I. Ardiives de la ville de Sé:^anne
2 36 HISTOIRE DE l'aRBAYE DU BRICOT
et sortir de la maison, au plus tard, dans le courant d'avril prochain ». Chaque religieuse se présenta ensuite seule devant les officiers municipaux et fut invitée à dire « si elle désirait continuer vivre en commun dans la présente maison ou en sortir, et à quelle époque ». La plupart suivirent l'exemple de leur supérieure et déclarèrent que leur dessein était de quitter l'abbaye au commencement de Tannée 1791. Angélique Boudier de La Grange se proposait de fixer son domicile à Sézanne; elle touchait en vertu d'une constitution faite sur le couvent par sa famille, une pension au sujet de laquelle elle exprima toutes réserves. Louise-Denise de Braque devait également établir sa résidence dans la ville : elle aussi jouissait d'une modique rente viagère sur la communauté. Marie-Anne Jacobé formait le projet de se retirer à Vitry, au sein de sa famille. Françoise Bergeat voulait suivre M'""-^ de Blacons en Dauphiné, et y vivre avec sa pension et le produit de sa dot de 4,000 livres. Louise-Geneviève-Antoinette Petit dit vouloir se réfugier à Baye; Marie-Anne Barbelet, demeurer à Sézanne; Marie-Claire Marquand, vivre à Sénoncourt, près de Vesoul, en Franche-Comté, auprès de sa mère. Elle recevait une pension de 3o livres par an pour constitution faite par sa famille. Les trois converses manifestèrent semblablemcnt leur désir de quitter la maison : l'une, Marguerite Tellier, pour demeurer à Sézanne; une autre, Scholastique Prévôt, pour suivre M'""' de Blacons en Dauphiné ou aller à Éclises, entre Rethel et Reims ; la troisième, pour
SUPPRESSION DE l'aBBAYE DU BRICOT 287
vivre à Laon, où elle avait les siens. Toutes ces religieuses se montrèrent, en outre, d'avis que la maison fût aliénée, pour augmenter leurs pensions du produit de la vente. Ignorantes du monde et de la vie séculière, ces faibles et timides créatures, au seuil de la liberté, n'envisageaient pas sans effroi leur condition nouvelle et leur isolement. « Je vous prie, Messieurs, disait aux officiers municipaux l'une des plus âgées, sœur de Braque, de m'accordcr votre protection et de prendre mes intérêts comme de bons pères les prennent pour leurs enfants. Que deviendrions-nous, si vous ne preniez notre défense? » D'autres, quoique plus jeunes, sœur Petit et sœur Marquand, se mettaient sous la « particulière et paternelle protection de la municipalité ' )>.
Trois religieuses seulement restèrent fidèles à leur chère maison conventuelle et affirmèrent leur volonté d'y finir leurs jours. Ces courageuses filles étaient Sophie, Catherine-Adélaïde et Zoé-Radegonde Cordelier, trois parentes sans doute, peutêtre trois sœurs. L'une d'elles, la seconde, malade, n'avait pu être interrogée dans l'infirmerie; les officiers municipaux avaient dû se transporter dans sa cellule. Une de leurs compagnes. Victoire Savé, avait, tout d'abord, imité leur exemple ; mais elle se ravisa ensuite et demanda que sa première déclaration fût regardée comme non avenue, ajoutant