CHAPITRE XI
Sécularisation de Saint-Martin Démarches à ce sujet
Les religieux dignitaires de Saint-Martin envoyèrent, en effet, au roi la délibération telle que la motiva dans son allocution faite à la salle du Chapitre, le Prieur claustral Dom Réart. Sa Majesté n'en accepta pas les raisons. Ce refus royal provoqua alors de la part des religieux la demande de sécularisation, ne pouvant pas, disaient-ils, se soumettre à une réforme dont la pratique leur paraissait, à eux, impossible, à tous les points de vue. Dom Marie Grumet de Montpré, dernier Abbé commendataire de Saint-Martin et successeur de Dom Jacques de Durfort, était au pouvoir depuis seulement deux mois, lorsque le 4 septembre 1779, les officiers du Chapitre se réunirent une dernière fois pour réitérer avec instance à Sa Majesté Louis XVI qui avait succédé à Louis XV,
la demande de sécularisation. Ils prirent, en effet, la délibération dont la teneur suit :
« Nous soussignés, réunis en Chapitre, considérant que, depuis dix ans, nous sommes menacés d'être mis à la vie séculière, avons résolu de représenter à Sa Majesté très chrétienne, le roi de France, que si cette mesure que nous sommes loin de désirer et que nous avons pourtant demandée, parce qu'il nous est impossible d'accepter un genre de vie tel que celui qu'on nous propose", si cette mesure, dis-je, est irrévocablement décidée, notre position nous force à demander qu'elle s'effectue au plus tôt ; et les principaux motifs que nous alléguons, sont les suivants :
« 1° Nos propriétés dépérissent, et la prudence ne Nous permet plus d'en hasarder l'amélioration. Nous sommes réduits à cinq officiers claustraux, presque tous très âgés, et les uns et les autres plus ou moins atteints d'infirmités : ce qui fait que s'il en vient à décéder un ou deux, la régularité, le culte, l'acquit des fondations devront bientôt cesser dans le monastère. Les survivants ne pourront plus se secourir les uns les autres et seront exposés plus que jamais à être pillés ou assassinés par des brigands dans cette affreuse solitude. Cette crainte et la rigueur des hivers plus ou moins insupportable à notre âge, finiront peut-être par nous contraindre à chercher un autre asile. Pour peu d'ailleurs que notre rentrée dans le siècle soit retardée, Nous serons hors d'état d'acquérir les moyens d'y être utiles.