‹ Histoire de l'abbaye du BecChapitre 32 sur 50 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les Prieurés de l'Ordre du Pec en Angleterre : Saint-Jean de Clare-Stoke; Sainte-Werburge de Ghester; Blackenham: Willesford; Saint-Néol; GoldclilT; Okeburne; Steventon ; Cowick; Povington; Riselipp; Tooting; Dunlon; Hoo; Lessingham; Wrotham; Chilingebery; Cottesford; Weedon; SaUwood.

Les plus anciennes donations faites à Tabbaye dans le royaume anglo-saxon se rattachent à Tabbatiat d'Herluin. On a vu qu'en 1079, Tannée même de sa bénédiction abbatiale, saint Anselme était allé visiter les manoirs appartenant à Tabbaye en Angleterre K On sait, par une lettre d'Anselme à Richard I" de Bienfaite et de Glare, et à Rohais sa femme, que des religieux du Bec leur avaient été envoyés sur leur demande pour constituer un prieuré. Anselme les recommande à leur bienveillance, persuadé que ses frères ne sauraient manquer de trouver en eux de dévoués protecteurs '. Il les recommande également à la sollicitude de Gondulf, évéque de Rochester, d'Henry, prieur de Saint-

' « Ilabebat praelerea ipsum coenobiuui, etc. » Eadmer, De vita S. A71selmif lib. I, p. 10.

* Epist. H, 6. A propos de cette lettre, Jean Picard cite dans ses notes une charte de Richard de Glare que nous n'avons pas retrouvée. « Eidem monasterio dédit Uicardus, filius Gilleberti couiitis, mansiones duas Totine et Estrahani, teste et assenticnte uxorc sua et filiis Rogerio et Gilleberto ; et duas partes decimae de Ilondemeresto et de Gypestehede et de Gneutum et de Blacingeleth et de Beccesurdum et de Tornecrusto et de Walenterona. Et Rohais, ipsius Uicardi uxor, per consensum illius dédit eidem monasterio hoc quod in dominio habebat in Hamecelessam, tam in terris quam in aiUs rébus. » (Edit. Gerberon, p. 558.)

Sauveur de Gantorbéry et de Baudouin, abbé de Saint- Edmond ^ Nous pensons qu'il faut voir là Torigine du prieuré de Clare qui devait bientôt prendre une importance considérable, grâce aux donations de Gilbert de Glare, fils de Richard de Bienfaite.

En 1090, Gilbert I" de Clare donna à perpétuité à Tabbaye du Bec Téglise de Saint-Jean de Clare avec tout ce qui constituait ses sept prébendes *, en dîmes, forêts, vignes, terres, étangs et rivières. Les religieux devaient occuper ces prébendes au fur et à mesure de la mort des titulaires. Il ajouta, entre autres donations, une coulure « culturam » appelée Waltune, avec un ho77i « holmum » ou marais, et quatre bouviers avec leurs terres à Stoke, le bois de Clare près de Trillawa, 50 acres de terre à Huneduna ; potfr Tentretien du luminaire de Téglise, le moulin de Smallbruge qui valait 20 sols de rente ; les églises de Berdefeld, de Gelham, d*Essa, de Wotbinges, de Cremplesham ; 2.000 anguilles avec le droit de pèche à Fordeham, 4.000 anguilles à Lacchingeth, et le droit de pê&her chaque année, avant la fête de saint Jean, pendant un jour et deux nuits, dans l'étang de Caveham ; un daim « damam » dans le parc de Huneduna; un chêne à Noël pour le chauffage des moines infirmes ; deux charrettes dans la forêt de Berdefeld pour transporter le bois à là cuisine ; le bois nécessaire à trois charrues par an, et le panage de tous les pourceaux des moines ^.

Gilbert de Clare confirma et compléta, en 1099, cette fondation ^ qu'il fit pour le salut de son âme et de celle de ses

* Epist. ir, 4 et 5.

* A six de ces prébendes était attachée une église, à savoir, celles de Gaisleia, de Tastede. de Saint-Paul de Clare, de Pebernesc, de Hunedena et de Stoke [Mon. angl.^ p. 1005, London, 16i5).

3 Mon. angt.. p. lOOC.

* Saint Anselme la confirma également : « Ego Anselmus, archiepiscopus Cantuariensis, concedo et conûmio, quantum ad me perlinet. donationem Gisleberli, fiUi Ricardi comitis, quam fecit de ecclesia sancti Johannis de Clara et de omnibus appendiciis ejus ecclesiae, sa/iftae Mariac Becci. Quam donationem concessit Henricus rex Anglorum. et Herbertus episcopusTedfordensis. » Bibl. nat., lat. 12884, f® 109, etms. lat. 13905, f« 22 v».

père et mère, et surtout de son père Geoffroi inhumé dans le cimetière de Saint-Jean de Clare. En souvenir de lui, il donna de son propre domaine de quoi subvenir à l'entretien de quatre religieux. Parmi ses nouvelles donations, on remarque 200 fromages chaque année et 5.000 harengs à Deseninges. Les concessions de terres et de dîmes faites au prieuré, à la demande de Gilbert et de ses successeurs, par les barons anglais (parmi lesquels on reconnaît beaucoup de noms normands), sont extrêmement nombreuses ^

Pour des motifs que nous n'avons pu découvrir*, Richard II de Clare, comte de Hertford, transféra à Stoke, en 1124, les religieux de Saint-Jean de Clare. Il leur donna Téglise de Saint-Augustin de Stoke et échangea avec eux un certain nombre de terres^ à condition que les moines constitueraient à Stoke un prieuré sous l'invocation de saint Jean- Baptiste, et y résideraient en continuant à jouir de leurs anciens privilèges et de leurs prébendes de Saint-Jean de Clare ^ Gilbert II de Clare, fils de Richard de Hertford, mourut en 1 153 ^ et fut enterré dans l'église que son grandpère avait donnée aux religieux du Bec. Vers le même temps, son fils Richard y prit l'habit monastique et confirma les donations qu'il 'avait précédemment faites au prieuré de Saint-Jean *.

Thibaut, archevêque de Cantorbéry confirma solennelle-

« Mon. angl, p. 1007 à 1010, et Bibl. nat., lat. 12884. M09.

* L'église de Saint-Jean de Clare était située « in castello Clarae ». {Mon. angl., p. 1006). Peut-être Richard de Clare voulait-il être seul maître daus son château.

» Mon. angl., p. 1006 et lOlO. — Richard de Clare. fils de Gilbert l" du nom et' d'Adeline de Clermont, avait épousé une sœur de Renouf, comte de Chcster : il périt le 15 avril 1136 dans une révolte des Gallois. (Rob. de Torigni, Chronique, I, 204; i^ome account of the alien priories. London, 1779, t. 1, p. 30.)

* C'est la date donnée par Robert de Torigni (I, 272). Suivant Stapleion {Rottil. Scac, II, CXXXVI), Gilbert de Clare, comte de Hertford, serait mort en llbâ. Il eut pour successeur son frère, Roger de Clare, comte de Hertford, qui mourut en 1173. Sur la généalogie et la famille de Clare, voir J.-II. Round, Feudal England, p. 472 et suiv. London, 1893, in-8.

» Bibl. nat., lat. 12884, f« 212 v.

444) HISTOIRE DE l'aBBATB DU BEC

ment les églises, dîmes et autres biens appartenant au prieuré de Saint-Jean-Baptiste de Stoke K

Le 30 juin 1174, le pape Alexandre III adressait à Nicolas prieur de Stoke et à ses frères une bulle de confirmation des églises, dîmes et terres que le prieuré possédait dans le royaume; il leur reconnaissait le droit de présentation aux églises de leur dépendance et leur accordait, entre autres privilèges, celui de célébrer l'office divin dans leur église à voix basse et les cloches muettes, en temps d'interdit*.

En Tan 1200, Guillaume, abbé du Bec, était allé en Angleterre visiter les prieurés de Tordre. Pour faire reconnaître son autorité d'une manière durable, il exigea des prieurs et de leurs religieux des lettres de soumission. Voici celles du prieuré de Stoke. « A tous ceux qui ces lettres verront, le prieur et le couvent de Stoke, salut dans le Seigneur. Gomme l'église du Bec, à laquelle nous sommes attachés paf le lien de la profession monastique, a possédé d'une façon continue et incontestée depuis sa fondation cette maison de Stoke et ses dépendances, en vertu de la pieuse collation des patrons de ce lieu, et que les abbés du Bec ont joui successivement de la libre et générale administration et disposition de cette maison, tant pour l'institution et déposition des prieurs que pour le changement et translation des religieux : de peur que, dans la suite des temps, par la malice de certains faux frères (s'il s'en trouvait par malheur), la libre administration et la possession continue et incontestée de l'église du Bec et de nos pères les abbés ne viennent à être infirmées ou seulement troublées : pour éviter aux bons la note d'infamie et ôter aux méchants les moyens de nuire, nous avons solennellement excommunié en chapitre tous ceux de notre juridiction qui présumeraient d'attenter au susdit droit de l'abbaye, soit par eux-mêmes, soit par quelque

* Mon. anffl., p. i007 à 1010.

■ Moi}, anffl., p. 1010; Jallé, Rcgesf. p. 760, n» %'A2\.LeChronicon Dec^ censé auct. de D. Thibaut (lat. I:î88i, f 233) donne le texte de cette bulle qui désigne un nombre considérable de terres, fiefs et dimes appartenant au prieuré de Stoke; elle pourrait fournir le sujet d'une étude sur la topographie anglaise au xii» siècle.

personne ecclésiastique ou laïque. Et comme, pour éviter toute occasion de soupçon, nous avons obtenu que cette déclaration soit confirmée dans le chapitre du Bec, nous voulons que chaque année, pour la sauvegarde de ceux qui viendront après nous, cette même déclaration soit lue en notre chapitre, le jour de la fête de saint Martin, ainsi que le statut porté par saint Anselme; et afin que les religieux présents, comme ceux à venir, soient astreints à observer cette constitution, nous avons voulu qu'elle fût donnée sous forme de chirographe ^ dont une moitié, munie du sceau de Tabbé, devra être conservée par devers nous, tandis* que l'autre, scellée de notre sceau, demeurera à jamais en possession de la communauté du Bec * ».

L'un des premiers bienfaiteurs de Tabbaye en Angleterre avait été le comte de Ghester, Hugues d'Avranches, surnommé le Loup, un enthousiaste et fidèle ami d'Anselme. Il avait fait reconstruire le monastère de Sainte-Werburge, à Ghester, et l'avait donné en 1093 à l'abbé du Bec pour qu*il y mît une colonie de ses moines ^. Ils remplacèrent les chanoines d'une collégiale établie elle-ïnême sur les ruines d'un couvent de religieuses *.

Le nouveau monastère de Sainte-Werburge fut royalement doté et prit le titre d'abbaye. Hugues et sa femme Hermentrude lui donnèrent l'ancien domaine annexé à la

* Les Anglais appelaient chirographes^ et les Français endentures ou chartes-parties^ les actes faits en double et séparés au milieu par des mots ou des lettres que l'on découpait en ligne droite, ondulée ou dentelée, afin de prévenir toute chance de falsification de la charte dont les deux parties conservaient le texte authentique.

* Bibl. nat., lat. 12884. f» 261. D. Thibault ajoute, à propos de la déclaration des prieurés de Stoke, de Saint-Néot et de GoldclitT : « Hae constitutiones sive sententiae confîrmatae fuerunt in capitulo Beccensi. eodem vel sequenti anno, hoc est paulo post reditum Wiilelmi abbatis Becci çx An},'lia, anno 1201. » (Id., f 261 v»).

' Cf. : Willclm. Malmesb., De gestis pontif. Angl., lib. IV, Patrol. lat. CL*XX1X; col. 1603. — « Nuper illud coenobium Hugo Gestrensis consul conslruxerat, eique Ricardus Beccensis monachus praeerat, ibique Dco monachoruiu gregem inter belluinos coetus nutriebat. » Ord. Vital, 111, 286.

* Bibl. nat., lat. 12884, f« 212 v«.

448 HISTOIRE DE L'aBBATE DU BEC

collégiale et ajoutèrent, de leurs biens propres : dans la ville de Ghester, la rue, vicum, depuis la porte du nord jusqu'à Téglise, et remplacement d'un moulin sur le pont de la ville; deux manoirs à Anglesey, un à Ros et un autre à Wirhalle; à Lindsey, une terre de dix bœufs * ; les dimes du blé, des poulains, des veaux, des porcs, des agneaux, du beurre, des fromages et des pêcheries dans un certain nombre de manoirs. Hugues et sa femme voulurent en outre que leurs barons et vassaux donnassent, après leur mort, à Dieu et à sainte Werburge leur corps et un tiers de leurs biens ; il imposa la même obligation aux bourgeois et aux vavasseurs *. Les vassaux du comte de Ghester s'empressèrent de suivre son exemple et firent, de leur vivant, de nombreuses largesses à Tabbaye naissante. Quelques-uns donnèrent des églises, des dimes, des terres labourables. Gautier de Vernon donna la dime de ses juments et un bateau avec dix filets pour pêcher à Anglesey. Avant de sceller sa charte, Hugues de Ghester concéda encore, à la fête de Sainte-Werburge d'été, le tonlieu et les revenus des trois jours de foire, avec le plait des forfaitures qui y seraient commises; elles devaient être jugées, au profit des moines, dans la cour de l'abbaye, « in curia S. Werburgae )>.

Enfin, il affranchit de toute coutume et redevance les terres données par lui et ses vassaux, « ne voulant retenir que les prières et la participation aux bonnes œuvres des moines ». Gette charte, donnée sous forme de notice, fut signée par Hugues, comte de Ghester, Richard son fils, Hervé, évêque ^ Renouf neveu du comte, Roger Bigod,

* C'est-à-dire cinq bouvées de terre d'une paire de bœufs. Sur la bouvée, voir L. Delisle, Etudes sur la condition etc., p. 538.

• « Insuper constituerunt ut singuli barones et milites darent Deo et Sanctae Werburgae, post obitum suum, sua corpora et tertiani parteui tolius substantiae suae. Et non solum haec constituerunt de baronibus et militibus, scd etiam de burgensibus et aliis hominibi» liberis suis. » Mon. angl., p. 201.

^ Hervé, évêque de Bangor, qui fut le premier évêque d'Ely, et que saint Anselme avait désiré voir occuper le siège de Lisieux. (S. Anselme, Episl. III, 126).

Alain de Percy, Guillaume connétable, Renouf sénéchal^ Guillaume Malbanc et plusieurs autres ^

On a deux lettres de saint Anselme aux religieux de Ghester ; elles nous fournissent quelques indices sur l'état de la communauté à la fin du xi^ siècle. L'archevêque de Cantorbéry remercie Dieu qui a accru le nombre des religieux aussi bien que leurs mérites, et il se félicite d'avoir mis à leur tète Tabbé Richard *; puis il les exhorte à accomplir fidèlement les moindres prescriptions de la règl&, à obéir à leur abbé, et surtout à fuir Toisivelé qui esi Tennemiede l'âme*. Dans la seconde lettre, Anselme réprimande le moine Bernard de ce qu'il préférait les flagellations volontaires aux disciplines prises publiquement, par ordre de l'abbé, après la coulpe du chapitre. Il lui montre qu'il y a beaucoup moins de mérite à ces pénitences inspirées par l'esprit propre et le caprice qu'à celles qui sont imposées par l'obéissance *.

En 1119, Richard, comte de Ghester, et ses vassaux confirmèrent les donations qu'ils avaient précédemment faites à l'abbaye de Sainte-Werburge ou Vaubourg ; le comte y ajouta quelques concessions et avantages ^ Richard et sa femme, Mathilde, fille d'Henri de Blois, périrent le 2S novembre 1120 dans le fameux naufrage de la Blanche-Nef*. Son cousin-germain Renouf, dit Meschin\ vicomte de Bayeux, lui succéda au comté de Ghester. Il fit transporter du cime-

* Mon. angl., p. 200 à 202.

* Le moine Richard avait été envoyé par Anselme pour diriger la petite communauté fondée par Richard de Ciare; sainl Anselme lui adressa la 1* du livre H de ses lettres.

3 Epist. m, 47.

* EpisL III, 50.

* Mon. anql.y p. 986. « Concedimus etiam ut beata Virgo Werburga habeat suam curiam de cunctis placitis et forisfactis sicut cornes habet suam; ita vero quod abbas illius loci non exeat neque placitet contra aliquem de aliquo placito vel de aliqua re extra curiam suam. »

" Rob. de Torigni, Chronique, T, 139 (note) : Willelm. Malmesb., Gesta reg. Angl., lib. V. Patrol. lat. CLXX(X, col. 1374.

^ Il est appelé « Ranulph de Meschines, earl of Ghester », dans le Mon. angl., dernière édition, t. VIF, p. 1023.

tière dans le chapitre, le corps de son oncle Hugues le Loup, promit de s'y faire enterrer lui-même et de donner après sa mort « uptunam unam » en pur don, et telle qu*il la possédait au moment de sa promesse. En même temps, il confirma les possessions de Tabbaye ^

Elles furent également confirmées par son fils et héritier Renouf, comte de Chester, qui donna plusieurs chartes en faveur de Sainte-Werburge. Mais cet étrange bienfaiteur, dont la vie fut semée d'aventures et de perfidies, aimait à reprendre d'une main ce qu'il avait donné de l'autre. Dans une charte adressée collectivement à l'évêque de Chester, à l'archidiacre et aux barons, Renouf confesse humblement qu'il a maintes fois forfait aux biens de Sainte-Werburge. En réparation de tous les dommages causés à l'abbaye, il lui donne en pure et perpétuelle aumône les domaines d'Eastham et de Bruneburgh, avec tout ce qui en dépend, en hommes, églises, terres, eaux, forêts et coutume$> ^.

* Mon. angl.y p. 986.

• Mon, angl., p. 987. — Orderic Vital dit qu'à la mort de Richard de Chester, en llâO, le comte échut à son cousin germain, Renouf de Baveux, fils de Mathilde, sœur de Hu<?ues le Loup. Hugues épousa en

- troisièmes noces Lucie, veuve de Roger, fils de Gérold, et en eut un fils, Guillaume Renouf, qui lui succéda dans le comté de Chester et dans ses domaines du continent. (Ord. Vital, IV, 422). Voilà deux Renouf, comtes de Chester bien distincts, et dont le premier mourut du vivant d'Orderic Vital qui cessa d'écrire en 1141 son histoire ecclésiastique. Renouf auquel nous donnons, pour le moment, le nom de premier, devait être d'un âge déjà mùr quand il succéda à Richard en lliO; car on voit sa fille Agnès épouser Robert de Grentemesnil /fils de Hugues) qui mourut le !•' juin Mlid après s'être marié trois lois: 1» avec Agnès, la fille de Renouf; 2» avec Emma, fille de Robert d*Estouteville; 3" avec Lucie, fille de Savari, fils de Cane. (Ord. Vital, III, 359 et \'i6). Renouf l*"^ de Baveux ou de Briquessart dut tenir le comté de Chester pendant une quinzaine d'années. En i 12.3. il est établi gouverneur d'Evreux; le 26 mars 1124, il se trouve au combat de Bourgtheroulde (Ord. Vital, IV. 453 et 456); puis on n'entend plus parler de lui. Il dut mourir vers 1135, et eut pour successeur Renouf II, comte de Chester, qui épousa Mathilde, fille du comte de Gloucester et qui, après une vie fort aventureuse, mourut en 1153 empoisonné par Guillaume Pevrel (Rob. de Torigni, I. 281). Nous ne nous expliquons pas comment l'éditeur d'Orderic Vital ait fait des deux un seul personnage, et ait attribué à Renouf, beau-père de Robert de Grentemesnil, la surprisede la citadelle de Lincoln en 1141, alors qu'Orderic Vital parlant du Renouf qui fit ce coup de main, dit qu'il était jeune : « qui junior crat ac faci-

£q 1075, à ]a suite d'un concile tenu à Londres par Lanfranc, primai d'Angleterre, Tévêque Pierre avait transféré son siège épiscopal de Lichfield à Chéster *. En 1133, Robert de Limésy, évêque de Chester, transporta sa résidence à Covcntry ; ainsi, un seul évêché se trouva avoir trois sièges : Chester, Lichfield et Coventry. Cette situation étrange durait encore à la fin du xii*^ siècle ^ D. Thibault dit que lorsque Tabbaye de Sainte-Werburge fut érigée en cathédrale, elle cessa de dépendre du Bec, parce que les prieurés cathédraux, « prioratus cathédrales », n'étaient soumis à aucune abbaye^. Nous ignorons à quelle date cette érection eut lieu.

Un combattant d'IIastings, Gautier Giffard, premier du nom, qui devint comte de Buckingham, donna vers 1095, à l'abbaye du Bec, son manoir de Blackeùham, au comté de Suffolk*, qu'il tenait du roi. Cette concession fut confirmée par Guillaume le Roux^ D. Thibault pense que ce manoir devint uii prieuré de l'ordre du Bec*. Sybille de Tyngrie, dame « domina» de Clapham, en vue de son salut et de celui de ses parents, et pour être admise à la fraternité de Notre-Dame du Bec, confirma les donations faites à cette abbaye par ses ancêtres, et y ajouta, en pure et perpétuelle aumône, une charruée, hidam^ de terre avec ses appartenances, sise à Balgeham, et qui dépendait du manoir de

lior et audacisslmus. » (Ord. Vital. V, 129.) Le continuateur de Guillaume de Juiuièges a très bien distingué les deux Henouf dans le passage suivant : « Mortuo auteni eodem Ranulfo (vicecomite Bajocasini) suc cessit ei item Ranulfus filius ejus, vir in rébus bellicis strenuus. » Guill. deJum., Hist. Sorthm., lib. Vlll, Patrol. lat. CXLXIX, col. 907.

* Rob. de Torigni, Chronique, I, 190 ; Wilielm. Malmesb., De gesiis pontif. Angl., lib. l, Patrol. lat. GLXXIX. col. 1476, et lib. IV, col. 1G04.

• Rob. de Torigni, Chronique, I, !89 et II. 122.

» Bibl. nat-, lat. 12884, f» 87. Sttr ce qa*est Sainte-Werburge aujourd'hui, voir le P. Ragey, Ilist. de saint Anselme, I, îiU.

* Ce manoir prenait aussi le nom de Great Blakcnham et de Blakenham super aquas. Voir Some account of the alien priories. London, 1779. 1, 25 ; Tanner, Notitia monasticUf p. 511.

» Mon. ancfl., p. 573.

• Bibl. nat., lat. 12884 f« 95.

Glapham. Sibylle reçut à celte occasion 40 sols sterling des mains de Guillaume de Waneting, prieur de Riselipp ^

L*abbaye possédait un prieuré à Willesford, dans le comté de Lincoln. On ne sait à quelle époque les religieux y furent introduits. D. Thibault place ce fait vers l'année 1100 -. Le Monasiicon anglicanum n'a cité qu'un document sur ce prieuré; c'est une déposition faite dans l'enquête qui eut lieu à Standford, en présence de Guillaume de Saint-Omer et d'autres barons. Les témoins déclarèrent « que le prieur de l'ordre du Bec-Herluin tient à Willesford et à Ancaster un manoir et 9 charmées de terre valant par an 16 livres ; ces biens ont été aumônes, il y a cent ans et plus, par Hugues d'Euvermeu^ et le prieur les tient du seigneur Baudouin Wake, on ne sait à quel titre, et Baudouin les tient du roi, on ne sait à quelles conditions. Les témoins ajoutent que cette terre n'est point sujette au gilde * ».

On est mieux renseigné sur l'important prieuré de Saint- Néot, au comté de Uuntingdon, diocèse de Lincoln. Néot, fils d'Ethelwolf, roi de Kent ', embrassa la vie monastique dans l'abbaye de Glastonbury où sa science et sa vertu le ren-

* Mon. angl.y p. 573.

« Bibl. nat., lat. 1288i, f» 132 V.

" Dans la charte de donation de l'église de Saint-Laurent d'Envermeu à l'abbaye du Bec par Turold, évoque de Bayeux et son frère Hugues d'Knvermeu, vers 1100, on lit : «Ego Hugo de Evremou do ecclesiae sanctae Mariae Beccietsancto Laurentio decem libratasterrae inAnglia. et de oinni meo dominio quod habeo in Ânglia vel habiturus sum duas partes decimae. » Cartiil. de St-Laurent d'Envermeu. Bibl. nat.. lat. 10058 M. — Hugues d'Envermeu avait des biens en Angleterre, et il put doler le prieuré de Willesford. Le texte conservé par le MonasL anffl. porte : « Hugo de Evermewe. »

* Mon, angl., p. o84; Sowc account of the alien priories, I, 25; Tanner, Noiilia monasf., p. 268. Par « terra geldabilis » on entendait une terre sujette à certaines prestations. Les revenus du prieuré de Willesford furent vendus par l'abbaye du Bec, en 1398, moyennant une rente de 5 marcs d'Angleterre. {Recueil de D, Jouveîin, Bibl. nat, lat. 13905» f» 45.) — On lit dans VInvenlaire des litres du Dec, p. 55 : « Permission de Hichard, roi d'Angleterre, accordée à l'abbaye du Bec de résigner le prieuré de Willesford aux religieux de Brannie sur cinq marcs d'argent de pension. »

* Athehvulfus ou Athulfus monta sur le trône d'Angleterre en 834. (Uob. de Torigni, Chronique. I, 8.j

dirent bientôt célèbre. Mais redoutant les embûches de Torgueil, il se retira dans la solitude h Néotsloke en Cornouaille, avec un seul serviteur nommé Barri, et y demeura sept années. Ordonné prêtre, il se rendit à Rome ; puis à son retour en Angleterre, il se livra à la prédication et à la controverse, et construisit un monastère à Arnulphesbury, dans le comté de Huntingdon. A sa prière, le roi Alfred, son frère, fonda Técole d'Oxford S et Néot la dirigea durant de longues années. Mais Tamour de la vie monastique le reprit, et pour vaquer plus entièrement aux exercices de la piété, il entra dans Tordre bénédictin, et mourut le 31 juillet 877 '. Son corps fut d*abord inhumé à Néotstoke ; mais Barri, son iidèle serviteur, le transporta dans Tabbaye de Groyland. En 1077, une pieuse femme, Lewina, dame d'Arnulphesbury (Eynesbury), fit apporter une grande partie de ses reliques dans Téglise d'Arnulphesbury, qui dès lors conserva le titre de Saint-Néot'.

Le monastère d'Arnulphesbury, fondé par saint Néot, avait été détruit lors de l'invasion danoise. Le saint évêque de Winchester, Ethehvold *, le restaura et y amena des

* Willelm. Malmesb.. Gesta regiim AngL, lib. Il.Patrol. lat. CLXXIX. col. 1058. — Proprium locale, seu fesla propria regalis abbaliae Beatae Mariae de Becco. Rouen, 1766, iii-8, p. 86.

* Proprium locale, p. 86 et 87; More, angl., p. 368 et 369.

s Robert de TorigDi dit que, de son temps, le corps de saint Néot était conservé à Arnulphesbury : « Neoti vitam laudabilem videre poteris per fluuien praedictum, scilicet Usae, dccurrens usque in Huntedonesyra, ubi corpus ejus sanctissimum pausat; splenduit enim tempore régis Alfredi et Marini papae. » Chronique» I, 118; Mon. angl., p. 369. Plus tard, le corps de saint Néot fut transporté au Bec ; au xvii* siècle, on y conservait encore sa mâchoire avec les dents : « Notandum est quod corpus sancti Neoti olim i'ntegruni in hoc coenobio Beccensi servabatur; superest ex tam insigni thesauro maxilla ejusdem sancti, cujus festum celebratur pridie calendas augusti, sub ritu festorum tertii or* dinis. » Bibl. nat., lat. 1288i, p. 13â v». -^ « Processu temporis, in hoc Beccense coenobium corpus delatum diu in sacrario servatum est. Sola superest maxilla cum dentibus quae reverenter asservatur. » Proprium locale, p. 87. D. Bénigne Thibault cite au nombre des reliques que Ton conservait dans le trésor du Bec, vers 1680 : « Maxilla sancti Neoti cujus integrum corpus olim asservabatur in hoc Beccensi sacrario. Pars casulae et vestis sancti Neoti. » Bibl. nat., lat. 12884, f» 185.

* Saint Ethelwold, disciple de saint Dunstan, d'abord moine de Glas-

454 HiSTOiae db l'abbaye du bec

moines noirs ou bénédictins d'Ely. Â la fin du xf sièele. Gilbert de Glare, qui réclamait comme étant de son domaine le monastère d'Arnulphesbury, en éloigna les moines d'£ly, et les remplaça, vers Tan 1100, par des moines du Bec. Cette substitution ne se serait faite qu'après que les moines saxons d'Ely eussent été brutalement expulsés ^

Rohais, femme de Richard de Clare, fit aussitôt recoins* truire Téglise de Saint-Néot'; elle la donna en 1113 aux religieux du Bec, ainsi que le manoir d*Ârnulphesbury avec ses dépendances ^

Plusieurs seigneurs anglais voulurent aussi contribuer à la dotation du prieuré de Saint-Néotd'Arnulphesbury. Roger Burnard donna les églises de Boscombe, de Gheldreton, de Goldsford et de Ëdewrtha avec toutes leurs dépendances^.

Mathilde de Senliz ou Seint-Liz, de Sancto Lizio, donna le tiers de son manoir de Gratesfieid qu'elle possédait en franc-mariage, ce quod est liberum maritagium meum * ».

tonbury. puis évoque de Winchester, mourut le 1" août 984. Il se signala par son zèle et sa générosité en faveur de Tordre monastique. Voir : Rob. deTorigni, Chron.,1, 117; Willelm. Mahnesb., Gesla ttgum AmjL, lib. 11, Patrol. lat. GLXXIX, col. 1116; Mon. ancjL, p. 368.

* Le prieuré de Saint-Néot demeura jusqu'à l'époque de la Conquête une dépendance de Tabbaye d'Ely. « Locus autem ille ad Ely diu pertinuit doncc Anglia subjugatur a Normannis...; nam postea Normannis Angliam optinentibus, unus illorum, Gilebertus de Clara, eumdem locum sibi vendicavit, fratresque de Ely. uti in proprio Uiic degentes. fugavit. Très vero non famé, non verbere depellere yalens, apud Beccum in custodiam ultra mare delegavit, ac monachos inde adducen» ibi locavit, expulsis violenter indigenis. » Mon. angl., p. 368 et 369.

* « Ânno Domini 1113 fundata fuit ecclesia S. Neoti. » Chron. Beeceîise, édit. d'Achéry, Giles, I, 205. D. Thibault ajoute : « Hoc ânno dicitur fundata ecclesia sancti Neoti, quia videlicet eandem per Danos eversam praedicta Roesia restituit, eamque cum loco Henulvesbury monasterio Reccensi attribuit perpetuo possidendam. » Ribi. aat., lat. 1Î884. f» 157 ¥•. L'église do Saint-Néot reconstruite en 11 13 ne dut être achevée qu'en 1141, comme l'indique ce passage de la Chronique du Hec : « Et eodem anno (1141) translatum fuit corpus sancti Neoti de veteri ecclesia in novam ecclesiam. » Chron, Beccense, édit. d'Achérv. Giles. l, 208.

' Mon. onffL, p. 369.

* Mon. anfjl., p. 370.

* On entendait par franc-mariage celui dans l'acte duquel il était stipulé qu'une terre donnée en dot serait libre, jusqu'au troisième héritier, de tout service qui pourrait appartenir au seigneur.

PRIEURÉS AITGLAIS 4SS

A sa demande^ les religieux de Saint-Néot reçurent à profession deux prêtres qui devaient être entretenus sur la donation qu'elle venait de faire ^ Son fils, Gruillaume d'Âubigny, concéda et confirma à Saint-Néot, l'église de Graietsfield '.

Roger, fils de Roger fils de Fouques, délaissa au prieuré lie service, sef^Uium^ consistant en une rente annuelle de 13 deniers que lui devait (juillaume de Hauville le fils, pour la terre qu'il tenait de son fief de Berton, et que Fouques son aïeul avait donnée en franc -mariage à sa nièce Â^vicie, lorsqu'elle avait épousé Guillaume de Hauville Le père ^.

Les biens de Saint-Néot furent à plusieurs reprises confirmés par les papes. Le il janvier. 11 56, Adrien lY adressa une bulle à Herbert, prieur du lieu ^. Alexandre III, le 34 mars 1171 ^ et Urbain III, le 34 août 1186 confirmèrent également les possessions du prieuré ^.

La bulle que Célestin III envoya le 19 novembre 1194 à Tévèque de Lincoln en faveur de Saint-Néot renferme quelques détails caractéristiques. Le Souverain pontife commence par confirmer la possession des églises d'Ënesbiri (Amulphesbury) et de Torneia dont les moines tirent déjà des pensions; il trouve d'autant plus juste qu'ils jouissent de ces églises « que le prieuré étant situé sur une route très fréquentée '', le prieur et les religieux donnent, pour la miséricorde de Dieu, la nourriture et la boisson à tous ceux qui passent, et le revenu de ces deux églises est ainsi em-

* Mon. angl., p. 370.

* Ce Guillaume d'Aubigny devait ôlre le fils de Guillaume d'Aubigny, comte d'Arumiel, qui mourut le 12 octobre 1176; il avait épousé Mathilde de Saint-Hilaire [de Sanclo Lizio?) veuve de Roger de Clare, comte de Hertford (Rob. de ïorigni, Chronique^ il, 61).

' Mon. angl.,^. 370.

* Cette bulle est datée : « Beneventi, anno 1116, 3 idus januarii. » Bibl. nat., lat. 13905, f» 43 v». Elle n'est point citée dans Jaffé.

* Blbl. nat. lat. 13905, f» 43 v». Cette bulle et la suivante ne sont point citées dans Jaffé.

" Bibl. nat., lat. 1390a, f» 43 v\ Cette bulle très intéressante comprend quarante lignes dans le Recueil de D. Jouvelin.

^ 11 existait une grande route de Londres à Saint-Néot, où les reliques du saint attiraient de nombreux pèlerins.

4S6 HISTOIRE DE l' ABBAYE DU BEC

ployé à Tusage des hôtes. » L'évèque de Lincoln est prié d^assurer aux religieux la paisible possession de ces églises, et de les préserver des exactions des doyens et des archidiacres, et des insolences de leurs officiers ^

Quelques-uns des biens du prieuré de Saint-Néot étaient situés dans le diocèse deNorwich. L'évêque Jean (1200-1215) eonlirma « à ses chers fils les moines du Bec servant Dieu à SainUNéot, les possessions et bénéfices ecclésiastiques qu'ils tenaient canoniquement dans son diocèse, à savoir : Téglise de Gratesfield donnée par Guillaume d*Aubigny et Malhilde sa mère ; Téglise d'Overton, par Gautier fils de Robert; les églises de Berton et de Welles, par Roger comte de Glare, ainsi que le tènement d'Herluin, prêtre de Berton, donné par le même seigneur' ».

Une autre charte du même prélat confirme Téglise de Bevelingham avec ses appartenances donnée aux religieux par Gautier fils de Robert ; il confirme également en leur faveur une rente annuelle de 20 sols sur la même église ; Téglise de Berton-Binnedic donnée par Roger de Glare, avec une rente de 40 sols sur la dite église ; deux traits de dîme donnés par Richard fils de Simon sur son manoir de Bucton '.

Hugues, évêque de Lincoln (1210-1236) \ donna aussi des lettres en faveur de Saint-Néot. Il confirma Téglise paroissiale de Notre-Dame dans la ville de Saint-Néot d'Arnulphesbury avec toutes ses dépendances, et Téglise d'Âuca « donnée par les nobles seigneurs Gilbert de Muntfichet et son fils Richard *. »

* Mon. aïKjl, p. 370.

* Mon. angl., p. 369.

* Mon. angl., p. 369.

* Matthieu Paris a fait de ce prélat un portrait peu flatté : « Eodem fempore, obiit Hugo de Welles, Lincolniensis épiscopus. monachorum persecutor, canonicorum et omnium malleus religiosorum, septimo fdus Tebruarii, et sepultus est apud Linrolniam in ccclesia calhedrali. quarto idus ejusdem (4236). » Matthaei Paris, llisloria major, p. 280. ît se pourrait néanmoins que l'évêque de Lincoln dont il est ici question fût Hugues (1186-1200) qui fut canonisé.

■ Mon. anf/l., p. 370. On voit figuret Richard de Muntfichet dans une assemblée des barons anglais en 1215; l'année suivante, il est excom-

On a vu que Tabbé du Bec, visilaat en 1200 les prieurés ' anglais, avaient exigé du prieur et des religieux de Stoke une reconnaissance formelle de leur sujétion à Tabbayemère ; Saint-Néot avait déjà fait une déclaration semblable. « A tous les fils de notre mère >a Sainte Église auxquels parviendra le présent écrit, les prieur et couvent de Saint- Néot salut. Nous voulons que vous sachiez que, sans avoir égard à notre volonté propre, nous obéirons pleinement et perpétuellement, comme à notre père, à Tabbé du Bec et à ses successeurs, tant dans la réception que la déposition des prieurs de Saint-Néot, et qu'à l'exemple de ceux qui nous ont précédé, nous lui serons soumis de bonne foi, comme à notre père et abbé. Si l'un de nous, prieur ou religieux, ou quelqu'un du corps ou des membres de l'abbaye du Bec avait la témérité d'enfreindre ce présent statut, qu'il sache que par l'autorité du seigneur Guillaume, abbé du Bec et du seigneur Durand, abbé de Gormeilles \ alors présents, des couvents du Bec et de Saint-Néot et de toutes les communautés et personnes appartenant à ladite abbaye, il est enchaîné du lien de l'analhème, et que chacun doit l'éviter comme un excommunié. Et de peur que dans la suite des temps quelque personne ecclésiastique ou laïque vienne à enfreindre ce que nous avons ainsi solennellement décrété de la volonté et de l'assentiment de tous, nous avons corroboré le présent écrit par l'apposition de notre sceau. En présence des susdits abbés, il a été décidé que les prieurs se succédant à Saint-Néot feront le serment d'obéir à l'abbé et au couvent du Bec, en se conformant en tout à l'immunité et dignité de l'abbaye, et en veillant à ne rien faire par euxmêmes ou par d'autres qui puisse porter atteinte à son immunité, dignité ou libre commandement. De plus, ils apposeront leur sceau au présent écrit. Que s'ils agissent

munie avec d'autres seigneurs par Innocent III; en lâl7, Richard est fait prisonnier au combat de, Lincoln. (Matth. Paris, Jlist. major. ^ p. 182, 19i et 205.)

'Durand, abbé de Gormeilles, avait été moine du Bec; il succéda, en 1175, à Ilardouin, aussi moine du Bec et prieur de Saint-Ymer. (Gallia christ., XI, col. 847.)

458 HISTOIRB DB L'aBBATB DU BEC

autrement, ils sachent qu'en vertu de Tautorité des susdits abbés, des couvents du Bec et de Saint-Néot, et de tous les ' couvents et personnes de l'ordre du Bec, ils sont enchaînés par le lien de ranathème ^ ».

Le prieuré de GoldcliflP, situé dans le comté de Montmoutfa ^ fut fondé en 1113 par Robert de Candos ou Ghandos, en Thonneur de Dieu, de Notre Dame et de sainte Marie-Madeleine. Il l'enrichit de nombreuses donations qui furent aussitôt confirmées par Henri V', Sur les conseils du roi, Robert donna le prieuré à Tabbaye du Bec et y établit douze religieux sous la conduite du prieur Hugues '.

La charte de fondation énumëre les églises, terres^ manoirs, droits utiles que Robert de Candos, du consentement de sa femme Isabelle S attribuait au prieuré de Goldcliff. D'abord, il donne à Dieu et à Tabbaye du Bec, pour qu'elle y établisse une colonie de ses religieux, l'église de Sainte- Madeleine de Goldcliff avec ses terres et dîmes, et la chapelle de Fresne avec ses dépendances ; une terre ou domaine tant en bruyères qu'en, masures jusqu'à l'endroit où la rivière de Pullera se jette dans l'Usk ; sa terre de Pullera jusqu'à Pulchru; une terre à Hernesnesse appartenant à sa

* Bibl. nat., lat. Ii884, f« 260 v.

* (i Goldcliff is singularly rocky liill, about Ihree quarters of a mile in circumference, iipon the snore of the Bristol channel. The Priory vas situated upon the brow of the clifT. Its site at présent occupied by a farm house : a doorway aad some wals are its only remains. » Mon. angl., édit 1846, t. VU, p. 1021.

* Mon. angl., p. 155 ; Some account of the alien prioines, I, 25; Tanner, Sotit. monast., p. 328.

* Robert !•' de Candos, lun des compagnons de Guillaume le Conquérant, avait épousé Isabelle, sœur de Gautier Giffard (premier du nom?), comte de Buckingham ; il en eut trois fils, Robert, Roger et Godard ou Gautier. {Mon. angl.,^. ibh.) Auguste Le Prévost pense que la famille de Chandos était originaire du ûef de ce nom, situé entre llleville et Flancourt (Eure). La famille Candos ou Chandos a subsisté pondant plusieurs siècles en Angleterre, où ses chefs étaient barons by tenure. On y rattache même le fameux Jean Chandos, mais avec moins de certitude. Les ducs de Buckingham portent encore le titre de ducs de Chandos. L'étymologie de ce nom est campi dorsiim. Voir : Ord. VilaU IV, VM, note 3. Ce fut Uobert II de Gandos qui, en 1113, donna le prieuré de Godcliff à Tabbaye du Bec.

PRmURÉS ANGLAIS i&?

temme Isabelle, et toute la terre au delà de Fresne vers les Ginq-Pécherîes ; le manoir et le marais de Pulpea ; le bois da W&s4atU)ch et uiie pêcherie dans TUsk ; la, dune dis son domaine du pays de Galles, à savoir : la dimede la prévôté, du miel des bois, des terres labourables et du paaage, la dime de son moulin de KarlioP. Pour Teniretien des religieux, il donne ses manoirs de Membury daas le IDevoa, de Preston dans le Sommerset, et de Silver. Il donjoe les églises aon vacantes de son domaine sur lesqu£Ues il. a le droit de protection, avec leurs terres et dlmas*, à savoir Téglise de la Sainte-Triuité de Kaeliol, les églises de Jnlii et d*Aran, de Staneca, de Wlampton, de Preston, de Silver, d'Arnold, de Beckford. et de Gressingham avec leurs dépendances. Lorsque ces églises deviendront vacantes, elles feront pleinement retour au droit des religieux. Robert de Gandos leur donne encore à perpétuité les droits et libres coutumes dont il jouissait sur ces terres, à savoir « saca et soca, thol et tbeam et in£ange* nethof...., flodwite et Othwite »; l'exemption du tonlieu sur Teau et les chemins forestiers, et un grand nombre d'autres privilèges utiles. Il veut que les religieux aient leur cour de justice à Goldcliff, ou ailleurs si bon leur semble, avec les divers plaids, sauf pour le cas de mort ou de la perte d'un membre^. Cette importante charte fut donnée en présence de Vinebaud de Baalun et de son fils Roger, de Mauger de Gayrst ou Gacrist, de Hugues Furnu, de Gautier de Catevill, d'Hugues Fichet ou Fitchet, de

* La charte de confirmation de Jean sans Terre : « Totam decimam terrae suae de W'ales. omnium denariorum suonim ; decimam dominii sui, exceptis cantariis (chantreries ou chapelles), decimam mellis in bosco et in piscationibus, et decimam molendlni sui et pomorum pomerii sui de Karliun. » Mon. angl., p. 591. Karliun, Karliol, aujourd'hui Raerleon.

* ff Dedi etiam eis omnes ccclesias non vacantes totius defensionis meae, in quibus jus advocationis habeam, cum terris et decimis ad eas part lue ntibus, scilicet, etc. » Mon. angl.j p. 590.

* « Et volo ut habeant curiam suaiu apud Goldclive, et ubicumqne, viderint sibi melius expedire et de omnibus placitis et quereiis supradictis. de rébus aliis et molestiis, excepta sola justitia mortis et membrorum. » Mon. angl., p. 590, édit. de i»46, t. VII, p. 1022.

460 niSTOIRE DE L*ABBAYE DU BËC

Guillaume de Batpaumes, de Renouf de Strangest et de plusieurs autres seigneurs ^

Robert II de Gaados, selon le MonasHcon anglicanuniy mourut le 2 novembre 1120. On Tinhama dans Téglise de Sainte-Madeleine de Goldcliff, au côté droit du chœur'.

Une charte confirmative, donnée par Jean sans Terre, en 1200, mentionne en dehors des donations que nous venons de citer quelques autres qui ne paraissent pas postérieures à la première moitié du xn* siècle. Roger de Gandos, fils de Robert I®", donna une terre de deux charmées sise à Glive, dans le Wiltshire ; Renouf de Strangeston et Guillauàie de Batpalmes des terres dans la bruyère de Goldcliff ; Gautier de Gandos, autre fils de Robert, une charruée de terre à Steweyam ; Robert fils de Martin, une demi-hide de terre à Gompton et une autre demi-hide à'Menedepp ; Morgan fils d'Owen et Jorveth son frère, les Cinq-Pêcheries sur TUsk et une autre pêcherie à Karléon^.

Guillaume, comte de Gloucester, qui mourut le 22 ou 23 novembre 1183, avait accordé au prieur de Goldcliff et à ses tenanciers l'exemption de tonlieu à Bristol, Cardiff, Newport, Karléon et Chaptow *.

En 1200, le prieur de Sainte-Madeleine de Goldcliff donna à Tabbé du Bec des lettres de soumission semblables à celles du prieur de Stoke que nous avons citées plus haut'.

Henri V^, dans une charte donnée en 1 133, en présence de Hugues, archevêque de Rouen, de Ouen, évêque d'Evreux,

* Mon. angl, p. 59a.

* Mon. ajigl., p. 155. La date delà mort de Robert de Gandos, indiquée par le Monasticon anglicanum^ doit ôtre retardée de quelques années, car Orderic Vital nous montre ce seigneur gouverneur de Gisors pour Henri l", en 1123, et mettant le feu à la ville pour réduire en fuite les ennemis qui s'y étaient introduits par trahison. (Ord. Vital, lY^ 431 et 452.)

3 Mon. angl., p. 591 ; nouv. édition, t. VII, p. 1022.

* Mon. angl.^ p. 156. « Obiit Guillermus. cornes Gloecestriae sine heredibus absque tribus filiabus, quorum una erat comitissa Ebroicensis; altéra uxor comitis de Clara; tercia est in manu Dei et domini régis, et cui voluerit dabit eam. » Robert de Torigni, Chronique^ il, 124 et note 4.

■ Bibl. nat., lat. 12884, f» 261 y\

TRIEURÉS ANGLAIS 461

de Robert, comte de Gloucester, de Robert de Courcy et de plusieurs autres seigneurs, confirma la donation de la Petite et de la Grande Okeburne faite à Fabbaye par Robert de Bry* et Mathilde de Waliugeford sa femme ^. Devenue veuve, Mathilde confirma et augmenta, en 1147 ou 1149, cette donation qui comprenait les deux Okeburnes avec les églises et les dépendances de ces manoirs ; les revenus devaient être employés à la vêture ou garde-robe des moines du Bec, <c ad vestiendum praediclos monachos ». Cette donation eut lieu dans Tabbaye même du Bec, en présence et de l'agrément du jeune Henry, fils de Geoffroy, comte d'Anjou, et de sa* mère Timpératrice Mathilde. Parmi les témoins on voit figurer Richard, chancelier, Robert de Courcy et Robert du Neubourg ^.

Hubert, évéque de Salisbury, confirma en 1190 en faveur du Bec, les biens et revenus du prieuré de la Petite-Okcburne, ainsi que la donation faite par le roi Henry 11 de Téglise de Waneting*; il la confirma de nouveau lorsqu'il

• Robert de Bry ou Brient était fjls de Brient de Bretagne et frère d'Alain le Noir et d'Alain le Houx, comtes de Richmond.dans le Yorkshire. (Ord. Vital, II, 190 à 194.) « Brientius filius comitis », que l'on voit figurer comme témoin dans deux chartes d'Henri l" (Ilob. de Torigni, Chronique, I, 184 et 185) n'est autre que Robert de Bry. C'était un partisan dévoué de l'impératrice Mathilde. Matthieu Paris dit qu'en 1141, dans un combat livré près de Winchester, où le roi Ktienne fut oblige de fuir, son sénéchal, Guillaume Martel, fut fait prisonnier par les troupes de l'impératrice et amené à Walingeford pour ôtre mis sous la garde de Brient, fils du comte « et apud Wallingeford adductus, sub custodia Brieni filii comitis fuit deputatus ; qui sibi carcerem fecit specialem, et vocavit Cloere Brien; qui antequam exiret tic carcere reddidit imperatrici Sireburnense castellum pro liberationc sua. » Hist, major, p. 54. Quand l'impératrice Mathilde, assiégée à son tour dans Oxford, en 1142. put s'enfuir et traverser la Tamise gelée et couverte de neige, elle se rendit au château de Walingeford pour se mettre sous la garde de Rrienti fils du comte. (Matth. Paris, Hist. major, p. 54.)

■ Bibl. nat., lat. 12885, f» 176. Some account of the alien priories, I, 26; Tanner, Nolit. mon., p. 590.

» Bibl. nat., lat. 12884, f» 200. Le Mon. angl. (p. 582) donne cette charte complète ; elle est sans date. Robert de Torigni {Chronique, 1. 243} indique à l'année 1147, au jour de r.\scension. la présence à labbaye du Bec du jeune Henri Plantagenet ; c'est donc à tort (juc D. Thibault place cette charte à l'année 1145.

* .Vujourd'hui : Wantage.

462 HISTOtRE DE L'ABBAYE DU BËC

devint archevê<pie de Gantorbéry *. L'église de la Grande- Okebume, où les religieux devaient entretenir un chapelain, leur fut confirmée par le même Hubert, encore évêque de Salisbury, vers Tannée 1191 ^.

Richard, comte de Gornouaille, par une charte du 1""^ août 1253, confirma Tabbé du Bec, les moines et leurs hommes demeurant dans TAonnertr de Walingeford, da-ns leur exemption du service de plait et <( demanda visus franci plegii » ; toutefois, son bailli de Walingeford pouvait se présenter une fois par an à Okeburne, à la cour de Tabbé et des religieux, pour vérifier si les droits royaux étaient respectés, <( quod pax regia bene conservetur »; les émoluments pouvant résulter de cette enquête demeuraient aux mains des religieux ; mais par contre, ceux-ci devaient héberger, lain jour durant, le bailli avec ses trois ou quatre chevaux, et les gens de sa suite qui pouvaient en amener autant'*.

Tout le monde connaît Torigine de la Nouvelle-Forêl d'Angleterre. Guillaume le Gonquérant, pour se procurer le plaisir de la chasse, détruisit plus de 60 paroisses de la fei^ tile contrée de Southampton, et en expulsa les habitants pour mettre à leur place des bêtes fauves *. Gette fureur de la chasse était fort répandue en Angleterre, et ce droit seigneurial jalousement gardé. Au mois de novembre lâo3, Henri III concéda et confirma à Tabbé et aux religieux du Bec le droit de chasse sur toutes leurs terres seigneuriales dans leurs manoirs d'Okeburne, de Gombe, de Risselip, de Swyncombe et de Weedon, à la condition que ces terres ne fussent pas englobées dans les forêts royales. Il était défendu, sauf la permission des religieux, de chasser dans ces garennes, warenam^ sous peine d'une amende de 10 livres*.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 257. Hubert Gautier devint archevêque de Cantorbéry en 4193; il accompagna Richard Cœur-de-Lion en Terre- Sainte, et mourut le 13 juillet 1205. On voit encore son tombeau dans le collatéral méridional du chœur de la cathédrale de Cantorbéry.

* Bibl. nat., lat. 12884, f 231 V.

^ Mon. angl., p. 583.

*Ord. Vital, IV, 82.

■ Vidimus donné par Edouard VI, le 28 janvier 1333. (Bibl. nat..

PRIEURÉS AnCIAIS 463

<c k Steventon, près d'Abîngdoa dans le Berkshire, il y avait un prieuré de Bénédictins qui avait été donné à Tabbaye du Bec par le roi Henri I" K Durant les guerres avec la France, celle maison fut mise sous séquestre et le manoir donné k des laïques ; la collation de la cure et de la vicairie, cédée par Tabb^^ye du Bec, fut transférée par le roi Richard II à l'abbé et au couvent de Westminster*. »

Le prieuré de Saint-André de Gowick était situé près d'Ëzeter. Vers 1180, Renaud deCourcyetsa femmeMathilde « fllle de Robert fils du roi Henri ^ », concédèrent et conûrmèrent les donations d'églises, de terres, de revenus et d'hommes faites par leurs ancêtres aux religieux de Saint- André. Gowick et East-Cowick figurent comme ayant été donnés par Guillaume fils de Baudouin. Gautier, dit D. Jacques Jouvelin, était prieur de Gowick du temps de Roger II abbé du Bec (1188-1194) qui céda aux moines de Cowlck « ecclesiam de Ghristow cum omnibus pertinentiis suis ». Les revenus de ce prieuré s'élevaient en 1289, du temps du prieur Adam de Pim, à la somme de 47 livres 6 sols*.

« A Povington in Tineham, dans le Dorsetshire, il y avait un prieuré du Bec indiqué parfois comme un membre du prieuré d*Okeburne* ».

« Le manoir et l'église de Riselipp, dans le Middlesex, donné à l'abbaye par Ernouf de Hesding ^, du temps du

lat. 9221. charte n« 106 ; lat. 12S84, f« 333 v'; Inventaire des titres du Bec. p. 62.)

* Voir la charte confirmative donnée par Henri II en 4178. (Bibl. nat., lat. 13905, P 21.)

' ^ome accounl of the alien prioriesy I, p. 27; Tanner, Nolit. mon.f p. 15.

' 11 s'agit de Robert de Gloucester, fils naturel d'Henri 1".

* Bibl. nat., lat. 13905. Sur le prieuré de Gowick. voir: Some account of the alien priories, 1, 28 ; Tanner, Sotit. inonast., p. 92.

■ Some account of the alien priories, I, 26 ; Tanner, Notif. monasf., p. 108; Hutchin, llist. of Dorset, l, 210.

* On Ut dans la charte confirmative de Jean sans Terre en 1 199 : a Ex dono Amelinae uxoris Emulfi de Hesding in Anglia, inanerium quod dicitur Ctiinba. » Bibl. nat., lat. 12884. f» 265. — « Confirmation de Guillanme. roy d'Angleterre, de la donation faite à l'abbaye du Bec du manoir de la Combe en Angleterre. » Inventaire des titres du Dec, p. 5o.

464 niSTOIRE DE l'abbaye du BfciC

Conquérant ou de Guillaume le Roux, était un prieuré de religieux du Bec qui eut à sa tète pendant quelques années un prieur distinct. Plus tard, il fut réuni à celui d*Okeburne K »

« Une portion du village, (ow7iy de TootingouTooting-Bec, dans le Surrey, ayant été donnée à l'abbaye, probablement par Richard de Clare Qls de Gilbert, noble seigneur normand, du temps du Conquérant ou de Guillaume le Roux, quelques moines du Bec furent envoyés dans cette résidence qui forma pendant un certain temps un prieuré régulier, et plus tard seulement un manoir de la dépendance d'Okeburne, le principal des prieurés possédés en Angleterre par Tabbaye du Bec *. »

* Some account of tke alien priories, I, 26 ; Tanner, Soiilia monastica, p. 298.

* Some account of the alien priories, I, 29 : Tanner, Nofit. mon., p. 537. — « L'abbaye du Bec possédait dans le Surrey, lors de la confection du Domesf/aijy par te don de Uichard, fils de Richard de Tonbrige (ou de Clare), Tootinges ou Tooting, appelé depuis Tooling Beck, et Estreham ou Strethain... Le manoir de Tooting Beck était fieffé par ta couronne à John Ârderne, moyennant 19 livres par an qui étaient affectées à la dotation du collège d*Eton, ta dix-neuvième année du régne d'Henri VI. » Some account of Ihe alien priories, I. 167. Le môme auteur donne de curieux détails sur le manoir de Strctham. « M. Salmon (Surrey, p. 40) conjecture que la maison du duc de Bedford, située à Strctham, qui fut dit-on 1 un des châteaux de ta reine Elisabeth, était la résidence de Tabbé du Bec lorsqu'il venait en Angleterre. Ce manoir échut à la maison de Bedford par le mariage de Wriothesley, second duc de Bedford (fils de lord Russel, décapité par ordre de Charles II), avec lF*lisabeth, fille unique de John Ilowland, écuyer. et petite-fille de sir Josuah Cbild, 1G95. Peu après son mariage, il était i-réé baron Howland de Stretham. La maison est vaste, située sur le bord d'une grande route : elle est occupée aujourd'hui par le fermierrégisseur de la propriété. Il y a sur la façade deux tourelles crénelées, hexagonales, en briques ; sur l'une, on voit un blason avec trois lions passants couronnés en chef et un léopard avec une couronne ducale : Sir Giles Howland, chevalier, fils de Jean Howland de Londres, et frère cadet de Richard Howland, évoque de Péterborough. Sur l'autre tourelle, un écu losange portant dans une bordure engrôlée une fasce entre trois mulets et trois cygnes : Elisabeth, fille de sir John Rivers, chevalier, lord-maire de Londres, 1573, sa seconde femme. Ces deux tours furent probablement construites par sir Giles Howland lorsqu'il habita ce manoir, à la fin du règne d'Elisabeth, on au commencement de celui de Jacques I•^ » Some account of the alien priories, I, 164 et 1G5.

c( Guillaume le Conquérant donna à la noble famille de Néel d'Aubigny le manoir de Dunton, dans TEssex (qui avait appartenu k Eudes, évèque de Bayeux, avant sa disgrâce). Néel donna à Tabbaye une terre sise à Dunton valant 20 livres^ ; cette donation fut confirmée par Henri I*% et plus tard Néel se fit moine au Bec où il fut enterré. La donation avait eu lieu du temps de Guillaume de Montfort, abbé du Bec, qui mourut en 1124'.

« Malhilde de Walengeford donna au Bec la Grande et la PetiteOkeburne, dans le Wiltshire ; la-seigneurie et la paroisse de Dunton furent soumises au manoir d'Okeburne qui était un prieuré du Bec. Le prieur et le couvent du Bec fiefTërent le manoir de Dunton pour une période de soixante années' ».

« Le manoir de Hou ou Hoo, dans le SufToIk, fut donné au Bec par Henri, comte d'Eu, entre 1096 et 1139; il y eut bientôt après un prieuré de moines bénédictins, quoique certains auteurs le regardent comme une simple dépendance d*Okeburne* ».

Le manoir de Lessingham, au comté de Norfolk, avait été donné par Hugues, fils de Girard de Gournay; Henri i**" confirma celte donation pendant qu'il était au Bec, le 11 février 1111 ou 1112*.

* « Donnation faite par Nigelled'Aubigny de certaine quantité de terre consistant en maison, bois et domaine, et de son église après la mort de son chapelain ; le tout situé en Angleterre. » Inventaire des litres du Bec, p. 60.

» D. Bourget, The llistonj of the abbey of Bec. Appendix, p. !23. ^ D. Bourget. /rf., p. 123. On lit dans l'Inventaire des litres du Bec, p. 61 : a Bail à vie du manoir de Donthon par l'abbaye duBecenil49. »

* Snme accounl of the alien priories, 1, 29; Tanner, Is'olit, mon., p. 554. Le manoir de IIou avait été spécialement donné au prieuré de Saint-Martin au Bosc, au diocèse de Rouen, appartenant à Tordre du Bec. (Voir la charte de donation d'Henri, comte d'Eu, dans le }fon. angl.^ p. 582.) Nous croyons cependant qu'il fut rattaché au prieuré d'Okeburne dés la fin du xii» siècle.

* Bibl. nat., lat. 13905, f« 20. En 1076, Hugues de Gournay, l'époux de Basilie Fieitel, donna à l'abbaye, du consentement de (îirard son ûls, la dime de ce qu'il possédait en Angleterre, c'est-à-dire des trois manoirs de Fordham, de Liston et d'Arley. (Id., lat. 13905, f« 45 v« et 20.)

« Raoul de Tosny donna au Bec le manoir d'East ou du Grand-Wrotham, qui depuis fut soumis à tous les droits particuliers du monastère. On a consigné dans un registre, registei\ de Tabbaye les coutumes de ce manoir*, parmi lesquelles on remarque que les tenanciers étaient obligés de payer leur quote-part, scot and lot, aux abbés lorsqu'ils venaient en Angleterre, ou à leurs procureurs quand les besoins de Tabbaye étaient urgents. Us ne pouvaient vendre un poulain ou un bœuf, marier leurs filles, habiter hors du manoir ou transporter leurs biens meubles sans la perinission de leurs seigneurs. A chaque décès, on donnait, pour hériter, la meilleure bête du troupeau ou la somme de M deniers ; si Ton mourait intestat, les meubles revenaient au seigneur. Lorsque les tenanciers avaient terminé la moisson, ils réservaient une demi-acre d'orge au milieu de laquelle on lâchait un bélier; s'ils rattrapaient, ils le gardaient pour en faire réjouissance, mais s'il leur échappait, il appartenait au seigneur ^. Dans ce temps-là, Guillaume de Hockham occupait 60 acres de terre de cette ancienne donation moyennant 5 sols de rente annuelle, plus 16 sols de rente à Rockland, pour tout ce qui appartenait au Bec. Ce Guillaume tenait toutes les terres que l'abbaye possédait à Hockham moyennant une rente de 17 sols :2 deniers, trois journées de labour, trois de fauchage et une geline. Lui et les autres tenanciers étaient tenus de payer les reliefs, de comparaître à la cour du seigneur, « helmot-court », à Wrotham, de payer la quote-part, scot and lot ; ils ne pouvaient marier leurs filles sans le congé de leurs seigneurs. Peu après, en 1:299, les religieux levèrent un impôt sur leur domaine tout entier, lorsqu'il contenait

* Ce registre était probablement « un roulleau en parchemin dans lequel sont insérées les coutumes auxr(uelles les fermiers des manoirs et terres que l'abbaye du Bec possède eu Angleterre étaient sujets ». Inventaire des titres du liée, p. 59.

* « Cet usage est encore observé au collège d'Eton où, un jour piar an, on lâche un bélier au milieu des écoliers pour qu'ils le terrassent ; l'origine de cette coutume doit venir du manoir de Wrotham. » 1). Bourget, The lilstory of the ahbey of Bec. Appcndix, p. 131.

18 masures, 275 acres de terre, 11 acres de pâture, un« acre de tourbe, 37 acres de bruyères et 14 sols ob. de rente dans le Grand et le Petit-Iiockham.

« Guillaume Franklin, Francolanus, tenait une charmée de terre à Serepham ou Shropham, payait quote-part, présents et aides, et comparaissait à la cour; Henri de Brade-* kere avait une autre tenure aux mêmes conditions. Emma de Kerbrook et Adam de Hockham, Gautier Bainard et les hoirs Crongethorp tenaient une bruyère appelée Sandwadescot moyennant le service de la cour, « by suit of court », et à la condition d'aller à leurs frais porter les messages à Londres ou ailleurs, de faire le service de leurs seigneurs et celui de la ville en assistant aux tournées des chérifsetdelacour du district pour y recevoir les ordres du roi. Guillaume de Wrotham tenait 60 acres de terre et un masurage qui avaient été donnés en 1240 à Tabbaye du Bec par Renaud, fils d'Eustache de Wrotham. En 1285, Tabbé possédait en franche aumône ce domaine qui était un membre de la baronnie de Tosny; il avait le droit de franc-piège, de taxe du pain et de la bière, pilori, gibet et choses gaives.

« Il en fut ainsi (sauf quand le domaine était aux mains du roi à cause de la guerre de France) jusqu'en 1414 où le Parlement siégeant à Leicester supprima les prieurés étrangers; dès lors le manoir de Wrotham appartint à la couronne jusque sous Henri VI qui le donna au collège d'Eton, lors de sa fondation, et confirma celte donation par sa charte de 1444. Elle fut de nouveau confirmée par Edouard IV, le manoir étant considéré comme une dépendance du prieuré d'Okeburne. Aujourd'hui, le prévôt, les fellows et les écoliers d'Eton en sont les seigneurs et les propriétaires*. »

En 1112, Robert, comte de Meulan, donna pour l'entretien de la cuisine des religieux du Bec « quoddam manerium in Anglia super Auram fluvium quod dicitur Chilingueberia, ad coquinam monachorum ». La même année, Henri V confirma cette donation ^.

* D. Bourget, The History ofllie abbey of Bec. Appendix, pi 129-134. » Bibl. nat., lat. 13905, f« 21 V, et lat. Iîî884, f» 156.

468 msTOiRE DE l'abbayë du bec

Vers 1125, Robert de Gourcy, sénéchal du roi d'Angleterre, donna à Tabbaye le manoir de Gottesford; à cette occasion, les religieux du Bec renoncèrent, à son profit, à toutes leurs prétentions sur l'église et le moulin d'Isleslaples,et sur la terre de Raoul Macri *.

Roger de Thibouville donna à Tabbaye la moitié du manoir de Weedon, et son fî)s l'autre moitié, avec Téglise et la dîme. Ces donations furent confirmées par Henri II, en 1178*. Le manoir de Wedon in the street ou Weedon- Beck, dans le Northamptonsthire, n'était point un prieuré proprement dit, comme l'ont prétendu Dugdale et Tanner ; les religieux du Bec n'avaient, dans ce comté, d'autre prietiré que celui d'Okebune '.

Dans une charte sans date, Faran, Faranus, fils de Guillaume comte de Boulogne, reconnut et confirma la donation faite à l'abbaye par son père et son grand-père Eustache de Boulogne, d'une hide de terre sise à Belgham et relevant du manoir de Glapham. « IIujus concessionis meae fuerunt eoncessores et testes : fratres mei Eustacius et Simon ; Hugo de Bosevilla et uxor ejus et filius ipsius Willielmi, Robertus de Bosevilla; Balduinus Richetala. Item, ex parte ecclesiae testes fuerunt : Robertus, prîor ecclesiae Sanctae Mariae de Meritona et duo clerici ipsius, Rainaldus et Henricus : et de fratribus ecclesiae Becci, Ricardus, 'cellerarius et Willielmus de Totinges, Willielmus de Fresnosa, et Gislebertus de Burnevilla, Paganus filius Heldrici, Ricardus clericus, Osbertus Hertur, Robertus Daun, Rogerus Hoc, Godwi-

* Bibl. nat., lat. 12884, f« 173 v et lat. 13903, f» 22 v». Il se pourrait que les religieux soient rentrés en possession du moulin d'islestaples. On lit dans la charte conûrmative des biens du Bec donnée par Jean sans Terre, le 11 juin 1199 : « Ex dono Adeliuae uxoris Rogerii de Ivreio unum molendinum in villa quae dicitur Itellapa. » Bibl. nat.. lat. 12884, fo 2Ô9. Les moines de Saint-Evroult possédaient quelque chose à Gottesford, comme l'indique cette mention de Vlnveniaire des titres du Bec, p. 62 : a Vente faite par l'abbaye de Seûnt-Evroult à celle du Bec de tout ce qu'elle possédait à Cottefort pour un marc d'argent, en 1167. »

« Bibl. nat., lat. 13905, f 21 v».

• Some account of the aîienpr tories, I, 27.

nus de Riselep, Hardingus Gopin, Ricardus de Meritona ^ )» « Sibylle de Tingria, fille de Faran de Boulogne et dame de Clapham, confirma aux religieux du Bec Thide de terre sise à Belgham (relevant du manoir de Glapham) qui leur avait été donnée par ses ancêtres ; à l'occasion de cette donation, les religieux lui remirent 40 sols sterling. Néel de Mandeville avait donné, du consentement de sa femme, à Tabbaye de Bermondsey ^ deux hides de terres sises à Belgham. Par voie d'échange ou d'acquisition, elles revinrent à Tabbaye du Bec; elles appartiennent aujourd'hui au duc de Bedford. Le prieur du Bec avait une pension de 4 livres sur l'église de Stretham; elle devait compenser les dîmes de Tooting et de Belgham que les religieux avaient délaissées au curé ^. »

Les religieux du Bec possédaient encore en 4303 ur manoir sis à Londres, avec ses dépendances ; « in dyocest Londoniensi quoddam manerium situm in civitate Londoniens! cum pertinentiis *. » Nous n'avons rien rencontré qui se rapportât à ce manoir, sauf peut-être deux mentions de l'Inventaire des titres du Bec ^

L'église de Saint-Pierre de Saltwood, avec ses dépendances tant en chapelles qu'en dîmes et terres, fut donnée à l'abbaye du Bec, et particulièrement au prieuré de Saint-Philbert, peu de temps après sa fondation. Cette donation, faite par Hugues de Montfort, fut confirmée par Renouf, archevêque de Gantorbéry (1114-1122), par son successeur Thibaut,

' Mon. angl., p. 583.

* L'abbaye de Saint-Sauveur de Bermondsey, ordre de Cluny, dans le Surrey, avait été fondée en 1082.

» Some account of the alien prwries, I. 166.

* Bibl. nat., lat. 13905. f» 14 v».

* « Donation faite à Tabbaye du Bec par les religieux, abbé et couvent de Westminster d'une terre et maison situées dans le fief de Mu»terlinge. » — « Donation faite à l'abbaye du Bec par le doyen et cha< pitre de Saint- Paul de Londres d'une terre située audit Londres devant le bureau de M usterlinge , sous la redevance de cinq sols de rente pour ledit doyen et chapitre. » Inventaire des litres du Bec, p. 60 et 61. Le mot Musterlinge est dénaturé ; muster signifie : revue du troupes, montre.

470 HISTOIRE DK L'aBBAYK DU BEC

ancien abbé du Bec, et par les rois Henri I*' et Henri II ^ Vers 1140, le roi Etienne donna une charte par laquelle il transférail à Tabbaye du Bec 100 sols de rente payables sur le manoir de Henrodt et qui restaient sur les 'iO livrées de terre qu'il avait données à l'abbaye de Reading. L'abbé de Reading consentit, sur l'ordre du roi, à payer aux religieuT du Bec les 100 sols sterling en deux termes, moitié à Pâques, moitié à la saint Michel ^.

Les rois d'Angleterre confirmèrent plusieurs fois les possessions foncières et les droits utiles dont jouissait l'abbaye, grâce à la générosité des seigneurs normands, sur le sol anglo-saxon. Henri II donna en 1178 une charte solennelle où nous relevons les donations suivantes : Steventon donné par Henri l"; l« manoir d'Edreston (Alherslone), par Hugues, comte de Chester ' ; le manoir d'Anna, par Hugues de Grentemesnil; Gowick et East Cowick, par Guillaume fils de Baudouin; la Petite et la Grande-Okebume, par Mathilde de Walingeford ; le manoir de Cottesford par Robert de Courcy ; le manoir de Blackenham, par Gautier Gifîard; 12 livrées de terre à Dunlon, par Néel d'Aubfgny; le domaine de Prestentuna (Prestoii) par Guillaume, comte de Mortain * ; la

* Bibl. nat., lat. 13905, f» 82 v«> et 83 v«. En 1198, Hubert, archevêque de Cantorbéry, « frater et monachus ecclesiae Becci ». confirma au prieuré de Saint-lMiilbert de l'ordre du Bec, 12 marcs de rente qu'il recevait sur l'église de Saltwood et la chapelle de Hea ; en outre, il donne et confirme aux dits religieux 8 marcs sur la même église et chapelle pour payer les frais de son anniversaire qu'ils devaient célébrer. (Bibl. nat., lat. 12884, f» 259.) Il existe aux archives du chapitre de Gantorbéry, une charte donnée par l'archevêque W'inchesley, en 1297, confirmant cette rente sur l'église de Saltwood; et une couiinis sion donnée par Fioniface VIII au doyen de Londres pour terminer le litige élevé à ce sujet par l'abbé du Bec. Les archevêques de Cantorbéry avaient un château à Saltwood.

* Bibl. nat., lat. 13905, fo 21 v», et lat. 12884, f» 173 v. — « Confirmation d'Etienne, roy d'Angleterre de cent sols sterling de rente à prendre sur le manoir de Henrodt pour l'abbaye du Bec. » Inventaire des tiires du Bec^ p. 5d.

^ a Hugues, comte de Cliester, mort en 1101, donna à l'abbaye la seigneurie d'Atherstone, dans le comté de Warwick. » Ducarel, Antiquités anglo-normandes, p. 163 (note 2).

* « Ex dono Willelmi, comitis deMoritonia, terram quae vocatur Prestituna, quae est in rupe de Peneveseia. » Charte de Jean sans Terre

moitié du manoir d*Odona ou de Weedon, par Guillaume de Tibouville; Swènetuham (Swettenham) et les dîmes de ce qu'il possédait dans Vhonnetir de Walingeford, par Miles Grespin ; Gornelay et Deveril, par Mathilde, mère d'Henri I®*" * ; Wrotham, par Raoul de Tosny ; Chelingebery, par le comte de Leicester ^ ; Lessingbam, par Gérard de Gournay ; Membury par Isabelle de Candos ^ ; Wivelford ou Willesford, par Hugues Wae, d'Eu ou d'Envermeu. Celte charte fut donnée à Rouen, en présence de Rotrou, archevêque, d'Arnoul, évéque de Lisieux, d'Henri, évêque de Bayeux, de Froger, évêque de Sées, etc. '*.

D. Jacques Jouvelin place à l'année « 1 178 ou environ » une autre charte d'Henri II en faveur de l'abbé et des religieux du Bec, et qui détermine les droits et privilèges dont le roi les laissait jouir en Normandie et en Angleterre, à raison des nombreux domaines qu'ils y possédaient. Nous en donnons ici le texte latin afin de pouvoir l'accompagner de quelques notes indispensables.

« Henricus, Dei gralia rex Angliae et dux Normanniae et Aquitaniae, et cornes Andegavensis, archiepiscopis, episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciariis, vicecomitibus et omnibus ministris et ûdelibus suis francis et anglis totius Angliae et Normanniae, salutem. Sciatis me concessisse, etpraesenti carta confirmasse abbati et monachis de Becco omnes donaliones terrarum, hominum et elemosi-

de 1199. (Bibl. nat. lat. 12884. f» 265.) La seigneurie de Preston, dans le territoire de Pevensée, dépendant de celui de Sussex, avait été donnée par (juiiiaume. comte de Mortain et de Cornouaille. neveu de Guillaume le Conquérant. (Ducarel, Antiquités anylo-normandes, p. î63, note 2.)

* « Ex dono Mathildis reginae, matris Henrici senioris, Corneliam et Deveriam. » Charte de Jean sans Terre de H 99. (Bibl. nat., lat. 12884, p. 265.) « Deveril-Moukton... had a cell to Bec abbey before 1086. » A new gazetteer, by James A. Sharp. London. 1852, t. 1, p. 560.

• Bibl. nat., lat. 13'J0;i, ^21 v«.

• « Ex dono Isabellae de Candos, Mcnbiriam. » Charte de Jean sans Terre, de 1199. (Bibl. nat., lat. 1:2884. f- 265.)

* Bibl. nat., lat. 13905, f» 21. Le texte complet de cette charte se trouve dans un vidimus accorde, le 28 janvier 1333, par Edouard VI. (Bibl. nat., lat. 9221. charte n-^ 106.)

472 HISTOIRE DE L'aBBAYE DU BBC

Darum quae eis factae sunt tam in Normanniaquam in Anglia, in ecclesîisetpossessionibus mundanis et in omnibus rébus. Quare yoIo et firmiter praecipio quod praedicti monachi homines suos et omnes possessiones et elemosinas suas habeant et teneant cum saca et soca et toll et theam et infan* genetheof ^ et cum aliis libertatibus et liberls consuetudinibus et quietanciis suis in bosco et piano, in pratis et pasturis, in aquis et molendinis, in stagnis et vivariis, in mariscis et piscariis, in grangiis et virguUis, infra burgum et extra, in viis et semitis et in omnibus aliis locis, solutas, libéras et quietas de syra et hundred ^, et placilis et querelis et de murdro et wapenlae % et scutagio etgildis et danegeldis, et bydagiis ^ et assisiis et de operibus omnibus castellorum et pontium, vivariorum et fossatorum et trencheiarum, et de ferdewyla et de hengewyta *, et de flemeneswyta, et de warpeni et de averpeny *, et de blodwita et de ficdwita, et

* Saca et soctty droit de cour de justice ou de suite et d'amende; loU, tonlieu; theam, droit de poursuivre ses serfs slls se sont enfuis ou retirés dans un domaine voisin; infangenetheof, droit ordinaire personnel aux barons sur les voleurs pris en flagrant délit dans leur domaine.

* Scyra ou schira^ division provinciale ou comté; par extension, amende infligée à ceux qui ne se présentaient pas aux plaids des comtés auxquels ils appartenaient ; hundred, division administrative qui comprenait cent familles, ou « centum regiae pacis fidejussores » ; par extension, amende fixée ordinairement à 8 livres que Ton infligeait dans certains cas à ceux qui faisaient partie de la hundrède ou centurie.

' Wapenta ou wapentakium était à peu près la même chose que la hundrède; sur ce mode d'association contracté par le contact d'une lance ou d'une arme, voir : Matthieu Paris, llist. major; Glossarium. p. 213.

* Scutaffifun, escuagc. service militaire ou pécuniaire dû parles gens d'armes ; gildis, gilde, prestation, s'entend aussi d'une amende judiciaire; danegildis^ impôt prélevé pour contribuer à repousser les invasions des Danois ; hidagium, hidage oulaillage. redevance que chaque hide ou charmée de terre devait au roi.

* Ferdwita, franchise laissée pour meurtre h l'armée, ou peut-être exemption du service militaire; hetujcwyia ou hangwith, amende que l'on pa3'ait pour avoir laissé échapper un voleur.

" Fleweneswyla^ amende des fugitifs ; warpeîii ou wardpeni^ deniers que l'on payait au vicomte pour la garde des châteaux ; averpeny, tribut que l'on paj-ait pour la circulation des chevaux, des bœufs et des voitures sur les chemins.

de hundrepeny et de tethinpeny *, et quietas de omni teloneo et passagio et pontagio, et lestagio ^ et stallagio, et de omni saeculari servicio et opère servili et exactione, et de omnibus aliis occasionibus et consuetudinibus saeeularibus. Haec omnia concessi eis cum murdro et morte hominis et plaga et mehaim et sanguine et aqua et igné, cum omnibus regiis libertatibus et consuetudinibus ad me perlinentibus in perpetuam elemosinam, pro amore Dei et pro anima Henrici régis avi mei, et pro anima patris mei et matris meae imperatricis, et pro anima mea et puerorum et haeredum. Testibus : R., archiepiscopo Rothomagensi; Aegidio, episcopo Ebroicensi ; Ro., cancellario; Johanne decano Sar. [esberiensi] ; R. decano Ebroicensi; R. (oberto) comité Leicestriae ; R. de Canvill ; Simone de Tornebu. Apud KivilH ^. »

Dans la première année de son règne, Jean sans Terre, confirma lea bienb du Bec situés en Angleterre, par une charte datée de Westminster, le 1 1 juin 1199 ^

Parmi les bulles pontificales adressées aux abbés du Bec pour reconnaître et confirmer la possession canonique des prieurés, églises, dîmes et manoirs d'Angleterre, nous mentionnerons celle de Calixte II, donnée le 10 avril 1123 ^. Celle de Lucius H, du 17 avril 1144, énumère les possessions suivantes : <c les manoirs de Wroteham, de Lesingham, de Blackenham dans Tévêché de Norwiçh ; de Riselep et de

* Blodwila, amende du sang versé; ficlwila, « praestationis species, Anglis, in Monast. angl.. t. I. p. 503 ». Ainsi Du Gange Glossarium, II, col. 424. — Uumh'epenny. redevance ou aide payée au vicomte par les membres de la hundrède; teihingpenny, subside que le» vicomtes exigeaient de chaque dizaine de notables dans une centurie ou hundrède.

* Lesiagiumy letaige, impôt sur les marchandises qu un apportait au marché.

3 Bibl. nal., lat. 13905, ^ 21. Le texte de cette charte se retrouve également dans le vidimus acc(»r(lé le 28 janvier 1333 par Edouard VI. (bibl. nat., lat. 9221, charte n« iU6.)

* Bibl. nat., lat. 12884. f»» 2:59 et 265.

■ Cette bulle, reproduite dans le Recueil de D. Jouvelin (lat. 1390y, f» 1), n'est point citée dans Jalfé.

Danton dans l'évêché de Londres ; de Totinges, de Gornelay, de Chilingebery dans l'évêché de Winchester ; le prieuré de Gowick dans Tévèché d'Exeter ; le manoir de Vei'èlas dans l'évêché de Salisbury ; le manoir de Preston dans révèché de Chichester; les prieurés de Saint-Néot, de Goldclive, de Clare avec les églises, manoirs, terres et dîmes appartenant légitimement aux susdits prieurés dépendant de Tabbayedu Bec ^ » En 1190, Clément III confirma à Tabbaye toutes les propriétés qu'elle avait en Angleterre *. Honorius III, dans une bulle du 10 mai 1223, les prit également sous sa protection particulière ^.

* Bibl. nat., lat. 1288i, f*" 199 v* et lat. 13905, f 4 v«. Cette bulle n'est point citée dans Jaffé.

• L'original de cette bulle est conserve dans les archives du chapitre de Canterbury; elle n'est point citée dans Jaffé. Le 17 novembre 1196, Célestin III donna une bulle de privilèges à l'abbaye, parmi lesquels on remarque cette clause : Si les religieux ont à soutenir quelque procès, les juges désignés par le Souverain-Pontife sont, sur le continent, les abbés de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève et le chantre de Paris ; et pour les pays d'outre-mer, les abbés de Westminster, de Saint-Alban et de Saint-Edmond. (Bibl. nat., lat. 12884, f« '26i \:)

3 Bibl. nat., lat. 12884, f* 305.

GFIAPIÏRE XIII

La Règle de Saint-Benoît. — Le Coutumier du Bec. — Usages liturgiques. — Obils; services; fraternités monastiques; anniversaires. — Cérémonial à la mort des abbés. — Election des abbés du Bec. — Profession des novices. — Punitions disciplinaires. — Les vêtements blancs des moines du Bec.

« La règle de Saint-Benoît, a écrit D. Pitra, se trouve la seule et la première qui présente ce cachet de sagesse humaine et cette mesure des mœurs occidentales qui en ont fait, selon la pensée de saint Grégoire, un chef-d'œuvre de discrétion et un modèle de législation simple et populaire. Cest ce qui lui donne le pas 8ur toutes ses rivales plus ou moins étrangères K » Ce fut aussi cette règle qu'Iierluin s^empressa de donner à sa communauté naissante, en raccommodant aux conditions particulières dans lesquelles ses compagnons, sa vieille mère et lui-même menaient la vie commune dans le petit domaine de Bonneville ^ La règle de Saint- Benoît demeura toujours la règle fondamentale de Tabbaye et de l'ordre du Bec. Anselme, nommé à l'archevêché de Cantorbéry, écrivait à Baudry, prieur du Bec et aux autres religieux : « Mes très chers frères, je vous recommande à Jésus-Christ, à Marie, sa pieuse mère, au bienheureux

• Histoire de saint Léger, Introd., p. lxih. La règle de Saint-Benoît était à peu prés uniquement suivie en France , même avant Charleuiagne. Cependant on y mêla souvent des statuts tirés de la règle de Saint Goiomban que l'on considérait comme des commentaires et des éclaircimements sui* la règle de Saint-Benoit. (Voir : Opéra Lanfranci, édit. d'Achéry. Epiêt., Zt, iNotes et observations, p. 260 à 26îi.)

■ Gilbcrti Criïpini, Vita Uerluini, édit. Giles, I, 267 et 268.

476 HISTOIRE DE l'aBBAYB DU BEC

Pierre, auquel il confia ses brebis, et au bienheureux Benoît, sôus la règle duquel vous avez fait profession d'obéissance, et aux autres serviteurs de Dieu *. »

Quand le nombre des religieux se fut notablement accru et que de nouvelles communautés sorties de Tabbaye-mère se furent établies en Normandie, en France et en Angleterre, il fallut compléter, sur des points secondaires, la règle de Saint-Benoît qui n'avait pas prévu une organisation aussi complexe. Telle fut Torigine des usages du Bec *.

Ce code particulier ne fut point rédigé tout d'une pièce ; les usages sont la résultante de l'expérience et du temps ; mais il y a dans le coutumier du Bec un grand nombre de prescriptions liturgiques que l'on peut attribuer à Lanfranc, le véritable organisateur du Bec au xi" siècle.

L'abbé Roger II, qui gouverna le monastère de 1188 à 1194, revisa le coutumier et en fit une nouvelle rédaction '. D. Martène le cite souvent et en donne de nombreux extraits dans son ouvrage De aniiquis monachorum 7'itibus. II les a empruntes à trois manuscrits ; le premier était un Rituel qui se ti'ouvait alors à la bibliothèque de Saint-Bénigne de Dijon et vieux d'environ quatre cents ans; les deux autres (coutumiers appartenant à l'abbaye de Lyre *) formaient

* Epist. III, 7.

* « Ordo CluQiacensis, Ci^terciensis, Beccensis, Caelestinorum, Silvestrinorum, etc., quamvis regulatn proUteantur nuilani praeter benedictinain, constitutionibus tamen institutionibusque diversis ab aliis ejusdem culloribus secernunlur. » Opéra Lanfranci, édit. d'Achéry, Notae et observationcs, p. 26i.

3 D. Tliibaiilt cite un passage du Livre des usages du Bec qui se terminait par ces paroles : « Ita eniiu a domno Rogerio 11** abbate Becci et toto conventu, nobis praesentibus stalutum est. » Chron. Beccense au<:t. et iaustr.,h\h\. nat., lat. 12884, f 266. D. Thibault ajoute : «Hoc ceremoniale, de que allas in fine bujus Historiae (si Deus dederit) fusius disseremus, quod et Liber consueludinarius vocatur, in usu longe ante Rogeriuui hune fuisse, salteiu ex parte, censuerim; sed ab hoc discreto viro collecluni fuit, ne quid a posteris variaretur aut ignoraretur. » /c/., 1° 206.

* C'est peut-être le manuscrit de la bibliothèque de Lyre que D. de Montfaucon désigne ainsi : « Vêtus cere moniale coenobii Beccensis cui adduntur institutiones Lirinensis coenobii et statuta abbatum. » Bibl. bibL mss,, II, 1261. Bernard de Montfaucon mentionne encore à la

une double compilalion ; la plus abrégée avait environ cinq cents ans, la seconde, contenant des additions, remontait à quatre cents ans >. C'était donc des coutumiers transcrits au xii^ et au xin^ siècle, mais dont les règlements appartenaient à la réforme disciplinaire de Tabbé Roger II ou même à une époque plus ancienne. Ces manuscrits, qu'a connus D. Martène, ont disparu; mais il nous reste un Consuetudinarium secundum normam Becci Herluini, écrit entre les années 1290 et 1310 *. Grâce à ce coutumier et aux extraits donnés par D. Martène, il serait aisé de reconstituer dans leurs moindres détails les usages suivis au Bec pendant le moyen âge. Nous en donnons seulement les lignes principales.

La liturgie bénédictine comprenait un fonds commun auquel chaque ordre, Cluny, le Dec, Cîteaux etc., ajoutait ses Cérémonies locales et ses rites particuliers^.

Au Bec, l'office ou récitation du bréviaire commençait par

lUbliothèque du roi, sous le n» 4455* : « Consuetudinarium Becci Herluini ». (T. II. p. T.-iO.) Ce Consuetudinarium secundum normam Becci Herluini (autrefois Bigot 376 et ancien Kegius), est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale (lai. 1208). Nous en parlerons plus loin, à propos de la liturgie du Bec.

* « Ex ejusdein monasterii bibliotheca (S. Benigni Divionensis) Beccensis monasterii rituale annorum circiter 400 niihi suppeditatum est ; Beccenses insuper Usus reperi in nionasterio Lyrensi. quorum duplex exeraplar uno in volumine continetur, unum breviter annorum circiter oOO. alterum auctius annorum 400. » D, Martène, De antiquis monach. ritibus, Praefat.

• Bibl. nat., lat. 1208. Ce manuscrit provient de la bibliothèque du prieuré de Bonne-Nouvelle de Rouen, de l'ordre du Bec. On peut donc constater l'existence des coutumiers suivants : Velus ceremoniale coenobii Beccensis, à la bibliothèque de Lyre (Montfaucon. Bibl. biblioth , II, p. 1261); 2« Rituale Beccense, à la bibliothèque de Saint- Bénigne de Dijon (D. Martène, De an t. mon. rilibus, praefatio) ; 3» Consuetudinarium secundum normam Becci Herluini (Montfaucon, Bibl. biblioth.., H, 730, ancien Regius, 44Ô5V aujourd'hui fonds lat. 1208) ; 4» Liber usuum Beccensium, abrégé (peut-être le Velus ceremoniale)^ à la bibliothèque de l'abbaj-e de Lyre (D. Martène, De anl. mon. rilibus^ praefatio) ; 5* Liber usuum Beccensium, avec annotations, à la bibliothèque de Lyre (D. Martène, /</., id.) ; Q" Libellus consuetudinanus, cité par D. Jouvelin (Bibl. nat., lat. 13905, f" 103 v) et qui doit se confondre avec Tun des précédents.

^ Nous parlerons spécialement de la liturgie du Bec au moyen âge dans un chapitre subséquent.

les nocturnes ou matines, que la règle de Saint-Benoît fixait à la huitième heure de la nuit. Depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, les moines récitaient quinze psaumes avant les nocturnes, et pendant Tannée, soit les matines de Tous les saints, soit d'autres psaumes indiqués ^

Après compiles, au son de la cloche, les enfants d*abord, puis les religieux récitaient à genoux les trois prières dont l'ordre est indiqué dans la Concorde de saint Dunstan *.

Chaque jour, la messe était chantée conventuellement ; une autre messe, dite matulinaie, était célébrée après prioie pendant Tété, et après tierce pendant l'hiver ; au Bec, on l'appelait la petite messe, parva missa. Depuis l'octave de la Pentecôte jusqu'à l'Avent, la messe matulinaie était de la Sainte Trinité'.

Un bénédictin de Saint-Maur,' qui rédigea vers 1730 un « Mémoire pour servir à l'histoire de l'abbaye du Bec-Herluin » *, a extrait du rituel et des anciens coutumiers les particularités suivantes : ce Dans le carême, on faisait une procession nuds-pieds dans le cloître tous les mercredis et vendredis *; on en faisait de semblables en d'autres temps, surtout jusqu'au mois d'octobre, mais on les cessait depuis la saint Simon et saint Jude jusqu'au mercredi des Cendres,

' (( In Libro usuuui Beccensium circà initium saeculi xiii^ manu exarato, haec scripta reperio. « Oatnibus festis per annum et octavis. omnibus quo^iue diebus a Pascha usque ad calendas novemb. quindecim psalnii dicuntur ante nocturnos, id est : Ad doniinum cuui tribulares claniavi us(iue Laudate noincn Domini. et distribuunter sicut supra diximus eos distribui... illic duae lineae sunt abrasae) A Pascha usque ad calendas novemb. post matutinas laudes diiMintur matutinae de omnibus sanctis; dein Exultabunt Domino et Verba mea, si dies fuerint quibus debeanl dici. Ab octavis Penterostes usque Pascha» privaiis diebus, nisi octavae sint. post noclurnos ante laudes matutinas dicuntur très psalmi familiares, Domine ne in furore, Exaudiat te Deus et Deus in adjutorium, etc. » D. Martène, De anl. mon. rilibus, lib. I, cap. II, n» 29.

* D. Martène, De ant. mon. Hlibus, lib. I, cap. ii, n* 19. ^ D. Martène, De ant. mon. ritibus, lib. If, cap. v. n« 5.

* Une copie moderne de ce Mémoire est consenée aux Archives de l'Eure.

* Sur cette procession nu-pieds les mercredis et vendredis de carême, voir Lanfmnci décréta, édit, Giles, J, p. 99.

à cause du froid. Dans les calamités ou besoins publics, on faisait ces processions nuds-pieds avec jeune, lors même qu'on sortait du cloître, à moins que Tabbé n'en exemptât. Il en était de même des processions du jour de saint Marc et des Rogations ^

(( Le dimanche des Rameaux, on portait dès le matin et sans cérémonie le Saint-Sacrement au lieu où la procession allait se rendre; le même jour, on le rapportait avec pompe et solennité à l'église, ens'arrètant au dehors pour la station du Gloria laus etc.

« Le Jeudi-Saint et les deux jours suivants, on bénissait le feu nouveau avant de commencer Toffice^ Il y avait aussi communion générale dans les trois jours, mais celle du Jeudi-Saint était d'une obligation plus indispensable que celle du Vendredi * et du Samedi.

« Le Jeudi-Saint après la messe, on allait processionnéllement faire la cène au réfectoire; on faisait ensuite le Mandatum des paavres dans le cloître. Celui des religieux se faisait dans le chapitre par l'abbé et le prieur qui se lavaient réciproquement les pieds l'un à l'autre. Du chapitre on retournait processionnellement au réfectoire où l'abbé bénissait trois coupes pleines de vin, en gardait une pour sa table, et donnait les deux autres à droite et à gauche aux religieux qui en buvaient et se donnaient la coupe les uns aux autres*.

' Cf. : D. Martènc, De ant. mon. rit. y lib. III, cap. xix. n« 14. a Autrefois, les Bénédictins du Bec portaient des baguettes ou bâtons pour se soutenir ou pour ùler du chemin ce qui pouvait les iacommoder à marcher, car ces p^rocessions se faisaient autrefois nuds-pieds, comme on peut le voir dans Tordre romain. Comme l'abbaye du Bec est du diocèse de Uouen et qu'elle n'en est pas fort éloignée, qu'on y suivait une bonne partie des rites de Rouen, il pourrait se faire que ces baguettes que porte aujourd'hui une partie du clergé, c'est-à-dire tous ceux à qui on en donne ou qui en achètent, étaient plus longues et plus grosses et pour le même usage. » De Moléon. Voyaqes liturgiques en France, 1718. p. 343.

* Bibl. nat.,lat. 1208, p. 6! v.

* Sur la communion du Vendredi-Saint, voir Lanfranci décréta^ édit. Giles, I, 116; D. Martèue, Deant. mon. rit,, lib. 111, cap. xiv, n* 42.

* Bibl. nat.. lat. 1208, p. 63 et 64. 11 exista au Bec une curieuse fondation relative à la cène du Jeudi-Saint : « Dompnus Rogerius Len-

Le Vcndredî-Saint on ne donnait au réfectoire que du pain et de Teau avec des herbes crues *, et Ton s'abstenait le soir d'un coup à boire qu'on permettait aux autres jours de jeûne^ depuis l'Exaltation de la Sainte-Croix, et on le prenait après None. On cessait cependant d'user de ce petit soulagement depuis la fête de saint Martin jusqu^à celle de saint Biaise.

« La méridienne cessait pareillement aux jeûnes de l'Exaltation de la Sainte-Croix, suivant la règle; on l'accordait néanmoins aux jours des fériés de douze leçons qui arrivaient dans la semaine; mais cette indulgence n'était pas de longue durée puisqu'elle finissait le i®*" octobre.

« Il est dit dans le même rituel que depuis Pâques jusqu'à la Toussaint on se recouchait entre Matines et Laudes, ce qu'on ne faisait pas depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, mais qu'on employait ce temps à chanter des psaumes auxquels on ajoutait dans les jours fériaux l'office des morts. Il est dit aussi qu'après les Primes, qui se disaient apparemment alors vers le même temps que nous les disons encore aujourd'hui, on envoyait les enfants, ptiert^ au cloître pour y faire leurs lectures, s'il était jour; sinon ils restaient dans le chœur jusqu'au jour.

« Ce livre dit encore qu'il y avait des occasions où Ton pouvait se parler Tun à l'autre, savoir : après le chapitre et après Sexte.

« Il est de même d'un autre endroit de ce livre qui fait mention d'un usage singulier dans l'abbaye du Bec ; c'est qu'il y avoit des fêtes, des vigiles où l'on couvrait les tables

fant. hujusccmodi cenobii elcmosinarius. prelati permissione, ob reverentiam sacre Domiai nostri Jesu Christi coene, duo pocula yini hylpocatrici (vin doux) cuui duobus libris dragée congrue aère fundavit singulis anuis, fratribus Beccensibus, per receptorem conventus, in coena pomeridiana distribuenda : ea ratione, ut ipsa feria Va coeue, post coinpletorium , super formas chori cantetur antiphona 0 crux benedicta cum versu Omnis terra adoret le, Deus, etc., et oratione Hespice quuesumus. Domine, » Ordo anniversariorum, etc. Bibliothèque d'Evreux, MS., L. 58.

* Bibl. nat, lat. 1208. f» 65 v. Cf. : D. Martène, De ant. mon. W/., lib. 111, cap. XIV, n» 45.

du réfectoire*, mais sans donner le même pain à tous : « erant tabulae coopertae, sed non habebant panem similem- ». Ce parait marquer qu'on ne couvrait les tables que dans certaines fêtes, et qu'il y avait de la distinction dans le pain qu'on donnait aux religieux ^. »

On a vu que les moines du Bec recevaient dans leur fraternité spirituelle les personnes séculières qui voulaient participer à leurs suffrages et à leurs bonnes œuvres. Il était également d'usage que les abbayes établissent entre elles des liens de même ordre*. D. Jacques Jouvelin nous a

* l/usage de couvrir les tables avec des nappes, observé au Bec dès le xu"* siècle (« ipsa die, abbas manducavit cum fratribus in refectorio, et tabul.ie fuerunt coopertae ». De liber tate Beccensis monasterii, apud Annales ord. S. Bened., V. 603) est mentionné à plusieurs reprises dans les décrets de Laufranc. On mettait des nappes sur les tables du réfectoire aux vigiles des cinq grandes fêtes, Noël, Pâques, la Pentecôte, l'Assomption et la fête du patron (festivitas loci) ; o in eis vigiliis tabulae refectorii debent esse coopertae. » Décréta Lanfranci^ édit. Giles, l, 127. xiu jour de ces cinq solennités, « festivae mappae super tabulas refectorii sint extensae ita ut ante pendeant... Postcoenam, refectis ^ervitoribus, colligant refectorarii mappas festivas, et bene plicatas reddant celerario conservandas. » /f/., p. 129 et 130. Aux cinq grands dimanches, premier de l'Avent, premier de la Septuagésime, premier de Carême, le dimanche de Laetare et celui des Rameaux, les tables devaient être encore couvertes de nappes. {Id., p. 103 et 136.) Cette coutume ne paraît pas avoir été suivie dans les abbayes normandes et françaises, mais on en retrouve la trace en Allemagne aux fêtes de Pâques, selon ce passage de D.Marténe : « His adjungendum est quod in Germaniae consuetudinibus his verbis conlinetur : Mensae fratrum provolutae sint mantilibus, praedictis quoque quatuor diebus panescaldato ternisqueportionibus: primam misceant pueri. secundam diaconi, tertiam presbyteri. » De ariL mon. i*ilibus, lib. HI, cap. xvi, n» 33.

* Le religieux de Saint-Maur a mal lu, et par conséquent mal compris le texte qu'il cite. Au lieu de panem s'nnilem qui n'a pas de sens, il fallait lire panem similae^ ou similaceum^ pain ou gâteau de fleur de farine, en vieux français a- f>?ie'wc/,»iwenirt?/.'j. (Voir du Cange, Glossarinm, 111, 872 ; et Maigne d'Arnis, Lexicon ad scriplores mediae et infimae latinilalis, 1866, col. 2062.) Voici deux passages du Consnetudinurium qui ne laissent aucun doute à ce sujet : « Ipso die (feria VI^ in parascevei et sabbato, mense sunt cooperte in refectorio et panem simila- [ceum] habebunt.» Bibl. nat., lat. 1208, f»63. « In vigilia sancti Johannis Baptiste, Pétri et Pauli... in refectorio tabule non sunt cooperte, nec siminelli. » /</.. f« 28 v».

=» Mémoire pour servir, etc. Arch. de l'Eure.

* Voir D. Martène, De ayit. mon. rit., lib. V, cap. xni. De sufTragiis pro defunctis deque socictatibus apud veteres monachos.

conservé, d'après d'anciens docaments, une liste des monastères et des églises unis par la fraternité à Tabbaye du Bec.

(( Pour les religieux de Saint-Etienne de Gaen, nous chantons une vigile conventuelle, in convenlu, avec une messe solennelle, festivalis, et chaque prêtre dit une messe basse ; à Téglise et au réfectoire on fait comme pour un de nos religieux ; de même pour les moines de Jumièges, sauf le trentain de messes prescrit en chapitre pour les religieux nouvellement décédés *.

«( Nous célébrons un trentain conventuel, et chaque religieux dit une messe basse pour les moines de Notre-Dame de Lyre et ceux de Saint-Michel au péril de la mer ^

« Pour les chanoines réguliers de Saint-Gautier' et pour les chanoines de Lisieux nous faisons un service solennel chaque année le â janvier.

« De même pour les religieux de Saint-Pierre de Prully, Prulliensis *.

ce Pour les frères du monastère sancli Eugenii Juvenùs *, un office solennel le 8 mai.

* n Pro monachis Cadomi et Gemeticensibus fit unuin Dirige et prima missa iu conventu fesliva et tricenarium ; pro luonacho Cadouii dicitur inissa XXX* diebus : pro monacho Gcmeticensi dicitur Voce niea XXX^ diebus sine luissa ; pari modo ût in refectorio. dicitur uti supra, scilicet sicut pro monacliis Becci. » Bibl. nat., lat. t208, f" 108 t"*.

* o Quando brève eorum (les moines de Caen et de Jumiè^res'i apportatur vei afferatur in refectorio, quo die incipitur non finitur, sed in crastino unusquisque sacerdos débet eis unam missani, et unaiu monachis Lire, et unani monachis sancti Michaelis, et unam uionachis «"antuarie, et unam monachis de Valledonis, et unam in anniversario abbatum Becci, et unam feria II 1* post octavam Penthecostes pro omnibus f|ui in cimiterio requiescunt, et unam in tricemirio XL«, et unam die prima post festum omnium sanctorum pro omnibus fidelibus derunctis, et cet., sicut in martyrologio scribuntur. » Bibl. nat, lat. 1208, f- 409.

^ Lorsque Boson revint du concile de Clcrmont. en 1095, il tomba malade et dut s arrêter pendant quelque temps à Saint-Gautier» au diocèse de Bourges. Ce fut sans doute à l'occasion de ce scjo<ur de Boson que l'al^baye du Bec se lia de fraternité avec les chanoines réguliers ■de Saint-Gautiei*.

* 11 y avait au diocèse de Sens une abbaye de Prully, Sancla Maria PruUioci.

^ Serait-ce Saint-Rambert de Joux, au diocèse de Ljon, Sanclus Remhcrtus Jurensis ?

« Pour les frères de Saint-Rémi de Reims et ceux de Saint- Sauveur de Tiron, un office solennel le 2o juin.

« Pour les frères et sœurs de Tabbaye de Fontevrauld, un office solennel le 4 novembre.

« Pour les frères du monastère de Cluny, un office solennel le 3 décembre K

a Pour les évèques, abbés et abbesses morts en Normandie, une messe solennelle conventuelle.

« Chaque année, le mardi de la première semaine de carême, on fait un office solennel et l'on commence un trentain conventuel jusqu'au jeudi avant les Rameaux pour nos religieux, nos bienfaiteurs, nos parents et nos familiers, et aussi pour tous les fidèles défunts.

« Pour les frères défunts de la congrégation de BroUo^ nous faisons deux fois par an commémoraison, mais non solennellement, le 14 janvier et le 2 octobre.

« Pour les frères défunts de la confrérie de Brionne et pour tous les défunts des fraternités auxquelles nous sommes associés, nous faisons commémoraison le 4 septembre.

« Nous sommes associés aux fraternités suivantes : de Brolio, de Sernay, de Tillio, de Saint-Georges-du-Vièvre, de Goupillières, de Rougepériers, d'Épreville, de Tibouville et de Blangeio ^.

« Ensuivent les monastères pour les religieux ou religieuses desquels nous faisons trois offices : les religieux de Glastonbury '\ de Saint-Martin de Marmoutier, de Saint-

* L ordre de Cluny possédait en Angleterre le célèbre prieuré de Saint-Paiicrace de Lèves, au comté de Sussex, fondé par Guillaume de Varennes et Gondrée, sa femme. {Mon. angL, p. 615 et suiv.) Le Consueludinavium contient le passage suivant relatif aux moines de Saint-Pancrace : « Hec est conventio inter nos et monachos Sancti Pancracii, ((uod, viso brevi eorum, liet officium et missa matutinalis festiva ; ab unoquoque sacerdote dicetur una missa, et unum psalterium cantabunl ; hoc ipaum ipsi pro nobis faciunt. Similiter monachis Cadomi et monachis Gemeticensibus, et in confraternitate Cantuarie et in anniversario Herluini, unum psalterium qui missam non cantent. » Bibl. nat., lat. 1208, f» 109.

* Ce doit ôtre Blangy (Calvados).

* Glastonbury, dans le Sommerset.

484 niSTOiRE: de l'abbaye du Bhx

Etienne de Fontenay, de Ghaise-Dîeu, de Saint-Pierre de Chartres, de la Trinité de Rouen, de Saint-Amand en Pévèle, Elnone S de Notre-Dame de Bernay, de Notre-Dame du Mont-Thabor, de Notre-Dame y wx/« Ligerim, de Notre-Dame de Noyers, Nuceriensis, de Saint-Pierre de Neaufles, de Saint-Pierre de Honnecourt, Hunolcurt, de Saint- Alban*, de la Trinité de Beaulieu, de Saint-Maixent, de Saint-Serge, de Saint-Vincent du Mans, de Saint-Pierce de la Couture, de Sainte-Marie d'York, Eboraci, de Saint-Florentin de Bonneval ; les religieuses de Notre-Dame d'Almenèches, de Montivilliers ; les chanoines de Saint-Etienne de Dreux, DrMewsis; les religieux de Saint-Pierre de Chàtillon\ de la Sainte-Trinité de Savigny, de Saint-Etienne Fidemij de Notre-Dame de Breteuil, de Saint-Augustin de Cantorbéry, de Saint- Bénigne de Dijon, de Saint-Taurin d'Evreux, de Saint-Sauveur de Charroux, Carrofensis, de Notre-Dame de Nogent, Noviandi, de Notre-Dame de Molème, de Saint-Philbert de Tournus ; tous les évêques de Beauvais, les chanoines de Saint-Quentin de Beauvais ; les religieuses de Notre-Dame de Lisieux ; les chanoines de la cathédrale d'Evreux; les chanoines réguliers de Saint-Jean en Vallée-lès-Chartres ; les chanoines réguliers d'York; les religieux de Saint- Melain de Rennes.

« Ensuivent les noms de ceux pour lesquels nous faisons sept offices pléniers ; les religieux de la Sainte-Trinité de Fécamp, de Saint-Germer de Flaix, de Saint-Pierre de Préaux, de Saint-Denis et de Saint-Magloire de Paris, de Saint-Lucien et de Saint-Symphorien de Beauvais, de Sainl- Vigor de Cerisy, de Saint-Wast et des monastères qui lui sont soumis, de Notre-Dame de Forest-Moutier, Foreslensis monasterii, de Saint-Edmond*, de Saint-Sever, de Saint- Martin-de-Troarn, de Saint-Aldelme de Malmesbury, Mal-

* Saint-Amand en Pévèle, ou Elnon, sur la rivière de ce nom. au diocèse de Cambrai.

* Saint-Alban, dans le comté de Hertford.

ï Saint-Pierre de Chàtillon-lés-Conches, du diocèse d'Évreux.

* Saint-Edmond, au comté de Suffolk.

mesburien8is de Anglia\ de Saint-Alfred d'ElyS; les religieuses de Saint-Léger de Préaux; les clercs de Notre-Dame de Gompiègne ; les moines des deux abbayes de Winchester, à savoir de Saint-Pierre de Episcopatu et de Saint-Pierre Novae abbaiiae^, de Notre-Dame de Coulombs, de Saint- Cyprien de Poitiers, de Saint-Martin de Pontoise, de Notre- Dame d'Evron.

(( Ensuivent les noms de ceux pour lesquels nous faisons sept offices pléniers et récitons pendant vingt-cinq jours Vei'ha mea avec Toraison Inclina Domine : les religieux de la Sainte-Trinité de Cantorbéry, de Saint-Ouen de Rouen, de Notre-Dame de Saint-Pierre sur Dives, de Saint-Evroult, de Notre-Dame de Gormeilles, de la Sainte-Trinité de Lessay, de Saint-Florent de Saumur, de la Croix-Saint-Leufray, de Notre-Dame de Dol, Dolis *. »

Les communautés ne manquaient pas de notifier la mort de leurs membres et de leurs bienfaiteurs aux églises avec lesquelles elles avaient conclu des associations spirituelles. c( La circulaire ou encyclique que, dans les circonstances, on écrivait en tête d'un rouleau de parchemin, renfermait les détails biographiques sur le défunt, et se terminait toujours par une demande de prières. Les communautés auxquelles l*encyclique était présentée se faisaient un devoir d*y répondre et consignaient sur le rouleau un titre (titulus) plus ou moins long pour accuser réception de Tencyclique, pour promettre des prières et pour en demandera l'intention des membreset des bienfaiteurs qu'ellesavaient elles-mêmes perdus ^, » On possède encore le rouleau funéraire de Mathilde, fille de Guillaume le Conquérant et abbesse de la Trinité de Gaen, morte en 1113, qui fut présenté à l'abbaye du Bec ; les religieux y inscrivirent une pièce en vers hexamètres sur

* Malmesbury dans le Wiltshire.

■ Ely, au comté de Cambridge.

• Saint-Pierre et Saint-Swithun de Winchester, et Saint- Pierre de Hyde ou de Newminster.

* Bibl. nat., lat. 13905, f<» 73 et 73 v.

• L. Deiisie, Rouleaux des morts du IX^ au XV* siècle^ 1866. Avertissement, p. 1.

486 UISTOÏRE DE l'aBBâYË DU BEC

la pieuse abbesse et ajoutèrent les noms d'Herluin et d'Anselme, ceux de leurs frères défunts et de plusieurs laïques des deux sexes reçus dans leur fraternité ^

A titre documentaire nous analyserons les lettres de fraternité échangées entre Tabbaye du Bec, les chanoines de Wells *, les religieux de Hyde' et enfin ceux de Fécamp.

Dans une lettre donnée en 1199, en présence d'Huber Walter, archevêque de Cantorbéry, de Raoul, premier abbé de Clive, de Geoffroy, fils du comte de Flandre et d'autres personnages, Savary, évéque de Bath et de Glastonbury, agissant du consentement et de Tavis d'Alexandre, doyen de Wells et de son chapitre, concéda à perpétuité aux abbés et couvent du Bec l'église de Saint-André de Clive à titre de prébende libre dans la collégiale de Wells *, en sorte qu'ils jouiraient de la stalle, de la distribution commune, communiam '', et de la fraternité de l'église au même titre que les

* L. Delisle, Rouleaux des morts du IX* au XV« siècle , p. 208, Cf. : Rapport t<ur une brochure de M, Delixle înlilulée : Des monuments palrographiffues concernant Vusarfe de prier pour les morts, par H. de Formeviile, dan» Mém. de la Soc. des Antiq. de Normandie, t. XVII, p. 226.

* Wells, dans le Somersetshire. A la suite du concile de Londres, tenu par Lanfranc, en dOTîj, le siège de Wells avait été transféré à Bath. (Ilob. de Torigni, Ctironique, I, 190.)

^ L'abbaye de Saint-Pierre de Hyde, à Winchester, avait été reconstruite en un, hors les murs de la ville, par Téveque Guillaume Giffard.

* « Ut (lirti abbates et conventus de Becco in perpetuo ecclesiam illam h.ibennt et tencant intègre et cjuiete ab omni exactione episcopali et archidiaronali et officialium suonmi, tanquam liberam praebendani. » Bibl. nat.. lat. 12884, f» 2o0. Cette exemption épiscopale de Téglise de Saint-An. Ut' de Clive fit Tobjet d'un accord entre l'évêque Savary, le chapitre de Wells et les religieux du Bec. « Gum esset orta controversia inter dominum Savaricuui, episcopum Bathonensem, et capitulum Wellense, et inler iJecçensem abbatem et conventum Becci super ecclesia de Cliva, quam praebendani subjectam Wellensi capitulo et juri episcopali illi asserebant. isti vero negabant: tandem communi assensu utriusquc partis dcûnituni est, quod ecclesiaS. Andreae de Cliva esset in postcrum praebenda libéra ab omni jure episcopali. Actum in praesentia doiuini Huberti Cantuariensis archiepiscopi, anno 1199. » Id., fo 200.

^ On ap}u,'lnit communia les propriétés possédées en commun par les chanoines cl les fruits qu'ils en retiraient.

LE COUTDllIER DU BEC 487

autres chanoiaes, sans qu'on pût jamais les obliger à la résidence; toutefois, un vicaire perpétuiftUement résidant dans l'église de Wells et remplissant en leur place les fonctions sacerdotales devait recevoir de Tabbé et des religieux du Bec 4 marcs sterling par année. A la mort des abbés du Bec, oa devait f^ire dans la collégiale mu seriice ^obseqnmm, comme pour les évoques de Bath, et potir tes religieux un service comme pour les chanoines. Lorsque Tabbé ou un religieux de Tordre du Bec se trouvait de passage à Wells, il devait avoir part, comme les chanoines, aux distributions communes. L*abbaye du Bec était tenue à rendre la réciproque, « in vita et in morte », aux chanoines de Wells *.

La lettre de Guillaume, abbé de Hyde, donnée en 1246, vise un échange d'avantages spirituels tels que la participation aux bonnes œuvres, une messe de Spirifu s^ncto pour les vivants, et une messe jf^iar les défunts dans la seconde semaine de Carême ^.

Richard, abbé de Fécamp, adressa en 1272 une lettre à Tabbé Jean de Guineville pour lui notifier Tadmissioa du monastère du Bec dans la fraternité de Fécamp. Lorsqu'on apprendrait la mort d'un religieux, chaque prêtre célébrerait une messe à soa intention ; les moines non prêtres réciteraient les sept psaumes de la péniteiiiee, et les frères convers cinquante Pater nosler. On célébrerait, en outre, un trentain de messes, et Ton distribuerait, au réfectoire, à rintention du défunt pendant trente jours un pain conventuel, « micham conventualem », un pot et demi de vin et un générale d'oeufs ou d« poisson^; le nom du défunt serait inscrit sur le martyrologe ou nécrologe. Si Tabbé du Bec venait à Fécamp, il pourrait présider le chapitre, déposer les baillis ou en instituer de nouveaux*, et lever les peines irafiosées ; les simples religieux du Bec seraient admis à

* Bibl. nat., lat. J2884, f" 259 et 260. *Bibl. nat., lat. 12884, V 344 v».

' On appelait (jenemle le repas où chaque moine avait son plat particulier, ou bien ce plat lui-môme.

* Les baillis étaient des ofllciers claustraux qui avaient l'administration temporelle de la communauté.

prendre place au chapitre ^ Jean de Guineville étant mort le il octobre 1272, ce fut son successeur, Pierre de la Cambe, qui répondit la même année à Tabbé de Fécamp en lui octroyant, ainsi qu'à ses religieux, les mêmes avantages spirituels et privilèges honoriflques *.

Il se célébrait à Tabbaye un grand nombre d'anniversaires, soit par reconnaissance pour d'illustres bienfaiteurs, soit pour acquitter des fondations pieuses. « In anniversario donni Herluini abbatis, dit le Cousue tiidinarium, sonal classicum diutius. Ad Placebo, Dirige et Ëxultabunt, missam matutinalem, tabula duplex scribitur. Ad tercium responsorium duo [cantores], ad IX*"* très, sicut in aliis ; missa matutinalis cantatur ad majus altare omnino festive, ubi quare est in albis^. Gantor tenet chorum, aquila ponitur et desuper legitur evangelium. Textus fertur ad osculandum ; unum turibulum ; meliora ornamenta de thesauro. î^. a tribus dicitur, tractus a quatuor cantatur; Sanctus et Agnus festivus, sicut de aliis abbatibus. Item, G pauperes pascuntur; quinquaginta panes de celerario habet elemosinarius ; legumen, cerviciam et cetera elemosinarius addet^ »

Les anniversaires suivants se célébraient en grande solennité, avec aubes parées, « in albis paratis )> : celui de Guillaume le Gonquérant, le 9 septembre ; d'Henri F% roi d'Angleterre, le 2 décembre ; de la reine Mathilde, sa femme, « Matildis regine junioris » le 2 novembre ; de Richard de Glare, fils du comte Gilbert, le 17 janvier; de Rohais, sa femme, le 7 janvier ; de Mathilde de Valingefort, le 28 mai ; de l'impératrice Mathilde, le 10 septembre ; du roi Henri II son fils, le 6 juillet; ces deux anniversaires se célébraient tout comme ceux des abbés '.

Celui de Guillaume Grespin l'Ancien est ainsi indiqué dans le Consuetudinarium : « In anniversario Willelmi Grispini,

« Bibl. nat., lat. 12884, f« 397 v.

' Bibl. nat., lat. 12884, f« 398.

' In albis paralis, en aubes parées.

* Bibl. nat., lat. 1208, fo 108.

«^ Bibl. nat., lat. 1208, f 108 v*.

monachi, ad primum Placebo dicilur oratîo Deus indulgentîarum, propter anniversarium Rohais quare non habuit primum Placebo ; ad reliquum officium ubi et ad secundum Placebo et ad missam malutinaiem oratîo Deus indulgentîarum, da famulo. Deinde omnes alîe collecte, Requiem eternam, A porta inferi; unusquisque sacerdos unam missam cantet, et cetera *. »

(( Quand il est parlé d'anniversaires dans les fondations, dit D.Jouvelin, il semble qu'ondoit en distinguer deux sortes ; le premier, quand on disait une messe ou Toffice des morts ; le second peut s'entendre de la récitation du nom de la personne conjointement avec ceux des abbés et religieux qu'on faisait tous les jours au chapitre, le jour qu'ils étaient décédés. La première sorte peut encore s'entendre de deux manières : ou pour un office qu'on devait répéter tous les ans, ou simplement au bout de l'an du décès de la personne, comme on le pratiquait pour les religieux du monastère *. »

« Les anniversaires qu'on répétait tous les ans étaient de trois sortes. Les premiers étaient marqués dans le Nécrologe par une grande F rouge qui signifiait anniversarium festivum, qui consistait en une grande messe précédée souvent de l'office des morts. Les seconds étaient marqués par une double FF rouge qui marquait que l'anniversaire se célébrait

• Bibl. nat., lat. 1208, f^ 108 v.

■ D. Jouvelin ajoute : « Les anniversaires qui devaient se répéter chaque année étaient U)ar({ués par ces mots singulis nnnis ; ceux qui n'étaient qu'un bout de Tan étaient marqués sans cette clause. Ceux qui étaient une simple répétition du nom au chapitre étaient exprimés comme en cette charte sans date : <c Sciant présentes et futuriquod ego Rob. de Jouegni, custos et casteUanusMontisfortis..., dono et hac presenti carta mea confirmo Deo et S. Mariae Becci... quicquid juris aut redditus habebam in molendino de fonte Manne vil le, quod dicitur vêtus moiendinum, videlicet nonam partem in omnibus, ad opus cantoris, ad faciendum anniversarium meum post obitum, et ut nomen meum scribatur in martirologio cum monachis et benefactoribus ecclesiae Becci, ita quod singulis annis fiât anniversarium meum in die obi tus mei, quemadmodum fit pro monachis Becci et pro benefactoribus ejusdem ecclesiae. — Or, pour un moine on ne disait pas chaque année ni la messe ni Tofûce des morts. C*est ce qu'on trouve dans plusieurs fondations. » Bibl. nat., lat. 13905. fo98.

490 HISTOIRE DE l' ABBAYE OU BEC

aussi- au réfectoire par augmentation d«s pitances. Les troisièmes étaient marqués par une double FF rouge et par une M, qui signifiait qu'outre la solennité de Téglise et du réfectoire, chaque prêtre était obligé de dire une messe, et les autres les sept psaumes ou un certain nombre de Pater no^er *. »

Dans les premières années du xii® siècle, Agnès, femme de Guillaume II Crespin, avait donné à Tabbaye^ pour l'anniversaire de son mari, « ad anniversarium ejus facieadum », la moitié d*un moulin sis à Bernay, et 50 sols sur les moulins d'Etrépagny. Goscelin Crespin, son peiit-fils, confirma cette donation en 1155 ^

Henri I**"^ du Neubourg, confirmant en 1178 les donations faites par Robert son père, donne en même temps 20 sois pour l'anniversaire de Godehelde sa mère ^. Le même seigneur fit plus tard don de 20 sols pour l'anniversaire de sa femme Marguerite ^ ; enfin il fonda le sien propre en 1193, en donnant aux religieux une rente de 100 sols à percevoir sur la prévolé de Pont-Audemer *.

* Bibl. nat., lat. 13905, f« 98 et 104. Le Consuettidinariam renferme un paragraphe qui s'accorde fort bien avec le passage de D. Jouvelin.» « De omnibus anniversariis per annuni . Quicunque videris per totum annuui in anniversarium vel confratrum nostrorum vel exlraneoruni monachorum, clericorum aut laicorum. f. de rubeo colore solum çupra scriptum, scilo (fuia in ecclesia tantum pro eo vel pro eis débet fieri festivum officium. Ubi autcm cum uno. f. videris. m. siniiiiter de rubeo colore, in ecclesia fiet festivum officiuui, et unusquisque sacerdi)» unain missaui cantabil ; aiii septem psalmos, alii L. Pater noster. Ubi vero videris duo. f., liet festivum offioium in ecclesia et in refectorio ; ubi unum tantum videris. f. m., a singulis dicctur una missa. » Bibl. nat., lai. 1208, f" 109.

« Ribl. nat., lat. 13905, f" 19 v» et lat. 12884, f» 210 v«.

3 Bibl. nat., lat. 13905, f" 27. D. Thibault place cette fondation à Tannée 1170 mis. lat. 12884. f» 23U).

* Bibl. nat., lat. 13901), f« 27.

* « Centum solidos usualis nionetae in praepositura de Ponte Audomari ad duos terniinos ecclesiae Becci annuatim reddendos, scilicet ad Natale Domini et ad Paacha, ad faciendum inde post obltum mcum anniversarium meum singulis aunis festivum. Hoc aulemfactum est incarnalionis Dominicae anno 1193, apud Novumburguin coram his teslibus : Walchelino de Fcrrariis. Ricardo de liomniûz et Henrico fratre ejus, etc. » Bibl. nat., lat. 13905. f« 28.

En 1196, Robert de Meulan constitua aux religieux de la Trinité de Beaumont une rente annuelle de 60 sols angevins sur son moulin de l^Etang, pour célébrer cbaque année son anniversaire, ayinuale^ et celui de son fils Henri. Cette charte est du 7 janvier 1195 (v. st *).

La donation que fit, vers Tan 1200, Simon de Rondemare ^ est curieuse : il donne aux moines du Bec, du consentement d'Aubrée sa femme et de leurs enfants, toute sa terre de Bosc-Robert, avec les revenus, regards et services, à la condition d*ètre admis comme religieux à la fin de sa vie, si telle est sa volonté ; s*il ne prend pas l'habit, on lui fera néanmoins un service comme à un religieux ; de même, on sera obligé de faire pour sa femme les suffrages et prières comme pour les sœurs de la fraternité '\

Henri II du Neubourg, du consentement d'Isabelle sa femme et de ses hoirs, donna aux religieux du Bec, au mois de décembre 1^23, 60 sols de rente sur la prévôté de Pont- Audemer pour l'anniversaire de sa fille Mai^uerite morte le jour de la fête de saint Thomas martyr (29 décembre), et pour assurer aux religieux des pitances ce jour-là '*. Ce même seigneur fonda son propre anniversaire en 1228, en assignant 10 livres de rente sur la prévôté de Pont-Audemer*.

' Bibl. nat., lat. 13005, f- 6;i v«.

* Rondemare, flef sis à Appeville, canton de Monlfort (Eure).

^ « Sciant présentes et posteri ({uod ego, Simon de Ilotunda mara. consensu uxoris meae Albcredae et liliorum ineorum. dedi ecclesiae et S. Mariae Becci totam terrain nieaui de Boscd Hoberti cuni redditibus et rewartiis et serviriis ipiac ad illaui pcrtincbant. Ilor. auteni feci pro sainte aniiuae uieae et pro sainte uxoris meae et omnium filioruui meonim ; hac auteni conditionc. ut cuni ad finein lueani venerim, si hoc ipse postulavero, ab ecriesia Becri ad monachatnni ad succurrendum susripiar. Si vero monaclius non fiiero, post morteiu taïuen a praefata ecclesia del)itum fratribus officiuiu liabeaiu; uxor etiani mea in obitu suo debitum sororil)us (»bse«iuium in oratitjnibus et cfteris pietatis officiis habebit, etc. Vers lan iiOO. » Bibl. nat., lat. VS'Mk f^* 104.

* Bibl. nat.. lat. 13'.)0:;. f» 28. Marguerite fut enterrée dans le chapitre du Ber : on lisait sur son tombeau Tinscription suivante : « ('// gisl Madnnu' Marffuerile iudis (houe t/f Lirurou. Die.r ail merci de lame délie. Amen. » Bibl. nat., lat. 1-J884. f" 3uo.

" « Ad faciendum in ptM'ptttnum anniver.-^arium suum. » Bibl. nat.^ lat. l:J88i, fo 311, et lat. 13'J0Ô, f» 'J8.

Les revenus de cette prévôté fournirent encore les 10 livres tournois que Jeanne, veuve de Robert du Neubourg, assigna aux religieux, au mois d'octobre 1243, pour l'anniversaire de son mari. La donatrice exprimait Tespoir que lorsque son fils aîné aurait atteint sa majorité, il confirmerait et rendrait cette donation perpétuelle *.

Mathilde, la plus jeune des filles de Raoul Taisson, seigneur de Saint -Sauveur- le- Vicomte, avait épousé Richard de Harcourt, « chef d'une des plus célèbres maisons de la Haute-Normandie. Quoiqu'il eût été comblé de faveurs en 1203, par Jean sans Terre, il s'empressa de faire sa soumission à Philippe-Auguste qui lui confia l'administration de la terre du Bourglheroulde ". » Il avait succédé à son beau-père dans la baronnie de Saint-Sauveur. Richard de Harcourt fut l'un des onze barons normands invités à assister au couronnement de saint Louis, à Reims, le 29 novembre 1226 ' ; il mourut avant l'année 1239. Sa veuve donna, le 19 août 1249, 100 sols de rente sur ses moulins à blé de Saint-Sauveur-le-Vicomte pour faire célébrer chaque année son anniversaire. Son fils, Jean de Harcourt, confirma cette donation le même jour *.

En 1277, du consentement d'Amauri de Meulan son mari, Marguerite, dame du Neubourg, donna au Bec 40 sols tournois de rente à prendre sur sa part de la prévôté du

* Bibl. nat., lat. 13905, f- 28 v».

■ L. Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le- Vicomte^ p. 39.

3 L. Delisle, Cartulaire normand, p. 310, n» 1140. En 1209, Richard de Harcourt avait confirmé « decimam molendini sui de Auborvilla quam pater suus Robertus de Harecort eidem ecclesiae dederat cum se illic reddidit ad speliendum, et 20 solid. annui redditus in molendino nostro de Moulineaux quos idem Robertus dictae ecclesiae dederat pro anima sororis suae Alberedae de Harecort quae' ibidem sepulta est. Âctum est hoc anno gratiae lâ08, mense januario. » Bibl. nat., lat. 13905, f« 20 v«. En 1236, Amauri de Harcourt avait donné 40 sols de rente pour son anniversaire. (Id., f«> 20 v.) Nous pensons que ces donations concernent l'abbaye du Bec, car le prieuré de Notre-Dame du Parc, lieu de sépulture de la famille de Harcourt, ne fut fondé par Jean de Harcourt qu'en 1254. (Voir L. Delisle, Ifist. du château et des sires, etc., p. 45.)

* Bibl. nat., lat. 13905, f» 20 v».

Neubourg, pour célébrer chaque année son anniversaire et fournir ce jour-là des pitances à la communauté K

Robert de Tournebus, chevalier, seigneur de Marbeuf, voulant exécuter les dernières volontés de sa femme Agnès, sœur de Robert de Tibouville, qui avait aumône aux religieux 30 sols tournois de rente pour son anniversaire, constitua cette rente sur la part qui lui revenait de la prévôté de Bourgtheroulde. Robert de Tournebus et Robert de Tibouville apposèrent leur sceau à cette charte qui fut donnée le 20 juin 1291 \

Le Consuetudinarium nous fait connaître dans ses rouages les plus intimes le fonctionnement de ce puissant organisme qu'était l'abbaye du Bec au moyen âge ; il importe donc de le bien étudier.

Lorsque Tabbé était gravement malade, et que sa guérison était désespérée, il mandait le confesseur qu'il lui plaisait pour mettre ordre à sa conscience '. La communauté, convoquée au son de la cloche, entourait le moribond et récitait les sept psaumes de la pénitence et les litanies des saints. Si Tagonie se prolongeait, un diacre demeurait près de Tabbé pour lire la Passion selon les quatre évangélistes. Après le décès, (( les plus anciens et plus prudents religieux de la maison » envoyaient au prince dont relevait l'abbaye, c( ad dominum terrae », un messager avec des lettres

• Bibl. nat., lat. 13905, f*' 53. Cette charte fut passée au mois d'août 1277. a Sur le contre-sceau de Marguerite, dit D. Jouvelin, sont les armes du Neufbpurg; sur le sceau d'Amauri est un lion rampant, la queue passée en sautoir. » — Marguerite fut enterrée dans le chapitre du Bec; on lisait sur son tombeau : « Cy fjisl Madame Marguenle de Soefbourg qui fu iadis feme de Monsegnor Amauvi de Me aient .chevalier, qui fu trépassée lan de qrace MCC seisanle et dis et sept, le ioedi après VAsumption de Soslre Dame. Diex ait en sa pitié son ame. Arjien. » Bibl. nat., lat. 1:2884, f» 406 v». Voir notre étude intitulée : VEglise abbatiale du Bec au XVIh sièclCj p. 20.

• Bibl. nat., lat. 13905. f* 51. Tournebus blasonnait : d'argent à la bande d'azur , et Tibouville : (P hermines à la fasce de gueules.

• « Cum abbas egritudine laboraverit de qua secura non sperat, confessorem vocet quem voluerit, etei conûteatur pro ut sibi viderit expedire. Postea Yocetur conventus totus per signum ter pulsando. et fiât de eo per ouinia sicut in libro continetur in quo de morientium et mortuonim plenissime agitur. » Bibl. nat., lat. Iâ08, T 109 v*.

494 UISTOIRE DE l'abbaye DU BEC

scellées du sceau du couvent pour annoncer la mort de Tabbé et demander la libre élection de son successeur *.

Si Tabbé était mort dans sa cbambre, on préparait à l'infirmerie une paillasse avec un cilice et un drap pour y déposer momentanément le corps, puis on le transportait <( in flebotomariam ^ », et après qu'on l'avait respectueusement lavé, on le revêtait d'une tunique d'étamine, de chaussures, de l'amict et de Taube parés, de l'étole, de la chasuble «t du manipule, et dans ses mains croisées sur la poitrine on plaçait la crosse abbatiale. Enfin, on le déposait dans le cercueil qui demeurait ouvert. Quatre gros cierges brûlaient à la tète, aux pieds et aux côtés du défunt ^.

Lorsque la bière avait été transportée au milieu du chœur, on entretenait jour et nuit des réchauds pour brûler de l'encens en abondance ; les jeunes religieux, sous la direction du maître des novices, se relayaient d'heure en heure pour réciter le psautier; ces vigiles duraient trois jours. On invitait deux ou trois abbés du voisinage pour rendre les derniers devoirs à leur confrère qui était inhumé dans le chapitre, «in sepulchro videlicet predecessorum suorum * ».

« Bibl. nat., lat. 1208, T 110.

2 La salle où le chirurgien saignait les moines, ordinairement cinq fois par an. Dans la plupart des abbayes, on lavait les morts sur le lavaforîum, pierre légèrement creusée, offrant à l'un de ses angles une rigole pour l'écoulement des eaux; un oreiller taillé dans la même pierre servait à placer sa tète. (Alb. Lenoir, Arckilecture monastique^ II, 436.)

■ a Si in caméra sua mortuus fuerit (abbas), débet preparari lectum magnum de feno in infirmaria, et ibi corpus cilicio supposito et langello deponi, superpositis stragula et coopertorio et cuculla, et tune débet tabula pulsari ad convocandum conventum. Sic vidi fieri de abbate Guillelmo. Postea deferatur in flebotomariam, et ibi lavetnr honestissime, et provideat camerarius quod habeat staminam novam et caligas et nocturnales sine tentione, et ita honorifice vestiatur, facie discooperta semper. Secretarius provideat de amictu aibo et de amictu parato super caput positis, et albaparata simplici et de casula bonesta. et decenter corpore composito et omato stola et manipulo et baenlo pastorali manibus super pectus reverenter collocatis, imposito feretro corpus iraponatur, abjecto operculo feretri. » Bibl. nat., lat. 12U8, f» 110.

* Bibl. nat., lat. 1208. f» 1(0 et MO ▼». L'an&ÎTersaire des abbés se faisait solenneiletnent. a Quom domini abbatis venerit anbiyersariufa, tune débet promintiari, licet nonc non possit fieri (à canse d'une fête

Au retour des moines qui avaient été envoyés près du duc de Normandie, le prieur claustral consultait les plus anciens religieux et adressait des lettres patentes à tous les prieurs de Tordre en Normandie et en France, cccismarinis ' », en leur fixant le jour où ils devaient se trouver au Bec pour Télection.

Au jour dit^ tous les religieux sans exception, sauf les malades, se rendaient à la salle capitulaire au son de la cloche ; on lisait le chapitre de la règle De eligendo abbate, et le prieur faisait une courte allocution ^. Le mode d'élection en 4isage au Bec était le compromis, qui consistait en ce que le prieur claustral désignait douze religieux qui seuls devaient nommer Tabbé. Si un moine se levait et récusait Tun des électeurs, le prieur devait en désigner un autre. Lorsque les douze étaient au complet, le prieur leur disait : « De la part du Dieu tout-puissant, de la Sainte Vierge Marie, de saint Benoit et de tous les saints, et en vertu de la sainte obéissance à laquelle vous êtes tenus par le serment de votre profession, nous vous enjoignons de sacrifier toute faveur humaine, de vous rendre à l'église et de nous choisir sur le témoignage de votre conscience, en qualité de pasteur, profès de notre ordre suivant la règle de saint Benoît, celui que vous aurez reconnu le plus apte et idoine à la direction

occurente) ; ad collectam vadunt in refectorio, nisi sit jejunium. Primo quolibet eoruin (des jours libres', fiet dimidium de hoc quod pro donino licrluino fit. hoc est quinquaginta pauperes pasmntiir: XXX" panes dantur. Missa cantatur ad uiajus altare; aquilla ponitiir: cantor tenet chorum; Kyrie sicut per totum annum in anniversario festivo; ^. a duobus dicitur, quod et reiteratur ; Iractus a tribus cantatur, et Agnus festivus sicut in XII. lect. » Bibl. nat.. lat. 1208, f« 108.

* Les prieurs anglais n'étaient plus convoqués à Télection de Tabbé, qui relevait du roi de France; n'oublions pas que le ms. du Consuetuclinarium que nous citons est de la fin du xm* siècle. Dans (e rituel du Bec cité parD. Martène et antérieur à la réunion de la Normandie à la couronne de France, il est dit que Ton appelait à l'élection les prieurs du continent, de l'Angleterre et du pays de Galles. (D. Martène, De anl. mon. rit., liv. V, cap. i. n» 2 et 4.)

* « Fratres, acephali sumus, et oportet ut nobis, per Dei gratiam, de rectore provideamus et pastore; ideoque juxta approbatam et antiquam ecclesie vestre consuetudinem in electione providendum est. Precepi itaque, Trater (et nominet quem voluerit). ut vadas ad electlonem faciendam. » BU)l. nat, lat. 1208. f* 110 y\

496 mSTOIRB DE L*ABBAYË DU BEC

de nos âmes et au gouvernement intérieur et extérieur de cette maison, qui soit, comme vous Ta tout àTlieure rappelé la règle, insti*uit dans la loi divine, et sache en tirer les choses anciennes et nouvelles, et qui soit chaste, sobre et miséricordieux. »

Alors les douze électeurs se rendaient à Téglise devant le maître-autel, chantaient pieusement le Ve7ii Creator et le Benedictus, puis se concertaient sur le choix à faire. Durant ce temps, le prieur et la communauté demeuraient dans le chapitre, récitant le Vent Creator et les sept psaumes pénitentiaux. •

Quand l'accord avait été fait, les électeurs rentraient au chapitre, et le plus ancien, avant de déclarer le nom de Télu, demandait à la communauté rengagement formel d'accepter et de ratifier l'élection telle qu'elle avait été faite. La promesse en étant donnée, le nom de Télu était proclamé à haute voix. Si c'était un prieur, le chantre entamait immédiatement le Te Deum; mais si c'était un religieux claustral, le prieur ou l'hebdomadier se tenant devant le pupitre, analogium, lui disait : « Par l'autorité de Dieu et en vertu de l'obéissance, nous t'enjoignons de consentir à l'élection qui vient d'être faite. » L'élu répondait : « Je suis prêt à me conformer, selon Dieu, à tout ce que vous avez ordonné de moi. )) Et le prieur ajoutait : « Que le Dieu tout-puissant augmente sa grâce en toi, afin que nous nous réjouissions d'avoir un prélat qui procure le salut de nos âmes et l'honneur de notre église. » Tous répondaient Amen^ et Ton se rendait à Téglise au son des cloches et au chant du Te De uni.

En rentrant au chapitre, on introduisait les envoyés du prince et ceux de l'archevêque de Rouen, et le nouvel élu leur était présenté. Si quelque éclaircissement touchant l'élection était demandé par les envoyés, on leur présentait également les religieux électeurs. La communauté allait alors h l'obédience ; le nouvel élu se tenait à côté de la chaire abbatiale et chantait les oraisons ; au réfectoire et au chapitre, il présidait. Enfin, l'abbé devait au plus tôt se rendre auprès de son seigneur temporel, muni des lettres

de son couvent, et lui faire hommage comme à son suzerain, « et faciet ei quod facere tenetur ^ ».

On peut voir dans le Consueludinariuin combien était minutieux le cérémonial usité dans Tadministration des derniers sacrements aux religieux dn Bec. L'abbé, ou le prieur, ou le prêtre hebdomadier revêtait l'aube et Tétole et se rendait à l'inûrmerie avec la communauté, précédés des acolytes et du thuriféraire, en récitant les psaumes pénitentiaux ; le malade se confessait et recevait Tabsolution, puis tous les frères venaient lui donner le baiser de paix. Pendant qu'il reccfvait rextrême^onctîon, le chapelain de Tinfirmerie allait chercher la sainte Eucharistie, et le malade, après s'être lavé la bouche, communiait. Si le religieux survivait quelque temps, la communauté revenait le visiter, en récitant processionnellement les sept psaumes de la pénitence, et l'abbé lui renouvelait l'absolution. Si l'agonie se prolongeait encore, un diacre restait pour lire la Passion, et des religieux demeuraient pour le veiller : on célébrait aussi une messe matutinale pour le malade *.

Quand il avait rendu le dernier soupir, on lavait son corps, on le revêtait du froc et de la coule, et on l'apportait sur une civière au milieu de la croisée de l'église, <( in cruee-*. »

• Bibl. nat., lat. liOS, f- 110 v à 111 v«.

* Bibl. nat., lat. I:à08. f-* 104 et suiv.

' Bibl. nat., lat. Ii08. f« lOo v«. « Pro iiionacho claustrali. quando ilefungitur, sic agitur : (|uandiu corpus est super lerraui, quiccpiid pro defunclis agitnr tam privatiui quam in convqntu, in psalmis, uiissis et ceteris agendis, pro illo lit singulariler. Si vigilia diconda est in conventu, oinnia signa pulsentur. et singulariter pro eo una collecta dicitur; a singulis très uiissae singulares, ab aliis psalteriuni, qninquaginta psahnos pro niissa. privatiiu tricenarium, paneui in rcfcctorio ; Voae mea diretur XXX' diebiis; brevia fiunt pro co. Tricenarium in conventu. hoc est Vil oflicia plenaria, et XXX» diehus oratio Inclina Domine, Vevha men unoquofîuo die, id est agenda mortnnrum cum missa. Si ea (die) obi»Tit ubi oporteat euni custodiri, a toto conventu custodietiir per dispositas vigilias. ut dictum est. Sacerdoles debent ei XXXa iiiissas. alii dpceni psalteria; (jui psalmosnesciunt, Patev nosfer mîlle quingenta. » E.r Lihro tisuum Ifeccensis monaslerii, apud 1). Martène, De ant, mon. rif., lib. V. cap. .xii, n» 12,

Suivent les nombreuses prescriptions liturgiques relatives à roccurrence d'une inhumation avec les diverses fêtes de l'année.

La cérémonie de Tabsoute est ainsi indiquée : « De tumulatione defuncti. Primum dicatur ter a duobus Kyrieleison, deinde dicat sacerdos orationem Non intres ; item cantores ^. Qui Lazarum. Intérim sacerdos ferat incensum ad altare, postea ad corpus ; deinde oratio Deus eut omnia vivunt. Item cantores ^. Heu michij et sacerdos incenset altare et corpus, deinde oratio Fac quesumus Domine, Item cantores 1^. Libéra , me Domine de morte ^ y, Timoi* magnus et cet. Sacerdos incenset sicut prius. Si monachus non est, dicatur ^. Libéra me Domine de viis, f. Clamantes, Quando cantor incipit antiphonam Ingi'ediar, duo fratres in albis induti, operientes capita amictibus, accipiant corpus et coUocent in sepulcro *. »

Lorsque les novices étaient arrivés au jour de leur profession, ils sortaient de Téglise après tierce, et se rendaient dans le parloir du cloître, « palatorium claustrale », où les serviteurs du chambrier enlevaient les capuchons des frocs et les cousaient aux coules ^. On plaçait à Textrémité de Tautel les coules rangées par ordre. La messe commençait ; après Tévangile ou le Credo ^ les novices revêtus du froc entraient au chœur précédés de leur maître et se prosternaient devant le marchepied de l'autel en récitant le Miserere. L'abbé, revêtu de la chasuble, prenait la crosse des mains de son chapelain qui lui présentait le Bénédictionnaire. Alors les novices s'étant relevés prononçaient la formule de profession qui était écrite, la déposaient sur Tautel

' Bibl. nat., lai. i208, f» 106 v».

* C'était pour les serviteurs du chambrier l'occasion d'une légère aubaine : « Eadem die, debent habere panem et vinun> de cellario propedicti famuli camerarii. » Bibl. nat., lat. 1208, f» 102. Voici deux passages du môme coutumier concernant l'usage de la coule et du froc : a A die Pasclie usque ad kal. octobris, quicunque voluerit potest in sola cucula ire ; sed ante hune diem nequaquam. Item, ad omnem processionem (jne fit citra claustrum, ut in Rogationibus, sola cucula potest ire ; si vero nudis pedibus fiât processio, non liceat ire sine froco. » Id., f« 100 V».

et la signaient ^ Après le chant de plusieurs versets et oraisons, Tabbé bénissait les coules et les aspergeait d'eau bénite et chaque novice se présentait pour recevoir la sienne. Les prières terminées, le maître des novices et le chapelain de l'abbé leur donnaient le baiser de paix en ramenant le capuchon sur leur tète. A TofTertoire, chaque novice présentait à l'abbé Thostie dont il devait communier. Durant les trois jours qui suivaient la profession, les novices assistaient à tous les offices de jour et de nuit ; ils ne parlaient point dans le cloître ; si, k cause de quelque calamité, on faisait une procession nu-pieds, ils y allaient avec leurs chaussures. La nuit, ils couchaient avec leur coule, le capuchon rabattu sur la tète, déchaussés, mais protégés, comme les religieux profès, d'une couverture rayée, slragula^ et d'autres vêtements si le froid l'exigeait. La cuisine devait leur fournir soit un plat, soit un poisson de plus qu'aux autres. Le troisième jour, à la messe, ils recevaient le baiser de paix, l'abbé ou le prêtre hebdomadier relevait leur capuchon, et alors ils prenaient rang avec les autres religieux -. Les moindres infractions à la révérence due au sacrement

• a Dicto psalmo.surgentes faciant professionera siciit sunt priores ia ordine : unusquisque, dicta professione, deponet brève suuiii super altare et in co facial signuin. Qui non scribit professionem suam, nihilominus signuni faciat, et niagister novitiorum vel alter pro eo légat. » Bibl. nat., lat. 1208, f» 102 v". Les Décréta Lanfranci renferment à ce sujet le passage suivant : a Postea, praecipiente abbate, cum magistro suo exeat ; fmitoque capitulo, si scribendi scientiani habet. professionem suam scribat.aut sinescit scribere, alium roget ([ui pro se scribat, ipse tamen in fine ipsius professionis signuni crucis faciat... Cantor, vero procurare sibi débet membranam et incaustum, et scriptorem, si nescit scribere. • Lanfranci Décréta, édit. Giles, I, 170. Cf. : Consuetu- (iines Cluniacenses, Patrol. lat. CXLIX» col. 713.

« Bibl. nat-, lat. 1208, f« 102 v» et 103. Cf. : D. Martène, De ant. mon. ril., lib. V, cap. iv, n-* 28 et 29. Citons encore deux passages tirés du Consuetudinarium : « De illo (|ui nocte bibit. Siquis nocturnis sitierit horis, si bibere voluerit. petat licentiam ab eo qui preest. et pergat in refectorio, et bibat a({uani vel cervisiam, vinum autem nequaquam. Quod si presbyter fuerit sitiens et nocte biberit, ipse die non cantabit neque aliquis sic facicns communicabitur, nisi causa infinnitatis. De illo qui nocte vigilat. Si quis tola nocte vigilat, ali(|uo negocio, sua culpa, intentus. non débet ipsa die missani cantare. Si vero cum aliis fratribus ierit dormitum, et cum in infirmitate dorniire non potuerit, cantabit si voluerit; melius tamen est ut abstineat. m hl., f» 100 v«.

500 niSTOiRE DE l'abbaye du bëc

de TEucharistie étaient sévèrement punies. Les fautes réputées mediocHs culpa, comme de célébrer la messe sans lumières, de .trouver sur Tautel, après la consécration, une parcelle de l'hostie ou une goutte de vin sans savoir d'où elles provenaient, ou bien encore de toucher à quelque objet étranger avec les doigts, étaient punies par une discipline, « ipse nudus pro talibus accipiet judicium^ ». Lorsque la négligence aurait pu être aperçue, et par conséquent prévenue par les servants de l'autel, par exemple célébrer la messe sans vin, sans étole, sans manipule, les convers-servants prenaient la discipline comme l'officiant lui-même. Si le prêtre avait oublié du vin ou de Teau dans le calice, et ne s'en apercevait qu'avant la communion, il devait consacrer de nouveau; mais cette grave infraction emportait, en outre de la discipline, la privation de dire la messe durant huit ou quinze jours, avec jeûnes et récitation du psautier les mercredis et vendredis, au gré de l'abbé. Si la sainte hostie tombait, ou si le calice consacré se répandait sur la nappe ou par terre, on lavait la nappe trois fois, on grattait la pierre ou le bois, et on les lavait d'abord avec du vin puis avec de l'eau. Cette première expiation faite, la communauté se rendait au chapitre, et le religieux coupable recevait double discipline. Alors l'abbé descendait de sa stalle, se mettait à genoux et se donnait sept coups de discipline ; tous les moines jusqu'au dernier devaient en faire autant ^

Dans rOrdre bénédictin, comme dans les autres religions, les fautes graves contre la discipline et la règle étaient l'objet d'une sanction rigoureuse ^^ La peine des verges, ou

* Ces prescriptions sévères devaient remonter à Lanfranc, car on en retrouve d'analojTues dans ses Décréta, édit. Giles, I, 156.

* Bibl. nat.. lat. liOS, p. 101 v°. — Cf. : Lanfranci Décréta, édit. Giles, 1, lî)î) et 150.

* « Si quis fraler contiuua.\, aut inobediens, aut superbus, aut niurraurans, vel in aliquo <*ontrarius existens sanctae Regulae et praeceptis senioruni .suorum conteinptor repertiis fuerit. lîir. secundum Domini nos tri praeceptiim. adnioneatur semel et secundo secrète a senioribus suis. Si non cniondaverit, objiirgetur publiée coram omnibus. Si vero neque sic corrcxerit, si intelligit qualis poena sit, excommunica-

LE COUTi'MIER DU BEC 504

la discipline, était d'un fréquent usage dans les monastères * ; d'autres fois, on privait le religieux de certains aliments; on l'obligeait à se tenir prosterné au momeni du passage de la communauté, et même à la porte de l'église, lors de rentrée du peuple, la tète découverte, afin qu'on pût le reconnaître, et un serviteur se tenait à ses côtés pour donner tout haut le motif d'une telle pénitence. On envoyait aussi le religieux dyscole dans une résidence peu agréable. En cas de rébellion, on le jetait en prison^, mais on l'en faisait sortir de temps à autre pour qu'il, pût assister aux offices ^. Enfin, si tout espoir de conversion était perdu, on l'expulsait définitivement ».

11 arrivait cependant qu'un religieux qui avait été chassé ou qui s'était enfui de son monastère était admis à résipiscence par Tabbé : mais il ne pouvait être réintégré qu'après de longues et pénibles épreuves. Les choses se passaient ainsi au Bec. D'abord, il demeurait dans l'hôtellerie du monastère ; le cellérier lui apportait sa nourriture, et s'il

tioni subjaccat. Si aiiteiu improbus est, vindictae corporali subdatur. » Heg. S. Bened., cap. xxiii.

* Les Coutumes de Cluny nous apprennent comment se donnait la discipline : « Frater qui talem incurrerit lapsum(gravioreni), venturus in capitulum primum pedes nudat, capitium quoq-ue staminei bui, (sa chemise d'étamine) dextra laevacpie incisione laxatur ut bruchia posait per ipsuni extrahere. et stanÙBeam cum manicis circa femoralia ligare; accipit virgarum manipuiuux manu dextra et in laeva cucuUa deceniti complicatioae pendente, unus eum frater ad hoc destinatus antecedit ita veniens ad conspectum domini abbatis, virgis cucuHa(|ue ante se positis, veaiam petit, jussus ut surgat, sedet ad terram et cucullam super ^enaa pouit. Verberatur quantum fuerit visuiu domino abbati. , Post haer, jubet cum exire ad induendum. » Consueliici. Cluniac.j Patrol. lat. CXLIX, col. 7;J4.

* « Quûd ai quis inoJbediens el rebellis ahquomodo fuerit, fratres, ex more, non expectaut ut praecipiabur comprebendi, sed ipsi coutinuo irrucntes comprehendunt, et cum fuerit coniprehensus, fariunt quod visuui fuerit. mittentes eum in carcerem vel in bo^'.is. Caner est talis in <iueui cum scala descenditur, nec ostenditur ostium. nec feDestram babct. De bogis quoque sunt quaedam leviores, (luaedam graviorcs, ita ut inclusiis nec in dormilorimn ascenderc possit, et tune alias in cuslodia dormit. » Con,suetutL Ciuniac. PatroL, lat. CXIJX, col. 736.

* Lan f ranci Deotefa, édit. Gites, 1, 164.

* Heg. .S. Beued., cap. xxviii et xxix; Lanfranci Decreia^ édit. Giles, ]. 166.

502 niSTOiRE DE l'abbaye du bec

n'avait point de vêtements, le chambrier y pourvoyait. Quand Tabbé Tavait autorisé à se présenter, il entrait au chapitre sans chaussures, nu jusqu'à la ceinture, portant sa coule pliée sur le bras gauche et des verges dans la main droite. Il se prosternait en implorant son pardon, puis s'asseyait par terre, sa coule sur les genoux, et deux moines lui donnaient la discipline, « sicut placuerit abbati et secundum modum culpe ». Alors il remettait sa chemise d'étamine et sa coule et se prosternait de nouveau, jusqu'à ce que l'abbé, ayant dit « sufficit », eût déclaré le coupable en état de faute grave. Celui-ci sortait, le capuchon rabattu sur les yeux, accompagné d'un religieux, ce qui eum ducet ad locum ad hoc destinatum, ubi erit quandiu abbas judicaverit, secundum culpam ». C'était la prison. Le moine détenu venait au chapitre quand on l'y demandait, mais il ne pouvait parler, et nul ne lui adressait la parole ; ce jour-là, pourtant, il recevait la même nourriture que les religieux; les autres jours, on ne lui donnait que du pain et de l'eau. A tous les offices de jour et de nuit, aux deux messes, il se tenait à la porte de l'église; quand la communauté entrait au réfectoire ou en sortait, il demeurait prosterné aux pieds de ses frères, puis on le ramenait dans sa prison. Après un certain délai, l'abbé l'absolvait de la faute grave, mais il était encore dans l'état de faute légère; il reprenait la chape, relevait son capuchon, occupait la dernière place au chœur, ne chantait ni antienne ni répons, et à la fin de tous les offices allait faire une prostration au milieu du chœur; aux processions, il marchait en tète, «non revestitus », et ne sortait du cloître que pour se faire raser. Enfin, l'abbé le tirait de l'état de faute légère ; mais même après cette absolution, le malheureux religieux, au lieu de reprendre son ancien rang, se plaçait entre les (c frères bénis » et ceux qui n'avaient pas encore fait profession ; il n'avait pas le droit de chanter la messe au grand autel. L'abbé seul pouvait, en temps ordinaire, infliger les peines « pro gravi et levi culpa » et en relever ; mais le prieur pouvait mettre en prison un moine rebelle K

* « Quum vero dominus abbas eum de levi culpa dimiserit. in capi-

La réception des rois, des évêques, des seigneurs ou des abbés comportait un cérémonial minutieusement réglé. Voici ce qui se passait à Tabbaye, d'après le Livre des usages du Bec. ce La grande cloche sonne pendant quelque temps, à trois reprises, afin que tous les religieux puissent se rendre à l'église revêtus d'aubes et de chapes. A la procession, l'abbé marche en tète suivi des moines sur deux rangs, puis des jeunes religieux, en dernier lieu, des enfants; au retour, les enfants se trouvent les premiers, puis les jeunes religieux et enfin les anciens. Pendant ce temps, on sonne deux des grandes cloches; on ne porte pas la croix, mais Teau bénite, les chandeliers, l'encensoir et le livre des évangiles. Lorsqu'on est arrivé devant le personnage à recevoir, on lui présente l'eau bénite, puis l'évangile à baiser, et ensuite l'encens. Si c'est un laïque, le chantre entonne au retour le répons Deum tinte; si c'est un évèque, Sint lumhi; si c'est un abbé, Benedictus DominuSy ou bien Honor virtus, ou Summae Trinitatis ; ceux-là peuvent être dits pour tous en général. L'abbé conduira la personne dans le chœur au lieu préparé pour elle, et orné de tentures et de tapis devant les degrés pour se prosterner et prier. Durant ce temps, toutes les cloches sonnent : ceux qui portent le livre des évangiles, l'encens, etc., se tiennent debout devant l'autel, jusqu'à la fin du chant. Lorsqu'il sera terminé, chacun déposera ses ornements. S'il s'agit d'un évèque, après avoir prié, il donnera sa bénédiction ; s'il ne l'est pas, l'abbé du Bec dira avant qu'il ne se lève : Salvum fac servum tuum, Mitte ei

tulo prosternet se ad pedes ejus, et denuo absolutus sedebit ultimus ; non reddetur ei ordo suus, non missam ad majus altare cantabit. Ita enim a domino Rogerio abbate Becci et toto conventu, nobis presentibusp statutum est. Tune inter benedictos fratres et eos qui necdum sunt professi sedebit. Hoc totum de utraque culpa flet de fratre qui in monasterio vei extra fecerit qui talibus pénis debeat emendari. Si autem abbas tam longe est a provincia ut ejus reditus ad presens non expectatur, et aliquis frater hujusmodi redierit, prior» cum consilio fratrum, poterit eum, ordine quo supradictum est, suscipere. nam alter non débet absque noticia et jussu abbatis presumere cuique gravis et levis culpe penam imponere. Rebellionem poterit prior in carcerem retrudere. » Bibl. nat., lat. 1208, f» 104. Cf. : Lanfranci Décréta, édit. GUes, I, 167.

504 1IIST0]RI£ De kABBAYIfi DU BEC

Domine auxilium, Foraisoa Omnipoéena sempiterne Deus^ misfff'ere famnlo tuo, et dinge. Si c'est un, abbé, il fera la [bénédiction régulière : Salvvm foc y Ecce quam ôonum, DomhiHs wbïscum, Toraison Deus hitmilium , visita K »

Lorsqu'un évêque cbantait la messe « ia eonventu », il la célébrait au maitre-autel, « qualiseunque sit missa »; même en Avent et en Carême le diacre et le soii»-dlacre assistaïki le prélat portaient la dalmatique et la tunique'.

Le Rituel du Bec, cité par D. Martène, donne le cérémonial détaillé des fonctions suivantes : comment rèvèque doit chanter les vêpres; quand l'évéque assiste aux matines solennelles ; comment Tévèque doit chanter la messe ; de Tévéque qui chante la messe « in conventu » ; de la bénédiction épiscopale ; comment Kabbé doit chanter les vêpres ; de Tabbc qui assiste au chœur à un office de XII leçons et à la messe solennelle». Quand trois abbés se trouvaient ensemble au Bec, lorsqu'ils étaient dans la salle du chapitre, Tun s'asseyait à droite, l'autre à gauche de l'abbé du lieu ; au chœur, l'un prenait la droite de Tabbé, et l'autre la stalle du prieur; au réfectoire, ils prenaient tous deux la gauche de l'abbé du Bec*.

On sait que les Bénédictins avaient généralement adopté la couleur noire pour leurs vêtements. Ce fut pour accentuer la distinction de leur ordre que les Cisterciens, Chartreux, Chanoines réguliers, prirent la couleur grise ou blanche; d'où cette expression si souvent employée, ordo nigeVy ordo albus, et même ordo griseus^.

Herluin, en adoptant la règle de saint Benoit, avait éga-

* D. Marténe, />e ant. mon. rit., iib. V, cap. xv, n" 11.

* Bibl. nat. lat. liÔ8, £• 101.

' D. Martène, De ant. mou. rit., Iib. V, cap. xix, n» 1 à 13, passim.

* D. Martène, De ant. mon. W/., Iib. V, cap. xix, n» 13.

^ Sur CCS mots, voir DuCange, Glossanum, 111. col. Gâ et 63. Le même Glossaire cite ces deux vers anonymes sur l'ordre noir ou bénédic- Un:

Sont tria Di$n^>njni quac lastant ros monacborum :

Rcncs cl > enter et pocula sunipla frcquculcr.

LE COUTUaiIER J>V BSG 505

lement pris la couleur noire de l'ordre ; mais dès le milieu du xii*' siècle, les religieux du Bec portèrent des vêlements blancs, qu'ils conservèrent, du reste, jusqu'à Tintrodaction de la réforme de la Congrégation de Saint-Maur en 1626. A quelle époque précise s'était fait ce changement? II est bien difficile de le savoir. Selon certains écrivains, l'usage des vêtements blancs aurait été introduit par saint Anselme, quand il était abbé du Bec, en vue d'bonorer la sainte Vierge envers laquelle il montra toujours une dévotion particulière. Leland, cité dans le Monasticon anglicanum, dit qu'Anselme, devenu archevêque de Canlorbéry, fit venir des moines blancs et les installa dans le prieuré de Saint-Néot, à la place des moines noirs qui l'occupaient auparavant ^ Un religieux du Bec, Raoul, nommé abbé de Lyre, au diocèse d'Evreux, en 1130, aurait importé dans ce monastère l'usage des vêtements blancs ^

Mabillon, exposant ces allégations, ne les trouve pas péremptoires, et il pense que Tusage des vêtements blancs dans l'ordre du Bec est postérieur à saint Anselme ^ et qu'il

* Leland, Coltecian., vol. III, p. 10, apud Mon. amjL, p. 3(58.

* « Rodulfus 1, Beccensis monachus, ordiuem cniendasse fertur ab Orderico et Roberto de Monle> que noiuine. puteut invectas Liram cueu alba veste Beccensium constitutiooes. Devixit VI cal. inaii. » GalL christ. XI. col. 646. La date de 1130 (jue donne Mabillon à larrivêe de Raoul à Lyre ne doit pas être exacte, car d'ai^rës Robert de Torijçni [Chronique. Il, 156) il serait mort en 1166 après avoir gouverivé aon abbaye pendant environ vingt ans. Le ms. lat. 13i>75 de la BibL. nat. renferme une lettre d'un religieux du Bec au prieur de Lyre. 11 y est question de la réforme introduite par l'abbé Raoul. Le prieur de Lyre semble professer assez peu d'admiration pour cette réforme venue d'un monastère étranger, et imposée sans doute à des religieux récalcitrants. Son correspondant lui fait sentir l'inconvenance d'un tel reproche et fait réloge du monastère du Bec; il n'est point toutefois question des vêtements blancs que les moines de Lyre portèrent jusqu'à la tin du XIV» siècle. L'abbé Astorge de Beauclerc obtint du pape Clément VII une bulle, datée du 23 novembre 1393, qui autorisait les religieux de Lyre à reprendre les vêtements noirs [Ann, ord. S. Bened.^ \, 3Ûîi).

'«Si conjecturis inre obscurauti licet, crediderim banc mutationem a Beccensibus factam poat nataro controversiam de festo Conceptionis Beatisaimae Virginis, id est post mediusû duodecimum saeeulum^ cùm scilicet sancto Anselme, ex supposititio Ubro de CoAceptione B. Virginis, tributa est iUius festi institutio, in cujua rei monumentum, atro colori album praetulerint. » Aîin, ord. S. Bened, \, 30o. Une tradition

ne prit naissance qu'après la controverse qui s'éleva, vers le milieu du xii'^ siècle, relativement à la célébration de la fête de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge*. Orde-

ancienne, fomieUement reconnue dans un concile tenu à Londres en 1328, attribuait à saint Anselme l'honneur d'avoir établi en Angleterre la fête de l'Immaculée Conception. Voir le P. Ragey, Eadmer, p. 234 à 253.

* Mabillon fait allusion à rétablissement de la fête de la Conception à Lyon, et à la lettre de saint Bernard aux chanoines de cette ville. Une étude de M. l'abbé Vacandard, aumônier du Lycée de Rouen, sur Les origines de la fête de l'Immaculée Conception dans le diocèse de Rouen et en Angleterre (Extrait de la Revue des questions historiques, janvier 1897) est venue jeter une lumière utile sur cette question. Selon les conclusions du savant chanoine, il n'est guère probable que saint Anselme ait institué la fête de la Conception à Caatorbéry et à Lyon; la Conception de la Sainte Vierge était honorée en Angleterre dés avant l'invasion normande, comme on en trouve la preuve dans les calendriers et les pontificaux dn milieu du xi« siècle. Cette dévotion semble avoir pris naissance au diocèse de Winchester, dans les monastères fondés par saint Ethelwold. Dès le xii« siècle, la fête de la Conception est mentionnée au 8 décembre dans les calendriers de divers missels, bréviaires ou collectaires de Jumièges et de Saint-Ouen de Rouen ; an xui* siècle, elle était généralement fêtée, surtout en Normandie. On sait que les écoliers de la nation normande à l'Université de Paris avaient pris pour patronne la Vierge Marie sous le vocable de l'Immaculée Conception, et célébraient avec éclat la fête du 8 décembre. Fêtait-on au Bec la Conception au xii* siècle? C'est fort douteux. Il ne nous reste plus ni missel, ni coUectaire, ni bréviaire de cette époque; mais D. Martène, qui avait pu consulter le vieux Rituel du Bec et les autres livres liturgiques du xh« siècle, avoue n'avoir pas trouvé trace de la célébration de cette fête : « In ordinario monasterii B. Mariae de S. Petro supra Divam, praescribitur ut Conceptio S. Dei genitricis Mariae annualiter celebratur, hoc est omnium solennissime ; sed hoc non ita generatim apud universos monachos qui paullo serins Conceptionis officium récépissé videntur, utpote cujus nuUam mentionem faciunt Tullense S. Apri ordinarium, nullam Rituale Beccensis monasletni^nuilam Dyonisianae Consuetudines, nullam Corbeienses, et islae satis récentes. » De ant, mon. ril., lib. IV, cap. ii, n» 16. Toutefois, la Conception était fêtée dans l'ordre du Bec avant 1253, ainsi que le prouve une lettre de Foulques d'Astin, évêque de Lisieux, au sujet d'un différend entre les moines du prieuré de Saini-Philbert et le curé de la paroisse ; il est dit que les religieux percevraient, entre autres choses, a oblationes vigiliarum et dierum gloriosae matris Domini, videlicet Assumptionis, Nativitatis, Conceptionis, Puriûcationis et Annunciationis. y> Bibl. nat., lat. 13905, f« 96. Dans le missel plénier du Bec, écrit vers 1270, le calendrier mentionne la fête de la Conception sous un rite solennel : « VI Id. decembris. Conceptio béate Mariae, Credo, in capis, XII lect. » Bibl. nat„ lat. 1105, f» 6 v». Le calendrier placé en tète du Consuetudinarium. transcrit à la fin du xni* siècle ou au début du xiv», donne la même rubrique. (Lat. 1208, f» 6 v»).

rie Vital, qui écrivait pendant le premier tiers du xii** siècle, remarque, avec un dépit mal contenu, que les Cisterciens affectaient de se singulariser par la coupe et la couleur blanche de leurs vêtements, tandis que tous les disciples de saint Benoît portaient la couleur noire, symbole de l'humilité monastique. Il est permis de croire que, si les religieux du Bec (ses amis et ses voisins), avaient alors porté des vêtements blancs, il n'eût point employé, au sujet de cette innovation, les expressions désobligeantes dont il s'est servi à l'endroit des moines de Giteaux ^

• Ord. Vital, t. III. p. 444, 446 et 434.

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