‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 60 sur 82 · CHAPITRE XLYIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLYIi

DOM PIERRE ALLIOT, 59e Abbé de Senones, depuis l’an 1684. jusqu’en 1115.

Le R. P. D. Pierre Alliot naquit à Bar le Duc le 1. aoust 1653. et fit profession de la régie de S. Benoit sous la Congrégation de S1 * * 4. Vanne, dans l’abbaye de S. Mansui de Toul le 31. Juillet 1672. L’Abbaye de Senones étant devenue vacante en 1684. par la mort du R. P. D. Joachim Vivin, M. de Charuël Intendant de Lorraine et Bar rois de la part du Roy très chrétien qui possédoit alors la Lorraine, envoia un courier aux Religieux de cette abbaye pour leur deffendre de la part de Sa Majesté, de procéder à une élection d’un nouvel Abbé jusqu’à ce qu’ils eussent reçu les ordres de la Cour. Ces ordres leur arrivèrent le 11 Sept. 1684. et le même Charuël leur écrivit qu’il se rendroit à l’Abbaye vers le 18. du même mois, pour assister à l’élection qui se devoit faire de trois religieux, dont le Roy prendroit celui qu’il jugeroit plus à propos pour lui donner l’Abbaye. Car c’est ainsi que Sa Majesté en usoit alors dans l’Alsace et dans la Lorraine.

Commencements de X). Pierre Alliot, Abbé de Senones.

Charuël ne se rendit à Senones que le 3. Octob., et l’élection ayant été faite, D. Pierre Alliot pour lors religieux de Moyenmoutier, où D. Hyacinthe Alliot son frère

(1) Cette dernière phrase est ajoutée de la main de D. Calmet 5 mais

l’état de recettes et de dépenses de D. Vivin n’existe pas dans le manuscrit de la bibliothèque de Saint-Dié. Il y a bien un compte de gestion à

la fin du manuscrit, mais c’est celui de O. Calmet et qui va de 1731 à

lre Election de X>. Pierre Ail iot pour Abbé de Senones le 3e Octob.

2e. Election du R. P.

D. Ailiot.

etoit abbé, eut quelques voix. Le Roy le préféra et lui conféra l'Abbaye par son Brevet du 1. Nov. 1684. expédié à Fontainebleau, signé Louis et plus bas Colbert. Sa Majesté ayant commandé aud. Colbert d’expédier toutes lettres et dépêches nécessaires en Cour de Rome pour l’obtention des Bulles et provisions apostoliques de lad. abbaye, elles furent envoyées le 13. Déc. et Lézineau, banquier expéditionnaire fit faire à Rome de la part du R. P. D. Ailiot toutes les diligences nécessaires pour obtenir des Bulles; mais les officiers de Sa Sainteté en firent refus, premièrement sous prétexte que l’Abbaye de Senones n'étoit pas comprise dans les induites accordés à Sa Majesté tréschrétienne par les Souverains Pontifes ; et ensuite ils déclarent qu’ils avoient ordre d’en haut de ne rien faire sur cette affaire.

En effet S. A. S. Charles V. Duc de Lorraine avoit fait mettre un nihil transeat général en son nom sur tous les Bénéfices de Lorraine pendant les guerres, de sorte que D. Ailiot fut obligé de se pourvoir au Conseil du Roy qui lui accorda son Brevet pour prendre possession, en datte du 13. Avril 1685. Mais comme il avoit encore besoin de la permission du Président de la Congrégation de S. Vanne pour prendre lad. possession, il s’addressa au très R. P. D. Henri Hennezon Abbé de S. Mihiel, et pour lors Président de lad. Congrégation et lui présenta sa requeste à cet effet ; mais led. D. Hennezon par son décret du 24. février 1685. lui permit seulement de se pourvoir auprès de Sa Slé pour obtenir des Bulle s sur son élection , et en conséquence d'accepter et prendre possession de lad. Abbaye.

En même tems, comme on eut fait remarquer à D. Ailiot que sa première élection n’étoit pas revêtue des circonstances nécessaires pour la faire reconnaître à Rome pour canonique, il remit tout son droit à la communauté de Senones et se déporta de la lere élection, leur permettant, autant qu’il étoit en sa puissance, de procéder à une nouvelle élection. Ils y procédèrent en effet et il fut élu de nouveau tout d’une voix le 4e Juin 1685. Et en con-

séquence de cette élection et du brevet du Roy, dont on a parlé, comme aussi des arrests du Grand Conseil de Paris et du Parlement de Metz, et avec la permission du Chapitre général de l’an 1585. il prit possession de l’Abbaye le 6. Juin de la même année et continua inutilement les poursuites en Cour de Rome pour obtenir des Bulles. Il fut obligé de recourir de nouveau à Sa Majesté en 1687., pour obtenir la permission de continuer dans la jouissance du temporel de son Abbaye, ce qu’il ne lui fut pas difficile d’obtenir, par un décret du 24. Mars 1687.

L’Abbé Alliot se voyant paisible possesseur de son Abbaye, songea à en soutenir les droits et en récupérer les biens. Pour entendre la suitte de cette grande affaire, il faut reprendre les choses de plus haut.

On a veu dans le cours de cette histoire les diverses entreprises que firent de tems en tems les officiers des Comtes de Salm contre le monastère de Senones. On a veu en particulier les fâcheuses circonstances qui obligèrent les Abbés et religieux à passer les transactions des années 1573. 1574. et 1580. Quelqu’avantageuses que fussent ces transactions à MMrs. les Comtes de Salm, leurs officiers y contrevenoient tous les jours en plusieurs manières. En vain en portoit t’on ses plaintes auxd. Seigneurs; on n’étoit pas écouté. Enfin le Roy très chrétien ayant en 1680, donné sa déclaration, par laquelle il ordonnoit que tous les seigneurs et gens de mainmorte eussent à fournir leur dénombrement de ce qu’ils tenoient de Sa Majesté, l’Abbé Vivin et les Prieur et religieux de Senones donnèrent le 2. Juin 1681. leur aveu et dénombrement à la Chambre royale de Metz, dans lequel ils déclaroient qu'originaire ment un Abbé de Senones avoit toute Seigneurie , consistante en haute moyenne et basse justice , droit de toutes amendes hautes , épaves , confiscations et généralement tous autres avantages ordinaires aux hauts justiciers, tant aud. Senones qu'au Val d'icelui ; de même au Val de Vipucelle ou de la Broque, avec la propriété des domaines seigneuriaux, bois, rivières , usuaires et foncière ; Que dans le ban de Plaine

Commencement des difficultés contre la maison de S alm, commencées par l’Abbé Ti-

v i n en

appartenoit aud. Abbé la haute , moienne, basse et foncière justice , avec quantité de droits domaniaux, les deux tiers des grosses amendes et tous les autres avantages de seigneurie, avec droit de création des officiers de justice dud. ban de Plaine et présentement possédés par les Comtes de Salm , qui les ont usurpés, etc.

Il y eut opposition à ce dénombrement de la part des Officiers de la Principauté de Salm, savoir de la part du Sr. Louis Albert Bouchart, châtelain et haut officier de lad. Principauté, le 21. Nov. 1681., et protestation contre lad. opposition de la part des Abbé, prieur et religieux de Senones, en datte du 27. du même mois et même année, protestant d’intimer incessamment led. Bouchard pour déduire les causes de sa prétendue opposition.

En 1682. la terre et seigneurie de Salm ayant été décrettée et mise en criée à la requeste de Charlotte Brion veuve d’Etienne Coppin, vivant maitre de garde-robe de Me la Duchesse Douairière d’Orléans, l’Abbé Vivin y fit former opposition aux fins de distraction, pour ce qui concerne la seigneurie en propriété et en toute haute justice, moienne , basse et foncière de Senones et du val d'icelui ; de même du val de Vipucelle , du ban de Plaine et ban d'Ancerviller, de même aussi des bois, montagnes, fours, moulins bannaux , forges, sciries, droit de chasse et autres avantages de haute justice, prestations et redevances , ainsi qu'ils sont énoncés dans les vieux titres et chartes de lad. Abbaye, etc. . .

Cependant l’Abbé de Senones avoit fait assigner le Sr. Louis Albert Bouchard, pour déduire ses raisons d'opposition devant la Chambre royale établie à Metz ; mais Bouchard n'ayant pas comparu, fut condamné par défaut le 8. Nov. 1683. En conséquence l’Abbé Vivin tint ses plaids annaux et fit deffense aux habitans de Senones & du Val de reconnoitre d’autres seigneurs que lui, et en même tems saisit tous les revenus de la Principauté, sur plusieurs exploits.

Le 2. Déc. 1683. Christine Louise Rhingrave, née Prin-

cesse de Salm, comtesse du Rhin, ayant donné ses aveux et dénombrement h la Chambre royale de Metz, il y eut opposition de la part des Abbés et religieux de Senones, quant à ce qui concerne les droits par eux prétendus aud. Senones et au Val, comme aussi au Val de Plaine et de la Broque, etc.

En 1684. Madame Christine Rhingrave, Princesse de Salm, se pourveut à la Chambre royale de Metz et présenta sa requeste demandant à être reçue opposante à l’arrêt de congé obtenu par les Abbés et religieux de Senones, déclara qu’elle prenoit le fait et cause pour la deffense des Officiers et habitans assignés, et demanda par provision mainlevée des saisies. En même tems elle fit signifier ses oppositions au dénombrement fourni par les Abbés, Prieur et Religieux de Senones. Tout ceci se passa en Juin et Juillet 1684.

Pendant ces contestations l’Abbé Vivin mourut le 24e Aoust 1684. et laissa D. Pierre Alliot son successeur dans l’obligation de soutenir et le dénombrement donné par son prédécesseur, et les oppositions faites en conséquence. Le 28. Décembre de cette année, le Sr. Louis Albert Bouchard dont on a parlé, ayant fait une vente de deux cent cinquante mille cordes de bois de chauffage et d’une très grande quantité de bois de maronage, le tout dans les bois d’accompagnement, l’Abbé de Senones devoit avoir la moitié du prix de cette vente, conformément aux transactions de 1284. et de 1580. mais le d. Sr. Bouchart la lui refusa.

Pour procéder dans une affaire de cette importance avec conseil, il consulta le Sr. Evrard à Paris, qui lui répondit le 28. Avril 1685. que les Abbés et religieux de Senones étoient très recevables et bien fondés à se pourvoir par lettres de restitution contre la transaction de 1573. et les actes approbatifs qui ont suivi, nonobstant le laps de tems, 1° parce que les Princes de Salm étant les avoués et protecteurs de l’Abbaye de Senones, et étant obligés en cette qualité de la deffendre contre les usurpations que l’on

D ifficultés de l’Abbé Alliot contre la maison de Salm.

U fait assigner les Princes de S a 1m au Grand Conseil.

pouroit faire à son préjudice, ils sont incapables de prescrire et dans une mauvaise foy continuelle, de même qu’un tuteur ne peut jamais prescrire contre son pupille, ni se faire un titre contre lui des actes qu’il pourroit en avoir extorqué pendant sa minorité.

2° La fin de non recevoir ne court que du jour où la violence a cessé; or les Princes de Salm ayant toujours augmenté leur puissance et leurs usurpations, on ne peut présumer que cette violence ait cessé jusqu’aujourd’huy.

3° L’Eglise étant toujours mineure, elle est toujours restituable quand il paroit une énorme lésion comme icy ; d’autant plus que les actes dont il s’agit n’ont jamais été ratifiés par les Evêques de Metz, qui sont les supérieurs de cette Abbaye et qui lui avoient donné les Comtes de Salm pour defïenseurs qui ne pouvoient par conséquent, sans la participation et le consentement des Seigneurs communs, usurper des biens dont la deffense leur étoit confiée.

4° Le titre d’avocatie des Comtes de Salm contenant une prohibition expresse et perpétuelle de rien prendre des biens de l’Abbaye,- au delà de ce qui leur avoit été volontairement assigné, ils n’ont rien pu acquérir contre elle par d’autres voyes, leurs titres criant continuellement contre leur injuste détention.

Il suit de là que les Abbés et Religieux de Senones sont bien fondés à attaquer cette transaction et les actes approbatifs postérieurs, nonobstant le laps de tems, parce que personne ne peut prescrire contre son propre titre, ni changer la cause de sa possession. On ne doute pas même qu’ils ne puissent demander aux Princes de Salm la restitution des fruits.

Fortifié par ces raisons, l’Abbé Alliot fit assigner Bouchard au Grand Conseil du Roy trés-chrétien, en vertu des lettres patentes d’évocation accordées par Sa Majesté aux Religieux de la Congrégation de S. Vanne. Après quelques procédures faites en ce Tribunal, Madame l’Abbesse de Remiremont et Madc. la Princesse Christine, sa soeur, voyant que l’entreprise de Bouchard n’étoit pas soutenable,

firent parler à l’Abbé de Senones, lequel se plaignoit encore de plusieurs autres contraventions laites aux transactions de 1573. et 1574. et lui proposèrent d’en revenir à une nouvelle transaction par laquelle on régleroit toutes difficultés.

Cette nouvelle transaction se fit en effet à Metz le XL Janv. 1687 par le R. P. D. Hiacinthe Alliot Abbé de Moyenmoutier, comme chargé de procuration de l’Abbé de Senones D. Pierre Alliot, son frère, et le Sr. Humbert Roussel, intendant de la maison de Salm, comme ayant charge et pouvoir de Mad. l’Abbesse de Remiremont, tant en son nom que comme tutrice de Monseig1’. Louis Otto Prince de Salm son neveu, et se portant forte de Monseigr. le Prince de Salm son frère, par procuration du 29. Nov. 1686. et encore de Me la Princesse Christine, par autre procuration du 7. Décembre suivant.

Voici le précis des principaux articles de cette transaction.

1° Le bois de Béfey appartiendra pour le tout à l’Abbaye, ensemble les bois appelés communaux de la prevosté de S. Stail, en ce qui appartient à la maison de Salm, comme aussi toutes les scies du Val de Senones possédées par lad. maison de Salm et appartenantes à l’Abbaye de Senones, en vertu de l’échange fait avec celles du Val d’Alarmont, en vertu de la transaction de l’an 1573. à la réserve de la scie des Chaumes qui appartiendra à la maison de Salm.

2° L’Abbaye jouira des neuf mille cinq cent treize arpens et demi de bois appellés Communaux de Senones, tombés au lot de la Maison de Salm.

3° Lad. Abbaye emportera les bois appelés communaux du ban de Salm, tels qu’ils sont spécifiés dans le partage et l’arpentage de lad. maison de Salm, comme aussi le bois du Pallon qui est dans led. partage, en échange de la part que led. Sr. Abbé a dans le bois de Compagnie de la Principauté, lequel il cède à lad. maison de Salm. De tous lesquels bois, scies et marches d’icelles lad. Abbaye jouira en tous droits de propriété et en haute, moienne et basse justice.

Transaction de 1687, passée à Metz.

4° L’affouage et maronage seront conservés à lad. Abbaye dans les bois appartenans à lad. maison de Salm, conformément aux transactions de 1573 et 1574.

5° La haute justice, moienne et basse de Chatay demeurera à lad. Abbaye en tous droits de propriété, sans que lad. maison de Salm y puisse rien prétendre.

6° L’Abbaye joüira aussi de toutes les dixmes qui lui étoient contestées dans le Val de Senones, Plaine, Vipucelle et Celles et dans tous les essarts des bois faits et à faire.

7° Elle joüira aussi du tiers dans tous les moulins de Senones, Plaine et Vipucelle, comme aussy du tiers dans tous les fours, conformément à la transaction de l’an 1574.

8° Les rivières du Val de Senones demeureront aux parties comme elles en jouissent et des amendes par moitié ; et de celles des bans de Plaine et Vipucelle conformément aux anciennes transactions.

9° La maison de Salm payera annuellement le millier de fer dû à lad. Abbaye sur les forges de Grand-fontaine et Champenay, pour la part de la Principauté, sans préjudice de la solidité de l’autre partie.

10° Les acensemens des terres vagues se feront conformément auxd. transactions ; et si quelqu’un a été fait, la moitié du profit sera donnée à l’Abbaye, conformément aux comptes de la Principauté.

11° Les petits quarterons et quarterons dûs par les laboureurs seront partagés et levés conformément auxd. transactions.

12° Les officiers de Senones, principauté de Salm, donneront à l’Abbaye les marques des étalons, poids et mesures ; laquelle abbaye joüira des droits de halle, étallage et marchés aux bans de Senones, Plaine, Vipucelle et S1. Stail.

13° La maison de Salm n’empêchera lad. Abbaye de poursuivre ses droits sur les habitans du Mesnil, à l’égard de leurs hayes.

14° Le Sr. Abbé et couvent jouiront de l’exemption et franchise de passage des bois et planches, lors seulement

qu'ils les feront exploiter par leurs mains, et non autrement.

15° Toutes les actions personnelles civiles et criminelles appartiendront à la maison de Salm, pour la part qu’elle a dans la Seigneurie des quatre bans, hors néanmoins l’enclos de lad. Abbaye et les autres des maisons où les Abbé s et religieux justifieront par titre avoir le droit de haute justice. Et les Abbé et religieux y jouiront de toute la justice, moienne et basse et de toutes les actions autres que les personnelles, civiles et criminelles, nonobstant toutes dispositions contraires faites dans la transaction de l’an 1573. et toutes possessions contraires auxquelles les parties ont renoncé.

16° La maison de Salm jouira du surplus des bois des

4. bans de Senones, Plaine, Vipucelle et Celles, mentionnés dans les partages de l'an 1598. avec les réserves cy dessus, le tout selon l’arpentage y mentionné.

17° Le Sr. Abbé continuera la joüissance, comme du passé, de la forest qui est prés le Prieuré de S. Sauveur, dit le bois de la Cour S. Pierre.

18° Sur la difficulté mue au sujet d'Ancerviller et Josain, il a été convenu que les parties s’en rapporteront à ce qui sera jugé et décidé par Monsieur l’Abbé de Riguet, Grand Prévost de Sh Diez et par le Sr. Dolmaire maitre Echevin dudit lieu, au sujet de la haute justice dud. lieu, sur les prétentions respectives desd. parties.

19° Au surplus les transactions de 1573. 1574. et 1580. seront exécutées selon leur forme et teneur. Cette transaction fut faite à Metz en présence du R. P. D. Henry Hennezon Abbé de S. Mihiel et Président de la Congrég. de

5. Vanne, et du Sr. Bouchart de Gemingoutte et de quelques autres témoins.

Après une année entière d’éxécution, Mr. le Prince de Salm père, désavoua la transaction dont on vient de parler, comme faite à son insçu et sans sa participation, et en même tems constitua le Sr. François du Pin pour se présenter de sa part au Grand Conseil contre lesd. Abbés et religieux. On créa aussi tuteur du jeune Prince de Salm, le

vra

Désaveu de latransact i o n de

1687. le 31. Janvier.

Arrêt d’ appointé de l’an 1689 (*)•

même du Pin, lequel en cette qualité désavoua pareillement tout ce qui s’étoit fait dans cette occasion par Mesdames l’Abbesse de Remiremont et la Princesse Christine, et obtint du Grand Conseil une commission en datte du 9e Avril 1688. en vertu de laquelle il y fit assigner les Abbés et religieux de Senones, pour se voir faire deffense de rien entreprendre en conséquence de la ditte transaction.

Les Abbés et religieux comparurent à cette assignation et déclarèrent qu’ils consentoient très volontiers à la cassation de lad. transaction, qu’ils jugeoient eux mêmes très préjudiciable à leurs droits ; mais en même tems ils présentèrent leur requeste en rescision des transactions des années 1573. 1574. et 1580. et demandèrent d’etre remis au même état où ils étoient lors des transactions de 1261. et de 1284. dans la derniere desquelles les parties avoient expressément renoncé au bénéfice de toutes possessions où prescriptions contraires.

L’affaire étant en état d’etre jugée aud. Grand Conseil, le Sr. Roussel qui la sollicitoit pour la maison de Salm prévoiant sa condamnation et craignant la restitution de cinquante mille écus pour les bois vendus par le Sr. Rouchard, dont la moitié devoit revenir à l’Abbé, pria Mr le Comte de Couvonge, qui étoit alors à Paris, de porter l’Abbé de Senones à quelque accomodement. L’Abbé de Senones consentit à un arrêt d’appointé et demanda d’abord deux choses : la lre. que l’abbaïe de Senones, son enclos intérieur et extérieur, l’Abbé et les religieux d’icelle, leurs fermiers de S1. Siméon et du Mesnil, de Neuf-Maison, de la Forain et de la Cour S. Pierre ditte de S. Sauveur, leurs fermiers, domestiques et leurs huit bons hommes et leur

(1) Le mot appointement , arrêt d'appointé, était anciennement employé, soit pour désigner tout règlement judiciaire sur une contestation et notamment ceux dont l’objet était de faire juger un procès par la voie du rapport, sur écriture en production, soit pour désigner les jugements préparatoires qui réduisaient le débat à un ou plusieurs points, sur lesquels des renseignements étaient demandés par le juge. Sous les coutumes d’Artois et de Hainaut, appointer était synonyme de transiger, traiter.

village, territoire et habitans de Ghata, demeureroient et seroient déclarés francs et exempts, sans exception ni réserve d’aucun cas, de toute jurisdiction, autorité, police et inspection que la maison de Salm y pourroit prétendre ; et la 2e., que tout ce qui avoit été en commun ci devant entre lad. maison de Salm et l’Abbaye seroit partagé, affin d'éviter à l’avenir toutes difficultés.

Cette demande ayant été accordée, les articles de l’accomodement furent dressés et Me la Princesse Christine de Salm les signa tant en son nom qu’au nom de Monseigr. le Prince de Salm son frère et de Made. l’Abbesse de Remiremont sa soeur ; de même que l’Abbé de Senones tant en son nom qu’au nom des Religieux de son Abbaye. Mais avant que de faire rendre l’arrêt d’appointé dont on étoit convenu, le Sr. Du Pin tuteur onéraire du jeune Prince de Salm, fit assembler Mrs. les Parens de ce Prince et leur proposa ces articles, les suppliant de lui en dire leur avis, affin qu’il s’y conformât.

L’Assemblée fut des plus solennelles, car il y comparut Mr. Henry Jules de Bourbon, Prince de Condé, oncle maternel à cause de Madc. son épouse, par Etienne Hargeviller Procureur au Châtelet à Paris, fondé de sa procuration ; Messire Charles de Lorraine Duc d’Elbeuf, Mre. François de Lorraine, Prince de Lislebonne, Mre Louis de Lorraine, Comte d’ Armagnac, Grand ecuyer de France, Mre Charles de Lorraine Comte de Marsan et Mro Alfonse Loüis de Lorraine chevaillier d’Harcourt, tous par Maitre Michel Alliger Procureur au Châtelet de Paris, fondé de procuration passée le 26. Mars 1689, et Messire Frédéric Maurice de la Tour d’Auvergne, Comte d’Auvergne, par Maitre Philippe Bousigault aussi Procureur au Châtelet de Paris, tous fondés de procuration ; lesquels après avoir fait les sermens en tel cas requis, déclarèrent unanimement qu’ils étoient d’avis que led. Sr. Du Pin donnât tous les consentemens necessaires à la consommation de cette affaire.

En conséquence de cette résolution le Sr. Du Pin présenta sa requeste au Grand Conseil le 29. Mars de la même

année, déclarant qu’il consentoit à tous lesd. articles et le lendemain 30. du même mois Monseigr. le Prince de Salm père, et Made. l’Abbesse de Remiremont et la Princesse Christine ses soeurs, présentèrent aussi la leur aux mêmes fins, de sorte que le 31. du même mois de mars 1689. intervint l’arrêt d’appointé du consentement de toutes les parties.

Lorsque tout fut arrêté et qu’il ne restoit plus qu’a faire rendre l’arrêt, les agens de M. le Prince de Salm firent entendre au Roy trés-chretien que cette affaire ne le regardoit pas moins que M. le Prince de Salm, puisqu’étant possesseur actuel des Duchez de Lorraine et de Bar, la restitution que demandoit l’abbé de Senones étoit également contre led. Duc comme contre le Prince de Salm qui avoient chacun égale partie dans les choses répétées. Le Roy s’étant fait informer de l’affaire, défendit au Grand Conseil de rien prononcer sur cette affaire jusqu’à nouvel ordre. Alors l’Abbé de Senones fit agir Mr. Alliot son frère qui étoit médecin de M. de Louvois, et M. de Louvois aiant témoigné au Roy que l’Abbé de Senones renonçoit à ce qu’il pourroit demander à Sa Majesté comme étant au droit du Duc de Lorraine, l’arrêt fut rendu contre la Maison de Salm seule. Aussy le Procureur General du Roy fit insérer dans l’arrêt d’appointé du dernier mars 1689. ces mots remarquables, nôtre grand Conseil a donné acte à nôtre 'procureur Gnal, des déclarations faites et réitérées au procès par lesdits Abbez et religieux , qu’ils ne nous demandent rien à cause des droits qui lui appartiennent en conséquence du partage de Vannée mil cinq cent quatre vingt dix huit . Quand Madame la Princesse Christine et l’Abbé D. Pierre Alliot parurent dans le parquet, Made la Princesse conduite par un Prince du sang, le premier Président lui dit d’oter ses gands et ajouta que depuis longtems la Maison de Salm vexoit et pilloit l’Abbaye de Senones; il dit aussy à l’Abbé qu’il avoit agi comme un jeune homme, en abbandonnant les interets de son Abbaye, sans attendre un jugement définitif qui l’auroit rétabli dans tous ses droits.

C’est ce qu’il racontoit luy même après la conclusion de cette grande affaire.

Cet arrêt contient presque tous les mêmes articles qu’on a veu ci devant dans celui qui fut passé à Metz en 1687. et qui n’eut point de lieu. Voici seulement quelques articles particuliers : Par exemple, « l’Abbé de Senones et l’Abbaye « sont maintenus dans le droit et possession de grüerie (t).

« dans leurs bois, pour l’exercer conformément à l’ordon- « nance des eaux et forets du mois d’Aoust 1669. De plus,

« que l’Abbé et les religieux pourront créer sans le consen- « tement et hors la présence des Officiers de Salm, leurs « huit bons hommes et tous officiers de justice dans lesd.

« lieux, même un gruyer et forestier, sans préjudice de la <c haute justice appartenante à la Maison de Salm, etc...

« Que les Bangardes dans les trois bans de Senones, y com- « pris Sh Stail et Grandrup, Plaine, Vipucelle ou Salm, « seront crées conjointement et prêteront le serment « accoutumé, tant à la Maison de Salm qu’auxd. Abbés et « religieux et à leurs officiers. Les Abbés et religieux de « Senones conjointement avec la maison de Salm, sont « maintenus dans le droit et possession du droit de chasse « dans les 4. bans, et dans le droit de prendre par moitié « les acensemens de terres vagues ; jouiront de plus de la « totalité des bois tant de chambre que communaux et « autres du ban de Senones, avec les scies et marches « d’icelles, notamment de celles dites du Fossé, du Bouton, « de Barfontaine, du Pont de Salm, du Grandbras et géné- « râlement de toutes les autres scies qui sont dans led. Val « de Senones, comme aussi de la totalité des bois du ban « de Vipucelle, avec toutes les scies et marches d’icelles. « Les Abbés et religieux sont maintenus dans le droit et « possession de présenter à la cure de Celles et à ses de-

(1) On appelait ainsi le droit que le roi avait de prendre partie du produit des coupes de bois vendu sans être écorce ; il est encore désigné sous l’expression bois en gruerie ou en grume Ce droit a été supprimé (L. 7 11 Sept. 1790, art. 10) ainsi que les officiers des grueries, maîtrises, etc. (L. 15-29 Sept. 1791, tit. 15).

Arrêt touchant la haute justice d’Anserviîler, 1693. 31.

mars.

Désaveu de Monseigneur le Prince de Salm contre l’arrêt de 1689., donné en

« pendances; et quant aux prétentions respectives des « parties touchant la justice, haute, moyenne et basse « d’Anserviller, fut ordonné que les parties contesteroient « plus amplement dans deux mois. Décharge les Princes de « Salm de la redevance de deux sols strasburgis qu’ils « avoient accoutumés de payer à l’Abbaye, à cause de leur « chateau de Salm, fondé et bâti sur le terrain de lad. « Abbaye. Ordonne qu’à l’avenir lesd. Abbés et religieux « pourront convoquer et tenir leurs plaids annaux quand « bon leur semblera, hors la présence des Officiers de la « maison de Salm, et sans être tenus de les y appeler. »

La difficulté touchant la justice haute, moyenne et basse d’Anserviller fut aussi terminée au gré des parties, par un arrêt d’ appointé du 31. Mars 1693. qui ajuge la somme de 200. frans barrois de rente annuelle aux religieux de Senones, en indemnité de la haute justice qu’ils ont cédée aux Seigneurs Princes de Salm. Ces traités et transactions furent observés assés exactement par les Officiers de Messeigneurs les Princes de Salm, jusqu’à la paix de Risvich, conclue en 1699. Alors on prétendit que par l’article 26. qui porte : « Les biens qui appartiennent au Prince de Salm « et au Rhingrave et Valgrave, les Agnats et nommément « la Principauté de Salm, leur seront restitués et par Eux oc possédés de la même manière et avec les mêmes droits oc qu’ils les ont possédés avant leur destitution et qu’il a été « convenu par cette paix. » On prétendit, dis-je, que par cet article du traité de paix, l’arrêt de l’an 1689. étoit annulé, et les officiers dèsd. Seigneurs Princes de Salm ne feignirent pas d’y contrevenir en toutes manières.

Le 31. Oct. de l’an 1699. Monseigr. le Prince Théodore Otto de Salm, donna sa procuration pour faire son désaveu de l’arret du Grand Conseil donné en 1689. Ce désaveu fut signifié le 7e Juillet 1700. Il porte « qu’il est fort surpris (( que les religieux de Senones ses sujets prétendent se « servir contre lui des arrêts du Grand Conseil du Roy très « chrétien, jusqu’à s’en faire un fondement pour se sousoc traire, dit-il, de notre souveraineté régalienne, encore

« bien que ces arrêts soient incontestablement cassés,

« annulés et révoqués par l’art. IV. du traité de paix de « Risvich et autres articles, nomément par le 26e intervenu « en notre faveur, comme Prince et Etat de l’Empire, en « vertu desquels nous sommes rétablis dans la souveraineté « régalienne de notre Principauté de Salm et droits d’icelle, ce de la même maniéré que nous en avons joui avant la « réunion et destitution faite par la France, et que ce prince cipe serve de régie dans tous les tribunaux suprêmes et cc subalternes de l'Empire. » Il ajoute, « Nous désavouons « tout ce qui a été inséré ou présenté aud. Grand Conseil, « spécialement les 2. requestes qui doivent y avoir été « présentées le 29. et 30. Mars 1689., l’une sous le nom du « Sr. François Du Pin, en qualité de prétendu tuteur du « Seigneur Prince Louis Otto, notre fils mineur. . . l’autre « sous notre propre nom. Led. désaveu fondé sur ce que « lesdtes. deux requestes et arrêts ont été faits et donnés à « notre insçu et sans notre participation, etc. . . »

Le 19. du mois de Janv. 1700. les Abbés et religieux de Senones firent signifier au Sr. Léopold Bouchard, Procureur fiscal de la Principauté de Salm, « qu’ils protestoient de nullité des actes qu’il leur avoit fait signifier et que nonobstant lesd. significations ils prétendoient mettre à éxécution les transactions et arrêts du Grand Conseil obtenus les 29. et 31. Mars 1689. et autres arrêts rendus en conséquence. »

Ils étoient d’autant mieux fondés à former cette opposition que l’art. 36. du même Traité de Risvich porte : Il est arrêté que toutes les procédures , sentences et décrets faits et rendus par le Conseil, les Juges et autres Officiers du Roy très chrétien , au sujet des controverses et actions poussées jusqu'à la définitive , tant entre les Duchés de Lorraine et de Bar, qu'autres , du tems que S. M. T. C. possedoit ces Etats , auront lieu et sortiront leur plein et entier effet , non moins que si led. R. T. C. en fut demeuré possesseur . Et il ne sera point permis de révoquer en doute lesd. sentences et décrets , de les annuler ou d'en retarder et empêcher l'éxe-

Actes signifiés au Sr.

Bouchard contre le dés aveu ci-dessus.

cution. Mais il sera libre toutefois aux parties d'avoir recours à la révision des pièces selon V ordre et la disposition des lois et ordonnances du pays , les sentences demeurant cependant dans la même vigueur.

Quant aux motifs allégués dans Facte de protestation de Monseigneur le Prince de Salm, les avocats Le Fèvre et Evrard, consultés à Paris sur ce sujet, répondirent qu’encore que de Fontaine qui occupoit pour Monseigneur le Prince de Salm fût mort, il ne pouvoit être désaprouvé après son décés. Que l’arrêt ayant été exécuté pendant onze ans, sans que mond. Seigr. s’en soit plaint, il n’étoit plus recevable à le désavouer. Que ce procès ayant été jugé contre le donataire du Roy très chrétien, qui étoit alors reconnu pour seul légitime propriétaire de la Principauté de Salm, les consentemens qui ont été donnés de sa part ont été donnés par autorité de justice, avec l’aveu et l’agrément de ses parens; il n’a point formé de désaveu; ce qui a été jugé avec lui doit s’exécuter avec Mr. son frère. Que la principauté de Salm lui ayant été rendue par le traité de Risvich, pour en jouir avec les mêmes droits qu’il en jouissoit auparavant, cela ne doit s’entendre que des droits dont il jouissoit légitimement. Quand de Fontaine son Procureur seroit encor vivant, le désaveu formé par Mr. le Prince de Salm, ne pouroit empêcher l’éxecution de l’arrêt du Grand Conseil, un tel désaveu ne pouvant servir que de moyens de se pourvoir contre led. arrêt par voye de justice réglée.

xin Cependant les officiers de la maison de Salm usoient de L'Abbé Ai- voie de fait et, sans se mettre en peine des transactions, I i ° t se avoient fait signifier aux Abbé et religieux de Senones, pourvoit une ordonnance de Monseigneur le Prince de Salm en

auprès de °

s. a. R. datte du 10e Juillet 1698. pour obliger lesd. Abbés et Relide Lorrai- gieux de reconnaitre sa souveraineté régalienne, à peine 1700 ’ d’être traités comme rebelles et séditieux, avec injonction

aux Officiers de lad. Principauté de les y contraindre par toutes voyes et de saisir tous les biens et revenus de lad. Abbaye situés sous la Principauté de Salm. En outre ils

firent assigner par devant eux les Officiers et Bons hommes de l’abbaye, pour les forcer de reconnoitre leur souveraineté. Les Abbé et Religieux de Senones en portèrent leurs plaintes à S. A. Royale de Lorraine et lui remontrèrent qu’ils avoient plusieurs actes qui prouvoient que leur Abbaye étoit sous sa protection et souveraineté, et que tout récemment l’arrêt du Grand Conseil du Roy rendu en 1689. avoit reconnu cette abbaye, son enclos extérieur et intérieur, ses fermes, ses huit bons hommes, etc..., exempts de toute jurisdiction, autorité, police et inspection de la Maison de Salm ; sur quoy la Cour donna son arrest le 16. janvier 1700. par lequel elle maintient et garde sous la protection, sauvegarde et souveraineté de S. A. R. les Abbés et religieux de Senones, leurs officiers et bons hommes, l’enclos intérieur et extérieur de lad. Abbaye, le village de Ghatay et leurs fermes ; casse et annuelle un jugement rendu à Badonviller le 14. Sept. 1699. par lequel on donne acte au Procureur fiscal de la Principauté, des protestations qu’il fait de nullité de tous les attentats prétendus et entreprises faites sur la régale de la Principauté de Salm, infraction de la souveraineté directe et immédiate de l’Empereur et de l’Empire et contravention au traité de Risvicb, etc.

D’un autre coté Monseigr. le Prince de Salm fit citer le 5. Janv. 1700. le Sr Abbé de Senones à la Chambre impériale de Vestlar, comme perturbateur de la paix, avec ordre de relâcher quelques huissiers qu’on avoit arrêtés et deffense de troubler Monseigr. le Prince de Salm dans sa souveraineté régalienne. Ensuite intervint un mandement delà même Chambre impériale du 17. Aoust 1701. de se non subducendo vel eximendo ab imperio sous peine de X. marcs d’or, signifié aux Abbé et Religieux de Senones le 13 Oct. suivant.

Mais S. A. R. Léopold, Duc de Lorraine, à la requeste de son Procureur Général, fit rendre par sa Cour souveraine de Nanci, un arrêt en datte du 19. Oct. 1701. qui déclare le mandement émané de la Chambre Impériale, mal, nulle-

Citation de l’Abbé de Senones à comparoitre à la Cha mb rie de Vezlar, 1700.

Arrêt de deffense de la Cour souveraine de Xiorraine.

Second arrêt de deflPense de comparoitre à la Chambre Impéri al e de Vezlar.

XVÏ

Traité du 3 . mars 1709. par lequel S.

A. K. rec o n n o i t pour souverain par indivis Monseig.

le Prince de S a 1 m dans l’abbaye de Senones.

ment et incompétement obtenu, fait très expresses deffenses aux Abbé, Prieur et Religieux de Senones de comparoitre à la dite Chambre, à peine d’être procédé contre eux extraordinairement, comme sujets rebelles aux ordres de leur souverain légitime et de sept mil frans d’amendes.

Cependant l’Abbé de Senones ayant constitué un avocat dans la ditte Chambre de Spire, pour respect pour ce tribunal et pour y proposer ses exceptions déclinatoires, le Procureur fiscal de l’Empire obtint un décret du 17. Juillet contre les Abbé et Religieux de Senones, de répondre dans deux mois pertinemment aux conclusions prises par led. fiscal, sinon et à faute de ce, sera fait droit sur ce que led. fiscal dira et produira. Mais la Cour souveraine de Lorraine rendit le 27. Juillet 1702. un second arrêt qui casse et annule led. décret de la Chambre impériale, comme rendu par attentat et entreprise sur les droits de la souveraineté de S. A. R. sur l’abbaye de Senones, comme rendu par juges incompétens et sans caractère à cet égard, fait defïense auxd. Abbé et Religieux d’y obéir ni déférer sous peine de dix mille frans d’amendes et d’être procédé extraordinairement contre eux, comme contre des sujets rebelles, etc. . .

Ces difficultés durèrent encor quelq. années, mais elles furent poussées avec beaucoup moins de vivacité qu’auparavant. Les deux souverains s’accordèrent enfin et S. A. R. de Lorraine reconnut la souveraineté de MonseigL le Prince de Salm, par indivis avec elle, sur l’Abbaye de Senones. Auparavant, on ne chantoit pour aucun souverain dans l’abbaye ; depuis l’an il 09. on commença à y chanter pour les deux souverains, Domine , salvos fac Principes nostros.

Le 3e Mars de cette année il 09. les Srs. Charles Arnoud Yignoles, conseiller d’Etat de S. A. R. et son Procureur général en sa Chambre des comptes de Nancy, et Humbert Roussel, conseiller et intendant des affaires de S. A. S. MonseigL le Prince de Salm, firent un traité au nom et par l’authorité des deux Princes susdits souverains de la terre de Salm, par lequel ils réglèrent les droits et prétentions

respectives des deux princes, mais sans aucune intervention de l’Abbé ni de l’Abbaye de Senones, dont cependant on n’a pas pu se dispenser de parler dans led. traité ; on y a inséré entre autres l’article XI. qui la concerne et qui pouroit lui être très préjudiciabte, si elle y avoit acquiescé et qu'on lui donnât l’explication que lui donnent les Officiers de la Principauté contre l’arrêt du Grand Conseil de l’an 1689. Voici les termes de cet article :

« Les décrets émanés du Conseil de S. A. R. et les arrêts « de son Parlement et tous autres jugemens et actes faits « et intervenus sous quelque nom que ce puisse être, au « sujet de l’Abbaye de Senones, au préjudice du partage de « i598. et des transactions passées entre les auteurs des cc deux Princes et lad. Abbaye ez années 1573. 1574. et (( 1580., lesquels partages et traités ont été du depuis re- « présentés, demeureront nuis et comme non avenus ; « ainsi que toutes procédures qui peuvent avoir été faites « de part et d’autre à la Chambre impériale de Vezlar, ou « en quelques tribunaux que ce puisse être, auxquels sad. « Altesse Roiale et mond. Seigr. le Prince de Salm renonce cent respectivement, demeurant icelles nulles et comme cc non avenues. »

Depuis ce tems les choses sont demeurées au même état qu’elles étoient auparavant, et au lieu de faire quelque justice à l’abbaïe de Senones, on a fait à son préjudice de nouvelles entreprises.

Revenons à l’histoire de l’Abbé Alliot, dont nous avons été obligé d'interrompre la suite, pour donner sans interruption ce qui regarde ses démêlés avec la maison de Salm.

Après l’obtention de l’arrêt du Grand Conseil en 1689., les Prieur et religieux de Senones demandèrent à l’Abbé Alliot qu’il leur fit part :

1° De la moitié des biens récupérés à l’Abbaye, en vertu dud. arrêt. Le R. P. D. François Rillaut, prieur de Senones, fit sur cela plusieurs écritures, auxquelles l’Abbé Alliot répondit.

2° Lesds. RR. P. Prieur et religieux demandoient de plus

Les Prieur et Religieux de Senones prétendent avoir part aux biens réc u p é r é s

en vertu de l’arrêt du Grand Conseil.

la haute justice sur les fermiers du Mesnil, des deux Forains, sur les habitans de Ghatay, et sur leurs propres domestiques.

3° Et sur deux des huit bons hommes.

4° En outre la moitié dans le demi-tiers des rivières et ruisseaux récupérez sur la Maison de Salm.

5° En outre la moitié dans les scieries du Val, dans les bois et marches d’icelles, à l’exception des deux scieries de Lienmont et de Lienrup.

6° Que dans les taxes des dons gratuits, décimes, etc., led. Abbé paiat les deux tiers de l’imposition faitte au couvent et le couvent l’autre tiers ; c’est a dire que, sans faire attention à la taxe à laquelle l’Abbé en son nom seroit cottisé, il payeroit encore les deux tiers de la taxe imposée aux Religieux ; par exemple, si l’Abbé est cottisé à deux mille livres et les religieux à neuf cent livres, ledit Sr. Abbé outre ses deux mille livres, payeroit encore les trois quarts de l’imposition faitte auxd. religieux, c’est à dire 675u (!). Ils fondoient cette prétention sur une séparation de mense faitte par l’Abbé D. Jean Lignarius le 3. Octobre 1602. et confirmée par le Pape Clément VII. le 3. des Ides de Juillet 1603., et encore sur un traité passé entre D. Jean Lignarius Abbé et le couvent en 1604. lequel traité ne peut être retrouvé. Mais la bulle confirmative porte Salvis nihilominus oneribus et impositionibus decimarum doni gratuitij ad quae ipse Abbas pro dimidia, cum priore et conventu praedictis ; pro altéra vero partibus , solus obligatus abbas remanebit. Datum Romae 1603. 5. Id. Jul.

7° Répétoient une étable à chevaux nommée la Bouverie , du coté de l’eau, comme aussy la place joindante (2) et contiguë au ruisseau du moulin, laquelle a été depuis échangée contre une partie du jardin du Sr. Abbé, où l’on avoit bâti une grange avec les écueries.

8° Une petite maison dans le grand jardin du sr. Abbé

(4) 675’11, lire G75 livres, (2) Lire joignante.

pour refuge en cas de peste, et où l'on conduisoit ceux qui avoient la peste par une porte qui étoit encore dans le jardin desd. religieux.

9° Répétoient la thuilerie qui est au dessous du grand jardin, comme aiant été bâtie aux frais desdits Religieux.

10° Que le Sr. Abbé augmentât le nombre de dix resaux de grains et de 26. mesures de vin, à cause du nombre des relig. excédant celuy de dix, qui s'y trouvoient au tems de la réforme.

11° Que celuy qui a la charge de Prévôt moine de l’abbaye, mette deux jurez à Senones pour avoir inspection sur les vins et victuailles.

Le R. P. D. Pierre Alliot répondit à ces articles :

1° Que le procès intenté contre la Maison de Salm, aiant été intenté et poursuivi en son seul nom, et en aiant soutenu seul tous les frais, il doit jouir seul du privilège qui en revient.

2° A déclaré consentir à ce que les religieux jouissent de la haute justice sur leurs domestiques et sur les fermiers des deux Forains; mais non sur Ghatay, qui ne leur a jamais appartenu, ni sur deux bons hommes qui ne les regardent pas. Quant aux rivières il a soutenu qu’elles luy appartenoient et lui avoient toujours appartenu nuëment et privativement auxd. religieux.

A l’egard des bois et scieries, il a dit que le couvent n’y pouvoit rien prétendre, n’y aiant jamais eu aucune part; mais qu’il reconnoissoit qu’ils y avoient leur affouage et maronage ('), et en outre vingt cinq planches par an, pour

(1) Le marronnage est le droit d’obtenir du bois, soit pour construire à neuf, soit pour réparer.

Le mot marronnage (qu’on écrit aussi maronnage et maronage ) vient de materia, d’où sont venus materiamcn, materies, merena, marenna, puis marreur, mairien, merrain. (V. le Gloss, de Ducange et Roquefort, Dict. de la langue romane).

On distingue les grands et les petits usages forestiers. Les grands usages sont: 1° Y affouage, qui consiste dans le droit de prendre le bois nécessaire au chauffage ; 2° le marronnage , qui est le droit de se faire délivrer des arbres pour les réparations et les constructions des bâtiments; 3° le pâturage et la glandée. • — Les petits usages consistent seu-

leur usage, et cent livres de fer sur les forges de Framont.

A l’égard des impositions de décimes, dons gratuits et autres charges extraordinaires, il a déclaré s’en tenir à ce qu’en diront les Commissaires ; de plus a dit que par traitté passé entre Monseigneur le Cardinal Nicolas François, comme Abbé de Senones en 1629. et ratifié en 1691., led. Seigr. Abbé au moien de la cession par lui faitte au couvent de sa ferme du Mesnil et d’une somme de mille frans comptants, une fois payée, il est déchargé des réfections et des autres charges ordinaires et extraordinaires auxquelles il étoit attenu.

Enfin led. Sr. Abbé, pour témoigner l’inclination qu’il avoit de faire tout pour le bien du monastère, a déclaré consentir que tous les traittez faits jusqu’à présent entre les Abbés ses prédécesseurs et les religieux, soient cassez et annuliez, que tout le bien de l’abbaye soit remis dans une masse, qui sera partagée par des Arbitres et autres gens à ce connoissans, dans la meilleure forme que faire se pourra, le tout à frais égaux entre lui et les religieux ; et que trois parties en soient faittes, conformément à ce qui se pratique en France ; qu’un tiers soit franc pour l’Abbé, un tiers franc pour les religieux, l’autre tiers affecté aux charges, lequel demeurera sous le gouvernement du Sr. Abbé ou des religieux, au choix desdits religieux. Et led. Sr. Abbé s’offrant de paier les frais qu’il conviendra faire pour l’homologation ou ratification dans quelle cour ou justice qu’il sera necessaire, au prorata du tiers qui lui sera échu, se réservant neanmoins tous les droits honorifiques dans l’abbaye et sur les sujets de Senones, outre le tiers qui lui obviendra par partage.

Touchant l’étable de chevauz nommée la Bouverie , et depuis échangée contre une maison ou grange qui étoit dans son jardin potager, a reconnu que la grange échangée

lement dans le droit d’enlever les branches sèches et bois morts. En Alsace et en Lorraine, le droit de marronnage prend habituellement le nom de marnage. On appelle aussi bois de marnage } les grands bois, les bois de construction.

contre laditte maison, étoit effectivement située dans une partie de son jardin potager, mais qu’elle étoit en ruine, et qu’il l’a rebâtie dans l’enclos des religieux à ses frais et dépens, avec une partie des murailles pour en faire le contour; qu’à l’egard du fond, pour indemnité il abandonne le corps de logis ; scavoir la chambre où il loge, les deux cabinets avec les deux archives, avec la cave et tout le reste du bas et du haut dud. corps de logis qu’il a lait bâtir à ses frais ; duquel corps de logis une partie appartenoit cy devant à la mense abbatiale et l’autre aux religieux. Led. R. P. Abbé a cédé pareillement la moitié de la cave où est présentement le chapitre, si jà n’a été codée cy devant.

Pour ce qui est des religieux attaquez de la peste, il consent que l’on bâtisse une loge au même endroit où elle étoit cy-devant, pour y retirer, en cas de besoin, les pestiférez.

Quant à la tuilerie, a consenti que les religieux en jouissent conformément au traitté passé entr eux et le très R. P. D. Joachim Yivin, son prédécesseur.

A l’egard de l’augmentation du nombre des religieux, cet article n’a plus de lieu depuis la réforme et depuis le décès des religieux anciens et non réformez.

Enfin qu’il n’empêche pas que le Sr. Prévôt ou Prieur de Senones ne mette deux jurez au bourg de Senones, pour veiller sur les vins et victuailles, le tout par le conseil et avis dud. sr. Abbé.

Et comme Messieurs les Chanoines de Sb Diey avoient renoncé à la collation de la Cure de Brouville, moiennant la somme de trente frans barrois qu’ils s’obligeoient de payer par an à l’abbaye de Senones, led. sr. Abbé a consenti que les religieux touchent lesdits trente frans en lui laissant la collation de laditte Cure, ou qu’ils lui abbandonnent la ditte somme de trente frans, et qu’en ce cas, il leur cède la nomination à la Cure de Brouville.

Enfin le 28. Aoust 1694. lesd. Abbé, Prieur et religieux passèrent un compromis par lequel ils choisissent pour juges de leurs différends le R. P. D. Hiacinthe Alliot, Abbé

de Moyenmoutier et D. Gabriel Maillet, Prieur de Ste. Croix de Nanci, avec pouvoir de prendre pour 3e juge compromissaire tel autre juge régulier ou séculier qu'ils jugeroient à propos. Et le 15e Mars 1695. lesd. Juges compromissaires ayant pris pour 3e, le R. P. D. Humbert Belhomme, pour lors Prieur de S1. Nicolas, et s’etant exprès transportés à Senones, ils portèrent leur jugement. Et attendu que les prédécesseurs du R. P. D. Pierre Alliot, Abbés de Senones, avoient toujours joui des bois et scies du Val de Senones, comme aussi des rivières, création des officiers de gruerie, droit de chasse et acensement des terres vagues, avant et après les traités ou accords faits entre eux, led. Abbé D. Pierre Alliot fut maintenu dans toutes ces choses, ainsi que dans le droit de tenir seul ses plaids annaux, auxquels les religieux pouront assister en la manière accoutumée.

Quant aux autres articles, les religieux se déportèrent de la plupart de leurs demandes, lesquelles n'etoient pas contestées, ou sur lesquelles le R. P. Abbé avoit fait des offres très raisonnables. Il fut de plus ordonné que les religieux continueroient à percevoir la quantité de cent livres de fer sur les forges de Framont ; que l'échange de l’étable nommée Bouverie, avec le nouveau batiment construit par le très R. P. Abbé, sera exécuté et qu’il en sera passé un acte dans les formes devant notaires; que la tuilerie demeurera aux religieux ; qu’il leur sera libre d’accepter les trente frans barrois cédez par Messieurs les Chanoines de S*. Diez ou la collation de la cure de Brouville; qu'à l'égard du paiement de la décime et du don gratuit, attendu que le traitté cité de l’an 1604 est adhiré, les parties feront leurs diligences pour le récupérer et mettront ledit traitté, celuy de 1602, et la confirmation faitte par le S1. Père en 1603, avec la transaction de l’an 1629, entre les mains de tels avocats et praticiens qu’ils jugeront à propos, pour être par eux la difficulté touchant le dit don gratuit et la décime, jugée et terminée : sauf aux religieux d’accepter les offres à eux faittes par le très R. Pere Abbé de procéder à une nou-

velle séparation de mense, comme et en la maniéré qu’il se pratique dans tout le royaume de France.

Cette affaire du don gratuit et des décimés a été enfin terminée en 1740. Les deux parties s'en étant rapportée au jugement des avocats de Paris, qui donnèrent leurs avis le 2. Avr. 1740. auquel tant fabbé que les religieux ont acquiescé par acte du 12 Avril 1740 ; et a été décidé que l’Abbé paieroit moitié des impositions extraordinaires sur les biens cedez par l’Abbé Lignarius, et non sur les autres fonds plus anciens.

Il se présenta une affaire bien plus importante en i698. S. A. R. de Lorraine, Léopold Ier., étant heureusement rentré dans la jouissance de ses Etats et ayant formé le louable dessein de procurer la gloire de Dieu et d'illustrer sa ville de Nancy, capitale de ses Etats, par l’établissement de 4. Abbayes, une de chacun des quatre Ordres rentés du pays, les supérieurs majeurs de la congrégation de S. Vanne, pour entrer dans des vues si justes, résolurent du consentement du R. P. D. Pierre Alliot Abbé, de transférer la mense abbatiale de Senones à Nancy et de l’unir en perpétuité à la maison de Ste Croix, que lad. Congrégation possédoit déjà dans la même ville, affin de la rendre plus considérable et plus puissante, et par conséquent plus en état de répondre aux intentions de S. A. R.

Les religieux de Senones assemblés capitulairement, y donnèrent leur consentement le 30. Juin 1698, mais néanmoins avec ces modifications : 1° Que le prieur de Senones nommé par le chapitre général, jouira dans le val dud. Senones des mêmes droits spirituels, dont les Abbés jouissoient auparavant ; 2° Que la mense conventuelle sera méliorée à dire de gens experts, en mieux value des charges auxquelles lad. mense conventuelle sera atténué à l’avenir par une suite de la désunion proposée. 3° Que le prieur régulier de Senones sera nommé comme ci devant par le Chapitre général. 4° Qu’au cas que par malheur la maison cesseroit d’être unie à la congrégation de S. Vanne, le droit d’elire son supérieur demeureroit à perpétuité au Chapitre de Senones.

P r o j e t de trans férer 1 ’Ab b aye de Senones à Nanci. 1698.

L’Abbé Alliot poursuit l’expediti on de ses Huile s pour l’ A b b aye de Senones. 1693.

Ce projet d’union n’eut point son effet, mais dans le Chapitre général de la Congrégation tenu dans l’Abbaye de Luxeuil en 1701. il fut ordonné qu’en exécution des Bulles de Paul V. les Abbés et Prieurs titulaires des maisons de la congrégation situées en Lorraine, feroient quelque démembrement des biens fonds de leur mense, pour les unir à la maison de Ste Croix de Nanci, qui fut dès lors érigée en Abbaye. Le R. P. D. Alliot Abbé de Senones, donna pour sa part la maison et les biens qu’il possédoit à Art sur Meurthe près Nanci, ce qui fait un revenu d’environ deux mille cinq cens livres par an. D. Pierre Alliot étoit alors à Rome. Son frère D. Hiacinthe Alliot, Abbé de Moienmoutier, fit la chose au nom de son frere, lequel à son retour de Rome ratifia tout ce qui avoit été fait en son absence.

La paix ayant été conclue à Risvich sur la fin de l’année 1697. l’Abbé Alliot sollicita puissamment S. A. R. Léopold I. de vouloir bien faire lever le nihil transeat à Rome, et de lui permettre d’y poursuivre la confirmation de son élection et l’expedition de ses bulles. La chose ayant été proposée dans le conseil, il fut résolu que S. A. R. écriroit à son agent à Rome pour obtenir cette confirmation, et en meme tems écriroit au Pape en faveur de Y Abbé élu. Et cependant sa ditte Altesse ayant témoigné souhaiter que l’Abbé Alliot se chargeât d’une pension de 3000u. (i) et celui-ci y ayant acquiescé, il présenta sa requeste au R. P. Président de la Congrégation de S. Yanne, pour pouvoir prendre une nouvelle possession du temporel de son Abbaye, ce qui lui fut accordé. Il en usa de même envers le Parlement de Nanci, qui lui accorda sa demande le 16. Sept. 1699 ; et le 25. du meme mois il prit une nouvelle possession par procureur, car alors il étoit déjà à Rome.

Valentin agent de sa ditte Altesse à Rome, ayant mis par mégarde dans la supplique que l’Abbaye de Senones avoit vacqué par la mort du Prieur Joachim Yivin, le Cardinal dattaire fit entendre à la Congrégation, que ce dernier

(1) 5000 livres.

Abbé étoit commendataire, et ensuite de cet avis, la congrégation tenue le 31. Juillet i698. répondit sur la supplique du R. P. D. Alliot, que la collation de son Abbaye appartenoit au S. Siège, spectare ad sanctam sedem. Après quoi le cardinal Panciatici donna avis à un cardinal de ses amis, qu’il pouvoit en conséquence de ce décret, demander cette abbaye comme vacante. Mais ce dernier cardinal ayant appris qu’elle étoit élective, ne la voulut pas demander.

Le R. P. Etiennot Procureur général de la Congrégation de S. Maur, et qui avoit bien voulu se charger aussi des affaires de celle de S. Vanne, ayant appris par ce même cardinal ce qui s’étoit passé, alla se jetter aux pieds de Sa Sainteté et lui fit entendre que la Congrégation avoit été surprise. Le Pape lui demanda ses mémoires, et quelque tems après il obtint de Sa Sainteté que cette affaire seroit de nouveau proposée et rapportée dans une autre congrégation. Le P. Etiennot et le Sr. Valentin donnèrent avis à l’Abbé de Senones de ce qui se passoit à Rome, et il sçut en même tems que les officiers de Monseigr. le Prince de Salm se vantoient en Lorraine, que le prince leur maitre avoit obtenu l’Abbaye et qu’il la feroit donner par Sa Sle'. à quel religieux il voudroit.

Ces bruits n’étoient pas sans quelque fondement, car il est certain que les officiers de Mgr. le Prince de Salm, irrités de la résistance que l’Abbé Alliot leur avoit faite et de l’arrêt qu’il avoit obtenu à Paris en 1689. , avoient envoié contre lui à Rome des mémoires pour le décrier, et avoient sollicité secrettement le R. P. D. Basile Vivin, neveu du R. P. D. Joachim Vivin, dernier Abbé de Senones (t), de donner son consentement pour qu’on demandât pour lui l’Abbaye au Pape. Mais ce religieux, aussi recommandable par sa pieté que par sa modestie, refusa d’entrer dans cette intrigue. Ils s’addressérent ensuitte au R. P. D. Claude de Bar, neveu de l’Abbé de Longeville D. Hilarion de Bar, à qui ils offrirent l’abbaye de Senones, s’il vouloit

(1) C’est-à-dire, dernier abbé de Senones avant D. Alliot.

D. Alliot va à Rome pour solliciter des B u 1 1 e s pour son Abbaie.

se prêter et donner un désaveu et renonciation à l’arrêt obtenu par D. Alliot au Grand Conseil en 1689. et à ce qui s'en étoit suivi, et obtenir du Chapitre Général un pareil désaveu dont on lui donna le modèle, que nous conservons, de même que les lettres originales du Sr. Bouchard châtelain de Badonviller. Mais ce religieux découvrit l’intrigue à D. Alliot, et lui donna les lettres qu’on lui écrivoit à cet effet. D’un autre coté, on apprit que Me l’Abbesse de Remiremont avoit fait la même proposition au nommé D. Hermenfroy Martin, religieux du comté de Bourgogne. De sorte que l'Abbé Alliot comprit que sa présence étoit nécessaire à Rome, et il s’y rendit en effet sur la fin de l’année 1698. avec le R. P. D. Humbert Belhomme, pour lors Procureur général de la Gongreg. de SL Vanne à Nanci, qui étoit chargé en particulier de soutenir les interests du R. P. D. Gabriel Maillet, élu Abbé de S1. Mihiel, à qui l’on refusoit de même des bulles de confirmation. Je ne parlerai point ici de cette dernière affaire, parce qu’elle ne regarde point l’abbaye de Senones.

Etant donc arrivés à Rome le dernier Septembre 1698. ils commencèrent à chercher dans les archives du Vatican les bulles et pièces nécessaires pour le soutien de leur bon droit. Ils les mirent en main de cinq fameux avocats qui réduisirent leurs affaires par écrit en forme de factum. Ces écritures ne purent être achevées ni produites qu’à la Congrégation du 9e Avril 1699. Presque en ce même temps ils apprirent que Mr. le Prince de Salm avoit envolé au Pape un long mémoire contre l’Abbé Alliot, que Sa Sainteté avoit renvoyé le mémoire à la signature; et enfin le procureur de D. Alliot ayant reçu ce mémoire seulement la veille de la congrégation qui se devoit tenir, il y répondit sur le champ et fit voir la fausseté de tout ce qu’on y avoit avancé.

Le Cardinal dattaire ayant pressenti que la congrégation seroit favorable à l’Abbé de Senones, fit présenter une requeste à lad. Congrégation par la datterie, dans laquelle après avoir formé opposition à ce que l’on confirmât l’élection de cette abbaye, il demanda que l’affaire étant de très

grande conséquence, on requit l’avis des auditeurs de la Rote; ce qui lui fut accordé.

Le 28. même mois, l’Abbé Alliot fit citer la datterie par devant le Président de la Rote, pour donner par écrit les raisons qu’elle prétendoit avoir de s’opposer à la confirmation de son élection. Le cardinal Tanara dattaire, se fit remettre les réponses de D. Alliot et même ses originaux et les donna au procureur de la datterie, pour les mettre en main de 4. avocats qui y dévoient répondre. Rs les retinrent jusqu’au 21. Juillet suivant, et en même tems leur signifièrent leur réponse, affin qu’ils y répliquassent pour le 23e du même mois, attendu que l’affaire se devoit rapporter à la Rote le 26. dud. mois de Juillet. Dom Alliot n’y put répondre que fort superficiellement à cause de la breveté du tems. Cependant les juges de la Rote s’assemblèrent, et quelque diligence et quelque instance que l’Abbé de Senones et le Procureur général de S. Vanne pussent faire, ils ne purent savoir quel avoit été F avis de ces consulteurs. Ceux-ci ne le publièrent que le 3. mars il 00.

L’Abbé de Senones ayant vû cette décision, demanda une nouvelle audience à la Rote, ce qui lui fut accordé le 2. avril suivant. Mais les officiers de la datterie qui s’étoient fortement opposés à cette nouvelle audience, firent tant qu’ils la rendirent inutile. Ils pressèrent vivement la reproposition de la cause, et en même tems le procureur de l’Abbé Alliot en abandonna la deffense, soit par complaisance pour ces officiers, soit qu’il désespérât de pouvoir en si peu de tems fournir l’écriture nécessaire. Dans cet embarras l’Abbé de Senones demanda à la Rote un délay nécessaire pour faire venir de Lorraine les pièces et instructions nécessaires et pour trouver dans la Cour de Rome un procureur qui voulut se charger de son affaire et s’engager à écrire avant les vacances. Il trouva le Sr. Missiroli qui s’étant chargé de sa cause, demanda avec de grandes instances que la reproposition en fut différée jusqu’aux calendes; mais la Rote sur les pressantes instances de la datterie, ordonna que la cause seroit reproposée avant les vacances, ante ferias.

Dans ce tems là le R. P. D. Humbert Belhomme avoit composé un écrit solide intitulé, Animadversiones in binas sacrae Rotae decisiones et l’avoit fait imprimer à Naples sous le nom de Mre. Dominique Doyen, avocat au parlement de Nancy. Il présenta avec l’Abbé Alliot un nouveau mémorial à la Rote, pour demander qu’il leur fut permis de produire ces animadversions pour dëffenses, attendu l’extremité où ils se trouvoient réduits par le refus d’un délay compétent pour faire écrire leurs procureurs et avocats. Mais les officiers de la datterie s’opposèrent à cette demande et soutinrent que ces animadversions étant contraires à l’usage de la Cour de Rome dévoient etre rejettées; et la Rote se conformant aux désirs de ces officiers, confirma ses premières décisions par de secondes émanées le 2. juillet de la même année 1100. unâ tantum parte informante. Cette décision ne fut publiée que prés d’un an après avoir été faite, le 9e Juin 1101.

La nouvelle d’un jugement si peu attendu et si irrégulier, ayant été portée en Lorraine, S. A. R. écrivit à Sa Sainteté et à quelques cardinaux pour se plaindre de ce que les officiers de la datterie vouloient introduire dans ses Etats, des réserves dont ils exemptent tout le reste de la chrétienté, et protesta de plus à Sa Stelé qu’encore qu’on ne pût rien ajoûter au respect qu’elle auroit toute sa vie pour le S. Siège, il lui seroit néanmoins impossible de souffrir un traitement si contraire aux usages de ses Etats et si différent des autres Souverains. C’est que les officiers de la datterie soutenoient que la Lorraine n’étant ni pays de liberté, ni pays d’usage, devait passer pour terre d’obéissance et par conséquent que les régies de chancellerie dévoient être reçues in totâ et solâ Lotharingiâ. Or la 2e de ces régies réserve au S. Siège toutes les abbayes dont la valeur excède deux cents ducats. Celle de Senones étoit de ce nombre, de même que celle de S4. Mihiel.

Les remontrances que S. A. R. fit au S1. Père, ne furent pas inutiles ; il lui fit réponse par son Bref du 5e Sept. 1102. Qu’en considération de la part qu’elle prenoit aux affaires

des abbaïes de S1. Mihiel et de Senones, il accordoit aux Abbés élus la faculté de retourner encore une fois à la Rote, où leur cause n’aiant été jusques là examinée que par une partie des auditeurs, c’est à dire seulement par une des chambres de ce tribunal, il ordonnoit qu’elle seroit examinée de rechef par toute la Rote, ce qu’on appelle Videant omnes.

Cependant les officiers de la datterie, qui n’ignoroient pas finjustice de leur propre conduite et qui n’avoient pu répondre aux animadversions dont on a parlé, offroient à l’Abbé de Senones de lui donner des Bulles proprio motu, ou même cassatâ electione , provideatur de altero , comme il se pratique souvent en Allemagne ; ils le pressoient même d’en recevoir, en lui disant que la Cour de Lorraine se jouoit de sa simplicité et qu’un jour il se repentiroit de n’avoir pas profité de leurs offres. D. Alliot les refusa toujours constamment parce qu’on vouloit qu’il renonçât à son élection, du moins qu’il n’en fut pas fait mention dans ses bulles, et qu’il reconnut qu’il tenoit son abbàye de la pure grâce de Sa Sainteté. Or c’est à quoy S. A. R. lui deffendoit de consentir, ainsi qu’il l’écrivit plus d’une fois à ses ministres en la cour de Rome.

Il y avoit toute sorte d’apparence que les officiers de la datterie en demeureroient là, et qu’ils n’oseroient inquiéter l’abbé de Senones dans la possession de son abbaye, tout le tems qu’il seroit soutenu de la protection de S. A. R. de Lorraine. Ainsi l’Abbé Alliot s’assurant sur les promesses et sur les lettres de sa ditte Altesse, revint bientost après en Lorraine, ne jugeant pas à propos de s’exposer au videant omnes, accordé par le Pape et refusé par S. A. Royale.

Cependant le duc Léopold I. aiant témoigné que son intention etoit que les beneficiers de Lorraine fournissent quelque somme pour le soulagement des pauvres de la province, D. Alliot remit trois mille livres à M. Du Molard, ancien escolatre de la Primatiale de Nancy, qui étoit chargé de la distribution de ces aumônes. Mais quelque

Mémoires de la miin dg D. Laurent Parmentier.

Dévolu de de Mons e ig r. le Prince F r an çoi s de Ii o r raine sur l’Ab baye de Se n o nés. 1712.

tems après, S. A. R. touchée de scrupule de faire exiger ainsy ces aumônes involontaires, défendit de les demander à l’avenir. M. Du Molard qui avoit encore les trois mille livres de l’Abbé de Senones, crut pouvoir interpréter son intention en les emploiant a fonder deux lits dans l’hôpital de S. Gharle de Nancy. Il fit mettre sur l’un le tableau de SL Pierre, et sur l’autre celuy de SL Benoit, et sur les deux lits il fit représenter les armes de l’abbaye de Senones, comme il se voit encore aujourd’huy. Le titre de fondation de ces deux lits est du 22. mars 1720. cinq ans ou environ après la mort de l’abbé Alliot.

En 1707. le même D. Pierre Alliot fit la bénédiction de la Chapelle de l’hermitage de la Mer, qui avoit été longtems deserte et abbandonnée ; elle fut rétablie et l’hermitage habité de nouveau par f. Antoine Jouïn, hermite très zélé natif de Vaucouleurs.

En 1710. après la mort précipitée de trois enfans de S. A. R. qui furent enlevez en huit jours par la petite verole, le séjour de Lunéville lui devint insupportable. Il se retira avec toute sa cour à la belle maison de M. Soriot à Houdemont près de Nancy. Ils y demeurèrent environ six semaines et les jeunes Princes Clement et François qui restoient en vie, furent mis au prieuré de Léomont, tant à cause de la beauté de la situation, que de la pureté de l’air. Ils y demeurèrent de même avec leur suite environ six semaines. Ils y furent reçus et souvent visitez par l’Abbé Alliot, et le religieux résidant à Léomont n’en sortit point pendant tout ce tems.

D. Alliot jouïssoit paisiblement de son abbaye, lorsqu’en 1712. Monseig1’. le Prince François de Lorraine, frère de S. A. R. Léopold I. Duc de Lorraine, jetta un dévolu sur l’abbaye de Senones, comme vacante par la nullité de l’election de D. Alliot. Son A. R. a déclaré plus d’une fois qu’il n’avoit fait pourvoir de l’abbaye de Senones MonseigL le prince François son frère, que pour empêcher que quelqu’autre ne la demandât au Pape et n’intentat procès à D. Pierre Alliot. Que son dessein n’avoit jamais

été que ce prince en jouit et que s’il lui en avoit fait prendre possession, ce n’etoit qu’affm qu’il ne semblât pas mépriser les grâces du S. Père. Aussi après les premières poursuites, il donna ordre au Sr. Thiébaut avocat de Monseigr. le Prince, et à Mr. Rebouché un des juges communs pour le comté de Salm, de surseoir jusqu’à nouvel ordre. C’est ce que je lis dans un mémoire écrit de la main de feu Mr. de Macre eveque de Senones (l).

Les bulles du Prince François sont dattées du 30. Aoust 1712. et il prit possession del ’abbaye de Senones par procureur, le 1. Aoust de l’année suivante il 13. Les Prieurs et religieux de l’abbaye y formèrent opposition le 2. aoust suivant, et protestèrent de se pourvoir à l’encontre. L’Abbé Alliot y forma aussi ses oppositions le meme jour, le tout avec la permission de S. A. R. Mais on ne laissa pas, nonobstant les oppositions de l’Abbé et des religieux, de nommer deux oeconomes pour régir le temporel de l’abbaye et l’on cassa les officiers de l’Abbé Alliot, avec deffense de le reconnoitre et de lui obéir ; et les "sergens qui signifièrent à la Communauté lad. prise de possession, car les religieux n’avoient pas voulu s’y trouver, refusèrent de leur donner acte de leurs oppositions, de sorte qu’il fallut que le prieur de Senones se transporta à S1 Diez le 3e aoust pour les signifier au Sr. d’Autriche, comme procureur de Monseigr. le Prince François.

En 1714. Monseigr. le Prince François ayant fait assigner l’abbé Alliot et les religieux de Senones sur cette opposition, par devant les Srs. Roussel et Reboucher, juges communs des affaires concernant en commun le Comté et la Principauté de Salm, D. Alliot fit ses protestations devant deux nottaires à Paris le 31. janvier 1715. contre tout ce que pourroient dire et faire à son préjudice les deux juges

(1) Il y a ici une erreur que le lecteur relèvera, car il sait qu’il n’y avait pas d’évêché à Senones. Il est évident qu’il faut lire : écrit de la main de feu Monseig. V Evêque de Macra , abbé de Senones. L’auteur veut parler de l’Abbé de Senones. qui a succédé à D. P. Alliot, Dom Mathieu Petitdidier, dont nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.

Mort de Monseigr.

le Prince François.

L’Abbé Al- 1 i o t demande de nouveau des Bulles à R. o m e en 1715.

Mort de l’Abbé Alliot le 21 Sept.

L’Abbé Alliot bâtit sa maison abb atiale et fait de grandes réparations à Léom ont.

ci devant nommés ; ne les reconnaissant pas pour juges souverains, mais seulement comme juges bailliagers, dont les sentences peuvent être réformées par la Chambre impériale de Vezlar. Les Prieur et religieux de Senones en usèrent de même le 26. janvier 1115.

L’Abbé Alliot continua de joüir de son abbaye et de ses revenus jusqu’à la mort de Monseigr. le Prince François arrivée le 29. Juillet 1115. Il présenta sa requeste à S. A. R. et en même tems sa supplique au S1. Père, pour être subrogé au droit de son compétiteur, selon la régie de chancellerie de collitig antibus. Il avoit tout lieu d’esperer un heureux succès et tout lui étoit favorable, lorsque lui même fut emporté par la mort le 21. Septembre de la même année 1715.

Après avoir donné de suite tout ce qui regarde les difficultés que l’Abbé Alliot a souffert à l’occasion de son élection à l’abbaye de Senones, il faut à présent venir à ce qu’il a fait durant le cours de son gouvernement. On peut lui donner en général cette louange, d’avoir eu grand soin de l’entretien des maisons et édifices dépendans de sa mense. Il fit bâtir en 1688 et 1689 l’abbatiale, comme nous la voions aujourd’huy.

(*) Il a rebâti tout à neuf la ferme de la Neuve-Maison et a fait de grandes réparations aux maisons de Ravon, de Domptail, de Bures et d’Antlup, et à la ferme de S1. Sauveur. Il a fait rétablir les scieries du val de Senones (2).

Le prieuré de Léomont lui doit son embellissement et son agrandissement, y ayant ajouté les trois chambres joignant le pavillon du coté de Lunéville, et ayant agrandi et embelli la basse cour, les écuries et la grange. Il fit aussi quelque changement à l’église de Léomont, ayant abattu l’abside où étoit le grand autel, pour faciliter l’entrée par la grande porte de la Cour et ayant supprimé une des chapelles, pour donner une entrée plus commode dans les

(1-2) Tout cet alinea est écrit, en marge du manuscrit, de la main de D. Calmet (de 1 à 2).

appartenions. La situation du lieu autant que la commodité des batimens, lui procurèrent l’honneur d’y loger pendant quelques mois Messeigneurs les jeunes Princes, dans un tems où l’on craignoit du mauvais air à Lunéville.

L’on a vû dans le cours de cette histoire par quels progrès les batimens de l’abbaye de Senones avoient été portés en l'état où on les voioit sous l’Abbé Dom Viyin, qui y avoit beaucoup travaillé et l’avoit mise en un état où elle passoit pour la plus belle de toutes celles qui étoient alors dans le pays. Elle étoit très commode, mais l’on y avoit joint le vieux avec le neuf, d’une manière qui ne faisoit pas un bon effet. D’ailleurs elle étoit peu solide et il y avoit beaucoup d’irrégularités et de disproportion entre les differentes parties qui composoient ce grand corps de batimens.

Dés l'an 1707. D. Alliot forma le dessein de rebâtir tout le monastère et il en fit dresser divers plans qu’il porta au chapitre général tenu à Luxeuil en cette année. Ces plans y furent examinés et approuvés, et on nomma des commissaires pour aller sur les lieux et en régler l’execution. Une seule chose causoit de l'embarras, c’étoit la chapelle de la Vierge ou la Rotonde, ouvrage ancien et respectable, tant par sa structure singulière que par son antiquité et la dévotion des peuples. Elle étoit située de maniéré qu’elle occupoit presque tout le coté de l’orient où naturellement devoit être le dortoir des religieux. On hésita beaucoup si on la démoliroit ; enfin on conclut qu’étant impossible de rien faire de régulier sans la renverser, on ne devoit pas balancer de le faire ; d’autant plus que la grande tour qui étoit au devant, étoit très endommagée dans un de ses angles et menaçoit ruine ; que les voûtes des bas cotés de la chapelle étoient aussy très endommagées et que toute la toiture de cet édifice étoit d’un très grand entretien, à cause des pluies et des neiges si communes dans ce pays ci, ce qui rendoit les batimens des environs très humides et très malsains.

Dés que cette résolution fut prise, on commença à faire

1 entreprend de rebâtir tout à neuf la maison de Sen ones.

1703. et suiv.

amas de matériaux et à démolir l’ancien monastère. On en posa la première pierre en cérémonie le 22. mars 1708. Ce fut le R. P. D. Pierre Alliot abbé de Senones, accompagné du R. P. D. Humbert Relhomme Abbé de Moienmoutier, qui en firent la cérémonie. On marcha en procession depuis l’Eglise avec la croix, les luminaires et l’encens, jusqu’au lieu où se devoit poser la l, re à pierre, qui est à l’angle de l’orient au midy, ouest aujourd’huy le réfectoire. L’abbé Alliot y étoit en habits pontificaux, celui de Moienmoutier y paroissoit en camail et en rochet. R s’y trouva outre les religieux, un nombre infini de peuple. La pierre fondamentale fut apportée, couverte d’un grand tapis de Turquie. L’Abbé célébrant fit la bénédiction de la première pierre et du mortier. Il présenta ensuite par civilité un marteau d’argent et une truelle de même métal à D. Belhomme, abbé de Moienmoutier, qui remercia poliment ; puis ils mirent ensemble dans un creux fait exprès dans la pierre, un grand médaillon de bronze, représentant d’un cotéS. A. R. Léopold I. et de l’autre un hercule qui abbat un rocher, avec cette inscription, vitae consulit atque viae , en mémoire d’un ouvrage entrepris par S. A. R. dans les bois de Haye, d’un pont entre deux montagnes, pour la commodité des voyageurs. Ensuite on y posa une plaque de plomb sur laquelle étoit gravée cette inscription :

Petrus IL Senoniensis hujus monasterii

Et Humbertus II. Mediani monasterii Abbates,

Primum hujus Œdificii, appositique claustri à fundamentis reaedificandi , lapidem posuere, annoDniM. D. CC. VIII. Clementis XI. Papae octavo, Leopoldi I . Lotharingiae et Barri ducis féliciter regnantis undecimo, Pétri Alliot Abbatis XXIV0, Ilumberti Belhomme abbatis III0., die vero XXIV0. mensis Martii.

L’édifice consiste en trois grands corps de logis situés à l’orient, au midy et au couchant. Le cloitre ne règne que de ces trois cotés, parce qu’on n’a pas jugé à propos de le

faire joignant l’Eglise, de peur d’en gâter les jours. Au coté de l'orient sont la sacristie et le chapitre. Du coté du midi, le réfectoire, la cuisine, la salle à manger et 5 chambres d’hotes (a), le tout voûté tant à l’orient qu’au midy. Du coté de l’occident sont des caves bien voûtées et 5 ou 6 chambres d’hotes. Au dessus de tous ces (quatte) appartenons sont des cellules pour le logement des religieux. Au commencement on y voioit aussi la bibliothèque, mais depuis on l’a faite ailleurs, ainsi que nous le dirons bientost. On y voit aussi des chauffoirs et des poiles pour les prêtres et pour les jeunes religieux séparément. Quatre grans escaliers de pierre de taille sont aux 4. coins du batiment, et en font une des plus grandes commodités.

Il est remarquable qu’on enterroit ordinairement les religieux dans cette eglise Rotonde, qui étoit fort respectable. J’ai appris d’un religieux qui demeuroit alors à Senones, que la nuit qui précéda le jour auquel on devoit renverser cette église, on y entendit un fracas terrible, qui dura environ une heure. Le R. P. Abbé Dom Alliot, tous les religieux et les domestiques se relevèrent tout effrayez et s’étant assemblez dans la chambre commune, s’y mirent en prières et y récitèrent l’office des morts, le bruit continuant toujours et se faisant entendre jusque dans les maisons du village voisines de l’abbaye. Ce vacarme ne cessa qu’aprés l’office des morts achevé. Dés le lendemain on commença à renverser la flèche de la tour qui étoit devant la Rotonde. Un témoin oculaire m’a aussy assuré que dans l’autel de la Rotonde on trouva le reliquaire de christal taillé en octogone, qui se voit encore aujourd’huy dans le sacraire, et qu’il étoit enfermé dans un coffre de chêne orné de peinture.

On raconte que quand on viola les tombeaux des fondateurs de l’abbaye de SL Mihiel, enterrés à Vieux-Moulin, on entendit pendant les 3 nuits suivantes un si grand bruit dans le monastère où logeoit le fermier que ce fermier et tout son ménage furent obligés de sortir de leur maison et d’aller coucher ailleurs.

(a) La cinquième est aujourd’huy l’archive.

D. Pau Gaillard

Il fait refondre les 4.

cloches du dôme.

Projet de l'éta b 1 iss e m e n t d'une Abbaye à Lunéville en

Il fait rent r e r en règle le prieuré de Fricourt en faveur de D. Alex a n d r e Blondelot, 1704.

En 1695. il fit refondre les 4. petites cloches du dôme, qui étoient fort dissonantes. Il en augmenta le poid et les rendit fort harmonieuses. La plus grosse pèse environ 700u. G’étoit l’abbé Raville qui les avoit fait fondre le premier. Après la démolition de la grosse tour qui étoit au devant de la Rotonde, il transporta dans le dôme les 3. grosses cloches, dont il fit refondre la plus grosse qui s’etoit cassée.

En 4709. S. A. R. de Lorraine ayant conçu le dessein d’établir une abbaye dans sa ville de Lunéville, proposa d’y transférer la mense abbatiale de Senones, au moins en partie, et d’y réünir encore quelques prieurés comme Mervaville, Rosières, Ghatenoy, Insming, Laye, etc. Il souhaitoit cet établissement avec tant d’ardeur, qu’il témoigna qu’il étoit prêt de payer de son argent le batiment qu’on avoit commencé à Senones, affin que l’Abbé put plus aisément commencer à bâtir à Lunéville. Mais on fit appercevoir à ce Prince tant de difficultés dans l’execution de ce dessein, surtout pour la translation des prieurés, dont la plupart sont situés en France, ou dépendans d’abbayes situées dans les Etats de Sa Majesté très chrétienne, que sur ces remontrances S. A. R. quitta entièrement cette résolution (i).

Le prieuré de Fricourt dont on a parlé ailleurs, étoit possédé en commende depuis fort longtems par des ecclésiastiques séculiers et on ne se souvenoit pas d’y avoir vû des religieux. L’Abbé Alliot voulant récompenser les longs et importans services que lui avoit rendus le R. P. D. Alexandre Rlondelot son parent et son ami, depuis plusieurs années qu’il étoit chargé de ses affaires, il traita avec le Sr. Nicolas Reausire, qui en étoit pourvû en commende, et moiennant une pension raisonnable il l’obtint pour D. Rlondelot, qui en reçut les Bulles en 1704. Il y mourut le 23 juillet 1725., et eut pour successeur au même Prieuré le R. P. D. Nicolas Neuville.

(1) La fin de cet article XXVI est complètement remaniée et les dernières lignes e'crites par D. Calmet.*

Moacourt est un village situé prés Paroye, qui appartient depuis plusieurs siècles à l’abbaye de Senones. On assure qu’il fut brûlé et ruiné il y a trois à quatre cens ans, pendant les petites guerres entre les seigneurs de Parroye et leurs voisins. Gomme le terrain en est excellent, quelques etrangers et quelques lorrains s’y établirent et commencèrent à y faire des défrichemens, vers l’an 1720. et présentèrent leur requeste à S. A. R. pour le rétablissement du village. Les commissaires nommés pour en faire la visite, ayant fait un rapport favorable, on marqua les places des maisons et l’Abbé de Senones y aiant fait faire un remembrement général et ayant distribué aux habitans certains terrains, le village s’est rebâti ; et en 1714. Monseigr. l’Evéque de Metz y rétablit une cure et on y bâtit une petite eglise paroissiale.

Il est peu d’abbés de Senones qui ait été autant traversé que l’a été l’Abbé Alliot. Dès le commencement, il fut obligé de soutenir le grand procès à Paris coptre la maison de Salm, qui fut terminé en 1689. par ce célébré arrêt du Grand Conseil, dont on a parlé. Ensuite il fut obligé de faire jusqu’à 3. voiages à Rome pour soutenir son élection. Le 1er en 1698. et n’en revint qu’en 1101. Il y retourna pour la 2e fois en 1103. ou 1104. et en revînt en 1105. Enfin il s’y rendit encor en 1111 . lorsqu’on eut jetté un dévolu sur l’abbaye ; mais il en revint trop tost, car on profita de son absence pour attaquer son abbaye, laquelle fut demandée en commende en 1712. par Monseigneur le Prince François, ainsi que nous l’avons vû. G’étoit un homme d’un génie médiocre, d’un caractère doux et aisé, qui dans les grandes affaires qu’il a soutenues, a été principalement aidé du R, P. D. Hyacinthe Alliot son frère, abbé de Moyenmoutier et du R. P. D. Humbert Belhomme, qui fut aussi Abbé de Moyenmoutier.

Il gouverna l’Abbaye de Senones pendant 31 ans et mourut à Léomont âgé de 63. ans, le 21. Sept. 1715. d’où il fut rapporté dans son abbaye, où il repose sous une tombe de marbre où on lit cette épitaphe :

lie village de Moacourt rét ab 1 i en

Trois voiages de I>.

Alliot à Rome en 1693. en 1704. et en 1711.

Mort de l’Abbé D.

Alliot en

Reverendissimo in Christo Patri Domno Petro Alliot Barroducaeo, hujus monasterij abbati optimo, dignitatis ad quam votis fratrum evectus fuerat , perpetuo et invicto deffensori ; Domûs abbatialis , claustri , dormitorii , omniumque officinarum regularium sollicito et magnifico restituton, pio mansuetoque praesuli ; anno aetatis LXIII. administra tionis XXXI. Dominicae incarnat. M. DCC. XV. Die XXI. mensis septembris, immaturâ morte sibi erepto , hoc grati animi monumentum Prior et Religiosi Senonenses posuerunt.

Requiescat in pace.

Flete et ululate , pauperes , flete super hoc pâtre vestro ; flete et orate , ut qui vestri semper misertus est , hujus Deus omnipotens misereri dignetur.

Il portoit pour armes : de gueule au lion rugissant de sable, et en chef, trois vases où boetes d’onguent d’argent : ces boëtes en mémoire de la médecine que Messieurs son père et son frère ont exercée avec beaucoup de réputation. Dans quelques uns de ses cachets, il porte, de gueule au lion rugissant et en chef, d’or à la croix d’argent.

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