Voyez la page suivante, note
4. Rien n'est curieux comme les plaintes naïves que laissent parfois échapper les copistes du moyen âge sur les ditîicultés de leur tâche, et la joie qu'ils manifestent de l'avoir enfin terminée. On en verra quelques exemples dans notre appendice sur les manuscrits de Silos.
5. Le plus habile et vraisemblablement le chef de l'école des copistes Silésiens au XI« siècle semble avoir été le prêtre Ericonus, qui transcrivit les vingt livresdes Étymologies de saint Isidore deSéville.Son nom se trouve au folio 21 du manuscrit : Ericoni presviferi indif/?ii mémento ». Il termina son travail le 24 a^ût 1072. « Ex- « plicit. Deo gratias. Benedico celi quoque " regem, me qui ad istius libri finem « venire permisit incolumem. Amen. Ex- « plicitus est liber Ethimologiarum sub era
convient d'en signaler deux dont les œuvres ont pu échapper en partie aux ravages du temps. C'est d'abord ce même Grimald, que nous avons nommé si souvent, et qui dans ses écrits fait preuve d'une instruction littéraire peu ordinaire à cette époque. Les trois livres de la vie et des miracles de saint Dominique forment son principal ouvrage . Malgré un style trop dépourvu de naturel et de simplicité, il se distingue néanmoins par une étonnante facilité d'élocution et une connaissance peu commune de la langue latine. Il a composé en outre un office complet du môme saint, avec sept hymnes rimées qui ne manquent pas d'un certain élan poétique ^
Le second, élevé dès sa plus tendre enfance dans le monastère de Silos % est l'un des meilleurs écrivains de son temps, et de beaucoup le plus remarquable par l'étendue et la variété de son érudition, comme aussi par sa connaissance de l'antiquité classique \ Il écrivit au commencement du xu" siècle le récit des gestes du roi Alphonse VI, qu'il lit précéder d'une longue introduction historique sur les princes ses prédécesseurs. Seule, cette dernière partie de son travail est arrivée jusqu'à nous. Elle otTre par elle-même un très grand intérêt et nous fait regretter vivement la perte de l'ouvrage proprement dit, qui a échappé jusqu'à présent à toutes les recherches ''.
<> Ma Ca Xa, VIIII kalcndas septembres, « lune cursu Vll°, régnante rex Sancio in « Castella et^in Legione et iu Gallecia, « Doniinico denique abbati nionasterii « SanctiSabastiani de Silus regenti.Legenti " et possidenti vita. Amen. » (fol. 38.")i. — Ce beau manuscrit est aujourd'luii à la lîihliothèiiue nationale de Paris.
1. On a souvent confondu ce Grimald, in(dne de Silos, avec un autre Grimald, (|ui vivait vers le même temps dans le muua-lcre de San .Millau de la Cogolla et qui a écrit le récit de la Translation et des Miracles du saint ermite Fùlix. (Voy. VEsp. saur., t. XXXllI, p. 39-58.)
2. On lui attribue également l'épitaphc du tombeau primitif de saint Douiinicpie. — Tous ces écrits ont été publiés d'après les originau.x par Vergara dans son Mnyses sptfunilo «p. IUt'J-'»."»9).
3. C'est bien à Silos ((ur laiiliiir du C/ironiron Silense puisa ses connaissances lu;Jtoriques. .\près avoir dit qu'il y revêtit tout jeune encore l'habit religieux (ab ipso iuvcnili llorc colla pio Christi iugo
subnecteus, apud cenobium, quod domus seminis nuncupalur, habitum monachalem suscepi), l'auteur ajoute : « Ubi diversis sententiis sauctorum Pairum, catholicorum regum sacris indiccntibus libris mecum ipse diu spatiando revolvens, statui res gestas doniini Aldefonsi... carptim prescribere » {Chronicon Silense, § 7, dans Florez, Esp. sagr., t. XVII, 2« éd., p. 265-266).
4. Voyez le bel éloge que fait de l'anonyme de Silos D. José Amador de los Rios, dans sa grande Uistoria crftica de la literalura espanola (t. II. p. 163 et suivantes). Plusieurs historiens ont identifié l'auteur du Chronicon Silense avec D. Pedro, évêque de Léon de 1087 à 1112. Aucun argument sérieux n'autorise cette opinion, comme l'ont fcu't bien prouvé le P. Florez [Esp. s(if/r., t. XVll, p. 266, 2-= éd., p. 259), et son continuateur, le savant P. Hisco {Ihid., t.;X.\XV, p. 155-155).
5. Le P. Bcrganza a été le premier à' la publier en 1721, d'après un manuscrit de Kredesval, sous le titre de " Chroiùcon Monachi Sileusis» {Anii(/.de Esp.,i. ll,Apend.,
SAINT DOMINIQUE, AT.liÉ DE SILOS
YIII. — Cependant, quelque grande que fût la sollicitude de Dominique pour l'avenir de son abbaye et la formation de ses disciples, l'activité de son zèle s'exerçait dans des limites beaucoup plus étendues. Nous devons dire quelques mots de cette action extérieure, qui nous fera mieux connaître sa physionomie et le cachet particulier de son influence. Elle se manifesta tout d'abord envers les humbles populations des alentours, dont il aimait à adoucir les peines et à secourir la pauvreté. Il se faisait un particulier devoir de leur annoncer la parole de Dieu et de se servir en leur faveur, nous dit Grimald, de la puissance surnaturelle que le ciel lui avait départie dans une si large mesure. Ecoutons son historien. Dominique parlait un jour devant l'église de Sainte-Marie deMonterrubio^à une foule nombreuse qui était accourue pour l'entendre, lorsqu'on lui présenta un lépreux couvert d'affreux ulcères. Touché de compassion, le saint abbé entre dans une chapelle voisine dédiée au bienheureux Martin, revêt les habits sacerdotaux et célèbre le saint sacrifice pour la guérison de cet infortuné. Puis il s'approche du lépreux, et après avoir lavé son corps avec un mélange d'eau et de sel, le renvoie plein de santé et de vie. On comprend aisément les merveilleux effets que devait produire la parole de l'abbé de Silos appuyée par de semblables prodiges.
Seccion lia). Un peu plus tard (1763), Florez la faisait paraître à son tour avec quelques améliorations et une intelligence plus complète du texte. (Voy. VEsp. sagr., tome XVII, p. 264-330, 2e édit., p. 262-323.) — Au sujet des ouvrages que dût consulter l'anonj-me de Silos pour la composition de sa chronique, on peut lire le passage que lui a consacré le P. Tailhan dans son beau travail sur les « Bibliothèques espagnoles du haut moyeu âge » [Noiiveaur mélanges d'Archéologie, d'Hisloire et de lÂttéraliire sur le moyen âge, 1877, p. 310- 311). Il aide à reconstituer plus complètement le catalogue des nombreux manuscrits que possédait au X1I« siècle la Bibliothèque de Silos. On risquerait pourtant de se tromper en prenant trop au pied de la lettre cet essai de reconstitution. Gomme le remarque fort bien M. Paul Ewald [Neues Archiv, 1881, p. 119), un écrivain pouvait consulter des manuscrits ailleurs que chez lui. Dans les savants commentaires ajoutés à sa grande édition
de l'Anonyme de Cordoiie (Paris, 1883, in-fol.), le P. Tailhan revient sur notre chroniqueur, dont les récits, contraires parfois à ceux de l'estimable anonyme, ont assez souvent le tort de lui déplaire. (Voy. les pages 159, 166, 180, etc.) — Dozy [Recherches sur Vhist. et la litt. de l'Espagne pendant le moyen âge, 3" édit., t. Il, p. 74-75), pense que les chroniques de Lucas de Tuy et de l'archevêque de Tolède Rodrigue ne font que copier l'ouvrage du moine de Silos, et nous dédommagent jusqu'à un certain point de la perte de la principale partie de l'histoire de ce dernier. (1 Le moine de Silos, ajoute le critique hollandais, mérite une entière confiance quand il parle des événements arrivés de son temps ».
1. Jlonterrubio de la Sierra, village de la province de Burgos, situé à 20 kilomètres environ au nord de Salas de los Infantes, près de Barbadillo de los Herreros. <i Villa, que nions Rubicundus vulgari loculione vocatur ", dit Grimald (Vergara, p. 363.)
Une autre fois, on lui amena au monastère un pauvre homme delà ville de Salas ', atteint depuis longtemps d'une complète cécité, qui lui faisait éprouver les plus cruelles soutTrances. Après l'avoir accueilli avec bonté, le bienheureux otfrit pour lui le sacrifice de la messe en présence de tous les frères. Au moment oîi les ministres sacrés prononçaient à haute voix ces paroles de la communion : Goûtez et voi/ez combien doux est le Seigneur '*, l'aveugle recouvra subitement la vue et ne ressentit plus désormais la plus légère douleur.
A cette époque d'un caractère essentiellement guerrier, il n'était pas rare, comme aujourd'hui du reste, de voir la force brutale primer le droit. Le trait suivant nous montre avec quel zèle Dominique savait prendre la défense des opprimés. Dans le bourg de Yécla, situé à deux kilomètres environ à l'ouest du monastère, près des gorges pittoresques qui gardent encore ce nom, vivait un certain Garcia Munoz, homme pervers et d'une insatiable cupidité. Ce misérable prenait plaisir à ravager les moissons des habitants du voisinage, sans épargner les terres de l'abbaye. Tous se plaignaient de ses continuels brigandages ; mais il était assez puissant pour braver des murmures, dans lesquels il ne voyait qu'un prétexte pour redoubler ses injustices et ses rapines ^ Le bienheureux l'invita avec douceur à changer de conduite, sous peine d'encourir la colère du ciel ; mais Munoz ne tint aucun compte de l'avis du saint homme, et bientôt après on apportait à Dominique, comme preuve de ses nouveaux méfaits, une gerbe de blé ramassée dans un champ qu'il venait de dévaster. Attristé de tant de malice et de la misère dans laquelle cette série de crimes jetait les laboureurs de la contrée, le saint abbé prit une poignée de ces épis et alla se prosterner devant Tautel du bienheureux martyr Sébastien.
1. " Kxaliensis opidi iiuligcna » (Vcrgara, les unies du P. Lesicy. (Migne, Valrol. lut. p. 352). Hiiiz et Verg.ira semblent n'avoir t. LXXXV, col. r)64-56;).)
pas compris le sens du mot E.raliensis \ 3. llest permis de voirdansGarcia.Mufioz,
mais il n'est pas douteux (|u'il ne doive se non sans quelque vraisemblance, un de ces
traduire par Salas (aujourd'hui Salas de châtelains d'humeur essentiellement batail-
los Infante? , de même que jnonasterium leusc, tels qu'il en fallait alors dans cette
E.riliense se traduit par Silos. région pour défendre les frontières contre
2. « (Quando) venlum est ad porci- les incursions des Maures. Lorsqu'ils picnduni corporis et sanguinis Domini n'avaient pas à guerroj'er ou à exécuter sacramcntum, et ministris ollicii incho- f|uelque razzia en pays infidèle, il leur anlibus comnujnionem : (iuslate et videte arrivait trop souvent de s'en prendre à giioniam suavis est Dominus » i Vergara, leurs voisins et de commettre de véritables p. 352). — Sur cette formule, appelée .-If/ brigandages, contre lesquels la justice accedentes dans la Hturgie mozarabe, royale elle-même était la plupart du on |)oul cousullcr le Missale mi.rtiim et temps impuissante.
SAINT DOMIMOLE, AliliÉ DU SILOS
Dieu écouta les supplications de son serviteur, et sa prière n'était pas achevée que Munoz se voyait soudainement fra[)pé d'une terrible maladie. Ses serviteurs le portèrent en toute hâte à l'abbaye et le présentèrent à l'homme de Dieu. Dominique l'avertit que la sentence de mort portée par le souverain Juge était irrévocable et l'exhorta à la contrition de ses péchés. Le coupable confessa ses crimes, en reçut l'absolution et expira après avoir communié au corps et au sang du Seigueur '. L'abbé de Silos célébra la messe pour le repos de son âme et lui fit donner une honorable sépulture.
La prière de Dominique, nous dit Grimald, n'était pas moins efficace contre les embûches du démon. Une pieuse vierge, appelée Oria, s'était mise dès son enfance sous la conduite du bienheureux, avait reçu de ses mains l'habit de la religion et vivait en qualité de recluse dans une petite cellule attenante à l'église du monastère. Elle y demeura plusieurs années dans les austérités de la solitude et de la pénitence. Mais, poursuit le moine chroni(jueur, l'antique ennemi ne put souffrir plus longtemps une si sainte vie et un amour si généreux du divin Maître. Transformé en hideux serpent, il effrayait par sa présence la pauvre recluse, qui, ne pouvant l'éloigner, fit avertir l'abbé Dominique. Celui-ci se hâta d'accourir, offrit pour elle l'Hostie sainte et lui donna le corps et le sang du Seigneur. Il bénit ensuite de l'eau, en aspergea la cellule par la petite fenêtre, seule ouverture de cette prison volontaire-,
1. Nous voyons par cet exemple et plusieurs autres (voy. un peu plus loin celui de la vierge Oria) que les simples lidèles coimnuniaient sous les deux espèces. C'était un usage encore général au XI« siècle, On peut consulter sur ce poiut la dissertation du docte cardinal Boua, annotée et complétée par Sala {Renan lilurgicarum, lib. II, cap. XVIll. § 1 et 2).
2. (( Par fenestram ipsam cellulam aspersit ». Cette fenêtre devait s'ouvrir à à l'intérieur de l'église dans laquelle Dominique venait de célébrer la messe.
Telle étaitd'ailleurs la disposition ordinaire des cellules habitées par les recluses et dont on trouve des exemples assez nombreux au moyen âge. (Voy. D. Piolin, La réclusion reliçjieiise, dans le « Bulletin monumental >•, année 1879, p. 449 et, suivantes ; pour l'Allemagne, voy. Armin
Basedow, Die Inclusen in Deutschland, 189ii). — Sans sortir de l'Espagne, et pour ne citer que les documents inédits des archives de Silos, nous allons mentionner quelques passages d'où l'on peut conclure que les personnes pieuses vouées à ce genre de vie n'étaient pas rares en Castille même dans le bas moyen âge.
Voici d'abord un extrait du testament d'un archiprôtre d'Alba de Tormes, écrit eu l'année 1396 de l'ère espagnole (de J.-C. 1358) : « ... Otrosi, mando a los emparedados et a las emparedas de la villa et del domiùo de Astodiello (Astudilio), a cada uno cinco maravedis por Dios et por mi aima ; et que den a cada uno deilos senos pellotes et senas sayas...
Otrosi, mando a los emparedados et emparedadas de aqui de Alba senos jiellotes et senas sayas...' {Arcli.de Silos, ms. I, fol. 186,
et l'horrible fantôme disparut aussitôt pour ne plus revenir '. Le but et le caractère de cet ouvrage ne nous permettent de mentionner qu'un petit nombre des merveilles opérées par Dominique. On peut voir dans son biographe le récit de la guérison d'un comte de Galice du nom de Pedro Pelaez [Petriis Pelagii), avec lequel il s'était lié autrefois d'une étroite amitié, et qu'il délivra d'une longue cécité en humectant ses yeux de quelques gouttes d'eau "\ 11 rendit également la santé à un noble personnage de la ville de Gumiel, atteint d'une épilepsie réputée incurable \ Mais il est un prodige que nous croyons devoir rapporter plus au long, parce qu'il est le premier anneau d'une série de faits miraculeux qui se continuèrent pendant plusieurs siècles et donnèrent au nom de saint Dominique de Silos un éclat sans pareil dans toute l'Espagne. Nous voulons parler de la délivrance des milliers d'esclaves chrétiens, que l'intervention du
copie de l'original qui se trouve dans les archives des Bénédictines d 'Alba de Tonnes). — D. Diego de Haro, seigneur de! Busto, se recommande dans son testament, dressé le l*' février 1460, aux. prières de las emparedadafs ou recluses qui vivaient près de Paiencia. [Ibid., fol., 288-289. Sur les reclus et recluses de Palencia en 1283, nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici, en raison de sa longueur, le curieux testament de Pero Diaz Bueso, ms. VII, fui. 207-211. Sur ceux de Yalladolid en i:{26, Ibid., fol. 310.) — En 1498, D. Alonso Fernandez de Cordoba, seigneur d'Aguilar insère dans son testament la clause suivante : " E mando a todas las emparedadas de la citidad de Ccrdova con las de Santa .Maria do las Iluertas, a cada casa de euiparedamiento un real de plata, por amor de Dios, e encomiendoles que ruegen a IJios por mi anima " (ms. I, fol. 289.) —
Le Vil'' concile deTolèiie (de 6'i6,canonY) donne déjà des règles pour ceux qui voulaient se consacrer à ce genre de vir a ^ach<>rètif|ue. (Voy. Tejada, Coleccioii de c'inones y de todos los ctnirilios de In iijlesia des Espana, t. Il, ISiit, p. .'ioG-^ol.)
1. La pieuse vierge Oria m'cuI i(iiigteuq)s (Mirore. " Le cours de sa vie mortelle étant tirminé, ajoute Grimald, elle s'ctuldrniil heureuscnieut dans le Seigneur, et son àmo s'envola, nous le rroyon's, vers les célestes demeures. >> ,Vila, dans Vergara, p. .'t.'il.i
On ignore la date précise de sa mort, qui dut arriver avant l'année 1090, époque probable de celle du moine Grimald. Les historiens et les hagiographes lui donnent le titre de vénérable, quelques-uns même celui de bienheureuse et de sainte ; mais il ne semble pas qu'on lui ait jamais rendu un culte liturgique. On ignore l'emplacement de son tombeau. Le P. J. de Castro prétend qu'elle avait professé la vie religieuse à Santa Maria del Parayso près de Silos, abbaye dont l'existence, comme monastère de Bénédictines, est tout au moins fort douteuse. — 11 n'est pas besoin de réfuter ici la méprise du licencié Pedro Ziria llinojosa, qui fait de la vénérable Oria une religieuse c/.9/e/'cie??ne de Sainte- .Marie de Cafias. {Vida de las sanfas de la ordoi de San Benito. .Nous ne connaissons cet ouvrage que par la citation de Castro, p. 309.)
2. Vila, dans Vergara , p. .3.^6. — La fontaine où Dominique puisa l'eau avec la(|ii(lle il guérit le comte Pedro Pelaez jaillit dans le monastère même, à quelques pjis de l'angle sud-est du cloître et porte aujourd'hui le nom de Fiienle del Sauln.
3. Voici les termes dont se sert Grimald jiour dé signer cette maladie : " llorribilis atque execrabilis infirmitas fine, iuxta sui operis elTectum, gutta cadiva vdcatur » (Vergara, p. 357).
SAINT DOMIMOI'E. AltliK DE SILOS S3
glorieux thaumaturge arracha aux prisons mauresques. Quelques personnes du village de Soto ' vinrent un jour IVapper à la porte du monastère et demandèrent Dominique. Ils lui racontèrent comment un membre de leur famille avait été emmené en captivité par une troupe de Sarrazins, et gémissait depuis longtemps sous le poids de ses chaînes dans les ténèbres d'un infect cachot. On exigeait pour sa rançon cinq cents pièces d'argent ', somme énorme qu'il leur avait été impossible de rassembler, môme après avoir vendu tous les biens du malheureux prisonnier. Dominique les consola, les exhorta à la prière et leur fit donner un cheval, en leur promettant de venir bientôt à leur aide d'une manière plus efficace. En effet, dès le jour suivant il célébra le saint sacrifice pour le pauvre esclave et répandit devant le Seigneur ses plus instantes supplications \ Au moment même où il priait ainsi avec ferveur, le captif chrétien voyait avec surprise les portes de son obscure prison s'ouvrir tout à coup, tandis que ses fers se brisaient et tombaient à ses pieds. Il put s'enfuir sans rencontrer le moindre obstacle. Bientôt il était au milieu des siens, et venait avec eux à Silos remercier son glorieux libérateur.
IX. — Grimald nous a fourni la plupart des faits que nous avons rapportés jusqu'ici ; mais, comme on a pu le voir, il prévient ses lecteurs qu'ils ne trouveront pas dans son livre une histoire complète de son héros. Il ajoute même, après avoir parlé de l'arrivée de Dominique à Silos, qu'il taira désormais tout ce qui dans ses actions n'aurait pas un caractère miraculeux. Nous allons donc essayer de suppléer dans la mesure de nos forces au silence du biographe, en nous aidant des documents contemporains, ou des témoignages postérieurs qui nous ont paru dignes de créance. Ils nous feront entrevoir l'influence dont jouit saint Dominique à la cour des rois de Gastille et de Léon, et nous révéleront quelque chose de ses relations avec les trois grands abbés bénédictins qui illustraient alors par l'éclat
1. << Ex villula que dicitur Sotus. » numorura solidi. » Le P. Ruiz (foL. 29 v»)
Plus loin : « Villa, que est sita in territorio pense que chaque solidus équivalait à un
Castri ab ysmaelitica gente constructi, ducat, ce qui ferait environ cinq mille
quod nunc a christicolis vocatur Caslnim francs de notre monnaie. Sancli Stefani ». (Dans Vergara, p. 40:2.) 3. 11 est remarquable, dit le P. Yepps,
C'est aujourd'hui le petit bourg de Soto {Coronica, t. VI, fol. 205) que le saint
de San Esteban, situé sur les bords du abbé opéra la plupart de ses miracles par
Duero, près de San Esteban de Gormaz. l'offrande du sacrifice de l'autel, qui est
2. « Exigebautur ab eo quingenti la plus puissante de toutes les prières.
HISTOIRE DE L ABBAVE DË SILOS
de leurs vertus les principaux monastères de cette partie de l'Espagne chrétienne.
De nombreuses chartes portent la confirmation de Tabbé de Silos pendant la période qui s'étend de -1042 à 1072. La plupart de celles que nous avons pu consulter appartenaient à Saint-Pierre de Cardena, abbaye qui semble avoir été dès cette époque dans des rapports très intimes avec notre monastère '. Le nom de Dominique nous y apparaît à côté de la signature des princes et des personnages les plus illustres du royaume : de Ferdinand le Grand, de la reine Sancia, de Sanche le Fort, d'Alphonse VI, de la reine Urraque, de l'infante Elvire, du fameux Rodrigue Diaz (le Cid Campeador)^ de saint Alvit évêque de Léon, de saint Inigo abbé de Saint-Sauveur d'Ona, de saint Sisebutus abbé de Cardena, de saint Garcia abbé de Saint- Pierre d'Arlanza et de beaucoup d'autres encore. Ce serait sortir de notre sujet que d'analyser ici ces documents. Il suffira d'en donner au bas de la page une liste chronologique aussi complète qu'il nous a été possible de le faire ".
\. San Pedro de Cardena est situé à liuit kilomètres à l'est de Burgos, au fond d'une petite vallée entourée de collines nues et incultes. Quelques parties de la vieille abbaye sont maintenant en ruines ; mais l'ensemble de l'édifice dont la vue est très imposante reste debout et attire encore quelques visiteurs. Les Escolapios (reliffieux de saint Joseph Calasauz) s'y sont installés eu 1888. — On sait que le Cid aimait, au retour de ses expéditions, à se reposer à Cardeîia, qui devint plus tard le lieu de sa sépulture. C'est sous les arceaux du cloître de l'abbaye (sub arcis monasterii qiiem vocitant Karadirjna) (ju'il signa l'acte solennel par lequel il accordait la ville de Penacova aux bénédictins de Silos. (Voy. le Recueil des chartes de L'abbaye de Silos, p. 21-23.)
2. — {lor juillet 1043.) Privilège accordé à D. Gomez, évoque (de Burgos) et à ses neveux, par Ferdinand I^i-, roi de Castille et de Eéon. La charte est confirmée par : « Frediuandus, nucto divino priiiccps ; Sanctia rogiua uxor ipsius... Cipriauus episc(>i)us Legiorien^is ; Pelrus episcopus Luccnsis (Lugm; Mirus cj)iscopus l'alciitinns... ; Dftmiuicus abba in Caradigna ; Auriullus abba in .Vrlanza : Knnecn abba
in Onia ; Dominicus abba in {7nonasterio) Saticli Sebastiatii de Silos ; Martinus abba in (monasterio) Sancti Quirici » etc. (Berganza, Antigiiedades de Espana, t. 11, p. 424-425.) "
— [ie^ juillet 1047.) Donation faite à l'abbaye de Cardena par D. Salvador Gonzalez : — '< Dominicus abba testis » — Nous trouvons parmi les témoins le nom du Cid (lluderico Didaz), qui d'après Berganza avait alors 21 ans. Ce document contredit l'opinion de M. Molina [Rodrigo el Campeador, p. 3 et 425), qui fait naître le Cid vers 1040-10o0. (Voy. Berganza, p. 425.)
— {'J juillet 1047.) Donation du monastère de Riocabia à l'abbaye de Cardena, confirmée par : « Fredinaudus gratia Dei rex, Sancia regina, Goniessanus episcopus (Burgensis)..., /)oj«fnffo abba » etc. {Ibid. p. 426.)
— {29 septembre 104 7.) Confirmation de la charte précédente. A côté de la signature de Dominique, nous voyons celles de Diego Lainez, père du Cid, du roi, de la reiue, des infantes de Castille, l'rraque et Elvire, etc. {Ibid.)
— {IS mars 1056.) Donation ci l'évêque de Burgos D. Gomez el à Cardena. <■ Garsea abba hic mborat... ; Dominico abba hic
SAIM' DOMINIQUE, AIJBÉ DE S1L03
En Tannée 1054, Ferdinand le Grand honora ral)bé de Silos d'nne mission particnlièrenient difficile et délicate, l'onr un motif de vengeance personnelle et aussi dans le but d'élargir les frontières de ses Etals, D. Garcia, roi de Navarre, venait d'entrer en campagne à la lêie d'une puissante armée contre son frère, le roi de Gastille et de Léon. Celui-ci se savait assez fort pour résister avec avantage à cette attaque ; mais il recula tout d'abord devant le scandale d'une guerre fratricide et voulut faire parvenir au roi D. Garcia des paroles de conciliation. A cette lin, il confia à l'abbé de Silos et au bienheureux Ifiigo, abbé d'Ona, le soin de se rendre auprès de son frère et de le
roborat ; Enneco abba hic roborat » etc. {Ibid., p. 431.)
— (9 février 1057.) Donation à saint Sisebutus, abbé de Cardena. « Ennecus abba roborat testis,... Dominicus abba rob. test. » etc. [Ibid., p. 431.)
— {2S avril 1062.) « Se halla la firma de santo Domingo en un privilegio del rey don Fernando I", en que da al santo abad de Arianza don Garcia el monasterio de San Quirce de Valdefrades, y el de San Pelayo y otras iglesias, fecho en la era de mil y ciento a venticinco de abril. » (Ruiz, Histoire manuscrite, fol. 18.)
— [21 décembre 1063.) Privilège octroyé par Ferdinand le"" à l'église de Saint-Jean (plus tard Saint-Isidore) de Léon. Il fut accordé la veille de la translation du corps de saint Isidore dans la nouvelle basilique bâtie en son honneur par le roi. On y voit les signatures de la famille royale, des grands de la cour et des nombreux évêques et abbés qui furent présents à cette solennité. Nous croyons devoir reproduire ici les noms de ces personnages, qui furent témoins en cette circonstance d'un prodige opéré par saint Dominique de Silos dont nous parlerons bientôt. « Fredenandus rex hoc testameutum confirmât ; Santia regina hoc testamentum conf. ; Urraca istorum regum filia... ; Santius eorum filius... ; Geloira similiter. . . ; Adefonsus simul.... ; Garcia ultimus eorum,. . ; domina Maiore, cognomento Munia Domna, genitrix régis... ; Xemeua devota regina, soror illius. Sub Christi nomine Cresconius, Iriensis episcopus ; dextera Ghristi fretus Gomesauus Calacorritauus episcopus ; in Ghristi dextera
Vistrarius Lucensis episcopus ; divino umbraculo adiutus Soarius -Mendunieosis episcopus ; gratia Ghristi protectus Bernaldus Palentinus episcopus ; Ordonius Astoricensis, qui ipsuni sanctum cinerem de Sibilia (Séville) adduxit... ; Xemenus episcopus, successor Aloiti episcopi Legionensis ; Petrus francigena, episcopus sedis Podii (Le Puy) ; Petrus Pelagii comes... ; Petrus Gundisalbiz... ; Ordonius Pelagii armiger. . . ; Pelagius Pelagii... ; Gundisalvus abba...; Ennigus abba de Onia... ; Garsia abba de Saucto
Petro Aslance ; Sisebutus abba de
Gardénia... ; Dominicus abba de Silos... ; Alderetus abba de Gallecia... ; Fagildus abba (de) Ante-Altares (à Gompostelle)... ; Brandinaldi abbas Samanenis... ; Froilanus abbas Gompostellanus... ; Martinus presbiter...; Pelagius diaconus Titoniz...; Petrus Gundisalviz diaconus... ; Ecta Gundisalviz. . . ; Alphonsus clericus... ; Petrus testis ; Vitinandus testis ; Vimara testis ; Didacus testis. Arias Didaci presens notarius extitit, manu sua conf. » — (On peut voir le texte complet de cet acte dans Yepes, Coronica, t. VI, fol. 461- 462, et dans Risco, Esp. sngr., t. XXXVI, p. GLXXXVIll-GXGIl.)
— (16 juillet 1064.) Donation à l'abbaye de Gardeûa. — Dominique signe avec le roi Ferdinand, l'évêque Scemenus et les abbés d'Oûa et d'Arlanza : « Dominicus abba de Sancti Sebastiarii (monasterio). » (Berganza, t. Il, p. 432-433.)
— r2'2 Juin 106.î.) Lettre d'affiliation avec Gardeûa. " Eximius episc. ; Bernaldus episc. ; Enneco abba ; Dominicus abba conf. » etc. [Ibid., p. 434),
lîISTOIHE DE L ABIîAYE DE Si LOS
ramener à la paix par de sages conseils. Les détails nous font défaut au sujet de cette ambassade. Nous savons seulement que le zèle des deux abbés vint échouer devant l'animosité et l'aveugle obstination du roi de Navarre qui dans sa colère alla, croit-on, jusqu'à leur ordonner avec menaces de sortir aussitôt de son camp '. Peu après, cet infortuné prince, impatient d'en venir aux mains s'avançait vers la capitale du royaume de Castille. Mais Ferdinand l'attendait avec ses troupes à douze kilomètres environ de Burgos, entre Agés et Atapucrca. Garcia reçut dès le début de l'action le châtiment de sa folle et téméraire entreprise. Blessé mortellement d'un coup de lance,
— {êô février 1066.) Union du monastère de San Salvador de Yillaloncajar à l'abbaye de Cardeûa. « Eximeonis episc. ; Euneco abba ; Dominkus ubba ; Garsea abba », etc. [Ibid., pag. 433.)
— {1066.) Charte par laquelle le roi I). Sanche donne à l'abbaye d'Arlanza le prieuré de Boada et les dîmes de Lara et de Barbadillo. « En elia firma sauto Domingo. » (Ruiz, fol. 18.)
— (8 février 106S.) Donation du roi D. Sanche à l'évêque de Burgos Siméon.
Confirment: « Sancius Rex..; Bernaldus episc; Petrus episc; Comessanus episc»; puis, parmi les abbés : « Dominicus ubba in (monaslerio) Sancli Sebastiani. » [Hevganza, t. Il, p. 435.)
— {'21 mars 1068.) Donation du roi don Sanche à l'église d'Auca. Au nombre des signataires se trouvent : » Hex Sancius ; Aldefonsus rex ; Sisebutus abba ; Garsea abba ; Domtnicus abba ; Ovidiiis abba de Onia ; Velasius abba ; Jolumnes abba ; Hodrico Didaz (le Cidj », etc. {Esp. sagr.,l. X.XVI, p. 430-455.) Dans une copie du .\ii« siècle que nous avons vue aux archives de Burgos (volume 1\], se trouve aussi la confirmation de Mi/nio Segoceiisis sedin epi-tcopus f. (Cf. Berganza, t. Il, p. 437.)
— (s?y avril 1069.) Donation du village d'Horligiiela au monastère d'Arlanza, faite par le roi Sanche. Confirment : <> Bex Sanrtius ; Uominico abba ; llodcrigo Didaz (le Cid) »,etc. {Fonds des Archives de la Con'jréj/aliott deSainl-Benoil de Valladolid, t. I, fol. 213-:214, cl Biblioleca nacional de Madrid, ms. Q, 96, copie modeine.)
— {^6 mars 1071.) Privilè'gedu rni I). Sanche à Bermudo Sandinez : <. Ego Sanctius
Fredelandiz, gratia Dei rex Castelle, una cum uxore Alberta regina ; Aldefonsus rex in Legione ; Urraca prolis Fredelandi régis : Gelvira eiusdem régis filia ; Simeon Burgensis episc; Munio Segocensis episc; Dominions, Silis abba ; Roderico Didaz. » (Berganza, t. H, p. 437.)
— {3 décembre 107-2.) Donation du roi Alphonse VI à l'abbaye de Cardeùa :
« Aldefonsus rex ; Scemenus episcopus ; Bernaldus episcopus ; Sisebutus abba in Caradigna; Dominicas abba in Sancli Sebasliani ; Belasius abba in Sancti Emiliani ; Garseani abba in Sancti Pétri ; Alvaro abba in Valvenaria ; Roderico Didaz. »
{Ibid., p. 439.)
— {3 décembre 1072.) Autre privilège du même roi à la même abbaye : « Dominions abba in {monaslerio) Sancli Sebasliant » {Ibid., p. 439.)
{Dale incerlaine.) Charte accordée au monastère de Saint-.Martiu d'Escalada, et confirmée par les abbés de Silos, de Cardefia, d'.\rlauza, d'Oûa, etc. (Saudoval, Los cinco obispos, p. 102 ; Cf. Salazar, Casa de Lara, « Pruebas », p. 6.)
1. Le fait ne serait pas douteux, si l'on pouvait appliquer avec certitude à nos deux prélats ce que l'auteur du Clironicon Silense dit, sans les nommer, des messagers du roi de Castille : « Garsias rex ferox et animosus, audita legatione, nuncios e castris, despecta fratris pietate, exire imperat ; ac statim subiufcrendo minas » etc. {Esp. saijr. t. XVII, p. 308-309, 2"^ éd.) On conçoit aisément, du reste, que l'abbé de Silos ne fut pas persona r/rala auprès du roi de .Navarre, pour les motifs exposés au commencement de ce chapitre.