‹ Histoire de l'abbaye du BecChapitre 37 sur 50 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Robert de Glairbec, i^^ abbé. Le Registre des visites pastorales d'Eudes Rigaud. Procès et arbitrages. Patronages d'églises contestés à Tabbaye. Hôtels et manoirs de l'abbaye à Chartres, à Evreux, à Lisieux, à Paris. Réformes disciplinaires. Incendie de l'abbaye. Bulles pontificales. Mort de Robert de Clairbec.

Les prieurs de Tordre du Bec tenaient leur chapitre aaiïuel le 23 juin. Celui de 1247 se prolongea beaucoup plus que de coutume^ car ce ne fut que le 22 juillet que fut élu le nouvel abbé, Robert de Clairbec^ messier de Tabbaye ^ Il fut reçu par Hugues, doyen de Rouen, et par le chapitre (lesiègeétant vacant par la mort de Tarchevêque Eudes Clément), et fut béni à Rouen, le 8 septembre, par Jean de la Cour d*Aubergenville, évêque d'Evreux.

On possède pour l'histoire de Tabbaye, depuis l'année 1249 jusqu'en 1269, une source d'informations des plus précieuses dans le Registre des visites pastorales d'Eudes Rigaud. Ce moine franciscain, promu à Tarcbevèché de Rouen en 1248^ tint jour par jour un registre où il notait ponctuellement l'emploi de son temps et les fonctions de sa charge qu'il avait reniplies. « Ces pages sincères, qu'Eudes Rigaud n'écri-

* (c Qui praedîcti priorcs cuni omni congrcgalione in eodem capitule elegerunt, unanimi consensu, dominum Hobertum de Clarobecco, tune vineatorem Becci in Francia, virum prudenteni in spirltualibus et in temporalibus circumspectum, in festivitate beatae Mariae Ma^dalenae Qui reccptus.ab llugone de Fisc, tune decano Uothomagensi et capitule Ruthomagensi, vacante tune sede Rothomagensi per mortem Odonis archiepiscopi, quondam abbatis sancli Dionysii in Francia, benedictus que est Rothomagi ab episcopo Ebroicensi, in die Nativitatis gloriosae Yirginis Mariae. d Chronique du Bec, p. 35.

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vaît que pour lui-même, et que le secret le plus impénétrable devait dérober à tous les yeux, font connaître, dans toute leur vérité, Tétat temporel et spirituel des monastères^ des églises, des prieurés, des chapelles ; les faits particuliers qui sont imputés à chaque moine, à chaque religieux, leurs écarts mêmes et leurs vices les plus secrets, aussi bien que ceux du clergé séculier, y sont enregistrés ; les revenus des établissements religieux, leurs dettes, leurs dépenses, tout est rapporté dans ce livre avec une exactitude de détails et une naïveté d'expressions qui en rendent Tétude digne du plus haut intérêt*. »

Tous les deux ou trois ans, parfois plus souvent, Eudes Rigaud faisait la visite canonique de Tabbaye du Bec. On est heureux de constater, à Thonneur de notre monastère normand, qu'il était peut-être le mieux réglé de toute la province. Les moines y étaient très nombreux, près d'une centaine ; le temporel était bien administré, la discipline sufQsamment observée, et l'œil de l'archevêque, si clairvoyant qu'il fût, ne trouvait que de légers abus à blâmer. Il fallait donc, ainsi que le porte le journal des visites, que tout fût vraiment en bon ordre, « in bono statu ». Des écrivains qui citent le Registre d'Ëude3 Rigaud, se sont parfois scandalisés du grand nombre d'abus et de désordres qu'il relève dans un certain nombre de couvents d'hommes ou de femmes. Il y a là une question de perspective dont on ne s'est pas suffisamment rendu compte. L'archevêque de Rouen était un réformateur, dans le vrai sens du mot. Rédigeant son journal pour lui seul, et ne se préoccupant que des abus dans le dessein de les corriger, il a toujours impitoyablement et crûment signalé le mal là où il le voyait, et n'a que bien rarement mis en pleine lumière le bien dont il était témoin. De là on a conclu que le clergé normand était fort corrompu sous saint Louis. Le journal d'Eudes Rigaud, comme les registres des officialités, des hautes-justices, sont des documents de première valeur ; ce sont des instruments d'une grande portée philosophique et morale qu'il importe ne manier d'une main

• Regestrum visitaiionum, édit. Bonnin. Introd., p. I.

sûre ; mais il ne faudrait pas baser sod jugement uniquement sur des données de ce genre. Un historien équitable ne s'aviserait pas aujourd'hui déjuger de l'état de la société en s'appuyant seulement sur la statistique criminelle, et en ne puisant ses références que dans les greffes des cours judiciaires; son enquête serait nécessairement incomplète, et il n'aurait regardé que le revers de la médaille. Le mal est une des tristes conditions de l'homme et de l'humanité; mais à côté du mal, le bien existe, et il est de toute justice de lui assigner la place qu'il mérite ^

Eudes Rigaud, pendant vingt ans, s'appliqua avec un zèle infatigable à poursuivre la réforme du clergé séculier et régulier. Les chapitres et les abbayes, les prieurés, jusqu'aux plus humbles églises de village n'échappaient pas à sa vigilance ; plus d'une fois, les évêques suffragants se sentirent importunés de cet incessant contrôle qui ne se relâchait jamais, qui substituait son action à la leur, mais dont ils n'osaient pas trop se plaindre, car celui qui l'exerçait était un prélat d'une indomptable énergie, que le roi appelait dans ses conseils, et qu'il révérait singulièrement.

Une fois pourtant, un grave différend s'éleva entre l'archevêque et ses suffragants, au sujet de l'appel que l'on faisait directement au métropolitain, sans s'adresser en première instance à l'évêque diocésain, des sentences, peines et amendes portées par les archidiacres et autres officiers de l'évêque. Innocent IV répondit par une bulle longuement motivée, datée d'Anagni, le 11 juillet 1254 ^ La décision pon-

• Voir une intéressante élude de A. Du Méril sur VElat du clergé régulier en Normandie sous le pontifical d'Eude Rigaud, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XVII, année 1850, p. 107 à 125.

■ D. Bessin, Concil. Rofhom.provinc.y I, 144; Regeshmm visilationum Odonis Rigaldi, p, 750. Dans les moyens de défense allégués par les évoques on remarque le trait suivant : « Quum si aliquis per quadraginta dies in excommunicacione permaneat, persona et bona illius ad mandatum sui diocesani per ballivum régis, de more Normannie, capiuntur et detinentur quousque faciat se absolvi; set si prefato archiepiscopo liceat sic absolvere ad cautelam, univers! excommunicati ad eum se appel lare contingent, ut absolvantur taliter ab eodem, et sic auctoritas et libertas ecclesiae Normannice, de cobercendis excommunicatis in persona et bonis eorum, penitus quantum ad ipsos Buffraganeos deperiret. » Regeslr. visil., p. 749.

iificale renferme force diatinctions et vise des cas fort nom* breux, car Taffaire était passablement épineuse : Tarchevèque prétendait s'appuyer sur son droit strict; les sulTragants invoquaient la coutume. Quant aux visites, les évoques s'étaient plaints, incidemment, que le métropolitain ne s'en tenait pas à l'usage, depuis longtemps existant, de les faire de trois en trois ans. Le pape déclara que, nonobstant la coutume alléguée par les évèques normands, il fallait s'en tenir à la décision qu'il avait précédemment donnée, à savoir que le métropolitain devait exercer « visitationis officiun» libère, nonobstante contradictionealiqua ^ » Le 31 mai 1233, Eudes Rigaud vint à Bernay « pour traiter de la paix avec ses sulTragants » ; mais l'affaire ne fut définitivement réglée que le 26 juin de l'année suivante, dans une réunion qui eut lieu à Pont'Audemer^. Le texte de la transaction a été repro*duit par D. Dessin. L'archevêque renonçait à recevoir directement les appels qui n'auraient pas d'abord été adressé en première instance à Tévêque diocésain ''^. Du droit de visite il n'en avait pas été question ; les bulles d'Innocent IV avaient formellement reconnu etconfirmé les prérogatives do métropolitain.

Eudes Rigaud fit, le 7 septembre 1248, la visite canonique de l'abbaye du Bec où il demeura trois jours. Il trouva tout en bon ordre ; les dettes du monastère s'élevaient à 400 livres*.

* D. Bessin, Concil. Rofliom. provinc I, 143. La querelle remontait plus haut qu'Eudes Uigaud. Elle paraît avoir pris naissance en 1237. sous l'archevêque Pierre de Colmieu. par l'opposition que fil l'offlcial de Séez aux appels directement adressés au métropolitain. (D. Bessin, Concil. Rolhom. provinc, I, 142 ; D. Pommeraye, Hisloire des archevêques de Rouen, p. 404 et 477.)

* Eudes Rigaud dit simplement dans son journal. « VI. Kal. Jul. Apud Pontem Audomari. Ipsa die reformata fuit pax intcr nos et suffraganeos nostros. » Regestr. visit., p. 253.

'D. Bessin, Concil. Rolhom. provinc, I, 148 et 149; Regesfr. visit, p. 791. Eudes Rigaud ne visita jamais les abbayes de l'ordre deCiteaux qu'Innocent IV avait déclarées exemptes de la visite et de la correction des évoques. (Thomassin, /l/icie/i/ie el nouvelle discipl. ecclés., III, 35.)

* Regestrum visilationumy p. 8. Il y a au commencement du m», d'Eudes Rigaud une lacune de huit feuillets dans l'un desquels se trouvait le compte rendu de la première visite de rarchevèque 4 l'abbaye du Bec.

Lorsqu*il revint le 10 janvier 1250, Tabbaye comptait quatre-vingt-douze religieux ; Tétat de la communauté était satîfifaisant^ Le l°*'et le 2 février, il était encore au Bec ; c'est là qu'il reçut la lettre par laquelle Guillaume de Pont-de- TArche, accablé de vieillesse et d'infirmités, lui notifiait sa démission de Tévèché de Lisieux ^.

Nouvelle visite le 1" février 1251 et jours suivants : Tarchevêque trouve tout « in bono statu » : mais dans les prieurés de Tordre, on mange de la viande ; défense est faite d'en user, sauf en tant que la règle le permet*.

Le 5 janvier 1252, Eudes Rigaud arrive à l'abbaye où il demeure six jours, à ses frais ; le 11, il fait la dédicace de l'église de Pont-Autou, et le lendemain celle de Berville*. Au mois d'octobre suivant, il se rend à Lisieux pour s'entendre^ avec ses suffragants relativement aux appels directement faits au métropolitain ; à son retour, il s'arrête deux jours au Bec ••.

Le 31 décembre 1254, l'archevêque fait la visite canonique; il y a environ quatre-vingts moines. On ne lit pas au chapitre les statuts du pape Grégoire IX ; on devra les lire à l'avenir ; dans les prieurés de l'ordre, on n'observe pas exactement les jeûnes réguliers et l'on mange de la viande. Tout le reste est « in bono statu ^ ».

Deux fois, le 16 mars et le 31 mai 1255, il passe par l'ab-

* Regestr. visil., p. 59. Dans une contestation qui s'était élevée relativement à certains droits de justice entre l'archevêque et Nicolas de Hotot, chevalier, les parties se soumirent à un arbitrage, sous dédit de- 500 marcs d'argent. Les cautions ou pièges de l'archevêque furent l'abbé du Bec, Guillaume du Rouvray, Ansellus de Bray, Nicolas de Saiût-Germain , chevaliers et Gaillaume de Cambremer . doyen du Saint-Sépulcre de Caen, chacun pour un cinquième de la somme, « quilibet pro quinta parte et pro defectu, si ibi sit. » Cette affaire est indiquée au 30 août 1249 [Rer/estr. visil. p. 49 et 783.)

* Regestr. visit.^ 64. En revenant de visiter le diocèse de Lisieux^ Eudes Rigaud s'arrêta trois jours à Tabbaye, le 16 septembre 1250.

• Regestr. visit., 104.

• Regestr. visit., 124. Pont-Autou, canton de Brionne; Berville-en-Roumois, canton de Bourgtheroulde (Eure).

• Regestr, visit., 147.

* Regestr. visit. j 197.

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baye, mais sans s'y arrêter plus d'un jour; de même le 7 janvier et le 3 février 1256 ».

Le 25 mars de Tannée 1256 est une date mémorable dans lesannales du Bec. Louis IX visitait alors la Normandie. Le 16 mars^ il fut reçu à Fresne^ près des Andelys, dans le manoir de Tarchevèque de Rouen; le 17, il était à l'abbaye de Mortemer-en-Lions, le 18 et 19 à Joui-en-Telle ; du 20 au 23, à Saint-Matthieu, manoir des archevêques près de Rouen. Le 24 et 25, Louis IX, Tarchevêque et toute la cour séjournèrent à l'abbaye. Le jour de l'Annonciation, le saint roi, entouré de prélats et de barons, dîna dans le réfectoire des moines, ayant à sa droite l'abbé du Bec, et à sa gauche, l'archevêque de Rouen. II demanda aux religieux d'avoir part à leurs prières et à leurs bonnes œuvres. L'abbé s*empressa, comme bien on pense, d'accéder à son désir, et le lendemain 26, il scellait une charte en vertu de laquelle chaque religieux prêtre de l'ordre du Bec célébrerait trente messes pour le roi après sa mort, et chaque frère convers réciterait dix psautiers en place du trentain de messes^. Les 26, 27 et 28 mars, Louis IX séjourna à Pont-Audemer; il confirma plusieurs privilèges de l'abbaye, notamment la charte par laquelle Henri II, roi d'Angleterre, avait donné 100 livres de rente sur les moulins de Rouen, transportées depuis sur la vicomte de l'Eau ^.

Lorsqu'il se présenta à l'abbaye, le 19 juillet 1237, Eudes Rigaud trouva cette fois encore les choses « inbono statu », sauf que dans les prieurés non-conventuels* on n'observait

* Regestr. visit., 210, 216, 232 et 237.

■ Regestr. visU., 241 et 242 ; Chronique du Bec, p. 36. L'original scellé de Robert de Clairbec se trouve aux Archives nationales (Très, des ch. Fondations, II; Liasse 22, carton J.461. (Cité par L. Delisle, Cartulaire normand, n» 544.)

« L. Delisle. Cartul. norm. p. 100; Bibl. nat., lat. 12884, f 363. De Pont-Audemer, Louis IX se rendit à Bayeu.x, à Condé, à Domfront et dans la Basse-Normandie. Eudes Rigaud ne raccompagna pas audelà de Pont-Audemer ; dés le 29 mars, il revenait sur ses pas et visitait le prieuré de Bourg-Achard. (Regestr. visit,, p. 242).

* Les prieurés non conventuels étaient des manoirs ou fermes d'exploitation rurale qui n'étaient pas continuellement habités par des religieux.

pas les jeûnes réguliers et qu'on y mangeait de la viande ; la communauté comptait environ quatre-vingts religieux ^

Quand Tarchevêque se rend avec les autres maîtres, (c magistri », à TEchiquier de Caen, il prend gîte au Bec avec ses compagnons ; mais ils sont hébergés non pas aux dépens de Tabbaye, mais à ceux du roi, « cum expensis régis'».

Le 28 janvier 1261, après avoir tenu un concile provincial dans l'église de Notre-Dame du Pré, à Pont-Audemer, Eudes Rigaud vint au Bec, et après avoir prêché dans le chapitre, il lit la visite. Le chiffre des religieux se soutient toujours à quatre-vingts. L'archevêque rappelle aux religieux qu'ils doivent, suivant l'usage, déclarer les fautes que leurs frères ont commises contre la règle ^; il ordonne à Tabbé de faire inscrire l'état des revenus du monastère sur un registre ou sur des cahiers, quaieimis. ,« Nous avons trouvé, ajoute-t-il en terminant, tout le reste en assez bon étal, grâce à Dieu, sauf que dans les prieurés les moines mangent quelquefois de la viande*. »

En revenant de l'Echiquier de Caen, le 7 mai 1262, l'archevêque s'arrêta à Brionne pour donner le sacrement de Confirmation, et alla coucher à Tabbaye. Le lendemain, il prêcha au chapitre et fit la visile canonique. Il y avait quatre-vingts moines tantprofès que novices; les religieux ne s'accusent pas mutuellement, sauf pour l'infraction au silence. Les statuts de Grégoire IX ne sont pas lus trois fois par an dans le chapitre. Il prescrit à l'abbé de demander souvent, « fréquenter », les comptes de recettes et dépenses de ceux

* Regestr, visiL, 280. Le Bec fut peut-être Tabbaye normande où Ton comptait la plus nombreuse communauté. A la même époque. Eudes Rigaud ne trouvait que 57 moines à Saint-Ouen de Rouen, 54 b. Jumiéges, 60 à Lyre, 40 à Saint- Wandrille, 37 à Saint- Evroul, 28 à Saint-Taurin et à Couches, 26 à Bernay, 13 à Ivry.

'Regestr. visit., 321. 376, 400, 413. 427 et 437. Cf. Floquet, Ilisioiredu Parlement de Normandie, I. 40.

> a Unus non clamabat alium consuetè. » Sur cette coutume monastique, voirDuCange, G/owani/m, v» Clamare, I, 1004.

* Regestr, mi/., 389.

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qui ont des oïdced ou administrations. Dans les prieurés on mange de la viande ^.

Nous avons tenu à grouper tout ce qui se rapportait aux visites de Varchevèque; il faut maintenant remonter plus haut pour analyser diverses transactions concernant soit le temporel de Tabbaye, soit les droits de patronage d^églises que les abbés eurent souvent à défendre contre les entreprises des seigneurs laïques.

Ua procès s'était élevé entre Tabbaye et les chanoines réguliers de Beaulîeu, près de Rouen, au sujet de la dime des fiefs de Saint-Cyr, de Daubeuf et de Morin-. Simon de Paris, chanoine de Rouen, et Geoffroy de la Rochette, de Bupellaj clerc % choisis comme arbitres, décidèrent, après enquête, que la dîme du fief de Saint-Cyr appartenait aux chanoines de Beaulieu, et celle de Daubeuf à Tabbaye ; elles leur furent adjugées à titre définitif. Quant au fief Morin^ les arbitres, du consentement des parties, en remirent l'attribution à la volonté de Tabbé du Bec. Celui-ci, « praehabita deliberatione et habita considcratione ad pacem et utilitatem utriusque ecclesiae )>, décida que les deux tiers de la dîme du fief Morin appartiendraient au Bec, et le troisième au prieuré de Beaulieu. Les arbitres ratifièrent cette sentence et en scellèrent l'instrument au mois d'août

Foulques d'Aunou, de Aine lo^ avait donné en pure aumône àTabbaye la dime de toutes les récoltes, proue7t/wttm, provenant des essarts de son parc de Saint-Julien-le-Faucon, et des autres essarts faits ou â faire sur retendue de la paroisse du

* Regestr. visil.j 427.

* Il doit s*agir de fiefs sis à Saint-Cyr-la-Cam pagne, canton d'Amfreville et à DaubeuMa-Campagne, canton du Neubourg (Eure). Nous ne savons ou était situé le fief Morin. (cependant, il se pourrait que ce dernier mot ait été mal lu par 1). Thibault, et que ce soit le fief Vawin ou Warin à Saint-Cyr-la-Campagne.

' (.e Geoffroy de Hupella clerc, se retrouve comme arbitre, le 13 novembre 1244, dans une affaire de dîmes des novales à Pannilleuse (canton d'l£cos, Eure) où les moines du liée avaient comme adversaire Richard, chanoine de Rouen. (Bibl. nat., lat. 1:2884, f» 342.)

* Bibl. nat., lat. ii2884, p. 3i8 v».

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MesniUSimon ^ Mais bientôt une querelle s'élera au sujet de ees novales entre Foulques d'Aunou, poussé par le curé de Saini^Georges de Saint^uIien-le-Faucon, qui trouyait sansdoute sa part trop amoindrie, et l'abbé du Bec auquel s'adjoignit le curé du Mesnil-Simon ; on sait que les religieux avaient le patronage de cette cure. Les parties convinrent, sons peine de 100 livres tournois de dédit, de s'en rapporter à l'arbitrage de G. de Saint-Aubin, chanoine dé Lisieux, et de Guillaume de Rouvres, officiai de Séez'. Il fut jugé par les arbitres que l'abbaye et le curé du Mesnil- Simon jouiraient dorénavant de toutes les dîmes des essarts ou novales du parc du seigneur Foulques, aussi bien que des autres essarts faits ou à faire dans l'étendue de la paroisse du Mesnil-Simon ; les religieux auraient Iqs deux tiers de la dime, et le curé et ses successeurs un tiers. L'abbé et le couvent du Bec paieraient chaque année au curé de Saint- Georges de Saint-Julien-Ie-Faucon et à ses successeurs quatre setiers de blé terceil, tertionarii, et le curé du Mesnil-Simon deux setiers. Les arbitres et les parties scellèrent cet acte au mois de juillet lioO, en s*engageant à le faire confirmer par Tévêque diocésain'.

* Bibl. tiat., lat. 12884, f« 352. D. Thibault place cette donation an mois de juillet lioO; elle put bien «Hre renouvelée à celte date, mais elle doit être antérieure, puisqu'elle donna lieu à un arbitrage qui eut précisément lieu en juillet 1*250. L'abbaye présentait à la cure du Mesnil- Simon, canton de Lisieux, 2* section. Saint-Julien-le-Faucon, cantoa de Mézidon (Calvados). Au mois de juillet 12 il, les religieux avaient acheté à Foulques d'Aunou, moyennant la somme de 60 livres tournois, les services, precarias, et la justice appartenant au manoir du Mesnil- Sioion. (Bibl. nat, lat. 12884, f» SSH y),

* Guillaume de Rouvres, officiai de Séez, passa un compromis, au nom de l'évoque de ce diocèse, avec Hugues, archidiacre de Rouen, délégué de Tarchevôque, au sujet des appels faits au métropolitain, omisêo mediOj au mois de mars li37. (D. Bessin, Concil. Rothom. pro^ vinc.y ], 142).

'Bibl. nat., lat. 12884, f» 352. L'Inventaire des titres du Bec fait mention de cet arbitrage en ces termes : a Traité fait entre l'abbaye du Bec et le curé du Mesnil-Simon, d'une part, et le curé de Saint- Julien-le-Faulcon de l'autre, par le((uel il est dit que la dixme des bois essartés dans le parc du seigneur d'AInou appartiendra à ladite abbaye et audit curé du Mesnil-Simon qui percevront la dixme des grains et fruits qui croistront sur lesdits essarts, 1250 ». P. 1646.

Le prieur de Saint-Taurin d'Evreux fut délégué par le pape pour terminer, comme juge unique, un procès qui avait surgi entre l'abbaye du Bec et maître Robert delà Houssaie, de ^ousseia, curé de Conteville. Le procureur constitué parles religieux se plaignait que le curé n'avait point payé depuis trois ans une pension annuelle de 50 sols tournois, ni la dîme du ûeïde Restis à Neuville. Les parties ouïes, leprieur de Saint- Taurin, par sentence définitive, reconnut le droit de Tabbaye et condamna le curé k payer 10 livres à titre de dommage et dépens. Le curé s'engagea à payer 400 sols pour les arrérages de la pension avant l'octave de la prochaine fête de l'Assomption, sous peine de 100 autres sols pour le retard. Il reconnaissait à l'abbaye le droit de jouir des dîmes des novales de la paroisse comme de son bien propre. Quant aux 10 livres auxquelles il avait été condamné, le curé s'en remit à la disposition et à la volonté de Tabbé. Cette sentence est du samedi 27 juin 1254*. Le curé de Conteville ne devait pas être bien riche, car trois ans après, l'abbaye prenait des arrangements afin de pouvoir bénéficier du jugement du prieur de Saint-Taurin. Le 3 mars 1257, l'abbé et le couvent du Bec obtinrent de Robert de la Houssaie, après sa déposition en justice « post confessionem in jure », pour cinq années d'arrérages de 40 sols parisis qu'il devait payer annuellement, une créance de 10 livres parisis, pour laquelle somme le curé dut engager tousses biens meubles et immeubles; la rente de 40 sols parisis n*en continuait pas moins à courir ^

Un procès avec les moines de Saint-André-en-Gouffern, terminé par arbitrage, met en lumière un curieux point de droit coulumier relatif aux dîmes dues par des religieux. Les moines du Bec étaient depuis longtemps en possession de percevoir deux tiers de la dîme de toutes les récoltes, fi^gum^ croissant sur la paroisse de Livarot; d'autre part, on avait donné aux religieux de Gouffern certaines terres sises à Livarot qu'ils cultivaient de leurs propres mains et à leurs frais.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 360 vo.

• Bibl. nat., lat. 12884, f<» 366 v«. Conteville, canton de Bourguébus (Calvados).

Hais les moines cisterciens ayant iieffé ces mêmes terres à des personnes non religieuses et non privilégiées S Tabbaye du Bec prétendit aux deux tiers de la dîme sur ces terres comme sur les autres. Pour terminer pacifiquement ce diffé* rend, les deux abbayes s'en remirent, sous peine de 20 livres tournois de dédit, à l'arbitrage du prieur de Grouptes^, assisté de Guillaume de Bonnebosc, justicier du Bec, et de ^ Jean, moine de GoulTern, tous deux fondés de pouvoirs de leur communauté. On se réunit à Lisieux. Le religieux de Gouffern ne put s'empêcher de reconnaître que la demande de son confrère du Bec était fondée sur la vérité; aussi l'arbitre n'eut-il pas de peine à décider que l'abbaye du Bec continuerait à jouir des deux tiers de la dîme des récoltes des terres en litige, nonobstant l'opposition des religieux de Citeaux. Sur la demande de l'arbitre et des parties, l'official de Lisieux apposa son sceau au bas de cette sentence qui fut rendue le 13 août 1257 3.

On a prétendu que le normand est de nature chicanière et processive, et ce dire est depuis longtemps passé à l'état de proverbe, quoique beaucoup d'autres provinciaux, qu'ils soient de l'Auvergne, de la Picardie ou de l'Ile-de-France, n'aient pas grand'chose à envier, de ce côté, aux Normands. Cependant, il faut bien avouer que l'histoire des abbayes de la province de Rouen ne dément pas absolument le dicton qui concerne les normands du moyen âge. Moines et laïques ou moines ensemble, se rencontrent souvent aux cours de justice. Faute peut-être d'une confiance héroïque dans son droit, on préfère de part et d'autre recourir à un arbitrage et arranger l'affaire à l'amiable; mais on chicane quand même et toujours. On n'en était pas moins bons amis après..., sauf à recommencer à la première occasion qui se présen-

* Relativement à Texemption dont jouissaient les religieux de payer la dîme, le droit canonique a beaucoup varié. Sur cette question, voir Thomassin» Ancienne et nouvelle discipL ecclés., VI, 4042 ; Routier, Pratiques bénéficiales^ p. 82-85.

* Ce prieuré avait été donné à fabbaye de Jumièges par un seigneur nommé Vaatier, du temps de Richard II, duc de Normandie. Grouptes, aujourd'hui Crouttes, canton de Vimoutiers (Orne).

* Bibl. nat., lat. 12884, f* 370 v».

390 HisTOiax BS l'abbaté du bec

tait. Ces réflexiooB nous venaient à l'esprit en lisant dans le Chronicon Beecense auclum de D. Thibault Texpoôé des nom^ breux procès que l'abbaye eut à soutenir, tant au pétitoire qu'au possessoire, dans le cours 4u xm*^ siècle. Patronages d'églises, partages de dîmes, redevances, droits utiles et ho» noriûques, tout était matière inépuisable à litige. Pour une période de cinquante années, il y a à peu près en moyenne trois procès par an^ Après tout, ce n'est pas bien scandaleux chez des moines, et des moines normands.

L'église d'Hibouville, avec le droit de patronage, faisait partie de la dotation du prieuré de Saint-Laurent d'Envermeu donné au Bec par Hugues d'Envermeu, vers Tan 1100. En lâoO, Guillaume Buhère, chevalier, réclama le patronage d'Hibouville à titre héréditaire; les religieux du Bec s'en tinrent à la charte d'Hugues d'EnveiTueu et à leur possession séculaire. Pour mettre fin au litige, les deux parties s'en remirent, sous peine de 100 livres tournois de dédit, à l'arbitrage de l'arckevèque Eudes Rigaud et de l'abbé de Foucarmont. Ce compromis est du li janvier 1251. Par sentence rendue le 15 du même mois, les arbitres déclarèrent que le droit de patronage demeurerait perpétuellement acquis à l'abbé du Bec, que Guillaume Buhère renonoerait à ce même droit, et remettrait aux religieux tous les titres, inslrufnenta, avec une charte scellée de son sceau faisant foi de sa cession. Au mois de février suivant, Guillaume Buhère donna la charte par laquelle il abandonnait toutes ses prétentions sur le patronage d'Hibouville ; il y ajouta même la donation en pure et perpétuelle aumône d'un acre de pré en faveur des religieux du prieuré d'Envermeu, et reconnut et eonfik*ma touteslesterresettenures, ^&ne^^ras,quelesditsmoine8avaient reçues de ses ancêtres^. Pour qu'elle eût oc force et autorité de justice », Guillaume Buhère renouvela, tant en son nom

* Pour la période qui s'étend de 1225 à 1275, D. Thibault ne relate pas tnoins de cent vingt-cinq litiges ou contestations, soit avec des laïques, soit avec des religieux dont les biens étaient voisins de ceux que l'abbaye du B«c possédait un peu partout dans \&s dioeé»e« ée Rouen, d« Beauvai«, d*Evreux et d« LisieuK. Le proverbe : Qui terre a, e^uerre a, doit être bien vieux.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 350-351. •

PROCÈS ÏT ARBITRAGES 591

qu'encelui de ses héritiers, sa renonciation au droit de patronage d'HibouTille dans les assises qui se tinrent à Arques en 1251 ^ Eudes Rigaud n'avait pas attendu la fin du débat pour pourvoira la vacance de la cure d'Hibouville; ses lettres de provision sont datées de Déville, le 23 janvier 1251 2.

Le samedi 2S octobre 1253, comparurent par procureur, devant Tofficial de Lisieux, Tabbé et les religieux du Bec conjointement avec le prieur de Saint-Philbert, contre Gilbert du Pin, clerc, qui prétendent avoir été régulièrement présenté à la cure de Saint-Ouen de la Noë ou du Bosc-Turstin, par Matthieu de la Poterie, patron de celte paroisse; les religieux du Bec soutenaient et prouvaient qu'ils avaient le droit de patronage en vertu de la donation du roi d'Angleterre, confirmée par Arnoul, évèque de Lisieux; c'est pourquoi, à la mort du dernier curé, ils avaient présenté Guillaume Norman, prêtre idoine. Gilbert du Pin dut reconnaître par serment qu'il avait été présenté sans droit ; aussi renonçat-il à s'opposer à la prise de possession du curé nommé par les religieux vrais patrons de Saint-Ouen de la Noë ^. Matthieu de la Poterie, dans une charte du 11 décembre 1253, reconnut également le droit de l'abbaye, et renonça tant pour lui que pour ses successeurs à ses prétentions sur ce patronage^.

En 1257, autre procès pour le patronage de Grèves, que Barthélémy de Lonrei avait donné aux religieux du Bec résidant au prieuré de Saint-Martin au Bosc. Un de ses héritiers, Robert de Lonrei, le revendiquait comme sien. Aux assises

* Bibl. nat., lat. 12884. f» 3S1.

' Bibl. Bat. lat. 12884, f« Sol. Le 23 janvier 1251, Eudes Ri^aud était bien à. Déville où il confirma l'élection de l'évêque de Coutances. [Uegestr. t7t«t7.,édit Bonnin, p. 103). Le mercredi avant Noël 1271, Gautier Buhère, écuyer, renonça à, toutes les prétentions qull pouvait avoir sur le patronage dllibouville, et s'engagea par serment à ne point s'opposer désormais à ce que les religieux du Bec présentassent à la cure. (Bibl. nat, lat. 12884, f° 396 v»). Ilibouville est aujourd'hui réuni k la commune d'Envermeu (Seine-Inférieure).

* ttibL nat, lat 12884, f» 358.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 358 ; Inventaire des titret du Bec, p. 1473. Aujourd'hui la Noë-Poulain, canton de Samt-Georgea d« Viè'rre.

HISTOIRE DE L'aBBATE DU BEC

d*Eu, tenues le ii avril 1357, les religieux produisirent leur charte de donation, et Robert dut abandonner ses prétentions^ Laurent Liébert, bailli du comte d'Eu, dressa immédiatement une charte pour notifieràrarchevêquede Rouen le désistement de Robert de Lonrei. De son côté, Eudes Rigaud écrivit à Gautier, curé de Crèves, de proclamer publiquement le droit des religieux et de renouveler entre leurs mains le serment de fidélité que les curés ses prédécesseurs avaient jadis fait aux abbés du Bec comme à leurs seigneurs. La lettre d*Eudes Rigaud est datée de Neufchâtel, le 14 avril 1257^.

Pendant la vacance du siège épiscopal d'Evreux survenue par la mort de Jean de la Cour d*Aubergenville, deux chanoines, Roger du Val, trésorier, et Jean de Meulan délégués par le doyen et le chapitre pour examiner les clercs présentés aux cures vacantes du diocèse', reçurent une charte de Raoul de Martot, armiger^ par laquelle il renonçait, en faveur de Tabbaye, à tous les droits qu'il pouvait prétendre sur le patronage de Saint-Aignan de Martot, alors vacant par la mort du curé Geoffroy. Cette charte, datée de Bonport, est du mois d'avril 1258*. Le 22 avril de la même année, les deux chanoines voyant que le droit de Tabbaye du Bec sur Téglise de Martot était certain et reconnu, écrivirent au doyen de Louviers pour le charger de mettre en possession de cette cure

* Bibl'. nat., lat. 12884, f» 368 v». Déjà les moioes du Bec avaient eu des difficultés avec Robert de Lonrei, comme nous l'apprend le passage suivant de D. Thibault : « Contentio quae vertebatur inter Beccenses mouachos in prioratu S. Martini in Bosco commorantes et Robertum de Lonreio, per abbatem Foucardimontis, per Ricardum senescallum et Joannem de Flemiisl (?) arbitres delectos dirempta fuit in hune modum, ut videlicet quidquid dicti monachi in feodo praefati Roberti possidebant, ipso libenter concedente, in perpetuum possiderent. » (Id., f« 354).

* Bibl. nat., lat. 12884, p. 369 v». Crèves prit plus tard le nom de Millebosc, canton d*Eu (Seine-Inférieure).

* « Magistri Rogerius de Valle, thesaurarius Ebroicensis, et Johannes de Mellento, canonlci Ebroicenses, a venerabilibus viris et discrelis decano et capitulo Ebroicensi, pênes quos residet episcopsilis jurisdictio, vacante sede Ebroicensis ecclesiae« ad examinandum et.recipiendum clericos praesentatos ad ecclesias vacantes in civitate e diocesi Ebroicensi deputati, etc. » Bibl. nat., lat. 12884, f 372 v».

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 372.

PROCÈS BT ARBITRAGES 593

Geoffroy de Quatrerage, clerc, « latorem praesentium », qui leur avait été présenté par Tabbé Robert de Clairbec, « et advocatis vobiscumduobus vel tribus presbyteris de decanatu vestro, nnmerum librorum et ornamentorum in majori libro conscribi faciatis^ ».

Jean du Pin, chevalier, concéda k Tabbaye, au mois de mars 1261-62, le patronage de l'église de Saint-Amand c( prope Beccum Thomae ». Il fit cette donation en déposant sa charte sur le maître-autel du Bec, en présence de toute la communauté ^ Guerée ou Guerey de Guiberville, chevalier', céda celui de Notre-Dame de Houlbec; sa charte est du 11 janyiet 1262*. Onze ans plus tard, les religieux et Thomas Rengier* plaidaient devant Tofficial de Rouen au sujet de Téglise de Houlbec qui venait de vaquer. Pour le bien de la paix, on

* Bibl.nat., lat. 12884, f 372 v. En 1277, le patronage de Martot fut disputé aux religieux par Baudoin de Muées : a Contra Baldinum de Muées et uxorem ipsius pro jure patronatus ecclesiae sancti Aniani de Maretot contendentes monachi Beccenses, in assisiis balliviae Pontis Archae causam obtinuerunt ex judicio militum sive equitum, ac jure praedicto, ut prius potiti sunt, juxta instrumenta et rationes ab ipsis in jure prolatas. Actum die lunae ante festum beataeMariae Magdalenae, 1277. » Bibl. nat., lat. 12884, f« 406.

" Bibl. nat., lat. 12884, f* 379 \'*. Aujourd'hui Saint-Amand des Hautes-Terres, canton d'Amfreville (Eure). Par une bulle datée de Pérouse. le 25 octobre 1265, Clément IV confirma la donation du patronage de Saint-Amand fait par Jean du Pin à Tabbaye du Bec. |Id.,p.388.)

s En 1260, Guérey de Guiberville avait vendu à Tabbayehuit acres de terre appelées la Couture des Bues, à Houlbec. {Itivent, des titres du Bec, p. 659.) Au mois de juillet 1266, Henri Guerrée donna au Bec vingt acres de bois, avec le fonds, d'une seule pièce, proche le bois des religieux. (Bibl. nat., lat. 12884, f« 389.)

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 379 V». Le mardi avant la Nativité de saint Jean-Baptiste 1262, Nicolas, fils de Baudouin, comparaissant devant Tofficial de Rouen lui abandonna tous les droits qu'il pouvait avoir sur l'église de Notre-Dame de Houlbec à laquelle il avait été présenté par Guerrée de la Vallée, « a Guerrechesio de Valleia » (c'est le même que Guerée de Guiberville); il promit par serment de ne jamais revenir sur cette renonciation, le droit de présentation appartenant à l'abbaye du Bec. (Id., f« 382.) Houlbec, canton d'Amfreville (Eure).

* En 1264, Richard du Rengier, dit du Vivier, vend à l'abbaye tout le bois avec le fonds qu'il possédait & Houlbec. {Invent, des titres du Bec, p. 659.) Cette vente se fit au prix de 172 livres tournois, « die lunae ante Natale Domini 1264. » (Bibl. nat., lat. 12884, f* 386 v.)

transigea : il fut réglé que le patronage serait alternatif entre Thomas Rengier et Tabbaye. Cette transaction eut lieu au mois de septe,mbre 1273, sous le sceau de rofficial de la cour de Rouen, « sub sigiilo curiae Rothomagensis », en présence du prieur, du chantre, du justicier du Bec et de plusieurs autres ^

En 1204, le patronage de Téglise de Berthouville ayant donné lieu à un procès, il fut adjugé par le bailli de Rouen à l'cvêque de Lisieux, au préjudice du seigneur*. Cependant, en 1260, Raoul de Ressencourl, qui était rentré en possession de ses droits par jugement rendu aux assises d'Orbec, les avait cédés aux religieux du Bec'. De là de nouvelles contestations ; elles s'élevèrent cette fois entre Tabbaye et le chapitre de Lisieux au sujet des dîmes et du patronage. Les deux parties, en vue du bien de la paix, et « ad vitanda discordiae et contentionis mala periculosa et scandala jam enascentia », s'en remirent à l'arbitrage de Tévéque de Lisieux. Foulques d*Astin décida que Tabbaye et le chapitre auraient chacun la moitié des dîmes du blé et de la guède, vesdii, sauf deux muids de blé que le curé de Berthouville, Richard Coispel, et ses successeurs, recevraient Tunàmôme la dîme du chapitre et Tautre à même celle des religieux, avec la paille des deux muids de blé ; il jouirait également de Tautelage; les moines du Bec se réservaient un emplacement pour bâtir une grange afin d*y loger leur dîme, et une

* Bibl. nat., lat. 12884, f« 400 v.

• Invent, des titres du Bec, p. 1537.

3 « Hadulfiis de Resencuria. armiger, dédit et dereliqnit spontanca liberalitate Deo et bealae Marîae Ueoci Helluini, et abbati et monachis ibidem Deo servientibus et de cetero servituris et eoruin succesaoribus, jus patronatu» ecclesiae sancti Pétri de Bertouvilla, quod adipsum pertinebat, et quod Willolmus de Resencovt contra regem in assisia Auribecci 1250 lucratus est. Idem Radulfus obtulit, et posuit quoddam candelabrum super niajus al tare Becci in signum suae concessionis. Dédit etiam instrumenta quae jus suum super hoc declarabant, praesentîbus et videntibus et hoc recipientibus vel quasi dictis abbate et conventu. Actum anno 12G0, mense julio. » Bibl. nat., lat, 12884, f<»37ô v*; Invent, des titres du liec^ p. 1557. Guillaume de Ressencourl, qui avait saisi son fils Raoul de tout son héritage et de ses droits, ratilia et con* ûrma la donation.

PROCÈS ET ARBITRAGES 5d8

maiscKD pour y demeurer pendant leur séjour à Berthoviville. Quant au droit de patronage, le chapitre et les reli^eux l'abandonnèrent à i'évèque de Lisieax. Cet aceord fut passé et scellé à Lisieux dans la salle capitulatre, par Tévèque, lie chapitre, et Tabbé et couvent du Bee^le feudi après TAssomplioB, 18 août 1261 ^

Mentionnons deax acquisitions faites k cette époque par Tabbaye : la première de 15 acres de terre environ sises à Boissay, que les religieux achetèrent 3â livres de Hugues Lhomer, éeuycr, avec le cens et la métairie, meieaHai l'ajcte de vente fut passé au mois de juin 1261. La seconde^ d'un fief sis à Chérences, qu'Olivier de Brieneourt céda à Tabbaye moyennant 300 livres tournois, avec tous les droits de fief sur les hommes, terres, revenus, bois et autres apparleiuuices. Cette acquisition eut lieu au mois de janvier 1162, Dans le courant du même mois, Olivier de Briencoort et Isabelle, sa femme, jurèrent sur les saints Evangiles, en présence du grand vicaire de Tarchevèque de Rouen, de fidèlement tenir leurs engagements ^.

Pendant le moyen âge, certains abbés, comme d'autres prélats et grands seigneurs, eurent soit à Paris ^, soit dans quelques villes épiscopales, des hôtels ou manoirs où. ils résidaient lorsque les circonstances et leurs intérêts les y appelaient. Mais comme ces circonstances n'étaient pas très fréquentes, et que d'ailleurs le manoir ne pouvait demeurer inhabité, on le fieffait, sous réserve de droit de gîte et d'hébergement pour l'abbé et sa suite. Dès la lin du xu* siècle, sous l'abbé Osbern, l'abbaye possédait à Chartres un manoir sis dans la censive du chapitre « in vico Vassellari ». Cette maison fut fieffée en 1185 à Renaud de Breteuil, camérier de l'archevêque de Reims, moyennant 15 sols de rente payables à Chartres, aux mains du prieur de Tillières^. Cette

' Bibl. nat.. 12884, lat, ^ 380.

* Bibl. nat., lat. 12884, f" 378 v». Chérence, canton de Magny (Sôineet-Oise).

' Sur les abbayes possédant des manoirs à Paris pendant le moyen âge, voir une note très intéressante dans L. Delisle, Carlulaire normand^ p. 448 à 150.

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 245 y».

596 HISTOIRE DE L'aBBAYK DU BEC

maison est confirmée à Tabbaye dans une charte de Regnauld, évêque de Chartres, en 1194*. Nous ne savons comment la possession en devint litigieuse entre les religieux du Bec et Bernard, « civis Garnotensis ». Toujours est-il que les prieurs de Saint-Lô et de Sainte-Madeleine de Rouen, et Guillaume, chancelier de la cathédrale métropolitaine, juges délégués par Romain, légat apostolique, l'adjugèrent à l'abbaye par sentence du 25 février 1228*.

Par lettres du mois d'août 1234, l'évèque, le doyen et le chapitre d'Evreux reconnurent qu'ils n'avaient aucun droit à prétendre sur une maison que le Bec possédait à Evreux, et qu'il avait concédée, concesserat, à Robert Bordel, chanoine ; à la mort de ce dernier, la maison avec tous ses droits devait faire retour à l'abbaye'.

Leur manoir de Lisieux avec son jardin, situé « in vico au Bouteller, prope domum Fratrum praedicatorum », avait été donné aux religieux par Jean de Tay, de Tayo, au mois de juin 1260 ; au mois de février suivant, Gocet de Milloel fit remise à l'abbaye de la rente qu'il percevait sur celte maison^. Toutefois, la donation de Jean de Tay n'obtint son plein effet que le 15 septembre 1262, par un acte de saisine passé par-devant Nicolas d'Orville, chanoine de Lisieux, faisant fonctions de sénéchal, en présence de Raoul de AqtieimetOy de Renaud de la Houblonnière, de Guillaume d'Argences, de Richard de Beuvillers, de Galeran vicomte, de Robert le Gallois, prévôt de Beaumont, et de plusieurs autres témoins *.

Au mois de juillet 1259, Etienne de la Porte, chevalier, « mû de piété envers le monastère du Bec et les religieux qui y servent Dieu », leur donna en pure et perpétuelle aumône, du consentement de sa femme Jacqueline, toutes les

« Bibl. nat., lat. 12884, f* 245 v» et 254.

•Bibl. nat., lat. 12884, f-310.

« Bibl. nat., lat. 12884, f« 327 v<». Au mois de février 1252. Gilbert, abbé de Saint-Taurin, reconnaît qu'il est tenu de payer chaque année aux religieux du Bec sept sols tournois, « pro prato dictorum religiosorum sito apud Ebroicas, quod vocatur pratum de Becco. » (Id., f« 353.)

* Bibl. nat., lat. 12884, ^ 376 v.

* Bibl. nat., lat. 12884,^383.

vignes qu'il possédait à Gailloa, et son manoir situé à Paris, qui avait appartenu à Guillaume Barbette, sauf le droit des seigneurs tenant en chef*. Une autre charte du même de la Porte, du mois de septembre 1261, nous apprend qu'il s'était réservé durant sa vie et celle de sa femme Tusage de cette maison, qui prit depuis le nom de la Barre du Bec. Elle était située dans la censive des chanoines de Saint-Merry, au lieu qui s'appelait autrefois la Monnaie de Paris « in loco qui quondamMonetaria parisiensis vocabatur'.» Jacqueline étant morte, Etienne de la Porte mit les religieux en possession du manoir par une charte du 3 octobre 1270 ^. Simon de Goignet, « de Coeigneio », chevalier, parent d'Etienne de la Porte, confirma cette donation au mois de novembre de la même année*. L'année suivante, en novembre 1271, lesreli

* Bibl. nat., lai. 12884, f« 373 v. Saint Louis confirma en 1260 (Id. fo 374 v») une donation d'Etienne de la Porte qui était certainement antérieure à 1259. Le Chronkon Beccense de D. Thibault dit en effet : « Ludovicus IX donationem Stephani de Porta niilitis facta de omnibus vineis suis quas habebat apud Gallon, quas tenebat a domino rege ad 28 solidos censuales, ad petitionem dicti Stephani confîrmavit apud Regalem Montem die sabbati post festum sanctorum apostolorum Pétri et Pauli, anno 1255, quo die et anno facta est praedicta donatio Beccensibus a dicto Stephano apud Rodolium. » Bibl. nat., lat. 12884, f» 363 v". Au mois de décembre 1260, Jean de la Porte avait cédé à certaines conditions le droit qu'il pouvait prétendre sur les vignes de Gaillon : a Magister Joannes de Porta constitutus in praesentia cantons et capituli sancti Antonii de Gallione, recognovit se dédisse Beccensi ecclesiae possessionem quandam quam habebat super vinea quam Hodierna la Piande elemosinavit dictae ecclesiae, quae post decessuni dicti Joannis mariti sui omnino remanebit cum possessione praedicta dictis religiosis Beccensibus. ut tempore congruo utriusque praedicti anniversarium fiât. Actum mense deccmbri. anno 1260. » (Bibl. nat. lat. 12884, fo 376.)

•Bibl. nat., lat. 13905, f* 55 v. « L'église de Sain t-Merry devint paroissiale au moins dès le xii* siècle, et collégiale au plus tard dans les premières années du siècle suivant. Les sept prébendes de Saint-Merry étaient pleno jure à la collation dn chapitre de Paris. En 1273, Philippe le Hardi voulut enlever toute la justice que le chapitre de Saint-Merry a sur Tétendue de la paroisse ; mais il se contenta de leur retirer la haute justice pour laquelle il leur donna à perpétuité 30 livres sur son domaine, et leur laissa la censive et la basse et moyenne justice. » J. Du Breul, Le Théâtre des antiquitéz de Paris, 1612, p. 823 et 824.

» Bibl. nat., lat. 13905, f- 55 v, et 12884, f» 393 v.

* Bibl. nat., lat. 12884, f 394 et 13905, f 55 v.

S98 HISTOIRE M l'aBBJLTE DU BEC

gtenx du Bec fieffaient ce manoir à Simon de Paris, archidiacre de VeQ<lôme en Tégliâe de Chartres, à condition de payer le cens'* et les pensions qui étaient dus sur celte maison, et de recevoir, sans l'héberger à ses frais, Tabhé du Bec et sa suite lorsqu'il viendrait k Paris^. Il est à remarquer que le Bec ne recevait directement rien de cetle location, dont le revenu passait tout entier à payer les charges dont la maison de la Barre était grevée, et anssi les bons offices de Farchiiiiacre.

Dans le même moîs^ un accord fut passé, en présence de Geoffroy, doyen, et du chapitre de Paris, entre les religieux du Bec et les chanoines de Saint-Merry, par lequel ceux-ci reconnurent que l'abbaye possédait dans leur censive uae maison <c sitam Parisiis versus funium Templi », sujette envers l'église de Saint-Merry à un cens de 3 sols de rente ; ils consentaient & ce que les religieux pussent conserver le manoir et ses dépendances à perpétuité, « sine coaclîone Tendendi, distrahendi, vel extra manum ponendi dictam

"• Le cens était une redevance annuelle, foncière et perpétuelle dont un héritage roturier était chargé envers le seigneur du fief dont il était mouvant.

* « Universis praesentes litteras inspecturis, Symon de Parisiiâ, afchidiaoonus Vindocinensis in ecclesia Carnotensi, saluteiu. Noverit uuiversitas vestra quod viri reli^iosi obbas et -conveutuB Becxi Keliuini concesserunt usum fructuum in manerio «orumdein cum «ppendiciifi ipsius sito Parisiis, juxta furnum Templi, quod fuit docoiiii Slephani de Torta niilitis, pro consiiio et auxilio qua£ eisdem teneniur impendere cum fuerimus requisiti Pariai us cum sumptibus njostria, et alibi cum sumptibus eorumdem contra quascunique perâonafi, excepta iidelitate rcgia duntaxat. Tenemur etiam solvere census et peniionas quae debentur ratione dicti manerii et appeadiciorum ejusdem de noslro proprio, nomine eorumdeni, quamdiu duraverit usus Tructus, et abbaiem cum famiiia sua et equitaturis ad suuiptus suos recipere in dicto manerio cum appendiciis, quotiens îpsum Parisius contigcrit declinare, et in eo morari polerit cum equitaturis et famiiia quantum &ihi viderit expedire. Tenemur etiam eisdem religiofiis dictum manerium cum appcndiciis defendere conjtra omnes. Finito vero usufructu, praedictura manerium cum ipsius appendlciis et meliorationibus absque impedimcnto seu contradiclione haeredum seu executorum nostrorum ad ipsos religiosos libère revertetur. In cujus rei testimoninm praesentitus littcris sigillum nostrum duximus apj)onendum. Datum anno Douiini 1271, mense novembri. — Orignal. » BîbL nat., lat. 13905, f» 55 v».

domum ^ ». Toutefois, s*il arrivait que les religieux ou leurs successeurs vinssent à aliéner ladite maison, le chapitre de Saint-Merry rentrerait dans tous ses droits. Pour que cette concession fût plus assurée et prît le caractère d'un contrat, les religieux payèrent une somme de 100 livres parisis que les chanoines s'engagèrent à employer pour Futilité de leur église. Le doyen et le chapitre de Paris scellèrent cet acte, qui fut passé au mois de novembre 1271 *. De son côté, Tabbé du Bec donna une charte par laquelle il déclarait avoir donné 100 livres aux chanoines de Saint-Merry afin de n'être pas obligé, contre son gré, de vendre ou d'aliéner la maison de la rue du Four-du-Temple. Ces lettres furent vidimées par Tofficial de Paris au mois de décembre 1271®. Jean Barbette, fils de feu Philippe Barbette, recevait le cens annuel de là maison ou manoir a dicti de Barra, quondam Monetaria parisiensis », augmenté d'une rente ou surcens de 6 livres parisis ^ Il en fit cession aux religieux moyennant 120 livres une fois payées ; à cette condition, il renonçait, tant pour lui que pour ses héritiers, au droit qu'il pouvait prétendre sur ce manoir. Cette cession fut faite en présence et sous le sceau de l'official de Paris, le 13 avril 1276*. Le samedi 13 mars 1277, les chanoines de Saint-Merry, constitués en présence du doyen et du chapitre de Paris, exemptèrent la maison des relip^ieux de diverses prestations, « rotagium, cantelagium, coustumam, consuetudinem et exactionem quamlibet* », et de ce qu'ils pouvaient exiger pour l'amortissement, « pro mortifîcatione », des 6 livres de rente qu'ils avaient rachetées de Jean Barbette. Les chanoines de

* Les églises et les monastères ne pouvaient posséder aucune terre pendant plus d'un an sans la permission du seigneur, de quelque manière qu'ils l'eussent acquise, par testament, donation, achat, etc.

* Bibl. nat., lat. 12884, f* 395.

» Bibl. nat.. lat. 12884, f« 395 v*.

* On a vu qu'Etienne de la Porte avait hérité ou acheté de GuiUaume Barbette, la maison de la Barre : les chanoines de Saint-Merry tenaient «n chef; et les Barbette étaient sans doute les arrière-tenants du manoir. *

*Bibl. nat.. lat. 12881, f« 405.

* Rotoffium, droit de passer sur un chemin avec des charrettes ; cantelagium, redevance payée pour vendre du vin.

600 HISTOIRE DE L'aBBATE DU BEC

Saint-Merry ne se réservaient qu'un cens capital de 12 deniers et la justice séculière sur le manoir et ses habitants. Mais, pour compenser l'abandon de leurs droits et la suppression des 6 livres parisis de rente, ils exigèrent de Tabbaye une somme de 100 livres tournois qu'ils promirent d'employer pour l'utilité de leur église ^ Les religieux durent trouver que la maison de la Barre finissait par leur coûter cher. Nous verrons comment ils furent obligés de s'en défaire à la fin du XIV* siècle.

Antérieurement à l'année 1141, le prieuré de Saint-Nicaise de Meulan possédait, conjointement avec l'abbaye dont il était membre, le patronage des églises de Saint-Gervais et de Saint-Jean en Grève, à Paris ^. Au mois de mars 1202, Emmeline, veuve de Robert Brichart, voulant fonder une chapellenie dans l'église de Saint-Jean en Grève, assigna, en présence de l'évèque de Paris, 10 livres de revenu, « in manu mortua tenendas », pour l'entretien d'un chapelain qu'elle se réservait de nommer elle-même, sa vie durant, et en laissant ce droit à ses enfants Jean et Thomas. Après leur mort, la chapellenie ferait purement et simplement retour à

« Bibl. nat., lat. 12884. f» 406.

• J. Du Breul, Lt Théâtre des antiquitéz de Pans, p. 807. Ainsi que cet auteur le fait remarquer, l'église de Saint-Jean en Grève n*était d'abord « que chapelle, membre et secours de celle de Saint-Gervais ». Elle fut érigée en paroisse en 121â. Au mois de mars 1259, Renaud de Corbeil, évèque de Paris, permit, sous certaines réserves, aux religieux de Tordre de la Croix de faire un cimetière et de bâtir une chapelle sur un terrain qu'ils avaient acheté près des anciens murs de la ville; mais comme cette maison était située sur la paroisse de Saint- Jean-en-Grève, ils durent obtenir le consentement de Robert, abbé du Bec, et du curé de Saint-Jean. (Voir la lettre de l'évèque de Paris et celle de J.... curé de Saint-Jean, dans le Recueil de D. Jouvelin, Biblnat., lat. 13905, T 54 v* et 55.) Au mois d'août 1263, l'évèque de Paris autorisait les religieux de Tordre de la bienheureuse Mère de Dieu, nommés aussi les Blancs-Manteau .y. de Tordre de Saint-Guillaume, ou Guillemius, à construire une église ou un prieuré sur le territoire de la paroisse de Sainl-Jean-en-Grève, moyennant le consentement de Tabbé et couvent du Bec ; la moitié des oblations perçues par les religieux devait être remise au curé, et, à titre de compensation des dommages qui pourraient être occasionnés à Téglise paroissiale, ils durent encore verser une somme de 95 livres parisis desUnês à la fabrique de Saint-Jean-en-Grève, « ad opus presbyteni S. Joannis ». (Bibl. nat., lat. 12884, ^383 et 384.)

la paroisse de Saint-Jean, à la condition que les 10 livres de rente seraient perpétuellement affectées audit chapelain. Et pour que celui-ci n'apportât aucun trouble dans les offices paroissiaux, il ne pourrait célébrer la messe avant neuf heures sans une permission du curé. Les oblations faites dans Téglise au chapelain devaient appartenir au curé, mais celuici était chargé de fournir au chapelain un clerc pour chanter la messe, et des cierges. Le curé de Saint-Jean approuva, en ce qui le concernait, cette fondation qui fut ratifiée par Renaud de Corbeil, évéque de Paris *. De leur côté, Tabbé et le couvent du Bec donnèrent des lettres de confirmation ^.

La chapellenie de Saint-Léonard, dans l'église de Saint- Jean en Grève, fut fondée par un bourgeois de Paris, Pierre Mouton, et Jeanne safemme,moyennantunerentede141ivres parisis à prendre sur une maison située en face de Téglise; le chapelain devait célébrer la messe quatre fois par semaine aux intentions des fondateurs ; après leur mort, la maison demeurerait aflectée h l'entretien du chapelain. La fondation fut approuvée et confirmée par Tévêque de Paris, au mois de mai 1262 \

* Bibl. nat., lat. 12884, f» 377 v.

• Bibl. nat., lat. 12884, f» 378, et lat. 13905, f« 56. D. Jouvelin fait remarquer « qu'il n'est point dit à quel autel ce chapelain devait acquitter la fondation, ni le nombre de messes qu'il devait dire ».

B L'acte de fondation de cette chapellenie renferme quelques clauses intéressantes à noter : « Domuni praefatam non alienabit (capellanus) ; ornamenta et calicem in capellaniaquaeinvenerit fideliterconscrvabit; oblationes sibi dum celebrabit obvenientes dabit rectori ecclesiae, vel alicui ab eodeputato; pro missis celebrandis a se non sollicitabit parochianos ut sibi dent aliquid ; octo diebus a tempore suae receptionis praestabit parochiali presbytero fidelitatis juramentum quod non impetrabit gratiam vel indulgentiam a Domino papa quominus adimpleat omnia supradicta ; quod si reprehensibilis in vita et moribus vel in alio aliquo defectu videbitur, ab episcopo vel ofliciali ejus punietur per substractionem proventuum seu alia poena, vel si justum fuerit per privationem beneflcii ; quod dictus capellanus celebret super altare sancti Leonardi, nisi aliud competens a presbytero parochiali S. Johannis assignaretur eidem; quod dictus presbyter parochialis teneatur eidcm capellano celebrare volenti providere de altari benedicto, clerico, candela, hostiis, vino atque carbonibus in hyeme; quod dictus capellanus dictis matutinis et prima parochiae, possit celebrare quandocumque voluerit, nisi praedicaretur in ecclesia, vel aliqua missa esset incepta; qu& finita et decantata, poterit licenter

602 BfSTOiRE De l'abbaye du bec

Le droit qu'avait Tabbé du Bec de présenter à la cure de Saiat'Gervais en Grève et aux bénéfices qui en dépendaient, n6ns oblige à mentionner encore quelques fondations faites dans cette paroisse. Au mois de janvier 4268, Tévêque de Paris ratifia celle de Guy de Sepiem pilis et de Jeanne, sa femme, d'une chapellenie sous Tinvocation de Saint-Nicolas, moyennant une rente de 14 livres parisis à prendre sur une maison sise sur la rive de la Seine *. Déjà en décembre 1267, Louis IX avait confirmé le surcens de 14 livres dont cette maison était grevée, comme étant située dans la censive royale à laquelle elle payait 9 deniers de cens primitif^.

Agnès Barbette, femme de Jean le Sarrazin, chambellan du roi, et leurs fils Etienne et Jean, fondent le 25 aoûtl27d,

celcbrare ; si quid ei dabitur praeter oblationes in tnîssa factas. sWe pro visitatione infirmorum, vel aliis casibus. licite poterit recipere ; quod preafatî Petrus et Johanna et filius eorum priuiogenitus, dum vivent, praesentabunt ad dictani capcllaniam, ciijus praesentatio post dictorum decessuni ad religiosos abbatem et conventum de Becco helluini deveniet facienda epLscopo Parisiens!, etc. » fiibl. nat., lat 12884, fo 381 V». et lat. 13905. f« 55.

* Bibl. nat.. lat. 12884, p. 390. et lat. 13905, p. 55.

• « Liido viens Dei gratia Francorum rex, notum facitnns univcrsis tam praesentibus quem fnturis quod cuin Guido de Septem Pilis et Johanna ejus uxor, cives parisienses, ob remedium animanim suaruni ac parentum et praedecessorum suorum, contulerint in puram et peppctuam elemosinam ad opus cujusdaui capellaniae quaui instituere intendunt in ecclesia S. Gervasii parisiensis. quatuordecim libras parisiensium augmentati census moventes de couquesta ipsorumquasper' cipiebant annuatim quatuor terminis Parisius consuetis. super quadoia duLUO sita in riparia Parisiensi, quœ riparia vulgariter vocatur Gravia, in censiva nastra, o ne rata in novem denariis parisiensibus capitalis census, contigua doinui Anthonii dicti le Tripier ex una parte, et ruellae defuncti Uogerii dicti de Navibus ex altéra: nos, ad requisitionem dic^ torum Guidouis et Johannae, donationem sive coUationem praedictam quantum in nobis est ratam et gratani habemus, volentes et concedentés quod capellanus quicunque pro tempore dictae capellaniae deservierit praedictas quatuordecim libras augmentati census anniv singulis in perpetuiîm. super dicta domo percipiat terminis supradictis, sine coactione vendendi vel extra manu m suam ponendi, relentia tamen nobis in dicta domo omnimodo juslitia, et censu capilali praedicto ac aliis juribus, si quae habemus in ea, et salvo etiam jure in omnibus alieno. Quod ut ratum et stabile permaneat in futiuruniu praeseutes litteras sigilli nostri fecimus impressione muniri. Actuutt Parisius anno Domini 1267, mense decembri. — £n osigtnal. j» fiibL. nat., lat. 13905, p. 55.

avec l'agrément de Tévéque de Paris et de l'abbé du Bec, la chapeilenie de Saint-Michel dans Téglise de Saint-Gervais, et constituent une renie de 12 livres parisis pour que le chapelain célèbre au moins cinq fois par semaine la messe à l'intention des fondateurs^.

L'abbatiat de Robert de Glairbec fut marqué par l'introduction de quelques réformes imposées par les papes à la demande de l'abbé. Lorsque l'usage des précaires * eut été aboli, les laïques s'efforcèrent de satisfaire lenr cupidité en prenant à ferme les dîmes, les fonds et les terres d'Église. Innocent III avait approuvé qu'on donnât à ferme les dîmes, pourvu que ce ne fût pas en les aliénant ou les donnant à fief. Pour prévenir cette collusion, Gélestin III cassa un bail à ferme qui avait été fait pour toujours : les emphytéoses étant considérées comme de véritables aliénations. Ce fut pour couper court aux diverses et artiiicieu&es tentatives des laïques pour s'approprier les biens d'Eglise que les papes et les conciles défendirent de les leur jamais donner à ferme ^ Par une bulle datée d'Anagni le 11 juillet lâoS, Alexandre IV ordonna à l'abbé et au couvent du Bec de reprendre rentière possession des biens qui avaient été, b(mis prétexte

* Bibl. irat., lat. 12884, p. 404. Une autre chapeilenie avait été fondée dans Téglise de St-Jean-en-Grève, à Tautel de saint Jacques, par Denis de Saint-Just et Âulps sa femme; la dotation de onze livres de rente affectée à cette chapelle avait été amortie par Philippe le Long. Un notaire an Châtelet de Paris, Pierre le Bègue, héritier pour partie des fondateurs et de leurs enfants, ajouta sept livres de rente aux revenus de la chapeilenie. Charles, duc de Normandie, dauphin de Viennois et régent de France, ratifia celle donation : « Actum et datum apud Luparam prope Parisius, anno Domini 1358 ineuse dccembri. » (Uibl. nat., lat, 13905. p. 5H.) I/évôque de Paris disputa à l'abbé du Bec, en 1401, le droit de présenter à une chapelle fondée « ad altare S. Johannis in ecclesia parochiali S. Johannis in Gravia. » L'abbé fut maintenu dans son droit de présenler non seulement à cette chapelle, mais eiuiore à toutes celles qui sont fondées tant dans ladite église que dans celle de Saint-Gervais, «6 die augusti, anno Domini 1401. » (Id. p. 56 v».)

' On a défini le précaire Pacte par lequel on recevait d une église ou d'un monastère une terre en usufruit sous la condition de payer une redevance annuelle au propriétaire du fonds. Mais le mot précaire s'entendait encore dans des sens bien différents. Voir : Thomassin, Ancienne el nouvelle discipline de l Eglise^ V. 73 et suiv.

' Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de VEglise, Y, 7ô.

604 HISTOIRE DE l'aBBAYB DU BEC

d'affermage temporaire, distraits et détouraés par un certain nombre de laïques et même de clercs, d'où il était résulté pour Tabbaye un dommage considérable; la bulle cassait et annulait toutes les autorisations pontiûcales antérieurement obtenues relativement à la ferme des dîmes et biens du monastère, ainsi que les contrats et les serments des parties intéressées *.

Le même pape accorda et reconnut à Robert de Glairbec le pouvoir d'instituer et de révoquer les prieurs dans les maisons de son ordre, selon l'usage en vigueur sous les abbés, ses prédécesseurs. Cette bulle est du 23janvier lâo6-. Le 7 mars suivant, il autorisa l'abbé et le chapitre à supprimer les prieurés au cas ou deux ou trois des religieux n'y vivraient pas assez régulièrement, et d'en réunir les biens à la manse conventuelle, ou de les employer à la fondation d'un ou de plusieurs prieurés nouveaux ^,

Il paraît que Texécution de la bulle d'Alexandre IV concernant la réintégration des dîmes et biens aiïermés aux laïques ne s'accomplit pas sans difficultés. Le 4 mai lâ61, Urbain IV renouvelle les prescriptions de son prédécesseur, charge le trésorier de l'église de Rouen de faire rentrer le monastère en possession des dîmes, terres^ revenus et autres biens donnés à ferme sous Robert de Glairbec et ses prédécesseurs à des clercs ou à des laïques,soitpour un temps, soit pour toujours, soit moyennant un cens annuel, soit même gratuitement, « sub censu annuo et etiamsine censu data^». Déjà le 28 février de la même année, le pape avait donné commission au chantre de Lisieux d'avertir les détenteurs ou usurpateurs, de quelque condition qu'ils fussent, des revenus, terres, dîmes, prés, bois, juridictions, instruments,

* Bibl. nat.. lat. 12884. p. 363.

* Bibl. nat., lat. J288i, p. 365 v*».

' « Insuper concessît idem pontifex, litteris datis eodem anno, nonis martii, ut abbas et capitulum Becci possint revocare monachos ex cellis ubi duo vel 1res non satis ordinate vivunt ; et bona seu possessioncs dictarum cellarum applicandi usibus monasterii, vel ex eis unum vel plures conventus noviter ordinandi licentiam dédit. » Bibl. nat., lat. 1*2884, p. 365 v«.

* Bibl. nat., lat. 12884, f« 381.

prvilèges et autres biens appartenant au Bec, de les rendre à l'abbaye, sous peine d'excommunication, dans un délai fixé par le délégué apostolique ^ Enfin, par une bulle datée d'Orvîéto, le 16 septembre 1262, Urbain IV instituait l'abbé de Saint-Taurin d'Évreux conservateur et protecteur des privilèges apostoliques et royaux accordés à l'abbaye du Bec '. Un effroyable incendie, survenu en 1263', anéantit presque entièrement le monastère. Le 15 mai, pendant que Robert de Clairbec assistait à Lisieux au chapitre général des abbés bénédictins de Normandie, à l'heure de compiles, l'église et tous les bâtiments claustraux devinrent la proie des flammes. Le feu, qui avait pris au presbytère du curé, se communiqua à l'église paroissiale de Saint-André, puis au bourg qu'il embrasa, et enfin à Tabbaye tout entière. Quelques jours après, l'une des tours du grand portail s'écroulait, et ajoutait encore aux ruines causées par l'incendie *. Le désastre était immense. Une sorte de fatalité semblait s'acharner à détruire ce qui se bâtissait dans l'abbaye, et l'on admire l'énergique persévérance des abbés et des moines qui ne se lassèrent jamais de relever des ruines que d'autres eussent peut-être

• Bibl. nat.. lai. 12884, f» 381.

• Bibl. nat., lat.'lSSSi, f» 381, et lat. 13905, f» 31 V. Déjà le 28 juillet 1262, Urbain IV avait adressé aux religieux du Bec un bref confirmant leurs exemptions et privilèges. (Id., f« 281.)

' La Chronique du Bec place cet incendie à Tannée 1264, c'est évidemment une erreur de copiste. Eudes Rigaud dit positivement à Tannée 1263 : a Idib. maii. Ipsa die combusta fuit miserabiliter abbatia Beccensis. » Regestr. visitai., p. 461. Los termes de la bulle d'Urbain IV datée du 28 juillet, la deuxième année de son pontificat, c'est-à-dire 1263, supposent que Tincendie venait d'avoir lieu.

• a AnnoDomini MCCLXIIII (Usez 12631, idibus maii ante Pentecosten, ecclesia Becci combusta fuit cum omnibus officinis et domibus, post completorium, ab igné villae qui Incoepit in domo presbyterii, et miserabiliter consumpsit villam et ecclesiam villae et postea abbatiam : abbate Roberto tune apud Lexovias ad capitulum abbatum générale existente. Eodem anno, non multo post» turris Beccensis lapidea, quae erat juxta cellarium, corruit et dictum cellarium et partem ecclesiae conquassavit. » Chronique du Bec, édit. Porée, p. 37. Selon François Carré, le feu aurait été allumé par la foudre : « Oppidum Beccense divlno incendio, cum divi Andraeae basilica, flammis destruitur, quibus 8ub completorium spirantibus. speciosum illud coenobiaie templum cum monasticis officinis cremant. » Id., p. 215.

HISTOIRE DB IJaBBAYX HO BEC

jugées irréparables. Ils se remirent aussitôt à recansiruire une nouveUe église : c'était la eiaquième depuis Herluin.

Pour créer des ressourees au monastère, le pape Urbain IV, par une bulle datée d'Orviéto le 28 juillet 4263, invita toutes les églises qui étaient à la présentation de Tabbaye ou des prieurés de Tordre, tant en France qu'en Angleterre, à venir en aide, selon leurs moyens et le plus tôt possible, à la détresse du monastère ^ II écrivit encore, à la même date^ à l'abbé de Notre-Dame d'Abingdon, au diocèse de Salisbury, pour le charger de faire rentrer dans la voie de la ju&tice les vassaux des prieurés de Tordre du Bec qui profitaient de la ruine de Tabbaye pour prolonger leurs querelles et faire appel au Saint-Siège ; le pape constitue Tabbé d'Abingdoa juge de tous ces dilTérends et défenseur des droits méconnus de Tabbaye du Bec^. Le 35 septembre de la même année,

* a Urbanus episcopus etc. Diiectis filiis nostris rectoribiis eccleslarum in quibus dilecii (ilil abbas et conventus nionasterii de Becco Helluini, ordinis S. Benedicti, Rothomagensis diaccesis, et priores prioratuum ad idem inunasterium spectantium jus obtiuent patroiiaius in regno Franciae et Angliae constitutis, saluteui et apostolicam benedictionem. Sicut diiectis filiis abbate et conventu nionasterii de Becco Ileiluini, ord. S. Ben. U. diaecesis insinuantibus de certo accepiuuis idem nionasterium cum ecrlesia, domibus et oflicinis ipsius ignis conflagratione casu miserabili est consumptum , ut ad exhibitionem operis ostendatis vos ad dictum nionasterium devotam gerere voluntatcm, convenit ut eisdeiu abbati et convcntui ad refectionem ipsius nionasterii aliorum suffragio indigentibns in tantae necessrtatis articulo efficaciter asaistatis : proinde, universitatem vestram rogamus, monemas et hortaniur attente per apostoiica scripto mandantes qua> tinus praedictis abbati et conventui ita hilariter, liberalitereldecenter. juxta prophas facuitatcs subvenire curctiâ quod vestra exinde posait devotio nierito commendari, ac iidem pro loco et tenipore ia veatris sint utilitatibus promptiores. Datuni apud L'rbem Veterem^ 5 cal. augusti, pontif nostri anno 2». » Bibl. nat., lat. 13903, f° 48 v*.

• 0 Urbanus episcopus etc., abbati de Abbendone, Saresberiensis'dioccsis... Dilectorum filiorum abbatis et conventus mooasterii de Becco

Ilelluini et priorum prioratuum eideni monasterio subjectoram in

Ângiine regno existentiuni exhibita nobis peUfcio continebat, quod neiir nulli clerici et laïci debitani propter Dcum ad ipsos revereaciam non habentes, eos in personis et rébus eorum praesumunt iodebite moies^ tare. Verum cum ordinarii injuriatorum ipsorum eisdeni abbati et conventui ac prioribus in justifia exhibenda de talibus se interdiun rcddant dirficiles et etiam négligentes, ipsisque niinis difficile ao diapendiosuni existai pro singulis injuriis aposWlicam sedeiik aiiife, iidem nobis bumiliter supplicarimt ut providere ipsia ia hac parie de béni-

une bulle fut adressée à Tabbé Robert de Glairbec et à sa communauté pour les confirmer dans la possession de leurs droits et privilèges auxquels certains vassaux et tenanciers cherchaient à se soustraire, dans le désarroi qui avait suivi Tincendie *.

Une note insérée dans la Chronique du Bec nous apprend que les papes Urbain IV et Clément IV accordèrent à Tabbaye, pour une période de dix ans, la première année du revenu de toutes les églises à leur présentation qui viendraient à vaquer. Dans les diocèses où le droit de déport était dévolu aux évéques, les religieux ne devaient percevoir ce revenu que durant Tannée qui suivrait celle du déports En outre, tous les prieurés de l'ordre furent soumis, au profit de Tabbaye, à une taxe proportionnée à leurs ressources. Enûn, une indulgence de deux cents jours fut accordée à tout fidèle pénitent et absous qui ferait une aumône en faveur du monastère^.

De son côté, le roi ne se montra pas indifférent à la terrible épreuve que subissait l'abbaye ; mais comme l'état des finances épuisées par les croisades ne permettait pas au trésor royal de fournir des subsides en argent, Louis IX autorisa les religieux à abattre et à prendre dans la forêt de Beaumont-le-Roger les arbres qui leur seraient nécessaires pour la reconstruction de leurs édifices *.

gnitate apostolica curaremus. Nos itaque ipsis pro eo quod praedictum monasteriuiQ ignis incendio miserabiliter est conâuinptum, paterno compatientes atfectu, discrctioni tuae per apostolica scripta mandaaius, quatinus eisdem abbati et conveutui ac prioribus pracsidio defensionis assistées, vocatis qui fuerint vocandi, etc. Apud Urbeui veterem, 5 cal. augusti, pontif. anno i". » — « Le môme pape adressa une bulle à l'abbé de Saint-Taurin d'Evreux pour le môme sujet contre ceux qui faisaient de la peine aux religieux du Bec, la môme année. On trouve plusieurs autres bulles pour le môme sujet adressées à différentes personnes, et pour obliger de restituer les biens ou usurpez ou aliénez. » Bibl. nat., lat. 13905, f» 44.

* Bibl. nat., lat. 12884, p. 383 v».

* Sur le déport, voir Thomassin, Ane. et nouv. discipline^ etc., t. VII, p. 7i à 79.

' Chronique du Bec, édit. Porée, p. 124.

* L'Inventaire des titres du Bec (p. 26) signale à l'année 1263 la

L*abbé Robert de Glairbec mourut le 23 novembre 1365 et fut enterré dans le chapitre aux pieds du vénérable Herluin ^ <i Robert de Glairbec, dit D. Bénigne Thibault, doit être compté parmi les plus illustres abbés de ce monastère. 11 acheva la construction des murs qui enclosent l'abbaye et le parc qu'avait commencés son prédécesseur ; il apaisa ou termina un grand nombre de contestations et de procès qui s'étaient élevés au sujet des dîmes et d'autres droits utiles ; il agrandit les possessions du monastère et mit la première main à la réédification de l'abbaye qui venait d'être détruite par l'incendie *. »

« permission accordée à l'abbaye du Bec par Louis roy de France de prendre du bois dans la forest de Beaumont pour refaire le monastère. »

* « Anno Domini MCCLXV, obiit piae memoriae et laudabilis vitac gloriosissimus Robertus, abbas Becci XV', in nocte sancti démentis, j qui rexit abbatiam dicti loci ante combustionem ejus XVI annis, men- 1 sibus novem hebdomadis tribus et tribus diebus, post combustionem

vero duobus annis et dimidio et octo diebus, qui in unum collecti \

fiunt anni XIX, IIII menses et IIII dies, et sepultus est in capitulo Becci, circapedes domini llerluini abbatis primi dicti loci, in sinistra :

parte.

Becci coenobium, ([aindenum plange Roberlnm Abbalem ; ciniit te muro, teqnc refecit Consumptum flammis ; robus ditavil et agris. »

Chronique du Bec, édit. Porée, p. 39.

• Bibl. nat.. lat. 12884, p. 387 v.

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