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L'ÉCOLE DU BEC APRÈS SAINT ANSELME

former dos camps distincts, adverses, ennemis même. Les opinions et les systèmes divisaient profondément ces esprits ardents et batailleurs. Le problème des unwei^saux légué par Tanliquité dans une phrase de TAiexandrin Porphyre, faisait ordinairement les frais de la lutte. Tout à l'heure, c'étaient les nominalistes groupés autour de Roscelin, le chanoine de Gompîègne ; ici, ce sont les réalistes avec l'ancien écolàtre de Notre-Dame, Guillaume de Champeaux, qui vient de transporter sa chaire au prieuré de Saint-Victor*. Un peu plus loin, c'est Abélard, dont le nom est sur toutes les lèvres, qui vient de créer un troisième système, le conceplualismc, et qui enseigne en plein air sur la montagne Sainte-Geneviève. A quelques pas de là professe Joscelin, qui deviendra évèque deSoissons. On voit encore Albéric de Reims, le fléau des nominalistes j Robert de Melun, anglais d'origine, qui alla étudier le droit canonique à Bolop:ne, et obtint vers 1165 l'évêché de Hertford. C'est sans doute aussi sur la montagne de Sainte-Geneviève qu'enseignait le fameux grammairien Guillaume de Gonchcs, dont V Histoire littéraire de la France a dit que « toute la philosophie était alors dans Aristote et peut-être dans Guillaume de Gonches^ » Charles Jourdain le regarde « comme Tun des plus grands philosophes du xu^ siècle '. »

La jeunesse des écoles s'était donc peu à peu groupée autour de la montagne Sainte-Geneviève; c'était son mont sacré. Cette région, qui devint le quartier latin, se couvrit d'écoles et se peupla presque uniquement de maîtres et d'écoliers. Ce n'était pas encore l'Université, mais c'en était les éléments tout prêts à se constituer. En effet, dès Tan 1:200, un diplôme de Philippe-Auguste, daté de Béthisy, dans lequel on trouve pour ainsi dire le fondement des privilèges de l'Université,

* Sur la constitution et la formation des écoles, voir G. Bourbon, La licence d'enseigner. Revue des questions historiques, avril 1876. Cf.: îlist, Ull. de la France, IX, 5i ; L. Maître, Les Ecoles épiscopales et monastiq ues, p. 1 73- 191.

* Hist. lut. de la France, IX, 68.

" Jourdain, Recherches sur l*dge et les origines des traductions d* Aristote, p. 283 ; Charma. Guillaume de Conches, Notice biographique, littéraire et philosophique. Paris, 1857.

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nous montre, fonctionnant activement, cette nouvelle institution dont les prérogatives et l'immunité sont solennellement garanties vis-à-vis de la justice laïque ^

Le foyer de la science s'était déplacé, et le rôle autrefois prépondérant des écoles monastiques était désormais uni. Elles n'en avaient pas moins glorieusement rempli leur mission d'éducatrices des générations qui avaient vécu dans les siècles précédents, et les noms de Lanfranc et de saint Anselme, de Guillaume de Champeaux et de saint Bernard demeureront Téternel honneur de renseignement monacal au XI* et au xn* siècle.

* L. Oelisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste, n»629, page 146.

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