autre voie de celles qui sont en usage dans ces occasions. Yidric et ceux de son parti y consentirent, à condition que l’un des trois compromissaires seroit pris du nombre de ceux qui étoient attachés à Yidric. La communauté choisit un ancien Religieux nommé Jean; mais le moine Richer, de qui nous tenons ces particularités, et le parti de Yidric, nomma Frideric Prieur de Schures. L’on proposa à ce dernier tous ceux de la communauté à qui l’on pouvoit penser pour l’Abbaye ; mais il n’en agréa aucun. On lui offrit ensuite des Prieurs et d'autres personnes de mérite, qu’il rejetta de même; et comme il rendoit compte à l’Abbé Vidric de ce qui s’étoit passé, on dit qu’il répondit : puisque ces Relig*. ne veulent pas s'accorder, je leur ferai donner un Abbé tels qu’ils le xiiï méritent.
Saudouin prieur de Va r engév j 11 e élu A b b é de vers l’an
En effet il consentit qu’ils élussent un nommé Raudouin Religieux de Gorze, qui venoit d’etre fait Prieur de Yarengéville. On le présenta à Roger Eveque de Toul, qui eut toutes les peines du monde de l’admettre et de confirmer son élection. Raudouin se rendit à Senones vers le tems de la Purification de l’an i236. ou i237. et fut reçu auec grand
appareil et en procession par les Religieux de la communauté.
Pour Vidric, il alla à son Abbaye de Sb Evre et emporta auec lui tout ce qu’il pût, tant de Senones que des dépendances ; car il n’ignoroit pas que le monastère dont il alloit prendre le gouvernement, etoit dans un dénuement presqu’incroiable des choses les plus nécessaires; car croira t’on qu’il n’y a pas de l’exagération dans ce que dit Richérius (a), que les meubles, les ornemens d'Eglise, les Croix, les Calices, les Chappes de Soye, étoient demeurées, en gage chéz une certaine femme de Metz; que les fermes et les Seigries. étoient toutes où engagées où aliénées ; que dans le monastère il n’y auoit qu’un seul âne emploié pour aller chaque jour chercher la provision de bois pour la cuisine.
Malgré cet extrême dérangement, le nouvel Abbé sçut si bien gagner les coeurs de tout le monde, et usa d’une si grande sagesse et d’une si parfaite économie, que dans fort peu de tems il rachepta ce qui étoit aliéné et dégagea ce qui étoit engagé. Mais Dieu ne permit pas qu’il jouit longtems de l’Abbaye. Il y entra vers l’an 123 7. Il étoit certainement Abbé de Sb Evre en 1238. et il mourut vers l’an 1246. où 124 7. Il fut enterré dans son Abbaye sous une tombe élevée et ornée de sculptures assés propres à la droite de l’Eglise. On n’y voit plus aucuns anciens tombeaux depuis la démolition qui fut faite de cette Eglise en 1552. (J) à l’occasion du siégé de Metz par l’Empr. Charles Y. que l’on craignoit qu’il n’assiegeat aussy la ville de Toul.
Sous l’Abbé Vidric en 1242. les deux abbayes de Senones et de Sb Evre entrèrent en société des prières par un acte solennel passé en cette année 1242.
Dés auparauant et au neuvième siecle, le monastère de Senones étoit associé aux prières de l’Abbaye d’Augie la
Vid rie arriue à S1.
Evre et prend possession de 1 ’ A b h a y e vers l’ a n
(aj Richtr } I 4 c. 24, p. 389.
(1) La fin de la phrase, à partir de 1552, est ajoutée par f>. Calmet, et par un renvoi, de sa main également, il porîe l’attention du lecteur sur deux feuillets collés en marge de la page loi du mss., et qui renferment la continuation du texte jusqu’au chap. XXL
V le uecmlo^e de 'euones2. Calendes februarii.
Riche, ou Richenaur. V. Mabill. Yeter. analut. p. 426. Edit. 1723. In folio.
L’abbaye de Senones etoit aussy en confraternité de prières avec les Peres de Citeaux et en Particulier avec les Religieux de Maisieres Maurensium , ancien Prieuré dépendant de l’abbaye de haute Seille, aujourd’huy réduit en simple métairie a 4 lieues de Haute Seille.
Les Abbayes de Moyenmoutier et d’Ëtival, ne sont entrées en société de prières avec nous, par acte authentiq. qu’en 1394.
Nous étions aussy en confraternité avec les Peres de Relchamp. Voyez le necrolog. VI. Idus Decemb.
Item avec les Peres de Sh Pierre de Corbie, V. le necrologe V. Kal. Octob. obiit Radulphus Abbas. Johannes Abbas , cum duobus prioribus et XLI. Sacerdotib. quatuor diaconibus, septem professis Ecclesiae Sli. Pétri de Corbeia.
Item avec l’abbaye de Montier.
Item avec les Peres de Marbach. IL Idus Martii.
(1) De societate charitatis quam habemus cum dnis Abb. et Religiosis Senonensibus et Styvagiensibus.
Juxta antiquam charitatis societatem inter nos et dnos Abb. priores et Religiosos Senonenseset Styvagienses initam, quandocumque trium Monasteriorum abbas aliquis aut conf rater in Monasterio vel ejus dependentia regulariter degens e vita migrât , prior ejusdem Monasterii vel alius ab eo delegatus y tenetur quantocius ejus obitum patrïbus et confratribus aliorum Monasteriorum nuntiare, qui sic admoniti , prima die non imp édita recitare debent officium mortuorum in choro pro defuncto fratre , nimium post vesperas canoniales, vesperas defunctorum, et post completorium unum nocturnum cum laudïbus; sequenti autem die missam con-
(') Voici l’acte d’as-ociation de prières entre les deux abbayes de Senones et d’htiv.d -. c’est une copie d’une autre écriture que le reste du iii.inuscrit, écrite sur un feuillet collé en nnr^e de la page loi. D’après ce que le lecteur vient de lire quelques ligues plus haut, cet acte serait de 1594.
véntualem decantare debent, tam pro ipso fratre defuncto, quam pro illis pro quibus adhuc orare t enebatur cum Ms collectis : inclina, deus veniae largitor, et fidelium deus.
Praeierea omnes et singuli sacerdotes pro eodem fratre defuncto unam missam celebrare, non sacerdotes vero ad, eandem intentionem septem psalmos poenitentiales cum litaniis semel recitare debent. Benique ex laudabili consuetudine ad Monasterinm fratris defuncti ex utroque alio Monasterio duo Religiosi conveniunt et Missae solemni quae in die depositionis ejus celebratur, nec non ejus inhumationi si nondum facta sit , et immédiate post missam fieri debeat , intersunt quando autem dnus Abbas alicujus ex praedictis tribus Monasteriis e vita decedit , tune plures Religiosi ex utroque alio Monasterio, solemnibus ejus exequiis interesse soient.
Ex eod. locali Mediani Monas. p. 28.