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authorité, en vertu de la sainte obédience, la retira à so}' ' ».
Le départ de la prieure causa parmi les dames du Bricot une véritable désolation. La petite communauté comprenait alors, outre la supérieure, sa sœur, Gabrielle de Guédon, sous-prieure, Charlotte de Chenu, cellerière, Louise d'Arzillemont, chantre, et Marguerite de Cambrai, sacristine, c'est-à-dire, avec l'abbesse, en tout cinq professes seulement, « n'y ayant de présent autres religieuses qu'elles en icelle abba3'e ». Abandonnées par celle qui leur avait servi d'initiatrice et en quelque sorte de mère dans la vie religieuse et pour laquelle elles s'étaient éprises d'une filiale et mystique affection, il semblait à ces timides filles, toutes fort jeunes, que c'en était fait de leur pauvre couvent et elles se demandaient, non sans anxiété, ce qu'elles allaient devenir. La dispense d'âge accordée à l'abbesse lui interdisait d'une façon absolue, jusqu'à trente ans révolus, à peine de nullité de son privilège, toute immixtion dans le gouvernement de l'abbaye sans l'intervention et conseil de la plus ancienne religieuse. Or, l'abbesse n'était encore que dans sa vingt-quatrième année, et la plus ancienne de ses compagnes n'avait pas vingt-six ans. Ce qui augmentait leurs regrets, c'est qu'il n'existait, dans tout le pays, aucune autre abbaye du même ordre réformé de clôture que le Paraclet, où
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vivaient vingt professes, sans compter sœur Marguerite, et un certain nombre de novices '.
Leur violent désespoir inspira aux religieuses du Bricot une grande résolution. Elles décidèrent de s'adresser au pape, afin d'obtenir qu'une personne aussi nécessaire à l'avenir de leur communauté que leur semblait être sœur Marguerite Des Massues pût lui être rendue. Dans la pressante supplique qu'elles rédigèrent dans ce but à l'adresse du saintpère, elles demandaient humblement que cette religieuse fût autorisée à revenir parmi elles et à y passer le reste de sa vie. « En vain, faute de ce, » disaient-elles, « sembleroit toute la grâce et faveur reçue par ladicte abbesse en son institution, n'ayant aucune ancienne religieuse en son monastère , estans la plus part aagées d'environ vint ans, et qu'aucune ne passe guieres la vint-cinquiesme année ». Elles ajoutaient que, si cette faveur leur était refusée, ce serait pour elles une « manifeste désolation et laissera une très cuisante mais pourtant très juste douleur et regret d'elle au cœur » de toutes. Cette requête fut mise en forme authentique par le curé de Barbone, Jean Ragon, docteur en théologie de la faculté de Paris et notaire apostolique. D'un commun accord les religieuses constituèrent un procureur chargé de la déposer en leur nom aux pieds du souverain pontife, « luy représenter bien distinctement toutes les choses cy-des-
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sus exprimées » et le supplier de transférer au Bricot sœur Des Massues, la dispensant de Tobédience qu'elle devait à la dame abbesse du Paraclet '. Quel fut le sort de cette touchante démarche? Nous l'ignorons. Un événement d'une gravité plus haute survint, sur ces entrefaites, qui prit le pas sur tous les autres et les relégua dans l'ombre derrière lui. L'abbaye de Notre-Dame-des-Bois allait quitter le Bricot. Tout, depuis deux ans, avait montré qu'elle n'y pouvait désormais prospérer. Les efforts réunis de Paule de Guédon, du vicomte et de la vicomtesse de Saconay, n'avaient abouti, en somme, à grouper autour de l'abbesse qu'une maigre communautéde cinqprofesses,etvoilàque,par le départ de la plus indispensable d'entre elles, l'existence du malheureux couvent se trouvait une fois encore remise en question! Il semblait qu'une fatalité pesât, depuis un certain nombre d'années, sur les lieux mêmes qu'il occupait, et que l'emplacement qui avait servi de berceau propice à son enfance fût devenu funeste à sa maturité. On ne peut méconnaître que les temps avaient changé. Au xii^ siècle, alors qu'une foi profonde servait de frein aux passions, la situation de la petite abbaye « en un lieu forestier et escarté » au fond des bois, loin de tout centre d'habitation important, avait pu paraître favorable à la vie contemplative et au recueillement, sans être dangereuse pour la sécurité de ses habitantes.
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Mais depuis, des guerres politiques et civiles, déshonorées par toutes sortes d'excès, avaient acclimaté dans le pays le brigandage, et la religion n'était plus une barrière suffisante aux malfaiteurs. Telle fut principalement la raison pour laquelle on décida que la communauté émigrerait à Sézanne. Ce parti, raconte Baugier, fut pris « pour la commodité des religieuses, mais beaucoup plus encore pour leur seureté, parce qu'étant au milieu des bois, elles étoient sujettes à mille accidents auxquels une telle situation les exposoit ' ».
Les religieuses du Bricot obtinrent, dès le 29 novembre 1627, le consentement des habitants de Sézanne pour s'établir dans un faubourg de leur ville '. Aussitôt elles adressèrent à l'évêque du diocèse, René de Breslay, une requête tendant à ce qu'il leur fût permis d'opérer le transfert de leur couvent. Les motifs allégués étaient qu'ayant le désir « de servir Dieu en la pureté de leur raigle, avec nombre et accroissement de religieuses capables de conserver à perpétuité le service divin », elles ne le pouvaient faire « audict lieu du Bricol, attendu que la situation du lieu est fort incommode et comme mise au milieu des bois, exposée à la mercy des coureurs et meschans garnemens, pour estre les bastimens ruynez », « joint que la