‹ Histoire de l'abbaye du BecChapitre 24 sur 50 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Exemption de l'abbaye. — Privilèges accordés par les papes. — Premières donations. — La grande charte de Guillaume le Conquérant. — Nombreuses donations au xi^ et au xiP siècle. — Principaux bienfaiteurs. — Confirmations épiscopales et pontificales. -—Conflits et transactions. —Exemptions de péages ; droits utiles. — La haute justice du Bec.

L'abbaye du Bec ne fut point, comme tant d'autres de ses sœurs normandes, de fondation ducale, ni même noble ; son origine fut des plus humbles, et ses premiers moines connurent Textrême indigence. Mais cet état précaire dura peu ; en moins d'un siècle, la presque totalité de son domaine était constituée, et ses richesses prirent une telle extension qu'elles devinrent proverbiales*.

Les privilèges spirituels furent d'abord octroyés d'une main plus parcimonieuse. Lorsque Herluin établit à Bonneville sa petite communauté, elle est si chétive que l'archevêque de Rouen, ne paraît même pas se douter qu'elle existe. C'est Tévêque de Lisieux, Herbert", qui donne à

' Les immenses propriétés de l'abbaye donnèrent lieu plus tard au dicton suivant :

De quelque cAtô que le veut vcnle L'abba}c du Bec a rente

On disait encore en Normandie :

Sainl-Oueii le noble. Jumic^cs l'auniùtiier, Le bec le riche, Saiut-Wandrillp le...

« Herbert évoque de Lisieux (1022-1050) était parent de Robert le Magnifique. <» Si quaeritis quare Uerbertus eum (Herluinum) ordinaverit cum de illius parochia non essct, ideo id facluui est quia tune ecclesia

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à Herluin Thabit monastique, lui confère le sacerdoce et la bénédiction abbatiale et le place à la tète de ses frères. A la mort d*Herluin, en 1078, c'est Gilbert la Grue, évèque d'Evreux, qui préside ses obsèques, et le même prélat vient encore Tannée suivante donner la bénédiction abbatiale à Anselme. Les archevêques de Rouen, qui s'étaient succédé depuis cinquante, ans, n'avaient donc que rarement figuré aux cérémonies officielles où leur présence était indiquée'. En 1079, un ancien moine du Bec, Guillaume Bonne-Ame, s'asseyait sur le siège métropolitain de Rouen. L'occasion était des plus favorables pour intéresser l'ordinaire au sort de l'abbaye, et surtout pour obtenir l'exemption, le plus envié des privilèges monastiques^.

On appelle exemption le privilège en vertu duquel une église, une abbaye, une corporation régulière ou séculière, n'est pas soumise à la juridiction ordinaire de l'évéque, mais relève immédiatement soit du souverain pontife, soit d'un supérieur qui exerce la juridiction épiscopale. Suivant les règles de la plus ancienne discipline ecclésiastique, l'évéque est le chef spirituel de tous les membres de son diocèse. Les exemptions étaient donc une exception et ne pouvaient s'établir que du consentement de l'évéque ou de Tordre formel du pape, chef des évèques. En vertu du droit féodal, le duc, comte ou baron était le seigneur du sol et des personnes de son alleu, et lorsqu'une abbaye était fondée par eux dans leur domaine, la terre et le fief demeuraient

Rolhomagensis absque pastore erat, et idem episcopus, utpote propinquus ducis Roberti, quaeque volebat sine contradictione faciebat. » De libertale Beccensis monasterii. apud Annales Ord. S. Bened., V, 601.

* Il faut reconnaître que l'archevêque Robert donna son consentement à la donation que fit Herluin de son patrimoine au petit monastère de Bonneville; mais il n'apparaît pas que ce consentement, de pure forme, ait été accompagné d'aucune marque de sollicitude de la part du prélat pour la communauté naissante. Au mois d'août 1078. l'archevêque de Rouen, Jean d'Avranches, était depuis quelque temps paralytique, et lors de la bénédiction d'Anselme, le 22 février t079, Guillaume Bonne-Ame n'était pas encore sacre.

2 On peut consulter utilement les Annales bénédictines de MabiUôn sur l'origine de l'exemption et des privilèges d'un grand nombre de monastères de France et d'Italie.

EXEMPTION DE L'aBBAYK 317

toujours soumis au suzerain, et Tabbé lui devait aveu, comme vassal ou seigneur secondaire. Les ducs de Normandie qui donnaient aux évoques rinvestiture de leurs évêchés, ne voyaient pas d'un bon œil les abbayes tomber sous la juridiction immédiate des évêques; aussi, cédant à un sentiment de suceptibilité jalouse, et sans se soucier le moins du monde de l'observation de la discipline ecclésiastique, ils favorisaient ordinairement les exemptions monastiques, s'imaginant sans doute que les monastères exempts demeureraient plus soumis à leur domination, parce qu'ils échappaient, dans une certaine mesure, à celle des évêques. Que ces exemptions aient été souvent accordées de mauvaise grâce et avec certaines restrictions par les évêques, cela ne se peut nier. Aussi, lorsque dans la suite des temps, ces prélats ont pu ressaisir quelque lambeau des droits que leurs prédécesseurs avaient cédés, ils n'y ont point failli.

Dans une étude sur V Immunité ecclésiastique et monastique^ D. Ghamard semble reprendre et soutenir, d'une manière générale, la doctrine des conciles tenus à Carthage en 525 et en 534, à savoir que l'immunité monastique a pour raison que, « composées d'hommes venus de toutes les provinces de l'Empire romain, les communautés monastiques se présentèrent, dès l'origine, comme une réunion ôHétrangers sur laquelle l'évêque du lieu ne pouvait prétendre, selon l'antique discipline, qu'une juridiction limitée. En outre, fondées le plus souvent sur un terrain libre, en dehors des domaines de l'Eglise et pour une destination étrangère à la cléricature, elles étaient par le fait même exemptés de la direction suprême de l'Ordinaire, à laquelle étaient soumises alors toutes les propriétés ecclésiastiques de chaque diocèse ^ )>. Cette théorie ne peut évidemment s'appliquer ni au régime de la Gaule franque, ni à celui de la Normandie féodale. Il est vrai que le savant bénédictin reconnaît qu'il existe une autre source des exemptions : c'est la volonté expresse des fondateurs qui voulaient que les moines ne

* Revue des questions historiques, 1877, 44« livraison, p. 428. Cf. Annales ord. S. Bened , I. 38 i\ 40.

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reconnussent pour chef spirituel que leur abbé ; d'autres fois, le fondateur les plaçait sous la juridiction immédiate du Saint-Siège \ Thomassin a démontré longuement que, sous Gharlemagne et ses successeurs, les privilèges des monastères confirmés par les papes consistaient principalement à permettre aux moines d'élire leurs abbés etdedisposer librement de leur temporel ; que ces privilèges n'exemptaient pas généralement les abbayes de la juridiction ordinaire des évêques, et qu'après l'an mille, les privilèges donnés par les papes l'ont presque toujours été du consentement des évêques '. Nous adoptons pleinement les conclusions du savant oratorien.

Lorsqu'on veut connaître l'origine de l'exemption d'une abbaye, il convient surtout d'interroger les pièces officielles par lesquelles les fondateurs^, les évêques^ lepape*ont fixé

* Revue des questions histoinqu es ^ loc. cit. p. 4o4.

* Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de VEglise.Ul, 55. 75 et 90.

' On lit dans la charte de Richard !•' en faveur de Tabbaye de Fécamp : « Constituo etiam atque confîrmo, donante, concedente atqiie iaudante Roberto, Rothomagensi archiepiscopo, hanc ecclesiara in honore S. Trinitatis dicatam et duodecim ecclesias ad eam pertinentes, ab omni consuetudine episcopali iinmunes et libéras, quatenus nulli archiepiscopo futuro, in istis Iredecim ecclesiis, quicquam juste vel injuste doininationis aut exactionis concedatur, nisi quod Fiscannensis ecclesiae permiserit atque laudaverit universaliter conventus. » Neitstriapitty p. 208. Voir encore la longue énumération des exemptions et privilèges accordés par Richard II à l'abbaye du Mont Saint-Michel . (Ope7*a Lanfranci, édit. d'Achéry, p. 252).

* Lors de la fondation de la Sainte-Trinité de Caen, Eudes, évêque de Bayeux, lui accorda l'exemption en ces termes ; « Ad haec, episcopus Bajocensis Odo, interveniente gratia et dilectione nostra, praedictae S. Trinitatis ecclesiam cum atrio, abbatissam cura sanctimonialibus, omnem clerum in eodem loco servientem, universam familiam ejusdem ecclesiae cibo sustentatam, ab omni exactione pecuniae episcopalium liberam esse concedit, etc. » Neustria pia^ p. 661.

^ Dans une lettre adressée à Lanfranc, abbé de Saint-Etienne de Caen. Alexandre II s'exprime ainsi : a Monasterium tuum, quod in honorem B. prothomartyris Stephani a glorioso Willelmo principe Normannorum et victorioslssimo rege Anglorum, Cadomi construitur ac largitate possessionis ditatur, sub tutela et defensione sanctae Sedis apostolicae recipimus ; statuentes nuUum ecclesiastica seu saeculari praeditum dignitate, in rébus vel dispositione ejusdem monasterii aliquam habere potestatem. seu omne jus ipsius monasterii ad sollicitudinis tuae tuo-

EXEMPTION DE l'aBBAYE Î^19

les limites de leurs droits respectifs; et cette méthode est d'autant plus sûre que Tétendue et les conditions de l'exemption sont loin d'être identiques pour tous les monastères privilégiés.

Dans une lettre adressée à Anselme, entre les années 1091 et 1093 S Tarchevêque de Rouen, Guillaume Bonne-Ame, « considérant la très religieuse vie des frères et Thonneur dû à leur monastère », déclare que Tabbaye, la paroisse et les paroissiens du Bec seront affranchis à toujours de tous les droits épiscopaux-, sauf dans les cas où l'intervention directe de Tévèque est nécessaire, comme Tordination des moines et des clercs, la réconciliation des églises, Tinjonc-

'rumque successoruni studium decerniinus pertinere. Qui nimirum si alicujus episcopi molestia praegravatus tu vel successores tui fueritis, sanctamque Sedem apostoUcam appellaveritis, nulli uUerius episcoporum liceat contra vos litem provocare, donec causa vestra ante papam deferatur, ejusque judicio diffiûiatur ; et hac praesentis privilegii nostri pagina statuiiuus ut Bajocensis episcopus, pro qualibet abbatis vel monachorum culpa, praefatum monasterium non praesumat excommunicare, vel divinum in eo officium prohibere, etc. » Neustria pia, p. 640. Ces privilèges furent ratifiées par Rotrou archevêque de Rouen, en 1170. et par Henri évoque de Bayeux, en 1172. (/rf., p. 643- 646.)

* Le Gallia christiana place cette lettre à Tannée 1080 environ, (XI. Instrumenta, col, 17) ; les Annales bénédictines, en 1082, (V. ^75). C'est une erreur ; elle doit être placée entre les années 1091 et 1093, puisqu'on y trouve la signature de Serlon, élu évoque de Sées en 1091, et celle de Geoffroy, évoque de Coutances, mort en 1093. (Ord. Vital, III, 379; Gallia christiana^ XI, col. 872.)

* Les exactions justes et canoniques, dit Thomassin, que les évoques pouvaient exercer, étaient le droit de procuration pour eux et leur s^uite, le droit de cathédratique ou de synodatique, le tiers et le quart des dimes et des mortuaires, etc. (Ancienne et nouvelle discipline^ III, 41 et 51.) Le concile tenu à Lillebonne détermina un nombre considérable de droits épiscopaux. Tous les curés devaient venir en procession une fois l'an, vers la Pentecôte, à l'église cathédrale, et payer pour chaque maison un denier de cire, ou l'équivalent, pour le luminaire de l'église. Pour les crimes qui se commettaient dans les cimetières, la plupart des amendes leur appartenaient. Lorsque des églises avaient été données à des abbayes, le curé qu'elles y nommaient devait payer les droits ordinaires à l'évêque. Une quantité de crimes commis par des clercs ou par des laïques étaient punis par des amendes pécuniaires qui revenaient à l'évoque ; on pouvait les éviter en se soumettant volontairement à la pénitence. (D. Bessin, Concilia Rotomag. provins ciae, p. 67 ù 71.)

3i0 iKSTOiRK DE l'abbayi-: du bkc

tion ou Tabsolutioa des pénitences publiques et la pénitence occulte réservée à Tévèque, la distribution du chrême et de rhuile consacrée. En un mot, rarchevèque s'engage à exercer gratuitement, comme il convient, son ministère à Tégardde Tabbaye et de Tabbé. S41 se présente, dans la paroisse du Bec, une cause qui entraîne l'épreuve du fer chaud S il sera au choix de Tabbé d'ordonner que la procédure se fasse dans l'église cathédrale de Rouen, ou de prier l'archevêque d'envoyer à la paroisse du Bec le fer servant au jugement par ses

, * « Si ferri judicium fuerit judicatum, ante matrem ecclesiam terminetur M, dit le canon XXXIX du concile deXillebonne. (D. Bessin, loc. cit.. p. 71.) L'épreuve du fer chaud a été très fréquemment employée au moyen âge. Pour ce qui est de la Normandie, il en est question dans le décret sur la trêve de Dieu porté par l'assemblée tenue à Caen, en i042, par Guillaume le Bâtard et les évêques de la province . « Si quis autem se pacem nescienter dixerit infregisse, prius sacramentum faciat, calidumque judicii ferrum portet. » (D. Bessin, loc. cil,, p. 39.) L'instrument était» soit une barre de fer, soit des socs de charrue, soit un gantelet. Tel était, d'après un pontifical du \* siècle, conservé ù Jumiéges, le rite de cette épreuve : « Ferrum proferatur quod a culpato coram omnibus accipiatur et per mensuram novem pedum portetur; manus sigilletur, sub sigillo servetur, et post tresnoclesaperiatur, et si mundus est, Deo gratuletur ; si autem saniescrudescens in vestigio ferri inveniatur. culpabilis et immundus reputetur. » (Cité dans D. Bessin, loc. cit. p. 40.) Le fer de justice, ferrum judiciaîe, était bénit par Tévêque et conservé dans les églises et les monastères qui avaient le privilège de cette justice. Il en existait un, de temps immémorial, à l'abbaye de Saint- Wandrille. Un moine naïf, de la fin du xi« siècle, ne sachant ce qu'était ce morceau de fer, l'avait approprié à d'autres usages, in alias usus iransformavit. On demanda à l'archevêque d'en bénir un autre. (D. Bessin, loc. cil,, p. 76.) Orderic Vital a donné le récit de l'épreuve dufer chaud à laquelle fut soumis Guillaume Pantoul, faussement accusé du meurtre de Mabiile de Mongommery, assassinée le 5 décembre 1082 par Hugues d*lgé. « Tandem, multorum definitione optimatum praefixum est in curia régis ut culpatus vir, ad abstergendum nefarii maculam facinoris. apud Rotomagum in praesentia cleri subiret candentis examen chalybis. Quod ita factum est. Scintillans ferrum nuda manu portavit, Deique nutu non adustus apparuit, et indè clerus cum tota plèbe alta voce Deum laudavit. Malivoli hostes armati aderant ad spectaculum, ut si reus deprehenderetur per ignis judicium, continuo reatus, amputato rei capite, puniretur pergladium. » Ord. Vital. Il, 433 et 4t1. Le jugement par le fer rouge disparut entièrement pendant le xiii« siècle. « Les actes de l'Échiquier mentionnent pour la dernière fois le jugement du fer chaud en 1213, et à partir de cette époque on ne rencontre plus de trace de l'emploi des ordalies dans cette province. » E. J. Tardif, Coutumiers de Normandie ^ p. LXXIl, Rouen. i891.

EXEMPTION Dfc: l'aBBAYË 3^1

officiers qui jugeront la cause ; les amendes éventuelles demeureront toujours au profit de Tabbé. Le curé de la paroisse du Bec devra comparaître au synode et se trouver présent à la lecture des ordonnances prescrites par Tarchevéque K Dans toutes les autres paroisses appartenant à à l'abbaye et situées dans le diocèse de Rouen, les domestiques laïques du monastère qui no possèdent ni terres, ni maisons, seront seuls exempts de la juridiction épiscopale; toutefois, si quelqu'une de ces personnes reconnues exemptes se rend coupable contre la religion chrétienne, et que Tabbé du Bec tarde à faire la correction, Tarchevèque l'avertira d'abord de punir ; s'il refuse de le faire, l'archevêque punira lui-même.

En retour de ces concessions, l'archevêque exigeait que, lorsque l'invitation lui en aurait été faite, et à moins d'excuse légitime, l'abbé vînt à Rouen le jour de la dédicace de l'église cathédrale ; il serait hébergé aux frais du prélat, assisterait au chœur à la messe célébrée par l'archevêque, et si l'archevêque ne la célébrait pas, l'abbé officierait à sa place.

De leur côté, l'abbé et les religieux, renonçant à plusieurs causes alors en litige, consentirent à ce que l'archevêque percevrait les droits épiscopaux dans toutes les paroisses qu'ils possédaient ou viendraient à posséder dans le diocèse de Rouen *.

Guillaume voulut environner de toute la solennité possible l'octroi de ces privilèges ; la lettre fut en effet signée par le duc de Normandie, Robert Courte-Heuse, les évêques de Bayeux, d'Evreux, de Goutances, de Sées, de Durham; les abbés de Saint- Wandrille, de Saint-Ouende Rouen, de Saint- Etienne de Caen, de Saint-Pierre-sur-Dives, de Cérisy, de Cormeilles; par Guillaume, comte d'Evreux, Robert, comte de

* Le passage relatif au synode manque dans les textes imprimés, mais il se trouve dans le Recueil de D, Jouvelin, Bibl. nat. lat. 13905, f-52.

« BibL nat. lat. 43905, f«52; Opéra Lanfranci, édit. d'Acher>', p. 242; Gallia christiana, XL Instrumenta, col. 17 et 18.

Meulan, Robert de Montfort, Guillaume et Gilbert Crespin, Raoul de Gonches et autres ^

Dans une lettre adressée à Urbain II *, Anselme n'étant encore qu'abbé du Bec, s'était empressé de recommander au pape son monastère, de fondation récente^ et qui ne jouissait encore d'aucun privilège apostolique ; il le priait de lui accorder sa bienveillance et sa protection contre les entreprises de certains prélats. « Vous n'ignorez pas, ajoutait Anselme, qu'il y a bon nombre d'évêques qui s'emploient non pas tant à protéger les monastères de leur sollicitude paternelle, qu'à les accabler en quelque sorte du poids de leur domination sévère et du joug de leur volonté propre. Ce n'est pas cependant ce que nous avons à redouter du paternel gouvernement de notre fidèle ami Guillaume, archevêque de Rouen ^ ». Cette supplique doit être antérieure à la lettre d'exemption accordée par l'archevêque Ronne-Ame ; car s'il ne se fût agi que de faire approuver et confirmer le privilège de 1092, Anselme l'eût dit clairement, tandis qu'il ne se sert que de termes vagues, exprimant des désirs qu'il ne formule pas, remettant le tout à la volonté du pape.

Bien qu'il témoignât, en toute occasion, une grande affection à l'abbé du Bec, Urbain II n'accorda aucun privilège au monastère ; ce fut sans doute le motif pour lequel

* Toutes ces signatures manquent dans les textes imprimés, mais elles se trouvent dans le Recueil de D. Jouvelin, loc. cit.

- l'rbain 11 fut élu le 15 mars 1088.

' Epist. H, 33. Guillaume Bonne-Ame, ancien moine du Bec, paraît avoir montré en toute circonstance une grande bicnveillancce à Tégard de l'abbaye, où il avait étudié sous Lanfranc. Il n'était pas toujours d'aussi facile composition, comme le prouve sa conduite à Tégard des religieux de Fécamp qu'il prétendait sovimettre à l'interdit qu'il avait jeté sur la Normandie en 1089. Dès le commencement de son épiscopat, un grave conflit s'était élevé entre lui et Gerbert. abbé de Saint- Wandrille, au sujet de l'exemption de quatre paroisses dépendant de ce monastère. La cause fut jugée au profit de l'abbé dans une assemblée solennelle d'évêques, d'abbés et de barons normands tenue à Oissel, le 5 septembre 1082, en présence de Guillaume le Conquérant. C'est dans cette assemblée qu'il fut question du fer judiciaire, /"crrM/w/Mrficti, de l'abbaye de Saint-Wandrille. (D. Pommeraye, Sanclae Rotomag, ecclesiae concilia j p. 110.)

EXEMPTION DE l' ABBAYE 323

Anselme se retourna vers rarchevêquede Rouen et en obtint Texemption dont nous venons de parler.

Ce privilège, reconnu d'abord par Tarchevêque Hugues d'Amiens et son chapitre, le 12 juin 1141*, fut confirmé par le pape Alexandre III dans une lettre datée de Bénévent, le 7 janvier 11 71 \

Une bulle dé Gélestin III, donnée à Rome, le 17 novembre 1196, vint étendre considérablement les prérogatives spirituelles de l'abbaye. Le souverain pontife déclare qu'il place sous la protection de saint Pierre et sous sa propre garde l'abbaye, ses personnes et ses biens présents et à venir. Il défend à tout archevêque, évêque, archidiacre, doyen ou autre personne ecclésiastique de rang supérieur ou inférieur, et même à un légat, à moins d'avoir reçu une commission spéciale, de lancer aucune sentence de suspense, d'interdit ou d'excommunication sur le monastère^ les églises et les biens qui en dépendent, ni sur ceux qui les gardent ou les administrent^.

J Bibl. nat. lai. 13905, f» 90; Opéra Lan f ranci, édit. dWchéry. p. 242.

* Bibl. nat. lai. 128H4, V 230. Jaffé place cette bulle entre les années 1168 et 1170. [Regesta pontif rom.. n» 7796, p. 727.) Voici les termes de la bulle : « Ex rescripto quarumdam litterarum bonae memoriae Willelmi quondam Rothomagensis archiepiscopi, nobis innotuit quod ipse vobis et monasterio vestro, necnon et iilius parochiae nuiltas Ubertates concessit, et ecclesiam ipsam cum parochia sua ab omni cpiscopali exactione absolvit, sicut in ejus scripto exinde facto noscitur plenius contineri; cujus siquidem concessionem nos, sicut rationabiliter facta est et in authenticum scriptum redacta, ratam habentes, authoritate apostolica confirmamus, et praesentis scripti patrocinio

communimus Datum Beneventi, septimo idus januarii. » Opéra

i^anfranci, édit. d'Achérj-, p. 242.

' On fut, pendant le moyen âge, fort prodigue d'excommunications, et chaque supérieur ne se privait guère d'excommunier ceux qui lui désobéissaient. 11 est vrai que le mot d'excommunication, très gros en soi, ne signifiait souvent qu'une exclusion temporaire des sacrements. C'était un abus qu'on a peine à se figurer aujourd'hui. Les archidiacres et les doyens profitaient dé leurs visites paroissiales pour s'arrêter à |'a.bbaye du Bec ou dans les maisons de sa dépendance et s'y faire héberger copieusement, aux frais des religieux. Si la réception ne leur paraissait pas digne du personnage qu'ils étaient, une excommunication ou une suspense était aussitôt lancée contre les moines du lieu. I>aos une bulle du 29 octobre 1162, le pape Alexandre III déclara

Il sauvegarde contre toute ingérence ecclésiastique ou laïque le droit de présentation aux églises que possèdent les religieux ; le déport leur appartiendra jusqu'à ce que le titulaire présenté par eux soit institué canoniquement par Tévêque diocésain. Quant au revenu de ces églises, dans quelque diocèse qu'elles soient situées, la communauté en aura la pleine et entière disposition pour l'assistance des pauvres et Thébergement des hôtes.

Lorsqu'un interdit général aura été jeté, les religieux pourront célébrer Tofûce divin les portes closes, sans sonner les cloches, et après avoir fait sortir les excommuniés et les interdits reconnus pour tels *. Il sera libre à quiconque, s'il en a la dévotion ou la volonté, de se faire enterrer dans l'abbaye sans que personne puisse s'y opposer*.

Conformément à la règle de saint Benoit et à l'usage déjà ancien du monastère, l'abbé pourra, pour des motifs vala-

qu'à l'avenir toutes les peines portées pour des motifs semblables seraient nulles et non avenues. Les termes de la bulle sont intéressants à rapporter. « Pervenit autem ad nos quod cum archidiaconi et decani ad domos vestras hoâpitandi frequentius occasione divertunt^ nisi secundum voluntatem suam superflua et delicata fercula eis fuerint praeferata, statim in monachos ejusdem loci excommunicationis sententiam vel interdicti promulgant, quam donec eis pecunia vel alio modo satisfaçtum fuerit, non permittuntaliquatenus relaxari. Quia ergo praelati vel alii quos ad caritatem in vestris domibus recipitis edentes et bibentes quae apud vos sunt. si obedientes fuerint veritati, his tantum debent esse contenti : authoritate vobis apostolica duximus indulgendum, quod si memorati archidiaconi vel decani ad domos vestras causa déclina verint hospitandi, ultra quam fuerit justum et honestum a vobis non debeant aliquid extorquere, et si contra juris ordinem quandiu in praesentia sui eplscopi cum eis super hoc ordine judiciario volueritis experiri, sententiam in vos tulerint. illam decernimus firmitate carere. » Bibl. nat. lat. 12884, f 226 v : et lat 13905. f» 2.

* Célestin III accorda, en 1194, un privilège semblable au chapitre de Rouen. (D. Bessin, Concilia Rotom. provinciae, II, 35).

' En 1170, Richard de la Poterie ayant été inhumé au Bec, son frère Matthieu donne aux religieux un vavasseur nommé Simon le FranceiSy avec tout son tènement sis à Emalleville, libre de toute redevance, aide ou taille. En M94, Hugues de Beauchamp, trois jours après l'enterrement de son frère qui avait eu lieu à l'abbaye, donne trois hôtes avec leurs tènements exempts de toute taille, (Bibl. nat., lat. 12884, f» 230 V et 252.) Sur l'inhumation des séculiers dans l'église ou le cloître de l'abbaye, voir le chapitre extrait du Liber usuum Beccensium, dans D. Martène. De antiquis monachorum ritibus^ lib. V. cap. xv, n» 5.

bles, rappeler les religieux vivant dans les prieurés et les remplacer par ceux qu'il jugera à propos. Aucun ecclésiastique séculier, aucun laïque ne pourra assister à l'élection de Tabbé, à moins qu'il n'en ait été requis par tous les religieux, ou par la majeure et la plus saine partie de la communauté. Après l'élection, l'abbé sera présenté à Tévéque diocésain ; si l'ordinaire, par mauvaise volonté évidente, diffère de le confirmer et de lui donner la bénédiction, l'abbé ira trouver quelque autre évèque catholique, en communion avec le Saint-Siège, et tâchera d'obtenir de lui ce qu'il demande.

Il est interdit à qui que ce soit d'ériger, sans le consentement des religieux, un oratoire ou une église sur le territoire des paroisses qui leur appartiennent, ni d'exiger ou d'extorquer des dîmes sur leurs novales, les fruits de leurs jardins, ou sur leurs bêles.

Le pape défend à tout archevêque, évêque, archidiacre, doyen et même au légat apostolique, d'exiger aucune procuration soit à l'intérieur, soit au dehors de l'abbaye ; il est également interdit à ces mêmes personnages ou à leurs officiers de citer les religieux devant leur cour de justice pour quelque cause que ce soit, sans une commission spéciale du siège apostolique. Si les religieux ont à soutenir quelque procès, les juges désignés par le souverain-pontife sont, sur le continent, les abbés de Saint-Victor et de Sainte- Geneviève et le chantre de Paris, et pour les pays d'outremer, les abbés de Westminster, de Saint- Alban et de Saint- Edmond '.

* Bibl. nat, lat. 12884, f« 254 v» : lat. 13905, f« 1 ; Opéra Lanfranci. cdit. d'Achéry, p. 242. Nous avons reproduit presque intégralement la bulle de Célestin III parce qu'elle résume et complète les privilèges accordés antérieurement par les papes à l'abbaye . Le 25 octobre \ \ 7i)-, Alexandre III reconnaît et confirme les droits des religieux relatifs à la présentation aux cures ou paroisses de leur dépendance, et à la sépulture des fidèles dans l'abbaye ; le privilège de célébrer l'office divin, les portes closes, en temps d'interdit général ; contre les excommunications portées sans causes manifestes et valables, etc. (Bibl. nat., lat. 12884, f- 240 V*). Lucius III accorda également aux religieux du Bec deux bulles de confirmation de leurs privilèges, Tune le 7 février 1183, l'autre en l'année 1185. (Bibl. nat., /«/. f» ei3 et 2S5; et lat. I3y0o,f«'2 v^.)

Un cartulaire pourrait seul donner une idée exacte et complète du nombre extraordinaire des églises, domaines, flefs, droits, usages, etc., qui furent donnés à Tabbaye du xi^ au xiii^ siècle. A défaut de ce recueil, dont la publication mériterait d'être entreprise, nous essaierons de grouper sous les yeux du lecteur les donations les plus importantes, et d'analyser les documents qui peuvent fournir une utile contribution à Thistoire féodale et monastique du royaume anglo-normand.

On a vu qu'après avoir fondé son monastère en 1034, llerluin lui avait donné tout ce qu'il possédait, à savoir, un tiers de la terre de Bonneville et ses appartenances ', sa part de Théritage paternel àQuevilly et àSurcy, et la totalité de la terre de Cernay, qui avait constitué la dot de sa mère.

Vers Tannée 1037, son frère Eudes donna à Tabbaye une terre qu'il avait à Etretat, et, sa part sur Téglise et la dime de Bonneville. Herluin lui racheta ce qui lui appartenait sur les églises de Quevilly et de Surcy ^.

Roger, son troisième frère, vendit pour le prix d'un cheval estimé 100 sols sa part aliodiale de Bonneville et de Quevilly '. En outre, Eudes et Roger étaient sujets à certains services

* Dans le Chronicon Beccense de D. Thibault on lit: « Herluinus... tertiam partem Burnevillae, Surcei. Tavillci, totiusque inanerii quod habebat mater ejus in Malavilla. w Bibl. nat.. lat, 12884, f« 82. Ce que la mère d'Ucrluin possédait à Malleville n'était sans doute qu'une extension du petit domaine de Bonneville. Cf. : lat. 13905, f* lia.

* « Idem abbas Herluinus émit a fratre suo Odone dimidiam partem erclesiae de Surcei cum décima sua et possessionem presbyterilV libris denariorum... Signum Odonis fratris ejusdem abbatis qui terram quam habuit in Estmtat, et cam partem quam habuit in ecclesia de Burne- ▼illa et décima ejusdem cum filio suo donavit eidem coenobio. Partem quam habebat idem Odo in ecclesia et décima Chivelei et Surcei émit praediclus domnus abbas ab eo in praedium ccclesiae S. Mariae. m Bibl. nat. lat. 13905, f*» 22; et lat. 1288i, f« 5.

^ « Rogerius vendidit frairi suo domno Ileriuino abbati quicquid alodii habuit in Burnevilla et Cavilleio, acceplo pro prelio ib eo equo un<» centuni solidis apprctiato. » Bibl. nat. lat. 12884, f» 176 v». — « Signum Bogerii de concambio tellurum Surcei et Burnevillae ad opus S. Mariae Beccensis coenobii, et de emptione molendini IV libris. » Bibl. nat. lat. 13905. f» 22.

pour leurs alleux; le comte de Brionne, Gilbert, en fit l'abandon en faveur du monastère ^

Un beau-frère d'Herluin, Baudri, donna à Tabbaye tout ce qu'il possédait à Seryaville '. Mais il paraît qu'il donna plus qu*il ne possédait en réalité, et ses frères, Raoul et Roger consentirent à renoncer à la part qu'ils tenaient de Baudri sur le fief de la Ferté ^.

Gilbert, comte de Brionne, donna aux religieux la pêche de Pont-Autou, les prés d'Antouel*, la forêt et la terre de Malleville et le moulin de Norman ^.

Vers Tannée 1080, Gui de Bourgogne, comte de Brionne, fit don à Tabbaye du Parc ou bois du Mont-Maie, de la partie de la forêt de Brionne limitée par le chemin qui va de

* « Servitia et coasuetudines quihus servire et quas pro alodiis suis consueverunt dare Odo et llogerius fratres dotnni Herluini abbatis, cidem Bcccensi ecclesiae couies Gislebertus dédit. Huic dono auctoritas Widonis coiuitis successoris ejus post murteni cjus accessit. » Bibi. mit. i3905, r* 22 et 115 ; et lat. 12884. f^o.

* « Addidit etiaiii Willelmus cornes, Roberti coniitis filius, t)innes consuetudines cuni debitis ciinctoruiu legum de Servartvilla quae fuit olini Baidrici, profcssi nunc ejusdem monasterii. » Bibl nat. lat. 13905. f<» 116 \'°. — « Baldricus quod habebat in Sarvavilia et Ermentruvilla in marchetboth. » {Id,, f» 115). Dans le ms. 12884, f* 82, il y a : marchetcsbot. Ce mot doit signiiicr un droit de boutique sur un marché. « Partem quaui cohaeredes Baidrici habebant in Servavilla cuui omnibus consuetudinibus de ipsa villa ad se pertincntibus. » Id., fo 115.

^ « Tempore quo Baldricus se suumque filium monachico ordinitradidil, donavit supradiclo coenobio quidquid terrae ad eum pertinebat de Servatvilla. Quod vero in eadem donatione plus dédit quam haberet, consanguinei sui llodulfus, Rogerius, Baidrici fratres, dimiserunt eapropter beneficium de castello cui nomen est Firmitas, quod Baldricus illis habere concessit. » Bibl. nat., lat. 13905, (• 22.

* Ancien nom d'Autou.

* « Eidem Beccensi ecclesiae donavit praedictus cornes Gislebertus piscationem de Ponte Alton et prata de Autoueil, et silvam et terram de Malavilla cum molendino Norraanni. » Bibl. nat., lat. 13905, f* 22. Le bois donné par Gilbert est une portion de la forêt de Brionne, dont il est parlé dans la Vita Herluini, édit. Giles, I, 268. La grande charte de Guillaume le Conquérant mentionne en ces termes les donations de Gilbert de Brionne : « Gislebertus cornes, servitia alodiorum fratrum Herluini abbatis, aquani Rislae a vadis usque sub Ponte Altoi, quod habebat in Malavilla, molendinum Normanni. •» Bibl. nat. lat. 13905. fo 115.

l'église de Saint-Martin du Parc jusqu'à la Neuville *, et de la pêcherie de la Risle depuis les gués jusqu'à Pont-Autou, avec la haute justice, le tonlieu et les autres coutumes attachées au domaine de la forêt et de la rivière^.

La grande charte que Guillaume le Conquérant accorda, croyons-nous, à l'occasion de la dédicace faite par Lanfranc le 33 octobre 1077, énumère, en les confirmant, les donations qui avaient été faites jusqu'à ce jour à l'abbaye. Nous citerons les principales, en suivant l'ordre observé dans la charte, et qui est probablement celui des dates '.

Hugues, fils de Vascelin, donna l'église de Preneuse, le tiers de la dîme, deux hôtes et la terre qu'il y avait en domaine ; Gilbert et Hugues, fils d'Oger, donnèrent les deux autres portions de la dîme et de Téglise de Preneuse ^.Âscelin,

' U se pourrait que ce fût cette donation que Guillaume le Conquérant confirma en ces termes : « Saepedicto monasterio tradidit Willelmus cornes Normanniae tantum de silva Brionnii quantum antea tenebat Robertus filius Ricucionis, per donum Widonis, teste et collaudante Willelmo filio Osberni cuiillud beneficium fuit et comiti reddidit, acceptis 20 libris ab flerluino abbate. Testes : Gislebertus Crispinus, Robertus de Curceio etc. » Bibl.nat. lat. 13905. ^ 116 v".

* « Ecclesiae Beccensis fratrum omnium orationibus se commendanst donavit Wido Brionensis comes tantum de vicina silva quantum séparât ex parte ipsius monasterii via ducta ab ecclesia S. Martini et cryptam Sensegi (?) usque ad Novamvillam : in hac traditione simul donavit aquam a loco qui Parcus dicitur usque ad eum locum ubi eadem aqua nascitur, cum sanguine et theloneis et omnibus consuetudinibus tam ad silvara quam ad aquam pertinentibus. Testibus : Ugolino (Bezelino) thelonario, Valterio de Montegomerico . Eidem quoque monasterio tradidit idem Wido comes agiam de Monte malo. Testes : Ivo clericus. Bassetus, Baldricus. • Bibl. nat. lat. i2884, f« 176 v* et lat. 13905, f 116 v.

' Nous traduisons le texte de la grande charte tel qu'il est donné par l). Jouvelin (Recueil, f» H.')) ; mais comme il en existe d'autres oiTrant de notables variantes, nous en ferons mention en note.

* « Hugo, filius Guazelini, ecclesiam de Frainusa cum sepultura et tertia parte decimae et duos hospites cum omnibus redditibus, terras, et pratorum ad se proprie pertinentium medietatem donavit ecclesiae Sanctae Mariae de Becco. Signum ejusdem Hugonis ; signum Willelmi Ebroirensis episcopi. » Bibl. nat. lat. 12684, f» 176 v». D. Thibault place cette donation vers 1050. — Les hôtes étaient des paysans qui ne jouissaient que d'un ténement assez restreint, une petit cabane, une cour et un jardin, le tout contenant à peine quelques acres. (L. Delisle. Eludes sur la condition de la classe agricole en Normandie, p. 8.;

EXEMPTION HE l'aBBAYË 320

fils de Roger, 1 église et la dime de Boissey, un hôte et une charruée de terre *. Roger de Beaumont, la dîme de la forêt de Brionne, sauf pour la partie qu'il avait donnée à l'église du Neubourg^. Jean, fils du comte Raoul, l'église et la dîme de Saint-Georges du Vièvre, la dîme du bourg, douze hôtes, la rivière, les maisons, et une île qui existait depuis le Pont-Autou jusqu'au moulin de Tévéque d'Avranches ^. Richard de Bienfaite, fils de Gilbert comte de Brionne^ les églises et les dîmes d'Orbec et de Bienfaite, Téglise de Lucy ^ la dime du tonlieu d'Orbec. Baudouin de Meules, son frère, la dîme du Bosc-Regnoult et une charruée de terre au Sap ^ Guillaume, fils de Giroie, la forêt de la Roussière et remplacement d'un moulin à Golleville *. Hugues de Bolbec, la

* D. Thibault place cette donation vers Tannée 1060 (lat. 12884, £• 117 V'). Boissey-le-Châtel, canton de Bourgtheroulde (Eure). On entendait généralement par charruée une terre de 60 acres. L. Deiïslej Etudes sur la condition, etc., p. 298 et 538.

* a Rogerius de Bcllomonte dédit omncm dcciinani quae ad Brionium pertinuit, concedente Willeimo comité Normaniae. » (Bibl. nat. lat. 12884, fo 177 V*). Roger de Beaumont, surnommé à la Barbe, parait avoir été le premier seigneur du Neubourg. Comme la forêt de Brionne proprement dite ne loi appartenait point alors, il doit s'agir d'une extension vers Beaumont ou le Neubourg, et qui dépendait de son domaine.

^ Le nom de Vièvre désignait une forêt qui s'étendait, au xi« siècle, depuis Saint-Etienne-rAUier jusqu'à la Risle. Cette donation est probablement celle que Jean, évêque d'Avranches, confirma en 1065 : a Johannes, episcopus Abricacensis. dédit terram Molberti cementarii, et terraui Walcodi de Livet, et decimam burgi quod est in Weuvra, et aquas et domos et insulam quae est a Ponte Altoo usque ad molendina episcopi Ebroicensis. (?) » (lat. 12884, f»177 v«). Jean, évêque d'Avranches, était (ils d'un frère utérin de Richard If, Raoul, seigneur de Bayeux et d'Ivri. Ce fut à Jean qu'échut l'alleu de Saint-Philbert, qui prit plus tard le titre de baronnie: une partie en fut donnée à l'église d'Avranches. Guillaume le Bâtard confirma cette donation. Voir cette charte dans Le Prévost. Mémoires et notes, 111, 183.

* Lucy, canton de Neufchàtel (Seine-Inférieure).

" « Ex dono Balduini, filii comitis Gisleberti, terram suam de Pulleta juxta Sapum, cum omnibus hospitibus et pertincntiis . Et in Nova* villa, quasdam terras et decimam molendinorum suorum. et ecclesiam de Bosco-Ranulfi cum terra et décima etc. » (Lat. 13905, f« 117.}

* Guillaume, fils de Giroie, donna la Roussière en compensation du monastère de Saint-Evroul que lui et ses neveux venaient de rétablir. Voir : Ord. Vital, II, 17. Cet échange eut lieu vers Tannée 1050.

moitié du droit de moute au Bosc-Guérard ; Hugues de Gournay et sou fils Girard donnèrent leur domaine sis au même lieu, sauf le bois Ramier et celui sub domo RodtUfi. Guillaume de Breteuil confirma les donations de son père, à savoir : ce que tenaient de lui Roger fils d'Helgot, Robert fils d^Ebroin, Robert Manducans, Robert Recuchon ; ce qu'il possédait lui-même dans la banlieue de Brionne^ les arrière-fiefs donnés à Tabbaye par Guillaume Grespin ; enfin il donna une maison sise à Pont-Saint-Pierre avec toutes ses coutumes. Guillaume Grespin TAncien, Téglise de Blangy et la dîme du domaine qu'il y possédait, la dîme de ses moulins de Bernay, la dime d*une charmée de terre au FaulqS l'église de Livarot, avec la dîme de son domaine et de ses moulins, la dime des deniers du bourg d*Ëtrépagny, leGlo3-Blanchard^ la dîme de toutes les forêts qu'il avait en Normandie, 40 sols sur le tonlieu de Blangy et celui de Livarot, la sixième partie des moulins et la moitié de la forêt de Pacy, 100 sols sur Pacy *, 20 sur Etrcpagny et la dîme du blé de ce dernier domaine. Guillaume Grespin le Jeune, la dime du moulin et du domaine du Mesnil-Foubert '*,

* « On ne peut guère douter que, dès le xii* siècle, les héritages compris dans un certain rayon autour de quelques villes n'aient joui de privilèges. Mais nous ne les avons vus définis dans aucun titre du uiayen âge. » Eludes sur la condilion de la classe agtncole, p. 40. M. Delislc n*a pas cité Brionne au nombre des villes où il a reconnu rexistencc d'une banlieue antérieurement à la conquête de Philippe- Auguste.

- Le Faulq, canton de Blangy (Calvados).

* Le Clos-Blancard était situé à Longueville, ancien nom de Sainte Marcel, canton de Vernon (Eure). « Odardus de Vernone dédit consuetudines de Clauso Blancardi ; juxta Blancardum tantumdem terrae. v Latin 13903, f« 115 v". ~ « Fieffé faite à Guérin Jumault d'un clos de vigne nommé le Clos-Blanchard près Vernon pour 8 barils de vin de rente, en l'année 1365. » {Inventaire des lilres du Bec, Cinq cents Colbert, 190, p. 960.)

* Au mois de juillet de l'an 1200, pendant qu'il était à Evreux, Philippe-Auguste confirma aux moines du Bec ce qu'ils recevaient de la prévôté royale de Pacy, à savoir : 30 setiers de blé, moitié froment, moitié gros blé, sur les moulins du lieu, et 15 livres angevines, qu'il ordonna au bailli de Pacy de donner chaque année aux religieux, au tenue de Pâques, de même que les 30 setiers de blé. (Bibl. nat., lat. i288i. f 260: Neuslria pia, p. 483.)

* a In Maisnillo Fulberti. » C'est probablement le Mesnil-Hubert} can-

EXEMPTION DE L*ABBAYB 331

Fégiise et la dime de Drucourt, la moitié de Téglise et de la dîme de Bournainville ; Tautre moitié fut donnée par Richard, ûls de Rainfroi. Gilbert Dastin, Téglise et la dîme de Duranville. Gilbert, ûls de Renaud, 80 acres de terre labourable à Theil-Nolent. Gilbert Grespin, l'église, la dîme et le droit de moute à Theil-Nolent S Téglise Saint- Hilaire de Tilliëres avec la dîme de tous les revenus de la ville*, la moitié de la foire ou marché, le droit de pèche, une charmée de terre, la chapelle du château ; Téglise de Damville, la dime de tous les revenus et les foursdelaville'^ Guillaume, fils d^Ascelin, l'église et la dîme du Bo8C-Ascelin\ Foulques d'Aunou, une charruée de terre à Saint-Julien, un moulin, Téglise du Mesnil-Simon, et la terre que tenait Ivelin dans le même village ; Aubrée, sœur de Foulques, donna la terre des Groisilliers ^ Osmond le Fèvre, Fdher,

ton de Gacé (Orne). Dans la même charte que nous analysons, on lit encore : « Gislebertus Goult, 40 acras terrae in Maisnillo-IIerberti, concessu ejusdem Gisleberti Crispini. » MIS v«.

' Le Theil-Nolent avec Duranville, Bournainville et Drucourt formaient un riche domaine qui appartenait en grande partie, dans la première moitié du xr siècle, à Gilbert Grespin, marié à Gonnor, sœur de Fouques d'Aunou. Cependant, la famille Grespin ne possédait pas tout le domaine de Theil-Nolent, car on voit Hugues Pipart donner à l'abbaye le quart de Téglise, deux acres de terre et la dîme de ce qu'il y possédait. (Lat. 12884, f*» 83, et 13905. f 115.)

* « Le mot villa dans beaucoup de textes du moyen âge est bien eajbarrassant à traduire. Il désigne évidemment le même territoire que la paroisse, mais il s'applique aux rapports civils et féodaux, en opposition aux rapports religieux. » L. Delisle, Eludes sur la condition de la classe agricole, p. 148.

* Toutes les donations de la famille Grespin et de leurs vassaux furent confirmées par Goscelin Grespin et son fils Guillaume en li;)5. Le Chronicon Beccense de D. Thibault (lat. 12884, f« 21 5 v**) et le Recueil de D. Jouvelin (lat. 13905, f» 19 v») ne donnent qu'un extrait de la charte qui a été reproduit par M. Delisle dans son édition de la Chronique de Robert de Torigni. A cause de son intérêt, nous reproduisons intégralement cette charte d'après un document inédit. Voir l'appendice n» 6.

* L'abbaye ne conserva pas longtemps l'église du Bosc-Ascelin, car vers 1170, Roger Trousse bot en donnait le patronage au prieuré de Saint-Germain-le-Gaillard : cette donation fut confirmée quelques années après par l'évêque d'Evreux. Voir : Le Prévost, Mémoires et notes, 111, 165. Saint-NicoIas-du-Bosc-Ascelin a été réuni, en 1846, à la commune de la Saussaye (Eure).

* Saint-JuIien-de-Mailloc, canton d'Orbec ; le Mesnil-Simon, canton

de Vernon, quatre arpents de vignes, deux moulins, quatre gords * et une maison. Anquetil Grammaticus, sa femme et ses enfants donnent les coutumes qu'ils avaient à prendre sur les biens dudit Osmond. Guillaume de Vernon, tenant en chef, confirme ces donations, en y ajoutant quatre arpents de vignes dans le plant de Bucelan ^ et l'exemption du droit de travers sur l'étendue de sa châtellenie. Geoffroi de Bérou et sa sœur Agnès, l'église et la dîme de Damemarie ^; Roger Croc et ses frères, leur terre de Fourques et la dîme de leur terre de Nassandres^, tant en bois qu'en aunaie.

Les donations importantes, postérieures à l'année 1077 •, ne sont pas moins nombreuses *.

Au mois de septembre 1069, Hugues H, fils de Galeran I^% comte de Meulan, donna à l'abbaye le village de Tessancourt; il n'en céda, pour commencer, que la moitié, se réservant l'autre sa vie durant, s'il demeurait dans le siècle. Mais Hugues de Meulan prit l'habit religieux du temps d'Herluin. Cette donation fut solennellement confirmée par

de Lisieux, 2« section ; [es Groisilliers, canton de Cambremer (Calvados).

* On appelle gord un réservoir établi le long d'une rivière et où l'on conserve du poisson.

* Dans le cartulaire du Bec (feuillets 60 et 62 conservés aux Archives de l'Eure) il est question, au xui* siècle, de vignes situées au triage de Buselain ; c'est évidemment le même que a le tresle deBuisselain » que nomme plusieurs fois VInventaire des litres du Bec (article Vemon), p. 965 et 966.

* Geoffroi de Bérou et sa sœur firent encore d'autres donations à l'abbaye, a Ex dono Gaufridi de Berou et Agnetis sororis suae, ecclesiam de Donna-Maria cum terra et décima etc., et in villa de Plesseis duas carrucatas terrae et ecclesiam ejusdem villae, cum terra et décima et molta et furno. Item, ex dono ipsius Gaufridi, ecclesiam de Valle-David cum terra et décima. » (Ms. lat. 13905, f" 117). — Dame-Marie, canton de Breteuil ; le Plessis-Panlatte, canton de Damville; le Val-David, canton de Saint- And ré (Eure).

* Saint-Eloi et Saint-Paul-de-Fourques, canton de Brionnc ; Nassandres, canton de Beaumont-le-Roger (Eure).

* La grande charte de Guillaume le Conquérant se trouve dans le ms. lat. 13905, f» 115. Le Chronicon Beccense aucl.et ill. en donne de nombreux extraits, lat. 12885, f« 82, 176 vo, 177 et 177 v°.

* Plusieurs d'entre elles, sans date, sont énumérécs dans le Recueil de D. Jouvelin, lat. 13905, f» 117 et 117 v».

KXEMPTÎON DK l' ABBAYE '^tW

le roi de France, Philippe F, au château de Poissy, en présence des seigneurs de la cour *.

Galon de Flavacourl fit don, en 1080, de tout ce qu'il possédait à Liancourt, à savoir : la dîme et Taitre de l'église, aliare et atrium^ le quart de la ville, la moitié du vîcomtage et de la voierie, et le bois de Flavacourt *.

En 1083, Teduin et Marsilie sa femme donnèrent l'église de Morainvilliers, avec le tiers de la dîme ^,

Cette même année, Hugues, vicomte de Mantes, confirma, du consentement de son fils Hilduin, la donation faite par sa sœur, vicedomina de Gerberoy, de toute la terre de Ghérences et du bois de Folleinval. Ce domaine avait été précédemment donné par Hugues à sa sœur^ lorsqu'elle avait épousé Hardouin, vidame vtcedommitô de Gerberoy. Comme cette dame n'avait point de sceau, Hugues scella du sien propre cette donation, qui se fit dans l'église de Saint-Martin de la Garenne, en présence de Gilbert, frère de Guillaume Crespin, de Hugues Villanus et de GeoiFroi de Marbot que l'abbé du Bec, Anselme, avait envoyés pour le représenter*.

En 1095, Herluin, fils d'Helgot, donna, du consentement d'Ombeline, sa femme, et de leur fils et héritier Hugues, les

* Bibl. nat. lat, 12884. f« 36 v» et 13905, f« 97. Sur Hugues de Meulan, moine du Bec, voir : Ord. Vital, II, 14. — Tessancourt, canton de Meulan (Seine -et-Oise).

* Cette donation fut faite en faveur des religieux du Bec « apud Lajencort manentibus et mansuris ». Ms. lat. 12884, f» 65 ; voir encore le même (ad annum 1175, f» 236). Liancourt, canton de Chaumont-en- Vexin (Oise).

' Bibl. nat. lat. 12884, f» 69 v<». Gf : Inventaire des titres du Bet\ Cinq cents Colbert 190, p. 1179. En 1197, les religieux avaient nommé à la cure de Morainvilliers, Gamier, chapelain de l'évêque de Chartres, et lui avaient laissé toutes leurs dîmes moyennant une rente annuelle de trois muids de grain, moitié en blé, moitié en avoine, payables à l'automne, au prieuré de Saint-Cosme-de-Meuian. A la mort de Gamier, les dîmes devaient faire retour intégralement à l'abbaye. C'est ce que reconnaît une lettre de Regnaud, évêque de Chartres, en date du 20 novembre 1197 (lat. 12884, f» 256 vo). Morainvilliers, canton de Poissy (Seine-et-Oise).

^ Bibl. nat. lat. 13905, f« 86. a II y avait, ajoute D.Jouvelin, des moines du Bec à Chérences en 1210 ; ce n'est plus un prieuré. » Chérences, canton de Magny (Seine-et-Oise).

églises de Notre-Dame de Fouqueville et de Saiat-Pierre du Val-sur-Croisset, avec le patronage, les dîmes et tous autres droits. En reconnaissance de cette importante donation, Tabbé Guillaume de Beaumont et les religieux remirent aux donateurs 100 sols roumois et les reçurent dans la fraternité du Bec. Hugues, fils d'Helgot, confirma, en 1098, la donation des église de Fouqueville et de Saint-Pierre du Val et reçut également de la part des religieux 100 sols de Rouen'.

Osbern de Glocester donna, en 1097, trente acres de terre labourable, et huit hôtes avec leurs tenements à Romilly, près le Pont-Saint-Pierre *.

Pendant qu'Anselme demeurait à Tabbaye, en 1106, attendant l'heure de son départ pour l'Angleterre, l'envoyé du roi, Guillaume de Warlevast, qui devint évéque d'Exeter, donna à l'abbé Guillaume de Beaumont et aux religieux toutes les vignes qu'il possédait à Beuvron, ainsi que celles qu'il avait achetées à Robert de Beaufou et à d'autres, et deux jardins exempts de toute redevance. Cette donation eut lieu en présence de l'archevêque de Cantorbéry ^.

En 1117, Guillaume Malet donna une terre située au Mesnil-Joscelin ; cette donation fut confirmée, en 1130, par son parent Gilbert Crespin ^. Guillaume Malet donna encore

« Bibl. nat. lat. 12884, f« 97 et 104. Fouqueville, canton d'AmfrevilJela-Campagne (Eure). SUr les roumois, ou monnaie de Rouen, voir : L. Delisle, Des revenus publics en Normandie au XII* siècle. (Bibl. de l'École des chartes, 1849, p. 178 et suiv.).

* Bibl. nat. lat. 12884, f» 102, et Inv. des titres du Bec, p. 989 et 1771.

' Bibl. nat. lat. 12884, f<» 123 v». Beuvron. canton de Cambremer (Calvados). Sur les vignobles de la vallée de la Dive, voir L. Delisle, Eludes sur la condition de la classe agricole, p. 437 à 441 .

* Robert Malet avait déjà donné « sedem unius molendini in Mais nillo Goscelini, et acrani terrae, et viam ad molendinuin. » (Grande charte de Guillaume le Conquérant, ms. lat. 1390K, f» 116). Sur la donation de Guillaume Malet, voir ras. lat. 12S84, f<> 163 et 175 v°. En 1117. Guillaume Malet donne à l'abbaye du Bec, « pro filio suo Willelmo, qui factus est monachus Becci.... pro sainte animae suae et conjugis et liberonim suorum, et pro anima patris et matris suae et fratris sui Roberti..., in episcopatu Ebroicensi, juxta Carentonam fluvium.terram quae vocatur Maisnillum Jnscelini. » Bibl. nat. lat. 1390'3,f» 21 v». Cf : Robert de Torigni, Chronique, 1, 138.

EXEMPTION DE L'ABBAYK H35

en 1121 Téglise de Conteville ; Henri I", roi d'Angleterre, confirma la donation en présence de sa femme Adélaïde de Louvain, de Guillaume, évêque de Winchester, de Roger, évêque de Salisbury, de Renouf, chancelier du roi, de Dreu AeMoachi^de Munceio^de Gautier, Ois de Richard, de Hugues de Gournay, de Galeran, comte de Meulan, et de Robert, comte de Leicester\

Le xii° siècle vit naître et grandir Timmense domaine que Tabbaye possédait à Marbeuf, au sein des riches plaines du Neubourg. Vers la fin du xi^ siècle, la seigneurie de Marbeuf appartenait à Thibaut, surnommé Payen, seigneur de Gisors et de Neaufles, lequel, antérieurement à Tannée 1077, en avait donné la dîme à Tabbaye *. Marguerite, sa fille, porta Marbeuf dans une autre maison en épousant, en 1140, Jean de Trie, qui ne reçut cette seigneurie qu*à la charge de la tenir des seigneurs de Gisors*. Vers 1170, Ode de

* La charte originale d'Henri I" est conservée aux Archives de TEure, H, 28; le texte en a été reproduit par D. Jouvelin, lat. 13905, f« 45. Conteville, canton de Bourguébus (Calvados).

* « Paganus de Neelfa. decimam quam habebat in suo dominio de Marbuehe. » (Grande charte de Guillaume le Conquérant, Bibl. nat., lat. 13905, ^ 116). — o En lliO, les religieux du Bec faisaient construire une maison et une grange à Marbeuf. » Le Prévost, Mém. et noies, IL 378. Les évêques d'Evreux, Ouen en llâ6, et Rotrou en 1159, conûrmèrent les dîmes que le Bec possédait à Marbeuf; la charte de Rotrou affirme môme que les églises de Marbeuf avaient été données par Hugues et Payen de Gisors à l'abbaye du Bec. (Bibl. nat., lat. 13905, fo 53.)

' Jean de Trie, après avoir usurpé les droits du Bec sur les églises et les dîmes de Marbeuf, les remit aux mains de l'évoque d'Evreux Rotrou, lequel les rendit aux religieux, en 1159, ainsi que le prouve la charte suivante : « Sciant omnes haec legentes vel audientes quod ego Rotrodus, Dei gratia Ebroicensis episcopus. concessi Dec et Sanctae Mariae Becci ecciesias de Marbodio cum duabus partibus earum decimarum ad easdeni ecciesias pertinentium, et duabus altaris partibus tribus festis per annum scilicet Pascha, Nativitate Domini, et festivitate Omnium Sanctorum. Quas ecciesias Johannes, filius Hugonis de Gisorz, reddidit in manus meas. quas({ue Hugo pater et Paganus avus ipsius antea dederunt ecclesiae Bccci. Haec autem concessimus ut post mortem eorum sacerdotum qui dictis ecclesiis deserviebant quando haec nostra donatio facta est, Hugonis scilicet et Fulconis fratris ipsius, habeat ecclesia Becci in perpetuum, ut praedictuni est. duas partes omnium decimarum. Defunctis autem sacerdotibus, praesentabit ecclesia Becci episcopo Ebroicensi presbiteros eisdem ecclesiis servituros. Actum

8Hr> HISTOIRE DR L'aBBAYE DU BEC

Trie, femme de Thomas de Tournebu, et sa sœur Idoine, femme de Guillaume de Garlande, devinrent, au droit de leur mère, dames de Marbeuf par portions inégales^ Déjà les Garlande '^ possédaient des biens à Marbeuf. Simon, comte d'Evreux, avait donné à Guillaume P' de Garlande le droitde taille assis sur son fief situé àMarbcuf ''; cette donation fut reportée à l'abbaye du Bec par Guillaume, qui, en 1122, donna encore aux religieux, en pure et perpétuelle aumône, son domaine et son manoir de Marbeuf et le droit de patronage sur les églises de Marbeuf et de Saint-Aubin d'Ëcrosville K Ce fut sou Qls Guillaume II de Garlande qui épousa Idoine de Trie^ Thomas de Tournebu, du consentement d'Ode et de leurs fils, renonça à toute prétention et revendication sur les églises de Marbeuf et leurs dépendances ; il conOrma en outre toutes les donations précédemment faites par ses hommes à Tabbaye. Cette charte fut souscrite au

est hoc anno incarnati Verbi 1159, praesentibus fratribus et canonicis nostris, Daniele capellano nostro, Herberto et Rotrodo. u Bibl. nat., lat. 13905, fo 53.

* Le Prévost, Mémoires el noteg, II, 377.

* Un GuiUaume de Garlande, « Francorum princeps militiae», assiste à la bataille de Brémulle, le 20 août 1119. (Ord. Vital, IV, 358.)

^ Le Prévost, Mém. et notes, II, 378; Inventaire des titres du Bec, Cinq cents Golbert, 190, p. 860, cote 93.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 166 vo; Inventaire des titres du Bec, Cinq cents Colbert, 190. p. 860, cotes 94 à 96.

* Il faudrait distinguer trois Guillaume de Garlande, car il parait inadmissible que le Guillaume de Garlande de 1122 soit le mari d'Idoine de Trie, laquelle vivait en 1193, et dont la sœur. Ode de Trie, aurait épousé Thomas de Tournebu vers 1170. Il y a pourtant une difficulté à cela : dans la donation de Guillaume de Garlande en 1122, on voit figurer Idoine sa femme. La date de 1122 est-elle certaine? D.Thibault, qui analyse la charte en quelques lignes, a-t-il bien lu le texte qu'il avait sous les yeux? J'avoue ne pas savoir comment expliquer ce problème. La généalogie des Garlande est fort embrouillée ; non seulement les Mémoires et notes de Le Prévost ne font pas grande lumière, mais déjà, au siècle dernier, D. Jouvelin avait trouvé la difficulté sérieuse et n'avait abouti qu'à cette conclusion, plus inacceptable que mon hypothèse des trois Garlande, à savoir : que Idoine épousa en premières noces Thomas de Tournebu, et en secondes Jean de Garlande. {WM. nat., lat. 13905, f^ 53 v»). Gf : Mémoires de la Soc. hist. et arck. de Pontoise, t. xx, 1898, p. 123.

EXEMPTION DE I/aBBAYE 337

Bec, en 1181, sous Osbern abbé et Eustache prieuré Le !23 février 1193, Idoine, veuve de Guillaume II de 6ar lande, confirma aux religieux tout ce qu'elle possédait à titre héréditaire sur les églises de Saint-Christophe de Marbeuf et de Saint-Aubin d'Ecrosville, et les chapelles de Crosville et de Faipou qui en dépendaient; elle y ajouta la dime desessarts faits ou à faire dans le Grand-Bois, et un muid de froment à prendre sur la terre des Buissons. En reconnaissance des donations de Guillaume de Garlande et de sa femme, l'abbé du Bec promit qu'un moine serait chargé à perpétuité de prier pour leur salut et celui de leurs descendants ^. Le 5 mars de la même année, Guillaume III de Garlande, investi du consentement de ses frères Robert et Thibaut, conQrma cette donation que Jean de Gisors, fils de Hugues, tenant en chef, venait lui-même de ratifier ^.

La famille de Gournay se signala de tout temps par de riches donations tant en Normandie qu'en Angleterre. On a vu que Hugues P^ avait donné à l'abbaye tout ce qu'il possédaitau Bosc-Guérard, c'est-à-dire un domaine considérable*. Dans la correspondance de saint Anselme, il est plusieurs fois question de ce seigneur qui, sur la fin de sa vie, prit l'habit religieux au Bec'. Sa femme Basilic s'était également retirée près de l'abbaye avec deux autres pieuses

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 243; Inventaire des titres du Bec, Cinq cents Colbert. 190, p. 861, cote 98.

* Bibl. nat., lat. 12884, f 252. Cette concession d'un religieux, ou plutôt de ses prières, avait aussi été faite à Guillaume de Tournebu, ainsi que nous l'apprend le passage suivant du Chronicon Beccense auct. et Ulustr, : « Willelmi de Tournebu caritas sua nec laude careat, qui monachum quem continue et successive habere debebat, remisit omnino in perpetuum, nihil super hoc adversus abbatem et monachos Becci pollicitus reclamare aut placitum movere. Âctum apud Beccum, anno MCCXl. » Bibl. nat., lat. 12884, fo 288 v».

• Bibl. nat., lat. 1390a, fo 94, et lat. 12884, f*» 2o2. En 1202. Rabel de Muids donnait à Tabbaye son fief de Muids sis à Marbeuf. et toute la dime de ce qu'il possédait dans la paroisse. (Lat. 12884, f«264v'*.)

^ a Hugo de Gornaco et filius ejus Girardus. dominium suum in Bosco Girardi. » (Grande charte de Guillaume le Conquérant, Bibl. nat., lat. 13903. f 115.)

• Willelm. Gemet., Wst. Sorthm.. lib. VIII, Patrol. lat. CXLl.V, col. 885.

dames, du temps de saint Anselme. Gérard de Gournay, leur fils, seigneur d'Ecouché *, avait chaudement pris parti, en 1089, pour Guillaume le Roux. Il épousa Edith, sœur de Guillaume de Varennes ' ; en 1096, il se croisa et partit avec sa femme pour la Terre-Sainte ; mais Gérard étant mort à la croisade, Edith revint en France et se maria avec Dreu de Monchi ^. A Gérard de Gournay succéda Hugues II, qui épousa une sœur de Raoul de Péronne, comte de Vermandois; il en eut un fils qui devint Hugues III ^. Hugues II de Gournay avait été élevé à la cour d'Henri l^' ; néanmoins il se révolta, en 1118, contre son bienfaiteur ; mais arrêté à Rouen, à peu de temps de là, il dut livrer ses places fortes au roi d'Angleterre. Il rentra en grâce en 1119. A la mort d'Henri I«% il fut chargé, avec Guillaume de Roumare et quelques autres seigneurs, de défendre la frontière de Normandie». On le retrouve, en 1137, dans Tarmée d'Etienne, lors de sa campagne contre Geoffroy Plantagenet, et quand ce dernier eut recouvré la Normandie^ Hugues lui rendit son château de Lyons, en 1144. En W^i, Henri Plantagenet s'empara de son château de la Ferté-en- Bray •.

A une date que nous ne connaissons pas, mais évidemment antérieure à l'année 1096, époque de son départ pour la Terre-Sainte, Gérard de Gournay, du consentement de Basilic, sa mère, et d'Edith, sa femme, donna tout ce qu'il possédait à Longueil ^ et au Bosc-Guérard, les églises de Mésy*,

« En 1178, Hugues 111 de Gournay donna à Tabbaye c decimam de praepositura et portione sua in villa de Escochai et pertinentiis suis i». Bibl. nat., lat, 13905, f<»21 v«, et 88 v«.

» Willelm. Gemet., Ilist. Norlhm., lib. VÏÏI., Patrol. lat. GXLIX, col. 885.

» Ord. Vital, III, 484; Willem. Gemet., Hist. Sovthm., col. 883.

• Willelm. Gemet., Hist. Norlhm., col. 885.

^ Ord. Vital, IV, 315 à 318. 321, 327. 394 et V, 52.

• Robert de Torigni, Chronique, I, 207, 235 et 268. ' Longueil. canton d'Offran ville (Seine-Inférieure).

• Mésy. canton de Meulan (Seine-et-Oise).

EXEMPTION DE L'aBBAYE 339

de Braimontier ^ et de la Rosière * avec leurs dépendances. Cette charte ou notice mentionne encore quelques autres donations de seigneurs normands^.

Le 11 février 1113, Hugues II de Gournay, 61s de Gérard, confirma ces donations et y ajouta plusieurs biens situés en Angleterre. Henri V^ ratifia ces donations et y apposa son sceau *.

Ces chartes furent de nouveau reconnues et approuvées en 1176 par Hugues III de Gournay'. Ce même seigneur donna, en 1200, à Tabbaye, une maison qu'il avait reçue du roi Jean sans Terre, et qui avait été construite, du temps de

* Braimontier-sur-Gournay, canton de Goumay (Seine-Inférieure), a En 1198, Hugues. ITI de Gournay retira des mains des religieux du Bec Téglise et la partie des dîmes dont ils jouissaient pour en faire don à Tabbaïe de BeUosanne, et leur donna en récompense d'autres biens en Angleterre. » Description de la Haute-Normandie, I, 22.

' La Rosière, canton de Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure). En 1182 ou 1184 les religieux transportèrent à Tabbaye de Beaubec leur droit de patronage et de dlme sur la paroisse de la Hosière, moyennant une rente de 60 sols beauvalsins. Hugues III de Gournay pour les dédommager leur donna d'autres biens situés en Angleterre. Voir : Descinplion de la Haute-Nûrmandie, I, 677 et Bibl. nat. lat. 12884, f 244 v, etlat. 13905 f» 67 v«.

* Bibl. nat. lat. 13903. f« 20. D. Jouvelin ajoute : « Ce n'est qu'une notice, mais qui est signée de Robert, comte de Normandie, de Guillaume, archevêque de Rouen, d*Odon de Bayeux, de l'évêque de Coutances, qui n'est point nommé, et de Rodulfo de Morluomari, Le sceau n'y est plus ; elle avait été scellée. » — V Inventaire des titres du Bec fait mention de ces donations : a Donation faite à Tabbaye du Bec par les seigneurs de Gournay, avec les confirmations de tout ce qu'ils avaient à Longueil avec tout le droit de moulte et autres droits appartenant auxdits moulins, de tout le domaine de Bosc-Guérard, de Téglise de Mésy, de l'église de Bremoustier, avec la terre et dixme appartenant à la dite église, de l'église de Villebo, avec toute la dixme de l'église de la Roserie et du droit de foire qui se tient audit lieu au jour et feste de S. Ouen, avec tout ce qui appartient à ladite église, etc. » (p. 1767).

*Bibl. nat. lat. 13903, f« 20. D. Jouvelin ajoute : « Ce n'est encore qu'une notice, mais signée de Henry I" et de plusieurs seigneurs ; le sceau y est encore attaché et appliqué sur la charte même sans autres lacs qu'une queue de la charte. Le sceau est de Henry !•', dont il n'y est parlé pourtant qu'à la troisième personne : «Haec omnia concessitet sigillo suo firmavit Henricus rex Anglorum et dux Normannorum, III idus februarii supradicti anni. Apud Beccum. »

* Bibl. nat. lat. 13903. f* 20, et 12884. P 236 v^

Richard I*% parRobert de Touraeham, au pied du château de la Roche d'Andely. Cette maison devait être transformée en oratoire par Tabbé et les religieux du Bec *.

Un archidiacre d'Evreux, Guillaume de Glos, donna, en 1135, en présence et du consentement de Ouen, évêque d'Evreux, et de Guillaume Fresnel, tenant en chef, Téglise de Saint-Laurent-de-Marnefer avec toutes ses dépendances '.

La donation de Téglise de Beuvron, faite par Robert de Beaufou lorsqu'il prit Thabit religieux au Bec avec ses deux filsGuillauçae et Robert, fut confirmée en 1141 par son petitfils, pronepos, Robert, du consentement de Richard de Beaufou, évêque d'Âvranches ^. Longtemps après, un de

' « Hugo de Gornaco dédit Deo et sanctae Mariae et monacbis Becci unam domum apud Rupem de Andeliaco sitam, quam Joannes rex Angliae illi dederat, quamque Robertus de Tourneham, tempore régis Ricardi, fieri fecit sub castello in lueinorata rupe aediûcato. Abbas autem et monachi debent facere quoddam oratorium. Actum anno gratiae MCC. Testibus Joanne de Gisortio, etc. » Bibl. nat. lat. 12884, f 264 V» et lat. 13905, f» 20. VInventaire des litres du Bec (p. 935), nous apprend que cette maison était « seize proche la porte Hazard ». La porte Hazard, alias Pignaude et Pignarde, était placée en travers du chemin conduisant à VéziUon, avec deux tours pour la défendre. Dans un acte de foi et hommage présenté au roi par le seigneur de Noyers, le 12 décembre 1405, il est dit : a et doit garde à sa porte Pignaude, dit Hazart, près le Chastel Gaillart. » — « Lorsqu'au mois d'août 1842, dit Brossard de Ruville, pour faire la chaussée qui devait conduire au pont de fer suspendu, on prit des déblais à môme le coteau qui s'élève entre le chemin de Vézillon et la Roche, on mit à découvert les fondements d'une antique habitation. Cette demeure avait été construite, parait-il, antérieurement au château Gaillard et en dehors du mur d'enceinte, » Histoire de la ville desAndelis, 11, 24. C'est probablement la maison de Robert de Tourneham que l'on retrouva en 1842, près de l'emplacement de l'ancienne porte Hazard.

«Bibl. nat. lat. d2884, f» I89v et lat. 13905, f» dl7 v«». Selon \eGallia christiana (XI, col. 620), Guillaume de Glos aurait été doyen d'Evreux. Dans VInventaire des titres du Bec, on lit les deux mentions suivantes relatives à Marnefer. « Cession faite à l'abbaye du Bec par Nicolas de Glos, chevallier, de tout le droit qu'il prétendait au patronage de l'église de Marnefey, 1216. — Cession faite à l'abbaye du Bec par Jean de la Ferté, chevaUier, de tout le droit qu'il avait sur le patronage de l'église de Marnefey, 1286, » p. 909. — Marnefer, canton de la Ferté-Fresnel (Orne).

' Bibl. nat. lat. 12884, f« 197. En 1146, Galeran 11 de Meulan, confirma (( concessionem terrae ad Beuzeval sitae et domus in Monte Forti factam a Roberto de Bellofago Beccensibus monachis, quando venit ad

EXEMPTION DE l'aBBAYE 341

leurs parents, Henri de Beaufou, qui avait revendiqué des droits sur le patronage de Féglise de Beuvron, les abandonna en faveur des religieux, et confirma même les donations que ses ancêtres avaient faites. Au nombre des témoins de cette charte, donnée en 1192, figure Guillaume, évêque d'Ely, oncle de Henri de Beaufou ^

En 1141, Auvré de Gamaches donne le patronage de l'église d'Ecouis et les autres droits y appartenant. Cette donation fut confirmée par le roi d'Angleterre dans da charte de 1178».

D. Jouvelin nous a conservé une curieuse notice relative au pèlerinage que fit Galeran II, comte de Meulan, à l'automne de 1144, à Saint-Jacques de Gompostelle. « Sachent tous présents et à venir que moi, Galeran, comte de Meulan, sur le point d'aller à Saint-Jacques, je me suis rendu au chapitre du Bec, et qu'en me recommandant aux prières des religieux, j'ai donné à l'abbaye, en libre et paisible possession, la tierce partie de l'eau devant Preneuse, appelée Marches '. »

Depuis longtemps, longo iempore, l'église de Saint-Martin

monachatum. » Id f» 20u v». Richard de Beaufou était chapelain du roi d'Angleterre. Nommé à l'évêché d'Avranches en 4434, il fut sacré l'année suivante. Le prieur du Bec qui était en fonctions en 1138 était un autre Richard de Beaufou. Tous deux devaient' appartenir à la famille de Beaufou originaire du diocèse de Bayeux, dont le premier membre connu est Richard de Beaufou, gendre de Robert, comte d'Ivri ; il eut deux fils. Robert qui devint moine du Bec et Onfroi. Voir : Ord. Vital, V. 32 ; Robert de Torigni, Chronique^ I, 213. Beuvron. canton de Cambremer (Calvados). V Inventaire des titres du Bec (p. 172:?) donne la mention suivante à Tannée 1291. a Confirmation de Guillaume de Mortemer. chevalier, et de la dame de Beaufou, sa femme, de tous les droits que l'abbaye du Bec a à Beuvron, Beaufou, Druval, Beuzeval, etc. »

* Bibl. nat: lat. 1288i. 1^251 v«.

• Bibl. nat. lat. 13905. f» 100 \\

3 D. Jouvelin place à tort « vers 4160 » le pèlerinage de Galeran de Meulan (Bibl. nat. lat. 13905 f" 100 v»). Ce fut à son retour de Gompostelle que Galeran fonda la chapelle de Saint-Jacques au fort de Moulan. (Emile Beaux, Histoire du comté de Meutan, V* partie, p. 206). D. Jouvelin ajoute encore : « Sur l'un des cotez du sceau sont ces mots : Sigillum Gualeranni comilis Wigorniensis, et de l'autre côté sont ceuxcy : Sig. G. com. Mettent i, » — Ces sceau et contre-sceau se trouvent reproduits pi. XLIX des Antiquités nationales de Millin.

342 HISTOIRE DE l'ABBAYif: DU BEC

de la Vieurue était tombée aux mains d'usurpateurs laïques. Sur la demande d'Osbert de Cailli, de Calleio, dans le fief duquel cette église était située, rarchevèque de Rouen donna, en 1148, l'église, la dime et toutes les dépendances à l'abbé Létard et aux religieux du Bec ^

Vers 1 168, Bernard Goaiin, senior, donna à l'abbaye toute la terre, environ cent acres, qu'il avait reçue en fief de l'impératrice Mathilde*. Ce domaine était situé dans la portion défrichée de la forêt de Lillebonne, sur la paroisse de Saint- Martin de Gomerville. Bernard Comin avait mis comme condition que lui, et son fils Robert, qui était clerc, seraient reçus à la profession religieuse, au Bec, quand ils le voudraient. La donation se fit en déposant un chandelier sur l'auleP.

* Bibl. nat. lai. i2884, f 207 vo. En donnant l'église. Tarchevêque fit la réserve: « Salvo jure et reverentia Rothomagensis ecclesiae, et jure etiau) parochiali. » Saint-Martin de Vieurue, canton de Darnétal (Seine- Inférieure).

- <( Centuoj circiter acras quas habebam ex beneficio dominae ineae Mathildis imperatricis, in pago Calcivo, in sarto forestae de Lillebona, in parrochia S. Martini de Gomer villa, etc. » Bibl. nat. lat. 13905, f« 26 vo. D'après une charte confirmative de Richard !•% roi d'Angleterre, Bernard Comin serait devenu moine du Bec. Le Dictionnaire histonque l'Eure (I. 426) place la donation de Bernard Comin à l'année 1189.

•^ Pour que le souvenir des donations se gravit davantage dans la mémoire des assistants, on avait soin de frapper les yeux par quelque signe matériel, par quelque symbole parlant qui figurât, pour ainsi dire, la transmission de la terre des mains du propriétaire dans celles du donataire. On peut voir dans Du Gange [Glossarium^ 11, 103 etseq.) la liste de ces divers modes d'investiture. Les plus ordinaires étaient une motte de gazon posée sur l'autel, un chandelier, des gants, un bâton, une branche d'arbre, un livre, une pièce de monnaie, etc. Guillaume le Conquérant, donnant un fief à l'archevêque de Rouen, aurait pris un couteau et fait semblant de lui percer la main: « Voilà, dit-il en riant, comme je prétends que le domaine que je vous donne soit vôtre. » (Hippeau, V Abbaye de Saint-Etienne de Caen, p. 337.) Après cette investiture fantaisiste, il est permis de rappeler la loi Ri-

puaire, tit. 60, § l : « Si quis villain ab alio comparaverit ad locum

traditionis accédât, et sic testibus praesentibus pretium tradat et possessioncm accipiat, et unicuique de parvulis alapas donet et torqueat auriculas, ut postmodum testimonium perhibeant. » Du Gange, Glossarium, I, 117. Cette coutume germanique de donner des soufflets aux enfants et de leur tirer les oreilles, pour leur rappeler un événement.

En Tannée 1172, Roger de Hotot, avant de prendre Thabit religieux, confirma à l'abbaye deux églises et 20 acres de terre sises à Clermont\ que son père Roger avait données. Lui-même, du consentement de ses fils et héritiers, Robert et Haimon, donna la dîme des deniers de sa terre de Linda, en Angleterre^ un demi-muid de blé en Normandie, et 300 anguilles à prendre chaque année sur ses pêcheries. Dixhuit ans plus tard, en 1190, un accord était passé entre l'abbé et les religieux du Bec et Roger de Hotot, lequel, au lieu d'un muid de blé que les moines prenaient chaque année sur son moulin de Hotot, leur donna 14 acres de terre sises à Clermont, exemptes de toute coutume et redevance, un bois à Clermont, le champ de la Vigne, le champ du Loup-Pendu, de Lupopendu; et si quelque parcelle manquait aux 14 acres, les religieux étaient autorisés à les parfaire à même ses coutures, cuUuris, à Clermont-.

En 1173, Vauquelin de Ferrières donna à Tabbaye le bois de la Colombine, sis à la Roussière, avec 10 acres de terre labourable aux environs du bois^.

Un évêque de Sées, Froger (1158 à 1184), donna à Tabbaye, vers 1180, l'église de Saint-Loup de Réveillon située dans

fut également connue en Normandie. Quand Robert I•^ duc de Normandie, donna Toutainville à Tabbaye de Préaux, en 1034, il envoya son jeune fils, Guillaume le Bâtard, déposer en son nom la donation sur l'autel. Au nombre des témoins étaient <i Hunfridus constructor ejusdem loci, cum filiis suis Rogerio, Roberto, Willelmo, qui etiam a patre. ob causam memoriae, colaphum suscepit. Suscepit etiam aliud colaphum Ricardus de Lillebona, qui unam hosam comitis Roberti ferebat. Qui cum requireret cur sibi Hunfridus permaximum colaphum dedisset, respondit : Quia tu junior me es et forte multo vives tempore, erisque testis hujus rationis, cum i;es poposcerit. Suscepit etiam tertium colaphum Hugo filius Waleranni comitis. » [Cartulaire de Préaux, Archives de TEure.) Cité par Le Prévost, Mém. et notes j IIÏ, 301.

* Bibl. nat. lat. 12884, f^231. Hotot et Clermont sont deux communes du canton de Cambremer (Calvados).

' Bibl. nat. lat. 12884, f« 201. Dans les Rôles normands publiés par Léchaudé d'Anisy (1" partie, p. 186) on lit : « Rogerus de Hotot, terciam partem unius feodi apud Clermont et apud Hotot. »

' Bibl. nat. lat. 12884, f» 232; Inventaire des titres du Bec, Cinq cents Colbert, 190, p. 881. Le Prévost appelle ce bois « le bois de la Colonge •). Mémoires et notes, 111, 41.

34 'f HISTOIRE DE L ABBAYE DU BEC

son diocèse*. Celte donation fut confirmée par le chapitre de Sées vers 1188 et par les évêques Lisiard, vers 1189, et Sylvestre, le 5 janvier 1211. Au mois de juillet 1229, Hugues II évèque de Sées, confirma en faveur de Tabbaye deux portions de dîmes de Téglise de Réveillon, la troisième étant réservée, ainsi que les émoluments de Tautel, aUalagium, au desservant de Téglise*.

Vers 1187, Goel de Baudemont et Agnès sa femme, dans la pensée de réparer les dommages que leur fils défunt, Baudry^ avait fait subir aux moines du Bec résidant à Surcy, donnèrent à Tabbaye l'église de Mézières et tous les droits qu'ils avaient sur elle, le fief Wiscard, à Mézières, franc de toute taille et coutume, les corvées de charrues^ auxquelles ils avaient droit, trois fois par an à perpétuité. De son côté Tabbé du Bec, Roger, donna 100 sols pour les pauvres de Mézières qui n'avaient pas de charrue ; il remit en outre à Baudry tous les délits qu'il avait commis contre l'abbaye et contre ses hommes, lui donna absolution de tout, tant vif que mort, et le rerut dans la fraternité et la participation de toutes les bonnes œuvres qui se font dans le monastère ».

Laurent, fils de Roger de Mortagne, confirme, en 1190, les donations faites à l'abbaye par ses ancêtres, à savoir : 40 acres de terre à Licurey exemptes de toute coutume, taille et service, sublevamenlo, la dîme de deux moulins et cinq acres de terre à Appeville*.

Robert de Ros confirme en 1194 la donation de l'église de

* Réveillon, canton de Mortagne (Orne).

* Archives de l'Eure, II. 70. •

3 Les corvées de charrue, carrucae precariae, se faisaient à trois époques différentes pour les blés d'hiver et pour les blés de mars. Voir L. Delisle, Eludes sur la condition, etc.^ p. 80.

* Bibl. nat. lat. 13905, fM 00 v°.

■ Bibl. nat. lat. 12884, f« 249 v<». — V Inventaire des titres du Bec place cette donation à 1140 ; « Confirmation de Laurent de Mortagne des donations faites par ses prédécesseurs à Tabbaïe du Bec, sçavoir 60 acres de terres scises à Lieurrey, de la dixme de deux moulins scis à Appeville et de deux vassaux avec leurs tenements scis à Jouveaux, 1140 » (p. 1465). Le ûef de Mortagne était situé à Appeville.

EXEMPTION DE l'aBBAYE 345

Neuville, au diocèse de Lisieux, avec le droit de patronage et les dîmes ^

Eq cette même année, GeolTroy de Bérou donna aux religieux une acre de terre, six boisseaux de seigle chaque année, et le droit d'éclusage au moulin Berd, « et totum exclusagium molendini Berdi ». Pour cette donation, il reçut « de caritate Becci », par les mains du cuisinier de l'abbaye, Jean de Torteville, la somme de 20 sols sterlings, et il fut admis en chapitre à la fraternité du Bec*.

* Bibl. nat. lat. 12884, f 25L Une copie de cette charte se trouve au feuillet 86 des fragments du Cartulaire du Bec conservés aux Archives de l'Eure, II, 91. D'après Vlnventaire des titres du Bec (p. 1417), la donation de Robert de Ros serait de 1144. — Neuville-sur-Autou, canton de Brionne (Eure).

* Bibl. nat. lat. 12884, f« 254. Il arrivait souvent, qu'en acceptant les terres et les maisons qu'on ajoutait à leur domaine, les religieux donnaient en échange quelque somme d'argent. Ce qu'ils abandonnaient ainsi en pur don, a de caritate », a quelquefois une valeur telle que l'on pourrait penser qu'il s'agit moins d'une donation que d'une vente déguisée. En 1182, Emeric de Senoz, sa femme et son fils, donnèrent la sixième partie de la dimede Blachencort ; pour cette donation qui fut faite du consentement exprès de leur seigneur, Jean de Montchevreuil, ils reçurent de la charité du Bec 14 livres parisis. En 1185, Jean Burnel donne deux gerbes de dîme de tout son fief de Bosc-Normand, deux sur celui qu'il avait à Crestot, avec deux masures sises au même lieu ; il reçoit de la charité du Bec 24 livres angevines et 20 sols. (Bibl. nat. lat. 12884. f° 244 v et 246.) Robert de Bréval, qui devint moine du Bec, donna à l'abbaye de Saint-Evroul tout ce qu'il possédait à Villegats ; « pro qua re, totum beneûcium loci et unam unciam auri accepit. » (Ord. Vital. II, 469; voir encore p. 453, 466. 469 et. 470). « L'argent et les palefrois, que les moines cèdent aux nobles chevaliers qui partent pour la croisade, en échange des terres dont les pieux guerriers se débarrassent en leur faveur, pourraient bien être considérés comme le prix réel. Toustain, fils de Turgis, prévôt de Luc, donna à l'abbaye, en 1096, 40 acres de terre et une masure prés de l'église de Luc, en échange desquelles les religieux de Saint-Etienne de Gaen lui donnèrent 4 marcs d'argent et un cheval de guerre tout équipé. Si lui, sa femme ou son fils sont de retour de la croisade au bout de six ans, il rendra les 4 marcs qu'il a reçus, en conservant le cheval, et les religieux lui restitueront 34 acres de son domaine et en garderont 6 pour eux. Dans le cas ou ni Toustain, ni son fils, ni sa femme ne seront de retour après l'expiration de ces six années, le domaine appartiendra en toute propriété à l'abbaye, » Hippeau. L Abbaye de Saint-Etienne de Caeny p. 374. —Sur les divers modes d'engagement de la propriété au moyen âge, voir L. Delislc, Etudes sur la condition de la classe agri^ cote, p. 206 et suivantes.

En 1200, Robert de Navarre donna à Tabbaye le droit de patronage de Téglise de Saint-Philbert de Boisset. Le même, qui est dit être iSls de Raoul de Fourques, concéda le ténement de Julien de Boisset; pour cette donation, il reçut, « de caritate Becci », 100 sols angevins ^

Parmi les bienfaiteurs insignes de Tabbaye, à côté des Grespin, des Meulan, des Gournay, les seigneurs du Neubourg méritent une place spéciale. Le plus illustre d'entre eux, Robert, était fils d'Henry, comte de Warwick, et de la belle Marguerite du Perche, fille de Geoffroy de Mortagne*. Vers 1115, il avait reçu en partage la seigneurie du Neubourg qui avait fait partie du domaine de son grand-père, Roger à la Barbe, comte de Beaumont. Partisan de Guillaume Cliton, il s'était attiré la haine d'Henry 1" qui s'empara de son château du Neubourg et le brûla'. Mais, rentré en grâce auprès du roi en 1119*, et dégoûté des combats, Robert du Neubourg se mêla, avec une habile activité, à toutes les affaires, à tous les traités, à toutes les fondations pieuses de son temps. Son influence grandit encore par l'élévation de son frère, Rotrou de Warwick, à l'évèché d'Evreux. Henry II l'avait investi des fonctions de sénéchal de Normandie. Lorsqu'en 1158 le mariage du fils du roi d'Angleterre, Henri Gourt-Mantel, âgé de trois ans, avec Marguerite de France, qui en avait cinq, fut décidé, la garde de la jeune princesse fut confiée à Roberl du Neubourg'. Au mois de juillet de l'année suivante, se sentant proche de sa fin, Robert distribua des aumônes considérables aux pauvres et aux monastères, se retira à l'abbaye du Bec où il revêtit l'habit religieux, et, après un mois passé dans une salutaire pénitence, il mourut le 30 août'll59«.

' Bib!. nat. lat. 12884, f- 262 v.

' « Elegantem Margaritam. » Ord. Vital, Hl, 428.

' « lllectus ergo a publicis hostibus, contra regeui iosurrexit ; sed iiiultis opibus depopulatione seu combustione aiuissis, nihil recuperavit. Facundia qiiidem est praeditus, sed dextera frigidus, et plus lingua quam lancea lucratus. » Ord. Vital, IV, 328; voir encore, 31b et 327.

*Ord. Vital. IV, 39i.

* Robert de Torigni, Chronique, ï, 312.

* « Mense Julio ;il50) Robertus de Novo Burgo, dapifer et justiciarius

Il avait fait construire à ses frais le chapitre du Bec, commencé en 1141 et achevé en 1146*. Mais là ne se bornèrent pas ses largesses.

La charte qu^il octroya en 1143 est des plus intéressantes pour rtiistoire du temporel de Tabbaye. Du consentement de sa mère, Marguerite du Perche, de sa femme, Godehelde de Conches, de ses fils Henry et Raoul, Robert du Neubourg donna aux religieux 8 livres de deniers de Rouen de rente annuelle à prendre sur la prévôté de Pont-Audemer, 60 sols de rente sur celle de Brionne, dont 20 seront employés à célébrer un anniversaire pour les moines dont les corps

totius Normanniae. adversa valetudine tactus, gibbum cameli deposuit. videlicet innuineras divitias ecclesiis et monasteriis et pauperibus dividens. et ad ultimum in cnonasterio Becci, quod prae omnibus diligebat, habitum monachi sumens, per unum mensem ibi poenitenciam fructuosam egit. sepultus In capitulo Becci, quod ipse propriis suuitibus miri- Hce aedificaverat. » Robert deTorigni, Chronique, l, 322. La Continuation ajoutée par un moine du Bec à la Chronique de Robert de Torigni renferme quelques détails qu'il convient de citer. » Tertio kalendas septembris, obiit Robertus de Novo Burgo, qui quinque fere ebdomadibus monachus existens Beccensis, suae abstinentiae et admirandae religionis, virtutum etiam omnium in brevi, Dei virtute, ditatus auspil'io, omnibus ecclesiae majoribus bene vivendi reliquit exemplum, cuni antea dives, nunc quidem pauperrimus secutus est Christum.

ÉPITAPHILM

Respicis anguslum praescissa riipe sepulchrum : Hoc jacel in tumulo Roberlus de Noviburgo. Qui mare qui coelum qui lolum coalinel aevum Hune faeiat vere Farad isi régna videra.

Robert de Torigni, Chronique II, 175. Ce passage a été inséré dans la Chronique du Bec. D'après Robert de Torigni. Robert du Neubourg fut enterré dans la salle capitulaire qu'il avait fait b&tir ; ses descendants y furent de même inhumés. Cependant D. Thibault dit que le monument funéraire de Robert du Neubourg avait été transféré dans la nef de Féglise, et placé dans un enfeu. a In navi tamen ecclesiae, monumeutum ejusdem Roberti in fornicato pariete cemebatur, priusquam navis cum tota parte inferiori ecclesiae Beccensis corruerat, quod, hand dubium, translatum fuerat ipsiusmet Roberti rorpus, cujus epitaphium quatuor versibus compositum legebatur ; Respicis angustum praecisa rupe sepulchum. etc. » (Bibl. nat. lat. 12884, f» 220 v'). Nous ne savons à quelle date avait eu lieu cette translation des restes de Robert du Neubourg.

* Il rappelle lui-même ce fait dans sa charte de 4143, en fondant un anniversaire pour les moines a qui translati fuerunt prope capitulum Becci quod feci «. Bibl. nat. lat. 13905, f 27.

348 HISTOIRE DE l'aBBWB DU BEC

avaient été transférés lors de la construction du chapitre. Il donne toute sa terre, tant en labour qu'en bois, depuis la maison de Gilbert le Forestier' jusqu'à Brionne ; dans la forêt de Brionne, du bois mort pour brûler tant qu'il en sera besoin, et du bois vif autant et quand il en sera nécessaire pour l'œuvre du chapitre et du monastère de Notre-Dame du Bec; trois hêtres par an pour la cuisine, à savoir à Noël, à Pâques et à la Pentecôte ; un tourneur qui fournira à perpétuité vingt écuelles chaque dimanche*. Il concède ttO sols de deniers roumois donnés à l'abbaye par Guillaume, fils de Robert, et qui étaient de son fief. Il confirme la donation faite par ses ancêtres de la dime de la forêt du Neubourg^, comprenant les dîmes du panage, de l'avoine, des essarts, des vacheries, des porcheries, des écuries, s'il y en a dans la forêt, des bergeries, des agneaux, de la laine des brebis, des fromages, du gibier, des abeilles, en un mot, les dîmes de tous les profits ou issues provenant de la forêt. Il accorde le franc droit de panage dans la forêt pour tous les porcs

* « i/administration des forêts occupait un très grand nombre d'officiers. Nous indiquerons les forestiers ou verdiers. les panageurs, les regardeurs, les parquiers et les sergents. Au-dessus de ces agents, nous voyons, surtout depuis le règne de Philippe le Bel, agir des commissaires royaux prenant d'ordinaire le titre de maîtres et enquêteurs des forôts. Cette institution semble avoir été régularisée sous Charles V. A partir de ce roi, nous trouvons une succession presque ininterroiupue de maîtres enquêteurs et réformateurs des eaux et forêts de Normandie. » L. Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole, p. 337.

* Ce passage est intéressant en ce qu'il nous apprend que les religieux du Bec se servaient alors à table d'assiettes et de tasses en bois tourné. Dans une charte donnée en 1220 par Tévêqued'Evreux, Raoul de Cierrey, et dans laquelle il confirme les biens donnés dans son diocèse à Tabbaye du Bec. on lit : « Ex dono HadulA de Toeni, unum tornatorem in foresta de Conchis.. ; ex dono Uoberti de Legecestria, in foresta de BritoUo, unum tornatorem. » Bibl.nat. lat. 13905, f« 27. et lat. 1288i, r 298. La donation de Raoul de Tosny est de 1085: D. Thibault la rapporte en ces termes : « Radulfus de Toeneio et Isabel uxor ejus Beccensi coenobio dederunt in foresta de Conchis unum tornatorem et pasnagium de dominicis porcis, et unani fabricam apud Ferrariam, et apud Achigneium unum burgensem, etc. ; et ut dominicae res nionachorum Becci quietae sint ab omni consuetudine per totam terram RadulH, et in Anglia magnum Werethehara. » Lat. 12884, f» 71 v».

' La dinie de la forêt du Neubour<; aurait été donnée à Fabbave du temps de l'abbé Bosou (11*211136). (Bibl. nat. lai. 12884, f 191 \\\

KXEMPTION- DE L'aBBAVE 349

appartenant soit aux religieux soit à leurs hommes demeurant et vivant dans Tabbaye ; il affranchit du droit de tonlieu et de toute autre coutume les denrées et marchandises appartenant aux religieux ou à leurs hommes, soit au Neubourg, soit dans la forêt, en un mot, partout où il possède un pied de terre et quelque puissance. Il termine en accordant tout le bois vif nécessaire aux travaux de la chapelle de Notre-Dame et de Tous les Saints, qui est au milieu de la cour du Bec^ Les témoins de cette charte furent, du côté de Robert du Neubourg : Gilbert de Bigards, Roger de Sainte- Colombe, Raoul Vilain, Henri de Grosley, Roger Bodart, Gilbert le Forestier; du côté des religieux : Galeran, comte de Meulan, Guillaume, fils de Robert, Guillaume du Pin, Robert de Formoville, Robert d*Autou, Matthieu de la Poterie, Nicolas de La Londe, Richard Mauviel, Robert fils d'Herluin, Guillaume de Pontoise, Gautier Mestorne, Raoul Ferrenus^ Robert, fils de Goscelin, Robert, serviteur du sacristain, famulus secretarii, Roger, fils Calvesoris, Roger, fils d*Harpin^, Etard de Bonneville, Guillaume Croita, Raoul le Maréchal'.

Le fils aine de Robert, Henri du Neubourg, confirma à son tour, en 1178, les donations paternelles; il y ajouta 40 sols sur la prévôté de Pont-Audemer, en reconnaissance de ce que les moines avaient admis, sur sa demande, Guillaume d*Angoville au nombre des religieux^. Les témoins furent : Robert, fils aine d*Henri du Neubourg, Robert de Vitot, ses chapelains Roger et Richard, Geoffroy Pichet son sénéchal, Raoul du Bois et Roger son gendre, Roger de Gràveron, Raoul Camerarius; du côté des religieux : Raoul, sénéchal

* Celait la chapelle que saint Anselme avait dédiée en 1106. Voir Bibl. nat. lat. 12884, f« 40.

* Sur la famille Harpin a Beaumontel, voir Le Prévost, Mémoires el notes, L 222.

' Copie du XV* siècle sur papier, provenant du chartrier du château du Champ-de-Bataille, communiquée par M. Join-Lanibert. — Voir Bibl. nat. lat. 12884, f« 199 et lat. 13905 f» 27.

* Angoville. canton de Bourgtheroulde (Eure). Voir Le Prévost, Mé" moires et notes ^ I, 126.

350 uiSTOiRK DE l'abbayiî: du bec

du Bec, Thomas prévôt, Huges portier, Guillaume eliambrier de Tabbé, Gilbert le Maréchal et beaucoup d'autres*.

Henri du Neubourg fit encore quelques donations en 1190 ; il donna à Tabbaye le droit de monte h la Grosse-Londe^, à Saint-Nicolas du Bosc des Forestiers^, à CallevilleS aux Sèches-Fontaines ^ à Beapfou", à Aillet% aux Mares*, à la Pyle', ainsi que dan3 toutes les clairières et défrichements faits ou à faire sur Tune et l'autre lisière de la forêt et dans la haie de Galleville, sauf toutefois le droit de monte du Neubourg et de Sainte-Opportune*®. Tous les vilains demeurant dans ces villages, et ceux qui viendraient demeurer dans les défrichements faits ou à faire, seront, à perpétuité, banniers des moulins de Tabbé du Bec**.

Les nombreuses donations d'églises et de dîmes**, impii-

* Bibl. nat. lat. 12884, f» 239, et lat. 13905, f» 27. Il en existe également une copie du xv* siècle provenant du chartrier du Champ-de- Bataille ; communiquée par M. Joln-Lambert.

* La Grosse-Londe, hameau aujourd'hui partagé entre le Gros-Theil et Saint-Nicolas-du-Bosc (Eure) .

* Ancien nom de Sainl-Nicolas-du-Bosc.

* Calleville, canton de Brionne (Eure).

"^ Sèches-Fontaines, hameau de la Haie-de-Calleville, c&nton de Brionne (Eure).

" Beaufou, huitième de fief à Saint-Jean-de-la-Lecqueraye, canton de Saint-Georges (Eure).

' Aillet, hameau d'Epégard, canton du Neubourg (Eure).

■ Les Mares, hameau d'iville, canton du Neubourg (Eure).

* La Pyle, canton d'Amfreville-la-Gampagne (Eure).

*® Sainte-Opportune-du-Bosc, canton de Beaumont-le-Roger (Eure).

*' Bibl. nat., lat. 13905, f» 27 et lat. 12884, f« 248. Il existe de cette charte une copie informe du xvu« siècle provenant du chartrier du Champ-de-Bataille .

" « La dime était sans doute une très lourde charge pour le paysan, mais elle eût été facilement supportée si on ne se fût pas écarté du principe qui l'avait fait établir. Malheureusement les abus se multiplièrent de toutes parts. On oublia que la dîme avait pour objet de subvenir aux frais du culte, à la .subsistance des prêtres, au soulagement des pauvres. Les riches et les puissants du siècle usurpèrent ce bien de l'église et des pauvres; les rois l'inféodèrent à leurs protégés. Vainement les conciles réclamèrent-ils contre ces empiétements ; l'autorité ecclésiastique dut céder et finit par reconnaître aux laïques le droit de rester en possession des dîmes dont avaient joui leurs ancêtres.

EXEMPTION DE l'aBBAYE 3o1

quaient le plus souvent le droit de patronage ; il était de toute convenance de faire ratifier et confirmer ces dons par les évêques diocésains, qui seuls pouvaient conférer aux prêtres présentés par Tabbé et les religieux Tinstitution canonique et les pouvoirs spirituels. C'était, en outre, un constat de propriété qui garantissait la perception régulière et paisible des dîmes et la conservation de ces biens, exposés à la cupidité de plus d'un seigneur'.

Les propriétaires de ces dîmes croyaient faire preuve d'une insigne générosité en cédant leurs dîmes aux religieux de différents couvents, et si, dans les temps anciens, ce changement amenait souvent d'heureux résultats dans Tintérêt général de la société, il était rarement de quelque utilité pour la paroisse. » L. Delisle, Etudes sur la condition, etc., p. 98.

* Ils n'étaient pas non plus toujours à Tabri des usurpations ecclésiastiques : la pièce suivante le prouve : « Sciant. .. quod ego Rogerus de Briognio, archidiaconus Ebroicensis, timens mortem mihi imtninentem et vere cognoscens quod ecclesiam de Tilia (le Gros-Theil, Eure) diu injuste possedissem. cum sit de feodo et jure coenobii Beccensis, et ejus donatio ad abbatem Beccensem pertineret, reddidi eandem ecclesiam monachis Beccensibus per manum Rotrodi archiepiscopi Rothomagensis, ne indignationis divinae poenam anima measubtineret: asserens pro certo quod nec ego. nec aliquis de mea cognatione, in eadem ecclesia aliquid de jure habuit vel habere debuit. » Bibl. nat., lat. 13905, f» 18 v°. Selon D. Jouvelin, cette restitution se fit vers 1178, en présence de Rotrou, archevêque de Rouen, de Roger, abbé du Bec, de Robert, doyen d'Evreux. D. Thibault la place à Tannée M74. (Bibl. nat., lat. 12884, P 235.) Les religieux du Bec avaient obtenu du pape Alexandre III, en 1177, un rescrit qui leur reconnaissait et confirmait la possession canonique de l'église du Gros-Theil et de ses appartenances. (Bibl. nat., lat. 12884, f» 228.) En Tannée 1200, Gilles de Sacquenvllle « persona » de Grandchain (canton de Beaumesnil, Eure), rendit aux religieux, dans des conditions semblables, deux gerbes de dime, qu'il avait longtemps usurpées. « Noverint tam praesentes quam futuri, quod ego Aegidius de Sakevilla, existens persona de Grant- Chaino, inquietavi monachos de Becco, et plures eis molestias intuli super duabus garbis decimae de Grant-Chaino quas ab eis exigebam, et mihi et ecclesiae meae vendicare intendebam. Tandem, saniori usus consilio, animadvertens me adversus eos justam causam non habere, et praedictos monachos memoratam decimam juste adeptos fuisse, longis retroactis temporibus, antequam ecclesiam illam adeptus fuissem, in pace possedisse : poenitentia ductus, a vexatione eorum cessavi et quidquid juris in praedicta décima clamaveram vel lune temporis clamabam, abbati et monachis de Becco penitus remisi, et manu venerabilis patris nostri Guarini, Ebroicensis episcopi, pro Iribunali sedentis et super causa illa cognoscentis, resignavi et de dampnis illatis arbitrio dicti episcopi salisfeci, juramento praeslito firmans me

Sot UISTOIRB DE L'aBBAVK DU BIX

Aussi les religieux s*empressërent-ils, surtout lorsque leur domaine temporel eut pris une extension considérable, c'est-à-dire vers le milieu du xii® siècle, de faire conûrmer par les ordinaires tous les biens et droits utiles dont ils avaient la possession.

L'archevêque de Rouen, Hugues d'Amiens, dans une lettre adressée en 1144 à l'abbé Létard, déclara prendre le monastère sous sa protection et lui confirmer la possession canonique des cinquante-huit églises et des quatre chapelles qu'il possédait dans son diocèse ^ Rotrou de Warwick renouvela cette confirmation en 1182^.

Déjà en 1117, Pierre, évéque de Beauvais, « considérant la renommée que l'abbaye s'était acquise par sa religion et son hospitalité », lui avait accordé la .même faveur'. L'évêque Henri fit rendre aux religieux, en 1153, trois muids de froment, des hôtes, et plusieurs terres, le tout sis à Acy et donné par Lancelin le Vieux, de Beauvais, et dont Guasquelo, seigneur de Milly, s'était emparé depuis plus de six ans^.

L'abbaye possédait de nombreux biens dans le diocèse de Lisieux, provenant en grande partie des dons de la famille Crespin. L'évêque Jean, dans une lettre donnée en 1134, du

ab illa die et antea super décima illa non reclamaturum. nec aliquam questionem vel vexationem moturuni. Actum anno gratiae 1200. » Bibl. nat., lat. ^2884. f» 264 v». ~ Dans Vlnventaire des titres du Bec, ce personnage est appelé Eloi de Sacquenville : « Confirmation par Jean de Sacquenville de la donation faite à l'abbaye du Bec de deux tiers de la dîme de Grandchain. — Cession faite au profit de l'abbaye du Bec par Eloy de Sacquenville du droit qu'il prétendait sur les deux tiers de la dime de Granchain », p. 1751. Cf. : CharpiUon et Caresme, Dicl, hist. deVEure, II, 732.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 197 v». D. Jouvelin, qui place cette charte À Tannée 1141, donne, d'après Toriginal, les noms des signataires. (Bibl. nat., lat. 13905, f» 90.)

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 244.

* « Ea quae Beccense monasterium, religionis et hospitalitatis gratia opinatissimum, in diaecesi mea cujuscumque largitione possidere, cognoscitur, in mea protectione suscipio, etc. » Bibl. nat., lat. 12884, f» 165.

* Bibl. nat., lat. I288i. f« 212. Acy. canton de Betz (Oise..

consentement de ses archidiacres et de son chapitre*, les conflrma solennellement. On remarque les églises suivantes: Saint-Philbert près Montfort, Saint-Etienne TAllier, Saint- OuenduBosc-Turslin2,le chapelle Saint-Pierre^, Saint-Georges du Vièvre, Beuvron, Blangy, Clermont-en-Auge, Livarot, le Mesnil-Simon,Cernay, Drucourt, Bournainville, Polleville, Theil-Nolent, Duranville, avec toutes les dîmes qui leur appartiennent; l'église du Bosc-Regnoult avec deux traits de dîme ; la moitié de Téglise du Feugueret, de Feuguereto S Téglise de Cheffreville*, avec la moitié de la dîme. Toutes ces églises étaient à la présentation de Tabbé et des religieux ; la dîme du tonlieu d'Orbec®, de Livarot, de Beuvron, de Blangy, du pont de TEvêque d'Avranches, de ponte Episcopi Abricensis, etc. L'évèque de Lisieux accorda en outre aux religieux le libre passage à Lisieux et sur la Touque de toutes les marchandises destinées tant à la nourriture qu'aux vêtement, quae ad vicium et vestitum pertinent. En reconnaissance de cette concession, Boson et sa communauté s'engagèrent, à la mort des évéques de Lisieux, à faire le service funèbre comme à la mort d'un religieux; pour cha-

* â Volantate et assensu fratrum nostrorum archidiaconorum et canonicorum, placuit praesenti pagina notlflcare ecclesiae cathoUcae fidelibus cunctis praesentibus et futuris, quod ego Joannes. Del gratia Lexoviensis episcopus, rogatus a reverendo pâtre Beccensis coenobii Bosone et fratribus ejusdem loci, concedo quidquid Beccense coenobium habet Id eleemosyna in episcopatu Lexoviensi, in ecclesiis et decimis et aliis rebùs videlicet, etc. » Bibl. nat., lat. 12884, f"" 188. Selon D. Jouvelin, cette charte serait de 1136 (lat. 13905. f» 18 v"*).

* C*est le nom ancien de la Noë-Poulain, canton de Saint-6eorges-du- Vièvre (Eure).

' Probablement la chapelle de Saint-Pierre-du- Vièvre. Nous n'avons pas retrouva la trace de cette chapelle en l'église Saint-Pierre-du- Vièvre mentionnée dans la lettre d'Arnoul de Lisieux, en 1147.

* Est-ce la chapelle de la Feugerie, canton da Gacé (Orne) qui faisait autrefois partie du diocèse de Lisieux ?

* Cbeffreville, canton de Livarot (Calvados).

* Il est à remarquer que d'après cette confirmation de 1134, l'abbaye n'a plus que 10 sols à recevoir sur Téglise de Bienfaite et autant sur celle d^Orbec ; cependant, le patronage et la dime entière lui en avaient été donnés par Richard de Bienfaite, fils de Gilbert, comte de Brionne (lat. 13905, f« 115). L'abbaye recouvra plus tard son droit de patronage sur Téglise d'Orbec.

854 msTOiRE DE l'abbaye du bec

cun des chanoines, un obit, et pour tous en général un office complet, le deux janvier de chaque année. Les noms des érêques de Lisieux seront inscrits parmi les noms des frères, afin que leur anniversaire soit fait à perpétuité^ En 1147, Arnoul reconnut à Reinfroi, prieur de Saint-Philbert, et à ses religieux le droit de présentation aux églises paroissiales de Saint-Etienne l'Allier, de Saint-Ouen du Bosc-Turstin, de Saint-Pierre du Vièvre, et de Saint-Philbert près Montfort. Celte lettre, donnée en présence de Rotrou, évoque d'Evreux, est datée du Neubourg-.

En 1158, Thierry, évéque d'Amiens, confirma et prit sous sa protection tous les biens de Tabbaye situés dans son diocèse, défendant sous peine d'excommunication de les amoindrir, de s'en emparer ou de les usurper avec violence.

Le texte de cette charte, reproduit dans le Recueil de D. Jouvelin, nous apprend que ses prédécesseurs les évêques Geoffroy (1104-1115), Euguerran (1116-1127), et Garin (1127- 1145), avaient déjà confirmé des donations faites à l'abbaye dans leur diocèse en l'an 1060. Nous ignorons quels furent les donateurs; voici quelles étaient les dîmes et possessions : l'autel de Blargies avec ses dépendances et appartenances, Oufontaine? Abancourt, Menilcourt? Monceaux, Maisnil, Mureln^ont, la Vacquerie, Bouvresse, Formeries, Montenois et Guarleis^, toutes les dîmes de la montagne totius montanae appartenant à Blargies, excepté celles que les moines de Saint-Sauveur de Charroux, de ChaiToio^ possédaient à Bouvresse et à Formeries, et ceux de Saint- Michel du Tréport, à Oufontaine et à Guarleis.

Le successeur de Thierry, Thibaut III d'Heilly, renouvela cette confirmation en 1177, notamment pour ce qui concernait le prieuré de Beausault et ses dépendances ^ '

L'abbaye du Bec avait d'importantes possessions dans le diocèse de Chartres ; elles furent confirmées solennellement

* Bibl. nal.. lat. 12884, f- 188.

-• Bibl. nat.. lat. 12884, f» 2o7. Cf. : Inventaire des titres du Bec, p. 14.)1.

'Bibl. nat., lat. 12884, f« 216 v% et lat. 13905. f- 67.

* Bibl. nat., lat. I288i. f« 238 V.

EXEMPTION DE l'aBBAYE 355

dans une lettre datée du palais épiscopal de Chartres, en 1 170, par Tévèque Guillaume aux Blanches-mains Ml renouvelle les confirmations antérieures, émanées de lui ou de ses prédécesseurs^ et fait Ténumération suivante de ce que Tabbaye' possédait dans son diocèse : le prieuré de Saint- Nigaisc de Meulan avec ses dépendances; les églises de Bérou-, de Marcilly^, du Mesnil-Saint- Denis* avec la dlme entière; Téglise de Bréval* avec les revenus et les dîmes donnés par le seigneur du lieu ; dans Téglise de Félins % le quart de Tautelage et le quart de la dîme du vin et du blé ; Téglise de Morainvilliers' avec le tiers de Tautelage et de la dîme du vin et du blé; Téglise de Sainte-Geneviève de Cépigny; Téglise d'Oburgenville avec le tiers des mêmes dîmes. Si dans quelques-unes des paroisses mentionnées dans la présente charte, quelque portion de gâtine ou de terre inculte vient à être mise en culture, elle sera soumise au droit des religieux qui percevront la dîme proportionnelle, comme dans les portions actuellement cultivées®. Regnaud de Moncon, évêque de Chartres, fît à Tabbaye, en 1194, une donation dont les motifs méritent d*être rappelés. « Considérant, dit-il, que Tabbé et le couvent dudit lieu nous ont reçu dans la fraternité et participation de leurs bonnes œuvres ; qu'ils se sont engagés à célébrer à perpétuité dans leur église l'anniversaire de Regnaud, jadis comte de Mouçon, notre père, et d'Agnès notre mère, et le nôtre, lorsque nous serons entré dans la voie de toute chair; que

* Guillaume aux Blanches-mains, oncle de Philippe-Auguste, devint archevêque de Sens, cardinal du titre de Sainte- Sabine et légat du Saint-Siège. — « 1168. Archiepiscopo Senonensi in fata secedente, Willermus electus Garnotensis et successit, concesso tamen ei episcopatu Carnotensi per biennium a papa Alexandre. » Rob. de Torigni, Chronique, II, 9.

* Bérou, canton de Brézolles (Eure-et-Loir).

3 Saint-Ouen-de-Marcilly ou Marchefroy, canton d'Anet (Eure-et-Loir' .

* Le Mesnil-Saint- Denis, canton de Chevreuse (Seinc-et-Oisci. •'Bréval, canton de Bonnières (Seine-et-Oise).

*■■ Flins, canton de Meulan (Seine-el-Oise).

■ Morainvilliers, canton de Poissy (Seine-et-Oise).

« Bibl. nat.. lat. 12884, T 230,

356 msToiRK DE l'abbayb du bec

le monastère du Bec, par le fait des guerres, est affligé outre mesure tant en son chef qu'en ses membres * ; mû de piété, et aussi du consentement de Robert, notre archidiacre de Poissy », nous donnons et accordons à perpétuité àTabbaye, pour l'entretien de ses religieux, les deux miiids d'orge et de blé que le curé des Mureaux (dont le patronage appartenait au Bec), recevait annuellement dans la grange de Saint- Nigaise ^.

Cette donation fut suivie d'une convention passée entre l'abbé de Coulombs et celui du Bec, en présence de l'évêque de Chartres. D. Thibault en donne une analyse peu compréhensible^; heureusement la lettre que Regnaud de Monçon écrivit à cette occasion est plus claire. « Sachent tous que nos chers Ois Thibaut abbé et les religieux de Coulombs, sur notre demande et à nos prières, ont assigné aux moines du Bec, à cause d'une certaine convention, proptei* quamdam conventionem, passée entre ces derniers et nous, une rente de 60 sols parisis sur leur prieuré de Saint-Cosme, payables en la fête de Tous les Saints, jusqu'à ce que Robert de Lée {alias d'Elie), bénéficier de l'église des Mureaux, vienne à résigner, ou à mourir, ou à renoncer aux deux muids d'orge et de blé qu'il recevait dans la grange des religieux de Saint- Nigaise. Lorsqu'il en sera ainsi, les moines de Coulombs seront entièrement affranchis de cette rente. Fait à Coulombs, l'an de grâce 1194, en présence de Pierre, prieur de Coulombs^. »

* l/évAque de Chartres fait allusion à la guerre qui eut lieu entre Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion eu 1192 et années suivantes.

* Bibl. nat., lat. 12884, f i53. Selon D. Jouvelin, cette charte serait du 21 février 1194 (v.-s.). lat. 13905, f« 24 v».

3 Bibl. nat. Gat. 12884, f- 253.

* Bibl. nat., lat. 13905, f" 24 v». Dans la lettre par laquelle Regnaud de Mouçon donne aux religieux les deux niuids de grain, il s'engage à faire ratifier par tous les curés des Mureaux, avant leur prise de possession, cette réduction des fruits de leur bénéfice. Ce fut pour en faire jouir immédiatement les moines du Bec que 1 evêque obtint de ceux de Coulombs une rente de 60 sols parisis qui devait s'éteindre à la mort de Robert de Lée. Ce bénéficier ne paraît pas, en efifet, s'être le moins du monde prêté à la générosité de l'évêque de Chartres, dont son bénéfice faisait tous les frais.

En^ cette même année 1194, Regnaud de Mont^on confirma le^ biens du Bec situés dans son diocèse. Soit qu'ils aient notablement augmenté depuis vingt-quatre ans, soit que la charte soit plus détaillée, la liste des possessions est bien plus longue : Téglise de Saint-Nigaise de Meulan avec toutes ses dépendances, et Tautel paroissial dans la même église ; la chapelle de Saint-Jacques et ses dépendances ; l'église des Mureaux^ avec la dîme entière du blé et deux parts des menues dîmes et du vin, le pain de NoëP, et les cierges de la Purification; l'église de Fresnes^ avec la dîme entière du blé et les menues dîmes, et ce que les religieux possèdent à Chapet*. tant en terres qu'en vignes ; les dîmes des alleux du fief de Fresnes ; la dîme de Garennes ; ce qu'ils possèdent à Poissy et aux environs ; l'église de Morainvilliers avec le tiers des dîmes du blé, du vin et des menues dîmes ; l'aumône de Saint-Nigaise à Verneuil'^; ce que les religieux possèdent à Félins et à Ëpone, apud Espoonam, tant en hôtes qu'en un moulin du don de Gautier Hai ; l'église et la maison domum de Bréval avec toutes leurs dîmes et appartenances. Du don de Simon d'Ânet, âO sols sur le péage de Saint-Hilaire •; de Pierre de Richeborc, 20 sols sur le péage du Coudret^ 40 sols à Septeuil ^', l'église du Mont-Saint- Denis, de Colle SancH-Dionisii, avec deux portions de dîmes ; Téglise et la maison de Rouvres avec la dîme entière et toutes ses appartenances ; l'église de Marcilly, de Mar* celleio^ avec la dîme entière et ses appartenances, et la terre proche l'église donnée par Simon Sesni ; l'église de Bérou avec la dîme et ses appartenances ; du don de Gilbert Grespin,

* Les Mureaux, canton de Meulan (Seine-et-Oise).

• Sur le pain de Noël, voir Du Gange, Glossarium, 111, col. 124.

• Fresnes, canton de Meulan (Seine-et-Oise).

* Chapet, ceinton'de Meulan.

* Verneuil, canton de Poissy (Seine-et-Oise). On appelait du nom générique d'eleemosyna les biens donnés aux églises, et aussi parfois les hospices.

• Saint-Hilaire-de-Noyers, canton de Thiron (Eure-et-Loir). " Coudray-au-Perche, canton d'Authon ^Eure-et-Loir).

« Septeuil, canton de Houdan (Seine-et-Oise).

358 HISTOIRE DE l'abbaye du BBC

la moitié de la dîme du péage de Brezolles et la maison des religieux dans laquelle ils logent à Chartres, près de la poterne de Tévèque, c< juxta posternam episcopi», etc. Cette charte fut donnée au palais épiscopal, « actum publiée Garnoti in palatio pontificali », en Tannée 1194*.

Les évèques d*£yreux donnèrent de bonne heure des lettres confirmatives en faveur des religieux du Bec. A la demande de Tabbé Boson, Ouen confirma en 1126 tous les patronages d*églises, dîmes et autres biens que l'abbaye possédait dans son diocèse *.

L'un de ses successeurs, Garin de Cierrey, dans des lettres datées de 1194, donna aux religieux, pour le luminaire de leur église, deux gerbes de dime sur les terres en culture que l'abbaye possédait au Plessis-Mahiet, de la mouvance du fief de Barquet, et que le bénéficier Bouchard « tune persona ecclesiae de Barchet » avait résignées entre ses mains ^.

Aux confirmations épiscopales venaient s'ajouter les bulles d'approbation et de protection que les communautés demandaient souvent dès les premiers temps de leur fondation, et qu'elles prenaient soin de faire renouveler presque à chaque pontificat, surtout pendant le xii*' et le xiii^ siècle. A cette époque où la majesté du pouvoir apostolique ne trouvait que de fidèles sujets dans les rangs de la chrétienté, on conçoit de quelle importance pour les abbayes étaient les rescrits pontificaux, sources tout à la fois de précieux privi-

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 254.

* Bibl. nat., lai. 12884, f» 173. Cette charte de Ouen est mentionnée dans V Inventaire des titres du Bec, p. 18. Dans une charte datée de Beaumont. Rotrou de Warwick, évoque d'Evreux. confirma en 1143 plusieurs biens donnés à l'abbaye par Roger de Tosny, Morard de Campaniis et Richard de Romilly. (Bibl. nat., lat. i:i90o, f» 89 v®}.

^ Bibl. nat., lat. 1288o, f« 257. Le chiffre des églises et chapelles dont l'abbaye du Bec avait le patronage a souvent varié : quelques-unes disparaissent ou sont échangées dès le xii« et le xiii« siècles ; d'autres plus nombreuses viennent s'ajouter à la môme époque ou plus lard. Le Nouveau Pouillié du diocèse de Rouen, de 1704, donne pour les prieurés, églises, chapelles à la présentation du Bec les chiffres suivants : diocèse de Rouen, 87; d'Evreux, 32 ; de Bayeux, 2 ; de Lisîeux. 32 ; de Sées, 10 ; d'Amiens, 2; de Paris, 17; de Chartres, 15 ; de Beauvais, i ; ce qui fait un total de 198 bénéfices.

EXEMPTION DB l' ABBAYE 3â9

lèges spirituels et de garantie assurée pour les biens temporels. Au moyen âge, comme en d'autres temps, la force prima trop souvent le droit; mais à aucune époque peut-être le droit méconnu et opprimé ne rencontra à Rome des protecteurs plus dévoués et des vengeurs plus implacables. Les grandes causes trahies étaient portées en appel au Saint- Siège, et l'histoire en cite de mémorables exemples. Ce qui n*est pas moins digne de remarque, c'est la confiance avec laquelle les religieux s'adressent au pape pour leurs intérêts temporels, soit qu'il s'agisse du redressement d'une injustice, soit de la récupération d'un droit utile ou de la solution d'un conflit. Mais comme en toutes ces choses, il ne pouvait s'agir que de questions de fait, le pape renvoyait l'affaire à deux ou trois prélats du voisinage qui devaient évoquer la cause à leur tribunal, et parfois rendre compte au pape avant de prononcer la sentence ; mais jamais la justice accessible et paternelle des souverains pontifes ne se désintéressa de ses clients ni de leurs causes, pour humbles qu'ils fussent.

La première bulle de ce genre, donnée en faveur du Bec, paraît être celle de Calixte II, du 10 avril H23, par laquelle il confirme de son autorité apostolique les prieurés et les biens de l'abbaye, et prend sous la garde du Saint- Siège ce qu'elle possède légitimement, et ce qu'elle tiendra à l'avenir de la libéralité des seigneurs et de la charité des fidèles».

Les religieux du Bec s'étaient plaints au pape que les abbés et couvents du Breuil-Benoît, de Mortemer, de Gemay, de la Ferté, tous de l'ordre de Citeaux, ainsi que quelques particuliers des diocèses de Rouen, d'Evreux et de Paris, leur causaient des dommages dans la perception de leur dîmes, revenus, terres, vignes et autres biens. Le pape Innocent II écrivit,

* Bibl. nat., lat. 12^84, f» i69 v». — D. Jouvelin donne la signature de cette buUe : « Datum Laterani per manum Hugonis S.R.E. subdiaconi, IV idus aprilis, indict. 1. Incarn. Dominicae anno 1123, pontif. anno V. » Bibl. nat., lat. 13905, f» 1. Le sous-diacre Hugues n'a signé les lettres pontificales que du 16 septembre 1122 au 26 avril 1123. Voir Jaâe. Rtffesta ponlificum roinanorum, p. 527.

360 mSTOIRE DE L* ABBAYE DU BBC

le 20 janvier 1142, aux abbés de Saint-Ouen et de Sainte-Gatherioe de Rouen et au prieur de Saint-Lô de la même ville, pour les charger de convoquer les parties, de juger la cause sans appel, et de faire exécuter la sentence par voie de censures ecclésiastiques. Quant aux témoins cités qui se récuseraient par faveur, haine ou crainte, ils seraient, sans appel recevable, frappés de censures et forcés de rendre témoignage à la vérité. Si les trois juges ne pouvaient se trouver réunis, deux d'entre eux étaient chargés de Texécution du rescrit pontiQcal ^

Quels furent les résultats de cette enquête, fort compliquée si Ton en juge par le nombre des accusés? Nous Tignorons. D. Thibault parle seulement du curé de Nassandres, au diocèse d'Evreux, lequel cité par Tabbé du Bec à comparaître devant la commission pour avoir usurpé les dîmes de la guëde ^ croissant sur les terres à blé, «c super decimis wesdorum in terris bladiferis crescentium », avoua ses torts, et remit les dîmes aux mains des religieux qui en furent reconnus légitimes possesseurs ; les délégués apostoliques chargèrent Tévèque d'Evreux de veiller à l'exécution de la sentence '. Le résultat fut mince s'il se borna à une dîme de guède ; toutefois, la faute n'en revenait-elle pas un peu aux religieux qui avaient groupé en un seul faisceau tant de griefs qu'il était impossible à un tribunal composé de deux ou trois juges de parvenir à les démêler.

Les papes Lucius II, le 17 avril 1144, et Eugène lil, le 20 juin 1147 pendant qu'il était en France*, confirmèrent,

* « Datum Laterani, XIII cal. febr. pontif. nostri anno tertio decimo. » Bibl. nat., lat. 12884, fo 198.

* M. L. Delisle a cité de nombreux textes relatifs à la culture de la guède, ou voide, au xiip siècle, en Normandie. C'était un article important du commerce de Dieppe et surtout de Caen. Etudes sur la condition de la classe agricole, p. 329 à 331. Il y a à peine quarante ans, on cultivait encore dans les plaines de Caen le voide qui était expédié par énormes balles, et servait, avec l'indigo, à la teinture des frocs et des rubans.

3 Bibl. nat., lat. 12884, f« 199 v». D. Jouvelin donne la signature : « Datum Laterani, XV cal. maii, indict VIL Incarnat. Dom. anno 1144. pontif. anno I. » Ms. lat. 13905. f» 1 v.

* Bibl. nat., lat. 12884. f- 207. D. Jouvelin donne la signature : o Da-

EXEMPLE DE l' ABBAYE DU BEC 361

à la demande des abbés, les biens et possessions du Bec tant en France et en Normandie qu'en Angleterre.

En 1181, Lucius III confirma la possession des églises d'Ecouis, de Saint-Aubin d*Ecrosville, de Saint-Georges de Mézières ' et de la chapelle de Marbeuf, avec les chapelles et autres biens lui appartenant '.

Il arrivait souvent qu'en cas de litige, au lieu de recourir à Rome, on préférât transiger. Cette procédure plus simple et moins coûteuse était aussi beaucoup plus expéditive. Les exemples de transactions sont nombreux dans les annales de Tabbaye. Il en est de même des échanges .

A peu de distance de Pabbaye, le ruisseau du Bec se jetait dans la Risle, importante rivière baignant de larges et fécondes prairies et mettant en mouvement plusieurs moulins. Les religieux du Bec en eussent volontiers installé un pour leur usage; mais la place était prise depuis longtemps, et il fallut composer avec les premiers occupants, les religieux de Jumièges. Dès Tannée 1024, Toustain Goz, l'un des vicomtes attachés à la personne du duc Richard II, avait donné à Tabbaye de Jumièges une portion de son domaine de Pont-Autou ^. Nos religieux désirant établir sur la Risle un moulin pour la commodité de leur monastère, obtinrent

tum Meldls per manum Guidonis S.R.E. diaconicardinaliset cancellarii, XII cal. julii, indict. X. Incarn. Dom. 1147, pontif. anno III. » Ms. lat. 13905, f« 2.

* Mézières, canton d'Ecos (Eure).

* Bibl. nat., lat. 12884, f« 242 v». V Inventaire des titres du Bec mentionne cette bulle en ces termes : a Gonûrmation du pape Luce III à Tabbaye du Bec des églises d'Escouis, Saint-Aubin, et S. Georges-de- Méziùres, avec la chapelle de Marbeuf » (p. 13). Il cite encore cette autre dont nous n'avons point trouvé trace ailleurs : « Confirmation de Luce III des droits de Tabbaye du Bec dans la forêt de Bray ; les églises et dîmes de Blargis, de Saint-Denicourt, Formerys et autres y désignez 0 (p. 13). Ces trois dernières localités appartiennent au département de rOisc.

' « Dédit ad Pontem Âltou duas partes ex his quae ibi possidebat, id est de ecclesiis, de terris, de pratis, et molendinum unum, et insulas duas cum integritate. » Charte de Richard II citée par Le Prévost, Mémoii^es et notes, II, 571. — Une charte vidimée par Henri V, vers 1422, porte : a In Normannia, partem Pontis Adonis sicut Risla dividit, cum ecclesia et molendino, et homines ejusdem villae, quieti sint ab omni consuetudine in leuca Brioniae. » Seustria pia, p. 324.

en 1131 Tassentiment de Tabbé de Jumiëges, sauf réserve du droit de réclamer la possession du moulin en payant vingt sols sterlings * aux religieux du Bec, pour les dédommager de leur construction. De leur côté, les moines du Bec s'engageaient envers ceux de Jumièges à une rente de 40 sols, p7*opter moltam^ payables par moitié, à la Purification et à la Saint-Jean, et qui devait cesser en cas de révocation de la concession 2.

En 1135, Boson et ses religieux échangèrent avec Guillaume de Reviers tout ce que son père Richard de Reviers ^ et Hugues son oncle avaient donné à Tabbaye dans la ville d'Opènes S moyennant vingt sols sur ce qui lui appartenait du tonlieu de Vernon, payables chaque année à la Saint-Michel et destinés au chambrier pour les vêtements des religieux. Guillaume de Reviers donna en outre à Tabbaye tout ce qu'il possédait à Vernon et aux environs, et la moitié du vin qu'il avait à prendre sur la terre de Girard Bordun *.

Un échange eut lieu, en 1160, entre les religieux du Bec et les Cisterciens de Beaupré, au diocèse de Beauvais, aux conditions suivantes : Roger, abbé du Bec, et son couvent cédaient à l'abbaye de Notre-Dame de Beaupré toutes leurs

* Dans les statuts d'Edouard I«f, roi d'Angleterre, il est dit : « Denarius Angliae, qui vocatur sterlingus, rotondus sine tonsura ponderabit 32 grana frumenti in medlo spicae, et âO denarii faciunt unciam et 12 unciae faciunt libram. » Adde Fletam, lib. II, cap. xii, § I ; et Foros Morlanenses, art. 18. Hocsemius in Adolpho a Marka episcopo Leod. cap. xviii, ait « In provincia Coloniensi unciam 20 sterlingos ponderare, sterlingum 36 vel circiter hordei grossi grana, sive speltae, 8 vero uncias marcam adaequare. » In Regesto Pater in Caméra Computorum Paris, f" 204, dicitur Esterlingus appendere 3 obolos Turon. « Chascun Estellin doit pezer 3 oboles Tournois. » Solidus vero ponderalis appendebat 12 obolos. w Du Cange, Glossarium, II, 277.

• Bibl. nat., lat. 12884, f» 175.

' Sur Richard de Reviers, ami et conseiller du roi Henri I«', voir Ord. Vital, III, 351 ; IV, 95, 110, 276. Il mourut en 1107 et fut enterré à Montebourg.

*Sur Opènes lOpeneis, Aupenies, Houpenies, Ampenois, etc.) nom primitif de Bourg-Beaudouin, canton de Fleury (Eure), voir de Blosseville, Dictionnaire topographique du département deVEure, p. 4.

^ Bibl. nal., lai. Ii»88i, fo 189.

EXEMPTION DE j/ABBAYë 363

dîmes de UarodrMesnil en échange dç quatre mines * de froment, mesure de Gerberoy, payables chaque année à la Saint-Rémi en la grange d*Abancourt '.

Un différend existant entre les abbayes du Bec et de Briostel ' fut soumis, en 1161, à l'arbitrage de Tarchevèque de Rouen. Hugues d* Amiens, les parties entendues, ce in preasentia nostra », décida que Tabbé du Bec céderait à celui de Briostel tous ses droits sur les dîmes de Monceaux, de Mesnil et de la Vacquerie, de Vacariis, à la condition que Tabbaye de Briostel paierait le premier dimanche de Carême une rente annuelle de cinq sols beauvaisins. Mais s'il arrivait, par le fait de guerres, que les terres fussent réduites à un tel abandon que les moines n^en retirassent aucun proGt, Tabbaye du Bec n'exigera d'eux, durant ce temps, aucune rente *.

En 1172, Gilles du Perche, évêque d'Kvreux, reçut en toute propriété de l'abbé Roger et de son couvent un verger, virguUum, une ville et une terre adjacente, le tout sis à Pont-de-l'Arche ; et l'évêque, de Tavis de son chapitre, transporta à l'abbaye du Bec une rente de deux muids de vin que lui faisait chaque année le chapitre de Vernon. Parmi les témoins de cet échange figurent Ives, archidiacre de Rouen, et Guy, doyen d'Evreux '.

On a vu qu'en 1142 le pape Innocent II avait été saisi d'une

' La mine valait 4, 5 ou 6 boisseaux. Elle est parfois donnée comme équivalant à 2 quartiers. Le quartier se composait ordinairement de 4 boisseaux. L. Delisle, Eludes sur la condilion, elc, p. 543.

* Bibl. nat.. lat. 12884, f» 221 v®. Abancourt, canton de Formerie (Oise).

' L'abbaye de Briostel ou de Lannoy, Alnelum ou Brioslellum, de l'ordre de Saint-Benoît, fut fondée sous l'invocation de la sainte Vierge, en 113;), par Lambert de Briostel, ensuite reconstruite l'an 1137 et transférée à Lannoy; eUe passa en 1147 à l'ordre de Citeaux, étant fille de Beaubec.

* a Quod si propter aliquam guerram, praedictae terrae in tantam solitudinem redactae fuerint ut ad nullos usus monachorum proficiant, praefatos reditus intérim ecclesia Becci ab eis non exiget. » Bibl. nat., lat. 12884, f« 226. Une clause semblable se retrouve dans la sentence d'arbitrage de 1188 citée plus loin,

'' Bibl. nat., lat. Ii«84, (' i'M.

364 HISTOIRE DE l'abBATB DU BEC

plainte portée par les religieux du Bec contre plusieurs abbayes cisterciennes, notamment celle de Mortemer. Il s*agissait de domlnages causés soit dans la perception des dîmes, soit dans la jouissance de terres et vignes qui appartenaient au Bec. Faut-il voir dans la pièce suivante un écho lointain des procédures ordonnées par le pape trente-huit ans plus tôt? « Sachent tous que moi, frère Guillaume, abbé de Mortemer * et le couvent dudit lieu, avons confirmé notre engagement de payer aux religieux du Bec, par les mains de leur fermier d'Ecouis, chaque année h la Toussaint, deux setiers de froment ^ dans notre grange de la Mésangère, à cause de 8 acres de terre que nous tenons à Touffreville ^ du fief de Payen et du fief d'Amauri, lesquelles tenures sont de la mouvance du Bec. Nous avons promis en outre que nous ne recevrons désormais aucune terre du fief de cette abbaye, ni en don, ni par acquisition, sans le consentement de son chapitre. Fait en Tannée de Tlncarnation du Seigneur H80*. »

Un conflit, dont la date est difficile à déterminer, avait surgi entre les religieux du Bec et ceux de Beaubec, de Tordre de Giteaux, dans le diocèse de Rouen, au sujet des dîmes de Murelmont, Sérifontaine, Abancourt et Aincourt^. L'archevêque de Rouen, Hugues d'Amiens, Tavait une première fois apaisé en décidant que, pour percevoir les dîmes en litige, Tabbaye de Beaubec paierait une rente annuelle de 55 sols de la monnaie de Beauvais. La querelle se ranima

* Guillaume I" Tholemeus, anglais de nation, fut abbé du Valasse de 1174 éi 1179, et de Mortemer de 1179 à 1201. {Gallia christ.. XI, col. 309 et 314.)

* Le setier était une mesure fort variable allant de 12 à 18 boisseaux. L. Delisle, Etudes sur la condition ^ etc., p. 543.

^ Ecouis, canton de Fleury-sur-Andelle ; la Mésangère, Siesengeria, (Cartul. de Mortemer), ferme du Mesnil-Verclives, canton de Fleurysur-Andelle ; Touffreville, canton de Lyons-la-Forôt (Eure).

* Bibl. nat., lat. 12884, f 242 v».

* Mureaumont, cantondeFormerie ; Scrifoniaine, canton du Coudray; Abancourt, canton de Formerie (Oiso) ; Aincourt, canton de Magny (Seine-et-Oise) ; Elargies, canton de Formerie (Oise). Sur ces possessions de Tabbaye du Bec confirmées par les évoques d'Amiens au xu' siècle, voir page 354 de cet ouvrage.

parce que le curé de Blargies, autorisé par le pape en raison des droits de sa cure, avait enlevé aux religieux une portion de leurs dîmes ^ Cette fois, ce fut Gautier le Magnifique qui fut choisi comme arbitre. En 1188, il rendit la sentence suivante : « Voulant mettre fin h cette cause plus encore par la conciliation que par la stricte justice, après avoir pris conseil d'hommes honnêtes et prudents, de Tagrément des deux parties, nous avons décidé que les moines de Beaubec paieraient à ceux du Bec, le premier dimanche de Carême, 80 sols de la monnaie de Beauvais pour la rente dessus dite ; quant aux 5 sols de surplus, ils les garderont en compensation de la portion de dîme dont ils ont été évincés; que si pour cause de quelque guerre, les terres étaient réduites à un tel abandon que les religieux de Beaubec n'en pussent tirer aucun profit, l'abbaye du Bec, durant ce temps, ne pourra exiger sa rente. Fait en l'année de Tlncamation 1188. Témoins : Robert, doyen de Rouen, etc. *.»

Jean, doyen de Rouen, termina, en 1 190, un litige du même genre entre l'abbaye du Bec et celle de Saint-Wandrille. Il s'agissait des dîmes du territoire de Biville ' et des marais y attenant^, et des coutures de Longueil. Le doyen décida que les religieux du Bec posséderaient à perpétuité la troisième gerbe sur toutes ces terres ; ceux de Saint-Wandrille en auraient deux, mais ils paieraient chaque année à la Toussaint, au prieur de Longueil, 12 mines d'orge, mesure légale, per legitimam mensuram. L'acte fut scellé par

* Les cardinaux réunis à Avranches, en 1172, déclarèrent que nul ne pouvait empêcher le desservant d'une paroisse d'y percevoir le tiers de la dîme. « Item, de tertia parte decimarum nihil presbytero qui servit ecclesiae auferatur. » D. Bessin. Concil. Roihomag, provinciae, I, 86.

* Bibl. nat.. lat. 12884, f« 247. Une autre convention dut intervenir plus tard, car on lit à Tannée 1452 dans VInvenlaire des titres du Bec, p. 1775 : a Recognoissance de 100 sols de rente deubs à Tabbaye du Bec par Tabbé de Beaubec. m

3 Biville la-Rivière, canton de Bacque ville ; Longueil, canton d'Offranville (Seine-Inférieure). Nous ignorons l'origine des dîmes dont l'abbaye jouissait à Biville.

* Sur la propriété et la jouissance des marais, voir L. Delisle, Etudes sur ta condition, etc., p. 281 et suivantes.

36() HISTOIRE DR L'aBBAYE DU BEC

le doyen de Rouen et les abbés du Bec et de Saint-WandriUe K <( Au moyen âge, le transit des marchandises était frappé de droits excessivement multipliés ; il n'y avait pas de petit baron qui ne s'en fit payer ; on retrouve partout ces droits, et sous les noms de péage ', de rouage, de portage, d'entrage, ils frappent toute espèce de marchandise par quelque mode de locomotion qu'elles soient transportées. Primitivement, ces droits atteignaient tout le monde. Au treizième siècle, on voit s'établir Tusage que les nobles, les clercs et les religieux, ne faisant point le commerce, en sont exempts ^. »

Les seigneurs ne se contentaient pas d'exiger le péage ou le droit de travers pour le transport des marchandises d'un lieu à un autre ; ils prélevaient encore le tonlieu, teloneum, ou droit que l'on payait pour le lieu et place occupés par les marchandises, denrées et bétail, aux jours de foires et de marchés ^ Les religieux étaient soumis comme tout le monde à ces divers droits ; et comme ces redevances se renouvelaient sur chaque terre seigneuriale, elles constituaient une charge assez lourde dont les moines s'efforcèrent d'obtenir l'affranchissement. Les cartulaires renferment un grand nombre de chartes exemptant les abbayes de ces diverses exactions ^ ; parfois même le droit de les percevoir à leur profit leur est concédé, en totalité ou en partie.

* Bibl. nat., lat. 12884, f 249 vo.

- Le péage, pedagium, était un droit qui se prenait sur le bétail et la marchandise qui passe, en raison de Tobligation où étaient les seigneurs d'entretenir en bon état les ponts et les chemins sur l'étendue de leurs terres, et de veiller à la sécurité des voyageurs. Le péage s'appelait encore travers, parce qu'on le payait pour avoir le droit de faire traverser les marchandises d'un lieu dans un autre.

' D'Arbois de Jubainville, Etudes .sur Vétat intérieur des abbayes cisterciennes et principalement de Clairvaux au XII* et XIII* siècle. Paris, 4858, p. 325.

* Plus tard le tonlieu prit le nom de coutume. Chose bizarre, dans ces dernières années du xix» siècle, ce nom est demeuré en usage dans beaucoup de localités du département de l'Eure, et le droit de place que les paysans paient pour vendre au marché leurs volailles, beurre, œufs, etc., s'appelle toujours la coutume^ et celui auquel la municipalité afterme le droit de le percevoir, s'appelle coutumier.

" On trouve, danà le carlulaire de Clairvaux, 49 chartes contenant les privilèges de ce genre; elles forment un chapitre particulier intitulé

Guillaume le Bâtard accorda à Tabbaye, en 1041, le droit de toûlieu sur le territoire de Tabbaye*.

L'élévation de Guillaume de Beaumont à la chaire abbatiale du Bec en 1094, provoqua la générosité de Robert P% comte de Meulan, cousin du nouvel élu. On a vu que Robert Gourte-Heuse avait fini par remettre le vieux Roger de Beaumont en possession de Brionne ; son fils, Robert V^ de Meulan, conserva toute sa vie cet important domaine et le transmit^ en mourant, avec le reste de ses immenses propriétés, à son fils Galeran IP. L*abbaye, qui relevait immédiatement du duché de Normandie, se trouvait néanmoins enclavée dans le domaine de Brionne. Robert de Meulan, désirant être agréable à son cousin, exempta de toute coutume ce que Ton achetait pour la nourriture des religieux. « Jusque-là, dit Miles Crespin, les officiers du château de Brionne exigeaient, jusque dans la cuisine du Bec, une redevance sur les denrées destinées au réfectoire des moines '. » Plus tard, Robert de Meulan étendit encore ce privilège et exempta les religieux de payer, sur toute l'étendue de son domaine^ le droit de tonlieu et de travers pour toutes les marchandises appartenant en propriété aux religieux, ou achetées par eux, tant pour leur nourriture que pour leur vêtement^. Galeran II, comte de

Pedagia. M. d'Arbois de Jubainville les a reproduites, p. 381 à 412 de ses Etudes sur Vétat intérieur des abbayes cisterciennes^ etc.

* « Willelmus, cornes Normaniae, dédit omnes consuetudines de sanguine et teloneo quas habebat circa Ipsum monasterium. » Bibl. nat., lat. 13905. fo 116 V.

* En plus de Brionne, Galeran de Meulan possédait, en 1119. Pont- Audemer, Beaumont-le-Roger et Vatteville sur la rive gauche de la Seine, près de la forêt de Brotonne. (Ord. Vital, IV, 347.)

' « Dédit tune cornes Mellenti liobertus ut res quae ad victum fratrum emebantur quietae deinceps essent ab omni consuetudine, quae usque ad illud tempus de rébus ad cibum monachorum pertinentibus, iibicumque emerentur, etiam in coquina Becci a ministris Brionnii castri exige batur. » Vita Willelmi tertii abbatis, ï. 318.

* « Procedente tenipore. dédit idem cornes Mellenti per totam terram suam, ubicumquesuum erat hocexigere vel dimittere. ut omnes dominicae res monachorum Becci ad victum velvestitum pertinentes, ubicumque monacbi essent, ad quorum usus emebantur, sive in claustro sive extra claustrum in negotiis raonasterii, quietae forent ab omni consuetudine quae telonei vel transitus, seu alio nomine nuncupatur. » Vita Willelmi

368 BISTOIRE DE l'aBBAYE DU BEC

Meulan, confirma et augmenta encore ces donations vers Tannée 11 50 ^

Robert II, comte de Meulan, donna, en H73 ou 1174, une charte confîrmative de celle de son père ; elle mérite d'être connue. « Sachent tous ceux qui verront ou orront cette présente charte, que moi, Robert, comte de Meulan, pour mon salut et pour celui du comte Galeran mon père, et de tous mes ancêtres, j'ai donné à Dieu et aux religieux servant dans Tabbayede Notre-Dame du Bec, en libre, pure, franche et perpétuelle aumône, le tonlieu et les autres coutumes que

terlii abbatis^ p. 318. Cette seconde concession aurait eu lieu, selon D.Thibault, vers Ul 7. « Robertus, cornes Mellenti, jus consuetudinis in oppido Becci concessit monachis Beccensibus propter suum dominium in oppido de Briosne, cujus erat cornes, subjecto ; et haec donatio a rege Henrico primo confirmata fuit, anno Domini 1117. » Bibl. nat., lat. 12884, f» 165. Robert !•' de Meulan confirma par la charte suivante les donations que son père, Roger de Beaumont, avait faites à Tabbaye. « Notum sit... quod ego Robertus, cornes Mellenti, et Elysabeth uxor mea, et filii nostri Walerannus, Robertus atque Hugo, concedimus donum et quietudinem quam fecit Rogerius de Bellomonte pater meus Deo et ecclesiae S. Mariae Becci in villa quae dicitur Pons-Audomari, de theloneo et passagio et moltura et de omni consuetudine quae pertinet ad vestitum et calciaturam et ad omnes dominicas res praedictae ecclesiae Becci et omnium monachorum ejusdem ecclesiae. Hoc idem ego Robertus, cornes Mellenti, et Elysabeth uxor mea et praedicti filii nostri Walerannus, Robertus et Hugo concedimus praefatae ecclesiae Becci in villa quae dicitur Wellebonium (sans date). » Bibl. nat., lat. 13905, f« 24. — Wellebonium doit être Elbeuf, qui appartenait aux Meulan.

* « Notum sit quod ego Galerannus, comes Mellenti... concessi Deo et Sanctae Mariae et monachis de Becco Herluini, ubicumque maneant, ut ipsi cum omnibus rébus suis liberi sint et quieti omni tempore, euntes et redeunies, ementes et vendentes per totam terram meam et potestatem meam tam in Francia quam in Normannia, per terram et aquam, de theloneo et passagio et pontagio et pedagio et transverso, cum omni alia consuetudine et exactione. Concessi quoque eis ut omnes homines de manupastu suo liberi sint et quieti, sicut et ipsi, per totam potestatem meam et terram, nisi negotiatores fuerint. Aliis vero hominibus eorum qui sunt de parrochia Becci tantum. condonavi et concessi ut ipsi apud Briognium et per totam potestatem et honorera Briognii liberi sint et quieti de pedagio euntes et redeuntes, ementes et vendentes, et dimidiam tantum consuetudinem solveuit... Roberto filio meo praesente et idipsum eis concedente et sigillo suo mecum confirmante. Testes : Agnes comitissa, Willelmus Malveisin, etc. « Bibl. nat., lat. 13905, f» 29 et 12884, f° 211 v. En 1140, Galeran de Meulan donna une rente annuelle et perpétuelle de 100 sols de Rouen pour la cuisine du Bec. (Bibl. nat., lat. 12884, P 196 v**.)

EXEMPTION DE L'aBBAYE 369

je possédais à titre héréditaire dans le bourg et toute la paroisse du Bec. J*ai également accordé auxdits moines que tous ceux qui vont et viennent, vendent et achètent au marché du Bec soient libres et francs de péage dans tout rhonneur de Brionne où le péage est exigé des passants. En outre, j'ai confirmé auxdits religieux toutes les aumônes et franchises qu'ils tenaient de mes ancêtres et de mes hommes, en terres, prés^ églises et dîmes, moulins, eaux, viviers, pêcheries, villis, jardins et hommes, revenus, coutumes et autres choses quelconques. Pour cette donation, concession et confirmation, j'ai reçu de la charité du Bec, de caritate ecclesiae Becci, des mains de Tabbé Roger, 100 livres parisis, et 10 livres angevines pour deux palefrois*. »

Pour entrer en possession réelle des avantages énumérés ci-dessus, l'abbé et les religieux durent passer un compro* mis avec Robert d'Harcourt qui revendiquait un tiers de la coutume du Bec*. « L'an de l'Incarnation 1174, Robert, comte de Meulan, a donné en perpétuelle aumône à Notre- Dame du Bec toutes les coutumes de tonlieu que lui et ses ancêtres avaient possédées dans toute la paroisse du Bec. Mais comme un tiers de toutes ces coutumes appartenait au seigneur d'Harcourt, moi, Roger, abbé du Bec, du consentement commun de mes frères les religieux, je concède aujourd'hui et h toujours, et je confirme par l'apposition de mon sceau, à Robert d'Harcourt et à tous ses héritiers, cette tierce partie, sauf cependant la franchise et la coutume dont je jouissais antérieurement h la donation du comte de Meulan, à savoir : que les habitants de la paroisse du Bec continueront à payer, sans partage, à moi et k mon prévôt, la coutume de tout ce qu'ils vendront ou achèteront dans les limites de la paroisse du Bec, et le comte d'Harcourt n'aura rien à prétendre sur ces redevances parce qu'elles ne lui ont jamais appartenu ; sauf encore la foire de Saint- Rémi qui

• Bibl. nat., lat. 12884, f» 232 ; et 13905, f» 29.

* Robert H, sire d'Harcourt, avait épousé Jeanne de Meulan, flUe de Robert M, laqueUe lui avait apporté en dot une portion de la seigneurie de Brionne, ou du moins une rente sur les revenus seigneuriaux de la ville.

370 HISTOIRE DE L'aBBAYE DU BKC

m'appartient entière avec sa franchise et sa coutume primitive ^ Quant à toutes les autres coutumes qui étaient au comte de Meulan, à savoir, celles que doivent payer les gens étrangers à la paroisse du Bec qui viennent acheter ou vendre, la tierce partie en appartiendra, comme il a été dit, au seigneur d'Harcourt. Gomme il arrive que ces redevances augmen* tent ou diminuent, elles augmenteront ou diminueront pour le sire d'Harcourt, en raison de son tiers. Lorsque la prévôté du Bec devra être adjugée, le plus fort enchérisseur sera nommé prévôt. Si celui qui offre le plus vient de la part de Tabbé du Bec et est agréé par lui, ce prévôt répondra par-devant le seigneur Robert, et trouvera des garants de sa fidélité à rendre la part qui lui revient ; . si le prévôt se présente de la part du seigneur d*Harcourt et est agréé par lui, son tiers demeurera le gage et la caution de ce qui appartient à Tabbé. Du reste, le prévôt du Bec se présentera chaque mois au château d'Harcourt et remettra ce qui revient au seigneur Robert. S'il y manquait, le seigneur Robert le jugerait comme son propre serviteur. Moi, Roger, abbé du Bec> et Robert d'Harcourt avons passé ces conventions qui devront être observées de bonne foi par nous et nos successeurs ; et pour que leur connaissance soit un gage de paix pour Tavenir, nous les avons confirmées par écrit*. »

(( Les abbayes normandes, dit Auguste Le Prévost, mirent en général un grand empressement à se faire concéder des domaines dans la vallée de Gaillon, seule portion de la province qui produisît des vins potables. La circulation entre les diverses contrées du royaume était, dans ces temps reculés, si difficile, si dispendieuse et si précaire, les communications maritimes elles-mêmes si mal assurées, que le clergé avait un intérêt pressant à posséder des vignobles, d'abord pour garantir le service de Tau tel ', puis pour la con-

* Ces réserves de Tabbé du Bec doivent se rapporter aux droits de tonlieu accordés à Tabbaye par Guillaume le Bâtard.

* Bibl. nat., lat. 12884, f« 235.

^ La nécessité de se procurer du vin pour le sacrifice de la messe fut cause qu'en Angleterre, comme en Normandie, les moines essayèrent

fommatioii des moines. Aussi verrons-nous les grandes abbayes de Saint-Ouen, Fécamp, Jumièges s*empresser de prendre pied dans cette petite région viticole, véritable terre promise pour elles, au milieu de populations condamnées à ne s'abreuver que de bière ou de cidre*. »

Les premières vignes données à Tabbaye du Bec, avant la fin du xi** siècle, étaient situées aux environs de Vernon^ Beaucoup plus tard, seulement au xiii^ siècle, les moines purent acheter quelques parcelles sur les coteaux de Gaillon^, car les principales vignes de cette contrée ne furent jamais aliénées par les seigneurs. Ce fut de Meulan, de Mésy * et de Tessancourt que Tabbaye tira la plus grande partie du vin destiné soit à Tautel, soit à l'approvisionnement du réfectoire.

La circulation des vins, comme de tout autre marchandise, était à chaque instant entravée par les exactions fiscales des seigneurs riverains de la Seine, car les vins venant de Meulan ou de Vernon suivaient, pour arriver au Bec, la

de planter des vignes sur les coteaux voisins de leurs églises. Sur la culture de la vigne en Angleterre, voir : H. EUis, A gênerai introduction to Domesday Book, t. 1, p. 116. Un canon du concile tenu à Winchester, en 1076, met bien en relief la difficulté que les prêtres de ce pays avaient à se procurer du vin : <c Quod sacriflcium de cervisia nec de sola aqua non fiât, sed solummodo aqua vino mixto. » Labbe, Sacrosancta concilia, t. X, col. 352; cité dans L. Delisle, Etudes sur la condition^ etc., p. 420.

* Mémoires et notes, l, 164.

* Sur les vignobles de Vernon et de Longue ville, voir L. Delisle, Eludes sur la condition, etc., p. 421 et suivantes. Cf. : l'abbé Cochet, Les anciens vignobles de la Normandie, Rouen 1866.

=* Il y a dans le cartulaire du Bec, f» 57 à 39 (Archives de l'Eure. H, 91) plusieurs chartes transcrites sous le nom de Titulus Gallonis entre les années 1261 et 1264. Cf. : Inventaire des titrées du Bec, p. 925 et

* n Apud Mesiacum, vineas duas penitus dimisit Beccensibus possidendas Joannes de Prenosa, dominus de RouUeboise, miles, compositione 200 librarum turonensium quas ab illis recepit. Actum anno l261,menseoctob. Quam compositionem factani recognoverunt, coram archidiacono Pissiacensi in ecclesia Camotensi, dictus Joannes de Frenosa et Joanna uxor ejus, sabbato post festum S. Andreae, mense decembri 1261. Cul compositioni seu venditioni consensum dédit dominus de Rupe, miles, dominus capitalis de Mesiaco. » Bibl. nat.. lat. 12884, r 379.

37i HISTOIRK DE L' ABBAYE DU BEC

voie d'eau jusqu'à Pont-de-l' Arche. Les rois de France et leurs vassaux, aussi bieu que les barons normands, accordèrent aux religieux le libre passage pour leurs bateaux chargés. C'était un avantage fort appréciable, car on jugera par les chartes d'exemption à combien de péages devait s'arrêter la batellerie de Seine.

Vers l'année 1090, Philippe I"', roi de France, dans une charte donnée à Pontoise et remisé aux mains d'Anselme, abbé du Bec, accorda aux religieux l'exemption du tonlieu ou coutume que le fisc exigeait des vendeurs, acheteurs, ou passants dans le domaine royal, nommément à Paris, à Pontoise, à Poissy et à Mantes, par terre et par eau*.

Louis Vil prend également, en H37, sous sa garde les biens de l'abbaye situés dans le domaine royal, et déclare exempts de toute coutume et exaction « leurs bacs et bateaux qui, au temps des vendanges, sont amenés sur nos terres

< « In nomine Patris et Pilii et Spiriius sancti Dei omnipotentis. Ego Philippus, Dei gratia rex Francorum, propter Deum et pro redemptione animae meae, concedo monasterio Beccensi quod est in Normannia constructum in honorem beatae et gloriosae Virginis genitricis Dei Mariae, ut res monachorum ejusdem coenobii propriae sint quietae in perpetuum ab omni exactione quae sive theloneum, sive transitus nominatur, sive alio nomine dicitur, quod solet exigi pro consuetudine fisci a vendentibus, vel ementibus, vel transeuntibus in omnibus illis iocis in quibus meum est hoc exigere aut remittere, et nominatim in Parisio, In Ponte Isarae, in Pexeio, in Medanta, et in aqua et extra aquam. liane donationem feci apud supradictum castrum Pontis Isarae in caméra sua, in manum abbatis praefati coenobii Anselmi nomine. praesentibus pluribus de meis et de ejus hominibus. Praecepi etiam ut haec nostra largitio scriberetur et nostro signo ad poslerorum cognitionem corroboraretur. Testes : OdocUricus et medieus de Redolio ; Gualerannus camerarius qui et Blancardus cognomînatur ; Tuilfus pincerna de Parisio ; Gualo filius Odonis de Calmonte ; Alardus ; Damianus ; Roduifus cubicularis ejusdem abbatis ; GuUleimus filius Ivonis de Bornevilla. S. Philippi régis ; S. Gervasii dapiferi ; S. Waleranni camerarii ; S. Lanzelini buticularii ; S. Walonis constabularii. » Bibl. nat., lat 13905, f* 30. Vers 1105, Philippe I", ainsi que son ûls Louis, prend sous sa protection les biens du Bec situés en France, « et nominatim navim et baccum qui unoquoque anno adducuntur et onerantur in vindemiis ». Bibl. nat., lat. 12884, fo 119 v». D. Jouvelin place cette charte à Tannée 1108 ou environ et cite cette phrase : « Sciantque omnes qui hoc praeceptum tenuerint, quod concessu abbatis Willelmi omniumque monachorum, fuerint participes omnium beneficiorum ecclesiae Becci. » Bibl. nat., lat. 13905, (• 19 v».

EXEMPTION DK L' ABBAYE 373

pour y être chargés. » En conséqueace, il mande h ses prévôts de Poissy et de Mantes de protéger leurs bateaux et de n'exiger d'eux aucune coutume *. Ces exemptions en faveur des moines de race normande déplaisaient sans doute aux collecteurs royaux, car, en 1176, le même roi écrivait au prévôt et aux baillis de Mantes d'avoir à respecter le privilège des religieux sous peine d'une amende d'un marc d'or pour quiconque transgresserait son mandements

Philippe-Auguste confirma ces chartes de Louis VII en

L'un des plus anciens privilèges de ce genre, le plus ancien peut-être, octroyé par un seigneur, fut accordé, en 1077, par Guillaume de Vernon, pour les bateaux des reli-

* A Et praecipue baccos et naves eorum, qui tempore vindemianim in terram nostram adducuntur et onerantur, ah omni inquietatione et consuetudine prorsus esse quietos decernimus... Actum Parisius publiée, anno incarnati Verbi 1137, regni nostri anno quarto, astantibus in palatio nostro quorum nomina aubtitulata sunt et signa. S. Rodulfi Viromanduorum comitis et dapiferi nostri ; S. Guilleimi buticularii ; S. Ilugonis constabularli ; S. Hugonis camerarii. Data per manum Algrini canceUarii. » Bibl. nat., lat. 12884, f« 193 v, et 13905, f* 30. Louis le Jeune monta sur le trône le 1" août 1137; cependant il y a des chartes où il date son règne de l'année 1133, au mois de juillet. Voir : Quantin, Dictionnaire raisonné de Diplomatique chrétienne, édit. Migne, col. 251 .

* « Ludovicus Dei gralia Francorum rex, praeposito Meduntae et universis baliivis regiis qui Meduntae sunt, salutem. Sciatis quod si quis vestrum, audita et cognita car ta quam habet monasterium Beatae Mariae Beccensis super libero transitu navium suarum et rerum, eidem cartae contraire praesumpserit, et fratres vel ministros ejusdeni loci contra nostrae cartae tenorum vexaverit, pro transgressione mandati nostri et laesione libertatis quam Dei amoreindulsimus, in poenam unius marcae auri nobis persolvendae incidet, et eam nobis absquc aliqua relaixatione persolvet. Actum anno incarnati Verbi 1176. » Bibl. nat., lat. 12884, f- 236 v% et 13905, f» 30. — Saint Louis, par lettres datées d'Asnières, au mois de juillet 1233, fit remise aux religieux du Bec de quatre pots de vin que le prévôt d'Andely exigeait lors du passage de leurs bateaux après les vendanges ; « quatuor ollas vini, quas praepositus noster Andeliacensis in ipsorum navibus vina sua deferentibus. tempore vindemiarum. capiebat, quando videlicet per Andeliacum transitum faciebant. Actum apud Asnerias. anno Domini 1233, mense julio ». Bibl. nat., lat. 13905, V 30. et 12884, r 321 vo.

« Seustna pia, p. 488 ; L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. 62, n»2o8.

gieux portant des marchandises à leur usage et passant (( dans les eaux de Yernon».^ Son petit-fils, Richard de Vernon, confirma, en 1149, Texemption du droit de travers*.

Raoul de Tosny, II* du nom, et Isabeau sa femme, affranchirent, en 1085, du droit de coutume sur l'étendue de leur domaine, toutes les marchandises appartenant aux religieux^. Cette exemption fut confirmée en 1129 par Raoul IIP qui ajouta celle du travers en Seine, à Tosny, pour les bateaux transportant le vin ou le blé des religieux^.

En 1129, Gaston de Poissy, du consentement de sa femme Jacqueline, qui lui avait apporté ce domaine en dot, donna au religieux le libre passage à Mantes pour leurs bateaux et bacs, ainsi que le franc travers par terre et par eau*.

* « Anno 1077, Willelmus de Vernon concessit monachis Becci ut naves eorum et omnes res ad usus et victum illorum proprie pertinentes, liberae sint in perpetuum per totam aquam de Vernon, sive in transitu, sive in transverso, w Bibl. nat., lat. 12884, T 49 v«. Cette charte est reproduite dans le Neuslria pia, p. 402. En 1201, Philippe- Auguste déclara que les bateaux et les marchandises passant par la rivière et le fief de Vernon étaient francs de coutume. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. 154, n° 662.

• Bibl. nat., lat. 12884, f 210 v^ » Bibl. nat., lat. 12884, f 71 v».

* Selon Orderic Vital (II, 404), Raoul 111 de Tosny serait mort en 112H ou 1126. La charte visée par le Chronicon Beccense auct. et illustr. de D. Thibault permet de croire qu'il vivait encore en 1129.

^ « Rodulfus de Toeni libertatem iisdem monachis concessit pro transitu Toeni navium commeantium et quodlibet portantium sive vinum, sive frumentum, sive aliud aliquid, sive sursum eundo, sive deorsum redeundo, ut videlicet nullus ex hominibus vel famulis suis praesumat quidquam postulare a conductoribus. » Bibl. nat., lat. 12884, fo 174 v«.

• Bibl. nat.. lat. 12884, f» 174 v», et 13905, f» 24. Cette charte est reproduite dans le Neustria pia, p. 491 . Le Recueil de D. Jouvelin cite encore la charte suivante relative au passage devant Mantes et Hosny ; elle est sans date, mais elle appartient au milieu du xu'' siècle, puisque Ton voit Guillaume Mauvoisin, témoin d'une charte de Galerau H de Meulan en 1150. « Willelmus Malvesin, in transitu apud Medantam et apud Roeni... Testis Adelina uxor... Facta est haec carta et concessio in insula ante Roeni quae vocatur Spinosa. Ce qui fut confirmé par « Guido Malvesin, consilio et voluntate Adelinae matris meae. fratrumque meorum Guillelmi. Rodulfi et Roberti. » Bibl. nat., lat. 13905, f« 24. Cette charte est reproduite dans le Neustria pia, p. 490. ainsi qu'une autre de Robert II de Meulan, sans date, et qui donne aux religieux le libre passage de leur batellerie à Mantes et à Meulan.

EXEMPTION DE L ABBAYE 31d

Hugues d'Amiens, archevêque de Rouen, accorda en 1144, pour le passage des bateaux du Bec, la franchise dont jouissaient dans le port de Vézillon, près d'Andely, (c in nostro portu de Vesilîone », les religieux de Fécamp, de Saint- Wandrille, de Jumièges et de Saint-Ouen *.

L'abbaye possédait quelques vignes dans la vallée d'Eure. En 1155, Simon d'Anet, à la demande de son suzerain, Galeran II de Meulan, accorda aux religieux du prieuré de Beaumont-le-Roger et à tous les moines du Bec, sur toute l'étendue de sa terre, le droit de travers et de circulation, pour le vin et autres denrées destinées aux religieux ou à leurs domestiques ; ceux qui inquiéteraient les religieux seraient passibles d'une amende de 10 livres*.

A une date que nous ne pouvons préciser, un seigneur de la Roche-Guyon, Hugues, du consentement de sa femme Gelisende et de ses Ois Guy et Hugues, avait donné aux religieux du Bec le libre passage en Seine. Guy de la Roche, fils ou petit-fils des premiers, confirma cette franchise pour les bateaux chargés de blé, de vin ou d'autres denrées appartenant aux moines: il leur accorda en outre le droit de travers

* u Hugo. Dei gratia Rothomagensis archiepiscopus, charissimis filiis suis Letardo abbati et conventui sanctae Mariae Becci eorumque successoribus in perpetuum. Carilas quo maigis expanditur eo potius augmentari dignoscitur ; sub manu caritatis crescunt bona quainlibet niinima; sine caritate deficiunt ea etiam maxima. Quapropter et nos precibus fratrum et (iliorum nostrorum exorati. donatione rata concessiuius vobis eandem libertatem de navibus vestris quam habent ecciesi»e Fiscanensis, Fontaneliensis. Gemeticensis et sancti Andoeni de navibus suis in portu nostro de VesiUone. Diiectio vestra propter hoc nobis et benedictionem rependat et orationum pia suffragia, et mensae Dominicae viviflca sacrainenta. Ego Hugo Rothom. archiepiscopus subscripsi ; ego Walernnnus decanus ss : ego Anfridus archidiaconus ss : ego Gilo archidiaconus ss ; ego Robertus archidiaconus ss ; ego Osmundus archidiaconus ss ; ego Fulbertus archidiaconus ss ; ego Fraternus abbas S. Andoeni ss; ego Galtcrus abbas S. Wandregisiii ss ; ego Serlo abbas S. Luciani lielvacensis ss ; ego Natalis abbas S. Martini Albaemarlae ss; ego Willeimus prior S. Barbarae. ss. Actum est hoc anno ab Incamatione Doniini 114i. u Bibl. nat.. lat. 12884. f» 199 vo ; et 1390.S, f» 29 vo.

• Bibl. nat., lat. 13905. f 29 ; et 12884, f- 21G. Cette charte est reproduite dans le Seustria pia, p. 401. Dans un autre endroit de son Recueil (lat. 13905, f« 66) D. Jouveiin place la charte de Simon d'.Anet à l'annéfi 116.T ou environ.

376 HISTOIRE DE L'aBBATB DU BEC

sur son domaine pour leurs bêtes de somme et leurs charrettes. Cette charte est datée du Bec, en Tan 1200*.

Mentionnons, pour terminer cette liste de concessions utiles^ le sauf-conduit octroyé en 1185, par Guillaume, comte de Ponthieu, aux religieux du Bec résidant sur ses terres*, sans doute à cause de leur prieuré de Saint-Pierre de Ganchy.

Le continuateur de Guillaume de Jumièges parle avec insistance de Testime et de raffection qu'Henri V^ témoigna toujours à Tabbé Boson, ainsi que des largesses sans nombre qu'il se plaisait à accorder à Tabbaye du Bec^., En 1125, pendant qu'il était en Normandie^, le roi accorda aux religieux le droit de haute justice dans le bourg et la paroisse du Bec*. L'administration paternelle des abbés était trop

* Bibl. nat., lat. 12884, f<» 261 et 13905, fo 24.

* a Willelinus, cornes Pontivi, omnibus praefectis suis et famulis qui in terra sua morantur, saiutem. JSotum sit omnibus quod praecipio ut monachi de abbatia Becci honorentur in terra mea, et salvum conductum eis praesto, et nullus sit qui eos ausus sit contristari et disturbare, quia eos et omnia sua omnino quieto. » Bibl. nat., lat. 12884, f» 246.

» Willelm. Gemet. , Hist. Norlhm. . lib. VHI. Patrol. lat. CXLIX, col. 900 et 901. Voir encore Miles Crespin, Vita Bosonis, I, 332,

* « 1125. Rex fuit in Normannia. » Rob. de Torigni, Chronique, I,

* Une charte de Philippe le Hardi, en 1272, [Registre XXX, ch. 441), caractérise ainsi la haute-justice, n Necnon alta justitia, quam extendimus ad on^inem casum in quo contigerit aliquem pati debere mortem, vel exilium, vel membri mutilationem. » (Cité dans Du Gange, II, 175») Plusieurs grandes abbayes jouissaient du droit de haute-justice, Richard H, duc de Normandie, l'accorda à Fécamp par son diplôme de 1027 : « Ilaec omnia, pro amore Patris coelestis, ad usus servorum Dei concedo, annuentibus ûliis Richardo atque Roberto, ut habeant, teneant, possideant, absque ulla inquietatione cujuslibet saecularis vel judicariae potestatis, sicuti res ad fiscum dominicum pertinentes. » Neustria pia, p. 217. D'un autre côté, Tabbé Raoul d'Argences déclare que Philippe- Auguste lui accorda en 1211 le plait de l'épée, « placitum spathae totius terrae ad Fiscanensem abbatiam spectantis. » Neustria pia, p. 252. Louis IX confirma la haute-justice accordée à Fécamp par Richard II, dans une charte datée de Melun, au mois de mars 1269 (v. st.)- Neustria pia, 252, et L. Delisle, Cartulaire not^mand, p. 180. n* 787. M. Delisle fait la remarque suivante : « Nous devons avouer que nous n'avons guère confiance dans Tauthenticilé de la charte de Henri II, telle qu'on la fit confirmer à saint Louis. Nous craignons fort

EXEMPTION DE l'aBBAYE 377

douce, paraît-il, pour contenir les mœurs brutales des habitants; les violences, les crimes se multipliaient, et l'audace des malfaiteurs n'épargnait pas les religieux euxmêmes*.

Neuf ans plus tard, en 1134, Henri pf, profitant de son séjour en Normandie* confirmait et complétait les attributions de haut-justicier dont il avait revêtu Tabbé du Bec. A cause de leur importance, nous donnerons la traduction de ces deux rescrits.

« Henri, roi d'Angleterre, à Tarchevêque de Rouen, aux évêques, abbés, comtes, justiciers, barons, vicomtes, officiers, et à tous les fils de la Sainte Eglise établis en Normandie, salut dans le Seigneur. Puisque, par une disposition de la divine clémence, nous avons reçu du Christ, quoique nous en soyons indigne, la charge d'un royaume terrestre, pour raffermissement de la paix et de la justice, ce qui est le but

que cette charte de Henri 11 ne soit qu^une copie altérée d'une autre charte de ce roi, par laquelle, sans parler de la charte de Richard II , il confirme à lahbaye de Fécamp « terram de Staningis et terram de Bereministra ». Pendant l'occupation de la Normandie, en 1420, Henri VI o concessit monachis Fiscamnensibus ut. absente abbate, ipsi possint altam justitiam per officiarios et ministros suos exercere, prout ante consueverant. Sub datum Gisortii 28 septembris, anno regni sui 7«. u Neustria pia, p. 253. En Normandie, la haute-justice s'appelait aussi plait de Tépée. Dans une charte donnée en 1296, par Philippe le Bel en faveur de Tévêque d'Evreux, il est dit : « Concedimus eidem et successoribus suis episcopis Ebroicensibus in terra sua

et ecclesiae Ebroicensis totam altam justitiam, quae vocatur in

Normannia placitum spathae. » (Cité dans Du Gange, III, 296). — (( Ludovicus Francorum rex dederat dicto fratri nostro comitatum Alenconis praedictum cum omnibus juribus et justicia magna que dicitur placitum ensis. » Charte de Philippe le Hardi. (Cartulaire normand de L. Delisle, p. 237.)

• Bibl. nat.. lat. 12884, f» 172 v° et lat. 13905, f« 9 v^ Edouard VI vidima le 28 janvier 1333 une charte sans date d'Henri I". roi d'Angleterre, dans laquelle il était dit : « Praecipio quod victum, vestitum et omnes res monachorum ecclesiae Sancte Marie de Bec sint quiète de theloneo et passagio et lestagio et omni consuetudine, unde homines sui poterint affldare esse suas res dominicas, et nuUus homines suos vel res suas super hoc disturbet, super X libras forisfacture. Teste,Rotberto de Sigillo. Âpud Argentan. » Bibl., nat., lat. 9221, charte n«'l06.

* m 1134. Hoc toto anno, rex Henricus moratus est in Normannia pro gaudio nepotum suorum Henrici et Gaufridi. » Robert de Torigni, Chronique, I, 193.

principal de notre gouvernement, nous avons le devoir de travailler de tout notre zèle et de toutes nos forces à protéger rinnocence par la sécurité des bons, et à réprimer par la justice Taudace des méchants. Or, comme par la trop grande mansuétude de ses seigneurs, Tabbé et les moines, et aussi par Tinsolence invétérée de ses habitants, la ville et toute la paroisse du Bec est tombée dans l'indiscipline et le désordre, il nous a plu, en vue de Tutilité commune, d'imposer aux habitants, comme à nos autres sujets, certaines lois, et de leur apprendre par la rigueur de la justice, comme on peut le voir dans les statuts suivants, à réfréner leur coupable légèreté, à vivre en paix, et à craindre l'efficacité des lois. Donc, si Tun des hommes de Tabbaye, dans les limites de la paroisse du Bec, frappe quelqu'un dans une rixe, à rimproviste et sans haine ancienne, il paiera à Tabbé et aux moines une amende de 18 sols; s'il est convaincu d'avoir frappé avec la préméditation d'une haine ancienne, il paiera 60 sols. L'étranger, qui dans Tétendue de la paroisse du Bec aura assailli quelqu'un dans une colère subite, s'il est pris et arrêté, sera jugé par la cour de l'abbé ; s'il a agi avec préméditation, il paiera 60 sols. Si des hommes de l'abbé ont été témoins d'attaques de ce genre ayant eu lieu en dehors du monastère ou du Parc, et ne les ont pas empêchés, ils devront prouver, devant la cour de justice de l'abbé, qu'ils ne pouvaient le faire, sinon chacun d'eux paiera une amende de 18 sols. Nous défendons à tous les hommes de l'abbé demeurant dans la ville du Bec de marcher armés, le jour ou la nuit, sur le territoire de la ville, sous peine d'une amende de 18 sols, à moins qu'ils n'aillent au loin pour leurs affaires. Ayant porté ces lois pour le bien de la paix, nous accordons au monastère, à l'abbé et aux religieux la libre et pleine justice dans les cas dessus dits, nous la leur confirmons à perpétuité par notre autorité royale, et la corroborons par la puissance que nous avons reçue de Dieu. Témoins : Ouen, évêqued'Evreux; Athelwold,évêque deCarlisle; Sifroi, évéque de Chichester; et Robert de Ver, et R. de Curci, et Hugues Bigot, et R. de Haia, et B. filio Comilis^ et Geoffioi fils de Payen, et Dreu de Monchi, et Baudouin fils de Gilbert.

A Rouen^ l'an de rincarnation du Seigneur 1134, heureusement passée dans le Christs »

Un second rescril daté de Rouen, en la même année 1134, complète les précédents, dont il reproduit d^ailleurs plusieurs dispositions.

« Sachant que l'abbé du Bec l'emporte sur tous ceux de la province par sa religion et sa charité, nous avons cru devoir lui donner, de préférence aux autres, une preuve plus spéciale de notre royale libéralité. Nous voulons que l'étranger qui, pris d'une colère subite, frappe quelqu'un dans la paroisse du Bec, s'il a été appréhendé et gardé, se justifie devant la cour de llabbé, ou paie l'amende selon le jugement

de la cour' Nous accordons en outre aux religieux que

les hommes de Tabbaye ne sortent point de la ville pour prêter un serment « ad aliquod juramentum faciendum », et s'il est nécessaire, les officiers du roi se rendront à la cour de Tabbé pour recevoir leur serment. Nous défendons que ceux qui achètent les vivres des religieux, ou leurs dépensiers, summarii, soient arrêtés ou molestés dans les* foires ou ailleurs, mais voulons qu'ils aient la même liberté que les hommes du roi. Nous accordons en outre aux hommes de l'abbaye, pour quelque cause et en quelque lieu qu'ils soient appréhendés ou gardés, d'être rendus sous caution aux religieux du Bec ou à leurs officiers, sans qu'on puisse les renvoyer devant une autre cour, sauf le cas d'incompétence de la justice du Bec. Nous octroyons auxdits religieux, dans la paroisse du Bec, tous les cas royaux, omnes libertates regias, le meurtre, la mort d'homme, la mutilation d'un membre, le sang, l'eau et le feu, et le voleur, d'où qu'il soit, appréhendé dans la paroisse du Bec, et tous les autres cas royaux,

• Bibl. nat. lat. 4:^884, f* 186 et lat. 13905, f* 9 v». Ce dernier texte donné par D. Jouvelin est plus complet que celui du Chronicon Beccensé auct. et illustr. de D. Thibault. — Athelwold, premier évoque de Carlisle : Sifroi, d*abord moine de St-Martin de Sées, puis abbé de Glastonbury et évêque de Chichester. (Robert de Torigni, Chron.y 1, 191, 192 et 170.) Voir à l'Appendice n" 7, le texte des trois chartes d'Henri l*"^ relatives à la haute justice du Bec.

* Suivent plusieurs dispositions déjà ordonnées dans la charte précédente.

quel qu'en soit le nom, sauf le rapt, parce qu'il convient mieux aux séculiers qu'à des religieux d'en connaître. Nous voulons encore que les hommes des religieux et de la paroisse du Bec soient libres et quittes des services de plait^ de procès' et d'assise', des ouvrages des châteaux et des ponts, des fossés et des tranchées, et de tout service ou exaction séculière. Toute amende provenant de la paroisse du Bec appartiendra aux religieux. Tous ces articles de loi établis pour la paix et la tranquillité des moines, nous les leur accordons libres et entiers, nous les leur confirmons a perpétuité par notre autorité royale, et les corroborons parla puissance que nous avons reçue de Dieu. A Rouen, en l'année 1134^. »

Henri II, son petit-fils, confirma par deux chartes sans date, Tune donnée à Montfort, l'autre à Rouen, tous les biens, possessions et droits de l'abbaye du Bec tant en Normandie qu'en Angleterre',

' Placitum. Obligation du vassal de prendre part aux assises de son seigneur.

* Querela. En Angleterre, on donnait ce nom à un tribut que l'on payait au roi et au seigneur pour avoir le droit de porter sa cause devant sa cour.

■ Assisae. Le mot assise s'entend parfois d'un tribut qui était déter miné dans les assemblées des vassaux.

* Bibl. nat. lat. 12884, f» 187, et lat. 13905, f« 9 v». Les témoins de celte seconde charte sont les mêmes que ceux de la précédente ; elle est également adressée à l'archevêque de Rouen, aux évoques, seigneurs et justiciers de la Normandie. Dans une charte sans date, citée par D. Jouvelin (Bibl. nat. lat. 13905, f» 22), Jean sans Terre accorda à l'abbaye la garde noble des enfants du fief du Hec et le droit de les marier, marilagium eorum, ainsi que le droit de marier les veuves des chevaliers et des vavasseurs du fief. Nul n'ignore aujourd'hui que c'était là proprement le fameux droit du seigneur dont on a tant parlé. Si les filles des vassaux avaient eu la liberté indéfinie de se marier, elles auraient pu choisir un époux, ou ennemi de leur suzerain, ou trop puissant pour être contenu dans les devoirs du vasselage. Le seigneur pouvait encore contraindre la vassale noble de se marier et lui désigner un époux, afin que le service du fief fut rempli. Sur le droit sur le mariage en Normandie, voir L. Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole, p . 68 à 75.

* La première de ces chartes se trouve dans le Seustria pia, p. 481. Auguste Le Prévost les citant toutes les deux ajoute les réflexions suivantes : (( Nous ne croyons pas inutile de faire remarquer combien ces propriétés étaient disséminées, aux portes de Rouen, à l'extrémité du

EMEMPTION DE L'aBBAYK 381

Par une autre charte, sans date, donnée au Yaudreuil, Henri II permit aux religieux de prendre dans ses forêts du Rouvray et de Bord le bois nécessaire à la construction, réparation et chauffage de leurs manoirs de Quevilly et de Martot; il leur accorda en même temps la libre pâture de leurs porcs dans tous ses bois et forêts de Normandie. Les témoins de cette charte furent: Rotrou, archevêque de Rouen*, Richard, évoque de Winchester, Jean, doyen de Salisbury, Hugues de Gressi, Sechero de Canems? Auvré de Saint-Martin2.

Lorsque la Normandie eût été réunie k la France, Philippe- Auguste, par un diplôme donné devantRouen, ante Rothomagum^, le l*"" juin 1204, s'empressa de confirmer les religieux du Bec et leurs biens dans la paix et la liberté dont ils jouissaient au temps d'Henri II d'Angleterre, et selon la teneur des chartes octroyées par ce roi*. Toutefois, nous ne pen-

Roumois, dans le Vexin et dans le Lieuvin. Il existe beaucoup d'autres exemples de cet éparpiilement de la propriété féodale dans notre province et Ton s'en rend difficilement compte à une époque aussi rapprochée de rétablissement normand. » Mém. et notes^ I, 234. Ne faudrait-il pas chercher au moins Tune de ces causes dans le grand nombre des donateurs d'origine diverse qui dotèrent l'abbaye ?

1 L'archevêque Rotrou qui mourut en 1183; Richard fut sacré évêque de Winchester en 1174 ; la charte d'Henri il se place entre ces deux dates .

* Neustriapia, p. 485. Celte charte est citée en partie dans les Grands rôles des Echiquiers de Normandie, P* partie, p. 167. Elle fut confirmée par saint Louis en 1255. {Inventaire des titres du Bec, p. 24.) Le Coutumier des forêts donne quelques intéressants détails à propos de cette confirmation : « Les religieux, abbé et couvent de Notre-Dame du Beclieluin. à cause de leur hostel de Quevilli, ont en la forest de Rouvray. par la confirmation de prince de noble recordacion Loys, par la grâce de Dieu roy de France, régnant l'an mil CCLV, en mois de mars, d'un don fait aux diz religieux par Henry roy d'Engleterre, duc de Normandie, d'Aquitaine, et comte d'Anjou, de toutes les choses qui leur sont nécessaires pour leur hebergage faire et reflfaire ; bois pour ardre, suffisament, sans wast, par livrée ; pasturage à leurs bestes et leurs norrisseurs en icelle forest, leurs porcs francs de pasnage et de toutes autres coustumes, hors chièvres et hors delTens. » Cité parL. Delisle, Cartutaire normand, p. 327, n» 1191.

* Quelques textes portent : n apud Rothomagnum. »

* Neustria pia, 484; L. Delisle, Cartulaire normand^ p. 15, n» 83; L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. 188, n» 827.

382 HISTOIRE dh: l'abbaye du bi:c

sons pas qu'il ait conservé à l'abbaye tous les droits régaliens de haute-justice que lui avait accordés Henri P*" en 1125 et en 1134^; il fit plutôt, comme ses successeurs, son possible pour les lui enlever, ainsi qu'on le verra dans la suite.

* A la séance de l'Echiquier de la Saint-Michel 1277, lorsque Tabbé et les religieux du Bec réclamèrent, en vertu de leur charte, le droit d'amende sur les monnaies, on examina la charte et l'on jugea que ce droit ne leur appartenait pas et qu'il demeurait au roi. {Grands rôles des Echiquiers de Noj^mandie, i^* partie, p. 151. Cf. ; Bibl. nat. lat. 13905, f« 19 v«».)

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