‹ Histoire de l'abbaye royale de JumiègesChapitre 7 sur 20 · n voîcî une autre version non moins curieuse · texte numérisé non relu

n voîcî une autre version non moins curieuse

« Les historiens rapportent dans la vie de saint Aychadre, » qui fut le second abbc de ce monastère , qu^estant fort » caduc et aag^, ayant eu rcvëlalion de sa fin et craignant >» que ce grand nombre de religieux qu'il cognoissoit cstre >» en grâce , ne feit naufrage après son ddcès , fcit sa prière » à Notrc-Seigneur d^ pourvoir. £t la nuict ensuivante , veid M un ange se pourmenant dans la salle ou dortoir où ils repo- » soyent tous, qui en toucha de sa verge quatre cents d^entr^eux, » Tasseurant que dans quatre jours , le ciel qui les envioit à » la terre les y enleveroit , et qu'il étoit l'ange gardien de cette » maison, qui la conserveroit jusques à la fin. De quoy ce » sainct abbé les ayant advertis et eux s* estant prépares à cet M heureux voyage et pris en l'église , tous sains et allègres , 1c » sainct viatique du sainct sacrement , ils sV'n allèrent tenir » chapitre avec leur sainct prélat , qui les feit seoir chacun

(29) £a réduisant ce miracle à de simples probabilités , il paraîtrait que les moines furent attaqués de la peste , et qu'il en mourut quatre cent quarante-deux en trois jours , en Tan 684 9 ^ que long-temps après on a voulu faire passer cet événement pour un miracle. Saint Aicadre leur survécut de trois années , et fit la demande d'cti'e enterré au milieu d'eux. Us furent tous mis dans des cercueils de picn*e , et inhumés dans le cimetière de l'abbaye*

» d'eux au milieu de deux autres des frères pour lionorer et te soulager leur tant glorieux tr5pas. Ces sacres confesseurs, » chantant les divins cantiques avec leurs confrères, commen- » cèrent à prendre le tcinct et la lueur d*une face angclique , » et se tenant en leurs sièges d'un maintien tout céleste y y* sans y chanceler, ni faire le moindre signe d'aucune douleur, » passèrent tous de cette vie en l'autre en un mesme jour, » le premier cent à l'heure de tierce , le second À. ^exte, le >» troisième à none , et le dernier cent à vespres. »

( Bn'ef rccçeii des antiquitez , etc. )

On peut trouver ce fait, avec -d'autres -circonstances, dans Surius , t. 6; dans les yinnaUs de Flandre ^ par Maycr , en parlant d'Haspres , où fut porté le corps de saint Aicadre , Jtn 841 ; dans la F'ie -des saints de P ordre de saint Benùit f par Mabillon; et dans beaucoup d'autres ouvrages. Les moines de Jumicgcs avaient beaucoup de vénération pour saint Aicadre , qu'ils regardaient comme un des plus grands saints qu'eût possédés leur monastère; et ils cclébraîcnt sa fétc avec beaucoup de pompe. Cependant , dans les derniers temps , ils avaient dégradé eux-mêmes un bas-rclicf en pierre placé dans l'abbaye , qui représentait ce fait. Une fresque , qui en rappelait le souvenir , txistait encore dans le cloître à l'époque de la révolution.

Gochin , religieux de Jumiéges , lui succéda. Les lettres et les arts continuèrent sous lui à faire partie des occupations des religieux. Cet abbé chargea Tun d'eux d'écrire la vie de saint Filibert, la seule qui soit narrée avec simplicité et dépouillée d'une partie du merveilleux qui se trouve dans les autres vies des saints de Jumiéges, composées postérieurement, ce qui les rend fort suspectes. A la fin de son gouvernement , malgré la mort des quatre cent quarante-deux religieux sous saint Aicadre , il y avait encore neuf cents moines dans le monastère.

Saint Hugues fut le quatrième abbé de Jumiéges. Par son mérite et sa naissance, il obtint la confiance de Charles-Martel , maire du palais. Il fut' pourvu en même temps de l'évêché de Paris, de celui de Bayeux, de l'archevêché de Rouen , de l'abbaye de Saint- \Vandrille et de celle de Jumiéges. Il administra ses trois évêchés et ses deux abbayes, de manière à mériter des éloges. Il était fils de Dreux ou Drogon, comte de Champagne, et d'Austrude, fille de Waraton, maire du palais. Il mourut le 9 Avril ySo, à Jumiéges, où il s'était retiré pour vivre dans la retraite ,

C 31 ) après avoir enrichi le monastère ■. Il fut enterré dans la grande église, où les religieux lui érigèrent un magnifique mausolée , sur lequel ils suspendirent une couronne composée de divers métaux précieux , en reconnaissance des bienfaits qu'ils avaient reçus de lui.

Un de ses successeurs , Drogtegand , s'acquit par son mérite la confiance du roi Pépin ^ chef de la dynastie Carlovingienne , qui le chargea de deux missions importantes auprès des papes Etienne III et Paul P'. , son successeur, qui tous deux avaient demandé des secours à Pépin pour s'opposer aux excès des Lombaixis.

Ce fut sous Tabbé Landric, successeur immédiat de Drogtegand , que Tassillon , duc de Bavière , \înt , en 794 » achever , dans la pénitence et l'obscurité du cloître , les restes d'une vie déshonorée par la lâcheté et la perfidie. Tombé au pouvoir de Charlemagne , son parent et son bienfaiteur, qu'il avait souvent trahi , il fat condamné à mort : mais Charlemagne , en considération de sa parenté , lui fit grâce de la vie. Cependant , pour le punir de sa félonie , il

I. N^ctant encore que laïc , il donna des terres considérable» atix abbayes de Juxnidges et*dc Saint- W^andrille.

( Le P. Pomxncrayc ^ Histoire des arxhevéquis de Rouen, }

le lit tondi'e et enfermer d'abord dans le monastère de Saint-Gôar , ensuite dans celui de Saint-Nazaire-de-Lauresheim , d'où, quelques années après , il fut transfe'rë dans l'abbaye de Jumiëges ,. ainsi que son fils aîné Thëodon : tous deux , dit-on , moururent dans ce dernier monastère , où ils furent enterrés ^ans la salle du Chapitre.

Ce fut probablement ce qui fit croire que le prétendu tombeau des Énei'vés, que l'on voyait , comme nous l'avons dit plus haut , dans l'église de Saint-Pierre , était celui de ces deux illustres personnages".

On a déjà passé sous silence le nom de plusieurs abbés dont l'administration n'ofire rien d'intéressant. Mais nous ne croyons pas devoir oublier de faire mention de l'abbé Hélisacar, homme de lettres distingué , dont les talents lui méritèrent la confiance de Louis-lc-Débonnaire, qui le fit son chancelier, n'étant encore que roi d'Aquitaine , et qui le continua dans cette charge à son avènement à l'empire. Ce fut d'après ses conseils qu'en 822, dans un parlement qui se tint à Attigny , Louis se

1. Galita Chrtsitaïua et xalres , cites dans U note relative aux llrier\c9«

(33) reconcilia avec ses trois jeunes frères , Drogon., Hugues et Thierry, qu'il avait fait tondre en 8i8 et renfermer dans des monastères. Il tinit ce* pendant par perdre cette confiance , et mouinit à Saint-Maximin-de-Trèves , dont il était également abbé.

Ce savant avait instruit Fre'culfe , cvcque de lisieux ; ce qui a fait dire à quelques historiens que Fréculfe avait été moine à Jumiéges. Fréculfe lui dédia la première partie de sa chronique , après l'avoir chargé d'en vérifier l'exactitude avant de la livrer au public. Il concourut également à la confection de divers autres ouvrages.

En 83o, Foulques , étant abbé de Jumiéges , fut investi par l'empereur de la charge d'archichapelain ou grand-aumônier de France. Ce fat de son temps qu'un moine de Jumiéges écrivit la vie de saint Aicadre. On croit que c'est la plus ancienne et la plus véridique. Cependant le merveilleux dont elle est remplie n'est pas fait pour inspirer beaucoup de confiance, et dénote de la part de l'auteur trop de crédulité dans des traditions erronées. Un siècle auparavant , un autre moine de Jumiéges avait écrit , avec aussi peu de critique , la vie de sainte Austrebeithe , abbesse de Pavilly.

A cette époque , l'abbaye de Jumiéges avait

subi de grandes diminutions dans ses revenus , par la distraction de plusieurs tenues que les religieux avaient été contraints de céder pour subvenir aux besoins de l'état.

La restitution en fut obtenue de Pépin , roi d'Aquitaine , sous l'abbatiat d'Héribert ; ce qui résulte d'une charte du 23 Aviîl 838.

Rodolfe , fils de Guelfe ou "Welpon , comte de Revensberg , frère de l'impératrice Judith et oncle de Charles-le-Chauve , obtint cette abbaye.

Ayant accompagné en France sa sœur , que Louis-le-Débonnah'e avait épousée à Francfort , en 819 , le crédit qu'il obtint auprès de l'empereur excita la Jalousie des trois enfants de ce prince , qui , déjà mécontents du mariage de leur père avec Judith , se révoltèrent. Dans cette révolte , Rodolfe fut relégué en Aquitaine , sous la garde de Pépin , qui le fit tondre et renfermer dans un monastère , ainsi que son frère Conrard. Louis ayant recouvré son autorité, les retira des mains de son fils , et rétablit Rodolfe , qui était son premier ministre , dans la charge et les faveurs dont il jouissait précédemment à sa cour. Mais Rodolfe embrassa la vie monastique , et après avoir eu l'abbaye de Saint-Requier, il obtint également l'abbatiat

(350 de Jumiéges. Ne pouvant se lixer dans ce dernier monastère , il en partagea les revenus avec ses religieux. Ce partage donne une ide'e des grands biens que posse'dait alors cette abbaye ' .

C'est le premier paiiage dont l'histoire fasse mention qui ait eu lieu à Jumiéges , où il paraît que jusqu'alors il n'avait été fait aucune distinction ( comme dans d'autres monastères où ce partage existait de'jà ) entre la mense abbatiale et la mense conventuelle.

En 84o , Hasting * , à la tête d'une armée

I . On trouve ce renseignement dans les mémoires du monastère , que les moines eurent pour leur lot trente-sept seigneuries et terres , pour subvenir à leurs besoins. Ce partage fut approuvé par Gharlcs-le-Chauve. La cbarie est du aa Février 849.

a. Hasting ( HasUn^us ) était un champenois qui , sVtant joint aux Normands , fit , à leur tète , des ravages incroyables. Gharles-le-Chauvc , pour obtenir la paix et son amitié , lui céda le comté de Chartres. Ce fut lui qui, à la tète des Normands , prît et saccagea la ville de Lune (aujourd'hui Porto-Y enerc , sur les côtes de Gènes) par un stratagème singulier. Arrivé devant la ville , qu*il croyait être Rome , il envoya quelques-uns de ses gens pour demander à Tévèque la permission d'y loger pour se reposer des fatigues qu'ils avaient éprouvées sur mer y en ajoutant que leur chef , accablé d'années , demandait le baptême ; le prélat leur accorda cette dernière demande. Hasting se fit apporter par SCS troupes , comme un homme que ses infirmités empêchaient de marcher y et se fit baptiser avec beaucoup de pompe. Retourné sur ses vaisseaux , il fit publier , peu de jours après , la nouvelle de sa mort ; et quelques-uns de ses officiers vinrent demander à l'évèque de lui accorder la sépulture que. lucritait un prince

(36) de Danois , dont la ruse autant que la valeur Favaient fait élire chef, vint avec une flotte considérable envahir les bords septentrionaux de la Fmnce. Il gagna plusieurs batailles et prit plusieurs villes maritimes. Le bruit de son invasioii et des excès de ses soldats se répandit bientôt dans Tintérieur du royaume et des provinces ; la terreur précédait ses armes ; chacun fuyait à son approche. D diiîgea sa flotte vers rembouchure de la Seine , pour pénétrer dans l'intérieur du pays. Les bourgs , les villes et les villages furent pillés et saccagés ; les églises et les monastères étaient principalement les objets de sa convoitise et de celle de ses soldats , parce qu^ c'est là qu'ils trouvaient le plus de butin. Cependant les religieux de Fontenelle sauvèrent leur couvent du pillage , moyennant

chrétien ; ils ajoutèrent qu'avant d'expirer , il avait lëguë des sommes considérables à son église. On accueillit leur demande. On apporta Hastîng tout armé dans un cercueil , accompagné de SCS trtiupes en armes. L'évèque officiait lui-même. Au milieu de la cérémonie , Hasting sortit du cercueil , et ayant donné le signal convenu avec ses gens , ils firent un massacre horrible , et d'autant plus aisément , que la curiosité avait attiré là tout le peuple. Le pillage fut immense , et tous ceux qu'épargna l'épéc du traître , furent conduits en esclavage. Cet homme , après avoir erré un grand nombre d'années k la tète d'une armée de Danois , et semé partout où il porta ses pas la terreur et la dévastation , vécut paisiblement dans le comté de Chartres , où il devint l'ami et l'allié des Français.

une forte somme d'argent • . Quelques moines de Junûéges prirent la faite en enlevant ce qu'ils purent des objets les plus précieux , après avoir caché le surplus * ; mais la plupart prirent la résolution de rester pour s'opposer à leurs ennemis , que leurs excès , et surtout la destruction des églises et des monastères , faisaient nommer \^s Jléauoc de Dieu. Ces pieux reclus, auxquels l'art de la guerre était étranger, s'armèrent et se barricadèrent dans l'enceinte de leur monastère. Mais à peine farent-ils en état de défense , que les Danois , avides de pillage , se présentèrent sous leurs murs , après avoir mis en fuite quelques villageois mal aguerris qui avaient tenté d'empêcher le débarquement. Les religieux voulurent également se défendre ; mais leur résistance ne fit qu'irriter leurs ennemis , qui en peu de temps se firent jour à travers les murs et défoncèrent les portes. Alors farieux ils s'élancèrent en masse dans l'intérieur du monastère , où ils massacrèrent impitoyablement tousles religieux ; ils en firent même

I. Quelque temps après, leur monastère eut le même sort que celui de Jumîëges.

a. Par la suite , en faisant des fouilles dans les églises , on a trouTë plusieurs châsses d'un très-grand prix ^ qu*on croit avoir été cachées dans terre à cette époque.

mourir plusieurs dans des tounncnts affreux , pour découvrir où pouvaient être cachées leurs richesses. Ils dépouillèrent les églises et les dortoirs de tout ce qu'ils purent enlever , mirent le feu aux édifices , en sapèrent les fondements , et n'abandonnèrent ces lieux qu'après avoir vu les églises et toutes les autres constructions s'écrouler au milieu des flammes. Dans cette destruction , il ne resta ( dit M abillon ) que les principaux murs de l'église de Saint-Pierre*.

Les religieux qui s'étaient sauvés à l'approche des Danois et qui, d'après la commune opinion, furent les seuls qui sm'vécurent à ce désastre , se retirèrent Içs uns à Saint-Denis , et les autres à Ha^spres , dans le Gambrésis , à une prévôté que Pépin , duc de Brabant , avait fondée , en reconnaissance de la victoire qu'il avait remportée vsur le roi Théodoric. Ce fut là qu'ils portèrent les objets les plus précieux qu'ils avaient sauvés, du pillage des Danois, tels que leurs vases sacrés, des reliques, entr'autres les corps de saint Aicadre et de saint Hugues , leurs titres , et des manuscrits sur les événements qui s'étaient passés dans ces lieux et sur l'histoire du temps ; ce

1. Il parait que les tours de la grande église étaient également restées , puisque dans la suite Raoul Tourte , comme on le verra plus tard, voulut les faire démolir.

qui fîit cause que par la suite les Flamands se trouvèrent en possession de ces objets , et eurent connaissance d'un grand nombre de Ëdts qui s'étaient passés à Juihiéges et que les auteurs de ce pays ont rapportés dans leurs écrits ' ; de sorte que dans les temps modernes , quand les moines de Jumicges ont voulu donner des notions sur l'histoire de leur monas*tère • , ils ont été contraints de puiser des renseignements dans les anciennes chroniques de Flandre , pour ne pas être contredits.

Quelques écrivains prétendent qu'après cette destniction , Rodolfe se démit de son abbatial , et mourut à Saint-Requier , le 29 Janvier 866. D'autres disent qu'il fut massacré avec les religieux , lors de la destruction.

Quelque temps après , RoUon ^ ayant re-

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