DE FEKNAN GONZALEZ A SAINT DOMINIQUE
ce récit, il ne sera pas inutile de jeter un rapide coup d'œil sur les causes qui, au temporel comme au spirituel^ mirent le monastère dans la lamentable situation où le trouva saint Dominique, lorsqu'il en fut élu abbé, c'est-à-dire cent trente ans environ après sa restauration par le premier comte de Gastille.
Belasius abba, f . — Stefanus abba, f . — Félix abba, f — Pelrus presbiter, f .
Neuvième colonne : Sisebutus presbiter, f. — Gaudila presbiter, f. — Enego presbiter, f. — Martiuus presbiter, f.
Dixième colonne : Tellus heremita, f. — Zisilla Iieremita, f. — Obetoni heremita, f. — Ser%'us Dei heremita, f. — Tirsus heremita, f. — Johanaes heremita, f.
Onzième colonne : Florentins scriba, licet indignus, exarabit. — Pontenlius abba confirmabit, -;- fecit. »
{Arch. de la cathédrale de Diirgos, tiroir IX, volume 69, i^^ partie. — Original en parchemin ; 0 m. 70 X 0 m. 50. Le texte est en belles majuscules wisigothiques alternativement noires et rouges ; les signatures en minuscules. On trouvera à la fin de cet ouvrage le fac-similé de ce document.)
Yepes a déjà publié cette pièce dans sa Coronica gênerai de la orden de San Benito (t. V, écrit. XXlll), d'après une copie faite par Juan d'Are valo, bénédictin de Cardeûa. Il ne paraît pas toutefois que ce dernier ait eu l'original sous les yeux. Le texte donné par Yepes et qu'a reproduit Muûoz {Coleccion de fiieros y carias piiebla.i, p. 41i est, dans tous les cas, notablement diffèrent du nôtre. Les noms y sont presque méconnaissables, sans compter que la ponctuation et les nombreuses fautes d'impression en dénaturent le sens presque à chaque ligne.
— Le comte Garci Fernandez avait, six ans auparavant (972 1, reçu la ville de Covarrubias des mains de l'abbé et des moines de Saint-Cosme et Saiut-Damien de cette même ville. Nous donnons, d'après l'original que nous avons sous les yeux, le texte encore iuédit de ce curieux et très intéressant document.
« In nomine Ingeniti Prolisque ac Procedentis uuius seniper natura deitatis. Ego Belasco abba una pariter cum fratribus meis, videlicet, Martin us abba, Servandus, Petrus, Vincenti, Iulianus, Fortuni, Potentius, Suarius, Guntricus, Sonna, vel
omnes fratres a minime usque ad maximo ; itidem nullius coartans inperio neque alicuius subducens articulo, sed spontanea nobis adesit voluntati, et facimus tibi donino Garsea comité sive domna Ava cometissa, et filiis adqne filiabus vestris, donationeni atque concamiationem sive concessionem ipsius loci Cobasruvias situs qui extat in ripa fluminis Aslanca, reliquie namque residentis loci illius sanctorum Cosme et Damiani, et sancti Cipriani episcopi, et sancte Eugénie virginis. Quia quidem ego Belasco abba cum supra nominatis fratribus ad integrum vobis donamus atque coccedimus ipsum locum, receusendo quem retulimus : Cofasrubias cum terminis suis, videlicet, de valle de Area usque ubi descendit in flumine Aslanza, et de alla parte de semitario antiquo de Mamlas usque in valle de Santo Petro, qui descendet de serra, sicut atqua discurret usque in Aslanza, quamtum infra concludet, tam in montibus quam in campis, cultum et incultum, valles et collatos, fontes et pratos adque molindinos, omnia vobis donamus atque concedimus, ut de odie die vel tempore in vestro iure sit coufirmatum adque donatum, ut abeatis, teneatis, vindicetis et defendatis iure perenni. Et proinde accepimus ex vobis très villas, videlicet, illa vestra parte in Sancti Romani, qui est sita in ripa fluminis Aslanzone cum suis terminis, exitu et regressu, et villa de Licinio in ripa fluminis Aslanza sirailiter cum suis terminis, et villa quod dicunt Cornelianos in rivilo [sic) Pinitello cum suis terminis.
« Porro, si quis aliquis de nobis seu aliqua subrogata persona hune nostrum fidelem textum donationis per quolibet argumentuin inquietare voluerit, repentinus iudicius incurrat damnabilis, ab utrisque privetur luminibus, omnibus bonis arceat, malis cunctis incurrat et corpus eius non recipiat terra, sed cura luda traditore baratrique inferno inferiori,
Fernan Gonzalez avait repoussé les Arabes au sud du Ducro; mais son épée ne put contenir longtemps Tennemi au-delà de ses nouvelles frontières. Dès 921, Abderrahman, calife de Cordouo, les franchit à l'appel du roi de Saragosse et pénètre jusque dans la Rioja, où il met en pleine déroute les armées de Léon et de Navarre dans la funeste bataille de Val de Junquera. Quelques années plus tard, le puissant calife apparaît à deux reprises différentes sur les bords du Duero ',
et insuper damna secularia CCCtas libras aureas a parte comitis conférât, et hec scripture tenorem plenam in omnibus obtineat firniitatis roborem.
« Facta apicibus exarationem, noto prefixionis diem, 1111 idus sebtembres [l'orifjinal porte : SBSR), era railesima X*, régnante serenissimi régis puero Raneniiro in Legiooe, atque rouiite Garsea, Fredenandi filium, in Casteila.
<■ Ego Belasco abba cum supranominatis fratribus, (|ui hune testamentuni - fieri voluimus et relegendo audibimus, propriis manibus sigillis impressimus -;- -r atque aliis roborare promisimus.
« Florentius scripsit.
Première colorme : Belasco episcopo confirmans. — Anni Obecoz confirmans, f. — Nunnu Obecoz confirmans, f. — Ansuri Fredenaudiz confirmans, f. — Obeco Munnioz confirmans, f. — Obcco Fredenaudiz confirmans, f. — Armentero Sarranciniz confirmans, f.
Deuxième colonne : Sarracino Belascoz confirmans, f. — Didaco Armentarez confirmans, f. — Nunnu Munnioz coufirmans, f. — Bogila Didaz confirmans, f. — Garcia Lupiz confirmans, f. — Annala Gudemeriz coufirmans, f. — Gundesalvo Teliiz confirmans, f .
Troisième colonne : Guudesabo Ansuriz confirmans, f. — Fredenando Munnioz confirmans, f. — Fredenando Soiiuaz coufirmans, f. — Munnio Sonuaz confirmans, f. — Fredenando Teliiz confirmans, f. — Nunnu iJidaci coufiriuan:^, f. — Albarii Lupiz confirmans, f. — Obcco Albarez confirmans, f.
Quatrième colonne: Sonna Felcs confirmant, f. Doniio Beudcnli confirmans.
f. — Izani confirmans, f. — .Muunio lUidcrici confirmnns, f. — Fredenando Armentarez conlirniaus, •[-. — Gaudila pres-
biter confirmans, f. — Munnio Didac confirmans, f. — Garcia presbiter, f.
Cinquième colonne : Fredenandus presbiter confirmans, f. — Ennecus presbiter confirmans, f. — Obeco Maurellez coniirmans, f. — Ermigildo Fredenandiz confirmans, f . — Tellu Didaz confirmans, j. — Armentero Flagiuis confirmans, f.
— Gelca Aboi Gamarez confirmans, f .
« Con ista concessione quod non abeant labore de castiello neque in fossato, et non abeant anupda nequelebet inde conparatione neque de muliere ad alius locus, nisi quod deserbiant ipsas créditâtes ad fratres de Baralanica, set sine populatore. »
[Arch. de la cathédrale de Burgos, vol. 69, fol. 87. — Original en parchemin, 0 m. u9 XO m. 40, écrit en lettres majuscules et minuscules wisigothiques noires et rouges, sauf les signatures qui sont eu minuscules noires. On trouvera à la fin de cet ouvrage le fac-similé de ce document.)
1. C"est, croyons-nous, entre ces deux expéditions dWbderrahman que Fernan Gonzalez gagna sur les Maures, non loin de Silos, la bataille de Hacinas, chantée avec tant d'enthousiasme au commencement du Xllle siècle par le moine-poète d'Arlanza dans son Poema de Fernan Gonzalez. (Voy. Auiador de los Rios, Hintorid critica de la Uleralura espanala, l. Il, p. ;{37-3G7.) Il est assez naturel d'admettre que le calife, dont l'ambition était de reconstituer à son profit le vaste empire des émirs, songea d'abord à s'assurer des forteresses frontières. Celle de Carazoétaitdes plus importantes, et c'est au pied même du plateau sur lequel s'élevait la ciladelle, que le comte, assisté des pa- Iron-i (le ri-s[)iigne catlioli(|ue, saint Emilien et saint Jacques, aurait anéanti l'armée des inli<ièles. (Cf. Bergauza, t. I, p. 256-237 ; Sandoval, l,os cinco obispos, ad aun. 931)-
DE FERNAN (GONZALEZ A SAINT DOMINIQUE âl
renverse plusieurs forteresses chrétiennes et menace d'anéantir le jeune comlé de Gastille ; mais les troupes réunies de D. Ramire, roi de Léon, et de Fernan Gonzalez parviennent à l'arrêter et remportent sur lui les deux mémorables victoires d'Osma (933) et de Simancas (938) '. Ecrasés dans ces sanglantes rencontres, les Maures ne songèrent plus de longtemps à tenter de nouvelles entreprises, et ne purent même défendre leurs propres frontières. Ce n'est guère que quarante ans plus tard (978-979) que nous les voyons reparaître au nord du Duero sous la conduite d'Orduan, général du calife Hixeni'. Ils pénètrent dans les montagnes de Silos par Osma et San Esteban, y promènent le fer et le feu et ne cèdent enfin que devant les efforts combinés de Sanche le Grand, roi de Navarre, et du nouveau comte de Gastille Garci Fernandez. Mais dès l'année suivante, celui qui devait être pendant près de vingt ans le fléau de l'Espagne chrétienne et lui faire essuyer défaites sur défaites, le terrible Almanzor, se met à la tête des troupes musulmanes. De la Gatalogne au Portugal il sème partout le carnage et la désolation, Barcelone, Simancas, Zamora, Léon, Coïmbre^ Viseu, Lamego, Saint-Jacques de Composlelle et un grand nombre d'autres places fortes tombent successivement en son pouvoir. Au centre de la Vieille Gastille, il s'empare de Gormaz, de Sepûlveda, d'Osma, de San Esteban et enfin de Glunia à trois lieues à peine du monastère de Silos ^ Le moine anonyme de Silos, qui écrivait un siècle et demi plus tard, d'après les récits de ceux qui avaient connu les témoins des événements de cette époque [ut paterno relatu didicimus), nous montre Almanzor comme l'instrument de la vengeance divine irritée contre les chrétiens. Il le dépeint renversant tout sur son passage : villes, châteaux forts, églises, monastères,
i. En reconnaissance d'un succès si 3. Cette dernière forteresse s'élevait non
éclatant, le vainqueur fit élever sur les pas sur le plateau où se voient aujour-
bords du Duero, près de l'endroit où fut d'hui les ruines de la cité de Clunia, mais
livrée la bataille de Simancas, le monas- à une petite distance vers le sud-ouest,
tère de Sainte-lMarie d'xVniago, que la sur une colline qui domine à pic l'humble
reine Urraca donna plus tard à l'abbaye village de Goruna del Conde et dont le
de Silos. (Voy. notre Recueil des chartes sommet porte encore de superbes reste»
de l'abbaye de Silos, p. 66 ; cf. Florez, Esp. de la redoutable citadelle bâtie en cet
sagr., t. XIV, p. 454 et t. XVII, p. 305.) On endroit par le comte Fernan Gonzalez,
trouvera plus loin une notice sur Aniago. — Les nombreux fragments de marbre
2. Conde (Los Arabes en Espana, t. I, sculpté et d'inscriptions, encastrés pêle-
p. 463) mentionne, d'après plusieurs chro- mêle dans ses murailles, prouvent qu'elle
uiqueurs arabes, une invasion pendant fut construite avec les débris arrachés
laquelle Alhakem, calife de Cordoue, se aux temples et autres monuments de
serait emparé de la forteresse de Clunia. l'antique capitale du convenlus Cluniensis.
devenaient la proie des flammes, tandis que les habitants, qui n'avaient pu échapper par la fuite, étaient massacrés sans pitié ou réduits en esclavage. Aussi, loi'sque sa puissante armée fut presque anéantie et lui-même mortellement blessé dans la fameuse bataille de Galatanazor, où luttaient pour la défense de l'Espagne chrétienne les forces réunies de Gastille, de Navarre et de Léon, un immense cri de joie s'éleva-t-il de toutes parts pour remercier le ciel de cette éclatante victoire (998) '. Dès ce jour, en effet, l'ère des grandes invasions musulmanes est close, et malgré la défaite de Berlanga, où le courageux comte Garci Fernandez trouva la mort vers l'an 1005. il ne semble point que les califes aient profité de la faiblesse de leurs adversaires pour renouveler leurs attaques. Les troubles politiques et les discordes intestines ne tardèrent pas du reste à porter une rude atteinte à leur puissance, et permirent aux princes chrétiens de se préparer à la revanchedéfinitive. Tout porte à croire cependant que le monastère de Silos ne put jouir encore d'une pleine sécurité. L'ennemi était pour ainsi dire à ses portes et occupait toujours, entre autres forteresses, celles de San Esteban et de Glunia (Goruna del Gonde), d'où il menaçait sans cesse les plaines et les fertiles vallées du voisinage. La paix succéda enfin à de si longues inquiétudes, lorsque, vers 1020, le calife de Gordoue donna ces deux châteaux forts à Sanche Garcia, comte de Gastille, comme gage de l'alliance qu'il venait de contracter avec ce prince ^.
^. Le moine anonyme de Silos décrit peut remarquer qu'il n'est pas question
en quelques mots l'état de l'Espagne cliré- dans ces deux passages d'une défaite de
tienne à cette date : « Eadem vero tem- l'armée musulmane. Aussi, Dozy (([ui, avec
pestate in Ilispania omnis divinus cultus la Chronicon But-gense, place la mortd'Al-
periit, omnis clirislicolarum gloria deci- maiizor en 1002) s'autorise-t-il du silence
dit ; congesti ecclesiarum thesaiiri fundi- des historiens arabes et des chroniqueurs
tus diropti sunt >>. Parlant de la mort de contemporains pimr nier catégoriquement
l'auteur de tant de maux, il ajoute : <> Post la victoire des princes chrétiens. (Voy. /\'e-
mult.is christianorum horrifuras strages, c/ierc/ies suv l'histoire et la lUléralure de
Almanzor a denumio, quod eum vivontem VUspiupie pendant le inoijen âge, 3« éd.
possederat, intercepliis, apud .Mcliuam t. I, p. 193). Quoiqu'il en soit, la dispari-
Celim, raaximam civitatcni, in inferjio tion du héros musulman valait, pour les
sepullus est». (CAronjco/iSf/ense, § 71, dans résultats, la plus éclatante des victoires. Florez, Esp. sagr., t. XVII, p. 303 de la 2. Il cédait en même temps Osma,
2"' édition.) L'auteur du Chronicon Burgen- Gormaz et plusieurs autres places fortes.
se se sert des mêmes nnjts pour exprimer La date de cet événement est assez dou-
le vif sentiment d'allégresse <(ue produi- teuse. La chronique de Cardefia et les
sit en Gastille la nouvelle de la mort du Annules Coniposlellani la fixent en 1011,
terrible conquérant (il la place en l'an les Annales de Tolède en 1021, le Chroni-
1002;: >< Kra .MXL mortuus est .\lmanzor <om Burgense en 1023 et enQn l'archevêque
et sepultus est in infern'o ». (Voy. Flort-z, Rodrigue, dans son Ilistoria Arabum, en
Exp. augr., t. .Wlll. p. 308.) — Le Ititeur 1013. Dozy {Recherches, t. I, p. 203) croit
bE FERNAN GONZALEZ A SAINT DOMINIQUE â3
IV. — Mais qu'était devenue Fabbayc au milieu de tant de vicissitudes ? Comme nous l'avons déjà dit, les documents contemporains nous font défaut sur cette période de son histoire ; mais la position de Silos entre les deux citadelles rivales de Clunia et de Carazo, sa proximité des chemins par lesquels les armées arabes pénétraient d'ordinaire sur la terre de Castille, tout porte à croire qu'il n'échappa point à la ruine commune. Le silence même de ses archives semble une preuve indirecte des révolutions qu'il eut à subir durant ce siècle de luttes sans cesse renaissantes. On aurait aimé à entendre sur ce point le témoignage de l'anonyme de Silos, qui écrivait au commencement du xu" siècle, comme préface à son Histoire d'Alphonse VI, une brève notice sur les rois ses prédécesseurs. Trop fidèle au plan qu'il s'était tracé d'avance, il est d'une discrétion désespérante sur des événements que nous voudrions mieux connaître, et fait à peine mention du monastère à l'ombre duquel il compose, dans le silence et la paix, son intéressante chronique.
Il semble hors de doute cependant que l'abbaye, malgré sa couronne de montagnes, qui, alors comme aujourd'hui, lui formaient un rempart naturel difficile à franchir, fut à plusieurs reprises saccagée par les Maures. Avertis de leur approche, les paisibles habitants du cloître se hâtaient de chercher un asile assuré derrière les tours de Carazo. Peut-être aussi allaient-ils s'abriter dans les nombreuses grottes voisines, à l'entrée desquelles une poignée d'hommes déterminés pouvaient tenir tête à une armée tout entière. Le flot passé, ils ne tardaient pas à descendre de leurs retraites, et après avoir restauré à la hâte leur église et leurs demeures incendiées, reprenaient les exercices interrompus de leur vie de pénitence, de prière et de travail \
Il était toutefois imposssible que la discipline régulière ne reçut pas de sérieuses atteintes au milieu de ces continuelles alarmes, comme aussi de l'état précaire où le monastère se trouvait nécessairement réduit après chaque désastre. C'est co qui ressort avec évidence de l'état lamentable où se trouvait l'abbaye de Saint-Sébatien de Silos, lorsque saint Dominique vint en prendre le gouvernement en l'année
même devoir placer la mort du comte Gonzalvus, qui mourut peut-être victime
Sanche en Tau 1017. du fanatisme musulman, et dont nous
1. C'est vraisemblement à cette époque parlerons plus loin. Voy. ci-après l'Appen-
qu"il faut placer la mémoire du moine dice II, Inacriplions, n° 7.
ai' UISTOIRE DE l'abbaye DE SILOS
1041. Le résumé qui nous a été conservé de quelques chartes de la première moitié du onzième siècle semble même indiquer clairement que le monastère et l'église de Saint-Sébastien étaient alors à peu près complètement détruits et abandonnés, D. Muno et son successeur D. Nuno y prennent en elTet constamment le titre d'abbés de Saint- Michel de Silos, monastère situé dans le voisinage immédiat du précédent et que l'on croit avoir été habité tout d'abord par une communauté de vierges consacrées à Dieu. Les détails nous manquent sur ce monastère, dont l'emplacement lui-même n'est que très imparfaitement connu '. Mais on ne saurait douter que l'église et l'abbaye de Saint-Michel ne fussent distincts à cette époque de l'abbaye et de la basilique de Saint-Sébastien. Son état, du reste, était loin d'être florissant dans les premières années du onzième siècle.
Le moine Griraald est plus explicite encore et revient à plusieurs reprises sur la triste situation où se trouvait réduite l'abbaye restaurée cent ans plus tôt par Fernan Gonzalez ■. 11 semble se complaire à nous la montrer dépouillée de son antique gloire, ruinée par une longue suite de désastres, et n'hésite pas à attribuer ces maux à la coupable négligence de ses habitants.
Les abbés D. Muno de Dueîios Santos et D. Nuno de Gete'"*, ce dernier surtout, purent gouverner le monastère à une époque oi^i la paix et la
1. lierueil des cfi(nies,p. 8. — Lue tra- dccore niidalo... Sebastiane martir gloriodition, malheureusement trop peu ancien- se... a Doniinus impetra, ut domus in 110 pour être admise sans contrôle, place honorem noniinis lui fundata atque conce monastère à l'ouest du grand cloître secrata et nunc peccatis ac neqligenlus construit par saint Duminicpie. Le curieux inhabilanliam destructa ac desolata, denuo édifice à demi ruiné du X" siècle, appelé reslauretu)' et ad pristinum decorem encore aujourd'hui vjlesia de San Miijuel, rcvocetur, et pastor in ea bonus constiserait un reste de cette abbaye. D'après tnatur. » (Grimaldus, Vita beaii Dominîci, cela. Silos eût été à cette épo<|ue un de dans Vergara, p. 341). Un ange, s'adressant ces monastères doubles alors assez com- à l'abbé Dominique peu après son arrivée muns en Espagne et ailleurs. Mais aucun à Silos, lui dit : « Tertia corona, que est texte sérieux jie vient confirmer cetle preciosior, tibi preparatur pro cenobio hy|)Othèse. Plusieurs ont cru que l'église Exiliensi, quod es a fundamento edificade Saint-.Michel n'était autre que le porti- turus et ad pristinum decorem rcducturus, que de la basilique de Saint-Sébastien. et pro populo qnem in eo Deo es adquisi- (lette (qiinion est exposée dans les Mémo- turus » {Ibid., p. 340).
riiB Silensen (vas. 31 des Archives de Silos). .(. D. .Muno était encore abbé en 1019.
2. " Qui (Licinianus monachus), videns i*eu après, il renonça à sa prélature en varios cdsus ac désola tioiies prefati mo- faveur de D. Nuûo, qui, selon toute nasterii ac recordans anli(|uc illins digni- apparence, n'était alors qu'un enfant et latis ac, nnhilitatis, allligebatur... (orabat) : qui vécut jusqu'à un âge très avancé. Dnmine... surcurrc tua inenarrabili j)ielate En effet, il confirmait en 1077 et en H06 liujc imslro cenobio omni sua r/lor/a el deux privilèges accordés par le roi Al-
bÈ FERN'AN GONZALEZ A SAINT DOMINIQLË âo
sécui'ité étaient enfin rétablies dans toute l'étendue de la Vieille (bastille. Ils ne surent pas en profiter pour relever la maison de Dieu et lui rendre sa régularité et sa ferveur première. Aussi la décadence semblait-elle s'accentuer cbaquc jour davantage, et l'ien ne faisait prévoir un avenir meilleur.
Au milieu de ces ruines, cependant, se trouvait un saint moine nommé Licinianus, qui jour et nuit suppliait Dieu d'avoir enfin pitié de ses serviteurs et de leur envoyer un pasteur fidèle et zélé pour sa gloire. Le ciel ne tarda pas d'exaucer son pieux désir et ses ardentes prières, et bientôt, fuyant l'injuste persécution de D. Garcia de Navarre, arrivait à la cour de Ferdinand le Grand, premier roi de Castille, celui qui devait être saint Dominique de Silos.
phonse VI au monastère de San Millan. {Notice manuscrite), on y voyait encore
Nous y trouvons sa signature [Nunnus son tombeau au XV» siècle, à l'endroit
ahbas Siliensis) entre celles des abbés même où on lit aujourd'hui sur les murs
d'Oûa {Johannes abbas Oniensis) et de de la nouvelle église les mots :
iNVNlVS ABBAS.
Valvanera {Enneciis abbas Vallis Vénerie). Ces documents out été publiés, d'après les originaux des archives de San Millan, par Quant à D. Muiïo, nous le retrouvons
le chanoine Loperraez dans sa précieuse pour la dernière fois en l'an 1056, date à
Coleccion diplomntica ciel obispado de laquelle, de concert avec l'abbé D. Nuno,
Osma (p. 6 et 10). — D. xNuûo fut ense- il céda à saint Dominique la propriété de
veli dans le cloître de Silos, près de la Saint-Michel et ses dépendances. Il se peut
porte appelée de San Miguel, par laquelle cependant qu'il soit encore question de
on pénétrait du cloître inférieur dans la lui dans l'acte du 10 mars 1057 dont nous
nef latérale de l'ancienne église de Sain!,- publions ailleurs un résumé. i^Voy. notre
Sébastien. D'après Gerônimo de Xebreda Recueil, p. 12-13.)