‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 41 sur 82 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

l’Abbé Val entin.

Son elect i o n en

VALENTIN, 45e Abbé de Senones, depuis 1420. jusqu’en 1438. qu’il fut élu Abbé de Moienmoutier. Mort en 1431.

I Valentin fut élu Abbé de Senones le 24 Mars 1420. Com-

Commence- me l’acte de son élection est le premier qui se trouve dans ments de notre Archive, j’en donneray ici un extrait. Thierri de Moyen Prieur claustral, Jean Baudouin de Port, Ancel Ion, Jean de Pont, Hasson de Mareinville et Jean d’Antlup Religieux de l’Abbaye de Senones, (apparement composant toute la communauté) l'an de N. Seignr. 1420. le 20e jour de Mars, l’Abbé Thierri de la Chambre étant décédé hors de la Cour de Rome et son corps ayant été décemment enterré dans l’Eglise de son Abbaye, les Religieux susdits craignant les inconvéniens d’une longue vacance, ayant duëment appellé ceux qui deuoient être appellés à cette Election et après auoir célébré la messe du S1. Esprit, s’assemblèrent en chapitre à la manière accoutumée au son de la cloche, et élurent unanimement et par la voie du S1. Esprit, frere Valentin Herbé, natif de Strasbourg, Religieux bénédictin, Prêtre profés de l’Abbaye de Moyenmoutier, né d’une famille noble et doué des qualités requises à l’emploi, pour lequel il étoit destiné, après lui auoir demandé son consentement et rejetté les excuses que son humilité lui fit proposer. Les Religieux de Senones prièrent Thierri d’Ogéviller Abbé de Moienmoutier son supérieur, de lui permettre de passer au gouvernement de l’Abbaye de Senones et de l’absoudre de l’obeissance qu’il lui deuoit comme à son Abbé. Ce qu’ayant obtenu, ils sortirent du

Chapitre et entonnant le Te Deum, ils allèrent introniser FElu dans le Siégé abbatiale. Après quoi le Prieur claustral annonça au clergé et au peuple l’élection qu’ils venoient de faire de l’Abbé Valentin. Puis ils en dressèrent un acte par deuant un Nottaire et trois ou 4. témoins. Tout cela est contenu dans l’acte présenté à Henri de Ville Evêque de Toul, pour lui demander la confirmation de cette élection. Il paroit que les Religieux la firent le jour même de l’enterrement et des obsèques de l’Abbé Thirion de la Chambre. Le petit nombre des capitulans est remarquable, car ils n’etoient que six. Je n’y vois aucun des Prieurs des Prieurés forains.

Les Abbés de Beaupré et de Senones étoient en contestation depuis longtems, au sujet des dixmes d’une certaine contrée du Ban de S1. Clément, nommée autrefois Serismanil et que les Abbés et Religieux de Beaupré soutenoient être nommés alors les Termines , provenants de la donation qui leur auoit été faite longtems auparavant par un seigneur nommé Simon de Parroye. Les Abbés et Religieux de Senones soutenoient le contraire. L’affaire fut mise en arbitrage, de même que la plus part des affaires de ce tems là, où nous ne voions presque que des sentences arbitrales; parce qu’il n’y auoit alors dans le pays aucun tribunal commun supérieur et reconnu, où l’on pût avoir recours. Les arbitres donc jugèrent que les Abbés et Religieux de Beaupré ne pouvoient plus se prévaloir de la donation à eux faite par le seigneur Simon de Parroye ; que toute la dixme du ban de S1. Clément appartenoit à l’Abbaye de Senones, qui demeureroit chargée à l’avenir de dix resaux de seigle et de cinq resaux d’avoine envers l’Abbaye de Beaupré, qui se prendroient dans la grange aux dixmes de SL Clément, auant tout autre partage desd. dixmes. L’accord est de l’an i423.

Le 12 Mai 1438. l’Abbé Valentin laissa à titre de cens, les maisons, mazures, rentes et revenus, preys et terres, que l’Abbaye de Senones possédoit à Givrecourt à perpétuité, à deux particuliers du même lieu, moiennant la somme de

Accord entre les Abb é s de Eeaupré et de Senones au sujet des dixmes de la Chapelle et Cheneviere ban de S\ Clement.

Ac ensem1.

de p 1 u sieurs terres et mais o n s situées à Givrecourt.

l’Abbé Valentin est élu Abbé deMoyenraoutier en 2.438.

X> i ffic u lt é s que l’on fait à Va- 1 e n t i n pour r Abbaye de M o i e n m o uti e r.

( a ) V o y é s VHist. de Moyenm . , p. 367.

16. gros et 7. imaux de grains. C’etoit bien peu pour la quantité de biens qu’il abandonnoit, et l’on doit croire que les biens étoient alors en très mauvais état et le pays fort ruiné.

La même année Didier d’Ogéviller Abbé de Moyenmoutier, étant décédé, les Religieux de Moyenmoutier élurent pour Abbé Valentin leur confrère, qui auoit été tiré de leur monastère en 1420. pour gouverner l’Abbaye de Senones. Il y a lieu de croire qu’il conserva au moins quelq. tems cette derniere Abbaye, auec celle de Moyenmoutier, puisque nous ne trouvons point d’Abbé de Senones depuis 1438. jusqu’en 1440. où Didier de Borville paroit dans les actes conservés dans notre Archive.

Les réserves apostoliques, et le droit de prévention que les Papes exerçoient alors sur les Bénéfices, donnoient lieu à mille chicanes et à une infinité de difficultés, de la part des Ecclesiastiques auides et ambitieux, qui obtenoient des grâces expectatives où qui se faisoient donner des Bulles pour certains Bénéfices, dont ils s’emparoient de gré ou de force, où qu’ils faisoient chèrement rachepter par ceux qui en étoient canoniquement pourveus et qui aimoient mieux donner une somme d’argent, pour auoir la paix, que de poursuivre de longs et fâcheux procès en cour de Rome, au risque de perdre leur argent, leur repos et leurs Bénéfices.

L’Abbaye de Moyenmoutier étant vende à vaquer en 1438. ainsi qu’on l’a vû, un Religieux de ce monastère où d’ailleurs, nommé Nicolas de Brémoncourt (a), prétendit que le titre abbatial et par conséquent les revenus lui appartenoient, en vertu de certaines lettres qu’il en auoit obtenües du Pape. L’affaire fut portée par deuant Jaques Marquis de Bade, qui etoit alors Seigneur ou du moins engagiste de cette partie des Vosges, pour la seureté du Douaire d’Isabelle de Lorraine, fille du Duc Charles IL qu’il avoit épousée. Ce prince mit les parties d’accord, en donnant à Valentin la jouissance de l’Abbaye de Moyenmoutier, mais à charge de payer à Nicolas une pension annuelle de 400. francs et de le pourvoir dans trois mois de quelque Prieuré.

L’accord est du jour de la Conversion de S1. Paul 25. Janv. 1439. Ce Nicolas de Brémoncourt fut apparemment fait Prieur du Moniet, puisqu’en 1444. il jouissoit de ce Prieuré.

Presque en même tems Nicolas Dacciapaccio Archevêque de Capoüe, qui dans la suite fut fait cardinal du titre de S1. Marcel, se fit pourvoir de l’Abbaye de Moyenmoutier en commende, par le Pape Eugène IV. qui se fetoit réservée pour cette fois seulemf même du vivant de Didier d’Ogéviller. L'Archéveque intenta procès en cour de Rome à Valentin, pour l’obliger à lui remettre l’Abbaye, mais Valentin sans s’embarrasser des monitions qu’on lui fit, ni des censures et des excommunications qu’on lança contre luy, retint toujours son Abbaye jusqu’après la mort du cardinal de Capoüe, arrivée en 1448. Alors s’etant addressé au Pape Martin V. celui cy le releva de toutes les censures qu'il auoit encourues et lui confirma où lui conféra l’Abbaye par son autorité apostolique.

L'Abbé Valentin ne survécut que deux ans à cette sentence. Il mourut à Moyenmoutier le 13e May 1451. ainsi qu’il est porté dans l’ancien Nécrologe de cette Abbaye. Mais celui de l’Abbaye de Senones le met au 1er d’Avril, Kalendis Aprilis obiit Dnus Valentinus Abbas Senon. post (a) Abbas Mediani monasterij , qui dédit nobis XVII libras , de quibus tenemur facere annuatim unum servitium. Il est certain que Valentin n’est pas mort Abbé de Senones, puisque dés l’an 1440. Didier de Bor ville fut élu Abbé de cette Abbaye.

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