‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 28 sur 82 · CHAPITRE XXi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXi

BAUDOUIN 34e. Abbé de Senones depuis Fan 1238. jusqu’en 1270.

Baudouin aiant été fait abbé de Senones, de la maniéré que nous auons dit, prit possession de son Abbaye vers la Purification de la Vierge de Fan 1239. G’étoit un jeune homme d’age et de moeurs leger (a), causeur, emporté, écoutant volontiers les raports, présomptueux, abondant dans son propre sens, aimant les dateurs et la vaine gloire. Dans les commencemens il auoit accoutumé de dire à ses Religieux: mes frères vous voiés que je suis jeune et que j’ignore les usages et les pratiques de votre monastère, l’etat des choses et les intérests de la maison, c’est pourquoi si je fais où si je dis quelque chose qui ne convienne pas, auertissés moi, affin que je me corrige. Toutefois quand on lui don-

Caractère d’esprit de H a udourn Abbé de Semones.

( a) Richer, I. 4, c. 25, p. 390.

Baudouin recup ère le Prieuré de li é o -

mont

( a J Voies VHist. de Lorr., I . II, preuves p. CCCCXLIV.

ÏIS

E di fi c es et autres biens que Baudouin fait à son m o n a s tére.

(b ) Richcr , 1. U, c. 25, p. 390 el

( " ) Aulrem1 .

Chenesicres.

noit des auis, il n’en profitoit que peu où point du tout. Il aimoit à exercer l’hospitalité, principalemf envers les nobles et les personnes dévouées au service et aux interests du monastère. Il les traitoit fort bien, et pour les divertir, il se plaisoit même à voir des bouffons et des Baladins dans leur Compagnie; ce qui fait juger à quel point la discipline étoit déchüe en ce tems là.

La première année de son gouvernement, ayant appris que les Religieux de son Abbaye auoient cédé le prieuré de Léomont à l’Abbé Vidric, qui le possedoit auec l’abbaye de S1. Evre, il s’adressa aux Visiteurs de l’ordre de SL Benoit, qui auoient tenu depuis peu un chapitre général par le Commendement du Pape et dont un des Visiteurs étoit l’Abbé de S1 Mathias de Trêves (a); il s’addressa, dis-je, à eux et obtint des lettres addressées à Vidric, par lesquelles il lui etoit ordonné de rendre incontinent à Baudouin le prieuré de Léomont sous peine d'excommunication. Ainsi Baudouin rentra dans la jouissance de ce Prieuré.

Baudouin quoique non exempt de défauts, auoit toutefois de bonnes qualités. Richer (b) avoue que s’il eut été plus affectionné à ses Religieux et qu’il les eût traité d’une manière plus paternelle, s’il eut été plus assidu à l’office diuin et à célébrer la Ste Messe et plus exact à observer les pratiques de son monastère, qu’il eut plus souvent pris l’avis de ses Religieux, enfin qu’il eut vécu d’une maniéré plus religieuse et plus digne d’un chef de communauté, les Religieux n’en auroient pas souhaité un meilleur. Il acheva de voûter le cloitre que Vidric auoit commencé et qu’il auoit conduit jusqu’à la Chapelle de la Vierge, surnommée la Rotonde. Il auoit deux tailleurs de pierre, dit notre Historien, dont l’un étoit convers, et l’autre prébendier, qui y trauailloient assiduement. Cela fait voir quelle étoit alors la rareté des ouvriers. Il bâtit quelques nouveaux moulins et en répara d’anciens. Il en bâtit un à Reclonville et un autre à Chaneseres (”) qui appartient à l’aumonerie. Il rétablit celui de Merviller et acheva celui de Lorfmge que Pierre Prévost d’Anserviller auoit commencé. Tout cela est aujourd’hui perdu.

Le Prieuré de Mervaville étoit alors en vénération par les merveilles que, par l’intercession de la Ste Vierge, Dieu y operoit et par la grande dévotion des peuples qui y venoient en pèlerinage et y faisoient des biens considérables. L’Abbé et les chanoines Réguliers d’Autrey lui cédèrent une terre qu’ils auoient entre Reulles et Mervaville, moiennant un cens de 3. sols toulois. La lettre de donation est de l’an 1238. et en français. C’est la plus ancienne pièce en cette langue, qui se trouve dans notre archive. Il seroit malaisé d’en voir ailleurs de plus vieilles en cette langue; car ce n’est que depuis 1230. où environ qu’on a commencé à écrire quelques lettres en françois.

C’est vers le même tems et un peu plus tard que l’on commença à prendre des surnoms. En 1239. un nommé Conon surnommé le Goulu , demeurant à Domptail, donna au même prieuré une terre, qu’il auûit aux environs de là. La lettre est scellée du sceau de Vidric abbé de S1 Evre, qui étoit venu à Senones a la fête de Sb Simeon. On rapporte aussi à Fan 1242. une lettre de Catherine de Limbourg duchesse de Lorraine, qui donne à cette Eglise tout ce qu’elle auoit dans les bans de Reulles et de Mervaville. En 1254. Jacques de Lorraine Evêque de Metz accorda à ce Prieuré, en recompense de ce que l’Abbé et le Couvent de Senones lui auoient cédé leur bois de Reulles, il lui accorda, dis-je, l’usage dans les bois de Moyen, tant pour les édifices que pour le chauffage et même la glandée pour les porcs, qu’on nourriroit au prieuré.

En 1260. un nommé Jean de Vomécourt et ses heritiers lui firent aussi donation de plusieurs pièces de terres et de prez et de quelques cens. Tout cela prouve la déuotion qu’on auoit alors pour ce Sb lieu. On a veu sous l’an 1224. que l’Eveque de Metz Jean d’Apremont auoit obtenu de l’Abbaye les biens qu’elle auoit à Moyen, en échangé d’autres biens situés à Vie, qu’elle lui céda. En 1265. Thierri comte de Richecouit donna au même Prieuré de Mervaville un cens de 12. sols messins, et après sa mort 4. muids de vin, à prendre annuellement sur ses vignes, à

Donations faites au prieuré de M e r v a ville 1.2.3®.

Acquisition d’une mai-

bourg en 2 2 4 0.

condition que l’on ferait son anniversaire et celui de sa femme et de ses parens, non seulement dans FAbbaye, mais aussi dans tous les prieurés qui en dépendent. Telle étoit la dévotion de ces siècles là. On ne donnoit rien aux Eglises qu’à des conditions onéreuses.

L’Abbé Baudouin reçut en 1240. la donation qu’un prêtre nommé Raimbaud fit à son Abbaye d’une cour, où mai- ' son fran- son située à Sarbourg, deuant la maison de l’Evéque de che à Sar- Metz. Et en 1258. un nommé Simon bourgeois de Sarbourg reçut de l’Abbé de Senones cette meme maison, la place et la grange, à charge d’en payer annuellement à l’abbaye un cens de vingt sols tournois (!), et de recevoir, nourrir et coucher les Religieux de Senones auec leurs montures dans la d. maison, autant de fois qu’ils iront à Sarbourg pour leurs affaires. Nous n’y. possédons plus rien, et voilà les fâcheuses suites de ces acensemens.

G’etoit un usage assés commun autrefois, auant que les monastères fussent unis en congregaôn, comme ils le sont la plus part aujourd’huy, de faire des sociétés de prières et de bonnes oeuvres. Nous en trouvons un de l’an 1242. entre les Abbayes de Senones et de SL Evre, qui consistait en ce que dés qu’on annonçoit la mort d’un Religieux d’une Abbaye à l’autre, celle ci lui rendoit tous les mêmes devoirs que s’il eut été de sa communauté. On célebroit la messe, on faisoit les obsèques, on disoit un trentain de messes à commencer au jour de sa mort, chaque prêtre disoit 7. messes pour le défunt, les diacres et les sous diacres recitoient trois Psautiers et les enfans disoient pendant 7. jours les sept Pseaumes. On servoit à la table au réfectoir pendant 30 jours pour le frère défunt, tout ce qui se servoit chaque jour à un Religieux, et ensuite on le distribuoit aux pauvres. Toutes ces pratiques s’observent encore aujourd’huy dans les congrégaôns réformées.

Association entre les Abb ayes de Senones et de S ’ . II v r e de Toul

(1) Tournois (monnaie). C’est de Tours où cette monnaie fut fabrique'e pour la première fois qu’elle prit son nom. La livre tournois e'tait petite et bordée de fleurs de lis. Il y avait des livres tournois, des sous tournois, des petits tournois, des doubles tournois.

S’il arrivoit qu’un Religieux de l’une des deux Abbayes, sortit de son monastère par légèreté où par quelque autre motif, on le receuoit dans l’autre, non comme etranger, mais comme s’il eut été Religieux de la maison, et on l’y retenoit jusqu’à ce qu’on l’eut remis dans le deuoir et fait receuoir dans son monastère. S’il étoit sorti pour quelque griéve faute et qui eut mérité l’excommunication, on le receuoit aussi, mais non parmi les frères. On lui assignoit un appartement séparé où il pouvoit demeurer 40. jours. Si durant ce tems il rentroit en lui même et reconnoissoit Sa faute, on n’oublioit rien pour le réconcilier à son Abbé et à ses frères, mais s’il demeuroit incorrigible, on le chassoit selon la Régie, de peur qu’une brebis galeuse n’infectat tout le troupeau.

L’abbaye de Senones possédoit depuis longtems l’Eglise où les dixmes de Golombé proche Metz, et quelques autres biens au même lieu. En i246. l’Abbé Baudouin y acquit de nouveaux droits et de nouveaux fonds, en bois, en prez, en terres, en tailles, auprès d’Isabelle de Crameront (‘) voüeresse de Colombé, et auprès de Thierri son fils, qui tenoient déjà quelque chose de l’Abbaye de Senones. Dans les lettres qui en furent faites, on régie les droits réciproques de l’Abbé et du Seigneur avoué (2) ; dans les terres que l’avoué (3) tient de l’abbaye, l’Abbé y a les deux tiers des amendes et l’avoué (4) l’autre tiers ; ils ne peuvent faire l’un sans l’autre ni four ni moulin bannaux, et s’ils en font de commun consentement et à frais communs, ces fours et ces moulins seront aussi communs pour le profit aux deux parties. Les fermiers de l’Abbé et ceux de l’avoüé (3) seront francs, a moins qu’ils ne cultivent et qu’ils ne possèdent d’autres terres, que celles de leurs maîtres. L’avoüé (6) s’oblige de ne prendre jamais sans l’agrement

Acquisition de la Seigneurie de Colombé proche Metz.

(1) C’est e'videmment une erreur de plume, et il faut lire Isabelle de Craincourt.

(2-34-5-6) Partout le copiste avait écrit dans le mss. voué et D. Calmet a corrigé en mettant avoué.

Exemption des novale s dans toutes les Eglises où l’Abbaye de Senones a des dixmes.

Union de la Cure de Remberviller à l’infirmerie del’ Abbaye de Senones.

Accompagnem1. de Henri le Lo mb a rt à la terre et Seigneurie de Borville 1249.

de l’Abbé, aucun autre héritage mouvant de l'Abbaye, et il se soumet à toutes ces choses sous peine d’excommunication.

Les novales, que le droit commun attribue aux curés, sont pour l’ordinaire une source de procès et de contestations, surtout dans les lieux et dans les pays comme ceux-ci, qui sont sujets aux révolutions de la guerre et où les héritages demeurent si souvent en friche, que l’on ignore même s’ils ont jamais été cultivés, et par conséquent s’ils sont novales où non. L’abbé Baudouin ayant fait sur cela ses remontrances au Pape Innocent IV. le souverain Pontife lui accorda une Bulle en 1248. par laquelle il permet à l’abbé et aux Religieux de Senones, de perceuoir les dixmes novales dans les lieux où ils ont les anciennes, en la même quantité et dans la même proportion qu’ils jouissent des anciennes. Depuis ce tems on a toujours prétendu jouir des novales dans toutes les Cures dépendantes de l'Abbaye, et presque partout l’on en a joui, où l’on a fait des accords et transactions auec les curés à cet égard.

L’année suivante au mois de mai, le même Pape à la prière du Prince Henri de Lorraine surnommé le Lombard, unit à perpétuité à l’infirmerie de Senones la Cure de Remberviller, dépendante du Prieuré de Moniet, et dont la collation appartient à l’Abbaye. Le motif de cette union est la disette où se trouvoit réduit le monastère, à l’occasion des troubles qui agitoient alors l’Eglise. Henri le Lombard étoit à la Cour du Pape à Lyon, auec quantité de noblesse. Ce Prince devoit etre alors fort avancé en âge.

Voiés ci-devant ce que nous en auons dit sous l’Abbé Henri en 1225.

Le service que Henri le Lombard rendit alors à l’Abbaye de Senones n’etoit pas entierem1 gratuit. Auant son départ pour Lion, et au mois d’ Avril 1249. l’Abbé Baudouin l'accompagna dans la terre et seigneurie de Borville, pour en tenir la moitié en fief de l’abbaye de Senones, en toute justice et tout profit et en tout usage; et en recompense Henri accompagne l’Abbé dans la moitié d’une vigne qu’il auoit plantée depuis peu, à charge qu’ils payeroient chacun la

moitié des frais de façon et jouiroient de la moitié des fruits. L'Abbé seul créera le maire de Borville et le maire fera serment de fidelité à l’Abbé et à Henri. L'Abbé ne peut prendre d’autre avoué dans Borville, sinon le Prince Henri et ses héritiers et réciproquement Henri ne peut y reconnoitre d’autre Seigneur que l’Abbé ; et s’il arrivoit que Henri et ses enfans Philippe, Jacques et Isabelle décédassent sans hoirs légitimes, toute cette partie de la seigneurie de Borville reviendroit à l’Abbaye de Senones. Dès l'an 1225. Henri Abbé de Senones avoit accompagné le meme Prince Henri le Lombard, à la maison franche et au gagnage que l’abbaye possedoit à Borville.

Il seroit malaisé de donner ici un détail de tout ce que l'Abbé Baudouin a fait au profit de son Abbaye, pendant tout le tems de son gouvernement. Nous marquerons seulement les principales acquisitions et donations. En 1248. le Duc Ferri III. donna ses lettres par lesquelles il approuve, confirme et ratifie ce que le Duc Mathieu son Père auoit donné à l'Abbaye dans le lieu de Vitrimont, ajoutant qu’il ne prétend pas que les entreprises que lui où ses officiers auroient pu faire injustement contre les interests de l’Abbaye, lui préjudicient à l’avenir.

Un Seigneur de Provenchéres (l) nommé Hugues, fit transport à l’Abbaye de tout ce qu’il possédoit dans le val de Senones, et qu’il tenoit de son beau pere Yarnerus de Herbéviller, à condition que l’Abbé et les Religieux lui remettroient ce qu’ils prétendoient dans certains biens situés à Luce (i minuta Lucelà) au val de Sh Diez.

Bernard de Brouville Chevallier, fit présent à l'Abbaye de Senones de 3. filles serves, à charge que ces filles et leurs hoirs payeroient annuellement certains cens à l’Abbaye, pour marque de leur servitude.

Philippe de Florenges Evêque de Metz donna en 1261. pour son anniversaire, qui devoit etre célébré dans l’abbaye

lie duc Ferri III confirme la donation que le Duc Mathieu son père auoit fait à l’ Abbaye de Sen o n es, dans le lieu de Vitrimont

Biens donnés à l’Ab-

(1) En latin Provencheriae, dérivé de proventus, revenus, comme qui dirait terre de rapport.

baye situés à Dombray.

Henri II .

Comte de Salm fonde son anniversaire dans l’Abb ay e de

( a ) Ri cher , 1. 4, c. 27, p. 394.

Henri comte de Salm chassé de son propre château par Ferri son fils.

Tombeau de Henri II.

comte de Salm et de son épousé Jeanne de Iiorr. et

de Senones, tout ce qu’il auoit acquis à Dombray où Doneray ; et les Abbés et couvent de Senones lui laissèrent le profit de cette donation, moyennant 6. livres de Messins de cens qu’il devoit leur en rendre par an.

Henri IL comte de Salm, époux de Jeanne où Joatte où Judith de Lorraine, dont nous auons déjà parlé plus d’une fois, et qui est le seul des comtes de Salm qui ait fait quelques biens à l’Abbaye de Senones, ce Seigneur étoit encore en vie en 1244. puisque cette année il donna à ce monastère pour son anniversaire et pour celui de son épousé, une somme de trente livres de toulois, à prendre sur les tailles qu’il possedoit au val de Senones et qu’il destinoit à Ferri le second de ses fils; desquelles 30 h les Religieux de Senones dévoient achepter un fond pour faire le d. anniversaire. Henri donna de plus toute la dixme qu’il possedoit à la Neuveville prés Viviers. Ri cher (a) remarque que le monastère n’a point profité de tout cela par sa pure négligence.

Il ajoute que Ferri fils du comte Henri, dont nous avons parlé, ayant été fait solennellem1 Chevallier à la maniéré de ce tems là, c’est a dire, ayant été émancipé, éxecuta ce que Henri de Salm son frere auoit voulu faire, qui est de chasser son père de son propre Chateau de Blamont ; il le chassa en effet et le contraignit d’aller à pied, accablé de vieillesse, accompagné d’un seul garçon, jusqu’au chateau de Pierrepercée, et delà il auroit été obligé d’aller de même jusqu’au Chateau de Selm, qui est à six lieues de Blamont, sans l’abbé Baudouin qui lui prêta un cheval pour s’y rendre. Le comte Henri mourut après l’an 124 4. et fut enterré dans l’eglise de l’Abbaye de Senones prés du tombeau du vénérable Abbé Antoine et où l’on enterra dans la suite Agnès épousé du Prince Henri, dit le Lombart, Seigneur de Bayon.

Richer dit qu’il grava de sa propre main sur leurs tombeaux, des images, des fleurs et des vers; on voit encor aujourd’huy ces tombes, sauoir celle de Henri comte de Salm et de sa femme Jeanne de Lorraine deuant l’autel de la Vierge et on y remarque les saumons de Salm, et les alérions de Lorraine, auec des fleurs, mais on n’y voit

point d’ecriture. Le tombeau de Henri le Lombard et de son Epouse sont au meme endroit (*); on y remarque de même les Alerions et les armes de la Princesse, auec des fleurs, mais sans écriture. Au reste ces tombeaux ont été déplacés et il seroit malaisé à présent de dire, où ils étoient dans le commencement.

Ferri de Salm comte de Blamont, ce fils dénaturé dont on à parlé, fit une infinité de maux aux Abbaies de S1. Sauveur, de Hauteseille et de Senones, non seulement par lui-méme, mais aussi par son Prévost nommé Mathieu, qui n’etoit pas moins animé que lui contre les Eglises et les Religieux (a). L’Abbé Baudouin et les Religieux de Senones, après auoir longtems souffert leurs vexations, furent enfin obligés de lui en porter leurs plaintes.

Ferri n’en devint que plus emporté; il les menaça et les accabla de plus en plus ; de sorte que ne sachant à qui s’adresser pour avoir justice, ils furent contraints de lui remettre leurs interests entre les mains, de le rendre luimeme juge de leurs differens, et de reconnoitre qu’ils auoient tort : c’est ce que cherchoit le comte.

Il leur donna jour pour terminer toutes leurs difficultés et on écrivit une transaction par laquelle il fut dit que l’abbaye de Senones deuoit auoir deux charpentiers , un cuisinier , un acranteur (acrantatoremunum) (*) un lavandier, un cordonnier (h), et deux Pescheurs , francs et exempts de la jurisdiction du comte de Salm : c’est ce qu’on appelle les Bons hommes , et que tous les autres seroient soumis à son obéissance. On ne trouve pas cette transaction dans l’Ar-

(1) il y avait primitivement est au milieu de la nef; mais D. Calmet a barré ces mots pour leur substituer ceux-ci : sont au même endroit .

(*) Cette note est de U. Calmet, elle est écrite sur un bout de papier collé en marge de la page 141 du mss. :

Acrantorem unum. L’acranteur etoit le greffier, le notaire, le garde notes; encore aujourd’huy nous disons dans ce pays ci, creanter un traité , le passer devant notaire : Qui protocolla et creanta super conficiendis instrumentis retineat. Voyez Marterme anecdot t IX, page 242, c 8. Aussy Du Cange, nouvelle édition, creantare, gréer, agréer, confirmer, approuver, ratifier.

de Henri le lomb1.

sire de Hayon.

Maux que Ferri de Bl amont fait à l’ Abbaye de

(a) Ri cher , 1.

Transaction touchant les S bons hommes.

(h J Ailleurs il le nomme corvequi signifie la même chose que cordonnier.

Voyez le titre de 1311.

Ii’ Abbaye de Senonei est un fief de l’Eveq u e de Metz.

Mort de Ferri Comte de Salm.

chive et je doute qu’elle y ait jamais été car on ne la rappelle nulle part.

Voilà une des plus grandes brèches que l’Abbé et Religieux ayent jamais faite à leurs privilèges et a leur liberté. « Je n’etois pas présent à cette affaire, dit Richérius, et « j’aurois été bien fâché de m’y trouver. Il est étonnant « qu’ils n’ayent pas fait attention, que l’Eglise de Senones « auec ses dépendances est soumise à la jurisdiction de « l’Eveque de Metz et que quiconque est fait Abbé de S e- « nones doit reprendre de lui son temporel et lui faire « hommage. Il ne leur étoit donc pas permis de passer « cette malheureuse transaction et de disposer ainsi du fief « de l’Evéque, sans sa participation et sans son aveu. » C’est ce que dit Richérius, qui étoit alors Prieur de Senones. Il ajoute qu’on ne laissa pas encore depuis et jusqu’au tems de Henri comte de Salm, neveu de Ferri, dont on vient de parler, de faire tout ce qu’on voulut de la pesche et des pescheurs dans le val de Senones ; c’est-a-dire qu’on ne contesta à l’abbaye ni l’usage ni la propriété des Rivières, ni le droit absolu de pescher, sans limitation ni contradiction.

Ferri de Salm comte de Blamont, qui auoit traité son pere d’une maniéré si indigne, et qui auoit exercé tant de violences contre les Eglises, ne jouit pas longtems du fruit de ses vexations; il fut toujours où accablé de maladies où poursuivi et arrêté par ses créanciers, où détenu prisonnier par ses ennemis ; ne sachant comment acquitter les dettes immenses qu’il auoit contractées, il vendit à l’Evéque de Metz son chateau de Blamont et le reprit ensuite de lui en fief. Henri de Ribeaupierre son neveu, fils du Comte Henri son frère, lui déclara la guerre, pour auoir sa part du comté de Blamont, qui lui étoit échu par succession ; et Ferri pour se délivrer de ses poursuites, lui céda Morhenges, Viviers et les châteaux de Pierrepercée et de Salm, ne se réservant que Blamont et le chateau haut de Deneuvre, et encor n’en jouit-il pas, parce que sa mere le retenoit, comme étant son douaire. Enfin il mourut peu regretté et à la fleur de son âge.

Henri de Salm son neveu, comte de Ribeaupierre qui auoit hérité de la vouërie du Val de Senones, du Val de Vipucelle et du ban de Plaine, commença aussi à maltraiter les habit ans de ces cantons et de les accabler de tailles, d’exactions et de diverses sortes de servitudes (a), pour tâcher par ce moien de se délivrer des poursuites de ses créanciers, qui le firent souvent arrêter à Metz, où demeuroit celui à qui il deuoit le plus. Il fut à la fin obligé de vendre pour le prix de 700. livres de messins au Duc de Lorraine Ferri le jeune, où Ferri III, et par conséquent après l’an i250. son fief de Morhange, et ensuite de le reprendre de lui à titre d’hommage, ce qui lui attira l’indignation de l’Eveque de Metz. Il fit une infinité de maux à l’abbaye de Senones, mettant de son authorité des forestiers dans les bois et des pêcheurs dans les eaux de l’Abbaye, ne permettant à celle-ci que d’auoir un seul pescheur, au lieu qu’auparavant, nous en mettions autant que nous jugions à propos, dit Richerius.

De plus il obligeoit les païsans du val de plaider deuant lui où devant son baillif, et si quelqu’un des sujets de l’abbaye auoit une affaire contre elle, il plaidoit pour lui et prenoit son parti. Si l’abbé vouloit tenir les plaids sans l’avoüé, il l’empechoit et prétendoit y assister, sous prétexte de les appuyer de son autorité, où pour donner mainforte afin de faire exécuter les sentences de l’Abbé, dicens se debere interesse pro vi faciendâ. Il forçoit les Receveurs, les Maires, les Doiens, les foretiers et les autres officiers de l’Abbaye, que l’Abbé auoit jusqu’alors institué et déposé à sa volonté, il les forçoit, dis-je, à lui rendre les mêmes services que les autres sujets du val. Si quelqu’un vouloit se rendre convers à l’Abbaye, il l’empêchoit et se faisoit donner par écrit une assurance qu’il ne le feroit pas ; et si quelqu’un prenoit ce parti malgré lui, et qu’il mourut sans héritiers où qu’il allat demeurer ailleurs, le comte saisissoit ses effets et s’en rendoit maitre par force.

On trouva de son tems des mines dans la montagne de

Henri de Salm IV.

du nom maltraite l’Abbaie de Senones.

(a) Richer, 1.

k, c. 30, p. 397, 398, etc.

Forges de

Fr am ont et de

Grand- Fontaine* Xieur origine.

( b ) Richer , 1 .

4, c. 30, p. 398, 599, et 1. 5, c. 5, p. 422.

Tran saction a u s u j e t des forges

de Framont. Titre de l’an

Jacque de Lorraine Eveque de Metz, mourut en

Framont, près Grand-Fontaine ; il s’en empara et y fit ériger des forges (b). L’Abbé et les religieux lui remontrèrent qu’il n’auoit aucun droit de faire des forges sur un fond qui appartenoit à l’abbaye de Senones; il répondit que la montagne lui appartenoit en qualité de voüé du val, et ne se mit pas en peine de faire cesser l’ouvrage de ces forges. Mais l’Abbé étant allé trouver Jacques de Lorraine Evêque de Metz et lui ayant exposé la conduite du comte Henri, l’Evéque envoia aussitost renverser les forges en question et enlever le fer et les outils qui s’y trouvèrent.

Mais aussitost que ce Prélat fut mort, l’Abbé et les Religieux furent obligés de transiger auec le d. Comte Henri et de l’accompagner pour moitié dans les dittes forges de Framont, en telle sorte que la mine se devoit tirer à frais communs, les bois se fournir de même, et que chaque partie deuoit également contribuer à l’erection et entretien des forges et fourneaux et percevoir la moitié de leur produit ; les bois pour l’usage des forges se dévoient prendre dans les quatre bans, sauoir de Senones, de Celle, de Vipucelle et de Plaine; mais la mine ne pouvoit se tirer que des montagnes de Framont et de Froide pleine. Si l’on étoit obligé d’en tirer des quatre bans, on la partageroit également et chacun fairoit de sa part ce qu’il jugeroit à propos. Ils ne pouront ériger des forges que d’un commun consentement et encor n’en mettra-t-on au val de Senones, que quand on n’en pourra plus mettre ailleurs.

En considération de ce traité, le comte de Salm otera ses foretiers des bois et ses pescheurs des eaux des quatre bans, et les Abbés et Couvent y mettront les leurs bannaux, comme d’ancienneté. De plus le Comte promet de remettre toutes choses au même pied qu’elles étoient auant la mort de l’Eveque Jacques et de ne se servir contre l’Abbaye ni à son préjudice d’aucune chose ou entreprise faite auant la mort de cet Evêque. Si le comte de Salm où la comtesse son épousé, se trouvent aux châteaux de Salm où de Pierre percée où dans leurs Chatelleries, ou lorsque quelqu’un de leur conseil où de leurs commis s’y trouveront, ils pouront

librement faire pescher dans les eaux des environs ; mais en d’autres terns ils ne le pouront pas, ni leurs Baillifs, prévôts, gardes ou serviteurs. L’Abbé et les Religieux auront un pescheur franc, portant la bandoulliére, qui sera du nombre des huit bons hommes. Si une partie contrevenoit à cette transaction, la contravention ne pouroit préjudicier à l’autre partie, mais on reviendrait toujours aux termes de ces lettres, qui furent passées au mois de Novembre i261. et scellées du sceau de Philippe Eveque de Metz, duquel relève le fief de l’abbaye de Senones.

Voila la première transaction passée entre les Abbés et couvent de Senones et les comtes de Salm. Il est bon de remarquer ici que le nom de Framont ou Ferramont (I), comme il est écrit dans notre chartre et ferratus mous , comme il est nommé dans un titre de S1. Diez de l’an 1172. (a) et sur lequel on à tant parlé, vient des mines de fer qu’on y découvrit avant Fan 1259. et que ce nom dérive de ferratus morts et non de Pharamond roi des François que quelques uns ont prétendu y auoir été enterré. Le R. P. D. Jean Mabillon (b) a composé une dissertation sur les sépultures des anciens Rois de France, dans laquelle il auance que la montagne de Framont est nommée par les Allemands Frankenberg , et par les François framont ) que Hunibalde dit, que Marcomire chef des François orientaux fut enterré sur la montagne de Frankenberg ; in monte qui dicitur Frankenberg more gentilitio sepultus ; et que Phara-

(1) Dans la Notice de Lorraine de D. Calraet, on lit aussi que le R. P. Mabillon, dans sa Dissertation sur les sépultures des anciens Jliis de France, a avance' que dans une charte de l’Abbaye de Senones de l’an 1261 , ii était dit que Pharamond avait été enterré sur la montagne de Framont, mais il avait été mal informé, dit D. Calmet; nous avons en main la pièce dont il parle : elle fait ■ la vérité, mention de Framont ou Ferramont , mais elle ne dit pas un mot ni de Pharamond, ni de sa prétendue sépulture en cet endroit Vers l’an 12ô9, on découvrit à quelque distance du Donnon, au lieu nommé aujourd’hui Framont , des mines de fer, sur un fond appartenant à l’Abbaye de Senones. Leur nom de Framont ne vient nullement de Charamond, mais de Ferratus -Mons, Ferramont, montagne aux mines de fer, et elles sont dénommées F erratus-Mons, dans un titre latin de l’église de SV Fiez de l’an 1272

Pharamond est-il enterré à Framont.

( a ) Tom. II, Hist. de Lorr., p. CCCLXV.

(b J Mabill., Dissert, sur les sépultures des anciens Rois de France, t. II OEuvres posthumes, p. 44, 45,

mond a été aussi inhumé « sur la même montagne. Le R. « P. Mabillon ajoute, que l’on trouve la même chose attes- < t tée dans une charte de l’Abbaie de Senones de Fan 1261. « ce qui fait voir au moins que cette tradition n’est pas « nouvelle; et elle n’est pas sans quelque fondement, puisque « les François qui etoient encore païens auoient leur tem- « pie et leur sépulture sur cette montagne. »

C’est ce que dit ce grand homme, que je regarderai toujours auec une respectueuse reconnoissance, ayant eu l’auantage de le voir, de le converser et de profiter de ses avis et de sa direction dans le tems que je fus envoié à Paris, auprès de lui, pour mes études. Mais je ne puis m’empêcher ici de dire qu’il auoit eu de mauvais mémoires au sujet de Framont, et que mal à propos on lui auoit mandé que la charte de 1261. portoit que Pharamond auoit été enterré à Framont. Je l’ay actuellement deuant les yeux cette charte, elle n’en dit pas un mot. Il est vrai qu’elle parle de Framont où plutost Ferramont et c’est la première fois que ce mot se rencontre dans nos titres, quoiqu’il y soit souvent parlé de la montagne nommée aujourd’huy Framont, mais sous d’autres noms. Ce n’est que depuis la découverte des mines et l’erection des forges, qu’on lui a donné le nom de ferratus mons, ferramont (1). Son vrai nom est Dounon dérivé de l’ancien Gaulois Dunum , une hauteur, une montagne. M. Cassini et les autres mathématiciens envoiez par le Roy Louis XV pour examiner la forme et l’etenduë de la terre en 11 SI. assurèrent M. Ferrand subdelegué deM. l’Intendant de Metz qui les accompagna sur le Dounon, que cette montagne est haute de 400. toises à 6. pieds de Roy l’une, au-dessus du niveau de la mer ou de la circonférence de la terre.

Quant aux autres antiquités qui se voient sur cette

(I) Sur les anciennes cartes géographiques elle est marquée sous le nom allemand de Gros-thaun ou de Grand-Dounon , par opposition à une autre montagne voisine, marquée sous le nom de Klein- thaun, petit Dounon .

montagne, je les y ai vues plus d’une fois et je puis assurer qu’il n’y a aucun vestige qui prouve que les anciens Francs y aient été enterrés, ni qu’ils y aient fait les exercices de leur Religion. Toutes les statues ou bas reliefs qu’on y voit sont ou gauloises ou romaines; les Inscriptions des autels qu’on a pris pour des morceaux de colomnes sont latines ; par exemple

G. LVCVLLVS.

LEPIDINVS.

Et une autre

L’inscription Bellicus-Surbur, est d’un caractère mal fait et beaucoup plus récent que les autres inscriptions. Le temple dont on voit encore quelque reste, est un ouvrage des Romains. Il etoit bâti de grandes pierres de 4. à 5. pieds de long et de hauteur a proportion. L’édifice étoit un quarré oblong, aiant 40. pieds de roy de long sur 31. de large. Il y avoit deux portes qui se repondoient l’une a l’autre, l’une a l’orient, l’autre a l’occident de 2. pieds de large et de 4. pieds 7. pouces de haut. En l’an 1732. j’ay veu la pierre qui etoit au-dessus de la porte du temple de Framont. Elle a pour inscription:

MERGVRIO LE.. NIO.

Et sur une autre pierre :

MERGVRIO SEGATE

LIS VLPO GELLO V. S. L. M.

TRAIANO DACIGO.

Eaux salées trouvées à Mo r h ange s du te ms de Henri SV.

Comte de Salm.

Ç aJRicher, 1. 4, c. 30, p. 599, et 1 . S, c. 5, p. 421.

Henri IV.

Comte de Salm vend à l’Eveque de Metz ses Châteaux de Pierre percée et de Salm , et les reçoit ensuite de lui en fief.

On met sur les epines les reliq.

et les images des S. S. dans l’Eglise de Senones.

(a) Richcr, 1.5,

Ri chéri us (a) raconte que du tems du même Henri IV, comte de Salm, dont on a parlé, on découvrit auprès du chateau de Morhange des fontaines salées; que ce seigneur y ayant fait creuser un puit, voulut y ériger des Salines ; mais que Jacques de Lorraine, Eveque de Metz en aiant été informé, lui commanda de s’en désister et de remettre toutes choses au même état qu’elles étoient auparavant; mais malgré les deffenses de l’Evéque il continua son ouvrage à grands frais, et le sel n’aiant pas réussi, il fut obligé d’abandonner entièrement cette entreprise.

A la fin accablé des dettes énormes qu’il auoit contractées, il fut obligé de vendre à Jacque Evêque de Metz ses châteaux de Salm et de Pierre percée, de meme qu’il auoit vendu Morbanges au Duc de Lorraine. Par ce moien il se reconcilia auec ce Prélat qui étoit depuis longtems indisposé contre lui, et satisfit à une partie de ses créanciers ; mais il ne put obtenir de lui la permission de rétablir les forges de Framont, ainsi qu’on l’a déjà veu. L’Evéque vint donc prendre possession des châteaux de Pierre percée et de Salm, y mit garnison, en prit les papiers et les privilèges et les emporta à Metz.

Henri continuoit cependant ses violences contre l’Eglise de Senones, et après auoir pendant 14. ans lassé la patience de l’Abbé et des Religieux et les auoir attiré tantost deuant l’Evéque, et tantost deuant des conseilliers, dans l’esperance de finir leurs difficultés par quelque accommodement. Enfin l’Abbé ne voiant point d’autre remède, suivit le conseil de Giles de Sorcy Eveque de Toul, qui (a) commença à gouverner cette Eglise en 1253. et de quelques autres personnages de poid (i), et au milieu des larmes et des gémissemens des assistans, fit mettre sur les épines au milieu de l’Eglise les images du Sauveur et la chasse de S1. Simeon Patron de l’Abbaye, et pendant cette lugubre

fl) En marge, Dom Cdmet a e'crit : Cela est Refendu par les Conciles XI 11 de Tolede. c. 17. Vide t. 6. Concil. p. 1262. et par le Concile de Liou sous Greg. X an. 1274. Absolut, c., etc. Cet abus etoit en usage dès la fin du 6 siecle, Fleuri, 1. 34 n 53.

cérémonie, les Religieux chantoient Nous auons attendu la paix , et elle n'est point venue, nous espérions des biens, et voici la tribulation ; Seigneur nous reconnaissons nos péchés; Dieu d’Israël , ne soiés pas toujours irrité contre nous.

Et comme les Bulles des Papes et les privilèges des Archevêques et des Evêques excommunient les persécuteurs des Eglises et les violateurs de leurs privilèges, toutes les testes et les Dimanches on publioit dans l’Eglise, que le comte de Salm et ses complices auoient encouru ces censures, et tous les jours à la grande Messe, avant VAgnus Dei, le Diacre prononçoit tout haut la même chose deuant l’autel; et les Religieux à genoux chantoient le répons Aspice Domine auec le verset; puis ils récitoient le pseaume Deus misereatur nostri, Kyrie Eleison, Pater noster, puis le prêtre célébrant à genoux deuant le corps et le sang de J. G. disoit le verset Exurgat Deus et la collecte Ecclesiae tuae preces, ou quelqu’autre convenable au tems de la tribulation; après quoi il achevoit la messe.

Mais tout cela ne toucha point le comte Henri; il continua à molester l’Eglise de Senones, et après la mort de Jacques Evêque de Metz, il se porta encore à de plus grands excès qu’auparavant. Il envoia un de ses officiers, nommé Renaut, digne ministre de ses violences, dans le monastère de Senones (a), où il parla ainsi aux Religieux qui s'y trouvèrent : Mon Maitre m’a envoié vers vous pour vous dire qu’il est prest de vous protéger contre tous, si vous voulés le reconnoitre pour votre Protecteur. Les Religieux entrèrent au chapitre pour en délibérer; les uns disoient que puisque l’Abbé n’etoit pas au monastère, qu’ils pouvoient bien pour un tems se mettre sous sa protection, sous le bon plaisir toutefois de l’Abbé; d’autres furent d’avis de ne pas accepter ce que le comte faisoit offrir ; ainsi Renaud et ceux qui l’accompagnoient, se retirèrent en colère et commencèrent par saisir la maison Abbatiale et les Granges de l’Abbaye.

Cependant les Chanoines de Metz ne pouvant s'accorder sur le choix d’un successeur à Jacques de Lorraine leur

S»e Comte de Salm fait saisir les biens du m o n a s tére de Senones.

(a) Richer, 1. 5’, c. 8, p. 426.

Rétablisse-

ment des forges de Fr amo nt en 1261.

( aJRicher, 1. S, C. 8, p. 426.

Ii e Co mte Henri fait enlever tout ce qui étoit dans l’Abb a i e et dans ses dépendances.

Les Religieux de S e n o n e s sortent de leur m onastere et se retirent en divers endroits.

(u) Richer , 1. 3, C. 8, p. 4Î6.

Evêque, furent assés longtems sans faire élection. A la fin il y en eut deux de choisis, sauoir Philippe de Florenges et Thiébaut de Porceléle (a). Pendant ces délais et les poursuites mutuelles des deux Elus, le comte Henri qui n’etoit plus retenu par la crainte d’un Evêque de Metz, rétablit les forges de Framont, coupa les bois appartenant à l’Abbaye, pour faire du charbon, et y rétablit des forgerons, comme auparavant. Ce fut alors que l’Abbé Baudouin fut obligé de faire auec lui la transaction de i26i. dont on a parlé.

Et comme l’on continuoit toujours dans l’Eglise de l’Abbaye, à le dénoncer nommément excommunié auec ses complices ; pour s’en venger, il envoia Renaud auec une troupe de gens armés qui enlevèrent de l’abbaye tout ce qu’ils y trouvèrent, chevaux, boeufs, vaches, brebis, pourceaux. Ils en usèrent de même dans les fermes dépendantes de l’Abbaye, et même dans le Prieuré de la Broque et dans la maison franche d’Anserviller. Tous ces exploits se firent en un même jour, qui fut le samedi deuant la Septuagésime.

Les Religieux croioient qu’aprés cela la colère du comte seroit appaisée, et qu’il les laisseroit jouir d’un peu de tranquillité. Mais un matin Renaud vint de nouveau avec sa suite se présenter à la porte de l’Abbaye, demandant qu’on leur ouvrit ; et comme on ne vouloit pas les laisser entrer, ils prirent des Echelles, et descendant deuant l'appartement de l’Abbé, ils entrèrent dans le cloitre et s'etant saisis des clefs de l’Eglise, du cloitre et de célérerie, ils s’emparèrent de tous les meubles du monastère, chargèrent sur des chariots les ustensiles de la cuisine, les garnitures des lits et les provisions destinées pour les pauvres, et emportèrent le tout auec eux, puis mirent de leurs vassaux pour garder les tours et pour y faire sentinelle.

Alors Mathieu Prieur du monastère, qui étoit un jeune religieux de bonnes moeurs et de bon conseil, délibéra auec ses frères sur ce qu’il y avoit à faire dans cette conjoncture, et voiant qu’il n’y auoit point de moien de demeurer dans le monastère dans l’etat où etoientles choses, ils résolurent d'un commun consentement de se retirer (a) ; ainsi ils sor-

tirent comme en procession, aiant la croix à leur tête et demandant à Dieu auec larmes qu’il conduisit leur pas dans la voie du salut. Ils allèrent à Moienmoutier et y couchèrent. De là ils se retirèrent chacun dans les lieux où ils furent destinés par leur Abbé. Il ne resta dans le monastère que le moine Richerius et un autre Religieux, nommé Bertrand qui y étoit retenu par une maladie très sérieuse.

Le comte n’en demeura pas là, il fit piller par son officier Renaud les maisons des 8. bons hommes qui composoient la famille de l’Abbaye, en sorte qu’a peine leur laissa-t-il les quatre murailles entières. Dans une telle extrémité, les Religieux de Senones consultèrent les chanoines de la Cathédrale de Metz et leur demandèrent leur secours, mais en vain. L’Abbé Baudouin envoia un de ses Religieux vers Philippe de Florenges, Evêque de Metz, pour lui exposer le triste état des affaires de son Abbaye, mais ce Prélat naturellement indolent et d’ailleurs porté d’inclination à favoriser le comte Henri, ne parut nullement touché de ses remontrances et se contenta de lui faire quelques promesses verbales, qui ne furent suivies d’aucun effet.

Baudouin fut donc obligé de s’addresser à Giles de Sorcy Evêque de Toul. Il lui députa quelques uns de ses religieux, qui lui exposèrent tout ce qui étoit arrivé à leur monastère; l’Evéque en fut vivement touché et aiant sur le champ fait venir son secrétaire, lui ordonna d’écrire à Alexandre Abbé de Moienmontier, qu’il eut à se transporter en diligence au domicile du comte de Salm, et de l’avertir de réparer les torts qu’il auoit faits à l’Abbaye de Senones, et de satisfaire à Dieu qu’il auoit offensé et à l’Eglise qu’il auoit scandalisée. L’Abbé se mit en chemin en diligence et étant arrivé à Badonviller, il y rencontra le baillif Renaud qui lui demanda le motif de son voiage. Alexandre lui déclara qu’il étoit chargé de la part de l’Evéque de Toul d’aller trouver le Comte de Salm et de le dénoncer excommunié, s’il ne réparoit les torts qu’il auoit fait à l’Eglise de Senones. Le Baillif l’arrêta et le mit sous sure-garde dans une maison. Ceux qui le gardoient ne doutant pas que toute la dépense

Giles de Sorc i E ve q .

de Toul envoie un ordre à Alexandre Abbé de Moienm ont de dé no ne er 1’ excommunication cont r e le Comte de Salm.

L’Abbé de M o i e n monti e r est mis en liberté et s’ac quitte de la commission envers le Comte de Salm.

Le Curé de Vie par ordre de l’Ev e que de M e t z pro n o nce l’exco mmunication cont r e le Comte de S a 1 m et met sa terre en interdit.

qu’ils feroient ne retomba sur l’Abbé, se mirent à faire grande chère, en sorte qu’en deux jours et deux nuits, ils dépensèrent 8. sols, qui étoit pour ce tems là une somme assés considérable.

Mais les Religieux de Moyenmontier informéz de ce qui étoit arrivé à leur Abbé, coururent au Prévost du duc de Lorraine et le prièrent de le tirer des mains du Bailly. Le prévost prit auec lui une troupe de gens armés, et marcha du coté de Badonviller; mais on lui conseilla de ne pas entrer dans ce lieu, sans sauoir auparavant si l’on rendroit l’Abbé. Il envoia donc deux de ses soldats pour le répéter. Le Bailly sachant que le Prévost etoit proche auec ses gens, relâcha l’Abbé qui s’en alla accompagné du Prévost vers le Comte de Salm, et lui dénonça solennellement et dans les formes de la part de l’Evéque de Toul, qu’il auoit encouru l’excommunication, et en même tems selon les Statuts du Concile de Trêves, il mit toute sa terre en interdit, à l’exception du viatique pour les mourants etdubatéme des Enfans.

Après cela l’Abbé de Moyenmontier revint dans son Abbaye; et l’Evéque de Toul fit scauoir à celui de Metz ce qu’il venoit de faire dans son propre Diocèse contre le Comte de Salm, affin que lui Eveque de Metz en fit autant dans le sien. Philippe de Florenges se trouva par ce moien dans l’obligation d’emploiyer aussi les censures, quoyque malgré lui, contre le Comte de Salm. Il ordonna donc au Curé de Yic de se transporter à Morhanges et d’y faire lecture de ses lettres au Comte, par lesquelles il le sommoit de restituer à l’Abbaye de Senones tout ce qu’il lui auoit pris, et de satisfaire aux torts qu’il lui auoit faits; sinon que lui et tous ses adhérans et complices auoient encouru Texcommunication, et que selon les statuts du concile de Trêves, toute sa terre etoit soumise à l’Interdit.

Le curé aiant ainsi éxécuté sa commission, fut aussitost arreté par les gens du Comte et mis en prison les fers aux pieds, mais il s’en tira moiennant soixante livres d’argent dont il donna des Garants et revint à Metz rendre compte de sa commission à celui qui l’avoit envoié. Le comte

s’addressa à l’Archevêque de Treves, pour faire casser la sentence d’excommunication, et faire lever la sentence d’interdit; mais il ne put rien obtenir; de maniéré que dans toute sa terre on ne célébroit pas le divin service et on ne donnoit pas la sépulture aux morts; ce qui faisoit grand bruit parmi le peuple.

Le Bailly Renaud toujours plus animé et ne pouvant plus rien prendre à l’Abbaye de Senones, s’avisa au commencement du Printems de cette année 1261. de deffendre aux païsans du Val qui deuoient des corvées, de labourer les terres et de cultiver les jardins de l’Abbaye, pour réduire les Religieux à la dernière nécessité, et les forcer de se soumettre aux volontés de son maitre. Mais l’Evéque de Toul s’arma de zèle et de force dans cette occasion, et ordonna par ses lettres de dénoncer excommuniés au prône toutes les fêtes et Dimanches, dans toute l’etenduë de son Diocèse, non seulement le comte de Salm, mais aussi les Baillis et leurs adhérans.

Le comte Henri se voiant ainsi entrepris de toute part, et ne trouvant aucun moien de se tirer de cet embarras, songeoit sérieusement à faire sa paix auec l'Abbé de Senones; mais deux raisons le retenoient. La lre parce qu’il falloit restituer tous les dommages faits à l’Abbaye, à quoy il ne se trouvoit pas en état de satisfaire ; la 2e étoit la honte de céder à un abbé et à une communauté de Religieux, contre lesquels le jeune Duc de Lorraine et plusieurs autres jeunes seigneurs l’animoient et le portoient plutost à la vengeance qu'à la satisfaction. Enfin pourtant il prit sa résolution et étant allé trouver l’Evéque de Metz il le pria de s’entremettre pour terminer ses différens auec l’Abbé et l’Abbaye de Senones. Le Prélat entra volontiers dans ses sentimens, et aiant dressé un projet d’accomodement, le fit proposer aux Religieux, et leur fit dire que s’ils ne s’y conformoient, il leur feroit ressentir les effets de son ressentiment.

L’Abbé Baudouin à qui l’on en parla, répondit qu’il etoit très disposé à faire la paix avec le comte, mais qu’au préalable il demandoit que ce seigneur restituât tout ce qu’il

Le Bailli B, e n a u d défend aux p a is a n s de faire les corvées et de cultiver les terr e s de l’Abba ie.

I«e Comte Henri songe à faire la paix auec l’ Abb a i e de Senones.

l’Abbé

Baudouin

demande

qu’on rest i t u e à son Abbaye ce qu’on en a enlevé.

Ii e Comte Henri fait sortir les soldats qui é t o i e n t dans le mon astére, mais ne restitue point aussitost ce qu’il en auoit fait emporter.

avoit enlevé de l’Abbaye de Senones. L’Eveque de Metz trouva la proposition raisonnable, et le comte aiant donné des assurances de le faire, reçut son absolution de l’Evéque de Metz. Celui de Toul parla encore auec plus de force, et protesta qu’il ne lui donneroit jamais d’absolution qu’il ne lui promit solennellement d’executer les ordres de l’Eglise et d’accomplir la volonté des Prélats.

Le comte s’y soumit et s’engagea par un serment solennel, fait en présence des Evêques, des Clercs et de plusieurs Seigneurs, de réparer tous les torts qu’il auoit fait au monastère et de s’en tenir au jugement des Prélats. Ainsi il reçut aussi l’absolution de la part de l’Evéque de Toul, qui leva l’interdit de ses terres.

Aussitost le comte Henri donna ses ordres aux paisans du val de faire les corvées à l’ordinaire et de cultiver les champs et les jardins de l’Abbaye et de payer les redevances qu’ils dévoient à l’Abbé et aux Religieux. Ces ordres furent donnés la derniere semaine du mois d’ Avril qui étoit cette année la plus proche de Pâques, (en 1261. Pâques etoit le 24. d’ Avril.) et le Vendredy S1, suivant le Bailli Renaud se rendit dans l’Abbaye, et en ota la garnison qui y étoit et qui en gardoit les tours. Mais on ne restitua rien de ce qui auoit été pris dans le monastère. Aussi l’Abbé ne se hata pas d’y faire revenir ses Religieux ni d’y rammener le trésor de l’Eglise et les autres choses qui auoient été transportées ailleurs durant la guerre; il voulut attendre que tout le reste fut rétabli et que le comte eut entièrement satisfait à sa promesse. Ainsi sans compter le tems qui s’écoula depuis la Septuagésime, auquel les Religieux furent obligés de sortir du monastère jusqu’au Vendredi S1, de la même année, que le comte retira les troupes qu’il auoit mises dans l’Abbaye, l’office divin y demeura interrompu depuis le Vendredy S1, de l’an 1261. jusqu’à la veille de Noël de l’an 1262. car alors l’année commençoit ordinairement à Pâques dans ce pays cy. Pendant tout ce tems, il n’y eut de Religieux dans l’Abbaye, que Richérius et Bertrand dont on a déjà parlé, et un moine nommé Hugues qui auoit une

adresse particulière pour recueillir et conserver les choses qui restoient dans la maison et pour entretenir et raccomoder les équipages et les harnois des chevaux et des boeufs.

A la fin le comte ayant fait reporter à l’Abbaie tout ce que le bailli Renaud par ses ordres en auoit emporté, l’Abbé Baudouin y revint auec sa communauté, et on y recommença l’office diuin la veille de Noël.

Jusqu’ici nous auons suivi l’historien Richerius Religieux de cette maison qui a continué son histoire jusqu’à Fan 1262. Il nous apprend qu’il auoit été Prieur de Deneuvre (a) ou du Moniet (1) et qu’il auoit été employé par ses Abbés à divers emplois; par Ex. qu’il fut envoié par l’Abbé Henri vers (b) Thiebaut I. Duc de Lorraine, pendant que ce Prince étoit prisonnier à Virzbourg auprès de FEmpereur Frideric, pour lui demander justice contre Philippe de Lorraine, seigneur de Gerbéviller, qui faisoit de la peine à l’Abbé Henry, et lui faisoit des menaces sérieuses. On ignore au juste l’année de la mort de Richérius; mais elle arriva entre les années 1262. et 1270. car quand il écrivoit, Fabbé Baudouin étoit encore en vie ; or il est mort en 1 270. et Richer raconte des choses qui sont arrivées en 1262. et peut etre même en 1263. où 1264.

De son tems le Prieuré du Moniet où de Deneuvre fut gouverné pendant plus de 20. ans par un religieux nommé Hugues, qui ferma ce prieuré de bons murs, dans lesquels il enveloppa le four, Fétang et le moulin et la chapelle de Ste Catherine que Richerius auoit fait construire pendant qu’il en étoit Prieur. Le même Hugues y construisit des appartemens fort logeables et y auroit pu faire beaucoup plus, si Dieu lui en avoit donné l’intelligence. J’avois cru que cette chapelle de Ste Catherine et l’Etang joignant sont ceux qui se voient sur le chemin de Lunéville à un quart de lieüe de Baccarat. La chapelle subsiste encore, avec un ancien cimetière et appartient à la cure de Deneuvre ; Fétang

lies Heligie ux de Senones rentrent dans leur monastère et y recommencent l’office divin.

(а) Richer , 1.

(б) Id„ 1 . 3, c. 23, p. 348.

Hugues Prieur de Deneuvre.

(1) Ou du M niet, e'criture de D. Calmet, m se en surch rge.

Renier Prieur de M e r v a ville.

Frideric Prieur de Xures

R onations faites à l’Abbaye sous l’Abbé B a u douin.

et le moulin ne subsistent plus, mais ces lieux sont trop éloignez du Moniet.

Vers le même tems Rénier gouvernoit le Prieuré de Mervaville, et il en eut le gouvernement pendant 7. ans. Il en bâtit l’Eglise à l’exception du Chœur, qui étoit déjà fait, et il en fit consacrer le grand autel par Giles Eveque de Toul, qui bénit aussi le cimetière. Rénier fit de bonnes murailles autour du Prieuré et y acquit beaucoup de terres et de prez, et fit ce qu’il put pour éloigner du Prieuré les avoüés d’Esraille (l), qui s’y rendoient trop assidus. '

Le prieuré de Xures étoit alors gouverné par un très habile et très industrieux religieux, nommé Frideric, qui augmenta le chœur de son Eglise et l’acheva heureusement. Il l’orna de peintures et de fenêtres de verre. Il embellit de même le grand autel dédié à S. Jacques, par des sculptures, des dorures et des peintures. Il bâtit le cloitre de briques vernissées, d’un ouvrage rare et singulier ; il construisit des demeures et d’autres édifices dans le prieuré, et ferma le tout de bonnes murailles, il couvrit de tuiles toutes les Paroisses dépendantes de son Prieuré et fit faire des maisons de pierre, pour enfermer les Salines que son monastère possedoit à Moyenvic. Tant de bonnes actions qui deuoient lui attirer l’estime et la reconnoissance de son Abbé et de ses confrères, ne furent récompensées que de jalousie et d’ingratitude. Aujourd’hui on ne voit aucun reste de tout cela dans le prieuré de Xures ou tout est en désordre : on l’a mis en meilleur état depuis quelques années (2),

Depuis ces violentes tempêtes que l’Abbé Baudouin essuia en 1260. et 1261. il ne paroit pas par les titres qui nous restent de son tems, qu’il ait eu beaucoup de fâcheuses affaires dans son Abbaye. On trouve au contraire quelques donations faites à son monastère, par ex. une dame nom-

(1) Azerailles ou Ezrailies, en latin Acervalia ou Acervalla. La seigneurie d’Ezrailles appartenait autrefois aux. seigneurs de Blâmont résidans au château de Deneuvre. V. Not. de Lorraine de D. Calmet, pour plus amples détails.

(2) Cette dernière phrase, depuis aujourd' hui, est ajoutée par D. Calmet.

mée Sémour, lui fit une donation considérable que l’on n’exprime pas toutefois dans les lettres de consentement que donnent les parents à cette donation en 1260. et 1268.

Un nommé Villaume clerc de Remberviller donna aussi à l’abbaye en 1264. sa maison qu’il avoit au même lieu.

En 1261 . Ferri de Luce (*) et ses frères chanoines de SL Diez, lui cédèrent ce qu’ils possedoient à Celle et dans toute la Châtellenie de Pierre-percée. Et en 1269. Regnier Chevallier d’Hablainville changea le prey qu’il auoit près le moulin de Chénesières contre un autre prey situé à Rétonville, et cela moiennant un cens de 4 deniers payables chacun an à la maison que l’abbaye avoit à Retonville.

Nous avons vu ci devant le zélé que Giles de Sorci Eveque de Toul témoigna pour soutenir les intérêts de l’Abbaye de Senones. Les Religieux de leur coté lui donnèrent des marques de leur soumission et de leur attachement, en lui cédant les revenus de la cure de Remeréville, dont la collation leur appartenoit, pour servir à la dotation du Chapitre de Rrixey que ce Prélat auoit dessein de fonder. En 1260. il donna des lettres à l’Abbé et aux Religieux, par lesquelles il les porte quittes de toutes poursuites qu’on pourroit faire contre eux au sujet de cette cession, et promet de prendre leur fait et cause. La lettre est du Vendredy auant la SL Jean-Raptiste en 1260 (2).

C’est que les Loix ecclésiastiques, aussy bien que les Ordonnances des Empereurs et des Roys, défendent aux Eveques et aux Abbez d’alliener et de donner les biens de leurs Eglises. En 998. l’Empereur Othon III. auoit ordonné par

(d) Dans sa Notice de Lorraine, D. C. dit que c’est apparemment Ferri de Lucebourg 11 est souvent parlé dans Y Histoire de Lorraine du château de Lucebourg et des seigneurs de cette maison. Lucebourg ou Lucelbourg ou Lutzelbourg est le nom du château et village situé entre Dabo , Phalsbourg et Saverne, et appartenait autrefois au domaine des ducs de Lorraine. On voit qu’on ne peut pas confondre avec un autre château de Lutzelbourg, dont on voit encore les ruines à côté de celui de Rathsamhausen, sur une colline nommée le ïlumburgerberg, à 2 kil. à l’O. d’Otrott (Bas-Rhin).

(2) Ici se trouve un renvoi à une feuille volante fixée à la page 161 du mss. et qui contient le paragraphe qui va suivre jusqu’à l’art. XLIV.

lies revenus de la Cure de Remeréville cédés pour fonder le C h ap i tre de ‘Brixey.

Acc o m p agnîm1. de Jean de Nanci à la Seigrie de Vitrimont par r Abbé de Senones.

Accord entre le Comte de B1 amont et l’Abbé Baudouin pour les torts qu’il leur auoit fait.

une constitution impériale, que toutes les aliénations qui auoient estez faites des biens des Eglises, n'auroient aucun effet apres la mort de ceux qui les auroient faittes et qu’il seroit loisible à leurs Successeurs de les faire casser et de rentrer dans leurs biens ainsy allienez, sit successori libéra facultas omnia quae per libellos vel alias quaslïbet scripturas abalienata fuerint, in proprium jus Ecclesiaereuocare.

L’Abbé Baudouin pour terminer certaines difficultés qu’il auoit auec le Sire Jean Chevallier de Nancy, autrement nommé Jean de Toul où Jean de Neuviller, fils du Duc Ferri III, l’accompagna dans la seigneurie de Vitrimont, à ces conditions qu’ils posséderont par moitié tout ce qui dépend de cette seigneurie, et qu’ils ne pourront s’y accroître l’un sans l’autre qu’à profits communs et toujours par moitié, qu’ils feront leur maire et leur Doyen de concert, et que s’ils ne peuvent s’accorder sur ce sujet, qu’ils les créeront chacun à son tour : les maires et Doyens seront francs et jureront fidelité aux seigneurs. L’Abbé et couvent de Senones se réservent les corvées à Vitrimont et la franchise de l’Eglise du Prieuré et de toute la dépendance de Léomont, se réservent aussi leur maison d’Antlup auec ses usuaires, jusqu’à ce que le sire Jean de Nanci leur ait assigné un fond de même valeur. Cet accompagnement fut ménagé par le Duc Ferri III, Père de Jean, et les lettres en furent scellées de son sceau en 1269. Le meme Duc Ferri en 1286. confirma l’accompagnement, dont nous venons de parler; il nous y apprend que Jean étoit son fils.

La même année Henri IL comte de Blamontfit un accord auec l’Abbé de Senones, par l’entremise du Duc Ferri, dont on vient de parler. Il paroit par les termes et les conditions de cet accommodement que le comte de Blamont avoit fait d’ étranges vexations à l’Abbaye et que ce n’etoit pas seulement les comtes de Salm qui l’opprimoient, mais que ceux de Blamont, qui étoient de la même famille, ne leur etoient pas plus favorables. Henri reconnoit donc qu’il a fait de grands torts à l’Abbaye de Senones dans les lieux de Domptail, Buriville, Hablinville, Bétonville, Magnéville, Anser-

viller, Remoncourt, Lintrey, et dans les maisons que l’Abbaye possedoit dans ces lieux, et que pour les indemniser, il leur a cédé son moulin qui est deuant Vacheinville, et toute sa corvée qui est deuant Chenesiéres; en telle maniéré que ni lui, ni ses hoirs, ne pouront à l’avenir bâtir aucun moulin entre celui de Vacheinville et celui de Pétonville sans l’agrément de l’Abbé; duquel don il s’engage de leur faire donner des assurances par l’Eveque de Metz, auant la S*. Remi qui vient, et au cas qu’ils ne pourroient pas jouir paisiblement dud. moulin, le comte Henri s’oblige à leur assigner un fond de terre de même valeur, dans le ban d’Hableinville, et sous la garantie de Philippe et Jacques seigneurs de Rayon.

De plus il s’engage de leur payer une somme de sept vingt livres de provénésiens forts, dont il donne pour répondans Geoffroy dit Génel, Chevallier de Herbéviller. Il remet l’Abbé et les Religieux de Senones en possession de tout ce qu’ils auoient à Domptail et dans les autres lieux deuant nommés, de même qu’ils y étoient du tems de Jacques de Lorraine Eveque de Metz. Enfin il cède aux d. Abbés et Religieux tout le droit qu’il pouvoit auoir dans le cours de l’eau et à la place du moulin de Merviller, promettant que quand il seroit crée Chevallier, et qu’il auroit un sceau, de leur en faire expédier des lettres en bonne forme; et en attendant le Duc Ferri mit son sceau dans les lettres qui furent faites au mois d’ Avril 1269. C’est la derniere affaire importante qu’ait terminée l’Abbé Raudouin, puisque l’on met sa mort au 27, d’ Avril de Fan 1270. Il eut pour successeur Simon.

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