‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Martin du Canigou (diocèse de Perpignan [microform]; suivie de La légende et de l'histoire de L'abbaye de Saint-André d'ExaladaChapitre 21 sur 38 · I 04 HISTOIRE DE L ABBAYE ROYALE · texte numérisé non relu

I 04 HISTOIRE DE L ABBAYE ROYALE

sécularisation du couvent de Saint-Martin du Ca-

nigou.

« Les grands vicaires de l'église d'Elne, en l'absence de l'Evêque, déléguèrent aussi un commissaire au monastère, àj'effet d'y remplir les fonctions ordonnées par la Bulle pontificale. Cette pénible charge incomba au curé d'Olette, l'abbé Soléra, docteur en théologie. Son premier soin, arrivé au couvent, fut de dresser un inventaire de tous les objets qui étaient dans les deux églises et à la sacristie ; on les porta en lieu sûr, à l'église de Villefranche. Ce travail dura depuis l-e 2 septembre jusqu'au 7 du même mois, dernier jour, hélas! du couvent de Saint-Martin, et le premier de sa destruction. La porte de l'église souterraine, dédiée à la Sainte Vierge, fut murée. Celle de l'église conventuelle fut fermée à clef. La translation des reliques de saint Gaudérique à Villefranche se fit processionnellement au milieu des larmes et des sanglots. Elles sont restées là sous la garde et la vigilance de la Communauté ecclésiastique de cette ville jusqu'au 3i décembre.

« C'était une véritable consternation d'entendre pleurer et gémir toutes les personnes présentes à Saint-Martin quand on ferma les portes. La désolation augmenta d'autant plus que les religieux euxmêmes pleuraient et se lamentaient de devoir quitter pour toujours ce désert, ces églises et la chapelle surtout de Saint-Gaudérique.

« Le 22 du mois de décembre de cette même année lySS, Perpignan avait fait le vœu de glorifier

saint Gaudérique le plus solennellement possible, s'il obtenait de Dieu la cessation des grandes pluies qui menaçaient d'inonder tout le Roussillon.

« Cette fois, ce n'est pas lase'cheresse qui fait recourir les catalans à la protection du patron des laboureurs ; tant il est vrai de dire qu'on lui reconnaissait une puissance propre non seulement à faire cesser le fléau de la sécheresse, mais à écarter tout malheur général qui nuisait aux hommes et aux choses.

« Une députation perpignanaise partit donc pour Villefranche oii étaient en dépôt, nous l'avons dit plus haut, les reliques de saint Gaudérique ; six prêtres de la communauté de Saint-Jean, que l'Evêque avait délégués, devaient les porter processionnellement à Perpignan où elles arrivèrent, en effet, le 5 janvier 1784. Saint Gaudérique exauça encore une fois le peuple roussillonnais.

« Trois années s'étaient écoulées depuis la fermeture du monastère du Canigou, lorsque le moment arriva de vendre les cloches et de distribuer les autels et les ornements aux églises qui dépendaient de la juridiction de l'Abbaye. Cette triste opération eut lieu le 7 du mois d'août 1786.

« Toutes les paroisses intéressées avaient été prévenues. Quant à la vente des cloches, Perpignan en fit l'acquisition, excepté toutefois de la plus grande que la ville d'Olot, en Espagne, voulut acheter pour son magnifique clocher de Notre- Dame de la Tour.

« Le démontage des autels prit deux jours aux

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ouvriers, le 8 et le 9 du même mois, et aussitôt après s'en fit la distribution ainsi que des ornements, toujours en pre'sence du délègue' de l'e'vêque, le curé d'Olette.

« Instruites qu'elles étaient de par une ordonnance épiscopale de la distribution dont il s'agit, les marguilleries rédigèrent chacune une délibération pour nommer un commissaire à qui était donné officiellement la mission d'aller prendre les objets que devait lui remettre le délégué ecclésiastique.

« Le docteur Soléra leur donna, en effet, à chacun la part qui lui revenait. De droit, le marguillier de Vernet, Jacques Brozy, reçut, le premier, une large portion du partage. Suivirent ensuite : Barthélémy Llopet, marguillier de l'église de Sahorre ; Joseph Vidal, marguillier de l'église de Mantet; Jean Carbonneil, marguillier de l'église de Marquixanes, et Jean Escaro, marguillier de l'église d'Aureilla.

« Cette distribution finie, le commissaire ecclésiastique eut soin d'en dresser procès-verbal et de le faire signer par tous les délégués présents des paroisses.

« Le lendemain, 11 , la translation à la nouvelle église de Casteil des dépouilles mortelles du comte Guifre, fondateur de l'Abbaye, et de sa femme, la comtesse Elisabeth, donna lieu à une nouvelle démonstration déchirante de regrets et de larmes.

« La môme niche en marbre dans laquelle avait été placées ces augustes dépouilles, les reçut à l'église de Castejl où les ouvriers l'avaient vite

remontée. La magnifique statue de Guifred reprit sa place sur le riche sarcophage.

« Un service funèbre solennellement célébré en présence d'une foule très nombreuse, de tous les marguilliers des paroisses ci-dessus nommées et d'un nombre considérable d'ecclésiastiques, termina cette lugubre et très émotionnante cérémonie du transfert des restes mortels du comte et de la comtesse Guifred.

« Ensuite, on remonta au monastère pour en retirer tout ce qui pouvait y être resté : après quoi, le délégué de l'évèque quitta ces lieux et dit, dans les sanglots, ce dernier adieu aux moines défunts : « Reqiiieàcani in pace ».

« Les bâtisses et les propriétés environnantes restèrent pour le compte de l'Abbé Grumet de Montpré. Quoique sécularisé il en retirait les revenus. »

« Le 8 décembre 1786 commença la vente par fractions de tous les immeubles. Mon frère, le sieur Martin Maury, en qualité de procureur substitué accepta cette charge, quoiqu'elle ne fut pas agréable. Le dévouement seul le détermina à faire ainsi.

« Ad Meinoziain fuhitotuni poàt noA venien-

tium. »

Joseph Maury, de Vernet.

C'est dans la maison même de l'auteur du document qui vient de nous expliquer la fin désolante du monastère du Canigou que nous l'avons trouvé. Elle est habitée aujourd'hui par un

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neveu, du nom de Martin Maury, propriétaire. Il nous a livré très gracieusement les vieux papiers de ses oncles qu'il tenait dans un coffre en bois de chêne. Après plusieurs heures consacrées à les examiner, nous découvrîmes la présente pièce qu'il nous permit d'emporter pour en prendre copie.

Nous sommes d'autant plus sûr de la véridicité du récit de Joseph Maury, frère du procureur substitué, Martin Maury, qu'il concorde parfaitement avec les extraits suivants que M. Henri de Barthélémy, archiviste de la ville de Perpignan, aA'ait tirés des pièces originales qui conaposent une partie du cartulaire de Saint-Martin :

« I-/83, le 2 ôeptembtè. — Un membre du Conseil souverain du Roussillon, M. Capot, fut envoyé au monastère pour y opérer le dépôt des reliques, vases sacrés, ornements, etc., jusqu'à l'arrivée du nouvel évêque, Dugay, et pour la recherche des titres et autres pièces.

« ijSS, le 4 du même moÎA. '—^ Le curé d'Oléta, M. Soléra, commissaire délégué par le vicaire général de Perpignan, s'étant rendu à Saint-Martin, lut à la communauté réunie les bulles de sécularisation. Cette lecture achevée, les religieux fondirent en larmes, en se dépouillant de la cuculle dont ils étaient revêtus f i), et tous les assistants partagèrent leur émotion.

« ijSS, 8 avtil. — Arrêt du Conseil souverain, touchant la suppression du monastère. Il est dit

(I) I.a cuculle était l'habit de ciiœur des bénédictins.

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dans cet arrêt que la Cour souveraine avait enregistré, vers la mi-septembre 1783, les bulles donne'es le II des calendes de février 1781, ainsi que les lettres patentes du mois d'avril 1782, concernant la sécularisation et la suppression du monastère de Saint-Martin du Canigou et l'union des biens et revenus de la Mense conventuelle à l'Abbave, le décret de l'archevêque de Narbonne, portant sa sécularisation, en date du 5 octobre 1782, et l'inventaire des vases sacrés, ornements, etc., de l'église, dressé le 2 septembre 1783.

« La dite Cour ordonna subséquemment queles vases sacrés, vêtements sacerdotaux, les livres de chœur, même celui qui contient les quatre Evangiles avec l'exposition de saint Jérôme, écrit sur vélin, relié in-4°, dont les couvertures sont en bois, couvert de plaques d'argent en relief, représentant d'un côté un Christ entre deux images, de l'autre une seule image et d'autres décorations, demeurassent à la disposition de l'évèque diocésain pour être distribués à telles églises qu'il jugera convenable, commençant par celle de Casteil, jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment pourvues.

« Ordonna, en outre, que le mausolée et la statue du fondateur du monastère, qui est en marbre blanc, portant une inscription en lettres gothiques fussent transportés de l'église de Saint-Martin dans l'église de Casteil. Cette translation se fit, en effet, le 1 1 août 1786.

« La châsse de saint Gaudérique, ainsi que le retable, etc., furent portés à Perpignan et placés

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dans une des chapelles de l'église de Saint-Jean où nous les voyons encore aujourd'hui. Le jour où on enleva cette relique du monastère fut un jour de deuil et de désolation pour les habitants de Vernet et de Casteil. On n'entendait de tous côtés que des lamentations. »

De Montppé cède les thermes de Vernet

Dévouement du docteur Barrera pour l'agrandissement de ces thermes

Deux années après la complète consommation de l'acte de sécularisation de l'Abbaye du Canigou, Dom Grumet de Montpré, considérant que les bains de Vernet étaient en très mauvais état, que les bâtiments tombaient en ruines et qu'on ne pouvait par conséquent les fréquenter sans danger quoiqu'ils fussent très propres à guérir et à soulager plusieurs genres de maladie, les céda par acte notarié, passé à Perpignan le 12 avril 1788.

Voici la teneur de cet acte que relatent les Me moites qu'a écrits sur les bains de Vernet l'acquéreur lui-même, Pierre Barrera :

« Messire Jean-Marie Grumet de Montpré, ex- Abbé commendataire de l'Abbaye royale de Saint- Martin du Canigou, cède à M. le docteur Barrera, médecin de l'hôpital militaire de Mont-Louis, et lui baille en emphytéose perpétuelle pour lui et ses successeurs les bains et les eaux de Vernet avec les bâtisses et les murs y attenants, avec les

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lambeaux de terre qui se trouvent au contour, aux pactes qui suivent :

« 1° Que le dit M. Barrera et possesseurs seront tenus de laisser prendre les bains gtafU aux pauvres et aux habitants de Vernet et Casteil ;

« 2° Que l'acquéreur est autorisé à couper dans les forêts de l'Abbaye la futaille nécessaire pour la construction et la réparation des bains ;

« 3° Que le paiement d'une censive de neuf livres, moniiavc de France, s'effectuera le 12 avril de chaque année à qui de droit ;

« 4° Que l'acquéreur payera pour droit d'entrée la somme de six cents livres. »

Si l'ex-Abbé deMontpré céda pour cause d'utilité publique les thermes de Vernet à M. Barrera, il voulut pourtant rester possesseur de l'Abbaye et de toutes les propriétés environnantes, aux conditions convenues, avant la consommation de l'acte de sécularisation, entre lui et ses officiers claustraux.

Ces biens sont restés propriété privée jusqu'à la Révolution. Cette époque de crimes et de brigandages en fit une propriété nationale, après que leur auguste possesseur fut devenu, à Paris, une des victimes de la rage révolutionnaire.

Le docteur Barrera retira aussitôt les bains de Vernet de l'état de délabrement dans lequel ils se trouvaient.

Depuis, de nouveaux bâtiments, vastes, élégants et bien distribués, ont classé les thermes de Vernet parmi les premiers du Midi.

De tous les malades qui ont donné le plus de crédit à ces eaux de Vernet, nous pouvons citer Ibrahim- Pacha, vice-roi d'Egypte, qui, en 1846, séjourna trois mois dans ces thermes. L'auguste malade y trouvait, avec un soulagement complet à ses souffrances, un air salubre, un climat doux et une délicieuse variété de sites enchanteurs.

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