Les réformés jouiront dès le jour de leur entrée, de
tous les revenus de la trésorerie, par la libre cession qui leur en a été faite par Messire François Mallan sacristain, et porteront aussi les charges auxquelles le d. Sr. thrésorier étoit auparavant obligé.
i3. 13° L’usage des meubles, joiaux, argenterie, ornements
d’Eglise et livres de la Biblioteque sera commun aux anciens et aux réformés. Mais ceux-ci en recevront la garde par inventaire, pour en rendre compte quand ils en seront requis. 44. 14° Les religieux réformés auront pour demeure la moitié
du dortoir, depuis le dessus de l’escalier dud. dortoir jusqu’à la fenetre proche la Bibliotéque, et l’on fera une séparation en planche pour partager led. dortoir, is. 15° Et comme les anciens ne peuvent encore se passer du
réfectoir et de la cuisine ordinaire, les réformés auront pour leur usage le logis appelé l’infirmerie, à condition que la Chambre d’en haut sera pour l’usage de Mr. le coadjuteur quand il sera au monastère seulement. Le grand jardin qui est derrière ledit logis sera aux réformés, mais la moitié des fruits sera réservée aux anciens. L’usage du four demeurera commun aux uns et aux autres.
16 16° Les Religieux tant anciens que réformés résidans au
monastère, formeront et représenteront le Chapitre de Senones, et traiteront et arrêteront les affaires concernant Futilité du monastère; toutefois dans les cas d’election d’Abbé et passation de baux, à plus longues années que les SS. canons ne le permettent, on sera obligé d’appeller les Religieux résidans au dehors dans les prieurés dépendans du monastère.
17° Les titres de l’archive seront gardés sous 3. clefs, ainsi qu’il a été ci devant arrêté entre le Sr. Abbé et les religieux.
18° Il ne sera permis à Mr. le Prieur des anciens de recevoir à l’avenir aucun Novice ni à l’habit ni à la profession, sous peine de nullité, à moins que ledit novice ne veuille vivre suivant l’étroite observance.
19° Et comme les deux Novices qui se trouvent actuellement au Noviciat ont promis de vivre selon ladite étroite observance, il leur a été accordé qu’ils seront reçus au Noviciat.
20° Tous ces articles, charges, conditions et modifications ayant été agréées des deux parties et les anciens ayant promis de recevoir sous ces conditions les réformés dans le terme de 15 jours, et les réformés s’étant engagés de faire ratifier et confirmer toutes ces choses par Monseigr. l’Evéque de Toul commissaire apostolique, on en dressa un acte autentique le 18. Mars 1618.
En conséquence de cet accord, Mr. Jean de Porcelet de Maillane Evêque de Toul, délégué du pape Paul V., agréa les articles dont nous avons parlé et donna scs patentes pour l’introduction des Religieux réformés dans l’Abbaïe de Senones le 26. mars 1618. rappelant tous les articles ci dessus rapportés, y ajoutant seulement certaines explications pour plus grand éclaircissement, notifia qu’il unissoit et associoit le monastère de Senones à la Congrégation de Sh Vanne et S. Hidulphe, et déclarant les anciens participant de tous les mérites et bonnes oeuvres qui se font et feront en lad. congrégation.
Alors (a) les quatre Religieux profés de l’abbaye de Senones, scavoir Dom Nicolas Mathis, Didier Pient, Philippe Colart ( b ) et Jean Evrard, qui depuis quelques années avoient quitté leur monastère pour vivre selon la réforme de S1. Vanne, demandèrent et obtinrent la permission de rentrer dans le lieu de leur profession et ce par une requeste présentée aux Seigneurs Comtes de Salm.
Les Seigrs. Comtes de Salm qui favorisoient cette intro-
M. de Maillane Evéq.
de Toul, fait entrer les Religieux réformés dans Senones.
(a) En 1618.
(h) C’est D. Philippe François, depuis Abbé de S1. Airy de Verdun.
Les Sr8 Comtes de Salm
demandent au C h a p .
gral que les Religx* de Senones s’engagent de nesepourvoir contre les anci e n n e s trans actions.
L’Abbé Ligna r i u s s’oppose à la réforme introduite à Senones.
duction, craignant que dans la suite les Religx. réformés ne se pourveussent contre les transactions passées entre eux et les Abbés de Senones, demandèrent que le Chapitre gal qui se devoit tenir à S. Mansuy le 7. Mai 1618. donnât un acte, par lequel il déclarât que les Religx. de la Congrég. de S. Vanne et S. Hidulphe nouvelleml. introduits au monastère de Senones, y sont établis pour jouir seulem A des alimens établis aux Religx. par la mense , qui d’autoi ité apostolique leur a été séparée de V abbatiale, sans qu'en façon que ce soit , ils se veuillent où doivent ingérer pour trouver à redire où disputer les transactions ci devant passées entre les d. SeigTS. Comtes et les Srs. Abbés de Senones. Ce qui fut effectivement déclaré par le Chapitre général; mais ni le Seigr. Abbé qui etoit à Rome, ni les anciens qui formoient la plus grande partie de la communauté, ni même les Religx. particuliers réformés de Senones, ne donnèrent point d’acte pareil. Il n’en est rien dit dans les lettres patentes de l’introduction de la réforme, et jusqu’ici on n’a eu aucun égard à cet acte du Chap. gal, qui ne pouvoit de son autorité déroger aux droits de l’Abbé et de l’Abbaye de Senones; la réforme y ayant été introduite non pour détruire et abolir, mais pour soutenir et affermir ses droits et privilèges.
D’un autre coté, l’Abbé Lignarius qui étoit à Rome, piqué de ce que l’on avoit mis la réforme dans son abbaye sans sa parti cipaôn et surtout que les religieux réformés eussent reconnu François Térel son antagoniste, pour vrai coadjuteur, présenta sa supplique au Pape en i619. se plaignant de certains Religieux réformés, qui s’étoient emparés de son monastère et avoient permis aux anciens d’en sortir et de vivre en vagabonds et sans discipline, priant Sa Sainteté de faire juger sommairem1. cette affaire.
Il obtint un décret le 10. Janv. 1620. qui l’autorisoit à renvoyer les Religx. réformés qui s’etoient sans aucune permission introduits dans son monastère, et d’y faire rentrer les anciens qui en étoient sortis; mais comme on n’avoit point ouï les raisons des deffendeurs, il intervint un
autre jugement le 12. Juin et 24. Nov. 1621. qui maintient les Religx. réformés dans la possession du monastère de Senones; on produisit même un acte de consentent, de l’Abbé Lignarius par lequel il se soumettoit à la Congrégâon de S1 * * 4. Vanne et S. Hidulphe. Et en effet dès l’an 1606. ne pouvant réussir à introduire la réforme dans l’abbaye de Senones, il offrit à la Gongrégaôn son prieuré de Léomont, corne nous l’avons vu, pour y vivre suivant les régies de l’étroite observance, à la tête d’une communauté de Religieux réformés, auxquels il prioit que l’on assignat les revenus de la mense conventuelle de Senones, s’offrant de donner aux anciens une portion des biens de leur mense, qu'ils iroient consumer où ils jugeroient à propos. Il paroit qu’alors il s’etoit absenté de son Abbaye pour se soustraire aux insultes et aux mauvais traitemens qu’il craignoit de ses Religieux.
Nous avons veu que vers l’an 1550, les Comtes de Salm avoient embrassé les erreurs de Luther. Le Comte Philippe de Salm étant à Rome en 1591, avec le cardinal de Lorraine, abjura le Luthéranisme dont il faisoit profession. A son retour en Lorraine, il chassa tous les hérétiques qui se trouvèrent dans son Comté de Salm. Mais il est malaisé de déraciner si promptement cette mauvaise semence lorsqu’elle a pris racine dans un pays. L’hérésie n’en fut entièrement bannie que longtems après.
Le prince de Vaudémont, connu depuis sous le nom de François II, duc de Lorraine, et père du duc Charles IV, avoit épousé en 1597, Christine de Salm qui lui apporta la moitié de la terre de Salm en mariage. Ce prince mit tous ses soins à bannir entièrement de la portion du comté de Salm qui lui étoit eschuë les restes de l’hérésie, et résolut
(1) Cet article est barre' par D. Calmet, qui renvoie, par des mentions écrites de sa main, à des feuillets dont on aperçoit encore la trace en marge du manuscrit, mais qui ont été arrachés ; on voit les marques de la
colle qui retenait ces pages volantes, mais le texte manque. Pour re-
constituer cet article selon les vues de l’auteur, j’aurai recours au ma-
nuscrit d’Epinal.
ütab 1 î s sèment d’un vicaire ap ost o lique dans les terres de Salm.
d’y faire établir un vicaire apostolique, pour veiller à la conservation de la religion catholique, arracher les restes de l'hérésie et en empêcher le progrès.
J’ay en main un mandat impérial de l’empereur Ferdinand II, donné à Vienne le 28 novembre 1624, de ses règnes des Romains le 6e., de Hongrie le 7e., de Bohême le 8e., qui ordonne à son amé et féal (apparemment le comte François de Vau démont) d'exterminer du comté de Salm, dont il possède une partie, la secte et schisme de Calvin, afin que la vraie foy et religion catholique y soit introduite, plantée et maintenue.
Pour cet effet, le comte de Vaudémont demanda au Pape qu’il lui plût établir un vicaire apostolique dans le Comté de Salm, attendu qu’une partie de cette terre est dans le territoire de l’abbaïe de Senones, qui est exempte de la jurisdiction épiscopale de M?r l’évêque de Toul et soumise immédiatement au S1. Siège. Le pape accorda la grâce en 1618. Je ne trouve pas le nom du premier vicaire apostolique ; mais on a des lettres de M. le comte de Salm au R. P. Dom Hyppolyte Boban qui étoit prieur de Senones en 1626, par lesquelles il le prie de prendre la charge de vicaire apostolique pour tout le comté de Salm, sous M. l’abbé de Haute-Seille. A ce premier vicaire apostolique succéda un autre abbé de la même abbaïe nommé Bernard qui, en 1634, fit la visite du comté de Salm, accompagné de D. Hippolyte Boban, prieur de Senones, son associé dans la dite visite; et y firent ensemble des ordonnances que nous avons encore.
On lit dans la Vie du B. Pierre Fourier, qu’en 1625, l’hérésie de Calvin faisoit de très grands ravages dans la terre de Salm ; l’erreur et le libertinage y triomphoient ; les jeûnes ecclésiastiques et l’abstinence y étoient méprisés, la fréquentation des sacremens interrompue, les ecclésiastiques et les pasteurs chassés ou pervertis. Dans ce désordre, le P. Fourier se rend à Badonviller, et par ses prédications rappelle le peuple à son devoir et le tire de l’erreur. La maison curiale étoit renversée, les principaux bourgeois
obstinés dans leur révolte; il les ramène doucement au giron de l’Eglise et fait rétablir la maison curiale, et rendre les biens ecclésiastiques que Ton avoit usurpés. Les ministres protestans qui voulurent entrer en dispute avec lui, furent confondus par la force de ses raisons et obligés de rendre un témoignage avantageux à son mérite, à son zélé, à sa doctrine et à sa vertu.
Philippe de Lignéville-Tantonville, grand-prévot de S4. Diez, fut nommé au vicariat apostolique vers l’an 1635, et fut vicaire apostolique jusqu’à sa mort arrivée en 1646. Puis Didier de Perpignan, doyen et chanoine de S1. Gengoû de Toul, qui a été vicaire apostolique jusque vers l’an 1672.
En 1661, le Sr. Huel curé de Badonviller, comme official du vicaire apostolique de la terre de Salm, aiant commis diverses entreprises et voies de fait, pour se faire donner entrée dans les églises des paroisses du Val de Senones, les religieux de cette abbaïe s’y opposèrent en qualité de grands-vicaires du prince Charles de Lorraine, pour lors abbé de Senones, et présentèrent leur requête au duc Charles IV, qui ordonna à ses officiers et à tous autres de donner main forte aux religieux pour repousser la violence, le cas échéant, et les laisser jouir de leur jurisdiction spirituelle sur les paroisses du dit Val.
J’ay en main une lettre originale de Mr. Platel résidant à Rome avec Mr. Y abbé de Jandeure prémontré, de la part de S. A. de Lorraine, en datte du 7 février 1665, par laquelle il témoigne, qu’il est chargé de travailler à l’établissement d’un vicariat apostoliquè. Mais il ne marque pas l’endroit où le duc souhaitoit qu’on établît ce vicariat apostolique. Il demande d’en etre instruit d’une manière distincte; si c’est dans un comté ou un marquisat, sous combien de bailliages, quels sont les princes voisins, sous quels évèchez ou archevêchez; s’il y a contestation entre le métropolitain.
La date de cette lettre fait juger qu’il ne s’agit pas de l’érection d’un nouveau vicariat apostolique dans les villages du district de Senones, et de la dépendance de Badonviller et du comté de Salm ; mais de la confirmation et autorisation
dudit vicariat établi depuis longtemps. Ou peut être qu’il s’agit de l’érection d’un vicariat apostolique dans la principauté de Lixin, Bouquenom et dépendances, où l’on en établit un, de même que dans la dépendance de l’abbaïe de Senones. La datte de l’an 1665 favorise ma conjecture : car en cette année, le vicariat apostolique de la terre de Salm subsistoit depuis longtems.
En 1668, le duc Charles IV fit défense expresse au Sr. Jean Huël , curé de Badonvïller, soit disant official au vicariat apostolique du Comté de Salm , de prendre ni d’exercer la qualité d’official en aucun endroit dudit Comté , ni sur aucune personne de quelque condition elle puisse être, résidente en icelui, avant que d avoir fait paroître du pouvoir qu’il en a , et de celui qui Va établi ; et que les bulles ou bref, si aucun y en a , soit enregistré en la cour souveraine de Lorraine; étant pareillement défendu à tous curés , vicaires, prêtres et autres personnes ecclésiastiques et séculières du dit comté de reconnaître , déférer ni obéir à aucun ordre , mandat , ni rescrit dudit Huël en qualité d’official qu’il s’attribue. Donné à Nancy le 4e jour de Van i668.
Depuis ce tems l’abbaye a continué de jouir paisiblement de la jurisdiction quasi-épiscopale dans tout le Val de Senones.
Mr l’abbé Mahuet, grand-prévôt de S1 2. Diez, est le dernier qui ait porté le titre de vicaire apostolique, et dès auparavant, le vicariat ou du moins sa jurisdiction étoit abolie et éteinte, et les terres qui lui étoient soumises sont rentrées sous la jurisdiction de l’ordinaire, qui en a fait un doienné séparé. On a même démembré quelques villages, qui étoient originairement du territoire de Senones, pour former et agrandir ce doienné. Ces villages sont Celles, Louvigny (*), Vaxaincourt (^) et Raon-sur-Plaine. Mais pour ce qui est en deçà et au midy des montagnes composant le territoire de
(1) C’est Luvigny.
(2) Vexaincourt.
l’abbaïe de Senones, ce terrain est demeuré dans son ancienne indépendance de Févêché de Toul. Ce démembrement est bien prouvé par la commission donnée par le prince Nicolas-François, évêque de Toul et abbé commendataire de Senones, au prieur et grand-vicaire de l’abbaïe de visiter tous les villages du district, dans le dénombrement desquels ces villages sont expressément compris.
Il est tems de reprendre le récit des affaires qui retenoient l’Abbé Lignarius à Rome; nous avons vû ci devant que François Térel avoit été fait coadjuteur de Lignarius, sans que celui-ci l’eut ni demandé ni même connu. Voici comme se passa cette affaire et comme elle est racontée dans une espèce de factum produit à Rome dans le procès qu’ils eurent ensemble. Le prince François de Lorraine, comte de Vaudémont et de Salm, étant à Rome et désirant procurer à son Comté de Salm, dont une partie étoit tombée dans Fhéré$ie, les secours spirituels, l’instruction et le bon exemple, capables de remédier à un si grand mal, et d’en prévenir les suites, pria le Pape Clément VIII. de faire informer des vies et moeurs de FÀbbé de Senones Jean Lignarius qui n’avoit nulle des qualités requises pour occuper cette place, étant notoirement très ignorant, attaché au vin, imbécille, dissipateur, incapable de gouverner, ayant laissé les biens de son monastère à vil prix à ses parens et amis, et vivant enfin d’une manière scandaleuse et très peu propre à réprimer la licence de ses Religieux et à contenir dans le devoir les peuples de sa jurisdiction.
Le Pape touché de ces remontrances donna son Rref en datte du XI. Sept. 1601. à FEvéque de Verdun, pour informer des vies, moeurs et capacité de l’Abbé Lignarius, affin que si les choses étoient telles qu’on lui avoit dites, il pourveut au besoin de l’Abbaye de Senones. L’Evéque nomma des députés pour faire l’examen dont on a parlé. L’Abbé Lignarius fut interrogé et examiné et le procès verbal de ses réponses envoyé à Rome, fut remis par ordre du Pape à un des réformateurs. La mort de Clément VIII. et celle de Léon XI son successeur, qui vécut fort peu de tems,
Affaires du Sr Terel contre l’Abbé X.Îgnarius.
Ii e Pape Clément VIII fait informer des vies et mœurs et cap acité de l’Abbé
Iiignarius.
Paul V donn e pour c o a d jute u r à l’Abbé Idgnarius le nommé François Térel.
furent cause que cette affaire ne put pas être rapportée de si tost devant le Pape. Elle ne le fut que sous le Pape Paul V. qui ayant vu le procès verbal et examiné les réponses de l’Abbé, le jugea non seulement incapable de gouverner son Abbaye, mais qu’on ne pouvoit pas même se flatter qu’il put jamais acquérir les qualités suffisantes pour remplir dignement cet employ.
Le Pape fit donc écrire au Prince François, comte de Vaudémont et de Salm, qu’ayant meûrement examiné les chefs d’accusation formés contre l’Abbé Lignarius, il les avoit trouvé très solides et très bien prouvés et qu’il le prioit de lui présenter un sujet bien catholique et capable de gouverner utilement l’Abbaye de Senones, affin qu’il lui en donnât des bulles de coadjutorie avec future succession. Le Prince lui proposa François Térel, novice de l’abbaye de Glandiéres où Longeville au diocèse de Metz, homme capable et de bonnes moeurs, comme il paroissoit par le témoignage des Pères Jésuites de Pont à Mousson, où il étudioit alors, et instamment demandé par les Religieux de Senones, comme il constoit par un acte de leur Chapitre en datte du 21. May 1604.
Sa Sainteté priva donc l’Abbé Lignarius de toute l’administration de l’abbaye de Senones et lui donna pour coadjuteur, non seulement sans qu’il le demandât et qu’il y consentit, mais contre son gré et malgré ses oppositions, François Térel, avec espérance de future succession, et à charge que led. coadjuteur prendroit dés lors seul et à l’exclusion de Lignarius, le régime et l’administration de l’Abbaye, tant dans le temporel que dans le spirituel, et donneroit à l’ancien Abbé une pension qui seroit réglée par l’evéque de Toul. Les Bulles de Térel sont dattées de l’an 1605. le 8. des Ides de Mars.
Mais comme il étoit porté dans les mêmes Bulles, que Térel feroit profession de la Règle de S1. Benoit aussitôt après son année de probation écoulée, avec deffense de se mêler de l’exercice de la coadjutorie avant qu’il eut fait profession, le tout sous peine d’etre privé ipso facto de la
grâce qu’on lui accordoit’ par ses Bulles, il crut qu’il convenoit qu’il allat à Senones pour y achever les cinq mois de probation qui lui restoient à faire, tant affin de connoitre les maniérés et usages de ce monastère dont il devoit prendre bientost le gouvernement, que pour se mettre au fait des affaires temporelles. Il obtint donc à cet effet un Bref de translation de l’Abbaye de Longeville en celle de Senones le 15. Juillet 1606. et en conséquence la permission de D. François Thierri abbé de Longeville, de passer en l’Abbaye de Senones, en datte du 29 Sept, de la même année.
Dans l’intervalle, je trouve des lettres qui nous apprennent que le Prince Erric de Lorraine, evéque de Verdun, que le Pape avoit nommé commissaire pour informer des vies et moeurs de l’Abbé Lignarius, avoit fait entendre à cet Abbé, que sur le pied où étoient ses affaires, il ne pouvoit espérer de demeurer Abbé, à moins qu’il ne s’appuiat de la protection de quelque puissance et en même tems lui avoit suggéré de le demander lui même pour son coadjuteur. Lignarius y consentit sans peine et donna sa procuration pour résigner, laquelle fut envoyée à Rome le 21 Déc. 1604. Mais le Prince François Comte de Yaudémont et de Salm, qui avoit commencé cette affaire dans des vues de religion et qui vouloit que tout le monde fut persuadé de sa droiture, trouva ce procédé fort mauvais et en écrivit à Rome d’une manière si vigoureuse que l’affaire échoua. Nous avons les lettres que ce Prince écrivit à ce sujet au Pape, au Cardinal Aldobrandin, et à M. de SL Léon, où l’on voit son zèle pour la religion et la droiture de ses intentions dans cette entreprise de faire exclure Lignarius du gouvernement de l’abbaye.
Cependant François Térel ayant présenté ses Bulles à l’Official de Toul pour les fulminer, led. Official les fit intimer le 18. Aoust 1606 , à l’Abbé Lignarius, qui ayant demandé du tems pour prendre conseil, envoia aussitost à Rome et obtint de l’auditeur de la Chambre apostolique une deffense à Térel de le troubler dans la jouissance de
M1'. l’Evéq.
deVerdun cherche à s e faire donner la coadj utoriedel’ Abbé de Senonesc
Opp osition à la coadjutorie de François Térel.
I>’ Abbé X.Îgnarius se maintient dans la jouissance des Prieurés deXiéom ont et du Moniet.
jLignarius va à Rome et
son Abbaye. Il la fit signifier à Térel, qui obtint du même auditeur de la chambre, une modération de lad. deffense en datte du 16. Déc. i606.
Presque en même tems Térel fit signifier à l’Abbé Lignarius et aux Religieux de Senones, son induite de translation de Longeville à Senones. L’Abbé demanda du délai pour répondre, et ensuite ne répondit que des choses vagues et générales ; mais les religieux témoignèrent qu’ils recevoient très volontiers le Sr. Térel pour novice dans leur communauté. Quelque tems après il y fit profession le 9. Nov. 1606, entre les mains de l’Official de Toul, un des commissaires nommés à cet effet, et en même tems fit signifier à l’Abbé Lignarius sa profession, et deffense à lui de se mêler à l’avenir du gouvernement du monastère, ni dans le temporel ni dans le spirituel.
Lignarius de son côté prit ses précautions pour se maintenir dans la possession du temporel de son Abbaye. Il présenta sa requeste au Grand Duc Charles III. pour être conservé dans son prieuré de Léomont et dans ses dépendances, et il en obtint un décret favorable. Il fit la même chose envers l’Eveque de Metz, pour le prieuré de Moniet, qui lui fut aussi conservé. Enfin il s’adressa au comte Rhingrave de Salm, qui luy fut favorable pour l’Abbaye de Senones, dans la moitié qui lui en appartenoit. Ainsi le coadjuteur Térel ne put jouïr des revenus de l’année i606. depuis la Sf Martin, qui lui dévoient appartenir en vertu de ses bulles. De plus Lignarius lui refusa la communication des titres de l’Abbaye, jusqu’au 28 Juin 1607., qu’il permit qu’on en fit un inventaire. Lignarius refusa aussi de comparoitre devant le Seigneur Evêque de Toul, pour voir taxer la pension qui lui devoit être payée par le coadjuteur ; et après bien des délais et des subterfuges, le Seigneur Evêque la fixa enfin le 22. fevr. 1607. à trois mille frans barrois, payables annuellement en certains termes déterminés.
La même année Térel obtint les decrets et permissions nécessaires, pour prendre possession des prieurés et dé-
pendances de l’abbaye de Senones, situés dans les États de Lorraine, et il continua de payer pendant 4. ou 5. ans la pension assignée à l’Abbé Lignarius.
Celui ci cependant se transporta à Rome, où il eut assés de peine d’obtenir audience, les esprits étant extrêmement prévenus contre lui. On dit que le Cardinal Bellarmin le produisit, et lui procura les moiens de se deffendre. Il en profita si bien qu’en 1611 . le 28. Aoust, il obtint une sentence qui cassoit et annuloit tout ce qui avoit été fait par les Juges de Lorraine, et le rétablissoit dans la pleine jouissance de son Abbaye, comme auparavant; ordonnant à François Térel de quitter le gouvernement du monastère de Senones et de rendre compte dans un an, des fruits qu’il en avoit perçus, pardevant le cardinal de Givry evéque de Metz ; et comme ce cardinal mourut peu de tems après, l’Abbé Lignarius fit nommer pour commissaire à cet effet le Sr. Abbé d’Etival, mais celui-ci s’etant excusé d’entrer dans cet examen sans un adjoint, Lignarius prétendit que la coadjutorie de Térel étoit expirée, puisqu’il avoit laissé écouler le tems qui lui étoit donné pour rendre ses comptes.
Dans cet interval, c’est a dire le 2 Jan. 1610, Térel prévoyant que Lignarius seroit maintenu dans son Abbaye, et que sa prétendue coadjutorie seroit déclarée nulle et abusive, fit sa démission entre les mains du Pape Paul Y. en faveur du Prince Charles de Lorraine, fils du Prince François comte de Yaudémont et de Salm, si célèbre depuis, sous le nom de Charles IV. duc de Lorraine. Nous avons l’acte de cette démission, mais je ne sais si elle fut envoyée à Rome. Il est certain qu’elle n’eut point d’exécution et que Térel, malgré la prétention de Lignarius, qui soutenoit en 1613. que sa coadjutorie étoit expirée, fut maintenu par sentence de la Rote en 1614. et 1618., la mort d’un des commissaires et le refus de l’autre n’ayant pû lui préjudicier, puisqu’il constoit qa’il n’ avoit jamais refusé de rendre compte et de se conformer au décret qui l’y obligeoit. Il y eut encor une infinité de difficultés differentes depuis
o b t i e n t des Bulles de reintegraude.
Térel fait résignation entre les mains du Pape en faveur du Prince Charles de Xiorraine.
L’Abbé Ligna r i u s prend pour coad j ut e ur de son abb a y e le F r i u ce N i c o 1 a s Fr anço is de Lorraine 1624.
l’année i615. jusqu'en 1622. sur la reddition de ces comptes, où l’on épuisa tout ce que la chicane a de ressorts et de subterfuges; et en 4618. Térel céda aux Religieux réformés de Senones tout le droit qu’il pouvoit avoir à la mense conventuelle dud. Senones, comme religieux de ce monastère, moiennant une pension annuelle de six cent frans barrois.
L’Abbé Lignarius étant toujours à Rome, où il poursui voit François Térel pour se faire rendre compte des fruits par lui perçus de l’Abbaye, et pour avoir ses frais, dommages et interests, fut fortement sollicité par Mr Virion, résidant de son Altesse de Lorraine à Rome, de prendre pour coadjuteur de son Abbaye, Monseigneur le Prince François de Lorraine, Comte de Yaudemont et de Salm. On lui fit envisager cette coadjutorie comme un moyen sûr de se mettre à couvert tout le reste de sa vie de toutes poursuites et de s'asseurer une bonne pension sur l'Abbaye, avec la conservaôn de sa dignité abbatiale. Il consentit donc à recevoir pour coadjuteur ce jeune prince, et les Bulles en furent expédiées le 24. Avril 1624.
Ensuite on porta l’Abbé Lignarius à abandonner le régime et l’administration de son Abbaye, et il y consentit encore le 18. Sept. 1625., mais l’acte de ce consentement ne fut dressé et signé que peu de tems avant sa mort, sous ces conditions :
1° Il laisse au Prince Nicolas François l’administration et le gouvernem1. de son Abbaye et l’usufruit de tous les fruits et revenus d’icelle*, ou à tel autre dont il voudra se servir pendant sa minorité, sans toutefois que led. Lignarius prétende préjudicier à sa dignité abbatiale qu’il prétend conserver et soutenir jusqu’à la fin.
2° Que led. Seigneur coadjuteur fera aud. Sr. Abbé une pension annuelle de deux mille écus d’or en or de Stampe, payables par an aux termes de Noël et de S. Jean Baptiste, francs et quittes de tous frais, gabelles, diminutions, etc., dans le lieu où led. Abbé fera sa résidence, soit à Rome où ailleurs.
3° Et comme il y a plusieurs biens et domaines de l’Abbaye de Senones perdus et aliénés, led. Seigr. coadjuteur sera tenu de faire ses diligences et employer son autorité au recouvrement de ces fonds, à condition que la moitié des biens ainsi récupérés, sera au profit dud. Sr. Abbé et l’autre à mondit Seigr. le coadjuteur.
4° De plus sera tenu led. Seigr. coadjuteur de faire revoir tous les comptes de l’Abbaye, quelque personne que ce soit qui ait administré les biens du monastère, à condition que la moitié des reliquats reviendra aud. Seigr. coadjuteur, et l’autre moitié au Sr. Abbé.
5° La collation de toutes sortes de bénéfices dépendans de l’Abbaye, est réservée au SeigL Abbé.
6° Le Sr. Virion agent de S. A. R. sera chargé d'obtenir à ses frais toutes les ratifications nécessaires de la part de Sa Sainteté, pour plus grande assurance de toutes ces conventions faites à Rome dans la maison de résidence ordinaire du Sr. Abbé Lignarius, sise derrière l'Eglise S. Charles des prisonniers le 8e Nov. 1625.
Dès l’année précédente 1624. François Térel avoit résigné sa coadjutorie et tous les droits qu’il pouvoit avoir sur l’abbaye de Senones, au même prince Nicolas François, moiennant une pension de six cent ducats d’or de la chambre apostolique, affectés sur l’abbaye de Viller Brethnac, dont led. Prince étoit alors Abbé. Les Bulles de création de pension sont du 26. Avril 1624. C’étoit, comme on le voit assés, une disposition préalable pour engager le bon Abbé Lignarius à faire un nouveau coadjuteur et à choisir celui en faveur duquel Térel avoit déjà fait sa démission.
On peut mettre ici l’époque de la commende de l’Abbaye de Senones, c’est à dire la cause et l’origine de ses plus grands malheurs; non pas que les Princes qui l’ont possédée en commende Payent mal gouvernée, ou lui ayent fait du tort; on peut même assurer qu’ils ont soutenu ses droits et lui ont été utile, dans des tems de malheurs, comme furent ceux qui suivirent en Lorraine, les années 1625. Mais ces anciennes commendes lui ont été principalement nui-
xxxn
François Térel résigne sa coadjutorie et ses droits sur l’Ab b aye de Senones à ©Sonseigr. le F r i n c e Wicolas- Pran çois.
Mort de l’Abbé Lignarius.
sibles, en ce qu’elles ont interrompu l’usage des élections et donné lieu à révoquer en doute le droit qu’on en avoit conservé jusqu’alors. Elles ont donné lieu à des dévoluts qui ont causé des troubles et des trais infinis à l’Abbaye, comme on le véra dans la suite de cette histoire.
L’Abbé Lignarius étoit déjà apparemment malade de la maladie dont il mourut, lorsqu’il donna sa procuraôn pour demander à Sa Sainteté qu’il lui plût accorder la coadjutorie de l’Abbaye de Senones à MonseigL le Prince Nicolas François, puisque cet Abbé mourut sur la fin de cette année 1625. et que l’acte de son consentement est du 8e Nov. 1625. Il fut enterré dans l’Eglise de SL Charles de Catenati, ou des Prisonniers, où l’on voioit son épitaphe gravé sur une tombe de marbre blanc. Le R. P. D. Pierre Alliot, abbé de Senones étant à Rome se transporta exprès dans cette Eglise et y chercha inutilemL la tombe de D. Lignarius aux endroits qui lui avoient été indiquez de Senones par les parents dud. Abbé Lignarius ; mais il n’y trouva ni la tombe, ni aucun autre monument, ni meme aucun mémoire qu’il eut été enterré dans cette Eglise (i).
Vie de Dom Philippe François Colart,
Abbé de S. Airy de Verdun.
Le R. P. D. Philippe François Colart, Abbé de S. Airi de Verdun, a fait tant d’honneur à l’Abbaye de Senones, que je me crois obligé de donner ici le précis de sa vie.
Il naquit à Lunéville le 25e Mars 1519. Son père Dominique Collart étoit conseiller de Son Altesse et Greffier civil en la Cour de Lunéville, homme très versé dans les ma-
(1) Cette phrase, depuis « Le R. P. D. Pierre Alliot, » est écrite par D. Calmet en marge de la page 587 du mss , et par un second signe, D. Calmet renvoie le lecteur à trois feuillets plus haut, non foliotés, qui contiennent la Vie de l>. Philippe François Colart et qui sont placés entre les pages 386 et 587. Quoique le manuscrit ne porte pas un titre spécial pour celte biographie, j’ai fait ici une exception à la reproduction scrupuleuse de l’original, afin de bien marquer le commencement d’un chapitre distinct, que le lecteur trouvera ainsi plus facilement.
tiéres de droit, savant dans les sciences humaines et surtout dans la langue gréque. Sa mere Beatrix Thiriet, étoit d’une des premières familles de Lunéville et elle n’oublia rien pour inspirer la crainte et l’amour de Dieu à son fils. Celui ci avoit l’humeur très douce et une mémoire si heureuse, qu’il lui suffisoit d’avoir entendu une seule fois quelque chose pour la réciter après mot à mot.
D. Jean Lignarius Abbé de Senones et cousin germain de la mère du jeune Philippe François Colart, charmé des bonnes qualités qu’il remarquoit en luy le demanda avec instance à ses parens, dans la veüe de le faire un jour son coadjuteur. Philippe fut reçu dans l’abbaye de Senones et revêtu de l’habit religieux en i589 , n’ayant encor que dix ans. Deux ans après l’Abbé Lignarius l’envoya aux etudes dans l’université de Pont à Mousson, avec un autre Religieux de son monastère. Il acheva son rétorique avec applaudissement et se rendit la langue grecque aussi familière que la latine, de maniéré que d’ordinaire quand il écrivoit à son père, il le faisoit en grec.
Après ses humanités, son père le mit en pension chés les Pères Jésuites pour faire sa philosophie avec plus de commodité. Il soutint jusqu’à trois fois des thèses avec beaucoup de succès et étant entré en théologie sous les Pères Raulin et l’Eveque, il continua à y donner des preuves de la force de son esprit et de la solidité de son jugement.
Après deux ans de théologie, il découvrit au Père l’Eveque son professeur et son directeur, le dessein qu’il avoit formé de quitter l’habit bénédictin, pour prendre celui de capucin, où il se flattoit de trouver plus de facilité pour faire son salut. Le P. FEveque Fen détourna et lui conseilla de demeurer dans sa première vocation, lui faisant entendre que s’il aspiroit à une plus grande perfection de vie, il pouroit embrasser la réforme, qu’on venoit d’introduire à S1. Vanne de Verdun.
Rempli de cette espérance il revint à Senones pendant les vacances, et apprit que D. Nicolas Mathis religieux de
” Il fui 3 fois visiteur en 1606.
1612. et 1618. et 3. fois deffinif.
11 est mort en
ce monastère, homme fort grave et fort capable et qui dans la suite parut avec distinction dans la Gongreg. de S1. Vanne ” étoit dans la résolution d’embrasser la réforme et qu’il avoit parole d’etre reçu au monastère de S. Vanne de Verdun dans trois où quatre mois.
Philippe délibéra longtems s’il lui découvriroit son dessein, craignant d’etre traversé par l’Abbé Lignarius et par ses parens. Enfin il ouvrit son coeur à D. Mathis qui lui promit le secret, lui dit de s’en retourner à Pont à Mousson et qu’il le prendroit en passant pour le conduire avec lui à Verdun. Ils s’y rendirent en effet ensemble, et on dit à Philippe qu’il pouroit être reçu au Noviciat, lorsqu’il auroit achevé sa théologie et qu’il apporteroit un congé par écrit signé de son Abbé. Mais il ne se passa pas deux où trois mois que D. Nicolas Mathis lui écrivit qu’il pouvoit venir avec assurance et qu’il auroit satisfaction.
La difficulté étoit d’obtenir la permission pour s’établir à S4. Vanne. L’Abbé Lignarius non seulement ne l’accorda point, mais s’opposa de toutes ses forces à cette résolution et ordonna qu’on enfermât Philippe dans son cabinet. Celui-ci s’échappa pendant la nuit et s’enfuit à S4. Vanne où il fut reçu au Noviciat le 23. Nov. 1603. âgé de 24. ans et n’etant encor que diacre. Il fit profession le 21. Janv. 1604. et peu après il reçut l’ordre de prêtrise. On lui confia ensuite l’employ de Professeur de Philosophie et il fut envoié en 1606. avec ses écoliers dans l’Abbaye de S. Mihiel, où le cardinal de Lorraine venoit de mettre la réforme.
Depuis ce tems le R. P. D. Philippe François fut toujours dans les premiers emplois de la congrégation, aiant été six fois visiteur et une fois président. Il gouverna l’abbaye de S. Airy pendant l’espace de 24. ans entiers et consécutifs, tant en qualité de prieur claustral que d’Abbé régulier. Il en fut élû Abbé 13. ans avant sa mort. Il s’etoit toujours flatté de rendre cette abbaye quinquennale et de la laisser à la disposition de la congrégation, où de faire un coadjuteur ; mais il ne put executer ni l’un ni l’autre, étant mort en odeur de sainteté le 27. mars 1635.
La réputation' de sa sainteté et de son expérience dans la conduite des âmes, étoit si bien établie que la pluspart des principaux Religieux de la réforme se faisoient gloire d'avoir été sous sa direction. Les Dames de l’abbaye de Sb Maur de Verdun, de Vergaville, de Juvigny, de Chelles, de Montmartres, de Remiremont, de Joüares, du Val de Grâces, le consultoient souvent dans leurs difficultés et dans leurs doutes.
Il étoit si pénétré de la grandeur et la sainteté de nos mystères, que quand il étoit en semaine de célébrer sa grande messe, il ne sortoit point de l’eglise depuis les matines jusqu’après la messe, demeurant à genoux et la tête nüe, même en hyver, pendant tout le tems qui s’écouloit entre les offices et la messe. Sa charité- lui faisoit considérer tous les Religieux qui lui etoient envoyés par l’obéissance, comme ses amis et ses frères; il les recevoit avec plaisir quelques difficiles et quelques valétudinaires qu’ils fussent, et quand ils sortoient de sa maison pour aller demeurer ailleurs, il leurs demandoit pardon à genoux de tout ce qui avoit pû leur faire peine sous son gouvernement. Il n’usa jamais des ornemens pontificaux, ni des marques de sa dignité abbatiale.
Voici les termes dans lesquels sa mort est marquée dans le nécrologe de l’abbaye de Sh Airy : Obitus R. P. D. Philippi Francisci Colart Lunavillani et Abbatis dignissimi , cujus memoria in benedictione est, eritque in perpetuum , ob ejus vitae sanctitatem eximiam , et innumera huic do mui collata bénéficia , cui cùm praefuisset annis tredecim, vir plané omni lande et immortalitate dignus, anno i635 obdormivit in Domino.
Catalogue de ses ouvrages.
Trésor de perfection tiré des Epitres et des Evangiles qui se lisent à la messe pendant l’année, en 5 vol. in 12. imprimé à Paris chés Charles Châtelain 16i8.
La Guide spirituelle pour les Novices, imprimée chés le même en 16i6.
Le Noviciat des vrais Bénédictins, tiré du Ghap. 58. de la Régie de S1 2. Benoit. A la fin on trouve un traité de la mort prétieuse des Bénédictins, in-12 imprimé.
Le Renouvellement spirituel nécessaire aux Bénédictins.
La Régie de S1. Benoit traduite avec des considérations; à Paris 1620., chés la Veuve Gharle Châtelain.
Considérations sur la Régie de S1. Benoit, à Paris in 12. an. 1613., 1620.
L’occupation journailliere des vrais Religieux.
Enseignemens de la Régie de S1. Benoit.
Les exercices des Novices. Ouvrage très utile, qui est en usages dans toutes les Congrégations réformées, et qui a été traduit en latin, en faveur des Religieux d’Allemagne. Imprimé plusieurs fois (•)•
Courte explication de ce qui se dit dans l’Office divin, contenant le sens littéral et mistique de chaque pseaume, avec des affections.
Les difficultés qu’il eut pour soutenir que les supérieurs de la congrégation de S. Vanne doivent vaquer quelques années, apres 5. ans de régime, produisirent plusieurs écrits qu’il composa, comme :
L’Apologie des supérieurs et religieux de la congrégation de S. Vanne, qui poursuivent la manutention des premiers statuts de leur réforme.
Manifeste pour la juste deffensedu R. P. Abbé de S. Airy (D. Philippe François).
Réponse à la déclaration du R. P. D. Claude François.
Factum pour le R. P. Abbé de S. Airy.
Responsio Apologetica pro constitutionibus quas 111. Card. à Lotharingiâ in erectione congreg. SS. Vitoni et Hydulphi condidit.
Sa vie est imprimée dans les éloges des hommes illustres de l’ordre de S1. Benoit, composés par la Rde. Mère de Blemûr (2).
(1) Ce paragraphe est ajouté de la main de D Calmet.
(2) Cette dernière phrase est écrite et ajoutée par D. Calmet.