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CHAPITRE III

Saint Dominique, abbé de Silos (1041-1073)

I. L'historien de saint Dominique. — II. Naissance de Dominique ; ses premières années. — III. Il revêt l'habit de Saint-Benoît dans l'abbaye de San Millan. — IV. Il est nommé grand prieur ; sa résistance au roi de Navarre.

— V. Sa retraite en Castille. — Ferdinand le Grand et l'évèque de Eurgos lui confient l'abbaye de Silos. ~ VI. Restauration matérielle et spirituelle.

— VII. Les études à Silos au XI' siècle. — VIII. Influence de saint Dominique ; délivrance des Captifs chrétiens. — IX. Souvenirs historiques : Chartes confirmées par le saint ; ses relations avec les rois de Castille ; translation des reliques des saints martyrs d'Avila ; le corps de saint Isidore a Léon ; visite à saint Dominique de la Calzada. — X. Mort de saint Dominique ; son culte ; églises érigées en son honneur.

I. — Nous devons le récit de la vie et des miracles de saint Dominique à la plume de son disciple le moine Grimald '. C'est à lui principalement que nous empruntons la courte notice qui va suivre. Composé peu après la mort du saint abbé, par ordre de son successeur

1. Au sujet de l'auteur de cette vie et de la valeur de son témoignage, nous pouvons tirer du texte lui-même les conclu.sions suivantes :

1" L'auteur se nomme Grimald. — En effet, dans le récit de la guérison de son serviteur Galindus, il met ces paroles dans la bouche de saint Dominique : << Est autem [Galindus] famulus domni Griinaldi librum niee conversationis facicntià.... N'adu... et die domino tuo (|uod opus quod incepit perliciat : ego enim Dominicus ei rcstituam mercodem promoritam. « {Yila beali Doininici, dans Vergara, p. 428.) Tamayo de Sala/.ar, qui a publié dan.^ son Marlyrolot/uimllispanictnn [t. VI, au 20 décembre) le livre premier de la Vila heali Dotninici, se trompe donc, quand il affirma que l'auteur de cet écrit est anonyme. De son cùlé, Nicolas Antonio (Dibliolhspca Hispana velus, t. II, p. 4) a cru devoir distinguer ce prétendu ano-

nyme du moine Grimaldus, qu'il dit avoir composé dans l'abbaye de San Millan une autre vie de saint Dominique. Les quelques extraits du livre troisième que nous venons de citer et un passage du prologue du second livre (« primo ergo libello pauca de plurimis que vivons in corpore gessit indidimus, secundo vero... ») ne permettent pas cette distinction et montrent clairement que les trois livres sont du môme écrivain. D. Mabillon luimême (Acta Sanvtorum ordinis sancli Benedicli, t. Yl, au 20 décembre de l'an 1073) a hésité sur le nom de l'historien de notre saint, qu'il ne connaissait d'ailleurs que par le fragment imprimé dans l'ouvrage de Tamayo. Sur ce point le doute n'est désormais plus possible.

2° Grimald fut disciple de saint Dominique et moine de Silos. — Parlant de la vision des trois couronnes, qui eut lieu peu après l'arrivée du saint à Silos, il dit :

isAlM' DOMLMOUE, ABBÉ DE SILOS

D. Fortimius et sous les yeux des témoins de ses merveilleuses actions, le récit du moine de Silos présente tous les caractères désirables de sincérité et de véracité. On aimerait sans doute à y trouver un style plus simple, plus dégagé d'une pieuse rhétorique, sous laquelle sont voilés trop souvent des faits dont le seul exposé eût eu pour nous un tout autre intérêt. C'est ainsi, par exemple, que nous n'avons presque aucun détail sur les fréquents rapports de notre saint avec les trois premiers rois de Castille K Mais l'auteur a soin de

« Quam proniissionem visionis ab eo (Doiuinico) autlientes, tune quidem funditus fidetu dare neglexinius,... de integro intelligere non potuinius... at nuuc, videntes illius miraculorum insignia.., intelligimus... » {Vila, 1. I, c. VII, dans Vergara, p. 347). Il ajoute, au sujet des miracles que le saint a opérés pendant sa vie : <c Gesta miraculorum eius que referimus, quedam omni populo testante cognovimus, quedam refereutibus viris illuslribus ipsius famiiiaribus didicimus, quedam vero nos ipsi présentes oculis nostris vidimus... » {Ibid., p. 351). « Testamur quod de 60 (iufirmo) vidimus. » {Ibid., p. 356 et 357.) « Quod de isto (infirmo) retulimus, hoc eum (sanctum) fecisse de aliis quamplurimis vidimus. » (Ibid., p. 362.) « Ideo, fratres dilectissimi (monachi Silenses), beatum patronum nostrum Dominicum...

veneremur, laudemus... >. {Ibid., p. 366.) Nous pourrions multiplier les citations de ce geure ; mais les précédentes sutilsent. Elles prouvent en même temps que Grimald a été souvent témoin des faits qu'il raconte, et qu'il s'en rapporte pour les autres à des attestations très dignes de foi. L'auteur dit encore à ce propos : « Omne quod referemus idonei testes, si necesse fuerit vel si tantum causa increverit, ecclesiastico iure roborabunt, qui stantes ac présentes et videntes interfuerunt. Hoc etiam testantur creberrima, que Domino donante omuique populo testante ostenduntur, ad eius sacratissimum tumulum evidenter facta et ostensa miracula. » {Ibid., p. 345.) Ajoutons enfin que Grimald écrivait quelques années à peine après la mort de Dominique, par ordre du successeur immédiat du saint abbé, et s'adressait aux moines, dont la plupart, sinon tous étaient à même de contrôler

la vérité de ses récits. — Nous avons relevé ces quelques preuves pour corriger la notice que donne de notre auteur le savant Nicolas Antonio, qui en fait un moine de San .Millan, et signaler l'inadvertance de son annotateur Perez Bayer, qui le fait vivre au XlIIe siècle {Biblioth. hi.sp. velus, t. Il, p. 5). Elles aideront aussi à rectifier l'article que les auteurs de VHistoire littéraire de la France (t. VIII, p. 446- 448) ont consacré à Grimald et dans lequel ils vont jusqu'à dire que cet écrivain était français d'origine, moine de San Millan, et qu'il n'avait jamais vu saint Dominique. Les Bénédictins de Saint-Maur ne connaissaient pas encore à cette date (1747) l'édition de l'œuvre entière de Grimald, publiée cependant dix années auparavant par le P. Vergara. — Ce dernier s'est trompé en attribuant à Grimald la copie des Étymologies de saint Isidore et du Commentaire de l'abbé Smaragde sur la régie de saint Benoît.

Le premier manuscrit, cojjié à Silos par ordre de saint Dominique lui-même et terminé le 24 août 1072, est l'œuvre du prêtre Ericonus (voy. plus loin, Appendice I, Les manuscrits de Silos, ms. no 6). Le second (voy. Ibid., n" 2) fut exécuté en 9 45 par le prêtre Jean.

1. Un manuscrit des archives de Silos (ms. 39) nous offre quelques fragments d'une vie plus complète de saint Dominique. Elle serait l'œuvre, d'après le texte lui-même, d'un certain ArmengolRogerius, moine de RipoU en Catalogne, d'où l'aurait apportée en Castille, au XV1I« siècle, un gentilhomme de Ségovie. Deux simples remarques suffisent à démontrer la fausseté de celte double assertion. Et d'abord, l'auteur, qui dit avoir vécu longtemps avec le saint et l'avoir accompagné dans

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nous avertir dans le prologue de son livre qu'il ne relate que la moindre partie des gestes de son vénéré père\ N'oublions pas d'ailleurs que l'humble cénobite du onzième siècle écrit pour répondre à la dévotion de ses contemporains, de ses frères surtout ^, et non pour satisfaire notre légitime curiosité. Nous tâcherons dans la mesure du possible, tout au moins dans la mesure de nos forces, de suppléer à ce qui manque à son travail, en nous aidant de la tradition et des documents contemporains.

IL — Saint Dominique naquit au commencement du onzième siècle h Ganas, petite ville de la Rioja, province qui faisait alors partie du royaume de Navarre ^ Son historien ne nous fait point connaître

ses voyages (première moitié du XI« siècle), se donne pour le fds de Raymond-Bérenger 111, comte de Barcelone, lequel n'était pas encore né à cette époque. En second lieu, il retarde l'arrivée de saint Dominique à Silos jusqu'en lOiJO, alors que des chartes plus anciennes nous le montrent déjà comme abbé de ce monastère.

Un dominicain espagnol, qui vivait vers le milieu du Xllle siècle et se nomme lui-même Frater Uodericus Cerralensis, a consacré une très courte notice à saint Dominique de Silos dans ses VHx sanclorum. Nous n'avons pu consulter ce recueil qui n'a pas été imprimé et dont le savant M. Fita vient de signaler un exemplaire, conservé à la bibliothèque capitulaire de Scgovie. [Bolelin de la real cicadonia de la lUstoria, t. IX, p. 374-:n6 et t. XllI, p. 226). Le P. Florez en possédait un autre exemplaire en 1754. 11 en a même publié le pndogue et donné la liste des bienheureux dont le pieux dominicain a parlé dans sou (qiuscule. (Voy. Florez, Esp. saf/r., t. 111, p. :t38-340 ; cf. t. 11, p. 210-213 de la 2'"'^ édition. Dans ce dernier passage, Florez menti<june un troisième exemplaire du Siiulural de frère llodrigtic ; il se trouvait à cette époque dans la bibliothèque de ri'uiversité d'Alcala.)

1. « Quatinus.... gcsta patris Dominici... valeam pauca de pluribus referrc. » (Vergara, p. 313.) Un peu plus loin (p. 373), il revient encore sur la même pensée.

2. « obsccro pielateui tuam, venerandc paler Furtuniu abba... et totius sancfissime

tibi subdite congregationis, etc. Ut dum ea que egit... noveritis, securius eum laudetis, tutius eum honoretis, dignius colatis, et devotius débite obsequia venerationis ei impendatis. » (Vergara, p. 312.) 3. La Rioja fut réunie à la couronne de Castille en 1076, après la mort tragique de l'infortuné roi de Navarre D. Sanche de Peûalén. 11 est probable qu'à, l'époque qui nous occupe, cette large et riche vallée portait le nom qu'elle conserve encore aujourd'hui. Nous ne le voyons paraître cependant pour la première fois qu'à la fin du XI" siècle, dans le fuero, ou charte de franchises, accordé en 1099 à la ville de IMiranda de Ebro par le roi Alphonse VI : « Et omnes homines de terra Lucronii (Logrono), aut de Nagera, aut de Rioxa... » (Mufioz, Coleccion de Fueros, t. 1, p. 344.) Ce nom dérive de Rio Oja ou rivière d'Oja, modeste cours d'eau qui traverse la partie occidentale de cette contrée et, après s'être uni au Tiron, va se jeter dans l'Èbre sous les uuirs de Haro. — Quelques historiens, entre autres le célèbre Hasdeu {Ilis/orut crilicu de EspaTia, t. X, p. 146), ont voulu voir dans la Rioja l'ancienne Rucouia ou pays des Rucones dont parle saint Isidore dans son llistoria de reffibus Gothorum (Voy. Jligne, Palrulogie latine, t. LXXXIIl, col. 1073-1074) ; mais leur opinion est assez invraisemblable et n'a plus guère aujourd'hui de sérieux défenseurs. (Cf. Gortes, Diccionario hisl. r/eof/r. de Espana, t. 3 ; (jovantes, Diccionario de la Rioja, p. 151 ; Florez, La Canlabria, p. 204.)

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