CHAPITRE XL
DOM JEAN LIGNARIUS où MÉNUSIER, (40e) Abbé de i Senones, depuis l’an 1588. jusqu’en 1625 (i).
^iTrTt^de Boni Jean Lignarius ayant été fait coadjuteur en 1580. i>. Jean ainsi qu’on l’a dit ci-deuant, entra en jouissance de l’Ab-
Iûgnarius
Abbé de (1) Le manuscrit indique Uom J. Lignarius comme 40* Abbé; c’est Senones. évidemment une distraction de l’auteur, car le précédent abbé est mar- II est fait qué comme 53e et le suivant comme 55e ; c’est donc 54e que l’auteur voucoadjutr. lait écrire, et conformément à mon observation faite à la p. 196 de cet en 1580. ouvrage, l)om Lignarius serait le 53e abbé de Senones.
baye après la mort de son oncle arrivée le 22. Nov. 1588. Mais auant ce tems et dez le 18. de Juillet 1581 . les Religieux de Senones exigèrent de lui certaines promesses, comme de les traiter, quand il seroit parvenu à la dignité Abbatiale, auéc la douceur et la charité convenables, sans vengeance, sans ressentiment et sans rancune ; de les maintenir dans leurs droits, usages et offices, de conserver les biens temporels et même de travailler de tout son pouvoir à les récupérer; de leurs fournir des Gornes, chaperons ou frocs tous les 3. ans; d’observer tous les articles contenus dans le rôle de D. Claude Padoux; de donner au moins quelque petite prébende de vin aux novices ; de laisser jouir les Religieux des biens et revenus qui leur etoient abandonnés pour leur nourriture, vêtement et entretien; de deffendre leurs biens et privilèges en justice, s’il etoit besoin, par lui où par ses Officiers et de supporter la moitié des frais qu’il y conviendroit faire. Et comme ils auoient l’experience que quelques Religieux de leur couvent étoient morts insolvables et accablés de dettes, au grand préjudice des créanciers et au déshonneur de la religion, ils prient le Sr. coadjuteur de leur accorder à l’avenir la moitié de la Cotte-morte de leurs confrères (a), tant pour payer leurs dettes, que pour faire leurs seruices après leur décés. Et comme les Seigrs. Abbés se faisoient donner 7. gros pour la sépulture de chaque grand corps, ce dont ils ignoroient la cause et l’origine, ils le prient de leur quitter lad. somme, où de les décharger du soin de la cure. De plus qu’il lui plaise receuoir dans sa bergerie et y faire nourrir les moutons et agneaux qu’ils sont obligés d’achepter et dont ils ont besoin pour leur prébende ; qu’il leur fournisse du linge pour la cuisine et pour nettoyer leur vaisselle, enfin qu’il fasse fournir du foin et de l’avoine pour les chevaux de leurs parens et amis, qui les viennent
(a) «. L’Abbé donnoit les places monachales comme des especes de bénéfices et jouissoit de la Cotte morte ou de la succession des moines apres leur mort. »
INote de D. Calinet en marge de la page 339 du manuscrit.
Prome ss es qu’il fait aux Religieux en
Engagement nouveau de l’Abbé Lignarius envers les Religx. de S eno nés •
(a) Apparem1.
du Prieure du Moniel.
voir et qu’il donne des chevaux aux Religieux qui sont obligés d’aller en campagne, pour les affaires du Couvent.
Lignarius agréa et approuva tous ces articles et s’engagea solennellement à les observer, à condition que de leur coté les Religieux promissent de le reconnoitre pour leur légitime Abbé et supérieur, après la mort de l’Abbé Raville son oncle, ce qu’ils promirent par un acte public et solennel, qu’ils en passèrent aud. Sr. coadjuteur.
Le jour où le lendemain de la mort de D. Raville, 23. de Nov., les Religieux de Senones profitant de la foiblesse du nouvel Abbé Lignarius, lui firent de nouveau ratifier les promesses qu’il leur auoit faites l’année précédente, et y ajoutèrent, que pour la décharge d'heureuse mémoire de feu Monsieur l'ancien , il fer oit venir le plutost que faire se pouroit la dispense du Pape pour la vendition qui auoit été faite d'Ogeviller et de Gir court, ainsi que led. Sr. Abbé Raville s'y étoit engagé, à quoy l’Abbé Lignarius consentit volontiers, à condition que les d. vendages lui seroient mis en main. De plus les Religx. demandèrent que le Sr. Abbé les déchargeât de la Cure du Val de Senones, leur profession les éloignant de tout employ extérieur et incompatible auec l’esprit de retraite que demande leur état, le priant d’assigner prébende congrue à deux hommes d’Eglise pour satisfaire aux deuoirs de curés dans les Paroisses du Val ; ce qui fut encore accordé par l’Abbé Lignarius. R s’obligea de plus, pour satisfaire aux pieuses intentions de l’Abbé Raville son prédécesseur, de laisser jouir les Religieux de leur part des rentes et revenus du Montez (a), et du vestiaire à eux promis, comme aussi de faire ériger la Bibliothèque, pour la fournir de liures petit à petit et de faire mettre au réfectoire et dortoire les choses nécessaires qui lui seront verbalement spécifiées, auec l’entretenemb de la fontaine du cloitre. Il promit de plus d'augmenter de quelque chose le revenu du couvent, attendu le nombre des Religieux qui alloit être de 13. où 14.
Et comme depuis 50. ans les Seigneurs Abbés auoient chargé leur métairie d’Anserviller de la sauve-garde düe
annuellement à Mrs. les Comtes de Salm, il leur accorda en indemnité cinq paires de grain à payer tous les ans, en attendant qu'il eut pris plus grande connoissance de cette affaire et qu’il y eut pourveu autrement. Les Religieux demandèrent aussi d’étre remis en la jouissance du lieu nommé le petit Rouverat, finage de Magnéville, ce que le Seigr. Àbbé leur accorda, comme aussi de donner ses ordres pour que les Religieux aient les choses nécessaires pour le pain, vin, légumes et autres choses, en sorte qu’ils n’ayent pas lieu de murmurer.
Enfin les Religieux promirent au Seigr. Abbé de lui donner communication de leurs lettres et chartes conventuelles, et réciproquemh que l’Abbé leur montreroit ses lettres concernant sa mense abbatiale, et en particulier leur rendra le titre de fondation du Moniet qu’on avoit tiré du coffre de la communauté. Tous ces articles furent accordés le 24. Nov. 1588. en présence d’Antoine Doridan Abbé d’Etival, Jacques Fournier Grand Doyen de S1. Diés etc.
L’Abbé Lignarius prit possession de l’Abbaye, après auoir obtenu le décret de S. A. de Lorraine pour les biens situés en Lorraine; des Seigrs. Comtes de Salm, pour les biens du Yal de Senones et de la terre de Salm; et du Seigr. Evêque de Metz pour le Prieuré de Moniet, situé dans la Chatellerie de Baccarat, dans lequel le Châtelain de Baccarat auoit sans aucune raison fait mettre six soldats pour le garder et d’où il ne les retira qu'aprés que l’Abbé Lignarius eut présenté son placet au Seigr. Evêque de Metz, qui lui accorda la permission de prendre possession des biens de ce Prieuré unis à l'Abbaïe.
La religion prétendue reformée s’étant introduite dans les terres du Comté de Salm, il y eut diverses contestations entre les habitans de ce Comté et du Val de Senones, pour le paiement des dixmes ; sur quoy intervint un réglement des Comtes, portant que les Curés et Vicaires dud. Comté percevroient seuls les dixmes provenans de la culture des terres cultivées par leurs paroissiens catholiques, et réci-
in
Frise de possession
de 0. Jean Xiignarius.
Intro duction de la He! i g i on prêt, réformée dans les terres de Salm. Reglemls. à ce sujet.
Partages des b iens du M o niet entre l‘Abbé et les R. e ligneux.
Conf rat ernité entre les Abbayes de Senon es, de Moienmoutier et d’Etival. 1594.
proquement que les ministres protestans auroient la dixme des terres cultivées par leur peuple de la religion p. r. L’infection des nouvelles opinions auoit même pénétré dans la Lorraine et jusque dans le balliage de Nancy, où les peuples ou négligeoient ou refusoient absolument de payer aux Seigneurs ecclésiastiques, les droits et redevances qui leurs étoient dues. En i589. les Religx. de Senones présentèrent sur cela une requeste au Bailli de Nancy, disant que par la malice des tems ou l’indevotion des peuples, ils ne pouvoient rien tirer de leurs débiteurs et que n’etoit le serment qu’ils ont à leur Eglise, ils en abandonneront entièrement la poursuite. Telle étoit alors la situation des choses en Lorraine et dans les pays voisins. Je trouve en i603. des ordres des Comtes de Salm, pour contraindre les habitans de Celle de payer les dixmes qu’ils refusoient aux curés et aux Seigneurs dixmiers.
Les Prieur et Religieux de Senones ayant admodié à l’Abbé Raville les rentes et revenus du Prieuré de Moniet proche Baccarat, pour le tems de la vie abbatiale, les Religieux demandèrent d’entrer en compte* sur cette affaire auec l’Abbé Lignarius son successeur, et pour prévenir les discussions et procès, dans lesquels ils étoient en danger d'entrer, ils s’accordèrent et convinrent qu'a l’avenir ils posséderoient les revenus dud. Prieuré par indivis, et en supporteroient les charges à frais communs, de quoy on dressa un traité, où les biens, appartenances, dépendances et charges du Prieuré sont fort bien spécifiées.
Les Abbés et Couvents des trois Abbayes de Senones, de Moienmoutier et d’Etival firent en i594. une alliance où société de priere, qui consistoit en ce que quand un Abbé où un Religieux de l’une des 3. maisons étoit mort, on en donnoit aussitost avis aux autres communautés, qui diroient
(1) Le 43. Octobre le prince Erric de Lorr., abbé de Moienmoutier, D. Jean Lignarius abbé de Senones et le R. P. Antoine d’Oridan abbé d’Etival.
Cette note est de l’écriture de D. Calmet, et se trouve en marge de la page 345 du manuscrit, au-lessous du titre de cet art. VI.
les vigiles et le lendemain feroient le service du deffunt, comme si c’etoit l’un des leurs. Chaque Religieux prêtre disoit une fois la messe pour le défunt et les autres Religieux récitoient les 7. Pseaumes pénitentiaux. De plus on distribuoit aux pauvres la portion du Religieux décédé pendant trois jours consécutifs ; si c’etoit un Abbé, on doubloit l’aumone. Le jour du service, l’Abbé faisoit donner à chaque Religieux une quarte du meilleur vin.
Si un Religieux de l’une des 3. Abbayes vient dans une autre, auec permission de ses supérieurs, pour une cause honnête, l’Abbé aura soin qu’on lui donne la même prébende qu’a un confrère du monastère. Il y poura demeurer pendant 3. jours, et s’il est malade pendant 40. jours. Si un Religieux tombe dans quelque faute, on poura l’envoyer au supérieur du monastère voisin, qui poura user envers lui d’une plus grande indulgence, que son propre Abbé. Le Prince Erric de Lorraine Evêque de Verdun étoit alors Abbé de Moienmoutier, D. Jean Ménusier Abbé de Senones et Mr Antoine Doridan Abbé d’Etival. L’acte de cette confraternité fut passé à Moienmoutier le 13e Oct. 1594. en présence des Seigrs. Abbés deuant dits et des Prieurs des 3. Abbayes et de 2. Jésuites.
Quelque tems après, c’est à dire en 4597. le Prince François de Lorraine, père du Duc Charles IV. épousa Christine de Salm fille et héritière du Comte Paul de Salm, laquelle apporta à François la moitié de la terre de Salm dont elle hérita apres la mort du Comte Jean de Salm son oncle (t). Par le partage qui fut fait de cette terre entre les deux frères Jean et Frideric de Salm, il fut dit que l’abbaye de Senones auec le village de Chatay, qui contient iô. maisons, ensemble les moitresses du Ménil , S. Simeon, la Forain et autres biens de lad. Abbaye demeureront en commun, sous la Souveraineté de mes d. SeigTS. Comtes de
Mariage de François de I« orra i n e Comte de V a u d é mont auec Christine de Salm.
(1) La dernière partie de cette phrase et plusieurs corrections et adjonctions, contenues dans cet article et dans le préce'dent, sont de la main de D. Calmet.
vin
Ii’ Abbé Ligna r i u s songe à unir son Abbaye à la Congrégon. de S1.
Vanne.
François Thérel est fait coadjuteur de l’Abbé de Senones.
Sctlm, comme du passé , sans que Vun où Vautre y puissent innover aucune chose , où y prétendre , au préjudice de Vautre. Il y a eû encore quelques autres articles dans ce partage qui portoient préjudice aux droits du monastère, ce qui obligea les Abbés et Religieux de faire leur protestation contre tout ce qui y pouroit être de contraire à leurs droits.
Les désordres qui régnoient alors parmi la pluspart des Ecclesiastiques et des Religieux, furent un des principaux motifs dont se servirent les protestans, pour se séparer de l’Eglise romaine. Les peuples scandalizés demandoient hautemb la réforme. Les libertins prenoient occasion des abus qu’ils remarquoient dans l’Eglise, de s’en séparer, non pour mieux vivre, mais pour vivre dans une plus grande licence. Les novateurs éxageroient le mal et affectoient de rendre les catholiques odieux par leurs calomnies. L’Abbaye de Senones environnée d’héretiques presque de toutes parts, étoit plus en danger de séduction ét plus exposée que beaucoup d’autres à la censure des ennemis de la religion. Aussi l’Abbé Lignarius songea de fort bonne heure à l’unir à la Congrégation de Sb Vanne qui commençoit à s’établir en Lorraine. Il y trouva des difficultés de la part de ses Religieux et ne pouvant réussir à introduire la réforme dans Senones, il offrit aux réformés de Sb Vanne son prieuré de Léomont pour y vivre en réforme, en 1606.
Ce n’etoit peut être pas tant l’amour du bon ordre et le zélé de l’observance, qui le portoient à cela, que l’envie de se mettre à couvert des tracasseries de ses Religieux et des entreprises d’un nommé François Térel, moine de l’Abbaye de Longeville où de Glandiéres dans l’Eveché de Metz. Lignarius ayant été accusé à Rome d’imbécillité, d’insuffisance pour l’administration de l’Abbaye et de dissipation dans le temporel, le Pape auoit donné à Térel des Bulles de coadjutorie, malgré et à l’inscu de l’Abbé Lignarius, qui n’avoit été ni cité ni écouté dans ses justifications. Nous parlerons ci-aprés plus au long de cette affaire, qui eut de grandes suites et qui mérite d’etre traitée avec etenduë.
Séparation
de mense entre
l’Abbé
Iiignarius et les Religieux.
Dans le même tems, Lignarius , pour donner quelque satisfaction à ses Religieux et pour établir dans son monastère quelque espèce de bon gouvernement, qui remédiat aux désordres grossiers, il fit en i602. avec sa communauté une séparation de mense et quelque réglement pour le bon ordre. En voici le précis : Que les titres et chartes du monastère, tant de la crosse abbatiale que du couvent, seront conservés dans une archive commune sous 3. clefs, dont le Sr. Abbé en aura une, le Prieur une autre et le plus ancien Religieux de la communauté la 3e.
Que Ton fera des copies de ces titres par main de nottaire, qui demeureront és mains de Tune et de l’autre partie, pour l’usage ordinaire.
Que les Religx. rendront révérence, obéissance et honneur à leur Abbé.
Que le Prieur aura soin que l’office divin se fasse et soit sonné de nuit et de jour, aux heures convenables, et que tous y assistent avec silence, modestie et révérence.
Qu’il députe un Religx. de sa communauté pour dresser les Novices, non seulemb pour les moeurs et la discipline religieuse, mais aussi pour le chant et les cérémonies de l’Eglise. Il leur donnera des confesseurs capables, se réservant neanmoins les cas que le Sr. Abbé s’est réservé ; permettra aux Religx. d’aller en promenade non seuls, mais auec un Religx. où un novice, à charge de revenir le jour même ; punira les excès commis dans le monastère, à la réserve des fautes scandaleuses et publiques, réservées au Sr. Abbé; accordera les permissions aux Religx. pour aller vaquer aux affaires de la maison.
Le même Sr. Prieur fera continuer la lecture au réfectoire et y fera garder le silence ; on s’y assemblera toujours pour manger, à moins qu’il n’y ait excuse légitime ; il veil- (”) Dans les
.. .. . , . , anciens livres de
lera a ce qu il n y ait ni superfluité ni vanité aux habits des ceremonies mo- Religx. lesquels porteront toujours à l’Eglise leurs gornes (”) nasliques ffonna
ou gunna , signifie un habit fourré, et ce me sem-
(1) Cette note, écrite en marge de ia page SoO du mss., est de l’écriture ble, le chaperon de 0, Calmet, Courr é (ij.
où frocs, et dans la maison leur scapulaire et chapperon, et les Novices porteront partout le scapulaire et chaperon et auront leur ceinture ; il pourvoyera que lesd. Novices logent dans les chambres des plus anciens Religx.
Le Sr. Abbé députera un de ses Religx. pour avoir soin des malades et pour faire la recepte et distribution des rentes affectées à l’infirmerie, dont il rendra compte à l’Abbé et aux Religx. conjointement. Le Sr. Abbé leur donnera pour loger les malades, l’appartement contigu à la grande cave d’un coté et de l’autre à l’Eglise de N. D. et en outre une chambre joignant la sale qui donne sur la grande cour. Le trésorier fournira deux cierges pour chaque messe, tant ordinaire que conventuelle et de dévotion, et s’acquittera des autres charges dépendantes de son office.
Les Religx. continueront à garder l’abstinence tous les Mercredis de l’année, et tout le tems de l’Avent, et jeûneront les Vendredy comme de coutume.
Le Sr. Prieur aura par préciput 30. frans, qui se payoient alors par Mrs. les Chanoines de SL Diez sur la cure de Rrouville ; aujourd'hui ces 30. frans sont à la charge du Seigr. Abbé.
Lorsque le nombre de Religieux de la Communauté ne sera pas complet (ce nombre étoit fixé à dix prêtres et 4. novices) il sera loisible au Sr. Abbé d’en présenter un où plusieurs, jusqu’au nombre fixé, et les Religx. ne devront les refuser, à moins qu’il n’y ait auxd. Novices quelque défaut naturel où difformité messéante à l’état religieux ; et on les admettra de commun consentement.
La succession des meubles des Religx. sera comme du passé, moitié au Sr. Abbé et moitié aux Religx., et lors de la mort d’un Religx. je sr. Abbé donnera comme d’ancienneté, 2. pots de vin au couvent et acquittera les charges portées dans les lettres de confraternité avec les Abbayes voisines, savoir de Moyenmoutier et d’Etival. Voiés ci deuant sous l’an 1594.
Les jours solennels, auxquels l’Abbé officiera, il traitera les Religx. à sa table selon l’ancienne coutume, sans préju-
dice de la prébende accoutumée. Ces repas étoient fixés à
6. par an. On les régla à 3. frans par tête en i620. et enfin les Abbés en ont été entieremf déchargés, par la cession qu’ils ont faite au Couvent de leurs dixmes et du gagnage du Mesnil. Et comme il arrivoit journellement des disputes pour les prébendes de pain et de vin, que l'Abbé devoit fournir, conformément au Rôle de l’Abbé Padoux, pour éviter toute difficulté, l’Abbé Lignarius s’obligea de donner chaque année pour 10. Religx. prêtres et 4. Novices, un cuisinier et un garçon de cuisine, quatre vingt onze resaux et demi de froment et 46. resaux de seigle, mesure de Ravon. Et s’ils en prennent une plus grande quantité, la paire de reseaux froment et avoine, où seigle et avoine, sera apprétiée à 7. frans et demi monnoye de Lorraine, et le rezal d’avoine à 30. gros. Et pour le vin il sera estimé à
7. frans la mesure, parce qu’on est obligé de le faire venir de loin etc.
Led. Sr. Abbé donnera à lad. communauté deux cent quatre vingt quinze mesures de vin, y compris le vin des messes et de toutes autres distributions en vin, tant ordinaires qu’extraordinaires. Et si le nombre des Religx. augmentoit, led. Sr. Abbé augmentera la distribution, à raison de 10. resaux de grains et de 25. mesures de vin pour chacun, et leur fournira incessamment les futailles pour loger cette quantité de vin.
Au lieu du bois qu’il devoit donner pour le four, la cuisine et le poile du couvent, il leur fera délivrer i50. frans; item une chi rrée de planches de sapin et un muid de sel.
De plus il sera déchargé de fournir des chappons, lard, jambons, aulx, fromages, poissons, légumes et deux gros d’étrennes qu’il devoit à chaque Religx., moyennant la rente annuelle de cent quatre vingt dix frans, huit gros, qu’ils recevront annuellement, et en outre 15. frans par an, pour le linge qu’il devoit auparavant fournir à la cuisine et au réfectoire.
Et pour le vestiaire des Religx., il leur donnera à chacun 4. fr. 4. gros; et pour les gornes où frocs de couleur noire,
il leur assigne 60. fr. de rente annuelle, à charge qu’ils porteront ces gornes à l’Eglise à chaque heure de l’office. Pour les gages d’un cuisinier 40. fr. ; pour le barbier 16 fr. outre deux paires de grains qu’il a annuellement.
Pour la fondation de l’Abbé Thirion d’Antlup, 15. fr. ; Pour la fondation des messes de la Vierge et de la Passion, 10. fr. à prendre sur la maison de Ravon; pour la sauvegarde d’Anserviller imposée au couvent, l’Abbé leur rend cinq paires froment et avoine par an; les terres dites de S1. Pierre à Bazemont, demeureront par indivis à l'Abbé et au Couvent, comme dépendantes du Moniel ; les Religieux continueront de se servir des granges de Remberviller appartenantes à l’Abbé, pour y loger leurs dixmes. De plus ils joüiront à l’avenir du prez le moine, et de la paille de trois journées de 3. batteurs, moyennant quoy, le Sr. Abbé sera déchargé de la fourniture des chevaux de service pour l’usage des Religx. et de la nourriture des chevaux des étrangers qui arrivoient au couvent.
Pour grenier, le Sr. Abbé cède aux Religx. le batiment, nommé le Réfroidoir, qui est sur la grande cave du cloitre; pour cave, il leur donne la moitié de lad. grande cave; il leur fera bâtir un nouveau four où leur laissera l’ancien; il leur donne pour étable celle qu’on dit la Boverie du coté de l’eau, et pour jardin, le grand jardin claustral et le meix dit de l’aumonerie, situé à l’entrée de l’Abbaye à droite; et pour fumer lesd. jardins, ils prendront annuellem1. 4. chars de fumier en l’Abbaye; auront aussi 200u. (>) de fer de deux milliers que le Sr. Abbé tire des forges de Grandfontaine, et ils seront chargés de l’entretien de la fontaine du cloitre.
Et pour satisfaire aux quantités de grains et de vins marquées ci devant, le Sr. Abbé leur donne divers assignaux sur les dixmes de plusieurs villages énoncés dans le partage
(I) J’ai déjà dit, dans le cours de cet ouvrage, que ce signe lt« signifie livres. On lira donc ici « 200 livres* t
et qu’on peut voir dans la Charte qui en fut passée en ce tems là, savoir :
Le tiers en la totalité des grosses et menues dixmes de Rambervillers.
Item la quantité d’avoine qu’il tire sur les dixmes de Rambervillers.
Item ce qui appartient aud. Sr. Abbé dans la grosse et menue dixme des villages du ban de Rambervillers, scavoir Champ-Mesnil, Bruze, Sb Benoist et Housera.
Item un tiers aux grosses et menues dixmes deDomptail.
La moitié des grosses et menues dixmes de Fontenoy la Joûte; et la part qui appartient aud. Sr. Abbé au gagnage dud. lieu.
La terme de la Forain avec ses dépendances.
Le dixmage de la petite Raôn.
Un tiers aux grosses et menues dixmes de Moyen.
Les deux tiers aux grosses et menues dixmes de Remoncourt.
Un tiers aux grosses et menues dixmes de Brouville.
Les deux tiers aux grosses et menues dixmes deReclonville.
Un tiers aux grosses et menues dixmes de Hablainville.
Dix huit reseaux froment et dix reseaux d’avoine à Barbonville. Cette redevance a été vendue aux Jésuites du Novitiat de Nancy, et remplacée par l’achapt des vignes de Moyen.
La part que led. Sr. Abbé a dans les grosses et menues dixmes de Deuville, excepté la dixme de vin.
Le demi tiers aux dixmes de Crion et Syonviîler.
La moitié des grosses et menues dixmes de Vaqueville.
Les grosses et menues dixmes du ban de Plaine et dépendances, savoir, Sauxurre, Diaspax(t), Benaville etChampenais.
Les grosses et menues dixmes du Puy.
Les dixmes de Vaqueville a cause de Venay,
Les dixmes de Bertrichamp, dépend16, de la paroisse de Vaqueville,
(!) C’est Die5pach.
de
Erection l’ infirmerie de Zc~ nones.
La part du Sr. Abbé aux grosses et menues dixmes du village de Neumaison, dépendantes de Vaqueville.
Les grosses et menues dixmes du village de Saucy au Val de Senones.
Il fut de plus arrêté qu'à l’avenir les Religx. demeureroient chargés des réfections et entretiens des lieux réguliers, comme aussi des décimes, impositions et dons gratuits et autres charges extraordinaires faites sur lesd. assignaux, dont les d. Religx. payeront moitié contre le SeigL Abbé. De plus qu’ils vivront toujours en commun sans se séparer jamais de la table conventuelle, sinon en cas de grande nécessité et par la permission du Sr. R. P. Abbé; et au cas que le nombre de Religx. diminueroit du nombre de dix, il ne leur sera rien diminué des assignaux ci dessus, comme aussi s’il prend un Religx. de la communauté pour gouverner son hôtel, il ne leur sera rien retranché, bien entendu que ce Religx. jouira des rentes conventuelles comme un autre Religx.
Tous lesquels articles furent agréés par l’Abbé D. Jean Lignarius et les Prieur et Religx. composant la communauté de Senones, après avoir été proposés et arretés par le R. P. Antoine Doridan Abbé d’Etival et D. Claude Riquechier docteur en théologie, Prieur de SL Evre, et Sébastien Thiriet praticien à Lunéville et Jean L’Amance Prévost de SL Diez comme juges arbitres, choisis et désirés par les parties; le tout sous le bon plaisir de Sa Sainteté, lequel se poursuivra à frais communs, et qui fut obtenu l’année suivante 1603. par Bulle du Pape Clement VIII.
(l) La même année 1603. l’Abbé et les Religx. de Senones ayant remontré au Pape que D. Claude Raville, ancien abbé de ce monastère, avoit donné un fonds de 8 mille frans monnoie de Lorraine, pour des revenus de cette
(1) Cet article XI est rempli de corrections faites par D. Calmet et de renvois à des feu llets couverts de ratures de sa main. (On a beamoup de peine a se retrouver au milieu de toutes ces phrases entrecoupées et sillonnées de signes renvoyant soit aux feuilles précédentes ou suivantes, soit à des bouts de papier collés en marge du manuscrit.)
somme entretenir aux etudes les jeunes profés, ou autres religieux qui voudroient étudier. Et après avoir satisfait à ses intentions, il leur restoit entre leurs mains quatorze cent frans, qu’ils ne croioient pas pouvoir employer à d’autres usages sans la permission expresse de Sa Sainteté; ils le prient de leurs permettre d’eriger une infirmerie dans leur monastère qui en manque, et d’employer cette somme à achepter quelque fond pour l’entretien de cette infirmerie; que l’Abbé moderne D. Jean Lignarius offroit déjà aux religieux un appartement sain et commode situé entre l'Eglise de la Vierge et la grande cave du monastère. Le pape consentit volontiers à cet établissement, par ses bulles dattées du 3 des ides de Juillet 1603.
(i) En 1608, les religieux de Senones entrèrent en procès avec les P. Jésuites du Noviciat de Nancy, à l’occasion d’une rente qui etoit due aux premiers sur les quartiers des villages de Barbonville et de Ste. Marie, et sur les dixmes de Damelevière (*). Le prince Nicolas François aiant cédé aux Jésuites en 1604 la terre de Barbonville ci-devant dépendante de l’abbaye de Moyenmoutier, ils demeurèrent chargés de la dite rente envers les religieux de Senones, auxquels l’abbé Lignarius avoit cédé la dite rente en 1602. Elle appartenoit à l’abbaïe dez l’an 1295, et les religieux de Moyenmoutier avoient toujours exactement acquitté cette rente, tantôt en grain, tantôt en argent, selon la commodité et du consentement des parties.
Les pères Jésuites aiant fait refus, en 1608, de payer cette redevance, et aiant soutenu que les pères de Senones ne l’avoient pas perçue depuis 40 ans, ceux-ci obtinrent de
XÏI
Biens de l’Abbaye de Senones à Barbonville.
(1) Il y a ici une lacune dans le mss. de Saint-Dié. D. Calmet y a fait de nombreuses ratures ; il y a même des feuillets coupe's et, bref, les articles qui portaient primitivement les nos XII, XIII, XIV, etc . portent les nos XVII, XVIII, etc. . . de sorte qu’il manque dans le mss. de Saint Die les matières composant les articles depuis le n° XII jusqu’au n® XVII exclusiv1. Pour combler cette lacune, nous avons eu recours au manuscrit d’Kpinal.
(I) Dame-Levière, du latin Domna-libarid : sainte Libaire, première martyre de Lorraine, est la patronne de l’église de ce lieu.
Rome un bref apostolique en datte du 18 mars 1609, portant commission à l’official de Toul de connoître de cette affaire. Le procès dura plusieurs années entre les anciens religieux de Senones et les Jésuites. Après l’introduction de la réforme en 1618, les Bénédictins réformés reprirent l’instance et obtinrent sentence, du 9 octobre 1637, des echevins de Nancy, confirmée par arrêt de la Cour de Parlement, par laquelle les Jésuites étoient condamnés à payer annuellement ci-aprés ladite rente, à restituer ce qui n’avoit pas été payé et à tous les dépens. Et par un accomodement qui suivit, il fut convenu qu’on la payeroit en argent, à raison de 16 frans barrois par resal de bled, et de 10 frans par resal d’avoine, pendant tout le tems que la guerre dureroit en Lorraine, sans aucune espérance de réduction. Dans la suite les Jésuites eurent le crédit d’obliger les Bénédictins à leur vendre cette redevance, dont le prix fut employé à acheter les vignes de Moyen.
Quelque tems avant qu’on eut entamé ce procès, l’abbé Lignarius fut obligé de se transporter à Rome, pour se défendre contre François Terel, qui s’etoit fait pourvoir de la coadjutorie de l’Abbaïe malgré lui, ainsi qu’on l’a vû. Le prince de Yaudémont, qui avoit épousé en 1597 Christine de Salm, une des deux héritières du Comté de Salm, étant entré en jouissance de ce Comté en 1604, trouva ce pays presque tout rempli d’hérétiques, par l’ignorance des prélats et des écclesiastiques. Il crut que le moien le plus efficace pour remédier à ces maux, étoit de s’adresser au pape, pour le prier d’y pourvoir. Il envoia donc à Rome le Sr. Baretti avec des instructions dattées de Nancy le 30 Juillet 1604, portant que M. Baretti remontreroit à Sa Sainteté : yTtt Que l’Abbaie de Senones étoit un monastère considérable
Réforme de dans le comté de Salm, où le prince de Yaudémont étoit l’Abbaie seigneur régalien, le possédant avec les mêmes droits que de Seno- jeg aulres princes de l’empire possèdent leurs Etats. Qu’il étoit expédient et nécessaire que cette abbaïe fut gouvernée par des gens qui pussent attirer les hérétiques, dont le nombre étoit grand dans le comté de Salm. Mais que tout
au contraire, FAbbé Lignarius avoit peu de conduite dans les affaires, beaucoup de faiblesse dans le jugement, et d’une vie où il y avoit à redire. Le pape étoit supplié de faire informer contre lui, pour les informations vues, Sa Sainteté ordonner ce qu’elle trouveroit à faire pour le bien de notre Religion.
Le prince de Vaudémont étant allé à Rome peu de tems après la mort du comte de Salm, remontra au pape le regret qu’il avoit de voir dans le comté de Salm, qui lui étoit échû, un grand nombre d’hérétiques à cause de l’impunité et de la négligence des ecclésiastiques dudit comté, et entr’autres de l’abbé de Senones.
Le pape loua le zèle du prince, et par un bref du 11 septembre 1604, nomma commissaire pour informer, le prince Erric de Lorraine, évêque de Verdun, lequel arriva à Senones le 6 décembre suivant. Il entendit l’Abbé, qu’il interrogea sur des points de notre religion fort communs; et l’on a publié que l’abbé n’avoit pu y répondre. Il cita aussi plusieurs témoins qui déposèrent contre la conduite et les moeurs de l’Abbé ; et l’on a encore un gros procès-verbal contenant ces dépositions. L’evéque ne passa pas outre dans l’information, à cause de quelques affaires survenues qui l’appelèrent ailleurs. Mais en vertu du pouvoir qu’il avoit, il subdélégua l’official de Metz, qui par information trouva plus que le prince de Vaudémont n’avoit représenté; car la plupart des témoins dirent qu’ils regardoient l’abbé comme un homme sans raison, ni jugement, de peu de conduite et mauvais ménager; que l’abbaïe de Senones et ses dépendances étoient fort mal entretenues; qu’elle étoit dénuée de toutes provisions; le bled mangé en herbe; de sorte que lors de son avènement à l’abbaïe, elle étoit meilleure de cinquante mille frans; aiant dissipé le bien par son peu de prévoiance.
Le prince de Vaudémont ne fut pas content que l’évêque de Verdun n’eut pas poursuivi l’information ; mais qu’il eut subdélégué l’Official de Metz pour la continuer. Il en écrivit au pape une lettre très forte, et accusa l’evêque d’avoir
fait entendre sous main et par un tiers à FAbbé que son insuffisance trop bien reconnue, lui feroit perdre son abbaïe; mais que s’il le faisoit son coadjuteur, il avoit les moiens et le pouvoir de le maintenir; que l’abbé irrésolu et sans jugement s’etoit laissé persuader et avoit donné une procuration pour faire le Ssr. évêque son coadjuteur; que l’évêque en étant saisi, n’avoit pas passé outre, mais avoit subdélégué l’official de Metz. Je crois, ajoute le Prince, que votre Sainteté n’approuvera pas cette forme de procéder, et je la regarde comme une offense qui m’est faite, parce qu’il sembleroit que j’eusse donné ouverture à cette poursuite, pour faire tomber obliquement l’abbaïe entre les mains de mon cousin: je n’y ay jamais pensé; je serais marri que Y. S. fût dans cette croyance, et je ne pouvois pas le faire par cette voye, sans préjudicier à l’autorité régalienne et au droit que j’y ay par indivis avec mon comparsonnier au Comté de Salm, qui est luthérien, et ne le souffriroit pas, ainsi qu’il avoit fait paraître par la protestation de nullité formée de sa part aux procédures de l’official, il prie le pape de ne pas recevoir l'évêque de Verdun dans la coadjution de l’abbaïe de Senones, mais eu égard à l'insuffisance de l’abbé, d’ordonner que nouvelle élection fût faite d’un autre abbé par les religieux, comme on avoit accoutumé de tout tems, sous l’aveu et le consentement des Comtes de Salm.
Le prince écrivit d’autres lettres sur le même sujet au cardinal Aldobrandini et au Sr. de S1. Léon. Il les pria d’être ses intercesseurs afin que la coadjution n’eût pas lieu; mais que l’élection demeurât aux religieux, comme du passé, sous l’aveu et consentement des Comtes de Salm. Il écrivit encore à M. Baretti pour représenter les mêmes choses.
Les informations contre l’abbé de Senones et les lettres du prince furent portées à Rome par un courier dépêché le 22 décembre 1604.
Le pape les aiant vues prit avis des plus doctes de la Rote, qui jugèrent que l’abbé Lignarius seroit interpellé
de faire un coadjuteur, comme étant incapable de l’administration de son abbaïe et de la dignité abbatiale. L’abbé refusa de faire un coadjuteur. Ce refus aiant été mandé au pape, Sa Sainteté dit à M. Baretti d’écrire au prince de Vaudémont qu’il lui nommât un homme catholique et capable, et qu’il l’institueroit coadjuteur et administrateur du spirituel et du temporel de l’abbaïe de Senones : l’abbé ne pouvant pas être déposé sans avoir été ouï, ce qui demandoit trop de tems.
Le Sr. Terel informé de ce que le pape mandoit au prince, le supplia de choisir un de ses fils, qui étoit au collège de Pont-à-Mousson, ou aiant achevé son cours de philosophie, il étudioit aux cas de conscience. Le prince de Vaudémont y consentit sur le témoignage que les Jésuites donnèrent de la suffisante piété et religion du fils du Sr. Terel, et le pape, •rnotu proprio et ex certâ scientia , comme il est énoncé dans ses bulles, créa coadjuteur de l’abbaïe de Senones, noble François Terel, religieux à Longeville, suivant l’élection que le prieur et les religieux de Senones avoient faite de sa personne, et après sa profession administrateur du spirituel et du temporel de l’abbaïe ; ce fut le pape Paul V qui lui accorda des bulles de coadjution, cum futura suc cessione, en 1606, en vertu desquelles il fut mis en possession de la coadjutorie. Il reçut l’ordre de la prêtrise et fit profession selon les statuts et coutumes du monastère de Senones, le 9 novembre de cette année, entre les mains de l’official, en vertu d’un induit particulier; et l’évêque de Toul, par ordre exprès de Sa Sainteté, contenu dans les lettres apostoliques de coadjution et administration, avoit crée une pension de 3.000 francs bar rois en faveur de l’Abbé Lignarius.
Dom François Terel avoit pris l’habit de religieux dans le monastère de Longeville, mais il n’avoit pas encore fait ses voeux solemnels; c’est pourquoy François Thierry, qui en étoit abbé lui donna une permission par écrit, le 19 septembre 1606, de passer au monastère de Senones, et il y fit profession, comme nous avons dit, le 9e de novembre suivant.
Les prieur et religieux de Senones le reconnurent pour coadjuteur et administrateur de leur abbaïe. En effet, c’etoit eux qui l’avoient élu à cette dignité, et lorsqu’il en prit possession, le 18 novembre, ils lui firent promettre :
Qu’il se feroit promouvoir à la prêtrise le plutôt qu’il pourroit. Qu’il résideroit à Senones, vivant en paix avec ses religieux comme un bon père avec ses enfants, et promettoient de le respecter. Qu’il entretiendroit ses religieux
comme d’ancienneté, et les laisseroit vivre comme ils
avoient appris dans les années de probation. Que dans un an pour tout délai il représenteroit à Sa Sainteté la forme de vivre observée de tems immémorial dans le monastère, et la feroit autoriser et approuver, autant que faire se pourroit. Qu’il tiendroit irrévocablement l’accord passé entre D. Jean Lignarius leur abbé, et eux, le 3 Octobre 1602, confirmé depuis par le pape Clément VIII, pour faire jouir les religieux des biens à eux cédés par cet accord.
Qu’il ne dérogeroit pas à l’ancien bien qui leur appartenoit de toute ancienneté, et n’étoit pas compris dans l’accord. Qu’il donneroit communication à ses religieux des affaires concernant le domaine et les dépendances du monastère ; et y procéderoit avec leur avis. Qu’il ne recevroit à profession aucun gentilhomme, noble, difforme, illégitime, ou aiant quelque défaut naturel.
Qu’il ne poarvoiroit des prieurés ruraux et des autres charges et offices tant de dedans que dehors le monastère, que des religieux de Senones, et ce par élection des conventuels. Et comme l’élection qu’ils avoient faite de lui étoit personnelle et particulière à lui, ils entendoient qu’il ne la pourroit céder ni transporter à autre, ni se faire un coadjuteur et successeur à l’avenir que par élection et le commun consentement des religieux.
Qu’il ne passeroit pas des admodiations générales et à longues années du revenu du monastère ou de ses dépendances conjointement ou séparément. Qu’il solliciteroit par toutes les meilleures voyes la réunion des prieurés, et des autres rentes et droits distraits de leur maison, conformé-
ment aux titres et instrumens qu’il en trouveroit. Qu’il tâcheroit de méliorer et augmenter les biens du monastère. Enfin, ils le prioient d’affecter au couvent la thrésorerie, afin que cet office fut observé plus soigneusement, parce que chacun y auroit égard.
D. François Terel fit signifier au Sr. Abbé l’acte de sa profession le 16 novembre, avec nouvelle défense, en vertu du procès fulminé, de ne plus s’ingérer dans l’administration de l’abbaïe, ni de lever aucune rente.
Les bulles du dit François Terel furent aussi intimées en chapitre le 18 Aoust 1606. L’abbé n’y fit point d’autre réponse que d’en demander copie : ce qui lui fut accordé.
Incontinent après, il dépêcha à Rome un messager, et vendit pour les frais, la bergerie de l’abbaïe. Le messager rapporta en diligence une citation du 9 septembre de l’auditeur des causes ordinaires de Sa Sainteté, portant défense à D. François Terel de le troubler, comme il faisoit, sans savoir à quel droit selon l’exposé de l’abbé, dans la jouissance de l’abbaïe, sous les peines portées dans la citation.
Au commencement de novembre, l’abbé fit. intimer la citation à l’official de Toul et au coadjuteur. Mais voiant ce qui s’étoit passé, et que défense avoit été faite à l’admodiateur de Léomont de délivrer à l’avenir les rentes du prieuré au Sr. Abbé, il présenta requête au duc de Lorraine pour être maintenu en la possession du prieuré et de ses rentes ; il obtint un arrêt de son conseil du 13 décembre 1606, qui empêchoit le coadjuteur de prendre possession dudit prieuré. Il en obtint pourtant la permission le 26 février 1607, sur laquelle il se plaignit que l’abbé avoit fait emporter une partie des grains et revenus de Léomont. Assignation fut donnée aux parties au 17 mars, à laquelle le coadjuteur comparut, et remontra que n’étant pas seulement question de l'octroy d’une main levée, mais encore de restitution de fruits, cette action étoit purement personnelle, à raison de quoi il auroit décliné et requis d’être renvoié par devant son juge ecclésiastique ; vu même que la difficulté étoit entre deux personnes ecclésiastiques et religieuses.
Affaire deD.
Lignarius contre Franc ois Terel, 160(5, etc.
De sorte que par arrêt du 23 mars, le coadjuteur fut débouté de son renvoy et contraint de procéder audit conseil.
Le coadjuteur, pour remédier, disoit il, au mauvais ménage de l’abbé, voulut rompre les baux qu’il avoit faits à ses frères et à ses parens, suivant le pouvoir qu’il avoit d’affermer; mais il en fut débouté tant au bailliage de Nancy, qu’au conseil de S. A.
Pendant ces poursuites devant S. A., l'abbé voiant qu’on avoit aussi fait défense à l’administrateur du Moniet, dans le temporel de l'évêché de Metz, de rien payer au Sr. abbé des revenus ‘du prieuré, présenta requête au cardinal de Lorraine, évêque de Metz, et obtint un arrêt du 26 novembre 1606, par lequel le S£r. évêque déclara nulle la défense, et ordonna à ses officiers de ne permettre aucun exploit ou mandement de justice être fait en aucun lieu de sa juridiction, sans sa permission expresse, ou de ses officiers; et maintint l’abbé en la jouissance des revenus étant dans son évêché.
En vertu de ce décret, le Sr. Abbé demeura au Moniet jusqu’au 3 mars 1607, que le cardinal permit au coadjuteur d’y entrer. Mais l’abbé, par un deuxième arrêt du 7 mars, donné par le cardinal, se fit adjuger tous les fruits et revenus du Moniet échus et perçus jusqu’au 3 mars, que le coadjuteur y entra. Il s’adressa aussi au comte Rhingraff, pour être maintenu en la possession du chef de son abbaïe et des autres biens en dépendans.
Il seroit trop long de rapporter tout le détail de ce procès, qui a été plaidé à Rome et dans le pays pendant six ou sept ans. Je dirai seulement que le 2 janvier 1610, Dom François Terei qui plaidoit encore à Rome contre l’Abbé Lignarius, in sacro Palatii apostolici auditorio coram R. P. D. Francisco Sarato , passa un acte par lequel il renonçoit entre les mains de Sa Sainteté à la coadjutorie du monastère de Senones et à la future succession, en faveur du prince Charles, fils du prince François de Lorraine, marquis d’Hattonchatel, comte de Vaudémont, Clermont et Salm. Ce prince n’avoit encore que sept ans ; il avoit accès
et entrée à l’évêché de Toul. Tous les revenus de l’abbaïe de Belchamp lui étoient réservés, excepté cent écus pour la pension de l’Abbé. Il avoit une pension de 3000 frans sur les revenus de la Primatiale et du prieuré de N. Dame de Nancy, et de mille écus sur les fruits de la mense épiscopale de Toul.
Dans cet acte (*), François Terel demandoit une pension annuelle sur les revenus de l’abbaïe de Senones, ou plutôt sur le prieuré de S4. Michel de Léomont; ou bien s’il plaisoit à Sa Sainteté, eu égard aux grandes dépenses qu’il avoit faites, lui assigner pour pension tous les fruits dudit prieuré. Cet acte a été sans effet. Car l’abbé Lignarius, qui depuis quelques années étoit à Rome pour se justifier, obtint une sentence de la Rote, qui contenoit son absolution et la condamnation de son adversaire. La bulle de son rétablissement est du 17 aoust 1611. Elle porte qu’après que D. François Terel avoit été fait coadjuteur, l’abbé Lignarius s’étoit souvent plaint de la nullité du procès, de la subreption et obreption des lettres apostoliques de cette coadjutorie et du préjudice qu’elle lui avoit porté ; que l’auditeur des causes du Sacré Palais aiant eu commission d’examiner toute cette affaire, plusieurs doutes ou cas de conscience avoient été proposés dans l’auditoire des causes du palais, et toutes résolues en faveur de l’abbé Lignarius contre François Terel; que l’auditeur avoit procédé dans cette cause jusqu’à sa conclusion, et que s’il venoit à proférer une sentence conforme aux décisions des doutes et en faveur de cet Abbé et que dom François Terel en interjettât appel, il y auroit à craindre que ce procès poussé avec de grandes dépenses depuis plusieurs années, ne fût prolongé plus longtems, au grand préjudice du monastère de Senones et des parties plaidantes . <m Nos pro debito praefa-
« tam et quascumque alias causas super eisdem praemis-
(1) C’est l’acte dont parle le parag. pre'cédent, passe le 2 janvier 1610, et par lequel D. F. Terel renonce à la coadjutorie du monastère de Senones.
J}. Iiignarius rétabli dans son Abbaie.
« sis , quomodolibet introductus ad nos avocavimus, et « penitus extinximus, atque annulavimus, ipsisque colliti- « gantibus perpetuum desuper sïlentium interposuimus , « insuperque dictum Joannem abbatem contra et adversus <s constitutionem et deputationem ipsuis Francisci Terelli cc in ejus coadjutorem , ut praefertur, factas , in pristinum « et cum in quo antiquum dictae litterae emanarent , quo - « modo libet erat , statum restituimus , etc. . .
Ainsi par cette bulle D. Jean Lignarius fut rétabli dans ses anciens droits ; toutes les procédures faites contre lui en Lorraine furent cassées, et son adversaire débouté de son office et condamné aux dépens du procès, et à la restitution des fruits.
Plusieurs croioient que l’abbé ainsi victorieux retourneroit chez lui, mais ils se trompèrent ; il resta à Rome, et ce fut pendant ce long séjour que la réforme (*) fut introduite dans son abbaïe en 1618, comme nous le dirons ci-après.
Il y avoit déjà du tems que les religieux de Senones appréhendoient la réforme, et dans le traité qu’ils avoient fait avec François Terel en 1606, lorsqu’il eût recû ses bulles de coadjuteur, le 4e article portoit que dans un an au plus tard le coadjuteur représenteroit à Sa Sainteté « la forme de vie de tems immémorial observée dans le monastère, et la feroit approuver autant que faire se pourroit. » Le 6 may suivant, ils firent une protestation par écrit par devant le cardinal-légat, que les gardes posées dans leur monastère y étoient par ordre du Sr. Débets intendant des affaires de Msr. le Rhingrave, qui comme protecteur de l’abbaïe vouloit empêcher l’introduction des réformés et qu’aucune nouveauté ne s’y lit; qu’autrefois ils avoient passé une promesse signée d’eux tous, que leur prieur avoit eue en main, portant qu’ils ne vouloient subir aucune réforme que celle qu’ils avoient apprise, vue et entendue en leur annee de probation ; à moins que la dite réforme ne
(1) Or» lira à l’article suivant, le bref concernant l’introduction de la réforme de la congrégati n et de la règle dans l’abbaye de Senones.
vînt de Sa Sainteté, et ne fut généralement observée par toutes les maisons de l’ordre de S. Benoit.
En 1612, le pape Paul Y, donna un bref de commission en datte du 16 may, à M£r. de Maillane, évêque de Toul, pour introduire la réforme dans le monastère de Senones. Voici ce bref :
« Paulus P, P. V. venerabilis Frater , salutem et Aposto - « licam benedictionem. Alias pro nostro pastoralis officii « debito reformationi ordinis S. Benedicti in Lotharingiae « et Barri Ducatibus invigilantes, Senone. Carolo , dum « vixit, B. Agaihae diacono Card. à Lotliaringia nuncupato « nostro et Apostolicae sedis in Ducatibus praedictis de la- « tere Legato, per alias nostras in simili forma brevis litte- « ras injunximus quatenus per se, vel vicarios suos, cum <a aliquibus monachis professionis et reformationis Cassi- « nensibus Monasteria omnia non reformata, et Prioratus « infra limites suae legationis consistentia, nostra autoritate « visitaret et sciret an in eorum singulis debitus monacho- « rum numerus adesset. Quod si hujusmodi numerum tam « in Monasteriis , quàm Prioratïbus praefatis non reperiret, cc eorum singulis tantum assignaret monachorum numerum , « quantum commode posset sustentari ; necnon in Monastère riis et Prioratïbus in quibus debitus numerus non reperi- « retur , statim alios ex aliis monasteriis evocando numerum « compleret , iisque praeciperet in virtute sanctae obedientiae « ut sine mora sese transferrent ad monasteria vel Priora - « tus sibi designatos non obstante quovis voto stabilitatis , « quod se fuisse pretendere possent . Super quo idem Caro- « lus dispemare posset. Si autem aliqua Monasteria evacua- « rentur, in illis introducere novas plantas quae juxta Sedis « Apostolicae ac S. Benedicti eorumdem locorum fundato - « rum intentionem irrigarentur ; iisque Regulam ipsam et « Constitutiones juxta reformationes congregationum , et « potissimum Montis Cassinensis , observandus à variis Pon- « tificibus Bom. et praesertim, felic. record. Gregorii Papae « XIII, praedecessoribus nostris approbatas proponeret, « aliaque faceret et exequeretur prout in dictis litteris ple-
Bref pour la réforme de l’Abhaie de Senones.
« nius continetur. Ac subinde per illos accepto quod dictus a Carolus cardinalis praeventus morte, susceptum àb eo <t visitationis munus fide debito terminare non potuerat , et a multa quae in dictis litteris mandavimus executioni deçà mandata non erant , nos motu proprio et ex certa scientiâ a nostrâ, ac de Apostolicâ potestatis plenitudine primo ve- « nerabili fratri Errico Episcopo nuper Virdun. Per quas tt dam ... ut adjunctis sibi aliquot personis moribus , docat trinâ et experientiâ conspicuis, ad totalem primo dictarum tt litterarum executionem in civitate tamen Virdunensi et a provinciis Lotharingiae B. mem. Carolo Lotharingiae tt Duci subjectis dumtaxat, servatâ alias in omnibus primoa dictarum litterarum forma et deindè factâ per dictum a Erricum Episcopum cessione regiminis et administrait tione dictae Ecclcsiae, fraternitati tuae per alias nostras « litteras commisimus et mandavimus , ut ad totalem pritt modictarum litterarum executionem juxtà tamen postea riorem litterarum nostrarum dicto Errico Episcopo directe tarum tenorem , et servatâ aliàs , prout in singulis litteris « praefatis plenius continetur. Cum autem sicut nobis nuit per exponi fecisti, ad totalem litterarum praefatarum a executionem juxtà earum formam et facultatem tibi in
« eis concessam Monasterium vero S. Pétri Senonensis
tt ejusdem ordinis, nullius seu Tullensis diœcesis, quod non a in ducatu Lotharingiae, sed in comitatu de Salm dictae <k nullius seu Tullensis dioecesis situm existit , reformait tione indigent. Nos illius felici gubernio prospicere voit lentes , eidem fraternitati tuae , ut tanquam noster et Se - « dis praefatae delegatus , Monasterium S. Pétri praefatum a tam in capite, quam in membris juxtà dictarum littera- « rum ipsi Episcopo Errico , ei tibi aliàs directarum, contia nentiam et tenorem, et servatâ illarum formâ et non a aliàs , perindè ac si in dicto Ducatu situm esset, visitare tt libéré et licite possis et valeas , plenam, liberam et omni a modam facultatem et autoritatem tenore qwaesentium tt concedimus et impertimur , nonobstantibus omnibus quae a in singulis litteris praefatis voluimus nonobstare ; coete -
« risque contrariis quibuscumque. Datum Romae apud S.
('. Petrum sub annulo piscatoris, die 16 maii 1612. Pontifier catûs nostri anno septimo. S. . . Cobellutius. »
M. de Maillane ne put fulminer et mettre à exécution ce bref du Pape qu’en 4618, six ans après qu’il .l’eût reçu. Les difficultés que le comte du Rhin fit d’y donner son consentement, furent la cause de ce retard. Gela conste par une lettre du prince de Vaudémont écrite de Nancy le 24 aoust de la dite année, à M^r. de Maillane évêque de TouL
« Monsieur, j’ay fait entendre à mon cousin le comte du « Rhin, le bref que vous avez obtenu du Pape pour réfor- « mer l’abbaye de Senone. Jl répond qu’étant catholique, « comme il est, il n’empêcheroit pas non plus que moy, la « dite réforme. Mais quant à son frère, qui est de la reli- « gion prétendue réformée et autres mineurs qui ont part « comme lui au Comté de Salm, où ladite abbaye est assise « sous notre protection et autorité régalienne, il ne peut « permettre ladite réformation; d’autant qu’il en seroit « responsable envers eux pour l’intérest qu’ils y pourroient « prétendre. »
Les anciens religieux de Senones n’apportèrent pas une moindre répugnance à la réforme. Quatre d’entr’eux avoient pris l’habit de la réforme dans la congrégation de SL Vanne, et y avoient renouvellé leur profession, savoir: D. Nicolas Mathias (ou Mathis), D. Philippe Golard, D. Didier Pient, et D. Jean Errard, tous à S. Vanne, le 1er, le 7 Octobre 1603, le 2e le 23 janvier 1604, le 3e et le 4e le 21 Mars 1609. D. Philippe Golard est le même que le R. P. D. Philippe François, depuis abbé de S1. Airy, si connu par sa sainteté et par les ouvrages de piété qu’il donna au public.
L’éveque de Toul envoia à Senones le R. P. D. Claude Riquechier, prieur de SL Evre, pour porter les anciens Religieux à recevoir dans leur monastère leurs quatre confrères, qui avoient embrassé la réforme. Ils le refusèrent et écrivirent au prince de Vaudémont qu’ils ne pouvoient prendre aucune résolution sur la proposition qui leur avoit été faite par le Sr, prieur de S1. Evre, sans scavoir aupara-
vant la volonté de leur abbé qui étoit à Rome. Le prince leur récrivit de Nancy le 11 Aoust 1616, qu’il n'étoit pas question de recevoir dans leur monastère des religieux étrangers, mais des personnes qui étoient du corps de leur couvent, et n’en dévoient pas être exclus parce qu’ils en étoient sortis depuis quelques années pour apprendre la perfection de la règle de S. Benoît. Il les exhortoit à s’accomoder avec eux, et de prendre leur résolution avec le prieur de S1. Evre, qui devoit faire incessament un second voyage chez eux ; qu'ils n’avoient pas besoin d’attendre le consentement et la permission de leur abbé, pour recevoir dans leur monastère des gens de bien, leurs confrères et enfans de la maison, puisqu’on lui avoit remontré que la régie les obligeoit même à ouvrir leurs portes jusqu’à trois fois aux apostats, sans aucune délibération ni remise. Outre que vous ferez, dit-il, une oeuvre pleine de mérite envers Dieu, vous me donnerez une occasion d’embrasser d’un meilleur coeur la protection de votre monastère, etc. . .
Les choses restèrent encore dans cet état pendant deux ans. L’abbé, qui étoit à Rome, refusa de consentir à l’introduction des réformés, et même présenta une supplique le 23 février 1616, contre les anciens religieux pour faire casser le traité de la séparation de mense de 1602, sous prétexte qu’ils ne lui rendoient aucune obéissance et respect; qu'ils contrevenoient tous les jours aux conditions du susdit traité; qu’ils refusoient de recevoir les religieux ou novices qu’il envoioit; qu'ils s’approprioient les revenus à eux assignés et entretenoient à peine la moitié du nombre des religieux dont on étoit convenu, qui étoit de dix prêtres et quatre novices.
Enfin, on se lassa de ces longueurs. Le prince de Vaudémont, le 21 janvier 1618, envoia une lettre de cachet à son prévôt de Senones, dans laquelle il lui ordonnoit de ne pas empêcher, mais d’assister les Pères Bénédictins qui alloient à Senones, pour donner ouverture à la réforme du monastère. Voici la lettre de cachet :
« De par le Marquis d’Hattonchâtel, comte de Vaudé-
« mont de Salm. Amé et féal, désirant que la réforme soit « introduite dans le monastère de Senones, j’envoie le Sr.
« prieur de S1. Evre auprès des Prieur et Religieux de Se- « nones, afin qu’il leur apprenne mes intentions, et les « assiste pour traiter de la réforme avec le Président et les « Religieux de la Congrégation de S1. Vanne; et que cepen- « dant les Religieux de Senones reçoivent parmi eux les « Pères Nicolas Mathias, Didier Pient et Vincent Henri, « ancien profès de leur monastère. C’est pourquoi, Nous « vous mandons de ne pas empêcher le Sr. prieur de SL « Evre, mais de le fortifier aux occurenses à l’effet de notre « bonne intention, selon qu’il vous en requierera. Signé : « François de Lorraine. »
Le prince de Vaudémont, qui prenoit à coeur la réforme, écrivit le 27 janvier au comte du Rhin son cousin, et lui mandoit qu’on lui avoit dit que les religieux de Senones feroient quelques difficultés de recevoir en leur monastère la réforme, selon les voyes qui avoient été proposées, craignant que leur Abbé n'en prit sujet de se plaindre d'eux; qu’ils n’ avoient pas le pouvoir d’admettre par leur aveu ou consentement particulier aucune personne dans leur monastère sans sa permission, ou de quelqu’autre plus grande autorité ; que de là il étoit persuadé qu’il valoit mieux que l’évêque de Toul introduisit la réforme en vertu de son bref: en quoy, dit-il, je ne vois aucun inconvénient pour nous ; puisque le tout se fera sous le mandement ou l’autorité du Pape que tous les catholiques reconnoissent souveraine dans les affaires spirituelles. C’est pourquoi je n’ay fait aucune difficulté d’y donner mon consentement, et j’espère que vous n'en ferez aucune de donner le vôtre, pour ce qui vous touche, afin que l'éxécution d'une si bonne oeuvre ne soit pas différée plus longtems.
Le Comte du Rhin récrivit au prince de Vaudémont, qu’il désiroit que les transactions passées avec les abbés de Senones fussent ratifiées du Saint-Siège, avant que de procéder à l’introduction de la réforme. Le Prince lui manda que ce n'etoit pas une chose qui pût se faire tout d’un coup,
puisque le consentement des religieux n’y étoit pas tant requis que celui de l’Abbé, dont il connoissoit la cervelle et les irrésolutions. Il ajouta d’autres raisons et ses prières, afin de le disposer à consentir à une entreprise, qui étoit déjà bien commencée. On peut voir la lettre que le prince de Vaudémont écrivit à l’évêque de Toul en datte du 1er février 1618, où il lui fait ce détail.
Les Pères D. Nicolas Mathias, Didier Pient, Philippe Golard et Jean Errard, qui étoient profès de Senones, et avoient embrassé la réforme de S. Vanne, présentèrent leur requête aux S^rs. Comtes de Salm, leur exposant que depuis quelques années ils avoient vécu dans la congrégation des Pères réformés de leur ordre en Lorraine, afin d’y apprendre et pratiquer l’exacte observance de la discipline régulière suivant les constitutions de leur ordre, sans néanmoins avoir eu l’intention de renoncer au droit que leur réception et profession dans le monastère de Senones leur avoit acquis et donné ; mais que depuis leur retraite, le nombre des religieux nécessaires aux offices et aux charges du monastère étant si diminué, qu’il étoit besoin d’y pourvoir, eux qui avoient conservé dans leurs coeurs l’affection qu’ils dévoient à la maison où ils avoient pris l’habit de la religion qu’ils professoient, se sentoient obligés de tâcher d’y rentrer, pour y rendre le service qu’ils dévoient. Ils supplient les comtes de Salm qu’en faveur de leur bonne intention et la justice, ils ordonnent à leurs officiers de ne pas empêcher leur rétablissement dans ledit monastère de Senones, mais lorsqu’ils en seroient requis, de le favoriser, de les assister et leur faire fournir les aliments dans le monastère, auxquels la mense conventuelle étoit obligée par tacite hipothèque.
Les comtes aiant décrété cette requête et donné leur consentement à l’introduction de la réforme, le Sr. Dieudonné de Laitre, prêtre du diocèse de Toul, en vertu du mandement du Ssr. évêque, en date du onzième janvier 1618, intima le bref apostolique le 5 mars suivant aux prieur et religieux de Senones, étant tous assemblés au
réfectoire, messire François Mallans prieur claustral, Nicolas Régnault, Jean Maire, George Guny, Estienne le Mance et François Terel, tous religieux prêtres et profez du monastère, lesquels d’un consentement unanime déclarèrent qu’ils étoient enfans d’obéissance, prêts d’obéir en tout et partout, et autant que leurs infirmités pourroient permettre, au mandement de Sa Sainteté, et aux lettres des Ssrs. comtes de Salm.
D. François Terel, en qualité de coadjuteur, ajcûta qu’il avoit toujours désiré et procuré selon son pouvoir la réforme du monastère, prévoyant le grand bien qui en résulteroit par le bon exemple et la saine doctrine des Pères réformés, qui y seroient introduits, pourvû néanmoins que son droit de coadjuteur lui fût conservé, et que l’autorité des S£r£. Abbés ne fût pas altérée par cette introduction.
Le 25 Aoust de ladite année, D. François Terel aiant cédé aux religieux réformés, qui étoient alors en possession du monastère de Senones, tout le droit qu’il pourroit prétendre comme religieux de l’abbaïe, sur tous les revenus de la mense conventuelle, le P. D. Nicolas Mathias, qui a été le premier prieur de la réforme, en considération de cette cession lui accorda une pension de 600 frans barrois, pendant le tems seulement que les réformés jouiroient du bénéfice et profit de ladite cession paisiblement.
L’évêque de Toul, par acte du 12 mars de ladite année, défendit au prieur claustral et aux anciens religieux de Senones de plus recevoir à la vêture aucun novice qu’il n’embrassât la réforme, ordonnant que s’il y avoit dans le monastère quelques novices qui n’eussent pas encore fait profession, on les avertit sur le champ, ou de quitter l’habit, ou d’entrer dans un monastère réformé de Lorraine, pour y être éprouvé, et pour éprouver eux mêmes s’ils pouvoient pratiquer la réforme, et déclaroit nulle la profession qu’ils pourroient faire autrement.
Le même évêque aiant uni et incorporé, par acte du 26 mars 1618, le monastère de Senones à la Congrégation de S4. Vanne et de S4. Hydulphe, et y aiant introduit des
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Articles our les n c i e n s religieux nes. 1618.
religieux réformés de ladite congrégation, du consentement du Sr. prieur et des anciens, il prescrivit à ces derniers les règles d’une manière de vie honnête, comme il avoit déjà fait dans les autres monastères du pays de l’ordre de S1. Benoit, dans lesquels il avoit introduit la réforme par commission du Sfc. Siège. Ces articles sont au nombre de 14.
1° Les religieux anciens résidans dedans ou dehors l’abbaïe seront vêtus d’habits honnêtes, religieux et convenables à leur profession ; savoir, de robes longues et d’un scapulaire avec la gorne, lorsqu’ils se trouveront à l’église : et allant aux champs, ils porteront une soutanelle ou robe courte avec le scapulaire. De six semaines en six semaines, ils feront renouveller leurs couronnes et faire leur barbe, en sorte qu’ils soient reconnus à l’extérieur pour religieux.
2° Les clefs des portes du cloitre seront entre les mains du prieur claustral, ou en son absence du plus ancien des religieux, pour ouvrir et fermer lesd. portes aux tems et heures convenables. Les Religx. ne pouront sortir et aller promener sans permission du Supérieur et à charge de retourner aux heures auxquelles ils doivent assister à l’office divin; ne fréquenteront (i) aucunes compagnies et hantises scandaleuses, et ne se trouveront point dans les festins de noces ou de batême, et ne tiendront point d’enfans sur les fonts.
3° Ils auront chacun le pouvoir de percevoir les fruits et revenus de leur pension, pour les emploier à se nourrir et entretenir, sans se les approprier.
4° Ils rendront l’honneur et l’obéissance à leurs supérieurs dont ils subiront la correction, si le cas y échoit. Jouiront néanmoins du privilège de leur confraternité, avec les deux abbaïes voisines.
5° Ils tiendront leurs chambres meublées de peintures honnêtes et d’images dévotes et de livres de doctrine et de dévotion. Emploieront tous les jours quelque tems à la
(i) Les pages 3G7 et 3G8 manquent dans le manuscrit de Saint-Dié.
lecture, afin de se rendre capables de leur vocation et de parvenir à la perfection religieuse.
6° Ils assisteront aux chapitres et assemblées qui se feront tous les quinze jours, où après avoir traité de leurs affaires temporelles, il y sera fait quelque exhortation selon la discrétion du Supérieur, pour le bien spirituel et le salut des âmes. Dans les autres chapitres extraordinaires, on suivra les coutumes anciennes.
7° Ils diront leurs heures selon l’usage du bréviaire monastique réformé; suivront le chant des réformés. En tout lieu et en tout tems le prieur après l’abbé aura le premier rang et les anciens religieux après, comme du passé. Les réformés seront les derniers tant aux processions et dans l’église qu’ailleurs.
8° Ils assisteront tous les jours à la grande messe et aux vêpres. Les matines seront à leur dévotion; mais ils se trouveront à toutes les heures ès jours de Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, Fête-Dieu, S. Pierre, la Toussaint, S. Siméon, S. Benoit, la Dédicace et les fêtes de N. Dame ; continuant dans la louable coutume qu’ils ont de fréquenter souvent le sacrement de Pénitence et de dire la messe.
9° Ils feront pour le service de l’église et des messes ordinaires et de fondation, suivant ce qui a été par nous réglé et ordonné dans les articles de l’introduction de la réforme.
10° Assisteront autant qu’ils pourront au saint service, acquittant les messes ordonnées pour les Confrères cle Senones et des abbaïes voisines.
11° Diront chaque mois une messe à l’intention des bienfaiteurs, et une fois l’office des morts.
12° S’abstiendront de manger de la viande pendant l’Avent, toué les mercredis de l’année, et les vigiles de la Ste. Vierge.
13° Ils n’iront pas aux champs sans la permission du supérieur, et reviendront au monastère dans le tems qui leur aura été ordonné.
14° Lorsqu’ils tomberont malades, le supérieur y pour-
Articles pour les reli gieux anciens et les réformés de Senones.
voira promptement tant pour leur santé spirituelle que pour celle du corps, et donnera ordre qu’ils soient soulagés selon leur besoin.
Tels furent les articles proposés aux anciens Religx. de Senones. Les anciens religieux n’aiant pû se résoudre à embrasser la réforme, témoignèrent que pour la vie honnête qu’on leur proposoit, ils étoient prêts de l’embrasser et de s’y conformer. Et d’autant que le nombre ordinaire des religieux de Tabbaïe est fixé par les traités passés avec les abbés, à dix prêtres et quatre novices, et que pour le présent ils ne sont que sept prêtres et deux novices, ils consentent que l’on introduise dans le monastère le nombre de religieux réformés qui pourra être nourri et entretenu des prébendes des trois prêtres et des deux novices qui manquent au nombre prescrit, avec lesquels les anciens religieux ne feront qu’un corps de communauté pour traiter les affaires tant spirituelles que temporelles dudit monastère aux conditions et modifications suivantes:
1° Que les religieux réformés incontinent après leur introduction, seront chargés de la célébration de tout l’office divin ; célébreront toutes les messes hautes et conventuelles, de même que celle qui se dit tous les jours à l’autel de S1. Siméon, et celle des frères qui se dit tous les lundis et la messe de la Passion, qui se dit tous les vendredis, et enfin les fondations faites au monastère, moyennant les conditions desd. fondaôns ; mais les Anciens demeureront chargés des messes de N. D. et de S1. Pierre, qu’ils acquitteront chacun à leur tour.
2° Les anciens assisteront à la messe et aux vêpres et se conformeront au chant et au bréviaire monastique, mais les matines et les autres heures du jour demeureront à leur dévotion.
3° L’introduction de la réforme ne poura porter préjudice aux droits, privilèges, immunités, autorités du Seigr. Abbé, ni à celles des Abbés ses successeurs,
4° Non plus qu’au droit de coadjution du Sr. François Térel, lequel a jugé l’introduction de la réforme très utile
, pour le bien et l’avancement spirituel non seulement dud. monastère, mais aussi pour tout le comté de Salm qui, par la bonne vie et salutaire doctrine de ses Religieux, pourra être garanti de l'héresie et préservé de la corruption des moeurs.
5° Les anciens seront gouvernés par le Sr. Prieur en l’ab- ssence du Seigr. Abbé, conformément aux articles de la vie honnête auxquels ils se sont soumis ; jouiront des privilèges, droits et immunités des religieux réformés de la congrégation de S1. Vanne ; participeront tant à la vie qu’à la mort aux prières, sacrifices, mérites et bonnes oeuvres qui se feront dans lad. congrégation et pouront, s’ils le jugent à propos, envoyer leurs députés au chapitre général.
6° Les rentes et revenus du monastère se partageront en 6dix portions égales, sept desquelles demeureront aux anciens religieux et les trois autres seront pour les réformés.
7° Et comme il n’y avoit alors aucun religieux résidant au Prieuré du Moniet, il fut convenu que celui ou ceux qui voudroient y aller faire résidence, le pouroient faire en acquittant les charges et jouissant cependant de leurs cottes du revenu du monastère.
8° Ceux qui voudront aller étudier aux universités, rece- s. vront cinq cent frans par an, sans être obligé à aucune charge ordinaire ou extraordinaire du monastère, à moins qu’il n’y arrive une perte excédant la somme de 200. frans, auquel cas ils fourniront à lad. perte selon leur cotte et pour le dixiéme.
9° Si un ancien religieux est pourveu d’un Prieuré où o. autre bénéfice égalant où excédant la valeur de sa portion monacale, il sera obligé après an et jour de possession paisible, d’abandonner aux Religieux réformés sa portion monacale et sera dès lors déchargé de tout service et de toute charge du monastère.
10° Si le bénéfice étoit de moindre valeur que sa portion io. monacale, les réformés seroient tenus de lui donner autant qu’il faudra pour égaler la valeur dud. bénéfice, à celle de sa portion où prébende ordinaire.
n- 11° A mesure que les portions des anciens viendront à
vaquer, soit par mort, provision de bénéfice, libre cession où autrement, lesd. portions reviendront aux réformés qui seront obligés alors d’accroitre le nombre de leurs religieux, en déchargeant d’autant les anciens des charges du service divin et autres charges ; et encore à condition que le revenu courant de l’année dud. Religieux décédé sera employé à payer ses dettes, s’il en a, et à faire prier pour lui.