‹ Histoire de l'abbaye du Bricot en BrieChapitre 32 sur 204 · I. Voïv places jiisti/iCLitivcs, n" XXI · texte numérisé non relu

I. Voïv places jiisti/iCLitivcs, n" XXI

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constituée de ce que nous la vo3^ons de nos jours, étaient souvent si fragiles, reposant dans bien des cas sur un simple usage, une tradition, où, d'autre part, elles pouvaient être si facilement ruinées, au milieu de guerres ou de désordres toujours à redouter, par la violence et le droit du plus fort. Quelqu'énergie qu'eussent déployée Louis IX et Thibaud V, et leurs prédécesseurs, pour établir aussi parfaitement que possible le règne de la justice dans leurs domaines, rien ne démontrait que le triomphe de l'équité et de l'ordre dût être définitif. Aussi sacrifiait-on souvent beaucoup d'or pour obtenir un titre aussi précieux que celui que venaient de recevoir nos religieuses '.

On sait quel dénouement désastreux eut la croisade de 1270. Débarqués devant Tunis par les chaleurs accablantes de la mi-juillet, les croisés virent la peste éclater aussitôt dans leur camp et les décimer rapidement. Après avoir perdu son plus jeune et plus cher fils, le roi lui-même succomba

I. D'après Boitel {Recherches sur Esternay, p. 200), cette charte confirmait spécialement à l'abbaye du Bricot le droit d'avoir un four banal à Sézanne et celui de se fournir de bois dans la forêt de la Traconne {ligna scilicet ad œdificandum sive ligna ad comburendum). On verra par le texte de la pièce, pris sur l'original même et reproduit plus loin parmi nos pièces justificatives (n° XXI), qu'il n'y est nullement question de cela. Il est bien possible néanmoins que Notre-Dame-des-Bois se soit trouvée, dès cette époque, en possession d'un droit d'usage dans la forêt de Saint-Médard. Henri le Libéral avait accordé des concessions de ce genre à beaucoup de communautés (Voir d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. III, p. 26(S).

à l'épidcmie, le 25 août 1270. Maigre la bravoure déplo3^ée par Thibaud, le grand eifort resta sans résultat et l'armée fut obligée d'opérer son retour. Mais le comte de Champagne ne devait point revoir le sol de la patrie : la mort l'enleva à Trapani, en Sicile, quelques semaines après le roi. Sa femme, la dévouée et vaillante Isabelle, qui n'avait pu se résoudre à laisser partir seuls pour la fatale expédition un mari, un père et des frères, et qui les y perdit sauf un seul, mourut elle-même près de Marseille, le 25 avril 1271, laissant après elle une réputation de grande sainteté.

La mémoire de Thibaud V et d'Isabelle demeura longtemps vivante dans le souvenir des religieuses du Bricot. Un de nos documents nous laisse présumer que le roi et la reine de Navarre s'étaient montrés bienfaiteurs du monastèredans unemesure plus large que ne le donnerait à supposer seule la charte de confirmation concédée par Thibaud. Outre cette faveur, il paraît que Notre-Dame-des- Bois fut encore redevable aux généreux princes de plusieurs dons et de legs. C'est à l'abbesse, sœur Marguerite, comme représentante de la communauté, qu'avaient été faites ces libéralités. Aussi, quelques années après la mort des illustres donateurs, la supérieure s'occupa-t-clle d'acquitter la dette de reconnaissance contractée envers eux par elle et son couvent. A cette fin, elle affecta à la fondation d'un anniversaire, qui serait fêté annuellement, dans l'abbaye même, en l'honneur du comte et de la comtesse défunts, le revenu d'une pro-

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priété, provenant des Frères mineurs de Sézanne, qu'elle possédait à la Bréconnière et qu'elle avait accensée à un clerc du nom de Thibaut Ermenbrulée. A la mémoire du roi et de la reine de Navarre, dans la célébration de cet anniversaire, devait être associée, d'après les dispositions de la testatrice, celle d'Herbert de la Noue ', défuntchevalier, autre bienfaiteur des religieuses de son vivant. Un fils qu'il avait eu et qui avait suivi à l'égard de Notre- Dame-des-Bois l'exemple de la générosité paternelle, feu Robert de la Noue, également chevalier, ne fut pas davantage oublié par Marguerite. Pour l'établissement d'un anniversaire en son honneur de tout point semblable au précédent, elle conféra au couvent cinq sous de rente. Les fonds furent assignés sur le produit d'un four banal qu'elle possédait à Sézanne, le four Bérouart. Ces faits se rapportent au mois d'octobre 1275 2.

En 1 276, les religieuses du Bricot eurent la satisfaction de voir se terminer, tout â leur avantage d'ailleurs, un différend qu'elles avaient avec le curé de Châtillon-sur-Morin et qui traînait depuis plusieurs années déjà.

On se souvient que, vers la fin du xii*^ siècle, en 1196, un évêque de Troyes, Garnier de Traînel,

I. Un Henri de la Noue s'était croisé en 1249 (Oscar de Poli, La famille de la Noue, p. 9. Cf. d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. VII, n" 171 7). Le château de la Noue existe encore, à environ six kilomètres d'Esternay (commune de la Noue).

jaloux de favoriser l'essor de la jeune communauté, lui avait concédé l'église de Ghàtillon, en investissant l'abbesse du droit de présentation pour la nomination des titulaires futurs de cette paroisse '. Or, en 1268 ou environ, la cure étant devenue vacante, un prêtre nommé Eudes, sur la proposition de l'abbesse du Bricot, en fut pourvu. Eudes appartenait au clergé séculier. Il peut sembler, par suite, qu'il y ait eu dans sa nomination quelque chose d'inaccoutumé. Le monastère de Notre-Dame-des- Bois, en effet, abritant aussi, comme on Ta vu précédemment ^, quelques frères ou religieux soumis au gouvernement de l'abbesse, c'est parmi ceux-ci bien certainement que presque toujours elle devait prendre son candidat. S'il y eut, toutefois, dans le cas du nouveau pasteur de Chàtillon, quelque dérogation à un usage établi, on peut dire que ce fut en apparence plus qu'en réalité, car ce clerc s'était engagé préalablement à reconnaître l'autorité de l'abbesse et à revêtir l'habit des moines qui vivaient au Bricot ; ainsi il avait pu, à la rigueur et par une sorte de fiction, être considéré comme l'un d'eux dès l'instant de son engagement. Par malheur, on avait oublié en ceci qu'entre une promesse et son accomplissement, il y a bien souvent un abîme. Eudes se chargea de rappeler à l'abbesse trop confiante cette vérité élémentaire d'expérience. Une fois installé dans la paroisse de

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