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ARRIVÉE D'ANSELME AU BEC

dans le ciboire. Toute la communauté fut en émoi. Le pieux abbé allait-il mourir sans pouvoir faire la suprême communion qu'il désirait ? Heureusement, un religieux qui disait la messe à l'intention du malade était sur le point de communier ; il donna une parcelle de la sainte hostie à Roger qui la porta aussitôt au mourant. En même temps, les moines accoururent autour d'Herluin pour réciter les prières de la recommandation de l'âme. On les acheva au milieu des larmes et des gémissements, et le vénérable abbé, brisé d'émotion à la vue de ses enfants désolés, leur fit signe de se retirer dans le cloître. On n'attendait plus que le moment du trépas. A chaque instant quelqu'un ouvrait la porte de la cellule pour s'informer anxieusement d'une nouvelle que l'on redoutait d'apprendre. Cela dura jusqu'au soir. Le vénérable Herluin semblait absorbé dans des réflexions profondes. Souvent il disait à Roger : « Que font donc nos seigneurs ? Savez-vous pourquoi ils ne viennent pas ? » Et celui-ci, tout en pensant qu'il parlait peut-être de personnes étrangères, répondait comme s'il se fût agi des religieux du monastère : ce Que leur voulez-vous ? Ils sont dans le cloître et prient pour vous. Ils viendront quand vous l'ordonnerez. » Herluin gardait quelque temps le silence, puis il répétait sa question avec une anxiété plus grande. Il paraissait s'inquiéter de la cause du retard de ceux qu'il attendait. Il ne proféra plus d'autre parole. Après le souper des religieux, comme s'achevait le labeur de la journée monastique, à l'approche de la nuit du samedi au dimanche, 26 août 1078, Herluin rendit à Dieu son âme fidèle ^ ce Les seigneurs qu'il appelait étaient enfin venus d'en haut recueillir sa belle âme pour la porter dans le sein de Dieu. C'était vers la fin du jour; au moment où le soleil venait de dorer de. ses derniers rayons les sommets des deux pentes rapides qui forment la vallée du Bec , un antre soleil, dont la lumière ne meurt jamais, brillait

* Viia Hef^luini, édit. Giles, t. I, p. 278. — Cf. Chronique de Robert de Torigni, édit. Delisle, t. I, p. 62. Ce passage a été inséré dans le Chronicon Beccense^ édit. Giles, t. 1, p. 2(K).

aux regards du fondateur de Tun des monastères les plus célèbres du moyen âge *. »

A Taunonce de cette funèbre nouvelle, une foule de familiers du monastère qui étaient accourus des villages d'alentour et se tenaient à la porte de Tabbaye, voulurent pénétrer de force dans le cloître pour voir le défunt et prier pour lui. Roger parvint à les contenir, les exhortant à attendre avec patience que le corps fût prêt à être porté processionnellement dans Téglise ^; ils pourraient alors satisfaire leurs pieux désirs et revoir une dernière fois les traits vénérables de Tabbé du Bec ^

Les funérailles d'Herluin furent magnifiques. L'évèque d*Evreux, Gilbert la Grue, prélat fort renommé pour sa science et sa piété, les présida, accompagné d'un grand nombre d'abbés et de personnages de distinction. On remarquait dans le cortège une multitude de pauvres venus de tous les environs ; le prieur leur fît distribuer d'abondantes aumônes *.

Ilerluin fut enterré dans la salle capitulaire qu'il avait fait construire ^. On plaça sur sa tombe une large dalle de marbre noir en forme de trapèze, qui subsista jusqu'à la fin du XVII® siècle. Du Buisson-Aubenay la décrit en ces termes : « Il y en a une de même matière (pierre noire ou ardoise) mais bien plus grande et plus élevée sur terre, et

* Le P. Ragey, Histoire de saint Anselme^ t. I, p. 303.

* Le corps du religieux devait ôtre lavé par des prAtres, s'il était prêtre lui-môme. On le revêlait alors d'un froc neuf ou nouvellement lavé et d'une coule ; on lui posait sur la têle un suaire d'étamine et Ton rabattait son capuchon ; on lui mettait aux jambes des chausses d'étamine ; les manches de la coule couvraient les mains ; la coule était cousue autour des chevilles ; alors le corps était placé sur une civière, recouvert d'un drap mortuaire et porté à l'église. (Décréta Lanfranci pro ordine S. Bénédictin édit. Giles, t. I, p. 184.) Voir au même endroit le cérémonial de l'inhumation.

* Vita Herluini, t. I, p. 279.

* Vita Herluini, t. I, p. 280.

* a Sepultusque est et tumulatus in medio capituli quod ipse aediGcaverat. » Chronicon Beccense, édit. d'Achéry, Giles, t. I, p. 200. — « Et in capitulo monachorum honorificc tumulatus est. » Ord. Vital, t. Il, p. 306.

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