‹ Histoire de l'abbaye du BecChapitre 14 sur 50 · ARRIVÉE D'ANSELME AU BEC · texte numérisé non relu

ARRIVÉE D'ANSELME AU BEC

intenti », dit Miles Crespin, ne purent venir ^ Quant à Lanfranc, il Qt porter immédiatement à Herluin la réponse tant désirée, fixa le jour de la dédicace au 23 octobre, et en même temps envoya de quoi subvenir aux dépenses considérables qu'entraînerait la cérémonie de la consécration *. . Le bruit que l'église du Bec allait être dédiée par Lanfranc se répandit bientôt dans toute la Normandie. C'était un événement dont chacun désirait être témoin. Ceux qui avaient autrefois connu le prieur du Bec se faisaient une fête de le revoir sous le pallium des archevêques. Aussi sut-on bientôt à Tabbaye que notnbre de personnages considérables assisteraient à la dédicace, et Ton se mit en devoir de faire de grands préparatifs en vue d*héberger la multitude qui se présenterait '.

Au jour fixé, c'est-à-dire le 23 octobre, on vit arriver au Bec une foule innombrable de personnes de tout rang. Eudes, évêque de Bayeux, frère utérin du roi, Gilbert la Grue, évéque d'Evreux, Gilbert Maminot, évique de Lisieux et premier médecin du Conquérant, Robert, évéque de Sées, Arnaud, évéque du Mans, et une quantité d'abbés, de moines, de clercs venus de tous côtés, entouraient Tarchevêque de Cantorbéry ^. Dans les premiers rangs de la foule on remar-

* Les préoccupations qui retenaient Guillaume étaient sans doute causées par la révolte que préparait son fils Robert Courte-Heuse et dans laquelle il allait entraîner plusieurs seigneurs normands. Ord. Vital, t. II, p. 377 et suiv.

* « Dein fratrum votis commendatas, ad regem pervenit, locutus coin eo, unde rogatus discesserat, diem dedicationis accepit, et confestim remisit non solum qui diceret, verum et unde fieret. » Vita Lan f ranci, t. 1, p. 298.

^ « Dies ergo a multis per multos annos multum exoptatus longe latèqueinsinuatur. Exionginquis regionibus viri consulares, ecclesiasticorum graduum summae personae, hominum genus infînitum adventurum praenunciatur, libentissime accipitur. Congeruntur maximi snmptus ad suscipiendum omne genus hominum. i> Vita Herluini, t. I, p. 275.

* a Huic ergo dcdicationi interfuerunt episcopi Odo Bajocensis, Gilbertus Lexoviensis, Giibertus Ebroicensis, Robertus Sagiensis, Eroaldus Cenomannensis. » Chronicon Beccense, édit. d'Achéry, Giles, t. I, p. 200. — « Convenerunt universi Normanniae episcopi, abbates et alii quique religiosi viri. » Vita Herluini, t. 1, p. 276.

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quait un nombre considérable de comtes^ de barons, de seigneurs et de nobles dames venus de Normandie, de France et même d'Angleterre K Le roi et la reine, retenus par des affaires importantes, étaient représentés par des largesses dignes de leur bienveillance ^. Pendant une semaine, on avait craint que la mort du vénérable Herluin, qu'une maladie grave avait mis à la porte du tombeau, ne vint jeter un voile de deuil sur cette fête; mais, par bonheur, il s'était trouvé entièrement rétabli pour le grand jour ^.

Le soleil s'était mis de la fête, et le temps était splendide. On organisa une immense procession pour se rendre à l'église ; la foule était tellement pressée que l'ordre ne put s'établir. Heureux était-on de ne pas se trouver écrasé dans cette bousculade. De ces flots humains s'élevait une rumeur profonde et confuse qui couvrait la voix des chantres. La procession étant parvenue à l'entrée de la basilique, les évèques consécrateurs eurent toutes les peines du monde à se frayer un passage. On voulait fermer l'église pendant la cérémonie de la consécration ; mais la foule, d'une poussée irrésistible, enfonça les portes et s'engouffra dans l'église comme un torrent. En un clin d'oeil, tout fut rempli, les nefs, les transepts et le chœur. Au bout de quelque temps, on réussit, non sans peine, à assigner à chaque évèque un autel à consacrer, pendant que le primat consacrait l'autel majeur.

* « De laetitia illius diei et gaudio multiplici superfluum videtur proloqui, cum de adyentis personarum virorumque illustrium, et mulierum nobilium, non sine magna largitione donorum, Franciae, Nornianniae, Angliae, et de superabundanti omnibus praeparata procuratione nemo vix suiïicienter posset dicere. » Chronicon Beccense, édit. d'Achéry, Giles, t. I, p. 200. — « Affuerunt proceres regni... Affuerunt et regni Franciae clarissimi consules, et ex aliis regni ejusdem primatibus complures, clerici, monachi ex universis adjacentibus provinciis. Confluxit innumerum gcnus liominum. » Vita Herluini, t. I, p. 276. Ces deux passages ont été reproduits par Guillaume de Jumièges dans le chapitre IX du livre V( de son llist. Norlhm., Patrol. lat„ t. GXLIX, col. 842.

' (( Rex aliis detentus negotiis adesse non potuit ; regina Mathildis libens affuisset» nisi regiis detenta occupationibus fuisset. Affuit tamen per condecentem beneficentiae suae largitionem. » Viia llerluini, t. 1, p. g76.

» Vita Herluini, t. I, p. 276.

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