Recueil des chartes de Vabbcnje de SUof, p. 37 et
(lu pouvoir séculier, et le soustraire en même temps à la juridiction épiscopale, dont l'intervention n'était pas sans troubler quelquefois la bonne harmonie entre le chef et les membres de la famille monastique. Par une bulle datée de Saint-Gilles le 7 novembre H 18, le pape Gélase II, auquel s'était adressé l'abbé de Silos, accueillit favorablement cette requête, qu'avait appuyée D. Bernard, primat d'Espagne et archevêque de Tolède '. Il déclara même qu'en raison
1. L'abbaye de Silos fut tenue, en signe de cette particulière dépendance, de payer au Saint-Siège un cens annuel, que le pape Géldse fixa à deux pièces d'or. — Dès 1148, ce cens avait plus que doublé et la bulle d'Eugène III parle de cinq aurei. Le Liber Censuum Rotnanœ Ecclesise, rédigé en 1192 par le caniérier Cencius, plus tard pape sous le nom d'Honorius HT, fait mention d'une redevance de cinq niaravédis (d'or), ce qui pour cette époque nous permet d'identifier, comme valeur, cette dernière monnaie avec la pièce d'or : 'i Mouasterium Sancti Dominici, V raarabutinos » (Muratori, Anliqiiilales italicae medii aevi, t. V, p. 889). Deux autres abbayes bénédictines du diocèse de Burgos sont nommées dans ce document, celle d'Oûa (monasterium Sancti Salvatoris Oviensis {lire : Onieusis», unam unciara auri), et celle de Cardeùa (monasterium de Cardinia, unum marabutinum). L'abbaye de Guniiel, voisine de Silos, mais située dans le diocèse d'Osnia, payait « unum marabutinum auri » {Ibidem). — M. Paul Fabre publie en ce moment une nouvelle édition du Liber Censuum ; mais la partie couceruaut l'Espagne n'a pas encore paru. Le^ (jesia piuprïs scholaris Albini, dont la rédaction est antérieure de quelf|ues années au livre des Censius (voy. P'abre, Élude sur le Liber Censuuui de l'Éylise lioinaine, 1892, p. 10 et ss.) disent de Silos : « .Monasterium Sancti Dominici juris beati Pétri est V morabiL <> [Pair, lai., t. XCVIII, col. 483.)
D'après les conq)tcs de l'abbaye dressés en 1338, le cens annuel était alors de 120 maravédis {Recueil, p. 385). Mais il faut ajouter que le maravédis dont il est ici f|uestion,n'a pas à beaucoup près la valeur du maravédis d'or mentionné plus haut.
Celte valeur était pourtant assez sérieuse
comparée à ce qu'elle devint dans la suite ; car les mêmes comptes nous apprennent que la crintara de vin (environ 16 litres) se payait de deux à trois maravédis. {Ibid., p. 396 et 399.)
Les monastères qui au XV*^ et au XVl" siècle s'unirent à la Congrégation de Valladolid ne payèrent plus au Saint-Siège le cens annuel (leurs bénéfices n'étant jamais vacants). Mais cette taxe fut remplacée par le Quindenio, redevance établie en 1470 par Paul II et que chaque abbaye devait envoyer tous les quinze ans. Ce droit était fixé, pour Saint-Dominique de Silos, ;'i 166 florins d'or. Les archives de l'abbaye possèdent encore un grand nombre de reçus délivrés par la Chambre Apostolique et qui vont de 1.52T à 1792. En voici un spécimen : « Guido Ascanius Sfortia, oiiseratione divina Sancti Eustachii diaconus cardinalis de Sancta Flora, S. R. E. camerarius, universis et singulis présentes litteras inspecturis salutem in Domino sempiternam.— Universitati vestre notum facimus et attestamur per présentes quod venerabilis Congregatio Sancti Benedicti Vallis Oleti, cum teneatur de quindecim in quindecim annos solvere Camcre Apostolice et sacro coUegio RR.
DD. S. H. E. Cardinalium comune et alia iura iiionastcrii Sancti Dominici de Silos... taxali ad llorenos auri de Caméra centum sexaginta sex cum duobus fertiis, ratione unionis perpétue eidem Congrcgationi l'acte, in auro de Caméra nonaginta unum solidos... per manus R. Fratris Didaei de Lerina, procuratoris dicte Cougregationis, pro uno quindenio... solvi fecit. De quibus etc. — Datum Rome, in ("ainera Apostolica, die XXVIIl januarii millcsimi quingentesimi quadragesimi tertii, etc. [Arcli. de Silos, original tiré du fonds des archives lie la Congrégation de Saint-Benoit de
l'abbaye DIÎ silos au Xll" SIÈCLE 81
do la situation de Silos sur les confins encore mal déterminés dos diocèses de Burgos et d'Osma, l'abbé de Saint-Dominique pourrait s'adresser à un cvèque de son choix pour faire conférer à ses moines les ordres sacrés et on recevoir le chromo et riiuilo sainte. D. Jean fit dans la suite conlirmor ce privilège, d'abord par llonorius II, nous ne savons en quelle année, puis par Innocent II en 1142 \
En môme temps que son autorité spirituelle, l'abbé de Silos voyait son intluence extérieure s'agrandir et le nombre de ses domaines s'augmenter dans dés proportions jusqu'alors inconnues. En 1119, Urraque, reine de Castille, lui donnait San Roman doMoroso. Cet important prieuré, appelé aussi el prwrato de la Montana^ à cause de sa situation dans la région montagneuse de la province de Santander, comprenait neuf églises, plusieurs bourgades et une étendue considérable de territoire. Elle y ajouta deux ans plus tard la donation du San Martin de Tormillos, dont le pittoresque clocher roman, seul reste de cotte petite ville, se voit encore, perché sur un roc isolé, à deux o\\ trois kilomètres de Iluerta del Rey ".
Son fils Alphonse VII, surnommé VEmpereur. fit plus encore, et les quinze diplômes qui nous sont restés de ce puissant prince, témoignent de sa dévotion envers saint Dominique et do sa munificence vraiment inépuisable envers son monastère. Il serait trop long d'analyser ici tous les privilèges qui sont publiés intégralement dans notre Becueil des chartes de Silos ^ Nous nous contenterons de mentionner ceux qui nous ont paru les plus dignes d'attention. Le premier est l'acte solennel du 21 juillet 1125, par lequel le roi accorde à Tabbé Jean et à ses moines la ville de Tabladillo et les treize villages compris dans son alfoz ou district. Dans le second ou carta puebla de H26, il permet de créer autour du prieuré de San Martin de Madrid le faubourg destiné à devenir un jour l'un des principaux quartiers de la capitale. Le troisième document jusqu'ici inconnu et qui est très curieux pour l'histoire du régime municipal au XI'' siècle, renferme les fuet'os ou libertés communales de la ville de Silos '\ Par le qua-
Valladolid, t. II, pièce 164.) — En 1792 3. Pages 48-90 (a°s 34, 38, 39, 40, 41,
l'abbaye s'exempta de celte redevance en 44, 43, 46, 47, 51, S2, 53, 54, 57, 58).
payant à la Chambre Apostolique la somme 4. Silos fut régi successivement par les
de 9423 réaux. \,lhid., original de la « carta fueros anciens de Sahagun de 1083 (publiés
de redencion perpétua, » B. IV, 62.) par le P. Escalona dans son Historia de
1. Recueil, p. 72-74. Sahagun, p. 482 ; (voyez la charte du 18