‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Martin du Canigou (diocèse de Perpignan [microform]; suivie de La légende et de l'histoire de L'abbaye de Saint-André d'ExaladaChapitre 13 sur 38 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pierre de Sahorra — Pierre VII, Abbé

Un religieux, originaire de Sahorra, village non loin de Vernet, prit la succession de Bernard III, après une vacance de trois ans, 1258, 10 des calendes de mai. Il prit le nom de Pierre de Sahorra,

du lieu de son pays d'origine. Son abbatiat ne dura que quatre ans et il eut pour successeur son homonyme en religion Pierre VII, sacristain-major du monastère, i(562. Celui-ci inaugura son administration par un acte de générosité en faveur des habitants de Vernet, ses vassaux, à qui il remit tous les droits féodaux qu'il pouvait exiger, en sa qualité de seigneur du lieu (i).

Division — Pardon

Trois années après, il eut à subir une épreuve bien grande, d'autant plus pénible que c'était l'ambition de ses moines qui l'avait motivée. Chacun voulait avoir droit à certains bénéfices : et de là une division désolante au sein de la communauté, i2(S5. En bon père, il travailla de tous ses efforts à pacifier les uns et les autres. Il n'y réussit pas. Ses démarches, toutes de bonne foi, allumèrent au contraire tellement le feu de la division qu'on se porta à des voies de fait.

En présence de cette situation, Pierre eut recours à Rome ; et le résultat de sa requête fut l'excommunication des provocateurs ambitieux.

Toutefois, toujours compatissant pour le repentir, il sollicita, en 1270, du Saint-Père, le pardon pour les moines qui étaient sous le coup de cette peine canonique. Le Pape ne se fit pas prier, et l'Abbé

(1) Inventaire n" 38.

de Saint-Martin reçut de François Pierre Alcano, pénitencier de la sainte Eglise romaine, des lettres qui lui donnaient le pouvoir d'absoudre les coupables, à la condition pourtant qu'ils re'signeraient leurs propres bénéfices pour les utiliser au profit du monastère fi).

Création du royaume de Majorque

Un événement d'un autre genre vint, quelques années après, le préoccuper d'autant plus que son issue pouvait faire changer la situation générale de son monastère.

En effet, la création du royaume de Majorque détacha le Roussillon et la Cerdagne de celui d'Aragon auquel appartenait le couvent.

Par cette nouvelle monarchie qui dura à peu près soixante-sept ans, l'abbaye de Saint-Martin subit naturellement le sort du pays où elle était située, et eut à faire, d'ores et déjà, avec les rois de Majorque.

Visite du roi de Majorque à Saint-Martin

Habile diplomate et jouissant de la réputation d'une grande piété, Pierre VII s'attira malgré ses craintes, les sympathies du nouveau roi. Il eut la bonne pensée d'aller le voir à Perpignan où il résidait, quoique Majorque fût la capitale de son

(1) Inventaire n" 60.

royaume (i). L'entrevue devint d'autant plus favorable pour le visiteur que le roi Jayme voulut lui donner une preuve éclatante de son attachement, en lui promettant sa visite à Saint-Martin. En effet, quelques jours après, le roi de Majorque effectua son voyage au monastère du Canigou oii il fut reçu naturellement avec enthousiasme et avec l'appareil que peuvent donner à une réception royale des moines voués à l'austérité et à la pauvreté.

Guillaume de Cervoles, Abbé

Pierre VI ï vécut encore trois ans après la visite du roi Jayme. Un religieux du même nom que lui prit sa succession ; mais elle fut de bien courte durée, car le nouvel Abbé mourut l'année même de sa promotion. L'unanimité des suffrages, à l'élection du nouvel Abbé, se porta sur Guillaume de Cervoles.

Celui-ci, dès le début de son abbatial, accorda avec une vive satisfaction, à Dom François Arnaud-Serradeil, remplissant les fonctions d'aumônier, de doter de ses biens présents et futurs Saint-Gaudérique, en l'honneur duquel il venait de faire construire un magnifique autel dans l'église conventuelle (2). Quelques mois après, il eut à souffrir d'une calomnie de la part de ses religieux. On l'accusa, en effet, de simonie. Il s'en

(i) Inventaire n° 6i.

(2) Inventaire n» 62.

défendit avec beaucoup d'énergie et de prudence ; de là l'issue d'une dissension entre deux partis, chacun soutenu par des laïques. Le Pape, informé de ce scandale, ordonna une enquête et en chargea le religieux Raymond, Abbé de Saint-Michel de Cuxa. Il en résulta que les laïques mêlés à cette malheureuse affaire durent paraître devant l'évêque du diocèse pour en recevoir la sentence des peines qu'ils méritaient, et que les religieux, reconnus coupables, encoururent la suspense pendant un temps plus ou moins long, selon le degré de leur culpabilité.

Le Saint-Père motiva sa décision dans les termes suivants : Ptoptet violentant maniiiun injeciionem in deipàod teligioàoâ (i). Ces mots accusent une rixe violente.

L'année suivante, Guillaume III, plein de commisération pour ses enfants révoltés, mais alors bien soumis, sollicita du même Pape une sentence d'absolution ; il l'obtint, et les lettres qu'il reçut à cet effet du cardinal François Mathei, relevèrent les moines des censures. (Nones de mars i3oi) (2).

Cette terrible épreuve finie, la santé de l'Abbé Guillaume s'altéra sensiblement, et sa mort arriva deux années après, le 8 des calendes de mai i3o3.

(1) Fragment d'un Cartulaire de Saint-Martin. 12) Inventaire n» 63.

lOO HISTOIRE DE L ABBAYE ROYALE

Arnaud de Corbiac, Abbé Bains de Vernet

Le religieux Arnaud de Corbiac, sacristain-major, le remplaça deux mois après, le i3 des calendes de juillet i3o3.

La chose la plus saillante, au point de vue matériel, de l'administration de cet Abbé, qui dura treize ans, c'est la construction de quelques baignoires qu'il ordonna à un habitant de Vernet, du nom de Guillaume de Novelles, de faire dans sa propre maison, attenante aux thermes de ce village, c'est-à-dire à côté de la source des eaux chaudes des roches (c'est ainsi qu'on les appelait à cette époque). Cette initiative inaugure l'usage public, daiiA deà baignoiteâ, des eaux chaudes minérales qui devaient plus tard donner lieu à la construction d'un grand établissement de santé pour plusieurs genres de maladie. Jusque-là les bains de Vernet consistaient en une piscine voûtée ayant trentesept pieds de long sur quinze de large et trois de profondeur, oii tous les malades venaient indistinctement se plonger. « On comprend aisément, dit M. Pierre Barrera dans ses Mémoiteô analytique,) et ptatiqueà àiit leô eaux minétaleà de Vernet, que ce bain devait être malpropre. Autour du bassin existait un parapet de trois pieds de large. On y descendait par trois marches. »

DE SAINT-MARTIN DU CANIGOU lOI

C'est à l'Abbé de Saint-Martin, Pierre IV, qu'est due la construction de ce bassin d'utilité publique. Il remonte à l'année 1186; et c'est par conséquent pendant quatre-vingt-deux ans qu'il a servi au bien général, quoique dans de tristes conditions de convenances matérielles. (Bulletin de la Société littéraire des Pyrénées-Orientales, tome VII, p. 174),

Béranger de Colomer, Abbé — Obît

La succession de l'Abbé Arnaud de Corbiac,dont le décès porte la date du i3 des nones d'août i3i4, passa sans entraves au religieux Béranger de Colombario, prieur de Saint-Romain de Llupia. Ce prieuré bénédictin dépendait de la juridiction de l'Abbé de Saint-Martin, ce qui explique et légitime l'élection du dit Béranger, appelé de Colombario, parce qu'il était originaire d'un hameau de ce nom, situé près de Villefranche. Il n'en reste pas aujourd'hui de traces.

Très soucieux du sort éternel des moines défunts de son monastère, l'Abbé Béranger statua, du consentement de la communauté, (veille des nones d'avril i325) quedésormais, « à la mort d'un religieux du couvent, un prêtre séculier, soumis à sa juridiction, devrait résider au monastère, toute l'année subséquente, avec l'obligation d'y célébrer quotidiennement la messe pour l'âme du défunt et assister aux offices divins, que l'Abbé serait tenu de lui fournir la portion monacale du pain et du

vin, et que le chambrier lui compterait quarantecinq sous pour son vestiaire (i).

Translation de la dépouille mortelle du Comte et de celle de son épouse Elisabeth

Quatre années après cette décision- si charitable, i332, ce même Abbé, plein d'un respect profondément religieux pour les ossements du comte Guifre, fondateur de l'Abbaye, et de son épouse Elisabeth, voulut les réunir. Il les enferma, de ses propres mains, aidé de quelques religieux, dans un magnifique sarcophage, digne des restes mortels d'un saint et d'une héroïne chrétienne. Il les fit solennellement transférer dans une magnifique niche construite au mur latéral de droite de la grande basilique. Ils sont restés là honorés et vénérés jusqu'au ii du mois d'août de l'année 1786.

Sur le couvercle tumulaire on lisait l'inscription suivante :

Anna inilleôiino quadzageôimo iiono Incatnatioiiiâ Domiiii, ptidiè kalenda.i Aiigiiôti, obiît DoniinuA Guiftediià, condain Coïneà nobUiMiinuà quiôub titille beati Martini ptœâuliâ, bnuc locum jiiâôit œdificati, iiiidè et nionachii.i fuit anniô quindccim, in nomine Doniini noàtti Jeàii-Chtiôti ; cujiià dicti Comitiô et ej'iià iixotià Elisabeth ComitiôAse cotpota ttandlatuti fecit in hoc monuuiento Doniiniiô Betengatiiiô de Colombatio, Abbaô iâtiuô loci, anno milleôimo ttecenteôiino ttigeôimo ôeciindo.

(i) Inventaire n« 66,

DE SAINT-MARTIiN- DU CANIGOU Io3

Réforme

C'est en i336, année de la mort de Déranger de Colombario, qu'eut lieu la fameuse réforme dans la plupart des ordres religieux, et plus particulièrement dans ceux de Cîteaux et de Saint-Benoît, par le pape Benoît XII, ex -religieux lui-même de Cîteaux.

Les bulles du grand Pape portaient principalement sur les moyens à prendre pour faire fleurir de plus en plus parmi les Bénédictins, les études ecclésiastiques, les sciences et les humanités. [Bulle Conôt. 5, t. I, p. 241),

La nouvelle constitution divisa l'ordre bénédictin en trente-six provinces. Le royaume d'Aragon forma la neuvième, sous le nom de province Aragonaise, et Narbonne, Toulouse et Auch, formèrent la quatrième. C'est à cette dernière qu'appartint l'abbaye de Saint-Martin du Canigou, comme étant située dans un diocèse suffragant de l'archevêché de Narbonne.

Ce qui distinguait spécialement cette réforme, c'est que, tous les trois ans, dans chacune des provinces, on élisait au chapitre provincial, au lieu d'un général, trois présidents, et que les Abbés étaient nommés à vie et non triennaires rééligibles. (Gallia Chziàtiaiia, col. 340.)

L'Abbé Raymond de Banyuls au Concile de Saint-Tibéri

L'Abbé Ra^anond III de Banyuls, successeur direct de Be'ranger, iSSy, a été le premier des abbés de Saint-Martin qui dut se rendre, après la publication des Bulles de la Réforme, à un Chapitre général. Il eut lieu à Saint-Tibéri, dans le diocèse d'Agde.

Quelques-uns de ses religieux l'y accompagnèrent (i).

A son retour, la mort le surprit. Ce terrible accident, qu'on était loin de prévoir, occasionna une vacance d'un an. Le lo des calendes de juin i338, l'église de Saint-Martin cessa d'être veuve par la promotion du moine Paul. Celui-ci suivit de près son auguste collègue. Il ne régna pas même un an. L'année d'après, 4 juin iSSg, Pierre IX. orii^inaire de Vernet, lui succéda,

Pierre IX, Abbé Privilège accordé aux habitants de Vernet

Dans nos recherches aux vieilles archives de ce village nous avons trouvé, par lui rédigé, un acte civil qu'il adresse officiellement, en sa qualité de seigneur haut-justicier de son pays natal, à ses

(1) Inventuire n" fiy.

DE SAINT-MARTIN DU CANIGOU lOD

compatriotes. Cette pièce trahit un grand cœur et témoigne du vif intérêt d'un père pour le bonheur de ses enfants. Ecrite par abréviation et en un catalan griffonné et barbare, elle nous a donné une peine infinie pour la traduire fidèlement et en saisir tout le sens. Il y est question de la nomination des consuls qui devaient sagement administrer la population de Vernet : « Nous, Pierre de Vernet, dit-il. Abbé par la grâce de Dieu du monastère de Saint-Martin du Canigou et seigneur haut-justicier des lieux et domaines dépendant de Notre Abbaye, accordons aux habitants de Vernet de jouir de la faculté et de l'autorité de créer, de nommer et d'élire leurs consuls ainsi qu'il suit :

« 1° La ville de Vernet a droit à trois consuls qui devront être nommés et constitués de la manière suivante : la première fois, ils seront élus , par l'université des gens de Vernet, ou au moins par la majeure partie. Le batlle sera toujours requis, n'importe par quelle personne, dans le but de former des réunions publiques jusqu'à ce que les consuls soient élus.

« 2° A la fin de deux années, les trois consuls élus ou deux seuleinent si le troisième avait refusé d'accepter la dite charge par des motifs urgents, pourront et devront choisir trois autres consuls parmi les habitants de la dite ville. Le pouvoir de ces derniers durera aussi deux ans ; et ainsi de suite pour toujours, sans qu'on ait besoin du consentement du dit Abbé, ni de ses successeurs, (?t encore moins de leurs officiers claustraux.

Io6 HISTOIRE DE l' ABBAYE ROYALE

« 3° Si, avant la fin des deux années, un d'entre les consuls vient à mourir, ou si pour cause de vieillesse, maladie ou tout autre motif, juste ou injuste, il ne peut nullement remplir sa charge, les deux consuls demeurés en place auront la légitime faculté de créer et d'élire tel nouveau consul qu'il leur plaira.

« 4° Si, avant la fin des deux années consulaires, les trois consuls ou bien deux seulement viennent à mourir, si même à la fin de leur mandat, ils se contrarient par quelque motif juste ou injuste sans qu'ils puissent se mettre d'accord pour élire leurs remplaçants, dans ces deux cas, vingt ou seize hommes, ou pour le moins douze de bonne et franche volonté, pourront librement s'assembler dans un lieu quelconque de Vernet pour procéder à l'élection de trois nouveaux consuls. Ceux-ci, à la fin de l'année biennale, éliront de nouveau les autres consuls.

« Si de ces trois nouveaux élus, un d'eux devait ou par caducité ou tout autre motif urgent, se faire dispenser de son emploi, il obtiendra toujours satisfaction, et ses deux collègues pourront alors choisir à sa place tel nouveau consul qu'il leur plaira.

« 5° Si tous les trois consuls ou bien deux se démettaient immédiatement de leur charge, que faire ?? Dans ce cas, les trois consuls biennaux de l'élection précédente, ou bien deux d'entr'eux, s'il y en a un d'empêché, pourront élire et créer trois nouveaux consuls en remplacement des démissionnaires.

« 6° Mais si l'élection ne peut pas s'effectuer à cause du désaccord des trois électeurs susdits ?? alors un groupe de vingt ou pour le moins de douze hommes pourra de sa propre autorité, élire, en un lieu quelconque, les trois nouveaux consuls. Et s'il se présentait le cas qu'un autre groupe procédât aussi en même temps à l'élection consulaire, les trois premiers présentés au baille de Vernet seraient ôeiilà consuls. Toutes ces opérations seront faites sans avoir besoin du consentement de l'Abbé ni de ses dignitaires.

« 7" Les consuls élus doivent fidèlement remplir leur emploi avec circonspection et prêter serment devant le batlle ou son adjoint .nit leô SainU Eoaugileé.

« S° Toutefois, si, après le serment donné, le batlle s'aperçoit que les nouveaux consuls ne peuvent pas pour de justes motifs, remplir leurs fonctions, les consuls antérieurs reprendront leur pouvoir jusqu'à ce que les nouveaux soient constitués. Et si, dans cette nouvelle élection, un des trois consuls était seulement admis par le batlle, celui-là usera alors de son droit et décidera si l'opposition du batlle est équitable ou ne l'est pas. Dans le premier cas le consul admis exercera momentanément, seul, les fonctions, après avoir prêté serment sur les Saints Évangiles, en attendant qu'on lui donne deux autres collègues.

Mais si l'élection des trois consuls était invalidée par le batlle, alors les trois consuls antérieurs qui avaient été agréés pour exercer le con-

Io8 HISTOIRE DE l'aBBAYE ROYALE

sulat pendant deux ans, — pourront et devront élire trois autres consuls. — Et s'ils ne le font pas ? Dès lors un groupe de vingt ou de douze hommes au moins devra proce'der encore à l'élection, jusqu'à ce que cette élection soit validée et que les nouveaux élus aient prêté serment sur les Saints Evangiles.

« 9° Mais si le batlle juge encore que les trois nouveaux élus sont impropres à l'exercice du consulat ; en ce cas, interviendra le juge ordinaire de l'Abbaye ; et après une enquête, dont la durée ne sera que de quinze jours, il décidera si les nouveaux élus peuvent ou ne peuvent pas rester dans leurs fonctions.

« 10° Les consuls pourront vendre, louer et aliéner tous les droits ou créances qui concernent la dite université. Ils useront de tous les droits attachés au pouvoir des consuls et syndics des autres villes du Confient, avec réserve pourtant de ne pas tenir maison ni campagne en commun.

« 11° Les consuls rendront compte, selon que l'ordonne la loi, de leur administration à ceux qui les remplaceront.

« 12° Si les consuls sortants avaient abusé des privilèges attachés au consulat, qu'ils ne prétendent pas avoir raison auprès de Nous parce que, d'avance, Nous les condamnons.

« Le dit privilège a été accordé, le i o des calendes de juin 1340.

« PIERRE, Abbé de Saint-Martin. »

On ne saurait trop admirer la perspicacité et la prudence dont l'Abbé de Saint-Martin fit preuve,

en instituant ce régime d'administration civile oxx la liberté avait sa grande part, mais avec des limites qui l'empêchaient de dégénérer en licence.

La première année de l'abbatiat de Pierre IX faisait espérer une période de paix et de prospérité. Il en fut ainsi dans le monastère au point de vue religieux. Mais hélas ! à partir de la seconde année de sa promotion, des guerres désastreuses que se firent Pierre IV, roi d'Aragon, et Jacques II, roi de Majorque, vinrent incessamment troubler son existence monacale.

La chance et l'insuccès réciproques des armes des deux monarques produisaient à Saint-Martin une indécision politique dont l'effet était de se tenir à l'écart de toute intervention, laissant démêler les événements pour en attendre avec perplexité le dénouement final.

Ce dénouement arriva par le succès de Pierre sur son rival (i343); dès lors la monarchie majorquiné tomba et devint une nouvelle occasion de guerres encore sanglantes et plus acharnées que jamais.

L'Abbaye de Saint-Martin s'en ressentit cruellement, comme nous allons le voir au chapitre suivant. Cependant, après bien des souffrances morales qu'eut à endurer Pierre IX pendant la terrible guerre des deux rois d'Aragon et de Majorque, la Providence voulut lui épargner la plus forte, celle de n'avoir pas été le témoin en ce monde de la secousse épouvantable que reçut son couvent du

IIO HISTOIRE DE l'aBBAYE ROYALE

Canigou à l'occasion de ces luttes et de ce changement de régime gouvernemental. Dieu l'avait déjà appelé à lui, 4 des nones de janvier 1847, lorsque Jayme vaincu, fondit de nuit sur le monastère et le ravagea impitoyablement.

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