IDO HISTOIRE DE L ABBAYE ROYALE
« 2° Nous proposons qu'on Nous conserve, en cas de dissolution, la jouissance des biens et revenus de nos offices avec le surplus que le seigneur Abbe' fournit, selon ses obligations, à la communauté', au monastère, à l'église même, consentant qu'il remette entre les mains d'un séquestre la somme à laquelle on aura évalué les denrées, redevances, vestiaire et sel qu'il est tenu de distribuer aux moines. Que si ce prélat aime mieux jouir lui seul de tous les biens et revenus des officiers claustraux, il devra s'engager à servir annuellement une pension de 800 livres, franche et quitte de toutes charges, dont il augmentera le taux proportionnellement aux extinctions, jusqu'à ce qu'elle s'élève à 1400 livres. Pour prévenir toute difficulté sur l'époque oii commencera cet accroissement, la valeur de chaque office claustral sera fixée ainsi qu'il suit :
« La grande prévôté, 2o5o livres ; l'aumônerie, 600; l'infirmerie, 5oo ; la sacristie, 3oo ;, la prévôté d'Aureilla, 200 ; la chambrerie, 200.
« La présente délibération, faite en triple original, sera envoyée à Sa Majesté très chrétienne, Louis XVI, roi de France et de Navarre. »
« Signés : f Dom Sicart, sacristain, prieur claustral, vicaire-général.
f Dom Cavaillon, prévôt d'Aureilla.
t Dom Terrats, grand prévôt.
f Dom Ay, infirmier.
f Dom François de Collarès, aumônier çt secrétaire du Chapitre, ,»
DE SAINT-MARTIN DU CANIGOU l5l
« 4 novembre 1779.
« Nous soussigné, Abbé, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, confirmons et ratifions la délibération prise par les très illustres membres de notre Chapitre, avec la réserve de Nous en rapporter à ce qui sera réglé par le roi sur la manière de pensionner les offices claustraux de notre royale Abbaye de Saint-Martin du Canigou.
« L'Abbé Grumet de Montpré. «
(Copie exacte de l'original qui existe dans l'ancien notariat de M'' François Serra où il nous a été permis d'entrer sans difficulté et de fouiller à notre aise lés vieilles archives.)
Document de Joseph de Maury
Après cette démarche faite au Roi, il fallut en faire une autre auprès du Saint-Siège. Nous n'avons pas pu trouver le texte de la supplique que ces mêmes religieux envoyèrent à Rome. Toutefois la traduction de la relation suivante, écrite dans un très beau catalan par le sieur Joseph Maury de Vernet, frère de Martin Maury, Procureur juridictionnel (à cette époque) de l'Abbaye de Saint- Martin, comme de celle de Cuxa, est de nature à satisfaire le lecteur sur tous les détails, non seulement civils, mais ecclésiastiques de cette sécularisation de l'Abbaye du Canigou et sur les tristes conséquences qui en résultèrent,
i<. Le i3 du mois de septembre de l'année 1782,
dans la maison du sieur Martin Maury, Pages, du lieu de Vernet, en Confient, diocèse d'Elne, s'accomplirent les formalite's ordonne'es par la Bulle que le Saint- Père donna à Rome, le ii des calendes de février 1182, pour la suppression duxouvent^ de l'Abbé et des moines de Saint-Martin du Canigou, lequel couvent est situé sur le territoire de Vernet et en face du village. Les noms des religieux; étaient : Grumet de Montpré, Abbé; Collarès, aumônier; Terrats, prévôt majeur; Cavaillon, prévôt mineur ; Sicart, prieur et sacristain ; Bordebile, camérier ; Ay, infirmier.
« Tous ces moines, l'Abbé compris, ayant demandé par une délibération la suppression ou sécularisation de leur couvent, elle leur fut accordée par une Bulle. Ce document apostolique déléguait l'Archevêque de Narbonne pour se transporter, luimême ou son délégué, à l'Abbaye de Saint-Martin, afin de vérifier les motifs que l'Abbé et les religieux avaient exposés pour obtenir laE sécularisation.
« L'Archevêque de Narbonne délégua un de ses grands vicaires qui était chanoine de la Cathédrale et portait le nom Llins. Celui-ci vint, accompagné de l'Abbé de Montpré et du notaire François Serra de Perpignan, à la maison du susdit Maury Martin, Procureur juridictionnel de l'Abbaye, afin de vérifier les motifs exposés par les intéressés.
« Pendant le cours de cette enquête de coiiimodo et incojiimodo, il y eut de -très grandes oppositions de la part des communes de Prades, de Villefranche et des autres localités environnantes.
« Toutes envoyèrent des Commissaires ou Syndichs pour s'opposer à la suppression demandée et pour réclamer qu'on rejetât les délibérations que les moines avaient rédigées et envoyées, l'une au roi et l'autre au Pape.
« Les raisons données par les délégués des communes furent bien reçues et annexées dans le procès-verbal. C'est ainsi au reste que l'ordonnait la Bulle du Saint-Père : de recueillir dans l'enquête toutes les raisons des parties intéressées au maintien du couvent.
« Cette enquête et l'audition des témoins contraires à la suppression dura jusqu'au 5 septembre, c'est-à-dire deux jours. Après cela, il se passa un an, sans que nous ayons su où en étaient ces affaires.
« Pourtant, l'année suivante, en 1783, à pareil jour, 2 septembre, après que le Conseil souverain du Roussillon eut enregistré les lettres patentes du roi, données pour la suppression ou sécularisation dont il est question, vint au monastère de Saint- Martin un commissaire du dit Conseil, nommé Capot, conseiller, assisté du secrétaire du Conseil. Il convoqua l'Abbé et les religieux, et leur lut l'arrêt de sécularisation, en leur enjoignant d'exhiber à l'instant tous les titres et papiers du couvent et du Chapitre, parce qu'il devait en faire le dépôt à Perpignan.
« Ainsi se termina la mission civile du délégué Capot, ordonnée par les lettres patentes du roi.
« Les formalités ecclésiastiques devaient terminer et consommer ce i^rand et si tris-te travail de la