‹ Histoire de l'abbaye du Bricot en BrieChapitre 24 sur 204 · PREMIERS ACCROISSEMENTS DE L ABBAYE /\.D · texte numérisé non relu

PREMIERS ACCROISSEMENTS DE L ABBAYE /\.D

avait pas moins à ses 3'eux, et à juste titre, un prix considérable. Car, outre qu'il impliquait la reconnaissance de son existence, il la mettait, dans ses possessions deChâtillon tout au moins, à Tabri des usurpations. L'anarchie et la barbarie du mo3^en âge, particulièrement quand on se place au xiii' siècle, sont de vieilles légendes qu'il convient de laisser aux manuels arriérés d'histoire. Si cependant les siècles de Louis VII, de Louis IX et de Charles V ne sont pas, à tout prendre, des époques de chaos et de désordre, nul évidemment ne voudrait affirmer non plus que le règne de la justice alors ait été toujours et partout absolu. Où et quand, d'ailleurs, cela s'est-il vu, en dehors de l'âge d'or imaginé par les poètes ? Dans tous les temps, le faible a senti le besoin d'un appui contre l'oppression du fort, et cet appui ne l'a pas toujours suffisamment garanti. Mais le moyen âge a eu cette incontestable supériorité sur des siècles qui se croient plus avancés en civilisation, que, pendant longtemps, il a su faire prévaloir, comme la plus efficace et la plus réelle, la simple protection morale. Celle que la bulle d'Innocent III accordait à Notre-Dame-des-Bois n'était pas d'une essence différente. Les religieuses sans défense d'un couvent isolé s'en contentaient cependant et n'en réclamaient pas d'autre. Et qui donc, en effet, se serait senti assez intrépide pour oser affronter les redoutables anathèmes fulminés par la bulle contre les contempteurs de la volonté papale? « Nous décrétons, ainsi s'exprimait dans cet acte solennel le chef suprême de la chrétienté, nous

décrétons que nul, quel qu'il soit, ne pourra enfreindre les termes de notre présente confirmation, que nul ne la pourra violer. Que si un homme se rencontrait, assez audacieux, assez téméraire pour l'entreprendre, qu'il sache bien que c'est au courroux du Dieu tout-puissant et à l'indignation des bienheureux Pierre et Paul, ses apôtres, qu'il s'exposerait » '.

L'abbaye de Notre-Dame-des-Bois avait d'abord éprouve la faveur des grands. Peu après, elle ressentit les effets de la bienveillance de personnages de moindre état. A mesure qu'elle se faisait connaître, elle éveillait l'intérêt autour d'elle. En 1212, un certain Guillaume Bubon, dont le nom ne nous est pas autrement parvenu, lui abandonne les redevances qu'il percevait à Seu, les unes en argent, les autres en blé, redevances représentant sans doute le prix ou le loyer de tenures féodales concédées à des censitaires, suivant le système alors en usage. Pour une portion de ces revenus, Guillaume Bubon agissait envers les religieuses en véritable bienfaiteur : il la donnait purement et simplement, sans rien exiger en retour. Suivant toute apparence, ses ressources ne lui permettaient pas de faire davantage ; car c'est à titre de vente et moyennant un prix de trente-cinq livres, qu'il se dessaisissait des deux autres tiers -. On ne saurait raisonnablement exiger d'un homme, parce qu'il a la pensée charitable

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