CHAPITRE IX
Boson, 4*" abbé. — Il refuse de l'aire hommage au roi d'Angleterre. — Thibaut, b« abbé. — 11 refuse à l'archevêque de Rouen la profession d'obéissance. — 11 est nommé à l'archevêché de Cantorbéry. — Létard, 6*^ abbé, — L'impératrice Mathilde en Angleterre et Geoffroy Plantagenet en Normandie. — Turold, ancien évéque de Bayeux, devenu moine du Bec. — Sa guérison miraculeuse.
Guillaume de Beaumont avait pressenti que Télection de soQ successeur souffrirait de graves difficultés. Il ne s'était pas trompé; et pourtant, les suffrages des religieux s'étaient unanimement portés sur l'homme le plus digne, à tous égards, de remplir les fonctions d'abbé, le prieur Boson ^
Boson était originaire de Montivilliers, au diocèse de Rouen. Gomme ses parents, Haimeric et Lesceline, le destinaient, ainsi que leurs deux autres fils Gilbert et Rainaud, à Tétat clérical, ils avaient eu soin de leur faire étudier les lettres de bonne heure. Ces trois jeunes gens passèrent ainsi quelques années près de leurs parents; puis, leur piété et le désir d'embrasser la vie religieuse les amenèrent à l'abbaye du Bec, où Anselme leur donna Thabit monastique *-.
' Boson était probableiiieiit ne enlO(*o puisqu'il était dans sa soixanteet onzième année Iorst|u'ii mourut le 24 juin il3().
* n in diebus Wiiielmi régis qui Anglos perdomuit, in pago Rothomagensi, fundo Monasterii VillariSf orti sunt honestis gcnitoribus Haimerico videlicet et Lezelina, 1res viri, Gislebertus, Boso et Rainaldus. qui a pueritia imbuendi iitteris sunttraditi, ut Dcoinsancta ecclesia omni vitae suae tempore deservirent : quod et fcnerunt. Nam cum diu inter sucs honestam vitam duxissent, amore Dei succensi. quasi post marina pericula portum sub sancto Anselme abbale Beccum petierunt, et ipsi
Le biographe Miles Crespin a consigné dans son récit cer* laines particularités de la jeunesse de Boson qui nous révèlent les scrupules d*une àme ardente, timorée, et tourmentée de l'insatiable passion d*apprendre. Ce que la pénétration de son esprit lui faisait aisément comprendre, il savait Texprimer dans un langage clair et précis. Mais il y avait dans les traités de philosophie et de théologie qu'il étudiait plus d'une question obscure qui Tembarrassait ^ Il vint au Bec trouver Anselme dont chacun vantait le génie et la science. Boson lui ouvrit son âme et lui fit part de ses diffi* cultes que l'écolàtre n'eût pas de peine à résoudre. Ce fut Torigine d'une confiance réciproque et d'une amitié qui devait durer autant que leur vie. Boson ne voulut plus quitter celui qui était devenu son guide et son maître, et il se fit moine au Bec ^.
La ferveur du jeune religieux édifia ses confrères ; les jeûnes, les veilles saintes, les prières et les bonnes œuvres absorbaient une grande partie de son temps ; le reste était employé à l'étude des Ecritures et de la loi divine. Lorsque leur interprétation offrait quelque difficulté, Boson recourait aussitôt à son maître, et la lumière se faisait dans son intelligence. Une fois, pourtant, il fut assailli de violentes tentations contre la foi, et son trouble devint si grand qu'il paraissait comme hors de lui-même. Après quelques jours de luttes, ses perplexités ne faisant que redoubler, Boson alla trouver Anselme et lui confia la cause de ses angoisses ^
abbati desiderium suuui pandentes, Dec annuente, reiigionis habitum ibi dévote susceperunt, devotiusque usque in fineiu tenucrunt. » VUa Dosonis. cognomenlo Sapientis', quarti abbalis, auctore Milone Crispino, édit. Giles, I, 327.
' « Eratautem acutissimi ingenii.et quod subtiliter intelligebat, luculento sermone proferebat. Unde perplexae quaestiones animum iliius involverant, qua^ nec per se enodare, nec inde se poterat expedire. » VUa Bojfonis, I, 327.
* Vifa Bosonis, î, 327. Boson avait vingt-trois ans lorsqu'il se fit moine au Bec. JbiU., p. 336.
*n Inter haec, videns diabolus Bosonem insancto proposito quotidie uieliorando de virtute in virlutcni proficere, per spiritual biasphemiae immisit ei tentationem gravissimam, quae succedentibus variis cogilationuni tumultibus ita eum vexabat. ut vix suae mentis compos exis-
28^ HïSTOïKE DE l'abbayi: i»l bkc
L^abbé comprit que cette tentation du démon n.aurait qu'un temps. « Que Dieu te garde ! » se contenta-t-il de lui répondre avec bonté. Puis il le renvoya. Le jeune religieux se retira dans Téglise pour y prier; la paix rentra incontinent dans cette âme bouleversée, et la tentation de blasphème disparut pour ne plus jamais revenir ^
Lorsqu'en 1094 Anselme fut promu à Tarchevêché de Cantorbéry, il s*empressade demandera Tabbé et aux religieuxdu Bec de lui envoyer Boson, qu'il voulait attacher à sa personne. Sans doute, Anselme aimait en lui le moine fervent, à la conscience délicate ; mais il savait aussi qu'il trouverait en Boson un philosophe perspicace avec lequel il pourrait s*entretenir utilement, et discuter à fond les questions les plus ardues de la métaphysique au milieu desquels son génie se mouvait à Taise. Le Ciw DeuH hovio est le résultat de quelques-unes de ces doctes conversations.
Dès Tannée 1095, une occasion s'était offerte à Tarchevèque de témoigner la haute estime en laquelle il tenait le moine du Bec. N'ayant pu quitter TAngleterre et se rendre au concile de Clermont que présidait le pape Urbain II, il délégua Boson pour l'y représenter*. Les fatigues du retour jointes aux travaux dont on Tavait chargé, rendirent Boson malade ; il dut s'arrêter pendant quelque temps à Saint-Gaultier, au diocèse de Bourges^. Dès qu'il fut guéri, il se rendit au Bec, puis de là regagna TAngleterre ^ L'exil que dut subir Anselme en 1097 et la vie errante qu'il mena tantôt en France tantôt en Italie, permirent à Boson de rentrer dans son monastère. Il écrivait souvent à Tarchevèque et se plaignait de la rareté de ses réponses. Dans Tune de ses lettres, Anselme s'excuse en termes affectueux et charmants ; en terminant, il prie Boson de saluer son frère Rainaud, religieux comme
Icret. Transierunl in hoc aliqui dies, et lentatio reipsa seiuper tiebat ^ravior. Turbatus ergo et mente confusus adiit Anselmuin, et quid patcretur aperuit. » Vita Bosonis, I, p. 328,
• VitaBosonis, I, p. 328.
- Vila Bosonis, I, 328.
' Saint-Gaultier, arr. du Blanc (Indre).
* Vita Bosonis, I, 329.
BOSUN, 4*" ABBÉ 283
lui au Bec '. Dans sa lettre 25®, Tarchevèque rejette encore sur les graves préoccupations que lui causent les entreprises du roi d'Angleterre, ses retards à répondre; il craint même que le porteur de son message ne soit inquiété, puis il ajoute : « Mon très cher fils Eadmer, moine du Bec, mon bâton de vieillesse, auquel mes amis sont grandement redevables, transcrit avec empressement pour Tabbaye du Bec, à laquelle il appartient, le traité que j'ai composé sur les Motifs de rincarnation ^ » Le Cur Deus homo avait été écrit sur les instances réitérées de plusieurs religieux, et principalement de Boson ; c'est pour cette raison qu'Anselme le prend pour interlocuteur et répond à ses questions'. Commencé en Angleterre, ce traité fut achevé en Italie, dans une villa des Apennins appelée la Schlavia, dépendant de Tabbaye de Saint- Sauveur de Télèse, et où l'archevêque s'était retiré pendant les grandes chaleurs de Télé *.
A la (in de son second exil, au mois de septembre 1106, Anselme emmena Boson pour la seconde fois en Angleterre;
* n Mirari potcst liuuiu fursitau, cujus couscienliaiu sic novi ut nulluiD hominem supra me diligat, et queui tantum diiigo ut uesciaui quein plus diligam, cur tantum temporis absens eum dolenteui de mea absentia, aliqua per litteras visitatione non sum consolatus. Sed certus esto quia non negUgentia nec oblivione tui factuui est... Saluta dulcissimum iilium meum, fratrein tuuui Rainaldum. Conforta quoscumquc potes de fratribus tuis saepe. et maxime adolescentes et novitios. m Epist. 11 ï. 22.
* Epis t. m, 2o. Kadmer était et resta toujours moine de Saint-Sauveur de Cantorbéry. mais il avait été reçu sans doute dans la confraternité des moines du Bec : c'est dans ce sens qu'il pouvait être appelé par Anselme monachiis BeccL Cependant on ne trouve pas le nom d'Ëadmer parmi les Somina fralvum familiarum nostre congreffalionis. Ms. 499 du fonds de la Heine de Suéde au Vatican.
-^ « Quoniam ergo multi de hac quaestione tractari postulant... : uuum ex illis qui hoc (lagitant, qui inter alios instantius ad hoc me sollicitât, accipiani raecum disputantem. ut Boso quaerat, et Anselmus respondeat. » Cur Deus homo, cap. 1. p. 7i et 7a.
* « lllud opus in Anglia rogatus incepi, et in Capuana provincia perc- ^Tinus perfeci. » Cur Deus homo, Praefatio, p. 74. Cf. Eadmer, De Vita S. Ansehni, liv. II, p. 20, et Hist. novorum, liv, 11, p, 51. Anselme s'était retiré dans le monastère de Saint-Sauveur de Télèse û la prière de l'abbé Jean, dit le Romain, qui avait été autrefois moine du Bec. Voir D. Bénigne Thibault, Chron, Beccense auct, et illustr., Bibl. nat. lat. 12884, f 104.
584 • nisToiRE DE l'abbaye du bkc
il y demeura jusqa'à la morl de son inailre, puis il revint défiailivement à Tabbaye du Bec.
Bientôt après mourait Baudri, le vieux prieur du Bec ; Tabbé Guillaume nomma Boson à sa place. Son biographe Miles Grespin s*étend longuement sur les qualités et les vertus dont il fit preuve; ce qui dominait en lui, c^était la rectitude du jugement, la bonté, l'amour des pauvres et la générosité envers les hôtes et les étrangers : on voit qu'il était un vrai disciple d'Anselme ^
Vers ce temps-là, le roi d'Angleterre manda à Tabbé Guillaume de Beaumont d'envoyer le prieur Boson près de son neveu Thibaut, comte de Bloiset de Champagne-, qui voulait lui donner le gouvernement d'une abbaye située dans ses domaines. Grand fut le chagrin de l'abbé du Bec en recevant cette missive ; il supplia le roi de révoquer ses ordres et de lui laisser son prieur dont il avait plus que jamais besoin au milieu des inOrmités de sa vieillesse. Le roi y consentit^. Miles Grespin soupçonne, en cette conjoncture, une machination ourdie par certains religieux, ennemis de Boson, qui ne cherchaient qu'à le faire éloigner du Bec ♦. Leur perfidie imagina un autre moyen qui faillit mieux réussir. L'abbé Guillaume, depuis longtemps malade, paraissait proche de sa fin. Deux moines allèrent trouver le roi, qui habitait l'abbaye du Bec durant la campagne qu'il menait contre le comte de Meulan et les autres seigneurs révoltés, et lui dirent que si Boson succédait à Fabbé Guillaume, ainsi que le désirait la communauté, jamais il ne consentirait à lui faire hommage ni à prêter le serment de fidélité, en usage en Normandie ; aussi l'engageaient-ils à lui substituer un autre religieux qu'ils nommaient, et dont ils faisaient chaudement l'éloge. Mais lorsque, à la mort de Guillaume de Beaumont,
^ VUa Bosoniti, 1, 320.
* Thibaut IV, comte de Blois et de Champagne, fils d'E tienne, comte de Blois et d'Adèle, fille de Guillaume le Conquérant.
* VUa Boaonis, 1, 330.
' « Quod ulrum auiore, an cordis rancore, sive aliquorum immixtione rex petierit, ut perinde Boso pelleretur de regione, incertum habemus. » VUa Bosonin. l, 330.
BOSON, 4'* ABBé 285
le chapitre se réunit pour désigner son successeur, ce fut précisément Boson qui fut choisi à l'unanimité. « Les évêques, les clercs, les populations voisines ou éloignées, tous ceux qui connaissaient Boson, approuvaient hautement cette élection \ »
Le plus difficile était de décider Pélu lui-môme à Taccepter. Il basait son refus formel sur les infirmités dont il souffrait^. D'autre part, Henri P"* qui n'avait pas oublié la perfide insinuation relativement au refus d*hommage, refusait son consentement'. Deux prélats qui se trouvaient à la cour du roi, Geoffroy, archevêque de Rouen et Jean, évèque de Lisieux, vinrent à Tabbaye pour offrir leurs bons offices et tâcher de faire réussir l'affaire de l'élection *. Lorsque tous les religieux eurent été réunis en chapitre, ils se prosternèrent aux pieds du prieur Boson. le conjurant d'accepter les fonctions abba* tiales, priant même Tarchevôque de l'y contraindre. Geoffroy fut touché de cette manifestation toute spontanée en faveur du prieur; il le pressa donc avec instances de se soumettre k la volonté de ses frères, cl finit même par le lui commander au nom de Tobéissance. Boson s^excusait toujours et alléguait sa mauvaise santé, ses défauts qu'il comparait naïvement à des crimes, et qui le rendaient, h ses yeux,
* Vif a Bosonh\ I, 330.
' Les circonstances détaillées relatives à l'élection de Boson, fort intéressantes d'ailleurs pour l'histoire ecclésiastique au xii» siècle, sont rapportées avec de légères variantes dans la Vita Bosonis de Miles Crespin et le traité De libertate Reccensis monaslemi. Nous empruntons à ces deux sources le récit que nous donnons ici.
» « Klectionem quani in priori suo fecerant, ut potuerunt et ratio dédit, innotuerunt régi Ilenrico, et liumili supplicatione petierunt ut voluntati eorum daret consensum. Ille hoc audiens, ut férus homo. oinnino renuit... Post paucos dies redierunt ad regeni, postulantes supplici postulatione. ut consentiret ad illorum electionem. Ille vero nullo modo voluit, sed praeccpit ut alium eligerent. » De liber/afe lieccenaiti mona.9ferii, p. 60i.
* D'après l'auteur du traité De liherlnfe Becccnsis manastevii (p. 601) ce serait Henri !•' lui-même qui aurait chargé rarchevi'ipie «le Rouen. Téveque de Lisieux et Roger, fils de Richard de Bienfaite, de s'entremettre auprès des religieux du Bec en faveur de l'élection de Boson. En tout cas, le roi d'Angleterre parait avoir singulièrement tergiversé dans i-etle affaire. (|U*il termina par un coup-de-tète fort désagréable pour Tarchevèrpie de Rouen.
286 HISTOIRE DE i/aBBAVK DU BEC
indigne de la crosse. « Vous êtes moine, n'est-ce pas?» lui demanda brusquement Tarchevéque. « Plût à Dieu que je le fusse )}, répondit Boson. « Eh bien ! quand même vous auriez tué vingt personnes, je ne vous laisserais pas aller, en voyant TafTection si grande que vous portent vos frères. » — « Mais je n'ai jamais tué personne ! » s*écria le prieur tout troublé. L'archevêque voulait savoir la raison de .toutes ces résistances qu'il ne comprenait pas ; et Boson le prenant h l'écart lui avoua que pendant qu'il se trouvait au concile de Glermont, le pape Urbain lui avait défendu de faire hommage à aucune personne laïque ^ ; c'est pourquoi il n'osait pas accepter la charge d'abbé afin de ne point désobéir au pape, ni offenser le roi en lui refusant l'hommage, au cas où il l'exigerait ^
Geoffroy chercha à calmer ses scrupules ; puis rentrant dans le chapitre, il dit à la communauté : « Le prieur m'a dit le motif pour lequel il refuse de se soumettre à vos volontés ; mais, en vérité, je ne trouve pas ses raisons sufûsantes. Nous allons retourner chez le roi et lui rendre compte de notre mission. » Chemin faisant, l'archevêque raconta à l'évêque de Lisieux pourquoi Boson refusait la crosse abbatiale. Jean en fut courroucé, et fît une violente sortie contre l'entêtement des moines. Arrivé auprès du roi, l'archevêque lui rendit compte de sa mission, et Henri fut touché de l'affection des religieux pour leur prieur, aussi bien que de la rare constance de Boson •. Il n'en fut pas de même des
* « Tandem cum vidissct B(»so immutabileui fore volunlateni cunctoruni dixit : Dico vohis, quamvis coactus, quia est alia causa pro qun non possuni obtcmpcrare vestris voluntatibus. Archiepiscopus inlerrogat quae sil rausa. Il le coram omnibus uoluit innolescere ; tune archiepiscopus duxit extra «^apituiuni in seoretiori loco, et jussit ut direret. Tune illo : (Mini, cum apud Doumum apostolicum Urbanunv ronversarer, prumisi ei. cpiasi ex fide, (piod nunquani laïoo homini honiiniuin facerem ; et si dominus nosler rex hoc a nie voluerit ut ei faciam, quod nulialenus possum, timco ne per hoc aliqua comraotin oriatur in hac ecclcKia: quod nullatenus volo ut fiai. Ad ista archiepiscopus, ut sapiens vir, niulta respondit ; demdc reversi sunt in capitulum. » De liheriale Hevcensis tnonosferii, apud Annah's ord. S. Benerlic/i, \\ C04.
* VUa Bosoiiis, I, o31.
•' Selon Miles Crespin ^\'ifn Wow/j/.v. p. WM], Henri I**" aurait néan-
BOSON, /*•• ABBft 287
«Wèques de Lisieux et d*Evreux qui ne se gênèrent pas pour lépoigner leur mauvaise humeur et dirent au roi : « Nous, qui sommes évèques, nous faisons hommage à notre suzerain, et ce moine prétend ne pouvoir faire comme tous les autres?» Le roi imposa silence : « Cette affaire me regarde, dit-il ; il en sera comme bon me semblera. » Et ils se séparèrent. Or, ce même jour, le château de Brîonne fut rendu \ et Henri, pour se distraire, partit le lendemain, dès l'aurore, pour le château de Sainte-Vaubourg, située à quelques lieues de Rouen*.
A quelques jours de là, comme le roi se rendait à Rouen, il vit venir à sa rencontre l'archevêque Geoffroy et l'évêque de Lisieux. S'étant mis à chevaucher à ses côtés, les deux prélats ne tardèrent pas à amener la conversation sur le prieur du Bec qui ne voulait pas faire l'hommage. Henri prit mal le propos et dit à Geoffroy : (c Soyez sûr, seigneur archevêque, que cet abbé ne me fera pas l'hommage, pas plus qu'à vous, le serment d'obéissance. » — « Seigneur, répondit Geoffroy, faites comme bon vous semblera en ce qui vous concerne ; quant à ce qui me regarde personnellement, je saurai bien m'en entendre avec Tabbé. » — « Par la mort du Christ, répliqua Henri, je vous Tai dit et je vous le répète, l'abbé du Bec ne me fera pas l'hommage, ni à vous le serment d'obéissance. » Les évèques comprirent qu'il n'y avait pas à insister, et Ton parla d'autre chose.
Peu après, le roi envoyait à l'abbaye du Bec le prieur de Notre-Dame du Pré, le chargeant de dire aux religieux qu'ils ne s'inquiétassent point des retards apportés à l'élection de Boson ; qu'il était tout disposé à servir leurs intérêts, et que le nouvel élu viul, avec quelques-uns de ses frères, le trouver
moiQs assoz lon<floiuprt persislcdaiis snn refus tle reroiinnilro Tôlorlion (le Boson.
* « Jpsadioreddiliiiii est sibicjishuiu ciim pace, ctipsc diluoulo raane surrexit et coiitiilit se apiid sanclam Wibur^jeiii, propt^r rccreationem. » De liberlah* Lirccensls monnsleriî, p. OOi.
* La coiiiiiianderie de Sainte- Vaubourg êlail situ«''e sur la paroisse du Val-de-la-Haie. Il s'agit peut-«"^tre du manoir de Sainte- Vaubourg, dans la forAt du Neubourg. qui appartenait aux seigneurs du N-eubourg. Voir Charpillon et Caresme. Dict. hhf. de VEnre, t. 11, p. .'iO*,'.
288 msTOiRE DK l'abbaye du bec
h Rouen. Boson rassuré sur les dispositions du roi, se rendit au prieuré du Pré. Trois jours après son arrivée, le dimanche dans Toctave de l'Ascension, le roi lui donnait audience en présence de Tarchevèque, d'un évêque anglais et de deux de ses barons. Il fit asseoir les moines devant lui, les félicita de leur courageuse persévérance, leur parla de la fidélité qu'il attendait d'eux, puis il donna Tabbaye à Boson sans exiger Thommage ^ ; et interpellant Tévèque de Sées il le chargea d'installer avec honneur le nouvel abbé. Voyant les bonnes dispositions du roi envers les religieux du Bec, Tarchevôque se ravisa, et s'offrit d'aller procéder en personne à l'installation de Boson, ce à quoi le roi l'autorisa volontiers.
Le jour de la Pentecôte, 25 mai 1124, il vint au Bec, et h Theure de tierce, pendant le chant du Vent Creator, il conduisit l'abbé à sa chaire abbatiale; puis il prononça un sermon en présence de la communauté et des fidèles, et célébra pontificalement la grand'messe. Le lendemain matin, avant de partir, Geoffroy fixa rendez-vous à Boson le dimanche suivant, à Rouen, pour lui donner la bénédiction.
Avant de se rendre auprès de l'archevêque, l'abbé et les religieux qui l'accompagnaient allèrent trouver le roi qui les reçut avec beaucoup d'affabilité, et sachant qu'ils venaient pour la cérémonie de la bénédiction, il dépêcha Robert du sceau, de Sigillo^ ei un autre clerc vers l'archevêque pour l'avertir que s'il voulait conserver ses bonnes grâces, il reçût
* n Tradidit abbaliam priori per quamdam donationem, sine mentione hominii. Hoc videns archiepiscopus et ceteri qui ibi erant. admirati sunl valde bonitatem régis erga ecclesiam Beccensem. » De libertafe lieccennis monasterii, p. 60o. — « Perrexit ergo cuui fratribus Rothoinaguni. deditque ei rex solo verbo abbatiae donuni ; dixitque illi ut inlus religionem servaret, et ipse pro illo exteriora curaret : sicque factum est ut quem prius contradixerat nunc nuiltum diligeret, etc. » Vifa Bosonis, p. U32. Sur l'investiture et l'hommage, voir Paul VioUel. Histoire des ifisliluUons politiques et administratives de In France^ l. Il, p. 342 etsuiv.
* Ce Robert du sceau. Uoberlus de sigillo, ainsi nommé parce qu'il portait suspendu à son cou le sceau royal, était le chancelier d'Henri !•% Orderir Vital en parle au tome V, pajze 52. de son Histoire ecclésiastique.
et bénit avec honneur le nouvel abbé du Bec, sans exiger de sa part le serment d*obéissance. Geoffroy, en homme avisé, promit de se conformer aux volontés du roi. Au moment de la messe, l'archevêque fit revêtir à Tabbé les ornements de Téglise de Rouen, et le plaça en face de lui jusqu'à l'évangile ; puis avant de procéder à la bénédiction, il dit à Boson : « Seigneur abbé, quoiqu'il soit inutile de vous interro^r, comme on fait ordinairement pour les autres, toutefois, afin que la coutume de mon église soit observée, je vous demanderai simplement si vous voulez être soumis et obéissant à cette église de Rouen et à ses pontifes ? » — « Je le veux, » répondit l'abbé. « Grâces soient rendues à Dieu, )> dit l'archevêque ; puis il entonna le Veni Creatûr et donna la bénédiction abbatiale ^ La messe terminée, Geoffroy invita Boson à dîner, et vers le soir, ils allèrent remercier le roi de ses bons offices. Henri les reçut avec cordialité, recommandant à
* La Vita Bosonis (p. 333) donne de curieux détails sur la cérémonie de la bénédiction. « Deinde, in octavis Pentecostes, jussus perrexit ad benedictionem. Verumtamen ante missam, locutus cum archiepiscopo rogavit ne se cogeret ad professionem quam nullo modo facere vellet, quia si faceret magnum scandalum in monasterio generaret. Ad haec archiepiscopus : « Sine, ait, bene erit. » Cumque tempus missae ad- ▼enisset, obtatus est ad benedicendum. Tune archiepiscopus adstans sacris altaribus, interrogavit eum, juxta morem. et ille ad interrogata respondebat, donec ad illud ventum est ut diceret : « Vis obediens esse huic ecclesiae, et mihi et legitimis successoribus meis ? » At ille : <i Volo. » Tune coeperunt aliqui de circumstantibus clericis urgere ut diceret : « Profiteor. » At ille iterum dixit : « Volo. » Atque cum instarent ut « Profiteor » responderet, dixit tertio : a Volo, et ex corde volo. » Tune Joannes, sanctae Romanae ecclesiae legatus, qui forte aderat : a Non auditis, ait, quid dicit? quid amplius vultis ? » Sicque archiepiscopus benedixit eum. » — Le cardinal légat Jean de Crema, dont il est fait mention, se rendit en Angleterre aux fêtes de Pâques 1125 et tint à Londres un concile le 9 septembre suivant. {Chronique de Rob. de Torigni, édit. Delisie, I, 171). — Henri, archidiacre de Huntingdon. a flétri en termes indignés la conduite de Jean de Crema, qui se serait rendu coupable, à Tissue du concile, d'une faute qu'il venait de condamner sévèrement chez les autres. (Henri de Huntingdon, Historia Anglorum, lib. Vil. Patrol. lat.. GXCV, col. 950.) — IJ convient de Taire observer que Henri de Huntingdon est le seul auteur contemporain qui raconte ce fait, reproduit d'après son témoignage par Roger de Hoveden, Matthieu Paris et quelques autres, tandis que le continuateur de Florent de AVorcester, Siméon de Durham, Gervais de Cantorbéry n'y font pas allusion. Voir Lingard, Hist. d* Angleterre, I, 236. Cf. Orderic Vital, IV. 495 (note).
Tabbé de veiller à la disclpIiQe de son ordre, et d'exercer toujours largement cette hospitalité qui avait valu un si grand renom à i*abbaye du Bec. « Soyez Tabbé au dedans, ajouta-l-iU moi je le serai au dehors. Je vous rendrai tous les services que je pourrai, pourvu que je n'entende dire que du bien de vous^ comme il en a été jusqu'à ce jour^ » Le lendemain, Boson faisait son entrée solennelle dans son abbaye '.
Pendant son abbatiat, Boson ne démentit pas les espérances que son mérite avait fait concevoir. C'était toujours le moine que Ton avait connu, simple, gai, affable, hospitalier. Lorsqu'on était dans la peine, dit son biographe, od allait le trouver, et grâce aux bonnes paroles qu'il savait vous adresser, on s'en retournait soulagé et réconforté. Quand il s'apercevait que ses religieux ne se conformaient pas exactement à ses ordres, loin de s'en irriter, il disait : c( Souvent il nous arrive de transgresser les ordres de Dieu, et il le supporte ; à plus forte raison devons-nous être patients lorsqu'on transgresse les nôtres ^. »
Au mois de septembre de l'année 1130, le roi d'Angleterre vint en Normandie et passa la fête de la Nativité de Notre- Dame à l'abbaye, avec le nouvel archevêque de Rouen qu'il avait amené avec lui. C'était Hugues, moine deCluny et abbé de Reading, au comté de Berck, qui avait été élu, l'année
* « Quas grates rex libenter accepit, collaudans nimium illorum prudentiam et religiositateni. Deinde admonuit eos, ut laicus honio, ut ordinem suum districte servare studcrent, et ne hospitalitatem quae magnum eis nomen acquisierat relinquerent, dicens inter cetera abbati verbum dignum meuioriae : Tu esto intus abbas. et ego ero abbas in rébus exterioribus. Nam in quantum potero, deinceps ero proficuus ecclesiae vestrae ; tantum ut de vobis bona audiam, sicut hactenus audivi. » De libertale Beccensis monasLeini^ p. 605.
• De libertate Beccensis monasterii, apud Annales ord. S. Bened.^ V, 604 et 605. — a Altéra die, abbas reversus est Beccum. Conventus vero, sacris vestibus indutus, ordinata processione, exivit obviam venienli ; at ille occurrit humiliter processioni nudis pedibus, licet infirmns. et susceptus est cum magno gaudio sicut erat consuetudo ipstiis ecclesiae. i> Vita Bosonis, 1, 333.
" Vita Bosonisy I, 334. Voir encore l'éloge de Boson par le continuateur de Guillaume de Jumièges. (Willeltn^ Gemet., Hist, Nortkm., lib. VIII. Patrol. lat.. CXLIX, col. 894.)
BOSON, 4* ABBÉ i29i
précédente, par le chapitre métropolitain ; il fut sacré par Tévèque de Bayeux, le 14 septembre suivant *.
En donnant Tabbaye du Bec à Boson, Henri V^ lui avait promis sa protection et ses faveurs. Il tint parole et combla de dons un monastère que les souvenirs de Lanfranc et d'Anselme rendaient doublement vénérable au successeur de Guillaume le Conquérant. Dès Tannée 1125, il accorda à l'abbé et aux religieux le droit de haute et basse justice, ainsi que le droit de coutume dans le bourg du Bec. Quelques années plus tard, voulant donner un nouveau témoignage de son ailection pour Boson, que « sa religion et sa charité plaçaient au dessus de tous les abbés de sa province \ » il augmenta considérablement les droits utiles et honorifiques de Tabbaye par une charte solennelle donnée à Rouen enll34^
Le continuateur de Guillaume de Jumièges a raconté les afFectueuses relations d'Henri I" et de Boson et ses largesses au monastère. Malgré des exagérations inévitables sous la plume d'un moine du Bec, témoin de ces faits S il s'y trouve plus d'une indication précieuse à retenir. « Quoique le roi donnât chaque année une somme importante pour la subsistance de la communauté et des hôtes, Boson, comp-
* Chronique de Robert de Torigni^ I, 182. Robert de Torigni corrige Henri de Uuatingdon qui dit que le roi ne vint en Normandie qu'à la Saint-Michel. « Ad festivitatem sancti Michaelis transiit in Normanniam. » Hist. AngL, lib. VII. Patrol. lat., CXCV, col. 953.
■ a Quoniam abbatem Becci ceteris comprovincialibus religione caritate supereminere cognoscimus, dignum duximus ut ei aliquid regiae liberalitatis specialius quam ceteris indulgeamus. » Cité par D. Thibault, Chronicon Beccense auct. et illustr. Bibî. nat. lat. 12884, f* 187. — « lUius enim (Beccensis) ecclesiae abbates et monachos mire semper coluit» plurimum veneratus est, maxime autem domnum Bosonem abbatem. » Willelro. Gemet. Hist. Norlhm., lib. VIII. Patrol. lat., CXLIX, col. 900.
' Nous étudierons spécialement, dans l'un des chapitres suivants, les droits et privilèges concédés à l'abbaye, en 1125 et 1134, par le roi d'Angleterre.
* On attribue, non sans raison, à un moine du Bec, le livre VIII^ de VHistoire de Soi^mandie publiée sous le nom de Guillaume de Jumièges. Parlant des générosités de Tabbé Boson, U dit : « Quod nos in nostra memoria expert! sumus. »
iS)"! HISTOIRE DE L'aBBAYE DU BEC
tant plus sur sa charité que sur ses ressources, traitait les étrangers avec magnificence, c'est-à-dire au delà de ses facultés. Sans doute, les largesses royales étaient faites à cause de Tabbé ; elles l'étaient aussi par estime pour les religieux, aux prières desquels le monarque se recommandait souvent, soit de vive voix, lorsqu'il venait à l'abbaye, soit par des messages qu'il envoyait. Cependant, ce qui permet de penser que Boson fut tenu en plus grande vénération que ses prédécesseurs, c'est qu'on lui remit parfois plusieurs centaines de livres d'argent et souvent cent marcs à la fois de même métal, tandis qu'avant lui, c'est à peine si les dons atteignaient le quart cette somme. Le roi disait à qui voulait l'entendre que Boson était l'homme le plus saint et de meilleur conseil, tant pour le spirituel que pour le temporel, qui fût dans son royaume. Pendant les deux années de graves souffrances qui précédèrent la mort de Boson, Henri I" ne vint jamais dans la région avoisinanle sans se rendre au monastère pour visiter le pieux abbé, ni sans pourvoir gracieusement aux nécessités de l'abbaye *. » L'impératrice Mathilde fut, comme son père, une insigne bienfaitrice de l'abbaye. On sait que cette princesse, devenue veuve le 23 mai 1125*, avait quitté l'Allemagne pour se retirer en Angleterre. Le roi, toujours soucieux de s'attirer l'amitié des comtes d'Anjou, contraignit Mathilde d'épouser
* Willclm. Geniet.. //?>/. Sorthm., lib. VIII. Patrot. lat., CXLIX, col. 900 et 901.
• Fiancée en 1109, elle avait épousé l'empereur Henri V le 23 janvier 1114. (Ord. Vital. IV, 8, 296.). — « Hanc autem virginem vixquinquennein Henricus quintus rex et quartus imperator Romanorum et Alemanorum Âugustus in conjugem requisivit, et acquisitam per claros viros episcopos et comités internuntios, cuui ineflabili muniûcentia utriusque parentis in suum regnum suscepit, et receptam solemniter in proximo Pascha apud L'iterius Trajectum desponsavit. Desponsatam vero archiepiscopus Coloniensis in festivitate sancti Jacobi Mogunciae in reginam consccravit, ccteris coepiscopis assistentibus et praecipue archiepiscopo Treverensi, qui eam, dura consecraretur, inter sua brachia reverenter tenuit. Deindc consecratam reginam usque ad tempestivum tempus nuptiarum studiose nutriri praecepit.inquonutri* mento et Unguam addisceret et se secundum Teutonicos mores compnneret. » Wiilelm. Gemet., llisi.Norihm.. Mb. Vîll. Patrol. lat.. CXLIX, roi. 886.
BÛSON, 4* ABBÉ
lejeune comte régnant, Geoffroy Plantagenet. Les fiançailles eurent lieu à Rouen, après les fêtes de la Pentecôte 1127 ^ <c Échanger Tétat d'impératrice pour celui de simple comtesse d'Anjou, s'assujettir aux caprices sauvages et fantasques d*un enfant de seize ans, irritaient son amour-propre et blessaient tous ses sentiments. Geoffroy, d'une autre part, avait hérité de Tesprit indomptable de ses ancêtres. Il prétendait forcer Torgueil de sa femme à plier, au lieu de chercher à l'apaiser et à l'adoucir. Ils se querellèrent, se séparèrent, et Mathilde revint en Angleterre pour solliciter la protection de son père. Une année se passa en négociations infructueuses. A la fin, le comte consentit à exprimer son désir du retour de sa femme, et la réconciliation s'effectua en apparence ^. » Trois enfants naquirent pourtant de cette étrange union : Henri, Geoffroy et Guillaume.
Au moment de la naissance de son second fils, qui eut lieu à Rouen, à la Pentecôte de Tannée 1134, Mathilde fut si gravement malade qu'elle crut mourir. Dans cette prévision, elle fit la distribution de tous ses biens en faveur des orphelins, des veuves et des pauvres, sans oublier les églises et les monastères' ; celui du Bec fut le mieux partagé, tant en or,
' <c Cum autem ad Pentecosten fuisset apud Wincester, misit filiam «uam in Normanniam desponsuram ûlio consulis Ândegavensis, et secutus est eaui ipse rex in augusto. » Henri de Huntingdon, Uist. Attgl., lib. Vil. Patrol. lat. CXCV, col. 951. — « Post Pentecosten (1127) misit rex filiam in iNormanniam. jubens eam per Rothomagensem archiepiscopum desponsari filio praedicti Pulconis, adolescenti maenae nobilitatis et praedicandi roboris ; nec distulit quin ipse quoque Normanniam navigaret, eosque matrimonio conjungeret. » Wiilelm. Malmesb.. Historiae novellae lib. 1, Patrol. lat.. CLXXIX, col. 1395. — « Pater suus cupiens carere inimicitiis et impr>rtunitate Fulconis comitis videlicet Andcgavoruni, Turonorum atque Cenomannorum (namque inter eos quibusdam ex causis longa simullas duraverat), licet invitam dédit eamdem imperatricem in uxorem Gaufrido Martel lo, filio praedicti Fulconis, qui ei in comitatuni successit« cum idem Fulco rex Hierosolymorum efficeretur. De (fiia idem marchio gcnuit très filios, Henricum. Gaufridum Martellum, Willclmum, haeredes legitimos Anglici principatus, non solum ex parte Henrici régis, avi sui, verum etiam ex parte Matbildis reginae. aviae ipsorum. » Willelm. Gemet., Hnt. Sorthm., lib. Vf II. Patrol. lat, CLXXIX, col. 895.
' Lingard, Histoire d'Angleterre^ I, 231.
' « Natus est Gaufridus, secundus filius Gaufridi romitis .\ndeca-
argent, pierres précieuses, qu'en ornements d'église*. Les trésors que possédait Timpératrice étaient immenses, dit le continuateur de Guillaume de Jumièges; car aux richesses considérables qu'elle tenait de son père, s'ajoutaient celles qui provenaient du trésor impérial, et qu'elle avait apportées d'Italie *, après la mort d'Henri V '.
Si de toutes ces splendeurs de l'art byzantin, rhénan, normand, anglais, il ne reste plus la moindre épave ^, du moins
vensis, mense maio in Pentecoste, Rothomagi. Et infirmata est mater ejus Matildis imperatrix, propter difficultatem partus, usque ad desperationem. Ubi prudentia ejus evidentibus indiciis manifestata est. Nam thesauros suos orphanis, viduis et reliquis pauperibus et maxime eccleslis et monasteriis, manu sicut larga ita devota distribuit. Monasterium vero Beccense abmidantiori'benedictione in auro et argento et lapidibus preciosis et multiplici omatu ecclesiae quam reliqua monasteria cumulavit. » Chronique de Robei^t de Tongni, I, 193. — « Gazas enim non solum imperatorias, quas secum de Italia incomparabiles attulerat; verum etiam quas regalis imo paterna munificentia de inexaustis Ànglorum thesauris sibi contulerat. tam devota manu eccleslis diversarum provinciarum et utriusque sexus religiosis. pauperibus, viduis, orphanis distribuit, ut nec a culcitra serica super quam in ipsa inljrmitate jacebat, abstineret. quin ipsa distracta pretium ejus leprosis erogari juberet. » Willelm. Gemet., Ilist. Norlhm., lib. YllI. Patrol. lat. CXLIX. col. 896.
* « Verumtamen promptiorem se Beccensi ecclesiae, quam multis coenobiis Neustriae, ne dicam omnibus, inhacerogatione exhibuit, dans ei tam diversa donaria materia artifîcioque preciosissima, quae Bizantium percara haberet, et quae ad saeculi terminum honora permanere valeant semper ipsius imperatricis Augustae studium et amorem ergo iilam ecciesiam repraesentantia, vicissim cordibus inibi habitantium memoriam insignis dominae arctius imprimentia. Singula descriptionibus aut nominibus designare spaciosum foret. Voluptuosum est spectare hospitibus maximis, et qui saepe nobilium ecclesiarum thesauros viderunt. Transiret iUac hospes Graecus aut Arabs, voluptate traheretur eadem. » Willelm. Gemet., Hist. Northm., lib. VIII. Patrol. lat. CXLIX, col. 897.
* Rome était considérée par les empereurs germaniques comme la capitale du Saint-Empire, et l'empereur Otton III (983-1002) s'était fait construire un palais sur TAventin.
» Voir dans la note 3, p. 293 le passage : Gazas, etc. Cf. Orderic Vital. IV, 467. Suivant Roger de Hoveden, Timpératrice n'aurait emporté du trésor de son mari que la couronne impériale. On voit que Mathilde en donna deux au Bec.
* On conserve au Musée d'Antiquités de la Seine-Inférieure une croixreliquaire du xu* siècle qui provient de l'abbaye du Valasse à qui elle aurait été donnée par l'impéralrice Mathilde. Les bras de la croix s'élar-
possédons- nous la liste complète des pièces d'orfèverie et des vêtements précieux donnés au Bec par Mathilde, en 1134. On y remarque deux couronnes d'or, Tune qui avait servi au couronnement de l'empereur, et d'un poids si lourd qu'elle était soutenue par deux verges d'argent fixées au dais du trône ; elle était formée de plusieurs plaques articulées, et surmontée d'une croix d'or massif ^ La seconde, plus légère, servait dans les grandes solennités. La chapelle de l'impératrice comprenait, entre autres objets, deux calices d'or; une croix d'or garnie de gemmes; deux évangéliaires à couverture d'or avec de nombreuses pierres fines ; une pyxide d'or pour l'Eucharistie ; deux encensoirs, une navette, une cuiller à encens, un bénitier, deux burettes d'argent, et deux autels portatifs en marbre montés en argent. Les ornements sacerdotaux n'étaient pas moins somptueux : plusieurs chasubles ; des dalmatiques ; trois chapes très belles, optimae, deux manteaux impériaux, que l'on transforma plus tard en chapes en y ajoutant des capuces ; un vêtement de l'impératrice, en étoffe semée de pois d'or, dont on fit plusieurs parements d'aubes*. La chapelle comprenait, en outre, une quantité considérable de reliques renfermées dans les châsses et des plylactères d'or et de cristal ^. Nous en donnons la liste à l'Appendice de ce volume *.
gissent aux extrémités terminées carrément ; à l'intersection est une petite croix d'or garnie de perles dans Tceil des rinceaux ; des filigranes semblables, en argent doré, accompagnés de cabochons, garnissent le reste de la surface ; la tranche est recouverte d'un galon. On sait que Mathilde est considérée comme la fondatrice de l'abbaye du Valasse ou du Vœu, au diocèse de Rouen. Voir Chronicon Valassense, édition Somménil. Rouen, 1868. — Cf.: Catalogue du M usée d'Antiquités de Rouen, 1875, p. 62.
* C'est la forme bien connue de la couronne dite de Charlemagne, et conservée au musée de Vienne. (Viollet-le-Duc. Diction, raisonné du mobilier. H!, 307.)
* « Haec suntquae imperatrix Mathildis dédit ccclesiac Becci in ornamentis, » publié dans VAppendix ad Opéra édita ab A. Maio, Romae, Spithôver, 1871, in-4«. Nous publions cette liste dans les pièces justificatives de ce volume, n* 4.
* Cette liste a été transcrite par D. Thibault, sacristain de l'abbaye du Bec. à la fin du xvii* siècle. {Chron. Recr. anct. et itlusl. Bibl. nat. lat. 12884, p. 181 et seq.)
* Voir à TAppendire, n" 5.
L'impératrice avait demandé à son père, comme une faveur suprême, d*ètre enterrée dans l'église abbatiale du Bec Henri s'y refusa tout d'abord, faisant remarquer qu'il ne convenait pas qu'une impératrice, que l'on avait vue plus d'une fois dans la cité des Césars ceinte du diadème impérial, fût inhumée dans un simple monastère, et qu'il serait plus digne d'elle d'avoir sa sépulture dans la cathédrale de Rouen, la métropole de la Normandie, où reposaient déjà ses ancêtres, Rollon et Guillaume Longue-Epée. La princesse fut peu sensible à ces considérations, et ût dire au roi que son âme ne serait jamais en paix, que son désir n'ait été exaucé. Henri unit par céder ; heureusement, Mathilde recouvra la santé K
Quant au vieux roi d'Angleterre, il allait bientôt disparaître de la scène du monde où longtemps il avait joué l'un des premiers rôles. Pendant une partie de chasse qu'il faisait dans laforêt de Lyons, il se donna une indigestion d'anguilles*. Bientôt le mal s'aggrava de telle sorte qu'Henri flt venir l'archevêque de Rouen pour l'assister à ses derniers moments ; et après avoir déclaré sa fille Mathilde, comtesse d'Anjou, sa vraie et légitime héritière ', il mourut dans sa villa royale de Saint-Denis-en-Lyons, le i décembre 1135, à l'âge de soixantesept ans.
L'abbé du Bec ne lui survécut guère que six mois. L'une
' Willelm. Gemet.. Hisl. Northm., lib. Vlll. Patrol. lat., CXLIX, col. 897; Chronique de Robert de Torigni, I, 193.
• Henri de Huntingdon, Hisl. Anglonim, lib. VII. Patrol. lat., <:XCV. col. 954 ; Chronique de Robert de Torigni, \, 195.
:* Willelm. Malmesb., Historiae novellae, lib. I. Patrol. lat., CLXXIX, col. 1401. — Dans l'assemblée tenue à Londres, aux fêles de Noël 1126, Henri 1*' avait présenté sa fille Mathilde aux barons et aux évèques et leur avait fait jurer, qu'après sa mort, ils ne reconnaîtraient qu'elle pour souveraine. De son côté, le roi avait prit l'engagement de leur demander leur assentiment dans le cas ou l'impératrice voudrait contracter un nouveau mariajje. Or, Tunion de Mathilde avec Geoffroy Plantagenet ayant été négociée par Henri l" dans le plus grand mystère, les seigneurs anglais irrités de ce manque de parole s'étaient considérés comme déliés de leur serment envers l'impératrice . A la mort du roi, des compétitions éclatèrent, et ce fut, comme nous le verrons bientôt, Etienne de Blois, comte de Boulogne, neveu d'Henri !•'. qui sut le premier mettre la main sur la couronne d'Angleterre.
des plusdures épreuves qu'il eutàendurer, dit Miles Crespin^ et qui mirent en relief ses rares vertus, ce fut les infirmités variées et persistantes d'une santé profondément atteinte. Lors du concile de Glermont, il avait contracté le germe d'une maladie dont il ne guérit jamais : c'était un mal des jambes. Plus tard vint s'ajouter une paralysie générale. Il était forcé de demeurer continuellement assis, les épaules et la tète soutenues par des coussins. Ainsi cloué sur son lit, qu'il appelait sa prison, il ne pouvait remuer; mais la lucidité de son intelligence demeurée intacte lui permettait de s'occuper avec la même sollicitude de l'administration de son abbaye '.
Son mal s'aggrava d'une manière affreuse, et la gangrène fit d'épouvantables ravages à son pied gauche. A ceux qui le venaient visiter il disait : « Le mal que j'endure est plus grand que je ne saurais le dire, et s'il plaisait à Dieu, ce serait vraiment avoirassez souffert, et je verrais avec joie ma vie finir; mais il ne le veut pas. Il trouve encore en moi des péchés à punir, à expier. Que sa volonté soit faite. Priez, je vous en conjure, pour que je conserve la patience, pour que
* « Rex namque Henricus prima die decembris obierat ; cujus corpus allatum est Rothomagum, et ibi viscera ejus et cerebrum et oculi consepulta sunt. Reliquum aiitem corpus cultelUs cirumquaque desecatum, et multo sale aspersum, coriis taurinis reconditum est» causa fetoris evitandi, qui multus et infinitus jam circumstantes inficiebat. Unde et ipse qui magno pretio conductus securi caput ejus diffiderat, ut foedissimum cerebrum extraheret. quamvis linteaminibus caput suum obvolvisset, mortuus tamen ea causa pretio maie gavisus est. Hic est ultimus e multis quem rex Henricus occidit. Inde vero corpus regium Cadomum sui deportaverunt, ubi diu in ecclesia positum in qua pater ejus sepuitus fuerat, quamvis multo sale repietum esset et multis coriis reconditum, tamen continue ex corpore jugiter humor ethorribilis scoria pertransiens decurrebat et vasis sub feretro a ministris fetore et honore fatiscentibus abjiciebatur.... Tandem reliquiae regalis cadaveris aliatae sunt in Angliam, et sepultae sunt intra duodecim dies Natalis Domini apud abbatiam Kedinges, quam rex Henricus fundaverat et multis possessionibus ditaverat. Ibique rex Stephauus venit a curia sua quam tenuerat apud Londoniam in ipso Natali contra corpus patrui sui, et Willelmus archiepiscopus Cantuariae et multi praesules et proceres sepelierunt regem llenricum cum débita tanto viro reverentia. » Henri de Huntingdon, Hist. Angloruîn, lib. Vill. Patrol. lat., CXCV, col. 9oG et 957.
* Vita Bosonis, I, 334-33o.
je ne dise, que je ne pense rien qui soit contraire à la sainte volonté de Dieu ^ .» Un jour, croyant que sa fin approchait, il demanda et reçut pieusement les derniers sacrements en présence des religieux assemblés, puis il les supplia de prier pour lui et de lui pardonner les fautes dont il aurait pu se rendre coupable durant le temps qu'il avait été leur frère, leur prieur et leur abbé. Mais le temps d'épreuve n'était pas encore terminé; cette affreuse maladie dura deux ans et demi. Chaque jour il se faisait porter à l'église pour entendre la messe ; jamais il n'y manqua, pas même la journée qui fut pour lui la dernière. Au coucher du soleil, son état s'aggrava subitement, et sa voix s'affaiblit au point de n'être plus qu'un souffle indistinct. On le transporta à l'infirmerie. Vers le milieu de la nuit, à l'heure des matines, pendant que plusieurs religieux récitaient auprès de lui les sept psaumes pénitentiaux et les litanies des saints, Boson rendit son âme à Dieu; c'était le 24 juin 1136. L'abbé de Préaux, Richard de Fourneaux, présida les funérailles, et le corps du saint abbé fut enterré dans le chapitre, à gauche du tombeau d'Herluin 2.
Ce fut le prieur Thibaut qui fut élu en remplacement de Boson. .L'auteur de l'Abrégé de sa Vie est muet sur sa patrie^ sa famille, sa jeunesse. Il nous apprend seulement qu'il avait fait profession au Bec, du temps de l'abbé Guillaume de Beaumont, et qu'il avait exercé, pendant dix années les fonctions de prieur^.
Son élection, pas plus que celle de ses prédécesseurs, ne se passa sans difficultés ; cependant, chose bizarre, elle ne vinrent pas cette fois du pouvoir royal, mais de l'archevêque de Rouen, Hugues d'Amiens, qui voulut casser l'élection,
* VUa Bosonis, I, 333.
• Vifa Dosonis, I, 336. Plusieurs épitaphes ou éloges funèbres furent composés en l'honneur de Boson ; trois se trouvent à la suite de sa vie par Miles Crespin, auquel d'ailleurs on les attribue {Opéra Ijanftanci, édit. d'Achéry, p. 51 et édit. Migne. col. 731-734); la quatrième se trouve dans lo uis. lat., o4i7, f» 103, de la Bibliothèque nationale ; elle se rencontre également dans Robert de Torigni {Chronique, édit. Delisle, I. 203), et dans le Neustria pia de Dumonstier. p. 458.
■^ Vfla Theobaldi quintl abbalis, édit. Giles, I, 337.
BOSON, k^ ABBÉ
SOUS prétexte qu'elle avait été faîte à son insu. Les démarches conciliantes de Ouen, évêque d'Evreux, le ramenèrent à des sentiments moins hostiles, et il consentit à ratifîer Télection. Mais Hugues et Thibaut tombèrent de nouveau en difficultés au sujet de la bénédiction abbatiale. L*archevéque voulait que Tabbé lui remit la cédule de sa profession d'obéissance, sinon il refusait de le bénir ; Thibaut ne pouvait se résoudre à se soumettre à une formalité dont ses prédécesseurs s'étaient opiniâtrement défendus ; tout cela fit différer pendant quatorze mois la bénédiction de l'abbé du Bec*.
Depuis plusieurs années, cette question de la profession d'obéissance de la part des abbés passionnait, soulevait presque le clergé régulier de Normandie. Hugues, très zélé pour le maintien des droits et prérogatives de son église, résolut d'obtenir des abbés, de gré ou de force, cette marque de soumission, et pour en venir à bout, rechercha l'appui du pape Innocent II qu'il savait lui être favorable. Les abbés, de leur côté, eurent recours à Henri P% et non contents d'opposer sa puissance à celle de Hugues, ils le décidèrent à recommander leur cause au Saint-Siège, ce que fit le roi dans une lettre fort véhémente contre l'archevêque*. Innocent II, un peu troublé de la mauvaise tournure que prenait l'affaire, lui répondit qu'il avait enjoint à l'archevêque de se conformer à la volonté royale en ce qui concernait les abbés'. Et en effet, il disait
* Vxla Theobalcli, l, p. 338.
' « Conqueror apud Paternitatein vestram de Hugone archiepiscopo Rotomagensi, qui personain meam conturbavit et ducatum meum Normaaiae gravavit et contra me et dignitates, et statiim ducatus mei a pâtre meo et ab omnibus antecessoribus mcis. et a meipso usque ad novissimum discessum vestrum de Normania, in pacc habites et tempore Beatissimorum Homanonim Pontificum antecessorum vestroruro, et sanctorum Rotomagensium archiepiscoporum praedecessorum ejus, inconcusse illibatcque possessos, vehementer et irreverenter egit : in benedictionibus scilicet et extortis professionum scriptis, intra ducatum meum et provinciam suam ab abbatibus meis Normaniae, me inconsulto, vobis in conciiio querimonils inde propositis, cum eos in pace dimiserim quando novissime in regnum meum transfretavi et ipsum archiepiscopum amicabiliter ad vos destinavi. » D. Pommeraye. Sanctae Rolom. ecclesiae concilia et décréta synodalia, p. 133.
** « Venerabili siquidam fratri nostro Hugoni, Rothomagensi arcliie-
dans sa lettre à Hugues d'Amiens: « Notre très cher fils Henri, roi d'Angleterre, est extrêmement irrité contre vous de ce que, contre la coutume que lui et les autres ducs de Normandie ont toujours fait observer dans leurs états, vous avez exigé xle quelques abbés une profession d'obéissance. Or, bien que cela soit juste et conforme à ce que nous avons commandé au concile de Reims, nous devons néanmoins relâcher quelque chose ^e 1& rigueur du droit pour Tamour de lui, et dans la conjoncture du temps où nous sommes, condescendre un peu à sa volonté ; car nous vous promettons, suivant ce qu'on nous a rapporté et que nous lui avons écrit à lui-même, que si vous lui déférez, vous obtiendrez de lui tout ce qui appartient à la dignité et au droit de l'église de Rouen, et que vous aurez encore avec cela l'honneur de ses bonnes grâces. C'est pourquoi noiis prions et exhortons votre Fraternité de consentir à ce qu'il désire, et si vous aviez lié quelqu'un de ses abbés, de lui en donner l'absolution^ ».
Cette correspondance avait été principalement provoquée par la conduite d'Alain, élu abbé de Saint-Wandrille en 11 28, lequel, persistant dans son refus de prêter à l'archevêque le serment d'obéissance, n'avait pas reçu la bénédiction abbatiale; il n en avait pas moins pris la conduite du monastère tant au spirituel qu'au temporel ^, et assisté, en qualité d'abbé, au concile provincial de Rouen présidé par le légat Matthieu, évêque d'Albano^.
On s'est demandé pourquoi les abbés du diocèse de Rouen
piscopo, per scripta nostra mandaviuius, et consiliimi dedimus, quatinus de abbatibus iilis, de quibus tua nobis significavit serenitas, assensum tuae praebeat voluntati. y> Neuslria pia, p. 173.
* D. Pomme raye. Sanclae Rolom. ecclesiae concilia, p. 134.
2 On a vu que les abbés élus du Bec n'exerçaient que les fonctions de prieur jusqu'au moment de leur bénédiction abbatiale ; grâce à cette prudence élémentaire, ils se mettaient à l'abri des reproches qu'encourut Alain, élu abbé de Saint-Wandrille, qui exerça les fonctions abbatiales avant d avoir reçu la bénédiction. Innocent 11 lui adressa à ce sujet une lettre fort dure {Neustria pia, p. 173). En 1137, Alain se retira auprès des moines de Saint-Etienne de Caen qui, huit ans après, rélurent pour leur abbé.
•^ Ord. Vital. IV, i9o.
apportaient une résistance si opiniâtre à faire aux archevêques la profession d'obéissance. D. Pommeraye * reconnaît, à juste titre, qu'on peut en alléguer trois raisons. 1^ Les abbés de Tordre de Saint-Benoît répugnaient à s'assujettir à cette profession d'obéissance parce qu'on l'exigeait d'eux avec serment, et que leur Règle défendait de jurer' ; si bien que plusieurs religieux bénédictins se faisaient conscience de prêter serment devant les juges civils, encore que ce moyen fût nécessaire pour faire valoir leurs droits au temporel', i^ Cette profession d'obéissance n'était fondée sur aucun décret ecclésiastique ; on ne l'appelait point un droit ni un devoir imposé aux abbés par les canons et les lois de l'Eglise, mais simplement une « bonne, ancienne et louable coutume^»; d'où il arriva, au commencement^ quelesévêques ne favorisant que la promotion des abbés qu'ils supposaient être disposés à subir ce joug, ceux-ci craignaient que cette facilité ne fût considérée comme le prix de leur bénédiction et ne leur fit commettre une espèce de péché de simonie. 3^ Enfin, ils appréhendaient que ce serment ne fût comme une servitude, ou du moins comme un hommage qui augmentait leur dépendance et tendait à les soumettre aux évêques, non comme des fils à leurs pères, mais bien comme des vassaux à leur seigneurs^.
Henri I" était mort. Son neveu Etienne, comte de Bou-
* D. Pommeraye, Histoire des archevêques de Rouen, p. 324.
* Ils furent délivrés de ce scrupule par le pape Innocent III qui leur permit d'user du serment en justice, quand il en serait besoin. {Décret, lib. II, tit. 24, cap. xxvi, Etsi de jurejurando.) ^
^Régula S. Benedicti, cap. iv.
* Voir le serment de l'abbé Ymer de Saint- Ymer (1281-1304). (Chronique du BeCy édition Porée, p. 127.
* C'était le sentiment de Fulbert, évêque de Chartres ; il trouvait que les serments avaient quelque chose de trop séculier pour y assujettir les abbés. « Si abbas sancti Benedicti de vestro contemptu culpam suam recognoverit, et illam deinceps subjectionem promiserit quae vobis canonice debetur, hortor et suadeo ut recipiatis; sacramenta vero et caetera quae ad mundanam legem pertinent, propter amorem régis missa faciatis, ut religionem magis quam saecularem ambitionem vos sectari cognoscat. » Epist. XVII, ad Fulconem coepiscopum. Patrol, lat. CXLI, col, 208. Cf. Thomassin, Ancienne et nouveUe discipline de l'Eglise, IV, 441 .
30i2 HISTOIRE DE L' ABBAYE DU BEC
logne, ayant fait répandre le bruit que le vieux roi, avant de mourir, avait déshérité Timpératrice sa fille, avait été sacré et couronné à Westminster, le 26 décembre H38, par Guillaume, archevêque de Gantorbéry, assisté du fameux Roger de Salisbury K Henri de Huntingdondit que la soumission de l'Angleterre s'était accomplie en un clin d'œiP. Il n'en fut pas de même de la Normandie. Dans une assemblée tenue au Neubourg, les barons normands décidèrent qu'ils reconnaîtraient pour leur duc le frère aîné d'Etienne, Thibaut, comte de Blois ^ ; mais ayant appris qu'Etienne avait été
* Chronique de Robert de Torignù I, 198; Willelm. Malmesb., Hisl. novellae, liv. I, Patrol. lat., CLXXIX, col.1402.
* (( Omnes qui sacramentum juraverant, tam praesules quam consuies et principes, assensum Stephano praebuerunt el hominium fecerunt. Hoc vero signum malum fuit quod tam repente Anglia sine mora, sine labore, quasi in ictu oculi ei subjecta est. » Henri de Hunlingdon. Hist. Anglorum, liv. VIII. Patrol. lat., CXCV, col. 956. Gabriel Du Moulin s'autorise de cette soumission plus ou moins spontanée pour faire une curieuse apologie de la loi salique. « Heureuse France! qui ne void jamais un cotillon presser son trône, ny son sceptre conjoint à la quenouille. Aussi n'est-ce pas le pays des Amazones, mais la terre natale des Hercules, où les femmes, que la nature et le péché a soumises aux hommes, obéissent, et ceux-là commandent. Les royaumes où le droit de succession porte ce sexe au souverain pouvoir, sont un théâtre de tous malheurs. Je veux que la femme aye assez de prudence pour bien commander ; son corps mol et délicat n'a pas la force de porter les armes pour se faire bien obéir. La femme aussi est née pour la maison et l'homme pour les sueurs et pour acquérir des lauriers dans le chaplis des armes et Teffroy des allarmes. La femme tremble au seul récit d'un combat, et l'homme sent animer son courage au son des trompettes et au tonnerre des canons. La femme curieuse de conserver son beau teint., ne cherche que Tombre, et l'homme cupide de gloire ne demande que la poussière des combats; où le fard de celle-là couvre les rides de son visage, les plus grandes balafres de cestuy-cy sont les glorieuses marques de son courage, qui dédaigne autant de fléchir aux commandements d'une princesse, qu'il a de feu pour l'exécution des volontés d un monarque. Les Anglais et Normands vont tesmoigner la vérité de ce discours : ceux-là recevans un roy, et ceux-cy voulans eslire un duc au mespris de la princesse Mathilde, laquelle ils avoient, par le commandement du feu roy Henry son père, recognuë et receuë pour Royne et Duchesse. » Hist. générale de Normandie, p. 342.
3 « Normanni autem Tedbaldum fratrem ejus apud Novum Burgum convenientes sibi praeferre voluerunt ; sed in ipso conventu a quodam monacho, qui Stephani legatus erat, audierunt quod omnes Àngli Stephanum suscepissent, eique obedire eumque sibi regem praeficere vel-
couronné à Londres, il se ravisèrent, « et prindrent la ré^lution, pour se conserver les biens et les honneurs qu'ils avaient en Angleterre et en Normandie, de reconnaître Etienne pour leur duc *. »
Restait un troisième personnage qui n'était pas de caractère à demeurer simple témoin de ces ardentes compétitions. Aux premières nouvelles de la mort d'Henri I", Geoffroy Plantagenet avait envoyé sa femme en Normandie, et le vicomte d'Argentan, d'Hiesmes et de Domfront s'était empressé de la reconnaître pour sa suzeraine. Le comte d'Anjou occupait lui-même le Perche à la tète des Angevins et des Manceaux *. La présence d'Etienne sur le continent devenait urgente ; mais une expédition qu'il dut faire en Ecosse retarda son départ jusqu'au printemps de l'année 1137. Une convention passée à Evreux le débarrassa d'abord de son frère aîné Thibaut, qui se retira moyennant une rente de deux mille marcs d'argent ^. Grâce à l'affaiblissement et au mauvais état des deux armées, le même moyen put réussir près du Plantagenet ; une trêve de trois années fut conclue avec Geoffroy, à la condition qu'Etienne lui ferait une pension annuelle de deux mille marcs d'argent dont le premier terme serait immédiatement versé *. Avant de
lent. Mox omnes, annuente Tcdbaldo, decreverunt uni domino militare, propter honores quos in utroque barones possidebant regione. » Ord. Vital. V. 56.
* Gabriel Du Moulin, Hisi. génér. de Normandie, p. 344; Chron, de Robert de Torigni, I, 200.
> a In prima decembris septimana Josfredus Andegavensis, ut mortem Uenrici régis coniperit, Mathildem uxorem suam mox in Normanniam praemisit, quam Guigan Âlgaso, vir infimi quidem generis sed magnae potestatis. ut naturalem dominam suscepit. eique Argentomum et 0x1moset Danfrontem aliaque quibus ut vicecomes, jubente rege, praeerat, oppida subegit. Deinde cornes cum Guillelmo Talavacio Pontivi comité et Andegavensibus catervis atque Cenomannicis secutus est, et a Sagiensibus aiiisque castellanis qui de feudo Talavacii erant, susceptus est. » Ord. Vital. V, 56,
•' « Locutus est etiam apud Ebroicaa cum fratre suo comité Teobaudo, et pepigit ei duo millia marchas argenti per annum. » Chron, de Rob. de ToHgni, I, 206.
* a Idem dux dédit trevias usque ad très annos, hac conditione, ut rex singulis annis daret ei duo millia marchas argenti: et de primo anno
304 HISTOIRE DE l'abbaye DU BKC
quitter la Normandie, le roi d'Angleterre donna le duché à son fils Eustache qui fit, en qualité de duc, hommage au roi de France ^ En réalité, la Normandie demeurait en proie à l'anarchie.
C'était pour l'archevêque de Rouen une conjoncture favorable pour reprendre, dansTaffaire de la profession d'obéissance des abbés, les avantages que l'énergique intervention d'Henri P' lui avait fait perdre. Fort de l'appui du pape, il s'appliqua de nouveau à faire observer le statut du concile de Reims; l'élection de Thibaut lui en avait, comme on l'a vu, fourni l'occasion. Mais l'abbé du Bec persistant à refuser le serment écrit, d'autre part l'archevêque ne voulant pas donner la bénédiction, le conflit menaçait de s'éterniser, lorsque les religieux du Bec, désirant voir finir une situation aussi contraire à leurs intérêts, eurent l'inspiration de solliciter les bons offices d'un ami de Tarchevéque, le célèbre Pierre, abbé de Cluny, qui était alors en Normandie'. Celui qui fut l'appui fidèle d'Abélard repentant promit aux religieux de faire valoir leurs raisons auprès de l'archevêque de Rouen, et Hugues consentit enfln à donner la bénédiction à Thibaut, en se contentant d'une profession verbale d'obéissance, au lieu de la cédule écrite qu'il exigeait auparavant ^
Thibaut demeura peu de temps à la tête de la communauté du Bec. Lors du concile tenu à Londres, pendant
statim debitam summam accepit. » Chron. de Rob. de Torigni, I, 207. Etienne pouvait être généreux : il avait mis la main sur les trésors d'Henri I«r : « Habebat enim rex immensam vim thesaurorum, quos multis annis rex Henricus avunculus suus aggesserat; aestimabantur denarii, et hi exquisitissimi, fere ad centum miliia libras; erant et vasa tam aurea quam argentea magni ponderis et inaestimabilis pretii, et antiquorum regum et Henrici potissimum prudentia congesta. » WiU lelm. Malmesb., Hist, nov., lib. 1, col. 1403.
* Ord. Vital, V, 81 ; Rob. de Torigni, I, 207.
* Dans son étude intitulée : Pierre le Vénérable, ou la vie et l'influence monastique au Xlh siècle, l'abbé Demimuid ne dit rien de ce voyage de Tabbé de Cluny en Normandie, en Tannée 1138.
3 (( Verum. deprecatione alque consilio Pétri, abbatis Cluniacensis, qui tune forte in Normannia erat, archiepiscopus sine scripto, solo verbo, suscepit ab eo professionem, et sic benedixit quem postea plurimum dilexit. » Vita Theobaldi, I, 338.
nOSON, 4* ABBK 30o
Tannée 1138, sous la présidence du légat Albéric, Thibaut fut élu archevêque de Gantorbéry, le 24 décembre, du consentement du roi Etienne et de la reine, et fut sacré le 8 janvier 1139*. Sur Tavis qu'il laissa avant de quitter son abbaye, les religieux ne lui donnèrent pas immédiatement de successeur, et Tabbaye demeura sous la direction du prieur Richard de Beaufou, depuis les fêtes de Noël jusqu'aux fêtes de la Pentecôte 1139, c'est-à-dire jusqu'à son retour de Rome *.
Son successeur fut un religieux n,é dans le bourg même du Bec, et nommé Lélard; il avait fait profession sous Tabbé Guillaume de Beaumont en l'année 1100. Après avoir pendant longtemps exercé les fonctions de prieur à Pontoise, puis à Notre-Dame du Pré de Rouen^, il fut élu abbé le jour de la Pentecôte, 9 juin 1139 ».
C'était un moine austère, fort adonné aux jeûnes, aux veilles et aux pieuses méditations, ûdèle observateur de la règle, censeur implacable de ceux qui la transgressaient. Nul n'était meilleur ami, à condition que son amitié fût méritée par la piété et la régularité de la vie. Pour éprouver la vertu de ce saint, un peu' rigide peut-être, Dieu permit qu'il devînt aveugle. Il supporta sans se plaindre sa cruelle inflrmité. Loin de fuir la société de ses frères, il paraissait toujours au milieu d'eux, au chœur, au chapitre, au réfectoire, et jamais il ne voulut manquer aucun des exercices de la communauté ^
Son administration fut marquée par la construction de la
' Chron, de Robert de Torigni, 1, 212.
* Chronique de Robert de Torigni^ I, 213 ; Chronique du Bec, édit. d'Achéry, Giles, I, 207. Etienne de Rouen, dans son D7'aco Xormanni- CVS (édit. Omont. p. 150), lui a consacré les vers suivants :
AngligenuDi primas ot presul Canturiensiâ DediluB exequiis jam Theobaldus eral ; BeccenAis prior hic, post abbas extitit anuis Binis, magnanimis, dives et esse seiens.
* Vita Letardi, édit. Giles, I, 339. Nous parlerons plus loin de ces prieurés qui relevaient de Tabbaye du Bec .
* Vita Letardi, édit. Giles. î. 340.
* Vita Letardi, ï, 339 et 340.
salle capitulaire, qui a subsisté jusqu^au commencement de ce siècle. L'œuvre fut entreprise grâce aux somptueuses générosités de l'un des plus illustres seigneurs normands, Robert du Neubourg^ C'était une vaste salle divisée en trois travées carrées, et voûtée sur croisées d'ogives ; elle mesurait 30 mètres de longueur sur 12 de largeur. Tout autour régnait une galerie ou passage de communication, d'un mètre de largeur, aboutissant à deux petits autels^. Dans la travée centrale se trouvaient les tombeaux d'Herluin et des premiers abbés, et plus loin les sépultures de plusieurs seigneurs du Neubourg et de quelques prieurs du monastère'. Le chapitre du Bec était un curieux spécimen de l'architecture gothique normande, avec ses arcs doubleaux et ses nervures ornés de chevrons et décorés de peintures polychromes*.
La trêve conclue avec le comte d'Anjou dans le but de donner un peu de tranquillité à la Normandie ne devait être qu'un pacte dérisoire, « parce que les gentilshommes qui s'étoient accoutumés à faire les tyrans sur leurs terres ne purent se résoudre à rentrer si tôt dans les bornes de la raison*. » L'absence d'Etienne, déjà fort empêché dans son
* (( (1141) Inceptum est capitulum Hecci. tani consilio quani aiixilio Hoberti Novi Burgi. » Robert de Torigni, Chronique, I. 225. Cette note a été insérée dans la Chronique du Bec : a Â. D. 1141. Incœptum est capitulum Becci tam consilio quam adjutorio Roberti de Novoburgo. »
* Nous ne comprenons guère la disposition de ces galeries aboutissant à deux autels.
» « Est enim haec aedes capitularia fornicata. circuaipositis opère gothico paruui eleganti columnulis, porrecta in longitudinem centuni circiter pedum, alta pedes (sic), lata pedes 38. tabulatum habens ad altitudinem pedum {sic)^ latum 3 pedes, quo facilius circumeatur et accessus pateat ad sacella duo, hinc inde extructa et arcuata.altarlbus inibi erectis. In area média cernuntur tumuli 14 abbatum, scilicet qui primi hanc rexere ecclesiam. et paulo altius tumbae sepulchrales dominorum Novoburgensium, hujus cenobii benefactorum, passimque priorum claustralium. » Chronicon Beccense auct,el illustr., de D. Thibault, Bibl. nat, lat. 12884, f« 220»».
*Aug. Le Prévost, Mémoire sur quelques monuments du département de VEure, 1829. p. 62 : et Mémoires et notes pour servir à l'histoire du département de VEure, I, 232.
' De Masseville. Histoire sommaire de Normandie, II. 7. Rouen 1708.
propre royaume*, la jeunesse d'Eustache, tout contribuait à amoindrir le prestige du pouvoir ducal. Geoffroy Plantagenet ne manqua pas de profiter de ce désarroi pour avancer ses propres affaires. Il tâcha d'attirer dans son parti le frère naturel de sa femme, Robert de Caen, comte de Glocester, qui était maître du Bessin, et dont la fidélité à Etienne était devenue plus que suspecte. Grâce aux promesses que le Plantagenet lui fît de le dédommager largement en Normandie des pertes qu'il pourrait subir en Angleterre, Robert consentit à délaisser son comté de Glocester', ef remit au comte d'Anjou Caen, Bayeux et plusieurs autres places importantes^ S'étant ensuite rendu maître de Lisieux, de Pont- Echenfrey, de Falaise, Geoffroy fut reconnu comme duc de Normandie par une fraction du baronage (1138).
Pendant ce temps, de graves événements s'étaient accomplis en Angleterre. Les succès de Geoffroy en Normandie avaient ravivé les ambitions de sa femme, l'impératrice Mathilde, qui résolut d'aller en Angleterre pour faire valoir ses droits à la couronne paternelle ; mais elle se garda de découvrir ses véritables intentions, et obtint, sans trop de peine, de l'inconcevable imprévoyance d'Etienne, l'autorisation de visiter les châteaux qui lui étaient demeurés fidèles \
Le 30 septembre 1139, Mathilde débarqua à Arundel, sur les côtes du Sussex, accompagnée de son frère, Robert de
* Robert de Torigni, Chronique, I, 209.
• Willelm. Malmesb., Hist. novellae, liv. II. Patrol. lat. CLXXIX. col. 1407,
^ a Andegavensis Josfredus, mense junio. in Normanniam cum militari manu venit, et Rodhertum Gloucestrae comitem precibus et promissis ad suam partem inclinavit, per quem Baiocas et Cadomum et plura Normanniae oppida sibi subjugavit. » Ord. Vital, V, 108.
^ « In autumno, Mathiidis, Andegavorum comitissa. cum Rodberto de Cadomo fratre suo, et Guidone de Sabloilo, aiiisque pluribus in Angliam transfretavit, et. Arundello suscepto» permissu régis, ad oppida quae suae parti favebant cum pace perrexit. In hac nimirum permissione, magna régis simplicitas sive socordia notari potest. » Ord. Vital, V, 121. Selon Robert de Torigni, rentrée de Mathilde et de son frère se serait faite moins pacifiquement que ne le prétend Orderic. {Chronique, I. 216.)
308 niSTOTHE DE l'abbayk du bec
Glocester, et d'une escorte de cent quarante chevaliers*: bientôt son étendard flottait sur les tours de Glocester, de Bristol, de Douvres, de Cantorbéry^ et Robert ralliait au parti de Timpératrice, tantôt par la persuasion, tantôt à l'aide d'un coup de main, la plus grande partie du comté de Glocester et du pays de Galles. Inquiet de ces défections, Etienne tenta d'y mettre un terme en traitant avec l'impératrice. Mais l'entrevue de Bath, suivie de longs pourparlers, ne put aboutira De part et d'autre on n'était pas sincère lorsqu'on parlait d'accommodement et de paix ; il était évident que les hostilités reprendraient à la première occasion. Elles éclatèrent, en elTet, quand Etienne voulut s'emparer du château de Lincoln que défendait le comte de Ghester, gendre du comte de Glocester. Les troupes de Mathilde, au nombre de dix mille hommes recrutés un peu partout et commandées par son frère, accoururent au secours de la garnison assiégée, et rencontrèrent l'armée royale sur les bords de la Trent, le 2 février 1141. Etienne, vaincu, fut fait prisonnier et enfermé dans le château de Bristol ^; l'impératrice, reconnue comme souveraine le 3 mars à Winchester, fit son entrée à Londres au mois de juin suivant*. Son triomphe devait être bien éphémère. Dans un combat livré près de Winchester, le 14 septembre de la même année, le comte de Glocester tomba à son tour entre les mains de Guillaume d'Ypres, qui commandait les troupes d'Etienne*.
1 Wmelm. Malmesb., Hist. novellae, liv. II. Patrol. lat. GLXXIX, col. 1414. Robert de Torignl dit que Mathilde débarqua à Arundel au mois d'août (Chronique, 1, 215. Cf. Ord. Vital, V, 121).
■ C'étaient les forteresses que le comte de Glocester tenait de son père, Henri I". {Ord. Vital, V, 110.)
' Sur Tentrevue de Bath qui eut lieu après les fêtes de la Pentecôte 1140, voir Guillaume de Malmesbury, Hist. novellae, lib. II. Patrol. lat. GLXXIX, col. 1420.
* Sur la bataille de Lincoln, voir Ord. Vital, V, 124 à 128 ; Henri de Huntingdon, Hist, Anglorum, liv. VIII, Patrol, lat. CXGV, col. 966 ; Robert de Torigni, Chronique, 1, 220.
"" Willelm. Malmesb., Hist. novellae, liv. III. Patrol. lat. GLXXIX, col. 1421 à 1424 ; Henri de Huntingdon, Hist. Anglorum, liv. VIII. Patrol. lat. CXCV, col. 967 ; Robert de Torigni, Chronique, I, 223.
• Willelm. Malmesb., Hist. novellae. liv. III. Patrol. lat. GLXXIX, col. 1430 et 1433.
Mathilde dut se résigner, la mort dans Tâme, à remettre Etienne en liberté en Téchangeant avec Robert de GlocesterS « tant par le besoin qu'elle avoit de ce comte, que pour ne pas attirer en Normandie les armes de Thibaut, comte de Blois, frère du roi Etienne, d'après Tavis qu'elle avoit reçu qu'un grand nombre de gentilshommes de cette province formoient un parti pour ce comte Thibaut dont ils vouloienl faire leur duc *. »
Il y avait bien encore quelques seigneurs normands qui demeuraient fidèles au roi d'Angleterre et à son fils Eustache; mais les premiers succès remportés par la reine Mathilde avaient eu pour résultat de renforcer les chances du Plantagenet. Aussi, lorsque Robert de Glocester débarqua en Normandie pendant l'été de 1142 pour demander à Geoffroy de venir en personne prendre en main les intérêts de l'impératrice, Plantagenet, tout entier à sa conquête de la Normandie, répondit par une fin de non-recevoir, et en présence même du comte de Glocester, s'empara du château d'Aunai'. Bientôt il se rendit maître d'une dizaine de places fortes situées dans le Bessin et le Gotentin^. Plus tard, le pays de Caux fit sa soumission, et le 20 janvier 1144, Geoffroy entra dans la ville de Rouen qui le reconnut pour son duc*. Etienne ne possédait plus dans la province que les
* « Captas est et Robertus frater imperatricis in cujus turri rex captivus erat ; cujus sola caplione rex evadere polerat. Absolutus est uterque. Sic rex justitia Dei miserabiliter captus, Dei misericordia mirabiliter Uberatus est, et ab Anglorum proceribus cuni luagno gaudio susceptus est. » Henri de Huntingdon, col. 967. Cet échange eut lieu à la Toussaint 1141. (Guillaume de Malmesbury, col, 1430.)
■ De Masseville, Hist, sommaire de Normandie, II, 10. Les Normands n'affectionnèrent jamais Geoffroy Plantagenet ; aussi quand ils virent Etienne mal en point, ils offrirent la couronne ducale et même celle d'Angleterre à Thibaut, comte de Blois ; celui-ci refusa et céda son droit à Geoffroy. (Ord. Vital. V, 131.)
' Robert de Torigni, Chronique, I, 226. Le comte de Glocester semble avoir mené cette campagne conjointement avec Geoffroy.
* Guillaume de Malmesburv, Uist, novellae. lib. III. Patrol.lat. CLXXIX. col. 1437.
^ « Gaufridus comes Andegavensis. congregato magno exercitu, post festum sancti Hylarii. transiit Sequanam apud Vemum ; etmetatis castris apiid Sanctam Trinitatem de Monte Rothomagi, sequenti die, vide-
310 UlSTOIKii; DE L ABBAYE DU BEC
châteaux de Neufchâtel-en-Bray, de Lyons et d'Arqués^; le nouveau duc enleva les deux premiers avec le secours du roi de France, qui, abandonnant le parti d^Eustache et d'Etienne, s'était déclaré pour lui, et il se vit enGn paisible possesseur de la Normandie^.
On a vu tout à Theure que Robert de Glocester était venu solliciter auprès du comte dWnjou des secours en faveur de Mathilde : Geoffroy s'était contenté de lui confier son fils aîné, Henri Plantagenet, dont la présence ne pouvait man« quer de ranimer le zèle et le courage des partisans de sa mère^. La situation de Timpératrice devenait mauvaise. « A l'exception des trois comtés du Nord qui obéissaient au roi d'Ecosse, Etienne était nominalement reconnu comme souverain dans TEst du royaume, et Mathilde dans l'Ouest. Mais l'autorité réelle de tous deux était renfermée dans de plus étroites limites: celle du roi se bornait aux comtés du voisinage de Londres, celle de Mathilde aux comtés qui environnaient Gloucester. Dans cet état de faiblesse, aucun n'était capable de porter un grand préjudice à l'autre, et les hostilités n'étaient entretenues que par de légères escarmouches et des sièges de peu d'importance^. » Mathilde avait vu mourir le plus dévoué de ses partisans, Miles de Glocester, qu'elle avait fait, en 1141, comte de Hereford; elle se trouvait privée des conseils de son frère Robert, le premier soutien de sa cause. La perte de ses amis la jeta dans une sombre mélancolie; l'expérience de huit années lui avait appris combien l'issue de la lutte qu'elle avait entreprise était incertaine ; elle prit le parti de se retirer en Normandie pour surveiller le cours des événements et protiler de la première occasion favorable*.
licet in festivitate sanctoruni Fabiani et Scbastiani. rereplus est a civibus Rothoiiiagi solenniter. » Robert de Torigni, Chroniffue^ I, 233.
* Le château d'Arqiies fut pris dans Fctc de Il4ô. Robert do Torigni. Chronique. I, 237.)
- Robert de Torigui, Chronique, I, iHîi.
^ « Tradidittanien illi Henricum priiuogenilum suuui. ut cuui secum duceret. » Robert de Torigni, Chronique, 1, 22().
* Lingard, Histoire d'Atu/lelerre, I, 2b4.
* L impératrice Mathilde revint en Normandie en 1147. après que le
A son retour en Normandie, le fils aîné de Geoffroy, Henri Plantagenet, vint à Tabbaye du Bec, le jour de TAscension, iS mai 1147, et fut reçu en grande solennité par la communauté qui alla en procession au-devant de lui'.
La Chronique du Bec relate, vers Tannée H46, une guérison miraculeuse opérée par sainte Foy en faveur d'un ancien évèque de Bayeux, Turold d'Einvermeu, qui vivait depuis près de quarante ans retiré à l'abbaye *. Turold était frère d'Hugues d'Envermeu qui fit construire l'église de Saint- Laurent et la donna aux religieux du Bec. Après la mort d'Eudes, frère utérin du Conquérant, en 1097, Turold fut pourvu de Tévèché de Bayeux qu'il ne devait pas conserver longtemps. Orderic Vital dit qu'au bout de sept ans, pour des motifs qui lui sont demeurés inconnus, Tévèque fit sa démission et se retira au Bec, où il prit Thabit monastique des mains de l'abbé Guillaume de Beaumont '. Saint Anroi Etienne se fut fait couronner à Lincoln pendant les fôtes de Nocl . (Henri de îluntingdon, Hisl. Anglonim, lib. VIII. Patrol, lat. CXCV, col. 970.)
* « Henricus, fllius ducis Gaiifridi et iniperatricis, de Anglia in Normanniam veniens. susceptiis est a conventii Becci sollempni proccssione, die Ascensionis Domini. » Robert de Torigni. Chronique, 1, i43. Cette note est insérée dans la Chronique du Bec (édition d'Achérv) sous Tannée lliG.
* Ce passage de la Chronique du Bec est un«i interpolation, car il ne se rencontre pas dans le texte de Robert de Torigni. 11 résume en quelques lignes un récit beaucoup plus détaillé, composé au xu« siècle par un moine du prieuré de Longueville. et que l'on trouve dans le nis. 499 du fonds de la Reine de Suède au Vatican, f° 161, et dans le ms. lat. 54^7 de la Bibliothèque nationale, f" \^b. L'annotateur du Bec semble dire qu'il a emprunté son récit de la guérison de Turold au Liber Pa/tsionift sanclae Fidis ('!) : « Proiit palet plenius in libro Passionis ejusdem virginis. » Chronique du Bec, édit. d'Achérv, dans Opéra Lan f ranci, p. 281, Venise, 1745.
* « Qui post annos septcni pracsulatum pro (juibusdaui arranis ultro reliquit, et in coenobio Beccensi sub (iuillnluio abbate nionachili regulae se submisit. ibique plurimo tempore usque ad finem vitae regulariter Deo militavit. » Ord. Vital, IV, 48. Les circonstances qui amenèrent cet évèque à se démettre sont douiourées mystérieuses. Il semblerait que Turold no prit même jamais possession de son siège épiscopal. Pascal H avait d'abord désigné l'archevêque de 'Lyon pour examiner sa cause, « pro causac suae deftnitione i> ; puis ayant appris qu'il n'avait pas été investi de son bénéfice, « necdum revestitum », il lui accorda un délai de quelques semaines, et lui prescrivit cette fois de
3 là iiisToiRt: DE l'abbaye du Bt:c
selme lui écrivit de Gantorbéry pour le féliciter de sa résolutioQ et l'exhorter à persévérer dans sa nouvelle vocation ^ Devenu moine, Tancien prélat devint un modèle d'humilité, de modestie et de gravité *. Atteint d'une très douloureuse infirmité, il la supporta sans se plaindre, sans même en révéler l'existence à aucun de ses frères '^ Il arriva que pendant une nuit son mal s'aggrava soudainement, au point qu'il se crut près de sa fin ; il fit appeler l'abbé qui accourut accompagné de plusieurs religieux*. Après avoir réconforté et consolé le malade, ils se rendirent à l'église pour le chant de matines. Turold demeuré seul se recommanda à sainte Foy et implora son intercession^. Aussitôt un léger mieux
se justifier en présence de l'archevêque de Gantorbéry, Anselme, qui se trouvait alors à l'abbaye du Bec. L'archevêque de Rouen. Guillaume Konne-Ame, fut averti de cette décision par une lettre du pape datée de Salerne, le 30 mars 4106. (Jaffé, n« 4526, p. 491. Cf. : Gallia christ., XI, col. 350.)
* Epist. m, 137. La conversion monastique de l'évêquc de Bayeux ne dut pas s'accomplir sans certains sacrifices : aussi Anselme s*efforce-t-il de le prémunir contre la tentation de regarder en arrière. « Gaveat igitur vestra prudentia ne cor vestrum rétro respiciat. Rétro auteui monachus respicit cum ea saepè recolit quae deseruit. Quod cum saepe facit, refrigescit in eo amor coelestis, et reviviscit amor mundi et fastidium taediumque propositi sui », p. 415. Le ms. lat. 13575 renferme une lettre des plus curieuses adressée par un religieux du Bec à un évêque qui s'est fait moine et qui s'en repent. Nous croyons cpie ce prélat n'est autre que Turold. Gette lettre est reproduite dans notre ouvrage : L'Abbaye du Bec et ses écoles, p. 65 et suivantes, Evreux, 189â.
* Miraculum beatae Fidis de episcopo Bajocensi qui postea factus fait monachus Becci, Bibl. nat.,lat. 5427, f" 125.
^ a Electorum omnium pater et Dominus reverentissimum virum hune, tempore prolixo, ea llagellavit molestia quae vulgo nuncupatur ruptura, qua intestinorum non minima portio exiguo foramine in locum egrediens genitalium, dirum valde ingerebat dolorem, sed natura exigente, revocata interius, dirloreni. Hanr vero miseriam vir sanctus. pudore optimo decoratus, adeo, teste conscientia. studuit operire, ut nulli unquam fratrum familiarissimo, priusquam divinam meruisset consequi medicinam. noiuit aperire. » Miraculum beatae Fidis. etc.. r» 125.
* Miraculum beatae Fidis, etc.. p. 125.
* Selon Mgr Barbier de Montault. les saiuls invoques pour la guérison des hernies sont: sainte Begge. saint Druon, saint Fiacre et sa sœur sainte Syre {Traité d'Ivonoaraphie chrétienne, t. I, p. 171, et H, p. 320.
se 8t sentir, et le moine put même s^endormir. Plongé dans un profond sommeil, Turold entendit une voix qui lui disait : c< Lève-toi, tu es guéri ; et sache que tu as recouvré la santé par l'intercession de sainte Foy. Tu le diras à ton abbé, et tu le prieras d'envoyer en ton nom, au prieuré de Longueville S le frère Girard Giffard^ qui rendra à Dieu des actions de grâces pour le secours qui t'a été accordé, et fera brûler un cierge sur l'autel vénérable de Téglise de sainte Foy'. » En s'éveillant, Turold sentit, à n'en pas douter, qu'il était guéri»; il s'empressa de rappeler l'abbé et lui raconta le prodige. L'abbé lui conseilla d'acquitter lui-même sa dette envers la sainte, et d'aller à Longueville avec le frère Girard. Ils s'y rendirent en eflFet, et Turold, après avoir raconté sa guérison miraculeuse au prieur Roger*, alla trouver le frère chargé de la cuisine, fit préparer un cierge de. grosseur convenable, et chanta la grand'messe au milieu de l'allégresse de tous les bons moines de Longueville. Le lendemain, les deux pèlerins reprirent le chemin du Bec*.
331 et 442] . Il aurait pu citer encore sainte Foy, car outre le miracle raconté ici, le Liber de Miraculis sanctae FidUt de Bernard, écolâtre d'Angers, composé au commencement du xi« siècle, raconte une guérison analogue et beaucoup plus extraordinaire. Voir chap. xxi, Patrol. lat., CXLI, col 101 et 16â: et Liber miraculorum sancte Fidis, édit. A. Bouillet, p. 217. Paris 1897.
* Le prieuré de Sainte-Foy de Longueville (arr. de Dieppe, Seine- Inférieure) avait été fondé vers 1084, par Gautier GilTard 1*^ du nom, Tun des compagnons de Guillaume lors de la conquête, et créé en 1071 comte de Buckingham. Cf. Orderic Vital, II, 148, 2£\ ; Neustria pia, p. 666 et 667; Description de la Haute Normandie, I, 123. On conservait à Longueville des reliques de sainte Foy. (Neustria pia, p. 669.)
* Ce Girard Giffard, moine du Bec, appartenait évidemment à la famille du fondateur du prieuré de Longueville.
' Miraculum beatae Fidis, etc. f" 125.
* Miraculum beatae Fidis^ f" 126.
*Le prieur Roger est cité à Tannée 1145 dans le Seusfria pia, p. 668.
" Miraculum beatae Fidis, etc. f" 126. — On ignore en quelle année mourut Turold; ce dut être dans les environs de lloO. Evêque de Bayeux en 1097 ou 1098, il devait être déjà fort âgé au milieu du siècle suivant. Voir la note de J. Picard sur la lettre 137 du livre III, Opéra S. Anselmi^ édit. Gerberon, p. 578. Selon cette annotation, la guérison de Turold aurait eu lieu du temps de l'abbe Guillaume de Beaumont. c'est-à-dire avant l'année 1124.
Turold dut mourir vers H48 ou 1180 ; sa mort précéda ou suivit de peu celle de Létard. L*abbé du Bec sentant sa fîn approcher, se fit, suivant Tusage, transporter h Tinfirmerie, et il rendit Tâme pendant que les religieux réunis autour de lui récitaient les psaumes de la pénitence. L'évêque d'Ëvreux, Rotrou de Warwick^ assisté de plusieurs abbés du voisinage, présida les funérailles. Létard mourut le 2 juillet 1149, âgé d'environ soixante-cinq ans, dans la cinquantième année de sa profession religieuse. Il avait gouverné Tabbaye pendant dix ans et vingt-trois jours^
* Rotrou de Warwick était fils de Henri de Beaumont, comte de Warwick, et de Marguerite de Mortagne. D'archidiacre de {(ouen, il devint évêque d'Evreux en 1139, et archevêque de Rouen en 1165.
* Vila Letardi, édit. Giles, I, 340. Robert de Torigni décerne à Létard reloge suivant : « Vir magnae sanctitatis et scientiae donnus Letardus, de Beccensi prosapia natus ; in utroque Testamento apprime eruditus, pollens consilio, alTabilis colloquio, moderatus in verbis, dlscretus in disciplinis, tarde laetus in terrenis, semper gaudens in aeternis. diligens bonos, erigens malos ; qui pro qualitate temporis gregem sibi commissuin optinie rexit, Ucet in suo tempore assidua tempestate patria turbaretur. » Chronique^ I, 217.