‹ Histoire de l'abbaye du Bricot en BrieChapitre 33 sur 204 · l\igc !m · texte numérisé non relu

l\igc !m

PROSPÉRITÉ DE l'aBBAYE AU XIII^ SIÈCLE yS

Châtillon, il refusa et de se soumettre à la supérieure et d'endosser la livrée monastique. Pour punir son manque de foi et son insubordination et l'amener à résipiscence, l'abbesse ne vit d'autre mo^^en que de confisquer une partie de ses dîmes. Mais ce remède n'améliora rien et la situation, se prolongeant, devenait' intolérable. C'est pourquoi, après huit ans, las de guerroyer l'un contre l'autre sans résultats, l'abbesse et le curé convinrent de s'en remettre, pour la solution de leur litige, à la juridiction ecclésiastique du diocèse, à l'officialité de Troyes '.

L'abbesse Marguerite porta contre Eudes une accusation de manquement à ses promesses et de révolte contre son autorité; Eudes se plaignit, dans une demande reconventionnelle, que l'abbesse eût levé sur les dîmes à lui afférentes cinquante setiers de blé et autant d'avoine. L'abbesse avait pour procureur un clerc que l'on nommait Jean de Sommeyèvre. Elle produisit contre son adversaire plusieurs témoins, dont les dépositions établirent clairement qu'il avait failli à de formels engagements. Après cela, il n'était pas bien difficile de démêler de quel côté se trouvait le bon droit. Aussi la sentence de l'official ^ condamna-t-elle le curé de Châtillon à reconnaître obéissance à la supérieure du Bricot et à porter le costume de la communauté. Quant à l'abbesse, le juge diocésain prononça le

non-fondé de la poursuite intentée contre elle '.

Fort heureusement, toutes les personnes avec lesquelles l'abbaye du Bricot entretenait des rapports ne montraient point le caractère déloyal et processif d'Eudes. Si les chanoines de Troyes, par exemple, avaient eu l'humeur chicanière, rien ne leur eût été plus aisé que d'.appeler, à leur tour, la pauvre abbesse de Notre-Dame-des-Bois devant la justice. Mais, plus avisés que le curé de Châtillon et moins oublieux du principe que le pire accommodement est préférable au meilleur procès, ayant avec nos religieuses quelque matière à litige, ils choisirent sagement de la régler par une entente amiable.

Il s'agissait là aussi de dîmes. L'abbaye du Bricot percevait à son profit les dîmes de vin de Fon-

I. L'église de Châtillon-sur-Morin passe pour avoir été celle d'un monastère. Mais de l'existence de ce monastère on n'a nul indice. Est-ce le souvenir altéré du droit de patronage des abbesses du Bricot qui a donné naissance à cette tradition, que rien ne confirme, ou bien faut-il penser qu'à un moment donné, Notre- Dame-des-Bois aurait entretenu à Chàtillon, pour le service de l'église, un petit collège de clercs, une sorte de chapitre composé àc frères ou religieux vivant sous sa règle, comme ceux existant au Bricot dont nous avons parlé plus haut (p. 39) ? Il est difficile de se prononcer. L'église actuelle paraît dater de la fin du xv siècle. Elle est plus remarquable par ses dimensions, assez grandes pour une construction rurale, que par son style, quelque peu grossier. Cependant M. Poinsignon [Géographie de la Marne p. 89), vante « la régularité de son plan..., la beauté de ses voûtes et de ses trois nefs ». Deux sveltes et élégantes colonnettes aux chapiteaux finement sculptés, de la bonne époque du xiif siècle, que l'on peut voir dans le chœur, attestent l'existence antérieure d'un édifice plus soigné.

PROSPÉRITÉ DE l'aBBAYE AU XIII^ SIÈCLE 7 5

taine-Denis et de Saint-Quentin-le- Verger '. Seulement, elle devait au chapitre de la cathédrale de Troyes quarante setiers sur les premières, complétées, en cas d'insuffisance, par les secondes. Or, il n'était point rare que, la récolte se trouvant peu abondante, le total des unes et des autres restât inférieur à quarante setiers. En l'année i283, la communauté se voyait, de ce fait, débitrice envers les chanoines d'une somme de treize livres tournois, représentant les arrérages de sa redevance en vin. Le chapitre lui proposa alors de la tenir quitte et des arrérages dus, pour le passé, et de la rente, à l'avenir, si elle consentait à lui faire l'abandon des deux dîmes. Les religieuses, réunies en conseil, délibérèrent entre elles, et, convaincues qu'un pareil arrangement leur était avantageux, acceptèrent la proposition. Par un acte en règle daté du 3o septembre i283, l'abbesse Marguerite et le couvent firent cession au doyen et au chapitre de la cathédrale de Troyes de tous leurs droits sur les dîmes de vin de Fontaine-Denis et de Saint- Quentin-le-Verger -.

Il a été question plus haut, à propos du seigneur de Launat, d'un Jean de Verdey que les Feoda Campaniœ donnent comme son vassal. Ce nom réapparaît dans un document de l'année 1287 où figure en même temps celui du Bricot et qui nous

1. Saint-Qucntin-le-Verger, commune du canton d'Anglure, arrondissement d'Epernay (Marne).

76 HISTOIRK DE l'aBBAYE DU BRICOT

permet de ranger ce seigneur parmi les bienfaiteurs de notre abba3^e.

Jean de Verde}^ dit aussi Jean Longauz, écuyer, et sa femme Marguerite étaient propriétaires de terres et de droits à Chàtillon-sur-Morin et sur le territoire de cette localité. A la date que nous venons d'indiquer, au mois de septembre, ils transférèrent tous ces biens ou droits à Jean Gharmeit de la Saucerte, écuyer, et à sa femme Marguerite. Mais ils stipulèrent que ces derniers paieraient chaque année aux religieuses du Bricot une rente de trois setiers de grain, par moitié blé et avoine, comme aussi qu'ils continueraient aux églises de Notre-Dame de Montléand, près Montmirail, et de Châtillon-sur-Morin les rentes grevant les propriétés cédées, et qu'enfin ils serviraient à une certaine Marie de Doulent, « nonain de l'abaye du Blicor », sa vie durant, une autre rente assise sur les mêmes terres. Cette affaire fut conclue en présence de Robert de Puisieulx et de Laurent, l'un abbé et l'autre prieur de Chantemerle '. Plusieurs autres personnes, des seigneuries desquelles mouvaient les fiefs aliénés, prirent part à la transaction pour l'approuver; ce furent damoiselle Agnès, dame Vlataud et sa fille Perrote, Thibaud Longis et sa femme Héloïse, tous personnages par ailleurs

I. Communauté de chanoines séculiers d'abord, puis réguliers sous la règle de sainl Augustin (11 35), qui devait sa fondation aux comtes de Champagne. Robert de Puisieulx en tut abbé pendant de longues années, il mourut en ir>r) (C/a//(ti christiatui, t. XII, col. 5<)2, bi.)'}).

Page 1