‹ Histoire de l'abbaye du BecChapitre 34 sur 50 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'école du Bec après saint Anselme. Elle conserve sa renommée. Prélats et écrivains sortis de Técole pendant le xn« siècle. La fondation de lUniversilé cause la décadence des écoles monastiques.

Le départ de saint Anselme, lors de sa nomination à Tarchevêché de Cantorbéry, dut porter un coup sensible aux écoles du Bec. Ce n'est pas impunément que Ton perd un maître de cette valeur, et Ton ne pouvait pas espérer qu'il fût jamais remplacé. Néanmoins, Torganisation de l'école du Bec se trouva assez forte pour pouvoir se maintenir longtemps encore ; l'impulsion avait été puissamment donnée et la réputation de l'école demeurait solidement établie.

Orderic Vital, qui écrivait son I{istoi7*e ecclésiastique pendant le premier tiers du xu® siècle, ne fait pas difficulté de regarder, en ce temps-là, tous les moines du Bec comme autant de savants et de philosophes*. Assurément, l'éloge est excessif; mais si l'on fait la part de l'exagération et qu'on le ramène à son véritable sens, il en ressortira que l'étude des lettres, de la philosophie et de la théologie était toujours florissante au Bec. Si l'on en voulait une preuve plus positive, on la trouverait dans le nombre vraiment surprenant

* « Sic ex bono usu in tantum Beccenses coenobilae studiis lilterarum siint dediti, et in quaestione sea prolatione sacrorura aenigmatum utiliunive sermonum insistant seduli, ut pêne omnes vLdeantar philosophi, et ex collocutione eorum etiam qui videntur illiterali et vocantur rustici, possint ediscere sibi commoda spumantes grammatici. » Ord. Vital, II, 246.

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de doctes pontifes et d'écrivains distingués que produisit l'abbaye dans le cours du xii® siècle.

Ce fut sans doute Tattrait de cette vie studieuse et fervçnle qui détermina plusieurs prélats à y unir leur existence dans la retraite, au milieu des exercices de la vie monastique. En 1108, révèque de Bayeux, Turold, frère de Hugues d'Envermeu, venait au Bec revêtir Thabît religieux, et saint Anselme lui écrivait à cette occasion pour le féliciter de sa -détermination et rengager à y persévérer*. Turold mourut Adèle à ses vœux vers 1146. Il devait être fort âgé.

L'un de ses successeurs, Philippe d'Harcourt, fatigué des luttes et des dissensions politiques auxquelles la Normandie était en proie, avait pris la résolution de résigner son évêché et de prendre l'habit religieux au Bec ; mais sa mort, survenue le 7 février 1164, l'empêcha de réaliser son dessein. Il donna du moins à l'abbaye un précieux témoignage de sa sympathie en lui léguant sa bibliothèque composée de cent treize volumes. Nous en avons parlé au chapitre quatrième de celte histoire.

Deux évèques d'Avranches, Richard de Beaufou, mort en 1142^, et Herbert H, mort en 1160, qui avaient été l'un et

* Epist., III, iil. Turold d^Envermeu était frère de lingues qui donna au Bec le prieuré de Saint-Laurent d'Envermeu. Certaines causes qu'Orderic Vital trouvait mystérieuses, pro quihiisflam arcauis, et qui le sont demeurées encore aujourd'hui, l'engagèrent à se démettre de son évôché au bout de quelques années ; on peut croire môme que des empêchements canoniques s'opposèrent à sa prise de possession ([ui n'aurait jamais eu lieu. Turold était pourtant un respectable personnage, honoré de Tamitié de saint Anselme, un peu mondain peut être dans sa jeunesse, mais qui vécut au Bec dans la ferveur et la pénitence juscju'en 1146, époque présumée de sa mort. Cf. GalUa christ., XI, col. 350; Bibl. nat., lat. 1:2884, P 129 et 202.

• « Anno Dominioae Incarnationis 1142, Ricardus de Bellofago, episcopus Abrincensis, e vivis exemptus est, cujus cprpus in ecclesiam sanctae Mariae Ueccensis delatum ibi honorifice sepultum est; locus tamen ignoratur, quia ecclesia tlammis consumpta aliquod post annis fuit. » Chron. Beccense aucL et illustr. Bibl. nat., lat. 12884. f° 198. Cette assertion de D. Thibault est précieuse ; elle nous apprend que c'est à la suite d'un incendie, survenu vers ilJO. que l'abbé Roger dût rebâtir son église abbatiale. Le Nécrologe du Bec faisait mémoire de l'évêque Richard de Beaufou le 19juilletT(Bibl. nat., lat. 13905, ^75v^) Le père et le frère de Richard de Beaufou avaient fait profession au

Tautre chapelains du roi d'Angleterre, voulurent être inhumés dans l'église du Bee^

Les chapitres et les monastères d'Angleterre et de Normandie continuèrent, comme au xi* siècle, à choisir leurs évèques et leurs abbés parmi les religieux du Bec. Thibaut était devenu archevêque de Cantorbéry ; Arnoul avait quitté le siège de Beauvais pour celui de Rochester. Parmi les abbés sortis du Bec [au xii* siècle on peut citer : Michel et Henri, abbés de Préaux, Robert de Torigni, abbé du Mont Saint- Michel, Guillaume d'Epreville, abbé de la Trinité de Rouen, Ilardouin et Benoît, abbés de Gormeilles, Robert, abbé de Jumièges, Robert de Blangy, abbé de Saint-Evroul, Guillaume d'Exeter, abbé de Grestain , Guillaume, abbé du Tréport, Gilbert, abbé de Couches, Raoul, abbé de Lyre, Guillaume, abbé de Bernay, Garin, abbé de Lessay, Hugues, abbé de Sant-Augustin de Cantorbéry, Albode, abbé de Saint-Edmond 2.

Les successeurs de saint Anselme sur le siège abbatial du Bec ne se faisaient pas moins remarquer, dit Orderic Vital, par leur science que par la piété de leur vie^ C'était Guillaume de Beaumont, ccvirmagnœ sanctitatis et doctrinœ ^ »; Boson, Tun des plus remarquables disciples de saint Anselme et son interlocuteur dans le traité Cî/r Deus homo ; l'archevêque avait une affection et une estime particulières pour Boson qu'il emmena avec lui à Cantorbéry, et envoya à sa place au concile de Clermont, en 1095*; Thibaut, a vir

Bec. (Willelm. Gemet, Hist. Sorthm,, lib. VII. Patrol. lat. CXLIX. col. 876.)

* « Mense septembri (1160) obiit Ilerbertus, episcopus Abrincensis, et sepultus est ia ecclesia Beatae Mariae Becci sicut praedecessor ejus Ricardus de Bello-Fago. » Rob. de Torigni, Chronique, I, 328. Le Nécrologe du Bec faisait mémoire d'ilerbert le 6 septembre.

* La plupart de ces noms sont tirés de la Chronique de Robert de Torigni.

* « lloc Guillelmus et Boso successores ejus multipliciter senserunt (ïui tanti doctoris syntagmata insigniter sibi hauserunt, et sitientibus inde desiderabile potum largiter propinaverunt. » Ord. Vital, 11, 245.

* Robert de Torigni, Chronique, l, 79. Voir Vif a Willelmi dans Opéra Lanf ranci, édit. Giles, 1, 313.

* Sur Boson, voir Vita Bosonis, édit. Giles, ï, 327; Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 619 623.

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magnae probitatis et scientiae * », élevé en 1138 au siège de Cantorbéry, déjà illustré par Lanfranc et Anselme ; Létard, auquel Robert de Torigni décerne le même éloge de savoir et de piété ^ ; Roger 1", « in utroque Testamento apprimè eruditus, necnon clericali ac seculari scientia decenter ornatus». Il refusa rarchevèché de Cantorbéry auquel l'appelaient le clergé et le roi d'Angleterre, après la mort de Thibaut ^. Roger est Tauteurd'un ouvrage de droit canonique intitulé : Libri ex xiniverso enucleato jure excepH etpauperibus praesertim destinati, qui se trouvait encore à la bibliothèque du Bec au commencement du xviii® siècle *. Enfin, Guillaume II, qui devint abbé en 1198, et serait l'auteur, d'après le P. Lelong, d'un commentaire sur le Cantique des Cantiques'.

L'écrivain le plus remarquable qui soit sorti de l'abbaye au xii« siècle, est assurément Robert de Torigni, d'abord prieur claustral du Bec, puis abbé du Mont Saint-Michel, en 1154. Il serait inutile de refaire après M. Léopold Delisle la biographie de celui qu'il appelle « l'un des plus célèbres et à coup sûr le plus exact des anciens historiens de la Normandie ». Robert de Torigni est l'auteur de : l^ Additions à l'histoire de Normandie par Guillaicme de Jumièges ; 2° Chronique générale s'aiTétant à Vannée ii86 et destinée à ser\)ir de complément à la Chronique de Sigebe7H; 3<* Traité sur les ordres monastiques et les abbayes noi^mandes ; 4** Catalogue des aixhevéques, des évéques et des abbés des diverses églises de France etd'AngleteiTe ; o^ Chroriique du Bec^; 6^ Annales du Mont Saint-Michel ; 7^ Rubrique abré-

* Robert de Torigni, Chron., I, 208. Voir Vita Theobaldiy édil. Giles, I, 330.

* Voir Viia Letardi, édit. Giles, I, 339.

3 Robert de Torigni. Chronique, I, 250, et II, 37; Matthieu Paris, llistoria major, p. 88.

* De Montfaucon, Bibliolh. bihliothecarum. II. 1254.

* Histoire littéraire de la France, IX, 109. J. Le Long, Bibl. sac, p. 894. " Sur la part qui revient à Robert de Torigni dans la Chronique du

Bec, voir notre édition de cette Chronique, Rouen, 1883, préface,

p. XVIII.

gée des abbés du Mont Saint-Michel ; S^ Carlulaire du Mont Saint-Michel; 9^ Divers opuscules, préfaces, etc., entre autres les catalogues des bibliothèques du Bec et du Mont Saiyit-MicheL Les contemporains de Robert deTorigni n'ont pas manqué de signaler l'activité dévorante, les recherches laborieuses, l'amour des livres qui caractérisaient ce religieux. (( En 1138, l'un des plus illustres historiographes anglais Henri, archidiacre de Huntingdon, se rendant à Rome avec Thibaut, archevêque de Cantorbéry, s'arrêta quelques jours dans l'abbaye du Bec où il eut beaucoup à se louer des communications de Robert de Torigni ; il vante son zèle à rechercher et à amasser des livres religieux et profanes : « Robertum de Torinneio, ejusdem loci monachum, virum tam divinorum quam secularium librorum inquisitorem et coacervatorem studiosissimum itidem conveni *. » C*est à lui qu'il dut la connaissance de l'ouvrage de Geoffroy de Monmouth dont l'existence était alors à peine soupçonnée, même en Angleterre ^

Richard de Fourneaux, qui fut abbé de Préaux dans les premières années du xii® siècle, avait suivi les leçons de saint Anselme au Bec, de Gerbert à Fonlenelle, et de Gontard à Jumièges; c'est du moins ce que laisse entendre Ordcric Vital'. Il composa des commentaires sur quelques livres de l'Ancien Testament, et deux lettres De abstinent ia servanda in monasterio in diebus solemnibus *.

Etienne de Rouen est un grammairien de profession, un bel esprit, un poète rompu à toutes les difficultés du mètre. Il a employé presque toutes les formes du vers : les hexamètres, lesélégiaques, les tétramètres, les catalectes, les acrostiches, les adoniques, les daclyliques, les saphiques ; presque tous sont rimes soit au milieu, soit à la fin. Sans doute, comme

* Episl. Ilenrici archid. ad Warinum, de regibus Bntonum. Cité dans Robert de Torigni, Chronique, 1, 97-98.

■ Rob. de Torigni, Chronique, II, introd., p. ii.

' Ord. Vit., 111, 430. llichard n'avait pas été moine du Ber; il avait fait profession à Saint-Vigor de Bayeux.

* Ord. Vital., III, 430-431. Hist. LUI. de la France, IX, 107; De Montfaucon, Bibl. biblioth., II, 1134.

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le fait remarquer M. Ch. Fierville, Etienne de Rouen est un bien mince personnage si on le compare à Laufranc, à saint Anselme, ou même à Robert de Torigni; il mérite néanmoins d'être cité au nombre de ceux qui firent honneur à la grande école du Bec '.

Ses parents tenaient un rang honorable parmi les premières familles de Normandie ; l'un de ses oncles, Bernard, fut abbé du Mont Saint-Michel (1131-1149). Etienne, originaire de Rouen, était venu étudier au Bec où plus tard il avait revêtu Thabit monastique. La poésie, la philosophie, la rhétorique paraissent avoir absorbé une bonne partie de sa vie; aussi, inclinons-nous à penser qu'il fût maître de grammaire et de rhétorique de Técole du Bec. M. Fierville croit qu'il mourut vers 1170.

Sa principale œuvre poétique est le Draco normannicus^ « poème aussi important pour la littérature que pour Thistoire du xii® siècle- ». C'est une chronique de Normandie depuis les invasions d'Hastings jusqu'à l'année 1168. Le premier livre ne fait guère que reproduire le récit de Dudon de Saint-Quentin et de Guillaume de Jumièges. Dans le deuxième et le troisième, la note personnelle est plus sensible, et l'on sent que l'auteur a été témoin de quelques-uns des événements qu'il raconte. A plusieurs reprises, il parle avec enthousiasme de l'abbaye du Bec et des faits qui la concernent, tels que la revendication du prieuré de Poissy, le prieuré du Pré ou de Bonne-Nouvelle, les funérailles de l'impératrice Mathildesur lesquelles il donne des détails inédits et très curieux^. Etienne de Rouen est encore l'auteur d'une apologie de GeofTroi Plantagenet, mort en 1151, d'un éloge funèbre de Galeran de Meulan, mort le 11 avril 1166, d'une complaintesur la mort de Thibaut le Grand, comte de Champagne, arrivée en 1152, etd'une autre sur l'impératrice Mathilde, de plusieurs pièces de vers adressées à des amis du nom

* M. Ch. Fierville a consacré à Etienne de Rouen une intéressante étude insérée dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, années 1875-1876 et l876-i877, t. VllI, p. 54-78 et 421-442.

* L. Delisle, Sotice suî' vingt manuscrits du Vatican, p. 33. 3 !)raco normannicus, cdit. Omont, p. 121.

de Gilbert, de Guy et de Raoul, et enfin de deux morceaux didactiques que Ton pourrait intituler De arte meditandi et De arte loquendiK

Si Etienne de Rouen ne fut guère « au-dessus des versificateurs de son temps, sa prose est meilleure et se ressent des bonnes études que Ton faisait alors au Bec * ». Ce qui touche à la rhétorique l'intéresse vivement ; c'est pour cela qu'il copie soit des déclamations de Sénèque et d'autres orateurs, soit des partitions oratoires deCicéron, soit la dialectique de Martianus Capella avec le commentaire de Rémi d'Auxerre. Mais son œuvre principale, celle dont la portée est la plus considérable est le compendium de l'Institution oratoire de Quinlilien. « Etienne songea le premier à faire un abrégé utile où n'entrerait que ce qu'il y a de plus important, d'où il écarterait tout ce qui lui paraîtrait prolixe et surabondant. Pour que cet abrégé gardât le plus possible la valeur du traité de Quintilien, il n'y a pas ajouté un mot de lui, et il a fait en sorte que, malgré les coupures, le livre ait un corps et forme une suite. L'œuvre de l'abréviateur consiste dans le choix intelligent de ce qu'il ne garde pas et de ce qu'il conserve ; mais partout et toujours, c'est Quintilien qui parait et qui parait seul ^. »

C'est encore à M. Fierville que nous emprunterons le jugement qu'il convient de porter sur Etienne de Rouen, envisagé comme écrivain : a Ami de l'étude et de l'antiquité classique, ce moine, peu connu, jusqu'à présent, a eu un avant-goût de ce que doit être, chez nous, l'enseignement de la rhétorique ; poète élégiaque, il pleure avec une certaine grandeur la mort des bienfaiteurs et des amis de l'abbaye du Bec; poète satirique, il est plein d'une verve caustique contre les petits travers de son entourage; chroniqueur, poète latin, il nous a légué un poème qui, je l'espère et je le désire vivement, sera bientôt de la part de votre excellent et savant président (M. L. Delisle), l'objet d'une de

* Draco normaicus, p. 2*26-233.

* Hist. littéraire de la France, XII, 677.

' Fierville, yolice sur Etienne de Rouen^ p. 423.

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ces publications dont tous vous connaissez Tinestimable valeur*. »

Il existe un récit, envers hexamètres, de la guérison miraculeuse d'un clerc possédé du démon opérée par saint Anselme au Bec, k son retour de Rome, en Tannée 1106^. Les deux premiers vers :

Du m Becci quondam velut hospes forte maneret Augensis Petrus opus istud metrificavit,

nous font connnaître le nom de Tauteur, Pierre d'Eu, qui n'était pas moine du Bec, puisqu'il n'y séjournait qu'en passant, mais qui pourrait bien y avoir étudié dans sa jeunesse. Le style de cette poésie rimée est médiocre, la versification défectueuse, la plupart des vers se terminent par une césure au cinquième pied ou par un mot de cinq syllabes. La similitude du style, et aussi les fautes de versification nous feraient attribuer à Pierre d'Eu une pièce anonyme en hexamètres rimes, sur les miracles de saint Anselme^. Le vers suivant :

Vir fuit in pago Pontif *, qui jungitur Auge,

où l'on a soin de nommer la ville d'Eu, qui n'est rien dans l'affaire, n'indiquerait-il pas que le poète s'est plu à rappeler le nom de sa ville natale, ce qui conviendrait parfaitement à Pierre d'Eu ?

* Fierville, Notice sur Etienne de Rouenj p. 441. M. Henri Omont a donné, en 1884, pour la Société de l'histoire de Normandie, une édition de la plupart des opuscules d'Etienne de Rouen, sous ce titre : Le Dragon normand et autres poèmes d^ Etienne de Rouen. Il est regrettable qu'il ne Fait point accompagnée dénotes qui en eussent singulièrement rehaussé la valeur.

* Eadmer a raconté la guérison de ce frénétique (V'i7« S. Anselmi^ lib. II. cap. 7). Conférez: le P. Ragey, Hisl, de saint Atiselme, II, 437. Le poème en question se trouve dans le ms. 499 du fonds de la Reine au Vatican, et dans le ms. lat. 5427, f» 122, de la Bibliothèque nationale.

' Publiée par D. Martène dans son Amplissima collecllo, VI, 983, et reproduite dans la Patrol. lat. de Migne, t. CLVIII, col. 119.

* Le Ponthieu, Pontivum^ Pontivus pagtts»

Pierre de Dives *, l'auteur d'un poème assez longsurles sept premiers abbés du Bec, composé d'après le conseil de Miles Crespin le biographe deLanfranc, doit être le même personnage que Pierre d'Eu. Les auteurs de Y Histoire littéraire de la France l'avaient pressenti, mais ne s'appuyaient que sur une preuve ruineuse. « Onappelle parfois, disaient-ils, l'auteurPetrus Augensis par la raison que l'abbaye de Saint-Pierre-sur- Dives est dans le pays d'Auge en Normandie *. » Nous disons, nous, qu'il y a lieu d'identiBer Pelrus Divensis et Peints Augensis non pas parce que l'abbaye de Saint-Pierre est situé dant le pays d'Auge, Algia (car alors Pierre eût dû s'appeler Algiensis), mais parce que Pierre, moine de Saint-Pierre-sur- Dives, Divensis, était né à Eu, Augum, et qu'il pouvait très bien prendre le nom (ï Augensis selon les besoins de la versification. Du reste, plusieurs circonstances paraissent se rapporter à un seul et même personnage. L'auteur ne réside pas au Bec et n'y a séjourné qu'en passant, hospes; il connaît les religieux, et c'est sur les conseils de l'un d'eux. Miles Crespin, qu'il se met à versifier; cependant l'abbaye du Bec lui tient visiblement au cœur puisqu'il consacre un aussi long labeur à chanter les louanges de ses abbés; il fautdone que des liens, des souvenirs l'y attachent assez étroitement. Ces souvenirs, nous pensons qu'il faut les chercher à l'école du Bec où Pierre de Dives avait étudié les lettres.

Le poème de Pierre de Dives a dû être composé après 1150. Le septième abbé, dont notre auteur célèbre les vertus, Roger de Bailleul, ne monta sur la chaire abbatiale qu'en 1149. D'autre part, Miles Crespin, l'instigateur de l'entreprise, mourut en 1150 environ. L'œuvre de Pierre de Dives ne se recommande pas par une versification bien correcte; nous y retrouvons la césure au cinquième pied, le mot final de cinq

* Le premier vers nous donne le nom de rauteiir :

Pctrus Divensis coiiscribil versibus islis ^ Slruclorcs primos Becci, !>amniosquc magislros.

Le poème de Pierre de Dives a été reproduit par D. Martène dans son Amplissima collectio, V, 9i)-105.

* Uist. litt. de la France, XII, 3C0.

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syllabes, et, comme dans la pièce de Pierre d'Eu, remploi du mot queis pour quibus. Ce n'est en somme qu'un résumé des Vies des premiers abbés du Bec composées par Gilbert et Miles Crespin.

Le manuscrit 2342 du fonds latin de la Bibliothèque nationale forme un recueil d'opuscules dont l'auteur fut un moine du Bec qui vivait au milieu du xii® siècle ^ Les mots : Haec siint quae ille qui hune librum scripsU proprio labore cornposuit prouvent que le copiste est bien en même temps l'auteur des divers opuscules réunis dans ce volume. Ils comprennent des gloses et des commentaires sur plusieurs textes évangéliques, des traités surles professions monastiques, les dîmes des églises et des abbayes; un traité sur les miracles de saint Nicolas -, et un autre sur les diverses translations et les miracles de sainte Honorine'*. L'opuscule le plus intéressant, au point de vue historique qui nous occupe, est celui

* Ce ms. avant d'entrer à la bibliothèque du roi avait fait partie de celle des Bigot. (L. Delisle, Bihliotheca Bigoliana^ Rouen, p. 18-20.)

' Le traité des miracles de saint Nicolas, par cet anonyme du Bec, est le môme que celui qui est contenu dans un ms. de la seconde moitié du xu« siècle de la Bibliothèque municipale d'i:)vreux (provenant de Tabbaye de Lyre, n* 96, f« 24 à 45) et ayant pour titre : Miracula de sancto Xicholao episcopo et confessore édita a qitodnm monacho ecclesie Becci. Un long passage relatif aux origines de labbaye du Bec se trouve dans ce ms., f<> 24 à 28 y*». Plusieurs fragnients de ce traité ont été insérés dans la Chronique du BeCf éditée par d'Achéry. Le ms. 96 de la bibliothèque d'Evreux forme un volume petit in-4» de m feuillets de parchemin, «ivec lettres miniaturées. Le premier feuillet offre une grande initiale au milieu de laquelle est représenté saint Nicolas en vêtements pontificaux. Dans le courant du texte, le nom de cet évoque est toujours écrit en petites capitales rouges et vertes formant un mot mi-parti dans le sens horizontal. Ce manuscrit a du être exécuté entre les années 1150 et 1170, et probablement copié par un moine' de Lyre sur loriginal du Bec. Montfaucon signale ce volume au nombre des mss. de la bibliothèque de Lyre. {BibL bibl,, 11,1260. Cf. Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, II, 448 et 449.) Le ms. 19 de la Bibliothèque d'Alençon, écrit ê^zalement au XII* siècle, renferme une copie des Miracula de sancto Sicfiolao epûtcopo et confessore édita a quodam monacho ecclesie Becci. Une note sur ces miracles a été publiée par M. A. Joly, dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de Noinnandie, 1878-1880. t. IX, p. 202-220.

* La Translation et les miracles de sainte Honorine ne se trouvent plus dans le ms. 2342 de la Bibliothèque nationale, mais dans le ms. lat. 13774 de l'ancien fonds de Saint-Germain des Prés, f» 10 v» à 18.

qui a pour titre : De Ubertate Beccensis ecclesiae. L'auteur s'attache à démontrer que l'abbaye est exempte dès son origine, et en raison même de son origine, de tout hommage envers les seigneurs de Brionne autres que les ducs de Normandie, et, en vertu d'une possession immémoriale^ exempte du serment d'obéissance envers les archevêques de Rouen*. L'Histoire littéraire de la France a consacré à l'auteur anonyme de ce recueil les lignes suivantes : « Cet écrivain est une bonne preuve que les études n'avaient point dégénéré dans le monastère du Bec depuis la retraite de saint Anselme. Il n'a point, à la vérité, le style ni la méthode de ce grand homme ; mais ses productions manifestent un esprit nourri de la lecture des Pères et exercé dans l'art du raisonnement. Ce n'est point là un scholastique pointilleux qui ne s'occupe que de vaines subtilités, ni un docteur audacieux qui hasarde des nouveautés profanes ; partout on remarque l'écrivain solide qui s'attache aux vérités essentielles et le théologien circonspect qui ne part que des principes établis par la tradition. Cette retenue n'ôte rien à la sagacité de son esprit. Dialecticien également sage et subtil, il donne des solutions très plausibles aux difficultés où le commun des théologiens se perd ^. »

On doit à M. Hauréau une très intéressante étude sur un manuscrit de la On du xii® siècle ou du commencement du xiiF, où sont réunis plusieurs sermons et un certain nombre de lettres dont l'auteur est un religieux qui vivait au Bec entre les années 1130 et 1160 -^ Un traité sur l'Oraison dominicale comprend sept sermons, faits non point pour être entendus, mais pour être lus. « Ce sont des paraphrases

* Ce traité a été publié par Mabillon {Annales ord. S. Bened., V, 635-640;.

*Hist. l'Ut, delà France, Xn,337 344.

* Notices! ef crtî^aits de quelques mafiuscnfs latins de la Bibliothèque nal., par M. B. Hauréau, t. II. p. 2:Î6-241. Ce ms. de 100 feuillets de parchemin de 0,22 de hauteur sur 0, 17 de largeur, porte le n® 13575 du fonds latin de la Bibliothèque nationale. Il avait appartenu à la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Pierre de Préaux, au diocèse de Lisieux, puis avait été donné à Saint-Germain des Prés par le conseiller de Âlachault.

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littéraires rédigées avec beaucoup de soin par un vrai rhéteur, qui, non moins versé dans la connaissance des poètes profanes que des docteurs chrétiens, cite presque aussi souvent, en commentant le Patei\ Ovide et Lucain que saint Augustin et saint Jérôme*. » Quel qu'ait été le lieu de profession de ce religieux, il réside au Bec et s'adresse aux religieux de ce monastère : a Video quamplures inter nos, nostris Beccensibus loquor (non enim est meum aliorum vitam discutere), video, inquam, aliquos nostrum quorum cordibus, sicut per exleriorem somnolentie pondero^itatem potest conjici, laus Dei non est familiarisa » Enfin il raconte comme étant des événements domestiques, plusieurs miracles qui ont eu, dit-il, pour théâtre l'abbaye du Bec ^

Ce manuscrit renferme en outre « une série de dix-sept lettres travaillées avec autant de soin que les sermons, du même style, mais plus intéressantes, parce qu'elles ont toutes pour matière des circonstances, réelles ou supposées, de la vie monastique. Nous croyons bien qu'elles sont réelles, mais nous ne le garantissons pas ; il est possible que nous ayons encore là, non pas de vraies missives, mais une œuvre littéraire. Quoi qu'il en soit, ces lettres sont à lire *. »

La première est adressée ad priorem de Lira. Il y est question delà réforme introduite par Raoul, moine du Bec, que les religieux de Lyre avaient élu pour abbé, vers 1145, Le prieur semble professer assez peu d'admiration pour cette réforme venue d'un monastère étranger et imposée sans doute à des religieux récalcitrants. Son correspondant lui fait sentir l'inconvenance de ses griefs et fait Téloge du couvent Beccien. « Discretioni vestre pernotissimum esse non dubilo quales quanteque domus, tam in Anglia quam in

* Notices et extraits, etc., M, ttl.

« Bibl. nat.. lat. 13575. f» 16.

» Bibl. nat.. lat. 13575, f» 16 v«, 22 et 35. Ces soi-disant miracle», visions survenues à des moines du Bec pendant leur sommeil, ne sont que de pieusrs rêveries. La dernière est à rapprocher d'une guérison attribuée à l'intercession de sainte Foy, et dont l'écolàtre Bernard d'Angers a fait l'étrange récit dans un traité adressé à l'évêque Fulbert de Chartres. (Patrol. lat., CXLI, col. 161 et 162.)

* Solices et extraits^ etc., II, 233.

Normannia, magnorum virorum, qui de nostra processerunt ecclesia, doctrina et conversatione sînt exornate ; quas ad presens enumerare non arbitror necessarium, tum ne jactantie malum incurram, tum vero ne modum epistolarem verbositatis affluentia videar excessisse ^ »

La sixième est très curieuse et remarquablement écrite. Il s'agit d'un évêque qui s'est fait moine et qui s'en repent ; le religieux réfute ses objections et met en relief les avantages de la vie monastique. A qui cette lettre fut-elle adressée? M. Ilauréau n'a point tenté de soulever le voile du mystère ; nous essaierons de le faire. Il s'agit d'un évèque normand dont la retraite a fait grand bruit, « per lotam fera Normanniam famosissima. » Nous ne connaissons qu'un seul évéque qui se soit fait religieux dans l'abbaye d'Herluin 2 pendant la première moitié du xii* siècle : c'est Turold d'Enverineu, évèque de Bayeux, qui mourut au Bec vers 1146. L'auteur de la lettre avait sans doute été envoyé en résidence dans quelque prieuré de l'ordre; c'est de là que partit cette épître dictée par l'affection austère qui unissait le religieux à l'ancien évêque. Il y faut voir l'écho des plaintes et des regrets échappés à Turold, et qui inspirèrent au moine une objurgation vraiment éloquente à l'endroit du prélat auquel saint Anselme lui-même avait souhaité la persévérance dans sa nouvelle vocation *.

* BibI, nat., lat. i3o7o, f° 44.

* Il s'agit évidemment d'ua prélat retiré au Bec, car au nombre des modèles que le religieux propose à son imitation, il lui nomme <f Ansclmum mitem, Helluinum devotum, Lanfrancum sapientem. » Bibl. nat., lat. 13575, f» 48. Le texte de cette lettre se trouve reproduit pages 65-67 de notre opu.scule intitulé : 1/ Abbaye du Dec et ses écoles, Evreux. 189i.

' « Caveat igitur vcstra prudentiane cor vestrum rétro respiciat. Rétro autem monachus respicit cum ea sdepe n'colit (juac deseruit. Quod cum saepe facit. refrigescit in eo anior caelestis et reviviscit amor niundi, et fastidium taediumque propositi sui. » S. Anselmi Epist., III, 137. Ce sont-là précisément les pensées que développe dans sa lettre l'anonyme du Bec. Le regrets de Turold ne furent que pasgers ou interuiittents. et n'allèrent pas jusqu'à le faire rentrer dans le siècle; c'était sans doute l'une des épreuves, et la* plus pénible, auxquelles sa piété fut soumise durant sa longue retraite, car il convient de dire que la vie qu'il mena au Bec fut de tout point édifiante. « Mo-

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La septième lettre, ad Richardum scholarem, est à Tadresse d'un jeune homme que l'auteur dit son parent. Le jeune Richard est encore étudiant ; on lui conseille de lire les Psaumes dans ses moments de loisir; c'est un utile correctif aux arguties de la dialectique : « Volo itaque ut post figmenta poetica, post TuUianam facundiam, post altercacionem iogice, aliquos tibi psalmos ruminandos imponas, quos quasi redditum quemdam Deo cotidie te ipsum persolvere compellas. Lectio enim illorum licet sit incuUa, sed majestas verborum terribile quid et magnum, si diligenter attendas, sonare videtur*. » Relativement à lui-même, l'auteur nous apprend qu'il est présentement occupé à composer «certain traité» dont on regrette qu'il n'indique paslobjet^

Dans l'une des lettres adressées ad Clementem Anglicum, il est question d'un certain Pierre de Poitiers, magistri Pétri Pectavensis, que les moines du Bec ont reçu en chapitre, et qui leur a fait, à cette occasion, un discours solennel « sur les privilèges de saint Jean TEvangéliste.» M. Ilaurcau pense qu'il doit s'agir de Pierre de Poitiers, moine lettré, que Pierre le Vénérable prit pour secrétaire et quelquefois même comme collaborateur''.

La quatorzième lettre, ad \\ .prioreinBecci, est en faveur d'un religieux qui, après avoir quitté le Bec, désirait y rentrer*.

nachus auteiii factus, tantae humilitatis, modestiae ac gravitatis discretionisque sectator extitit, ut parvo in tempore. non solum junioribiis lier ad caelestia capessenda praeberet, veruui etiam prioribusipsis in refrulae obscrvatione cunclis optimis sludiis sesemirabilemexhiberet. »» Mivaculum healae ridis de episcopo Bajocensi, qui posfea factus est monachus Becci. Bibl. nat., lat. 5428. f» 125. Une simple mention de ce miracle a été insérée à Tannée 1146 dans la Chronique du Bec éditée par d'Achéry.

* Bibl. nat., lat. 13575, f» 49 v.

* « Ad cudendam tamen praesentem epistolam ingenii moi grossitatera non potui plenius applicare, quia in quodam traclotu, quem tu fortassis quandoque videbis, ad praesens sum occupatns. et juxta 111 ud poeticum :

Pluribus intentus minor est ad singula scnsus. » (F^ 49.)

» Bibl. nat.. lat, 13575, P 51 v; Notices et extraits, etc., p. 210.

*Lat. 13575. f« 53 v». Ce prieur doit être Galcran, Waleratmus, dont

Dans la seiziènie, l'auteur iavite l'archevêque de Rouen à porter son attention sur l'abbaye du Bec où les bonnes pratiques d'autrefois sont tombées en désuétude ^

Le nom du religieux, auteur de ce curieux recueil, est malheureusement inconnu*. Autant qifon peut le conjecturer d'après ses écrits, c^étaitun moine très instruit, maniant fort bien la langue latine, très régulier dans ses mœurs, d'un zèle ardent, mais d'une humeur rigide et chagrine. Il se plaint amèrement, dans plusieurs de ses lettres, des détractions et des inimitiés monastiques. Ce devait être un censeur peu commode ^. Un jour vint où son abbé crut devoir Téloigner

<( le nom et la qualité de prieur paraissent dans une transaction entre Roger, abbé du Bec et l'abbé de Beauprez en 1160. Sa mort est marquée dans un Nécrologe au 15 may. » {Liste des prieurs du Bec, dans le Recueil de I). Jacifues Jouvelin. Bibl. nat., lat. 13905, f« 105.) Galeran avait succédé, dans les fonctions de prieur, à Robert de Torigni, élu abbé de Saint-Michel, en 115-i.

* « Quomodo enim, pater karissime, matris mee desolationem tacendo sustineam, que duplicis infamie maculam. proh dolor ! paulatim contrahit, cum in ea vigor ordinis quo precipue pollebat sensim enervatur. et caritatis diffusio tam interius quam exterius. intelligenti loqnor. turpi coarcetur industria. et consilio maie providenti a solitis arcoatur discursibus. In his duabus rébus ecclesia illa Beccensis optime solebat consistere, per quas opinatissimi nominis adepta fastigiiim. probatissime reiigionis longe lateque divulgabatur signifera. » Lat. l.>57i>. 1" nli.

- M. Ilauréau se demande si l'auteur de ces sermons et de ces lettres ne serait pas Etienne de Rouen : il pose la question sans y répondre. En efl'et, la solution n'est pas à chercher de ce côté.

-'^ Dans son second sermon sur l'Oraison dominicale, l'auteur fait un piquant tableau de quelques vocations monastiques : « Sed heu. proh dolor! in tam multis monasteriis, in tam multis claustris. in tam diversis religionum coloribus quibus bodie totus redundat orbis. quam pauci admodum sint veri mundi contemptores. veri reiigionis amatores. Persepe videmus aliquos ad vitam convolare monachorum, sed menle dimidiata; quia licet ad hoc compellat devotio, non tamen in perfectione consistit, dum non bene sibi providentes, partem aliquam rerum suarum reservant in posterum. Debilis quidem et delicatus est fervor ille, cum non tantum de suo proposito. imo de auxilio Dei diffidat. ut nulla eis fratrum in victu et vestitu sufficere possit communie. quin spem ponant exterius et refugîum suum in pecunia. Qui nimîruni Ananie coniparantur et Saphire. et timendum est eis ne sententiam mortis percipiant eternaliter, quam illi, Petro promulgante, passi sunt temporaliter. Alii médiocres, imo pauperes in seculo, sola temporalis lucri cupiditate claustrum ingrediuntur, et ea intentione, quasi monachi fiant ut per habitus occasionem aliquam assequantur

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et l'envoyer dans un prieuré qu'il ne désigne pas, mais qu'il considère comme un lieu d'exil *. Il écrit une lettre à un reclus nommé Guerric^, relativement à l'élection récente d'un évêque dont les coupables manœuvres, qui n'ont pas été d'abord connues,, le sont maintenant et causent un grand scandale; puis il s'adresse, comme on l'a vu, à l'archevêque de Rouen pour le supplier de réformer certains abus qui s'étaient glissés dans le monastère du Bec, et qu'il relève vigoureusement\ Un passage de sa lettre à l'écolier Richard nous montre assez bien le caractère misanthrope de ce moine : « De parentum tuorum consolatione non multum sollicitus sum, quia nec de meorum. Chaos enim magnum inter me et seculum firmatum est, ut nec seculum ad me, nec ego ad seculum libère possim Iransmeare. Sed lamen, ut verius fatear, mundus pro parte maxima mihi crucifixus est et ego mundo, ita ut cum etiam necesse sit me foras prodire, secularium egre fruar aspectu ^ »

Les temps de Lanfranc et de saint Anselme sont déjà bien éloignés. A la fin du xn® siècle, les écrivains du Bec ne sont plus que des anonymes de l'histoire littéraire, c'est-à-dire des religieux lettrés, recommandables sans doute par leur vie

potenciam. De quibus dicit in quadani epistola beatus leronimus : Fiunt. inquit, divites siib paiipere Christo. qui paiiperes fuerant sub divite diabolo. Alios soia cordis levitas ad monachandiim inducit ; quo vifio nec in conventu fratrum carere prévalent, quia juxta dictum poetlcuni :

Celum non animum mutant qui trans mare currunt.

(Hor.. I. Epist., XI, 27.)

Ili sunt (pli minores in congregatione disséminant et simpliciores sue ifiiserie consortes efliciunt. quia corrumpunt mores bonos confabalationes pessime. Omnes preterea monasterii fréquenter percurrunt offîcinas ; sepius videntur in cellario quam in rlaustro. sepius in coquina quam in ecclesia. » Lat. 13575, f« 9.

• Lat. 13575, f* 55.

■ « Igitur, quoniam nocessilate spontanea inrra anguste aduiodum cellule parietes vos inrlusistis, nec ultra vobis licitum sit, foras evapando, mundo languenti corporalem exhibere presentiam, etc. » Lat. 43575, f" 54 vo.

» Lat. 13575, f» 55 v» et 5fi.

* Lat. 13575. f 50.

540 HISTOIRE DE l'aBBAYE DU BKG

laborieuse, mais dont la renommée ne dépasse guère les murs du monastère, ouïe cercle étroit de leurs amis. Décidément, Tastre du Bec a pâli. Depuis un certain temps déjà ce n'est plus vers Tabbaye d'Herluin que se porte en foule la jeunesse studieuse. Paris, qui jusque-là a plus d'une fois cédé la palme aux écoles de Reims, de Saint-Benoît-sur-Loire, de Laon, du Bec, s'empresse de la ressaisir et conquiert définitivement le premier rang sur ses rivales. Quoique Guillaume de Champeaux vienne de quitter Técole de Notre-Dame pour aller fonder celle de Saint-Victor, le vieux cloître voit néanmoins affluer dans ses murs des professeurs célèbres : Adam de Petit-Pont, Pierre le Mangeur, Pierre le Chantre, Hugues de Champfleury. Pierre Lombard et Maurice de Sully ne sont élevés sur le siège épiscopal de Paris qu'après avoir longtemps enseigné la théologie à Técole de Notre- Dame. Le plus fameux de ces écolàtres parisiens, celui du moins dont le nom fit le plus de bruit, fut Pierre Abélard. Après avoir quitté brusquement l'école d'Anselme de Laon, il était rentré à Paris vers 1118. « Intronisé dans la principale chaire qui pouvait être l'unique objet de son ambition, il trouva moyen de donner carrière à son génie et de faire briller sa vaste érudition. Bientôt son nom retentit d'un bout de l'Europe civilisée à l'autre. Des lieux les plus éloignés de la Normandie, de la Bretagne, de l'Angleterre, du pays des Suèves et des Teutons, on accourait pour l'entendre. Rome même lui envoya des auditeurs. On compta autour de sa chaire jusqu'à 5000 étudiants, et comme l'enseignement n^était pas gratuit ^ la richesse du professeur égala sa renommée et le profit alla de pair avec sa gloire *. »

On se figure l'aspect animé, bruyant, confus, que devaient offrir ces foules d'écoliers. Maîtres et disciples aimaient à

* Sur le caractère mercenaire des écoles publiques au xii* siècle, voir Hisl. lill. delà France, IX, 23.

• L'abbé Yacandard, Ahélavd, sa lutte avec saint Bernard, sa doctrine, sa méthode, page 27. Abélard, esprit brillant, mais aventureux et inconstant, ne tarda pas à faire fausse route. On connaît ses démêlés avec saint Bernard, sa condamnation au concile de Sens en 1141, enfin sa conversion et sa mort édifiante au prieuré de Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône, le 21 avril 1142.

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