CHAPITRE III
Les abbés de Silos au XVIII' siècle
Isidro de Cabrera, qui occupa le siège abbatial après la troisième prélature du P. Juan de Castro, en 1701. était né à Madrid de D. Isidoro de Cabrera, cbevalier de l'ordre d'Alcantara, et de doîni Teresa Osorio. Il fît profession à Silos en 1653. Elu abbé de Saint- Martin de Madrid en 1681, de Nuestra Senora del Espino de 1693 à 1697, il fut aussi appelé à gouverner le monastère de San Claudio de Léon ; mais il ne voulut point accepter celte dernière charge. II occupait pour la seconde fois le siège abbatial de Saint-Martin, lorsqu'il mourut, le 20 octobre 1707 '.
Pendant son quadriennat à Silos, il eut à soutenir une lutte assez vive contre la ville et son conseil. Celui-ci, de sa propre autorité, avait fait jeter en prison, pour une légère pécadille. un berger du monastère. L'abbé se plaignit de cette violation de ses privilèges et demanda justice. Ne pouvant l'obtenir à Silos même, il porta l'alfaire devant la Chancellerie de Valladolid, qui lui donna gain de cause par une sentence aujourd'hui pordue et dont nous ignorons la date exacte. Malgré ce jugement solennel, le conseil de la ville refusa de relâcher son prisonnier, et il fallut un ordre exprès de Philippe V pour lui faire rendre la liberté et mettre fin à cette querelle -.
Benito Ramirez de Orozco fut abbé de Silos de 1709 à 1713. Il appartenait à la noble famille dos Orozco, et était né à Alcocer de j)ères 1res illustres, nous disent les témoins consultés dans l'enquête faite pour sa vèture en 1682 \ Il reçut de la Congrégation le titre de prédicateur-majeur et exerça la charge abbatiale à Saint-Martin de Madrid (1707-1709) et deux fois à San Henilo de Huete. A Silos, il
1. Lihro de ErpoUo.t. - Il serait mort 2. Arc/i. de Silos, résumé de la cédule
le 21 octobre, d'après le catalogue manus- royale du 12 mars 1705, dans le manuscrit
rrit des abbés de San Martin (Munasticon 78, fol. 2o5.
hifsp., fol. 222). 3. l'ruebas de limpieza de sangre.
LES ABIiKS DE SILOS AU XXUf SIÈCLE
refit la façade principale de l'église et l'onia de beaux motifs d'architecture ainsi que de plusieurs grandes statues, parmi lesquelles celles de Récarède et d'Alphonse VI '. Il mourut le 6 septembre 1737.
Juan (le Herrera lui succéda en 1713 et gouverna le monastère jusqu'à sa mort, arrivée le 23 mai 1720 '. Il avait fait profession en 1683 enlre les mains du P. Juan de Castro, el fut abbé de Huete.
Il fut remplacé à Silos par le P. Luis Santos, prédicateur de talent, qui mourut le 17 janvier 1723, avant de terminer ses quatre années de prélature ".
Nous ne dirons rien ici de son successeur, Sébastian de Ve?'gara, auquel nous consacrerons une courte notice dans notre étude sur l'histoire littéraire de Silos \
Le P. Isidoro de Quevedo le remplaça en 1720 et fut encore réélu en 1737. Cet abbé était originaire de la petite ville de Pié-de-Concha (dans la Montana de Santander), où il naquit en 1687 de Diego de Quevedo Bustamante et de Marfa de Teran^ Il reçut l'habit bénédictin à Silos en 1703, à l'âge de seize ans, et mourut « prieur de San Ildefon^o de Madrid, en Hil » ^
Le P. Baltazar Dinz, dont nous ferons connaître plus loin les titres littéraires, fut un des plus grands prélats de l'abbaye de Silos, qu'il gouverna pendant douze années à trois reprises dilférentes.
Il nous a laissé dans les Memoi'iœ Sllenses une histoire du monastère de Saint-Dominique à partir de l'année 1732. Continué succes-
1. On trouve une intpressante description (le ces travaux dans le livre de Depôsilo de l'auuée 1713.
2. Eu nn, le chapitre général élut, comme abbé de Silos, le P. Leaudro Nanclarez; mais celui-ci n'ayant pas accepté, le chapitre nomma de nouveau Juan de Herrera {Aclas, t. II, fol. 391-593). Nauclarez avait été prieur de l'Espino.
3. Parmi les objets précirux dont s'enrichit le monastère à celle époque, le livre de Depôsito signale « un pectoral en or du poids de deux livres, orné de trente-deux émeraudes ».
4. Il convient de signaler sous l'abbatiat du P.Vergara une cédule de Philippe V, autorisant l'abbé de Silos à faire dresser un élat détaillé de tous les biens que le monastère possédait sur le territoire des archevêchés de Burgos et de Tolède et des
évêchés d'0«ma, de Ségovie, de Valladolid, de S ilamanque, de Cuenca et autres lieux. Fait au Pardo 1h 13 février 1726, et signé : Yo EL KEY {A ch. de Silos, B. IV, 16, original, suivi de quelques pièces relatives au même objet). — Eu 1724, un moine de Silos, Melchor Gonzalez Tamon, qui avait été deux fois abbé de San Martin de Madrid, lui élu abbé de San Juan de la Peûa, où il mourul en 1745. Ce monastère n'appartenait pas à la Congrégation de Valladolid, mais à celle de Tarragone.
5. Sou nom daus le siècle était Juan de Quevedo Bustamante. II scelle parfois les documents officiels du sceau de sa famille, au lieu de se servir comme les autres abbés de celui du monastère. [Arch. de Silos, « Informe de limpieza de sangre » du 19 juin 1738.)
-6. Arch^ de Silos, ms. 51, fol. 40. v".
sivement par les abbés Moreno et Echevarrîa, ce précieux manuscrit nous donne, jusqu'à la suppression des ordres religieux, tous les faits qui peuvent avoir quelque importance. Nous en signalerons çà et là quelques-uns, ne pouvant nous permettre davantage. L'œuvre principale de Baltazar Diaz fut la translation du corps de saint-Dominique S qui reposait depuis six cent cinquante-sept ans dans un
1. Voici une analyse sommaire des pièces d'archives ayant trait à la découverte et à la translation du corps de saint Dominique de Silos, ainsi qu'à l'extension de son culte à cette époque (t732-n3i).
1. — 1732, 29 avril. Relation authentique de la découverte du sépulcre du saint (14-16 avril) signée d' n Antonio del Campo », notaire apostolique et moine de Silos. {Arch. de Silos, original, B. IV, 21.) — Autre relation authentique, signée d' « Antonio de Septien y Pedro Gonzales Ortiz, escrivanos reaies » ilbid., original. A. XXV, 4o. fol. 22-34).
2. — 1732, 7 juillet. Bref de Clément Xll. lançant l'excommunication contre toute personne qui distrairait une partie quelconque des " ossements, cendres, tombeau et vêtements » de saint Dominique de Silos. « Datum Romse, apud Sanctam Alariam Maioreni, sub annulo piscatoris, die VII iulii MDCCXXXII, pontificalus nostri anno secundo. Cardinalis Oliverius » (Ibid., original, A. XXV, 4o «}.
3. — Même date. Bref de Clément XII, accordant une indulgence plénière pro una vice à tous les fidèles qui visiteront l'église abbatiale de Silos pendant l'espace de huit jours à fixer par l'ordinaire. ^ Datum » Il f supra, (/iîd., original, A. XXV, 4.j b. — La permission du grand inquisiteur pour publier et gagner cette indulgence se trouve en A. XXV, 45 d. Elle est signée : El obispo inquisidor gênerai, et datée du i septembre 1732.)
4. — 1732, 23 août. Permission accordée par la Congrégation des Rites pour célébrer une fois la fête de la translation de saint Dominique avec octave. « Die 23 augu = ti 1732. A. F. cardinalis Zondodiri P. prœ/'eclus. — iV. M. Tcdeschi] archiepi-icopiis Apiiin., S.li. C. secrelarius'i Ibid., original, A. XXV, 4.j c).
5. — 1732, 2 décembre' Lettre de don Manuel de Samauiego y Jaca, signalant le
19 avril 1733 et les jours suivants, pour gagner l'indulgence plénière accordée par le bref de Clément XII. << Burgos, â 2 de diziembre de 1732. Manuel, arzobispo de Burgos » (Ibid., original, A. XXV, 45.)
6. — 1733, 15-19 avril. Procès-verbal de la découverte du tombeau renfermant le corps de saint Dominique de Silos, de la translation des reliques du même saint, renfermés dans une urne d'argent, dans la nouvelle chapelle consacrée par l'archevêque de Burgos. Ce procès verbal fut fait à Silos par l'archevêque et signé de sa main. {Ibid., original, B. IV, 21.)
7. — 1733, 9 mai. Décret de la Congrégation des Rites (accordé à la demande du roi d'Espagne et de la Congrégation de Saint-Benoît de Valladolid), étendant à tous les domaines de la couronne d'Espagne l'office propre et la messe de saint Dominique, déjà approuvés pour l'ordre bénédictin. Signé comme le décret du 23 août 1732, avec le pose royal. [Ibid.. original, B. IV, 22.)
8. — Même date. Décret de la nièmi' Congrégation ordonnant d'ajouter au martyrologe romain le nom de saint Dominique avec l'éloge suivant : <> Tertio decimo kalendas ianuarii, in Hispania depositio sancti Dominici de Syios, abbatis ordinis Sancti Benedicti, miraculis in captivorum liberatione celeberrimi > . Mêmes signatures. (Ibid., original, avec le pase royal, B. IV, 23.)
9. — 1733, 12 septembre. Décret de la même Congrégation, accordant à l'abbaye de Silos la faculté de célébrer chaque année la fête de la translation de saint Dominique le deuxième dimanche après Pâques, comme solennité de l''" classe avec octave. Mêmes signatures. [Ibid., original, B. IV, 24.) — L'office de la translation fut approuvé l'année suivante. (Catalogue D, p. 39.)