CHAPITRE XXXIX
DOM CLAUDE RAVILLE, 53e Abbé de Senones, depuis l’an 1564. jusqu’en 1588.
Election de Dom Claude Raville.
Le jour même de la mort et de la sépulture de Dom Claude Padoux Abbé de Senones, après midy, les Religx. de ce monastère s’etant assemblés capitulairem1. au nombre de 9. le Prieur de Schures nommé D. Gérard Tarin, n’ayant pas répondu à l’invitation qui lui avoit été faite, et
ayant été réputé contumace, élurent d’une commune voix D. Claude Raville Prêtre Relig*. profés du même monastère. Il s’excusa d’abord sur son incapacité et son insuffisance; mais ensuite pressé par les instances de ses confrères, il acquiesça humblemb à leur Election : après quoy on entonna le Te Deum et l’Elu fut conduit solennellemb à l’Eglise. Ils s’addresserent ensuite au Pape, et autant que besoin pouvoit être, à Toussaint d’Hocedy Evêque de Toul, pour confirmer cette élection. Claude Raville obtint ses Rulles le dernier jour de May de l’an 1564. Le Pape y marque distinctemb le droit et la possession où étoient les R.eligx. d’elire leurs Abbés; que le monastère étoit soumis immédiatemb au Sb Siège et qu’il étoit Tullensis seu nullius diœcesis. On y voit aussi que D. Claude R.aville étoit auparavant Prieur de Mervaville, et que l’Abbaye étant située dans la Yosge et au voisinage de l’Allemagne, étoit exposée au danger de l’hérésie, qui se répandoit de toutes parts dans ce pays.
Peu de tems après son élection et avant l’arrivée de ses Bulles, c’est à dire, le 28e. May 1564. l’Abbé Raville sur son acte d’élection et la confirmaôn de l’Evéque de Toul, obtint du Grand Duc Charles un décret de prise de possession du Prieuré de Sb Michel de Léomont, comme uni à perpétuité à son Abbaye, et de ses biens situés en Lorraine. Il en prit en effet possession par Procureur, le jour devant dit, par Jean Triplot Clerc du diocese de Rheims.
Comme en vertu de son Election, il s’etoit mis en possession de l’Abbaye de Senones et des biens situés dans le val, les comtes de Salm envoyèrent garnison dans l’Abbaye, et l’Abbé Raville fut obligé de présenter sa Requeste auxd. Comtes pour les supplier de lever la garde mise au monastère et le laisser jouir de son Abbaye et de ses revenus; ce qui lui fut accordé par Nicolas de Bdistein, Procureur pour et au nom de Philippe Comte Sauvage du Rhin et de Salm et de Jean et Claude Comtes de Salm etc. . . le 10e. May 1564.
Dom Nicolas Pélegrin de Rernicourt, ayant succédé à D,
Prise de possession du Prieuré de Iséomont par l’Abbé de Maville.
Prise de
possession du temporel de I ’Ab b aye par la permission des Comt e s de Salm.
Procès au sujet de
la succèss i o n du Prieur de Me r v a ville.
Claude Raville, dans le prieuré de Mervaville en 1564. et étant mort vers l’an 1584. il y eut de grosses contestations au sujet de sa succession; car le Sr. Pompeo Gallo Sr. de S. Jean, Chambellan de Son A. Charles III. et capitaine de Neufchatel, à cause de Dame Anne de Remicourt, sa femme, sœur germaine du d. D. Nicolas de Remicourt, prétendit hériter des effets laissés par ce Religx. Prieur de Mervaville; et en effet enleva quelque argent et quelque argenterie que led. Prieur avoit à sa mort. L’Abbé Raville s’y opposa, et le Duc Charles III. par sa sentence arbitrale du 1er Juin 1584. appointa les parties et déclara que tout l’argent et -les meubles délaissés par le Sr. feu Prieur, appartenoit au Sr Abbé, privativement à tous autres, comme à son héritier. Et de fait le d. Sr. Gallo se déporta de toutes actions et poursuittes et restitua aud. Sr. Abbé ce qu’il avoit pris de la succession de son beau frère. Cependant l’Abbé Raville de sa pure générosité et sans aucune obligaôn, voulut bien donner au d. Sr. Gallo une partie de l’argent qu’il avoit pris, de quoy le d. Sr. Gallo lui fit remerciment.
L’année suivante l’Abbé Raville obtint encore un arrêt contre Georges de Remicourt, neveu du d. D. Nicolas Prieur de Mervaville, qui s’etoit de même emparé d’une partie des meubles et de la vaisselle d’argent, qu’il prétendoit lui avoir été donnée par led. Sr. Prieur, son oncle, pendant sa derniere maladie. Il fut déboutté de ses prétentions et obligé de restituer le tout à l’Abbé de Senones. L’arret fut rendu au conseil de S. A. par le comte de Salm maréchal et Grand Maitre de Lorraine, Alix President des Comptes de Lorraine, et voué de Condé, Maitre des Requestes ordinaires le XI. Juillet 1585.
En 1573. l’Abbé Raville, du consentement de ses Religx., engagea sa seigneurie de Borville à Nicolas de Bilistin, Seigr. de Bilistin, de Magniéres, Froville etc. pour la somme de 1000. fr. barrois le tout jusqu’à rachapt, qui cependant ne se devoit faire ni du vivant de l’Abbé ni dud. Sr. de Bilistin. Cette terre est retournée à l’Abbaye et je ne puis
dire combien d’années elle demeura engagée. Le Seigr. de Bilistin avoit toujours été très attaché aux interests de l’Abbaye, et lui avoit rendu des services importans, durant les troubles dont elle avoit été agitée.
Il seroit inutile et malaisé de rapporter en détail tout ce que l’Abbé Raville a fait au profit de son Abbaye pendant son gouvernement. Gomme il etoit homme éclairé et diligent et qu’il trouva les choses dans un assés grand dérangement, tant pour le temporel que pour le spirituel, il s’employa de toutes ses forces à y apporter le remede convenable, terminant les procès par des accords utiles, acquérant des biens qui étoient à la bienséance de son monastère, en acensant d’autres qui étoient trop éloignés et dont on ne pouvoit faire assés de profits. Il transigea en 1568. avec le Curé de Vaqueville, touchant le partage des dixmes de Baccarat. Il fit un accord en 1569. avec les habitans de Magnéville, pour la dixme de laine et d’agneaux et pour la fourniture des betes mâles. Il achepta en 1570. le quart du moulin de Bertricham et le quart de l’Etang de Humbépaire. Il soutint un long procès en 1575. 76. 77. et 78. contre Mrs. les Chanoines de SL Georges, qui prétendoient les novales du village d’Antlup et de Hudiviller, qui fut terminé en faveur de l’Abbé par l’Official de Toul en 1578. le 10. Juin, et les chanoines débouttés de leurs demandes. En 1573. la sentence prononcée par la Justice de Lunéville en faveur des d. Chanoines au sujet des mêmes dixmes et novaux d’Antlup, fut réformée par le Duc Charles III. Il obtint en 1577 . un départ de Cour, qui le maintient dans la jouissance de la haute Justice à Domptail; et en 1576. un autre départ de Cour contre les habitans de Juvelise, qui les condamne à payer les cens dûs à l’Abbé. Il acquit une maison et plusieurs fonds de terre dans le village de Bure en 1586. en place de ce qu’il avoit vendu à Ogéviller et à Gircourt.
L’indulgence des Abbés ses prédécesseurs avoit donné lieu à de grands relâchems. dans l’observance de la vie religieuse, et à de grands déreglemens, tant dans le peuple du
Diverses acquisitions faites par l’Abbé Raville.
Reformedes mœurs des Religieux
de Senones par l’Abbé Raville.
Val de Senones, que dans les Religx. La licence que les nouvelles hérésies avoient introduites dans les provinces voisines, s’etoit glissée dans ce val. L’héresie même avoit gagné une partie de la terre de Salm. L’ignorance, l’oisiveté, l’indépendance, dans laquelle vivoient la plus part des Religieux du pays et en particulier ceux de Senones, demandoit une réforme rigoureuse et générale, mais les momens de Dieu n’etoient pas encore arrivés. Dom Claude Raville ne pouvoit mieux employer l’autorité qu’il avoit en mains, qu’a ranger à leur devoir les peuples et les Religieux qu’il avoit sous sa dépendance. Il retrancha les courses et evagations des moines, eut soin qu’ils ne manquassent de rien pour leur entretien et subsistance, mais aussi les obligea-t-il à remplir exactem1. leurs obligations. Comme il étoit naturellem1. ennemi de toute impureté, il réprima les désordres qui régnoient à cet égard et s’il n’eut pas le bonheur et la satisfaction de rétablir dans son Abbaye une réforme parfaite, il eut au moins le mérite d’y avoir rétabli le bon ordre et d’en avoir banni les scandales.
Sous son gouvernent. nous commençons à trouver des professions de Religx. toutes conformes à ce qui est porté par la Régie de S*. Benoit. Ils promettent la stabilité du lieu, la conversion des moeurs et l’obeissance selon la Régie sous la Congrégation des Religieux du monastère de Senones. Celle d’un frère convers de l’an 1566. est remarquable. Il dit qu’il s’offre au monastère de Senones, et qu’il promet à l’Abbé et à ses successeurs légitiment, élus, l’obéissance et la révérence selon la Régie de S1. Benoit; il promet de plus pour toujours ses services au couvent, la continence, autant que la fragilité humaine le permet, la stabilité dans le lieu, l’amendement de ses moeurs, et le renoncement à toutes les choses temporelles.
Quant au peuple soumis à la jurisdiction de l’Abbé Raville, il prit soin de retrancher les abus et les désordres qui s’etoient glissés et fortifiés parmi eux, pendant les mouvemens des guerres causées par les nouvelles hérésies. Dans cette vue il engagea les Princes à renouveller les ordon-
nances contre les blasphèmes, les juremens, les jeux et la fréquentation des cabarets, pendant les fetes et Dimanches.
Persuadé que l’ignorance est la source la plus féconde du déreglemh des mœurs et que de l’incapacité des Pasteurs et des Religx., naissent l’oubli de leurs propres devoirs et les scandales qui déshonorant la religion, inspirent aux peuples le mépris des loix ecclésiastiques, l’Abbé Raville fit peu de tems avant sa mort, une donation de la somme de 8000. frans Barrois, portans rente de 400 fr. barrois, pour faciliter les etudes des Religieux de son monastère et pour les entretenir dans un collège en Lorraine où ailleurs ; à condition que les d. Religieux apporteront de bons certificats de leurs Régents, qu’ils ont bien employé leur tems, sous peine d’etre privés de la rétribution de lad. somme, qui sera distribuée à d’autres à leur exclusion ; et s’il arrivoit que le monastère tombât en commende, il entend que la somme par lui cédée, demeurera toujours en la disposition des Prieurs et Religx. de Senones. Il ordonne en outre que chacun des étudians qui profiteront de lad. rétribution, réciteront chaque jour le De Profundis avec les collectes Inclina et fidelium. Cette pieuse et prudente disposition de l’Abbé Raville, fut confirmée par D. Jean Lignarius son successeur, et par tout le chapitre de Senones le dernier de Juin 1589.
La pieté, l’érudition, le bon goût et le zélé pour la décoration de la maison de Dieu, éclattent dans tout ce qui nous reste de monumens de son Régime. Son érudition se remarque dans les pièces latines qui nous restent de lui. Le stile en est pur et assés élégant. Il est onctueux et dévot dans ses lettres de fondaôn. Les termes sont propres et choisis dans celles qu’il a écrites à Spire pour des procès, où à Trêves pour des consultes, où à l’Emp1*. pour les affaires de son Abbaye. Il se fit un plaisir d’amasser dans sa Biblioteque, non seulemf ce qu’il y avoit alors de meilleurs livres dans le couvent, mais aussi d’achepter de dehors ceux qui se publièrent en ce tems là. La place de la Bibliotéque étoit bien voûtée et assurée contre le feu et ornée de
vn
Fondation pour l’entretien de 4. jeunes Religieux d ans les etudes le 4e Juill.
Relies qualités de l'Abbé Raville et ses bienfa i t s à lEglise de Senones.
Fondation d’un obit par l’Abbé R. a v i 1 1 e .
peintures au naturel des anciens Patriarches depuis Adam jusqu’à Notre Seigneur.
Il donna des preuves de son bon goût et de sa piété, en faisant construire des chaires au choeur, qui passoient alors pour les plus belles et les mieux exécutées de tout le pays, au dire des experts. Elles furent achevées en 1571. Il fit mettre dans le clocher de la Rotonde qui ne se voit plus aujourd’huy, deux bonnes et grosses Cloches, qui sont à présent dans le grand Dôme; la moienne est de D. Thirion d’Antlup. L’Abbé Raville y mit aussi les 4. moyennes cloches qu’il fit faire tout à neuf. De plus il orna le grand autel de 4. grandes colonnes et de trois grands candélabres de cuivre. (1) Deux des candélabres subsistent encore et le troisième a été fondu, mais les colonnes furent vendues en 1640. ainsi qu’on le dira cy après. Enfin c’est lui qui a fait faire le bel aigle de cuivre qui se voit au milieu du choeur et qui sert de pupitre aux choristes. Tous ces ouvrages en cuivre furent exécutés en 158 2. Il fit de plus de fort beaux ornemens en broderie d’or et d’argent, chasubles, tuniques et chappes, que nous voions encor aujourd’huy et où ses armes paroissent relevées en broderie, le tout d’un très bon goût. C’est lui qui fitfornem1 2. rouge, leblan, le violet, le noir en 1580. et le petit ornemf de drap d’or (2).
En 1576. le même Abbé fonda un service solennel, pour être célébré après sa mort au jour de son décès, où le jour suivant, qui sera plus commode. Il donna pour cela la somme de quatre mille fr. barrois, pour être convertie au profit du monastère. Il ordonne aussi qu’on chante à l’Elévation du corps de N. S. l’ave verum ., aux jours que l’on ne chantera pas ô salutaris hostia en suivant les anciennes fondations ; de plus que le Religx. semainier qui dira la messe de Prime, avant de se deshabiller, ira sur sa fosse avec Peau bénite, et y récitera le de profundis, Pater
(1) Le m ss. porte ici la trace de plusieurs corrections de D. C.
(2) Dans le mss. je lis encore: L’orgue est aussi son ouvrage , mais D. Calmet a biffé ce passage.
noster et les collectes Inclina et fidelium ; et que le jour de sou anniversaire on donne un diner honnête à toute la communauté, sans préjudice de la pitance que chacun doit recevoir à l’accoutumée; et si l’Abbé juge à propos d’officier ce jour là, il sera traité comme l’etat d’un Seigr. Abbé le requiert.
L’Abbé Raville ayant prêté au Grand Duc Charles III la somme de dix mille 750. frans barrois, et ce Prince ne lui ayant payé ni le capital ni les interests, D. Jean Lignarius successr. de Raville, présenta sa Requeste à ce Prince, à ce qu’il lui plut, où lui faire rendre le capital, où les interests à 5. pour cent, où enfin lui assigner une certaine quantité de sel sur ses salines ; à quoy S. A. acquiesça et par ses lettres du 3e Octob. i593. il assigna aud. Abbé de Senones et à ses successeurs une rente annuelle et perpétuelle jusqu’à réachapt de 4. muids de sel, à prendre sur les salines de Rosières, et ordonna au gouverneur des Salines dud. Rosières de donner aud. Abbé la somme de 750. fr. qui excédoit celle de dix mille frans pour laquelle seule les 4. muids de sel sont constitués. L'Abbé Lignarius en céda un muid aux Religieux pour leur pitance, réservant les 3. autres pour sa mense. Ces muids de sel ne se payent plus en espèce, depuis le régne de Léopold I. mais on les paye en argent sur le pied de 30lt. le muid par arrêt de réduction du. . .
Les entreprises injustes et continuelles des Officiers de la maison de Salm contre les intérests de l'Abbaye de Senones, enflammèrent le zélé de l'Abbé/Raville. Il se plaignit d’abord à ces Seigneurs, puis voiant qu’il n’etoit pas écouté, il s’addressaau Pape et à l’Empr. pour avoir justice. L’Empr. Maximilien IL en 4570. confirma les privilèges accordés autrefois à l’Abbaye de Senones par les Empereurs Henri Y. et Otbon IV. en 949.
L’année suivante le même Abbé présenta une Requeste à l’Empereur, contenant plus de 60. chefs de plaintes contre les Seigrs Comtes de Salm, lesquels ayant eu communication de cette Requeste, se transportèrent dans l’Abbaye de
Muid de sel acquis au profit des Religieux.
1587 et
Démêlés qu’il eut avec la maison de Salm.
L'Erap'.
Maximilien II.
confirme les privilèges de l’Abbaye en 1570.
Les Seigrs.
Corotei
de Salm
demandent aux Helig. de Senunes un desaveu de ce que FAbbé üavüle faisoit en leur nom et au sien.
L’Empr. Max i m i 1 i en II . écrit aux Comtes de Salm de se désister des entreprises contre l’Abbé de Senones.
Senones et étant entrés dans le Chapitre accompagnés d’un Notaire Apostolique, demandèrent aux Religieux assemblés, s’il étoit vrai qu’ils eussent donné procuration à D. Claude R.aville leur Abbé de répandre contre eux des calomnies atroces et des choses injurieuses à leur maison et à leur réputation, comme étoient celles qui étoient contenues dans un grand nombre d'articles qu’ils leur présentèrent. Ces Religieux ayant meûrement considéré ces articles, répondirent avec humilité et modestie par la bouche de D. Jean de Maziéres Abbé de Moyenmoutier, qu’ils avoient à la vérité autrefois accordé aux instantes prières de leur Abbé une procuration pour soutenir leurs droits et leurs privilèges, tant contre les Seigrs. comtes de Salm, que contre tous autres, mais qu’ils n’avoient eû aucune connoissance des injures atroces dont on leur parloit; bien loin de les approuver, qu’ils les condamnoient et les désavoüoient, suppliants très humblemh Messeigrs. les Comtes, de leurs accorder leurs bonnes grâces. C'est de quoy on dressa un acte le 29. Sept. 1511 .
Cependant l’Abbé Raville continuoit ses poursuites à la Cour Impériale, et l’Empereur Maximilien II en 1512. ayant été informé que les gens du Prince de Salm, sans avoir égard aux ordres de l’Empr. et sans attendre la fin des poursuites qui se faisoient actuellement à Spire, avoient nuitament poursuivi l’Abbé Raville, qu’ils croioient etre dans le Prieuré du Moniet proche Bacarat, et l'auroient apparemh mis à mort, s’ils l'eussent pû trouver, comme ils y mirent le Curé de Domptail, qu’ils massacrèrent dans l'église même du prieuré. Voicy comme cet événement est raconté dans un écrit de la main de l’Abbé Raville, présenté à l’Emp. Maximilien II (•).
« Meuse Octobri hujus anni 71. cùm jam praefatus Abbas « sibi timens secessisset in oppidum de Baccarat, ditionis
(I) Ces quelques lignes sont de la main de D. Calmet, écrites en surcharge d’un passage biffé par lui \ et le récit de l’événement est transcrit sur une feuille volante à laquelle D. Calmet renvoie.
« Metensis, propé quod quidem habebat , ut habet , idem « praedictus Abbas Prioratum , vulgo dictum de Moniet , m « gwo dereliquerat Dnûm Nicolaum Saxenat Presbiterum « Curatum de Domptaille : evenit nocte, ut irruerent plures <a in eundem Prioratum , scalis admotis, et vi et violentiâ « fractis januis, et reseratis etiam archis et aliis ferr amenai tis in quibus recondebantur dicti Prioratûs et domûs a utensilia , mobilia et domûs necessaria. Quae non solum « vi ablata sunt, sed quod etiam dictu horrendum, miserez rimé trucidarunt in templo seu Ecclesia praefatum Dnûm « Saxenat ; omnibus titulis et documentis illius Prioratûs « et monvû hue illuc disruptis, laceratis et adventum pro- « jectis. Quod an factum fuisset in personam dicti Abbatis, « si ibidem repertus fuisset et in eum commisissent , qui id « ipsum tam execrandum facinus peregerunt , novit Deus , <( cui omnia sunt aperta. »
L’Empereur donc ayant été informé de ces choses et que depuis cet attentat, le Comte de Salm avoit fait entrer des troupes dans r Abbaye, qui s'en etoient emparées de force et y avoient commis plusieurs excès, dissolutions et violences, en sorte que l’Abbé auroit été contraint d’abandonner son monastère pendant le SL tems de Carême et n’y auroit pû célébrer ni la fête de Pâques, ni les autres solennités de cette saison, et que ses Pieligieux et ses sujets et domestiques auroient été obligés et contraints d’obéir à des commis établis dans l’abbaye, sans aucune forme de justice par l’autorité de ce Seigneur ; Maximilien touché des plaintes de l’Abbé Raville, députa le baron de Polveiler bailli d'Haguenau, pour examiner les plaintes et les raisons des parties, avec pouvoir de terminer leurs differens à l'amiable, si cela se pouvoit. Les parties proposèrent en effet devant le commissaire tout ce qu’elles jugèrent nécessaire pour éclaircir leurs droits et appuyer leurs prétentions; mais n’y ayant pas eu moyen de les accommoder, Polveiler fit rapport de l’affaire à l'Empereur, et il fut arrêté au Conseil de Sa M. I. qu’elle écriroit une lettre très sérieuse à MMrs les Comtes de Salm, par laquelle elle les repren-
droient de leur procédé violent contre l’Abbaye de Senones, et leur ordonneroit de lui restituer tout ce qu’ils lui auroient ôté, réparer les dommages qu’ils lui avoient causés et en particulier le meurtre commis en la personne du Curé de Domptail, avec deffense de troubler à l’avenir l’Abbé et les Religieux dans l’exercice de leurs droits et l'administration de leurs biens.
Cette lettre fut écrite le 22. Avril i572. et l’Empereur y ordonne que sous préjudice aux peines méritées par ces innovations, violences et attentats, led. Comte de Salm ait à se déporter et désister de toutes ces injustes entreprises, faire sortir incessant1 2. ses troupes du monastère, restituer ce qu’on y a pris et enlevé et satisfaire au tort fait aud. Abbé, et en particulier pour l’homicide commis en la personne du Curé de Domptail (l).
On dit que les Gens du Comte étant entrés dans le Prieuré du Moniet emportèrent les titres de fondation et le cartulaire qu’ils y trouvèrent, et qu’un Officier du Comte voulut les vendre plusieurs années après aux Religx. de l’Abbaye, lesquels n’ayant pu faire la somme qu’on en demandait, furent obligés de les laisser entre les mains des comtes, qui les possèdent encore aujourd’huy (2).
Le quatorzième Avril i572. l’Empereur Maximilien II accorda a l’Abbé de Raville ses lettres de protection et de sauvegarde pour l’Abbave de Senones et pour tous ses biens, deppendances, sujets et domestiques, ordonnant a tous les membres de l’Empire de maintenir l’Abbé, l’Abbaye, ses sujets, domestiques et dépendances, dans tous les droits de la sauvegarde et protection impériale, sous peine d’encourir l’indignation de l’Empereur, de payer vingt marcs d’or à l’epargne, et de tous dommages et interets envers le monastère.
(1) A la place de Curé de Domptait, il y avait dans le manuscrit Prieur du Moniet ; mais D. Calmet a effacé cette dernière phrase et l’a remplacée par la première.
(2) Ici se trouve un renvoi de I). Calmet à une feuille volante, dont le texte s’étend jusqu’à l’art. XIV.
Le 12e juin suivant le meme Empereur fit écrire aux Comtes Jean de Salm et Frideric Rhingrave, qu’ayant appris que nonobstant les deffenses a eux faites par Sa Majesté Impériale, d’inquieter, ni troubler par violences ou voies de fait l’Abbé, les Religieux et le Monastère de Senones, cependant les dits Comte et Rhingraves continuoient a exercer contre eux leurs violences, et que tout récemment ils avoient fait assassiner nuitament un Curé au Prieuré de Moniet prés de Raccarat, diocèse de Metz, qu’on y avoit pillié tout ce qui s’y étoit trouvé, que l’Abbé ayant esté obligé de se sauver, des gens de guerre s’estoient emparés de son monastère; l’Empereur defïend auxd. Comtes de Salm et Rhingraves de rien entreprendre a l’avenir par eux ou par leurs gens contre les dits Abbés, et Religieux, hors la voie de droit, sous peine d’etre traittés comme perturbateurs du repos publique, prenant l’Abbé, l’Abbaye et ses dépendances, domestiques et sujets sous sa protection spéciale, avec pouvoir de mettre les armes impériales sur les portes de son monastère, de ses villages, maisons et déppendances (i).
Vers le même tems, c’est a dire, en 1571 . l’Abbé Raville se pourveut à Rome auprès du Pape Pie V. et lui exposa que son Abbaye avoit été fondée par le Roy Childéric en 320. (C’est un anacronisme visible et une preuve qu’alors la science de la cronologie étoit peu connue; le privilège du Roy Childéric IL est de l’an 661 où 662.) Il ajoute que cette Abbaye fut illustrée par plusieurs beaux Privilèges des Papes et des Emprs ; que les Evêques de Metz lui ayant donnés pour avoués les Comtes de Salm, ceux-ci, du moins la plus part d’entre eux, oubliant leur devoir d’avoués et de protecteurs, l’avoient opprimée de différentes manières, et non contens des honoraires accordés à leurs Prédécesseurs, avoient par eux-mémes, ou par leurs Officiers, imposé de nouvelles charges à l’Abbaye et sans s’arrêter aux traités et
Le Pape P i e V.
co nfirme les privilèges du monastère et ordonn e que l’on réprime les entrepr ise s des Comtes de Salm,
(1) Ici finit le passage écrit sur le feuillet volant dont je viens de parler. Le texte est fréquemment corrigé par D. Calmet»
Ii e Pape Grég. 13 ordonne qu’on réprime les entrepris e s des Oflici e rs du Comte de Salm.
lies Comtes de Salm se font reconnoitre pour Sei- 8"- Hégaliens du Val de Séno n e s .
aux transactions passées avec leurs Prédécesseurs, avoient toujours empiété sur les droits du monastère, jusqu’à donner des dispenses de mariage et des permissions de le contracter dans des degrés deffendus par l’Eglise et à contraindre les sujets de l'Abbaye à comparoitre deuant leurs Juges, de créer des Notaires, de saisir les biens du monastère et de donner atteinte en mille manières à la juridiction temporelle et spirituelle, qu’ils veulent s’arroger à eux-mémes, au grand scandale des peuples et au grand dommage des Abbés, Prieurs et Religieux de Senones.
Sur ces plaintes, le Pape addressa son Bref en forme de Bulle au Cardinal de Lorraine Kvéq. de Metz, à l’Archevéque de Trêves et à l’Eveque de Toul, pour informer de la vérité des faits énoncés dans la supplique de l’Abbé, avec ordre, si les choses se trouvoient telles qu’il les avoit exposées, de procéder contre le comte de Salm par la voie des Censures Ecclesiastiques et de l’obliger à rétablir toutes choses dans leur premier état, deffense de troubler les Religx. dans leurs biens, droits et privilèges. La Bulle est dattée du 26. Juillet 1571, mais la mort du Pape arrivée bientost après, fut cause que le Bref ne fut pas envoié.
Comme malgré ces deffenses, les Officiers du Comte de Salm continuoient leurs vexations, l’Abbé Raville recourut de nouveau à Rome et ayant fait au Pape Grég. XIII. successeur de Pie Y. les mêmes plaintes qu’il avoit faites l’année précédente au Pape prédécesseur, il en obtint une Bulle pareille à la première et addressée aux mêmes Prélats. Mais elle n’eut aucun effet. Les entreprises, les voies de fait, les vexations continuèrent comme auparavant.
Jusqu’en 1571. les Comtes de Salm n’avoient pas été reconnus solennellement ni autentiquement seigneurs souverains et régaliens du Val de Senones. L’Abbé de Senones y avoit toujours été reconnu pour haut justicier et les Comtes de Salm seulement comme avoués et Protecteurs ; mais en cette année Jean comte de Salm, baron de Viviers, de Fénetrange et de Brandebourg, Seigneur de Rupe, Grand Maréchal de Lorraine et Gouverneur de Nancy, et
Frédéric Comte sauvage du Rhin et de Salm, et Baron de Fénetrange, accompagnés de quelques témoins et d'un Notaire Apostolique, ayant assemblés dans l’Abbaye de Senones la plupart des habitans du Val, c’est à dire, des villages et bourgs de Vipucelle, Albet, Quevelles, Fréquonru, Vaquenoux, Grandfontaine, Ban de plaine, Diespach, Poutay, Saulxures, Champenay, la Prévôté de Senones, le Mesnil, Moussay, Chatay, la Petite Ravon, S. Jean, Belval, Bermont, le Puy, Saucy, leurs firent exposer et demander par Jean Barnet châtelain dud. Seigr. Jean Comte de Salm, que comme ils vouloient les maintenir dans tous leurs droits, privilèges, coutumes et franchises anciennes, aussi ils leurs demandoient instamment, cupidissimé, qu’ils voulussent leur faire serment de fidélité et d’obeissance, comme à leur Seigneur souverain et régalien, et les ayant tous cités les uns après les autres, ils répondirent qu’ils y consentoient, et ayant élevés les mains, leurs firent serment de fidelité et d’obeissance ; de quoy on dressa un acte le 29. sept. 1571. en présence du R. P. D. Jean de Mazières, Abbé de Moyenmoutier, et de Jean Louis de Thuilières Prieur dud. Moyenmoutier, qui déclarèrent qu’ils n’etoient témoins et reconnoissans que de la lre. proposition et reconnoissance seulement, quoad primam propositionem et recognotionem tantum ; c’est a dire, qu’ils reconnoissoient qu’on auoit proposé aux habitans du Val de Senones de les maintenir dans leurs usages, droits, franchises et libertés et en même tems qu'on leur avoit demandé s’ils ne les vouloient! pas reconnoitre pour leur souverain Régalien, mais qu’ils n’attestoient pas la 2e partie, savoir qu’ils eussent été reconnus Seigrs. Régaliens et Souverains dans le Yal et qu’ils y eussent en cette qualité reçu le serment de fidelité des habitans. Il y eut toutefois trois témoins qui furent témoins ad omnia et singula pr coulissa. Il est remarquable qu’encor que tout ceci se passât dans l’Abbaye de Senones, toutes fois ni l’Abbé ni aucun des Religieux ny parurent ni n’y consentirent.
Pendant tout cela l’Abbé Rauille ne demeuroit pas en
Suite des Entre pris e s des C o m t e s de Salm contre l’Abbé Raville.
Transaction entre les Comtes de Salm et l’Abbé Raville.
repos. Il obtint de l’Empereur Maximilien II. le 22 Juillet 1573. un ordre addressé à l'un de ses officiers pour faire comparaistre par deuant luy les Comtes et Rhingraves de Salm, et l’Abbé de Senones, ou leurs Officiers, où procureurs pour exposer sommairement leurs raisons et les mettre d’accord, s'il estoit possible; sinon, arrester les entreprises, desd. Comtes et les obliger de réparer les dommages qu’ils avoient faits au monastère de Senones, et les exhorter a se désister des innovations et violences qu'ils y avoient exercées, avec pouvoir néanmoins de se pouruoir par les voyes de droit, et de poursuivre leurs justes prétentions par deuant la justice. L’Empereur ordonne a son commissaire de luy rendre compte incessamment du succès de la commission.
Cependant on fit de part et d’autre quelques propositions d’accomodement et l’Abbé proposa divers griefs contre les Officiers du Seigr. comte de Salm. Ceux ci irrités de ce que l’Abbé s’etoit addressé à l’Empr., tenoient toujours leurs troupes dans l’Abbaye, et l’Abbé dans la crainte de tomber entre leurs mains, étoit obligé de se tenir enfermé dans le chateau de Bacarat, appartenant à l’Evéque de Metz. Ce ne fut que le 16. Sept. 1573. que le Seigneur Comte de Salm envoia ses ordres à son prévôt de Senones de retirer la garnison de l'Abbaye, après qu’on eut tiré parole de l’Abbé Rauille qu’il passeroit une nouvelle transaction et se relâcheroit sur plusieurs de ses droits et de ses prétentions.
Il la passa en effet le 4. Oct. 1573. auec ses Relig*. au nombre de 10. composant toute sa communauté, et les Srs. Barnet et Bilistin fondés de procuration des Seigrs. Jean etFrideric Comtes de Salm. Ils exposent que sur les plaintes plusieurs fois réitérées de l’Abbé de Senones à Sa M. I. Elle auroit député le Sr. Nicolas Baron de Bolviller, pour ouïr les parties, informer des faits contentieux et les apointer amiablem1. si faire se pouvoit; que les parties s'etant trouvées deuant led. Commissaire Impérial, les Seigrs. Comtes de Salm demandoient leur renvoy en la Chambre Impériale, comme lieu de la justice ordinre? et les Abbés
et Religx. au contraire demandoient provision souveraine, de maniéré que les choses étoient en voie de grande rigueur et de procès immortel, qui ne pouvoit produire que des frais excessifs auxd. Abbé et Religieux, pour lesquels éviter, ils transigent en la maniéré qui s’en suit.
1° Les Seigneurs comtes consentent que le Sr. Abbé et ses successeurs auront toute connoissance et correction sur les personnes des Religx. de l’Abbaye, selon leur règle et profession, se réservant seulemf les cas qui peuvent appartenir au Magistrat et Supérieur temporel.
2° Quant à la résidence des Abbés, prieurs et Religx. en leur Abbaye, lesd. Seigrs. Comtes désirent qu’elle se fasse selon que par leur régie ils y sont obligés, en sorte que le service divin y soit fait et continué comme il appartient.
3° Les Abbés et Religieux ne seront obligés de fournir aux entretiens et réparations des villes et châteaux desd. Seigneurs Comtes, sinon autant qu’ils le voudront sans contrainte.
4° Les Abbés, Prieur et Religx. pourront comme d’ancienneté, choisir leurs huit bons hommes, et de même aussy les Mayeurs, Doiens et Echevins pour l’exercice de leur justice foncière, dans le ban de Senones, lesquels joüiront de la franchise, à condition toutes fois que les Châtelains du Comte seront présens, et que cette élection se fera de leur consentement.
5° L’exercice de la justice foncière dud. ban demeurera et appartiendra auxd. Seigrs. Abbé, Prieur et Religx. tant en la création des d. Officiers (les d. châtelains du Comté de Salm présens) qu’autremf, lesquels Officiers de justice prendront connoissance de toutes causes et matières foncières et en perceveront les emolumens comme du passé. Les plaintes touchant la réalité se feront aux Mayeurs ; mais celles qui seront personnelles, d’excès et de crimes, se feront au Prévost de Senones et aux autres Officiers desd. Seigneurs Comtes; lesquels Prévost et Officiers assisteront aux Plaids annaux, pour la police, et à chacun Siège de justice, pour y conserver le droit des d. Seigneurs Comtes,
Jurisdiclion sur les persoDnes des Religx. de Senones.
Re'sidence des Abbés et Religieux.
Exemption des réparations etentrcliens des Villes et Châteaux des Comtes de Salm.
Création des 8.
bons hommes et de la justice de Senones.
Justice foncière. Son exercice réglé.
Création des Bangards el forestiers.
Quarterons et cens annuels du Val de Senones.
Justice criminelle, Exécution, Confiscation, etc. . .
Acenserats des terres vagues.
Amendes.
Corvées du Val de Senones.
Regain siu’ les prés de la ferme du Ménil.
Chaumes cédés aux Seigrs. Comtes de Salm.
Droits ecclésiastiques.
Tailles et passages.
6° La création des Bangards et forestiers se fera par les d. Seigneurs Comtes où leurs Officiers, conjointement auec les Srs Abbés, Prieur et Couvent; lesquels Bangards prêteront serment aux deux parties.
7° Les quarterons et les cens annuels dus par les laboureurs du Val de Senones, se partageront par moitié, entre les Officiers des d. Seigrs. Comtes, et ceux des d. Abbés, Prieur et Beligieux.
8° L’apprehension des criminels du Val de Senones et bans en dépendans, et la confection de leur procès, est abandonnée par les Abbés, Prieur et couvent auxd. Comtes, de même que le jugemf, éxécution, amendes et confiscations, se réservant seulement les droits qui à cause de leur justice foncière pouvoient leur appartenir sur les biens meubles et immeubles des delinquans.
9° Les acensemens de terres vagues el communes au Val de Senones et bans en dépendans, se feront par les d. Seigrs. Comtes où leurs Officiers, suivant Tordre accoutumé, et se partageront par égale portion les profits qui proviendront desd. acensemens, de même que les amendes qui proviendront des mésus commis dans les bois d’accompagnements. Quant aux amendes provenantes des mésus commis dans les bois de Chambre, on en usera comme du passé et seront au profit de l’Abbaye. Toutes les amendes des bois seront désormais fixées à six francs.
10° Les Srs Abbés, Prieur et Couvent jouiront comme ci-deuant, de toutes les corvées du Val de Senones.
11° Jouiront aussi du droit de regain sur les prez de leur Gagnage du Mesnil.
12° Consentent les d. Abbé et Religx. que les d. Seigneurs Comtes jouissent seuls du profit des Chaumes, ainsi que du passé.
13° Les Abbés et Religieux percevront comme de coutume leurs droits ecclesiastiques.
14° Quant aux tailles et passages du Val de Senones et bans en dépendans, lesd. Seigrs. Comtes en jouiront seuls, à l’exception de ce que les Abbés Prieur et Religieux ont accoutumé de prendre sur la taille.
15° Les d. Abbés et Religieux renoncent à tout ce qu’ils pouroient prétendre aux scies du Val d’Alarmont et de Celle, et en recompense de ce, les d. Seigrs. Comtes quittent et abandonnent aux d. Abbés et Religx. tout ce qu’ils pouroient prétendre aux scies du Val de Senones.
46° Et comme lesd. Comtes de Salm prétendoient en leur qualité de comtes régaliens de l’Empire, avoir droit de cottiser a discrétion lesd. Abbés et Couvent, pour les contributions impériales, ceux ci demandans d’etre abonnés et limités à l’avenir à une certaine somme de deniers fixe et certaine, il fut convenu que lesd. Abbés et Religx. céderoient et transporteroient pour toujours auxd. Comtes de Salm, la propriété et tout le droit qu’ils prétendoient et auoient aux forges de Framont, Grandfontaine et Champenay, le cours d’eau et les minières d’icelles, moiennant deux milliers de fer façonné en barre qui leur seroit délivré chaque année sur les d. forges, moiennant quoy les Abbés, Prieur et Religx. et leurs successeurs, leurs 8. bons hommes et autres exerçans leur justice foncière, auec la part de Chatay appartenante auxd. Abbés, Prieur et Religieux, les Curés dud. Senones et de Plaine seront déchargés dés à présent pour toujours des charges et contributions impériales.
Un traité aussi désavantageux à l’Abbaye de Senones et aussi contraire à ses anciens droits, ne pouvoit être l’ouvrage que de la violence et de la force. Aussi dés que l’Abbé Raville se trouva plus en liberté et qu’il fut en état de protester contre, il ne manqua pas de le faire. Dés le 1er. de Décembre, étant retiré à Bacarat, il en écrivit de sa propre main l’acte en ces termes :
« En Van i513. je souscript étant retiré de l’Abbaye au « chateau de Bacarat, à l’occasion d’eviter la fureur des « Seigrs. Comtes de Salm et Rhingraf, eux irrités pour la « tuition et delfense que faisois je en soutenant les droits, « authorités et franchises du monastère de Senones; pour à « quoy obvier à l’indignation desd. Srs., à raison des gran- « des poursuites et différens, et longs procès intentés et à
Scie» du Val de Celles et d'Alarmont cédées aux Seigrs.
Comtes de Salm.
Celles du Val de Senones aux Abbés et Religieux.
Exemption des Contributions impériales.
Cession des forges de Framont.
Deux milliers de fer à prendre sur les forges de Framoul.
XïX
Protestation de l’Abbé K. a v i 1 1 e contre la transaction de
(a) Je n’ai pu trouver ce livre.
« intenter, comme il apert par le contenu où livre des « actes et gestes sur ce fait (a) et mandemf de la Majesté « Impériale obtenu, aurois présenté plusieurs articles con- « cernans les points contentieux principals, pour venir « en apointement, sur lesquels lesd. Seigneurs auroient « répondu sur iceux, ainsi que bon leur auroit semblé, « suivant lesquels de rechef non contens de leurs dites « réponses, aurois donné réplique, de manière tant seroit « hinc inde convenu, que seroit été contraint passer et « accorder en la manière qu’ils ont voulu; autrement ne « prétendre jamais entrer en leurs grâces et moyens à « l’Abbaye; et ce par l’avis de moult de gens de bien, et « d’érudition et bonne doctrine ; et durant le tems que l’on < c traitoit la pacification dud. différent, ont iceux Seigrs. <c Comtes fait ériger un nouveau moulin au dessus du « village dud. Senones, étant grandement préjudiciable à « l’Eglise, et tachant par certain moien gracieux le faire « abolir, fut répondu par les d. Seigrs. comtes, auant que « l’oter, l’on feroit plutost brûler ceux de lad. Abbaye ; et « considérant les tems, les personnes, auons été occasionné « laisser la chose en surséance, jusqu’à meilleure provision, « qu’il plaira à la divine puissance remettre le tout en bon « état, à son honneur, gloire et louange et décoration de « son Eglise. En foy de quoi de toutes les choses écrites on « dit livre, et en la présente, auons signé de notre propre « main, que furent faites fan 1573. le 1er jour de Décem- « bre, ainsi est il, nous Damp Claude Raville, abbé de « Senones. »
Il seroit à souhaiter que ce livre dont il parle ici, et qui contenoit le détail de tout ce qui s’étoit passé dans ces tems de trouble, fut parvenu jusqu’à nous ; nous y aurions appris bien des particularités importantes et curieuses. Mais il faut que cet ouvrage ait été égaré où supprimé de fort bonne heure, où que l’Abbé Lignarius l’ait emporté auec lui à Rome et qu’il y soit péri ; car on n’en a eû aucune connoissance dans le monastère, depuis l’Abbé Raville,
saction de
La transaction de 1513. ne mit pas fin aux difficultés. xx Bientost il fallut revenir à des explications. Dés le G. Nov. Explications et 22. Déc. de la même année, il fut dit dans les ratifica- r
tions réciproques des Seigrs. Comtes de Salm et des Abbés et Religx. de Senones, que les d. Abbés et Religx. auoient accompagnés les d. Comtes au fond et propriété des bois de Chambre dits Ortemont et Belfeys (a) appartenans à («) ii n’y est l’Abbaye et mentionnés dans la transaction, comme aussi à ^boil dTpIioa tous les fruits, profits, amendes et emolumens d’iceux, à la ni de ceiuy de réserve de l’usage et affouage de lad. Abbaye et des fermes Jehaaxey (1)' de Neufmaison et du Mesnil.
Et le 2. Mars de l’an 1574. c’est a dire 1515. avant Pâques, sur une requeste présentée auxd. Seigrs. Comtes par lesd. Abbés et religieux touchant l’interprétation de quelques articles de la transaction, il fut accordé que lesd.
Abbés et Religx. joüiroient du droit de regain au village de Mesnil, de même que les autres habitans; qu’ils creeroient les mainbourgs et tuteurs et en auroient un gros de reconnoissance, mais que la connoissance des mainburnies où gens qui sont en tutelle, seroit réservée aux Officiers desd. Comtes ; que la justice de Sb Stail seroit laissée auxd.
Comtes et détachée de celle de Senones.
De plus le 25. Mars 1514. sur des difficultés survenues touchant l’interprétation de la transaction de 1573. concernant l’article des fours et moulins des bans de Senones,
Plaine et Yipu celle et de deux Scies de Grandfontaine et de Champenay, les Srs. Comtes ayant de leur autorité régalienne fait construire un moulin tout à neuf qu’ils auoient admodié à leur seul et particulier profit, et voulant encore en faire de semblables dans le Val de Senones, et le Sr.
Abbé prétendant qu’étant Seigneur foncier dud. Val et ban, et à lui appartenant privativement le cours des eaux, il pouvoit empêcher que qui que ce fut n’y pût construire de moulins; pour terminer cette contestation, les Srs.
Comtes répartirent les Abbés et Religieux du tiers du
(f) Renvoi et note île D. Calmet,
Neufmoulin bâti au dessus de Senones, de même que de tous les autres moulins qui se pouroient construire à l’avenir aud. Val et ban de Plaine et de Salm, et des emolumens d’iceux, en remboursant le tiers des frais employés pour la construction des d. moulins.
De plus que le moulin de l’Abbaye demeurera en son être pour le défruit et usage d’icelle, ensemble des 8 bons hommes du Sr. Abbé et de ses métairies de Sb Siméon, du Ménil et de Neufmaison seulement ; et à ce moien les moulins du Val de Senones et des bans de Plaine et de Salm seront déclarés bannaux, et tous les petits moulins bâtis par ci deuant aux mêmes lieux, seront détruits et démolis. Il en sera de même des fours; le profit desquels sera partagé entre lesd. Srs. Comtes et les Abbés et Religieux pour le tiers, en fournissant au tiers de la construction desd. fours et de leurs charges.
En reconnoissance de quoy lesd. Abbés et Religieux ont donné et transporté auxd. Comtes toute telle part, droit et action qu’ils ont és bois vulgairement appelés Sauvages, situés és bans de Celle et d’Alarmont. Ils leur ont aussi cédés les 2. scies de Grandfontaine et de Champenay auec leurs marches.
Enfin en 1580. les Abbés et religieux se plaignant de l’inéxécution de plusieurs articles de la transaction de 1573. il fut encor accordé que le village de Grandrup seroit joint et incorporé au village de Sb Stail, sans plus répondre à la justice de Senones, sans que l’Abbaye y puisse pour l’avenir prétendre aucun droit et jurisdiction foncière, ainsy qu’elle y avoit du passé, sans préjudice de ses droits ecclesiastiques et droit de chantuaire dans ledit village. En reconnoissance de quoy lesd. Abbés et Religieux auront la moitié de toutes les amendes, qui proviendront des mésus qui se feront és bois appellés présentement communau x dud. Val de Senones et des bans de Plaine et de Vipucelle, en lieu des bois anciennement appellés d’accompagnement, ensemble la moitié des affaitages, des chariers, maréchaux, boulangers et autres pro-
fits, et la moitié des amendes ordinaires des rivières dud. Val, outre leurs usages, comme les d. Srs. Comtes et leurs officiers ; auxquels seigneurs comtes et à leurs dits officiers, châtelains et gruyers seuls est réservé l'authorité et le droit d’afforter, d’admodier, permettre et disposer de toutes les choses susdites, comme des admodiations et acensemens proposés et passés par lad. transaction.
Aussi a été accordé que les Vicaires du Val de Senones et Prévôté de S*. Stail et les fermiers de la Forain, ne seront plus assujettis aux moulins bannaux du val de Senones, mais pouront moudre au moulin de l’Abbaye.
La même année 1580. l’Abbé Raville âgé de plus de 60. ans, demanda au Pape Greg. XV. des bulles de coadjutorie pour D. Jean Ménusier, autrem1. Lignarius, son neveux, alors âgé de 24 ans, et etudiant en l’université de Pont à Mousson. Lignarius n’etoit pas un excellent sujet et si l’on peut reprocher quelque chose à D. Claude Raville qui etoit certainement un excellent Abbé, c'est d’auoir dans cette occasion un peu trop écouté la chair et le sang en faveur d’un neveux, qui eut dans la suite une infinité de maux et de chagrins à essuyer, par rapport à son abbaye; ce qui lui a causé des préjudices qui lui ont attiré la commende et une suite de très fâcheuses affaires. Au reste D. Jean Lignarius n’avoit nulle envie d’étre Abbé; il témoigna qu’il ne souhaittoit pas la coadjutorie, et s’absenta du Chapitre où se fit l'election de sa personne. Lorsqu’il fut élu, on alla le trouver au verger où il étoit monté sur un arbre cueillant des fruits. On lui annonça son élection, et on le pria de venir au chapitre. Mais il reçut mal ceux qui lui apportèrent cette nouvelle et leur dit qu’il ne se soucioit nullement d'etre coadjuteur. Il se faisoit justice. Son oncle D. Claude Raville avoüoit que le sujet etoit peu méritant; mais il s'excusoit sur les circonstances des tems, où les protestans qui environnoient son monastère menaçoient de tout envahir, et qu’il lui falloit choisir un jeune homme capable de survivre à tous ses maux et de conserver le titre abbatial le plus longtems qu'il seroit possible. Nous re-
Coadjutorie de D. Jean Lignarius.
Affortage des habit a n s de C h a t a y dans les bois de Bonfays , m o i e n n a n t 2 frans par an, 1575.
Confiscation pour fait de sorcellerie.
Le Prieuré de Vie est résigné aux Cordeliers dud. lieu.
L’Abbé Raville le retire de leurs mains.
mettons à parler de ce qui le regarde, au commencement de son gouvernement et nous allons continuer l’histoire de D. Claude Raville son oncle.
En i575. les habitans de Chatay ayant représenté aux Seigrs. Comtes de Salm et à l’Abbé de Senones, le besoin qu’ils auoient de bois de chaufage, et ayant demandé qu’il leur fut permis de prendre dans les bois de Bonfeys, des morts bois et bois morts et infructueux, la grâce leur fut accordée, à charge de payer par chacun an 2. frans, un au Seigr. Comte de Salm, et l’autre au Seigr. Abbé de Senones, au jour et terme de SL Martin, pour leur chauffage et usage, sans y commettre faute où abus, sous peine d’amende. Fait et accordé le 14. Juin 1575.
La superstition, l’ignorance et le dereglement des moeurs de ce tems là auoient fait naitre dans la Lorraine et dans les trois Evêchés ou la réalité ou l’imagination de sorcellerie, dans une infinité de personnes qui furent condamnées et exécutées par le feu et leurs biens confisqués au profit des Seigneurs. Nous en avons deux exemples en 1587. en la personne de deux femmes, l’une d’Antlup et l’autre de Bure, dont les biens furent ajugés à l’Abbé de Senones, comme Seigr. desd. lieux.
L’Abbé Thirion d’Antlup à la recommendation d’une certaine Dame, avoit conféré en 1537. le Prieuré de S1. Christophe de Yic, à un nommé Jean de la 'Neuville, qui en jouit fort longtems. Celui-ci en 1567 . on ne sçait par quel motif, le résigna au Gardien des Cordeliers de Yic, qui résolut d’y établir une espece de college pour des Religx. de son ordre. Dom Raville Abbé de Senones informé de ce procédé si irrégulier, s’addressa au Cardinal de Lorraine et par son autorité, se fit rendre le Prieuré et en pourvût D. Claude Yarin religieux de son Abbaye en 1567 . Dans la suite il y eut encor de grands démêlés auec les Cordeliers de Yic, au sujet d’une certaine maison et d’une grange du prieuré, qu’ils prétendoient leur appartenir, ayant même fait démolir de leur autorité lad. maison qui seruoit de demeure au Prieur et se l’étant appropriée ; et ces diffi-
cult.és ne furent terminées qu’en 1597. Les Cordeliers sont demeurés maîtres de la maison du Prieur, et le Prieur a été obligé de se contenter d’une petite maison bourgeoise, d’un petit jardin et d’une chétive Eglise tout joignant.
Il y a longtems que l’experience a fait voir les abus et les inconveniens infinis qui naissent des prieurés de campagne, possédés et habités par des Prieurs titulaires qui y vivent seuls auec leurs domestiques. Il est très rare qu’ils s’y maintiennent dans la subordination qui fait le caractère essentiel des Religieux, ni dans l’innocence et la pureté des moeurs que demande leur profession. Le Prieur de Xures nommé D. Gérard Varin, après auoir possédé paisiblement ce prieuré pendant plusieurs années, se fit pourvoir vers l’an 1570. par le cardinal de Lorraine du Prieuré de Vie, vaquant par le décés de Jean de Neuville curé de Maxey, dont il jouît auec son Prieuré de Xures. L’Abbé Raville de son coté y nomma D. Pierre Monin, Religieux de Senones, qui attaqua en 1577 . led. D. Gérard Varin en désistement par deuant l’Official de Metz. On entendit plusieurs témoins sur cette affaire, et je ne trouve pas ce qui fut conclu ny prononcé ; seulement on voit par les interrogatoires, qu’on doutoit de la validité du titre et du droit dud. Varin, tant à l’un qu’à l’autre de ces deux Prieurés. Je trouve en 1582. et 1587. D. Guérin Varin prieur de Vie et neanmoins en 1591. D. Gérard Varin mourut Prieur de Vie et de Xures. Je crois que c’est le meme Prieur qui se nommoit Gérard 8c Guérin (1).
Dans le Prieuré de Mervaville, après la mort de D. Nicolas de Remicourt, arrivée en 1584. et dont on a parlé cideuant, il y eut procès entre D. Claude le Comte Religieux de Senones, nommé aud. Prieuré par le Sr. Abbé de Senones, et Nicolas la Tarte clerc du diocèse de Toul, pourvû par une autre voye. Claude le Comte fut maintenu et Nicolas la Tarte renonça à son droit. Le 1er obtint ses Bulles du
Procès cont r e les Prieurs de Xures en 1577 et de Mervaville en
(1) La dernière partie de cet article et notamment la toute dernière phrase de cet alinéa sont écrites de la main de O. Calmet,
Pape Sixte Y. en 1589., mais il se gouverna si mal dans l’Administration du Prieuré qu’on fut obligé de lui faire son procès. On l’accusoit de plusieurs crimes scandaleux, comme d’auoir entretenu dans son Prieuré une femme mariée et de s'étre évadé auec une autre femme; ce qui obligea son Abbé de nommer un autre Prieur en sa place en 1594. où 1595.
L’Abbé Raville mourut le 22. Nov. 1588. et fut enterré l’Abbé deuant 1® Grand autel où l’on voit sa tombe et son effigie Raville en en habits pontificaux, la mitre en tête et la crosse à la 1588. main. Il portoit pour armes d’azur à la croix croisettée d’argent, ayant en face deux étoiles d’argent et au pied de la croix un croissant aussi d’argent. On voit ses armes en plusieurs endroits des dépendances de l’Abbaye ; ce qui prouve les ouvrages et les réparations qu’il y a faites et on le compte à bon droit entre les meilleurs Abbés de Senones.
Dans le second tome des Groniques de l’ordre de Saint Benoit p. 129., il est dit que sur la tombe de D. Claude Raville Abbé de Senones, il est porté que les cendres des corps des Abbés Jean de Borville et de Thirion ses prédécesseurs, reposent avec ses ossements ; ce qui ne s’y voit plus aujourd’huy, peut etre parce qu’on a reposé sa tombe et qu’on y a supprimé cette particularité.