‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Martin du Canigou (diocèse de Perpignan [microform]; suivie de La légende et de l'histoire de L'abbaye de Saint-André d'ExaladaChapitre 23 sur 38 · Stephanus Episcopus Atensis · texte numérisé non relu

Stephanus Episcopus Atensis

-J- Guadallus Episcopus Barchinonensis.

f Bernardus Episcopus Comenensis.

t Arnallus Magalonensis Episcopus. 7 Arnallus Episcopus Tolosanus.

f Meribaldus gratia Dei episcopus Urgellensis. t Wuillemus Ausonensis Gratia Dei episcopus.

f Wilielmus episcopus Urgellensis.

f Raymundus gratia Dei episcopus Elnensis.

f Berlngarius Episcopus Jerundensis.

(Archives départementales, Abbaye de Canigo ; copie sur parchemin qui parait être l'acte original ; autre copie du Xle siècle dans un cahier en parchemin, publié par Guérard dans le cartulaire de Saint- Victor de Marseille, n° 1062, tome 11, p. 532, d'après un manuscrit qui paraît être du Xlle siècle, et conforme au texte de notre seconde copie, sauf quelques variantes insignifiantes. M. Guérard rapporte le document à l'an io3i environ, et vers l'an io32 pour la seconde série de signatures, ce qui n'est guère admissible pour quelques-unes et, entr'autres, pour celle de Raymond, évêque d'Elne. Il est évident qu'à partir de la signature de Fronterius, Evêque de Nîmes, les autres ont été apposées à diverses époques du Xle siècle, ainsi qu'on le voit dans d'autres documents de cette espèce.)

.... Au pieu.\ ermitage de Saint-Martin le saint est représenté à cheval et couvert de sa cotte de maille, au moment où, le cœur brûlant de charité, il partage, avec son épée, son riche manteau, pour en couvrir un pauvre.

L'ermitage est plein comme un œuf; vieillards, jeunes filles et jeunes gens sont là, invités à la fêle par les allègres tintements de la cloche sonore ; on croit y voir entrer, avec la jeunesse, toutes les fleurs de ces montagnes et de ces vallées, accourues pour baiser les pieds du saint qui semble leur sourire.

C'est aujourd'hui le jour du pieux rendez-vous à l'ermitage: tous, bien endimanchés, y vont en pèlerinage: propriétaires et travailleurs, bergers et gentilshommes ; chacun d'eux a une faveur à demander à saint Martin qui, de bien bonne grâce, accorde au.x villageois de bonnes récoltes.

— « Je veux rester auprès de lui sur cette montagne », s"écrie le comte de Cerdagne, d'un ton résolu.-

— « Quant à moi, je veux faire ici même un monastère, pour y terminer mes jours dans la pénitence. Puisque je n'ai pas su pratiquer la science de la vie, laissez-moi apprendre ici le secret de mourir. »

Bientôt, mettant la main à l'œuvre pour la pieuse entreprise, les guerriers laissent l'épée pour prendre les outils du manœuvre, la lance pour la pioche, et l'on voit s'agiter à l'envi toute une armée de travailleurs sur le plateau où le beau Gentil repose sous une pierre dans son sommeil éternel.

Quand le soleil dore et égrène les épis, avez-vous vu, pendant l'été, les fourmis aller et venir en courant au milieu des blés ? L'une fait la provision, une autre l'emporte, celle-ci pousse la charge, celle-là la traîne et amasse le grain après l'avoir dépouillé de son enveloppe.

... al hermitatge dévot de Sant Marti lo Sant, desde H cavall, vestit de malla.

encès d'amor, d'un colp d'espasa talla, per abrigar à un pobre, son ribetat nxantell.

La hermita es com un ou atapahida

de vells, donzelles y minyons que hi crida

de la sonore esquella lo tritUejar festiu ;

apar que hi entren d'aquells cims y planes

ab la jovent totes les flors boscanes.

sols per besar les plantes al sant que aqui 'l sonariu.

Avuy s'escau l'aplech à l'hermitatge :

endiumenjats hi van en romiatge pagesos y artigayres, pastors y cavaliers, y a Sant Marti quiscun un do demana, un do que 'Is concedeix de bona gana, als camps bones anyades.

— Jo ab ell me quedaré en esta montanya, resolt exclama 'l comte de Cerdanya.

Per acabar ma vida en penitencia jo aci mateix vull fer un monestir ; paix no he sabut del viure la ciencia, deixaume apendre aci la de morir. —

Posant les mans en la sagrada feyna deixan la espasa los guerrers per l'eyna del manobre, la llança pe 'i magall, y en lo serrât ahont sota una llosa en son eterna 'l bell Gentil reposa, bellugueja l'exercit del treball.

En temps d'istiu^ heu vistes les formigues, quant daure 'l sol y esgrana les espigues, anar, venir y correr pe'l rostoll ?

l'una 'l gra abasta, l'altre se 'l carrega, esta l'empeny, aquella l'arrosega y s'atresera 'l gra y's llansa 'l boll

lyo SAINT-MARTIN DU CANIGOU

Ainsi font nos travailleurs : pendant que l'un mesure plus exactement la superficie du terrain en pente, un autre travaille à son nivellement ou creuse le fossé qui doit servir de lit aux fondations. Celui qui fait l'office de bûcheron abat des pins et des sapins, que le scieur équarrit ensuite ; le tailleur de pierres en fait autant pour le marbre et le granit.

Du côté du Midi, l'édifice a un de ses pieds de roche suspendu sur l'horrible précipice qui semble prêt à le dévorer, tandis que, tenant l'autre pied plus solidement appuyé sur le roc du côté opposé, il grandit et s'élève sur la montagne abrupte et escarpée, comme un enfant qui doit atteindre la taille d'un géant.

Le cloître voit bientôt une troupe légère de colonnes s'aligner comme à l'appel du clairon, et se couronner de grossiers chapiteaux, où s'étale et prend place, à la voix du sculpteur, tout un essaim d'oiseaux et d'animaux fantastiques au milieu de feuilles d'aloès et de palmier.

Au cloître est adossée l'église souterraine de la Vierge, dans un style des plus simples ; elle est sombre et sans fenêtre; mais cet astre du ciel lui envoie sa lumière. Un peu plus tard, quand la flamme de la prière a éclairé et réchauffé ce sanctuaire, un autre temple vient s'asseoir au-dessus de celui-là, comme une statue d'or sur un piédestal d'argent.

De hardies colonnes de granit soutiennent sur leurs fronts les trois voûtes du temple, vieux symbole du grand mystère de la sainte Trinité. Mais en voyant l'église si pure et si belle, on lui donne un protecteur : c'est un clocher qui se dresse à côté, comme un géant veillant sur une jeune fille.

De proportions larges et massives, ce clocher, grâce à sa hauteur gigantesque, domine la montagne et les deux vallées; car il a été fait de plusieurs étages superposés. C'est à la fois un clocher et une tour de défense ; enfin, c'est un travail titanique de la terre pour se rapprocher un peu du paradis.

Aixi 'Is treballadors : mentre un recana la terra en desnivell, l'altre l'aplana o dona un fosso als fonaments per Uit -, pins atera y abets \o llenyatayre que 'l serrador quadreja, y fa 'l pedrayre lo mateix ab \o marbre y lo granit.

De mitjdia en l'horrible precipici penja son peu de pedra l'edifici que fa glatir l'abisme dévorant, y ab l'altre ferm en roca mes segura, creix y s'aixeca en la espladada altura, noy que ha de fer creixença de gegant.

Com a un toch de clari tropa Ueugera, lo claustre ses columnes afîlera, coronantles de rustichs capitells, hont a la veu del escultor se para, entre fuites de palma y d'etsevara, tôt un aixani de feres y d'aucells.

Li fa costat soterriana y tosca l'esglesia de la Verge ; es cega y fosca, mes eix astre del cel li fa claror, quant ja hi flameja la pregaria ardenta, un altre temple al seu damunt s'assenta, en peanya d'argent imatge d'or.

Granitiques columnes désinvoltes damunt sos fronts aixecan sas très voltes, vell simbol de la excelsa Trinitat; tan virginal al veurela y tan hella, com gegant pervetUar una donzella un campanar se posa al seu costat.

Es ample y ferm, d'alçada gegantina, les dues valls y'I comellar domina y encare puja amunt, pis sobre pis.

Es un cloquer y un torreo de guerra, es un esforç titanich de la terra per acostarse un pas al paradis.

172 SAINï-MARÏIN DU CANIGOU

Les cellules, vraies cellules d'abeilles, de cette céleste ruche, sont belles quoique petites : la douceur et la joie en sont le miel ; et, ce miel, les vingt moines qui viennent habiter le monastère le puisent dans l'oraison et le saint tabernacle, dans les fleurs de la terre et dans les fleurs du ciel.

Ces fleurs, ils les sènxent sur les cordes de leur psaltérion et en entourent leur couvent ; en sortant du temple, l'encens et la lavande mêlent leur parfum, qui nxontent en une seule nuée jusqu'à l'autel nTajeslueux des naonts et des astres.

Au milieu de ce chaos de rocs bouleversés, et penché sur l'embouchure béante de l'abîme, s'élève le monastère, semblable à un spectre, ou plutôt à une fleur semée là par le tourbillon, et que les siècles verront en pleine floraison pour le ciel, si le ciel lui envoie sa fécondante rosée.

Guifre, voyant son œuvre achevée, la contemple, ainsi qu'un poète admirant sa plus belle inspiration, qui, couronnée et étincelante de lumière, vole d'une terre à l'autre, et vient se poser, en brillante auréole d'étoiles, sur le front de son auteur.

Qu'êtes-vous donc devenues, magnifiques abbayes de Marcevol, de Serrabone et de Saint-Michel ? Et toi, vieux Saint-Martin, qui, en même temps que tu peuplais la terre d'anges et le ciel de bienheureux, remplissais ces vallées de psaumes et de mélodies, qu'es-tu devenu ?

Répondez, vallées, qu'avez-vous fait de cette sainte retraite, qui fut une école de l'amour de Jésus-Christ ? Pieuse solitude où ont fuites échos de tes hymnes d'autrefois ? Où retrouver ces longues files de moines rangés dans tes stalles, chœur abbatial aujourd'hui triste comme un corps sans ârne ?

SANT MARTI DE CANIGO lyS

Les celdes, verament celdes d'abelles, son en est rusch divi xiques y belles, \o goig y la dolsura 'n son la mel ; los vint monjos que pujan a habitarhi de l'oracio la trauhen y'I sagrari, de les flors de la terra y les del cel.

Sembrantne per les cordes del salteri coronan de jardi llur asceteri y, eixlnt de la basilica, l'encens s'aplega del espigol ab l'aroma y pujan, fent una mateixa broma, dels monts y 'Is astres al altar inmens.

En mitj d'eix caos de révolta roca, com un espectre, en la mateixa boca del abisme, s'aixeca 'l monestir :

es una flor pel terboli sembrada, que, si l'abeura 'l cel ab sa rosada, per ell los segles la veuran florir.

Contempla Guifre la seva obra fêta

com sa mes belle inspiracio un poeta,

coronada de llum y resplandor,

de poble en poble quant pe'ls ayres vola,

estrella de clarissima auréola

que's posara en lo front de son autor.

l Donchs que 'us heu fet, superbes abadies, Marcevol, Serrabona y San Miquel, y tu, décrépit San Marti, que umplias aqueixes valls de salms y nxelodies, La terra d'angels y de sants lo cel ?

; Donchs que n'heu fet, ô valls, del asceteri,

escola del amor de Jesu-Crist ?

; hont es, ô soledat, lo teu salteri r

; hont tes rengles de monjos, presbiteri,

que com un cos sens anima estas trist ?

174 SAINT-MARTIN DU CANlGOU

C'est en vain qu'on cherche une trace des anciens autels romans. Rien ne subsiste du cloître byzantin. Pas une des statues d'albâtre n'est restée debout, et la lampe de l'antique sanctuaire s'est éteinte comme un astre dont l'éclat ne doit jamais plus resplendir, hélas ! sur le Canigou !...

Semblable à un géant d'une légion sainte, seul est encore debout le clocher

Sentinelle colossale que l'éternité a placée

sur les limites du Confient.

Il comptait neuf cents ans d'existence

ce nouveau Mathusalem .

Sa voix sonore, douce ou terrible, imitait le son mâle du clairon ou le grondement de la tempête.

Je n'ai plus de cloches...

Oh ! n'y aura-t-ilpersohne pour me les rendre un jour ? (i)

J. ToLRA DE Bordas,

Prélat de la Maison de Sa Sainteté, Traducteur.

Saint Martin à un pauvre a donné

La moitié de .son manteau :

L'autre moitié on la lui prit A la montagne qui domine le Vernet.

Et maintenant il a froid (2).

(Poésies posthumes de Jacinto Verdaguer)

(i) Par ce qui est dit dans le dernier paragraphe de l'introduction de cette histoire, le clocher de Saint-Martin peut espérer que ses cloches lui seront bientôt rendues.,et que leurs voix sonores retentiront dans les vallées du Canigou.

(2) Mgr de Carsalade du Pont dont les faits et gestes rappellent les faits et gestes des évêques du moyen-âge, se prépare à rendre à Saint-Martin la moitié du manteau qu'on lui prit à la montagne de Vernet.

SANÏ MARTI DE CANIGO I7D

Dels romanichs altars no'n queda rastre,

del claustre bizanti no'n queda res ;

caygueren les imatges d'alabastre

y s'apaga sa llantia com un astre

que en Canigo no s'encendra may niés.

Com un gegant de una legio sagrada sol hi ha encara dret lo campanar

Formidable centinelle

que en lo Confient posa l'éternitat.

Ténia nou cents anys de vida nôu Matusalem

ab sa sonora veu dolsa o feresta

estrefeya 'l clari o la tempestat.

campanes ja no tinch

Oh ! qui pogués tornarmeles un dia !

(Jacinto Verdaguer, Canigo.

Sant Marti à un pobret ha donat De son rnantell la meytat :

L'altre meytat li prengueren Montanya amunt del Vernet.

Y ara té fret...

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