Srief recçeil , etc
3. Rollon , Rhou ou Raoul , ainsi nomm^ par divers histonens , ^taît fils de Guyon , souverain d*une partie du Bas-Danemarck. On prëtend qv^il naquit en 843. Contraint de quitter sa patrie , U partit avtc une armée considérable de Normands, que la trop grande population de leur pays forçait de s'expatrier y débarqua en Angleterre , vint après sur le Rhin , conquit la Neustrie , assiégea plusieurs fois Paris , et finit par faire la paix avec Gharles-le-Simple , roi de France , qui lui donna sa fille Giselle en mariage et lui laissa la possession paisible de la Neustrie f qui prit le nom de Normandie et dont il fut le premier doc.
( 40 ) monté la Seine avec une flotte nombreuse , descendît à Jumiéges, le i8 De'cembre 877 ( d'après l'histoire de ce duc , imprimée dans les mémoires de l'Académie de Caen, année 1754). Mais, soit qu'il fût frappé de respect à la vue des vestiges de tant de grandeur et de pieté, ou plutôt, comme le supposent quelques historiens , qu'il eût déjà voulu gagner l'affection des habitants de la Neustrie , il passa outre sans commettre aucune exaction dans le pays, remonta la Seine de plusieurs lieues , et descendit à un endroit nommé Emandreville " , où , quoique païen , il déposa sur l'autel d'ime chapelle dédiée à saint Waast la châsse de sainte Hermantinide *.
A cette époque, Jumiéges, ainsi que les autres lieux sur les rives de la Seine , furent les plus exposés aux ravages des Normands, qui ne
La fille de Charles-lc-Simplc mourut sans lui laisser de postérité; il épousa la hellc Pope , fille de Bcranger , comte du Bessîn , qu*Il avait enlevée et mise au nombre de ses concubmes , et dont il avait {'U plusieurs enfants, entr^autrcs Guillaume, qu'il fît reconnaître pour son légitime héritier. Rollon fut le premier prince normand qui parvint à fonder un établissement solide en France. Il mourut après avoir fait la guerre pendant près de quarante ans , dont trente en France.
I. Ce doit être Bonne-Nouvelle près Rouen , où Rollon campA avant d'entrer dans cette ville.
X Gab. Dumoidin , Histoire généraie de Normandie. -
cessèrent que quand ils devinrent paisibles possesseurs de la Neustrie , et que RoUon se fut allie au roi de France en épousant sa tille Giselle.
Alors deux religieux qui , dans leur jeunesse , avaient échappé au massacre des Danois en se retîi'ant à la prévôté d'Haspres , Baudouin et Grondouin ( dont Guillaume de Jumiéges nous a conservé les noms ) , quoiqu'ils fussent alors dans la décrépitude , revinrent à Jumiéges. Ils trouvèrent les ruines de leur ancien monastère cachées sous les ronces ; en pénétrant dans ces décombres, ils découvi'irent un autel qu'ils ombi'agèrent avec des rameaux , et , secondés par quelques bons villageois qui s'intéressaient à leur rétablissement , ils construisirent une petite cabane pour se loger. Il ne restait de parfaitement entier que les principaux murs de l'église de Saint-Pierre , qu'il n'était pas en leur pouvoir de restam'er.
Fils et successeur de RoUon, Guillaume- Longue -Épée ' releva ce monastère de se»
ruines.
1. Gabriel Dumoulin , en parlant de Tavénement de ce duc au gouvernement de la Normandie , dit « qu*il prit de la main de » Tarchevèque le cercle ducal , le manteau et Pespée qui , bien i* plus longue que les autres , lui apporta le surnom de Longue^
Les moines de Jumie'ges furent redevables de ce bienfait à la circonstance suivante :
Le duc Guillaume étant venu chasser dans les bois de Jumiéges , vint visiter les décombres de l'abbaye , où il trouva les deux religieux occupés à extirper des buissons poussés sur les restes des anciens édifices : il lem* demanda qui pouvait, dans un âge aussi avancé, les attirer dans ces lieux qui paraissaient déserts ? Les bons pères lui firent le récit des désastres qu'ils avaient éprouvés, et lui firent connaître la détresse dans laquelle ils se trouvaient ; néanmoins ils offrirent au duc des aliments ; mais comme ils n'avaient à lui offrir que du pain d'orge noir qu'ils faisaient eux-mêmes pour leur nourriture, et de l'eau, le duc les refusa dédaigneusement. Il quitta les deux religieux pour
» JEspée ». Guillaume réunissait aux avantages extérieurs les plus rares qualités : accessible à tous ses sujets , il rendait justice à chacun ; il était Tarai des bons et la terreur des méchants \ il fit plusieurs fois preuve de beaucoup de valeur , notamment dans la guerre qu*il eut à soutenir contre les comtes de Bretagne y qui voulurent revendiquer cette dernière province , en se servant du prétexte qu'elle avait été concédée à Rollon , et que cette concession ne regardait passes héritiers. Ce duc y plein de loyauté et trop confiant envers ses ennemis , mourut victime de la plus lâche trahison. Arnould , comte de Flandre , l'attira dans une île de la Somme , nommée Pècguigny , sous prétexte de traiter avec lui , et le fit assassiner. Cet événement eut lîea le i8 Décembre 94^.
continuer sa chasse ; mais à peine fut-il dans la foret, qu'un e'norme sanglier vint se jeter sur lui : il voulut le percer avec son épieu, mais le bois ayant rompu , l'animal le renversa par terre sans connaissance , et ne lui fit pas de blessure dangereuse*. Quand il eut repris ses sens, il pensa que ce qu'il venait d'éprouver e'tait une punition de Dieu , pour l'offense qu'il avait faite aux bons pères en refusant la nourriture qu'ils lui avaient offerte ; pour la réparer , il revint de suite les trouver , coUationna avec eux , et leur promit de faire rétablir leur monastère. A peine de retour à Rouen, il requit des ouvriers pour aller à Jumiéges , en leur enjoignant de suivre le plan que leur donneraient les religieux , et il leur fit distribuer de l'argent pour acheter des matériaux et se payer de leur salaire. On commença par réédîfier la petite église et les dortoirs. Les travaux furent exécutés avec beaucoup de promptitude , et en peu de temps l'abbaye fut en état d'être habitée; mais ces nouvelles constructions étaient loin d'égaler les anciennes.
I. Dans le pays, on prétend que cet événement arriva dans un lieu de la forêt connu sous le nom de Sausscmarc.
La dédicace de l'église fut faîte le 20 Février gSo , en présence du duc Guillaume , et elle fut mise de nouveau sous le vocable du prince des apôtres.
Le duc fit venir de Poitiers un abbé nommé Martin et douze religieux , pour recommencer, dit Dumoulin j la sainte peuplade de Jumiéges.
Cet historien prétend qu'à partir de ce moment , le pieux duc n'eut d'autre désir que de se faire religieux , mais que l'abbé Martin le détourna de ce projet, et se contenta de lui donner un froc, un scapulaire et une discipline , que le duc enferma dans une cassette dont il portait toujours la clef sur lui.
Il racheta les biens de l'abbaye , qu'il donna aux religieux à perpétuité ". Aussi , peu de temps après , ces lieux redevinrent florissants ; mais à peine commençaient-ils à reprendre leur splendeur , que sous l'abbé Annon , suc-
I. Panui les dons faits par ce prince , on comptait Jmnîégcf avec ses dépendances , près , vignes , bois , eaux , pèches ; Taînville et le manoir du Trait-d' Avilcttc , au)ourd*hui le hameau de Saint-Paul; Duclaîr, avec tontes ses dépendances, églises , terres , cours d^eau , pèchos , etc. ; le moulin de Caudebcc , les seigneurie et terre de Norvîllc , le port de Touit , Quîllebeof ^ "Wambourg avec les églises, port, péages, et tous autres droits relevant des domaines. Il donna aussi les terres de Joui et de Ganciel avec le patronage des églises , les dîmes et coutumes de ces lieux.
cesseur de Martin , la mort du duc , leur bienfaiteur , vint jeter la consternation parmi les religieux.
Louis-d' Outremer, voulant s'emparer de la Normandie , crut devoir profiter de la jeunesse de Richard I". , lils de Guillaume , qu'il fit enlever, sous prétexte de soigner son éducation. Il donna le gouvernement de la province à Raoul-Tourte, surintendant de ses finances, qui détruisit plusieurs églises, pour faire bâtir des forteresses de leurs débris ; il fit retirer jusqu'aux fondements des murailles de la grande église de Jumiéges , et il aurait démoli les tours * pour en employer les débris à restaurer les fortifications de Rouen , sans un clerc nommé Clément , qui les racheta de ses deniers, en 946 *.
L'abbé An non était un religieux plein de ïèle ; il aimait les lettres : il fit copier plusieurs bons livres dont les copies existaient encore à l'abbaye avant la révolution. C'est sous lui que fut composé un poëme ïatin , de deux cents vers , sur l'origine , la destruction et la restauration du monastère , qui fiit gravé par fragments sur des lames de cuivre que les moines
I. Gabriel Dumoulio , Histoire générale de Normandie, a. Rid,
(irent sceller par la suite dans les murailles de leur cloître '.
Après Tadministration de Fabbé Annon , le désordre s'introduisit tellement parmi les religieux, qu'une réforme devenait indispensable. Saint Guillaume , cvêque de Dijon , vint à Jumiéges à ce sujet : quelques exhortations suffirent pour faire rentrer les moines dans le devoir. Ce fut sous Tabbé Robert I". , mort vers Tan ioi4» qu'eut lieu cette visite de saint Guillaume.
Sous Thierry, son successeur, que saint Guillaume avait amené de Dijon et qui appartenait à la maison de Montgommery, l'ordre le plus austère régna parmi les moines ; ce qui lui valut le titre de Restaurateur de la vie monastique.
Les sciences et les arts continuaient d'être cultivés à Jumiéges , où il existait plusieurs , écoles ; il y en avait d'intérieures pour les moines , et d'extérieures pour les séculiers , qu'on admettait sans distinction des riches ou des pauvres , et même souvent ces derniers étaient nourris aux dépens du monastère.
I. Ce poëmc est parvenu jusqu'à nous : il existe à la suite du Bricf reci-eil des anti(/uitez de Jumiéges , dont nous avons parKi plus haut.
(47 ) Ce fat pendant son gouvernement que
Richard II, dit le Bon, quatrième duc de Normandie , donna au monastère des biens considérables'. Il faisait ordinairement chaque année deux ou trois voyages à Jumiéges. Ce fat dans un de ces voyages qu'étant allé faire sa prière dans l'église , au lieu d'un marc d'or ou d'argent qu'il donnait ordinairement , il mit dans le plat aux oblations un petit morceau d'écorce ou taillure de bois. Cette ridicule offrande répandit Tétonnement parmi les assistants ; mais le duc le fit cesser avant de sortir , en déclarant qu'il entendait par là donner à l'abbaye le bois et le manoir de Vimoutiers, afin que les moines fussent plus attentifs à prier Dieu pour lui et sa postérité.
Depuis quelque temps on avait commencé la restauration de la grande église : mais la mort de divers abbés l'avait interrompue. L'abbé Robert II , dit Champart , fit reprendre les
1. Les moines de Jumîcgcs prétendaient être redevables à ce duc des biens qu^ils possédaient au Pont-dc-i'Arcbe , aux Damps 9 à Saint-Pîcrre-d'Autilz , à Saint-Marcel , àSaînt-Just, à Tourville , aux Autliieux y à Grucbet , à Rouen , à Lillcbonne , à Trouville , à Norvillc , à Goui , à Vimouliers , à Saint-Pierre— du-Manoir , à Bayeux , à Trun , à Honfleur , à Brochcville , À Divcs , et enfin à Yicux-Fumé.
ti^avaux en io4o ; ils furent continués jusqu'au mois d'Avril io43, époque où EdouardJe- Confesseur , roi d'Angleten'e , appela l'abbe Robert auprès de lui.
Ce prince , qui vécut long-temps à la cour des ducs de Nonnandie, avait en quelque sorte été élevé dans le monastère de Jumiéges ; on prétend même qu'il y avait fait vœu de chasteté ; et c'est sans doute là qu'il avait puisé les principes d'austérité auxquels il se soumit, en menant au milieu de sa cour une vie à peu près monastique, n'ayant d'autre désir que d'être mis un jour au rang des plus grands saints. Il appela l'abbé Robert à sa cour pour le guider par ses conseils.
11 y avait à peine un an que Robert était en Angleterre, quand le comte Goodwin accusa la reine Emme, mère d'Edouard, d'un commerce scandaleux avec Alvv^in, évêque de Winchester. La reine prétendit démontrer son innocence par l'épreuve du feu. Pour ce sujet on s'assembla dans l'église de Winchester, où la reine, dépouillée de son manteau royal et les yeux bandés , marcha , dit-on , sur douze socs de charrue rougis, sans éprouver la moindre douleur, au grand étonnement du Roi , des évêques et d'une multitude de spec-
fsiteurs. La reine fîit donc ainsi justifiée ( sans doute par quelque supercherie). Edouard lui demanda alors pardon , et reçut la discipline de sa main et de celle de Tevêque injustement accusé. Groodwin fit retomber l'odieux de cette accusation sur l'abbé Robert y qui fut contraint de quitter momentanément TAngleten^e , où il retourna peu de temps après , et fut nommé évêque de Londres.
Son successeur à Jumiéges fut Godefroy.
Il avait un goût décidé pour les lettres et les arts ; il entreprit de continuer les travaux de la restauration de la gi'ande église , mais il mourut . avant d'en voir la fin ( 1 4 Mai io48).
Il enrichit la bibliothèque d'un grand nombre de bons livres , et fonda un service qui devait avoir lieu à perpétuité , tous les premiers lundis de carême , pour le repos de l'ame des auteurs , des copistes et de ceux qui donneraient des livres.
L'abbé Robert-Champart , évêque de Londres , nommé archevêque de Cantorbéiy , en io5o, ne cessa, pendant qu'il fut à Londres, d'envoyer tous les ans à Jumiéges le fruit de ses épargnes. Etant archevêque de Cantorbéry , il fut de nouveau persécuté par Gocdwin , et
( 50 ) banni d'Angleterre par les états - généraux ^semblés. Il vint terminer ses jours à Jumiëges , où il mourut le 26 Mai io56. Sa moit priva les religieux d'un bienfaiteur dont le secour» leur était nécessaire pour les aider à achever l'église de la Vierge, qui n'avait encore ni vitraux ni nef. Cependant, par les générosités de quelques seigneui*s, le travail fut terminé en Novembre 1066. Mais la dédicace n'en fut faite qu'au mois de Juillet de l'année suivante , par Maurille , archevêque de Rouen ^ en présence de Guillaume - le - Conquérant , duc de Normandie , de plusieurs seigneurs de la cour, dçs évéques et des abbés de la province , et mise de nouveau sous le vocable de la Vierge , un mois avant la mort de Maurille.
Les lettres continuaient toujours d'être cultivées à Jumiéges. Depuis plus de cinquante ans , des écoles gratuites étaient ouvertes dans le monastère , et les abbés eux - mêmes né dédaignaient pas d'y donner des leçons.
C'était à cette époque que vivait l'historien Guillaume de Jumiéges , moine de ce monastère et professeur, connu des savants par , son ouvrage intitulé : De ducibus Normanniœ y qui contient des renseignements précieux sur Thistoire des premiers ducs de Normandie.
II dédia cet ouvrage à GuiUaume-le-Conqué* rant *.
En 1078 , le siège abbatial fut rempli par tm religieux de Fontenelle nommé Gonthard , originaire de Sotteville. Sa piété et ses vertus ont fait inscrire son nom au catalogue des saints. Ce fut de son temps que Jumiéges fat principalement qualifié du titre à! Aumônier que lui avait acquis depuis long-temps la générosité des religieux.
GuiBaume-le-Conquérant, àTexemple de ses prédécesseurs , affectionnait beaucoup ce monastère , et plusieurs fois les moines ressenrirent l'effet de ses largesses. Il avait donné , sous Robert III , Tîle d'Helling , située dans la partie méridionale du comté de Norfolk, que les religieux érigèrent en prieuré , qui leur rappoitait annuellement i , 100 écus d*or. Il venait souvent visiter cette retraite , et se lia particulièrement avec l'abbé Gonthard , à qui les connaissances profondes qu'il possédait en médecine valurent l'honneur d'être son premier médecin.
Si Ton en croit quelques historiens , entr'au-
1. Le mannscrît de cet ouvrage , qui était à la bibliotlièque ÀQ Jumiéges , est maintenant à la bibliothèque publique de Koucn. Il contient une vignette représentant Guillaumc-i'llîstprîen offrant son ouvrage au Conquérant.
(52) très G. Dumoulin , ce fut dans les environs de Jumiëges (à Sainte-Marguerite-lez-Jumiéges ) , et selon d'autres à Jumiéges même , que Harald ou Harold, grand-sënéchal d'Angleterre, renouvela , de la part d'Edouard-le-Confesseur , la promesse qu'il avait faite au père de Guillaume, de donner au fils la couronne d'Angleterre ; promesse désavouée par quelques historiens, mais que l'afiiimation donnée par d'autres rend au moins probable. G, Dumoulin , qui cite ce fait , rapporte que Harald prêta ce serment sur les reliques de saint Cande et sur un missel couvert d'un drap d'or'.
Un auteur moderne ( anonyme ) * affirme que ce serment fut prêté à Jumiéges, et qu'il eut
1. Yoicî la formule de ce serment, suivaDt Gab. Dumoulin , Ilist. gén. de Normandie :
« Que pendant le reste des jours d^Ëdouard , il ( Harald ) se » porteroit et nommcroit lieutenant du duc de Normandie f » dans le royaume d* Angleterre ;
» Qu^après la mort dudit Edounrd , il cmployeroît sa tic et ses » biens pour assurer et garder la couronne au duc Guillaume ; » qu'attendant ce temps , si le duc vouloit envoyer des garni— w sons en Angleterre , il les mcttroît dans le château de Douvres , y» qu*il avoit fortifié et garni à ses dépens , et dans plusieurs autres » places ;
)> Qu'il fournîroît lesdltes garnisons de munitions de boucht y» et de guerre ; qu'il prendront à femme A délie , fille du duc , » silÂt qu'elle scroit capable du lit marital. »
'1. Nouveiie Histoire de Nonnandie. A Versailles , i8i4*
(53) lieu sur plusieurs reliquaires apportés expiées de la cathédrale et de Saint-Ouen de Rouen.
Malgré des promesses si solemnellement faites y après la mort d'Edouard, Harald se montra le compétiteur de Guillaume , et fut tué à la bataille d'Hastings , où la victoire incertaine ne se déclara en faveur des Normands que par la mort de Harald.
Après la conquête , plusieurs religieux furent appelés en Angleterre par le conquérant pour y remplir les principales charges ecclésiastiques,, entr'autres le moine Renauld , auquel il donna l'abbaye d'Abbendon. Ce religieux fit présent à Jumiéges d'un magnifique texte couvert de lames d'or et enrichi de pierres précieuses.
Le conquérant ayant fait une chute de cheval à Mantes, se fit apporter à Rouen, au prieuré de Saint-Grervais , pour se faire traiter. Ce fut Guilbert , évéque de Lisieux , et l'abbé (xonthard , les deux plus célèbres médecins de leur temps , qui furent chargés de ce soin. Gronthard ayant prévu que la maladie du duc le conduirait au tombeau, ne voulut pas quitter ce prince un moment pendant tout le temps que dura sa maladie. Après sa mort , qui arriva le 9 Septembre 1087 , tous ses courtisans et ses domestiques abandonnèrent son cocps.
rt il ne fut inhumé que par les soins de Gonthard et de l'archevêque de Rouen ^ qui le firent transporter à Caen, où il avait choisi le lieu de sa sépulture.
A cette époque , c'était un usage reçu parmi les gens de qualité de prendre l'habit religieux avant la mort. Cet usage avait souvent lieu à Jumiéges ; il était toujouivS précédé de donations en faveur dii monastère. Sous l'abbé Gonthard , on vit un sieur Guillaume de SacherviUe s'y soumettre , après avoir donné aux religieux le tiers des dîmes de Trouville. Cet usage avait également lieu pour les femmes. Si les malades se rétablissaient , les hommes étaient obligés de venir habiter le monastère et d'en suivre la règle. Quant aux femmes , elles devaient venir habiter le bourg et être soumises aux supérieurs; elles recevaient chacune, joumelleraent, la même pitance qu'un moine qui mangeait au réfectoire : par la elles acquéraient la qualification de momesses.
L'abbé Gonthard mourut le 26 Novembre
Parmi les propriétés des moines de Jumiéges^ ils possédaient à Rouen la tour d' Alvarède , qui disait partie des remparts. Elle leur avait été donnée comme étant le lieu où saint Filibert
(55) avait ëtë enfermé , lors de la fausse accusatioa |>ortee contre lui '. Par une condescendance d'un abbé de Jumiéges nommé Urson, elle servit à faire triompher un parti dans une révolte qui s'éleva dans la ville. Cette difficulté^ d'abord peu importante , finit par devenir se* rieuse. Plusieurs familles y prirent pairt ; bient^ il se forma deux partis qui élurent des cheâ L'un se nommait Pilate et l'autre Decaux, d'où leurs partisans furent appelés les Pilatiens et les Cauchois. Un nommé Declaire, qui était du parti pilatien et ami de l'abbé de Jumiéges , lui demanda la tour dont il s'agît, qui était ^ors une des plus fortes places de la ville , afaisî que les maisons voisines également très-fortifiées.. n obtint sa demande , et le parti pilatien se rendit redoutable au parti cauchois. Ces trou-» blés durèrent au moins cinq ans , par le manque d'énergie de Robert, comte Heuze, et ne cessèrent qu'au moment où la Normandie changea de maître. Quand ils furent terminés , Dedaire voulut conserver la tour d'Alvarède^ et les moines n'en redevinrent possesseurs qu'en la lui achetant.
Jusque-là les habitants de Jumiéges n'avaient
( 56 ) d'autre paroisse que Tëglise de Fabbaye, où Von voyait encore les restes des fonts bapti^ maux en 1694* Les religieux se réunirent à eux pour faire construire Téglise paroissiale qui subsiste encore , et qu'ils dédièrent sous le vocable de saint Valentin ' , en reconnaissance de ce qu'il les avait délivrés miraculeusement d'une foule innombrable de mulots qui me»
naçaient de inetti'e la famine dans la péninsule , en détruisant les récoltes. On ignore Tannée de la dédicace de cette basilique , indiquée au i5 Novembre dans un ancien martyrologe de l'abbaye.
De III2 à 1117, l'abbaye fut ravagée deux fois pendant les troubles occasionnés pai* la guerre avec l'Angleterre.
L'abbé Urson mourut en 1127.
Nous passons ici sous silence l'administration de plusieurs autres abbés , qui n'offre rien d'intéressant.
I. Saint Valcntîn , patron de la paroisse de Jumiégcs , et qui • était' également un des patrons de l'abbaye , avait dté cvè<|ue,dc Terny en Italie. Il fut martyrise à Rome, dans le III*. siècle. On possède encore son cbef à Jumi<!gc». Sa vie et SCS miracles , dont on peut trouver une partie dans JBoUandus ,' ont été recueillis *par Baudry ( Baldericus) , évèque de DAIe en Bretagne , dans le Xll». siècle, et ensuite par D. F. T., religieux de Jumi<'ges , qui a fait imprimer son ouvrage à Rouen y chez Jean Dumcsnil , cour du Palais , en 1696.
Nous dirons seulement que sous cette même administration, le désordre s'introduisit souvent parmi les religieux , ce qui nécessita d^ fréquentes réformes.
Durant Tabbatiat de Roger P'., la plupart des belles fermes de l'abbaye furent dévastées pen-^ dant les guerres qui eurent lieu entre Henri II et ses fils j qui s'étaient révoltés contre lui , ce qui dura -depuis 1172 jusqu'en 11 74 9 temps pendant lequel les fils de Henri II mirent le siège devant Rouen.
Sous l'abbé Robert , dit d' Argences , Robert,comte de Meulan , fit don aux religieux de là chapelle de Saint -FiUbert- du -Torp, dans la forêt Be Brothonne , de terres , etc. ' , à condition qu'ils y mettraient deux religieux à perpétuité , pour prier Dieu pour lui et pour sa postérité. Outre qu'il pourvut à leurs besoins *,
1. Parmi * cet terres ^ on compte une cour de plus de 9 arpents 1/3 avec les édifices et les bois adjacents y 60 acres de terres labourables et le marais y depuis un endroit nommé le Yivicr jus({u^au cbemîn appelé le Banquet.
a. En leur donnant 4o sols de rente sur la forêt de Brotbonne , les fruits nécessaires pour faire leurs boissons et celles de leurs domestiques y les bois néccisaircs pour bâtir y le droit de panage pour leurs porcs et autres bestiaux , avec le droit de prendre chaque jour dans la forêt deux charretées de boîs mort pour leur cbaufiiige.
ils avaient le droit diécuelle quand il était au Torp , à Hauville ou à Vatteville. Ce droit consistait à avoii* un I^ets de là table du comte et une ration de vin.
Il existait alors plusieurs chapelles à Jumiéges, |ét de plus une église à HeurteaUville ( hameau sur la rive gauche de la Seine ) , qui fut érigée en Succursale en 1727 par l'abbé de saint Simon , à laquelle il réunit la chapelle du Torp.
La principale chapelle était celle du JMLontd'Avilette ou Mont-Saint-Paul , entre Jumiéges et Duclaii* , sous le vocable de cet apôtre. £)lle tombait en iniines depuis l'établissement d'une léproseiie sur le chemin de Jumiéges à Yainville^ où il y avait une église dédiée à saint Michel. La chapelle de Saint-Paul fut restaurée , depuis , sur les instances de Raoul de Yameville ^ évéque de Lisieux , dans une visite qu'il fit à Jumiéges. Une autre était dédiée à saint Amateiu' , et est tout-à-fait incoimue , à moins que ce ne soit celle qui naguère existait à l'extrémité septentrionale du château dit du Taillis. Une troisième enfm fut consacrée à sainte Austreberthe , abbesse de Pavilly ; elle devait être dans la forêt , et fut érigée en son hon* neur dès le commencement du vm*. siètlè.
U y avait en outre deux églises dans la pénin^
suie , celle du Mesnil , dédiée à saint Filibert ^ et celle d'Yainville , sous le vocable de saint André.
Nous ne pouvons passer sous silence Tadminî^ration de Tabbé Richard T'. , dit Delamare ^ élu par les moines eu 1191. C'était un homme d'un grand mérite et d^une grande piétés. Sa bénédiction fut faite par Grauthier , archevêque de Rouen, qui revint exprès d' Angleteire ; elle eut lieu avec beaucoup de pompe. L'arche* véque, dans cette circonstance, donna aux religieux le fief Adam-de-Yarvannes , dans le pays de Gaux.
Les premiers soins de l'abbé Richard furent de choisir deux ofhciers d'un mérite distingué parmi ses religieux , pour la cellererie et pour la sacristie. Le titre ou l'office de sacristain était alors très-impoitant et suitout très-lucratif; il ne consistait pas seulement à prendre soin des vases sacrés et du mobilier des églises *, il y avait encore un revenu fixe attaché à cette charge , et celui qui s'en trouvait revêtu jouissait alors du droit mortuaire dans toute l'étendue des parcHSSes de Jumieges et du Mesnil , droit qtd consistait à prendre le meilleur habit de chaque défunt et le tiers de ses meubles. Cet usagé remcmtait k la fondation de l'abbaye. Il a eu lieu
( 60 ) jusqu'en i552 , époque où le bailli de Rouen le fit cesser par une sentence du 5 Novembre.
' Dans le cours de l'abbatiat de Tabbé Richard , les moines de Jumiéges furent obligés d'abandonner le quart de leurs revenus pour contribuer à la rançon de Richard-Coeur-de-Lion , duc de Normandie et roi d'Angleterre , fait prisonnier en revenant de la Palestine. La somme qui fut fournie d'abord , n'ayant pas suffi , par l'infidélité de ceux qui levaient les taxes , le roi laissa en otage l'archevêque de Rouen et quelques seigneurs. L'abbé de Jumiéges , prévenant de nouvelles taxés, qui ne furent pas même imposées sur la Normandie , vendit toute son ai'genterie , et en fit porter le prix , avec tout ce qui restait d'or et d'argent dans la maison , au doyen de la cathédrale , pour obtenir plus promptement la délivrance du prélat des mains d'Henri VI , empereur d'Allemagne , prince cruel , qui faisait traiter ses otages avec une rigueur excessive. L'offrande de l'abbé devint inutile. L'empereur étant sur le ^int de mourir et' craignant l'excommunication , rendit les otages , et Gauthier , archevêque de Rouen , remit en 1 197 à l'abbé la somme qu'il avait donnée , et qu'il eut occasion d'employer en bonnes
( 61 ) œuvres ; car à cette ëpoque , le» guerres entre les rois de France et d'AngleteiTe causèrent une famine affreuse dans la Normandie , et l'abbaye de Jumiéges fut la ressource d'une quantité de malheureux qui sans elle seraient morts de faim. L'abbé donna d'abord la préférence aux habitants de la péninsule ; mais insensiblement tous ceux qui se présentèrent eurent part aux secours. Il mourut le no Janvier 1198, six mois après la iin de cette calamité.
Durant l'abbatiat d'Alexandre , son successeur , Richard - G œur - de - Lion , roi d'Angleterre et duc de Normandie , qui l'estimait beaucoup , vint à Jumiéges après une bataille contre Philippe-Auguste , qu'il avait mis en déroute à Vemon , le i6 Mai 1 198. Il y passa les fêtes de la Pentecôte , et n'en partit que pour aller à. la rencontre du roi de France , qui se disposait à faire le siège du château de Gourcelles , que Richard avait pris d'assaut après sa victoire de Vernon.
Richard , se rappelant le bon accueil qui lui lut fait à Jumiéges , accorda dans la suite aux religieux le droit de marché à Duclair pour le mardi de chaque semaine , avec les privilèges accordés aux autres marchés. La charte
fut datée d'Andely, le a8 Août 1198, neuvième année de son règne.
A cette époque, les éditices de Jumiéges étaient d'une trop petite étendue, eu égard au nombre des religieux , qui montait à plus de soixante, non compris les domestiques. Robert PouUain , archevêque de Rouen , dans une visite qu'il fit à cette abbaye à la fin (^e 1 208, fit offre de contribuer à l'agrandissement du monastère ; il fut donc construit un nouveau dortoir , une infirmerie et une chapelle pour les malades , qui )usque-là n'avaient eu d'autres appartements qu'une partie du dortoir. Ce sont ces travaux qui ont induit en erreur D. Pommeraye ( Histoire des archevêques de Rouen ) , quand il dit , d'après Bigot , que cet archevêque avait fait rebâtir l'abbaye de fond en comble.
A cette même époque, les religieux perdirent le Pont - de - l'Arche , que Philippe- Auguste réclama d'eux pour y construire des fortifications; il leur céda en échange la baronnie de Gonteville près le Pont-Audemer.
Alexandre mourut le 25 Octobre 1212 ".
X. Le lecteur ne sera pcut--étre pas fâché de connaître les cérëmonics religieuses qui se pratiquaient pendant le carême à Jumicges, du temps de l'abbc Alexandre, et qu'on croit avoir éié întroduîtcs par Pierre de Glony , un des précédents abbés.
(«3) tSruilkume m , dit de Rançon , fut le successeur d'Alexandre.
En I2i8f SQusson ahbatiat, on construisit
J^ons ne rappoiteroni ^e les plus remarquables. Depuis le mercredi des cendres jusqu'au jeudi->saînt , excepte les dimancbes et les fêtes y on disait trois offices au chœur : eelni du jour , celui de la Sainte-Yierge , et celui des morts y etc. Les religieux faisaient la procession nu-picds autour du elottre. Kous passons sur beaucoup d'autres détails inutiles ; mais on ne croit pas devoir omettre la courtine ou rideau qui tm^ertaît^Ie ccenr et qu'on ne tirait qu'au Per omnia de VAgnus Deif pour ouvrir le passage à ceux qui devaient communier. Le dimancbc de la Passion , on faisait une profession de foi solemnelle touchant la rdalit<$ du corps et du sang de Jétos-Cbrist dans l'eucharistie. L'hebdomadier , avant la communion , tenait entre ses mains les espèces consacr<$cs et disait tout haut : Hoc corpus quod pro vobis tradetur ; hic caliae iesiamenii est in sanguine Christi , et à l'instant tout le chœur se mettait à genoux et restait en adoration jusqu'à ce que le prêtre eût communié. Deux moines tiraient la courtine ^ chacun de sou côte , et la déchiraient en deux« Ce jour-là eK les trois suivants , on disait quinze psaumes avant les ténèbres. On chantait la première antienne à genoux , ainsi que les laudes jusqu'au dernier psaume. L'office fini, l'abbé frappait trois coups y et les moines allaient se coucher. Le lendemain , après sexte , on chantait la messe matinale dans l'église de Saint- Pierre; tous les pauvres ^ qui on devait laver les pieds j assistaient. Cette messe était précédée des psaumes pénitentiaux et de l'absolution générale que l'abbé en aube et en bâton pastoral donnait à toute la communauté. On bénissait ensuite le feu nouveau, comme an samedi-saint, et tous les frères com— moninent. Un prêtre en tunique oflBrait autant d'hosties qu'il eA fallait pour le jour et le lendemain ; car tout le monde fosunoalaît le yendredî-saiut y aans préjudice du samedi et dn
à Rouen la chapelle de Saint-Filibert pour la commodité des religieux quand ils allaient dans cette ville ; ils la firent ériger à cété de Thôtel de la Poterne , maison qui leur servait de refuge
jour de Pâques. Après la procession du saint - sacrement , qu'on portait d'ordinaire à la chapelle de Saint — Etienne y tous les religieux allaient au rdfcctoire , disaient le StntdUite et prenaient leurs places, mais seulement pour la forme, quoiqu'il y eût un dîner de servi , car à Phcure mt^mc les pauvres , conduits par le prieur , entraient sous le cloître ; et la communauté sortait pour leur laver les pieds et les conduire au rëfcctoirc, où elle les laissait entre les mains du chambrier , qui présidait \ leur repas , et qui leur donnait 3 deniers à chacun. Les religieux allaient dire vêpres et dînaient ensuite. Les grâces étant dites, Tabbé avec le grand chantre et les onze plus anciens , lavaient les pieds à treize autres pauvres , les servaient à table , et leur donnaient à chacun 12 deniers et une paire de souliers. Le vendredisaint, après primes, on récitait les sept psaumes avec les litanies, et de suite , au sortir du chœur , le psautier en entier ; après tierce on chantait le martyrologe au chapitre , et on y prenait la discipline. Le service s*y faisait nu-pieds dans les deux églises de Saint-Pierre et de Notre-Dame. Le premier était pour les serviteurs de la cuisine et du réfectoire qui ne pouvaient assister au second : ils y communiaient ; le second était pour la communauté et les externes , et tous les religieux y recevaient la communion des mains de l'abbé. On bénissait encore ce jourlà le feu nouveau , et à ces paroles de la passion : PcurtUi sunt sibi vestinunta , deux clercs , avertis par le chantre , s'approchaient doucement de Tautel , en enlevaient la nappe qui n'était que faufilée, et en emportaient chacun leur morceau* Après l'adoration de la croix , on la portait en procession au ^pulcre , où l'abbé l'enfermait jusqu'au dimanche , jour où il allait la reprendre avant matines pour la remettre à l'autcL L^ cérémonie du samedi n'avait rien de remarquable.
dans les ti'oubles. Celle chapelle fut construite du consentement des religieux de Saint-Lô. En 1435 , les religieux de Jumieges s' étant retires à la Poterne avec leurs reliques , à cause des guerres , le curé de Saint-Ijô ( prieur de ce monastère ) leur lit un procès pour des offrandes faites en l'honneur des reliques ; mais un accord mit fin à cette querelle scandaleuse.
Depuis , les moines de Saint-Ouen ayant ouvert leur maison à ceux de Jumieges , celte chapelle ne fut plus considérée que comme un simple oratoire.
L'abbc Guillaume s'occupa beaucoup du temporel de son abbaye , et les moines lui furent redevables d'un grand nombre de transactions avantageuses. On peut citer enlr'autres l'abolition du droit de gîte , dont nous aurons bientôt occasion de parler , et qui lut le sujet de contestations ridicules. La bulle qui détruisit ce droit singulier fut datée de Iliéti , le 24 Fé- M^er 1232.
L'année suivante , l'archevêque de Nice \int à Jumieges , où il ofiicia ponlificalement et baplisa une cloche, à laquelle il donna le nom de Marie. Sous le gouvernement de cet abbé , on remarque, la création d'un Ibnclionnaire dont on n'avait jusqu'alors aucune notion. 11 était
désigné sous la qualification d'écuyer (il avait un domestique ) ; sa charge était d'accompagner Tabbé dans ses voyages ; alors il mangeait à sa table et couchait dans sa chambre. En temps de guerre , il faisait la leve'e des soldats que Tabbaye devait fournir au roi pour toutes ses dépendances ; il était tenu de former aux exercices les soldats qu'il enrôlait , ainsi que tous les habitants de la péninsule , de leur apprendre à monter à cheval , à combattre de cette manière et à pied , et en outre de les conduire à l'armée ; il était de plus tenu de fournir en temps de paix à leur dépense pendant les qua- \ raiite jours de semce qui avaient lieu alors ;
il était obligé de résider dans la péninsule , et n'en pouvait sortir sans la permission de l'abbé, qu'il servait à table quand il donnait à manger à un comte , à un évoque ou à un archevêque ; il veillait sur l'écurie , et distribuait l'avoine et le foin pour les chevaux. Quand l'abbé avait un présent à faire au souverain ou à quelque grand seigneur, il l'envoyait par son écuyer, qui avait aussi le titre de maréchal ; en son absence il était tenu de mettre son fils à sa place. Il était entretenu dans l'abbaye et nourri comme les religieux ; mais les jours de Noël , de carnaval , de Pâques et de Saint-Pierre , on faisait acheter
de la yiànde pour lui et pour son domestique^
Cet écuyer avait des appointements considërables , qui consistaient en une certaine quantité de blé, d'autres grains, de bois et de diverses denrées dont le détail serait trop long.
Uécuyer de Guillaume fut chargé par cet abbé , très-avancé en âge , de recouvrer divers droits appartenant à l'abbaye.
Les religieux lui furent redevables de Taffranchissement du droit de heurtage ' , qu'un seigneur nommé de la Houssaye prétendait exiger sur les bateaux chargés ou non chargés qui parcouraient la Seine depuis Yville jusqu'au port de Jumiéges.
Ce même écuyer obtint de Pierre de Briosne, seigneur du Lendin , une renonciation au droit de quai sur la rivière , et fit détruire celui que ce seigneur avait vis-à-vis de son château.
Guillaume mourut le 6 Mai 1289. ^^ * ^*^ regardé par les religieux comme un de leurs plus grands abbés après les fondateurs et saint Gonthard.
Sous un autre Guillaume , dit de Fors , la bibliothèque de Jumiéges se trouva considéra-
I. Heiwtage^ venant de heurta choc. Deux vaisseaux se choquant, celui dont le patron sVlaît montré mal-adroît ou le moins cxp^ rîmcntë dans l'art de la navigation , ëtait tenu de payer un droit , dont le taux est maintenant îgnor<?.
( 68 ) blement augmentée. On lui est redevable d'une concordance sur la Bible , qui fut imprimée à Baie, en 1616. Il mourut le 4 Octobre 1248 » et fut enterré dans T église de Saint-Michel, qui dépendait de la léproserie placée entre Téglise de Saint-Valentin de Jumiéges " et celle de Saint- André d'Yainville. Au milieu du xiv*^. siècle, quand cette église fut transférée , ainsi que la léproserie, au Mont-d' Avilette , on trouva son tombeau.
En 1249 » Robert , dit d'Etelan, fut pourvu de la crosse abbatiale. Il appartenait à la famille d'Epinay de Saint-Luc. Il était jeune , emporté et peu fait pour vivre dans l'austérité du cloître : aussi mit-il tous ses soins à s'en affranchir. Le meilleur moyen qu'il trouva fut de visiter les nombreuses propriétés de l'abbaye et de séjourner sur chacune le plus long-temps possible.
En i25o , il se retira à Hauville, où était un des plus jolis manoirs de l'abbaye ; il y resta quinze mois , livré à des exercices peu sérieux. A son retour , pour avoir un motif plausible de s'absenter , il se fit autoriser à poursuivre luimême en justice la restitution de biens et de droits usurpés sur l'abbaye. Il obtint quelques avantages en faveur des religieux ; mais il ne