‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Martin du Canigou (diocèse de Perpignan [microform]; suivie de La légende et de l'histoire de L'abbaye de Saint-André d'ExaladaChapitre 7 sur 38 · SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU · texte numérisé non relu

SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU

Puisque par le consentement et la grâce de Dieu, la conduite tenue par nos prédécesseurs a été de veiller sur les prospérités et les infortunes de tous les hommes, de subvenir à leurs besoins et de leur faire le plus grand bien par des bénédictions apostoliques; pour ce motif, Nous qui portons comme eux la Tiare et qui voulons en conséquence suivre leurs traces, afin que tous les hommes que le Seigneur a fait vivre de Notre temps, soient heureux, et qu'avec le secQurs de Dieu, le nom d'une si grande dignité porte continuellement grâce et profit ; comme aussi. Nous sommes chargé des fonctions de Pierre, prince des Apôtres, Nous voulons que nos décisions demeurent inébranlables de sorte qu'aucun laïque, aucun évèque, aucun clerc ne porte obstacle ou contradiction à Nos ordonnances, dans la crainte de nombreuses malédictions.

Or, attendu que vous nous avez demandé, cher comte Guifred, la concession" de l'église de Saint-Martin, afin d'y construire un monastère, pour la rémission de vos péchés et ceux de vos ^larents, en cédant toutefois à cette sainte église une partie de vos domaines; cette demande, moucher Fils, Nous parait bonne, et, avec l'assentiment du Souverain Roi, Nous vous accordons la sus-dite église avec toutes ses a2")partenances, et par Notre autorité apostolique, Nous confirmons et sanctionnons qu'elle devra à perpétuité rester inébranlable.

DE SAINT-MARTIN DU CANIGOU 'ic)

Nous accordons à cette église de n'être jamais soumise à la puissance d'une autre, mais d'être toujours libre, placée dans un rang élevé par des privilèges apostoliques, et de rester à jamais comblée de gloire par elle-même. Quant à ses possessions, ses domaines ou entourages, avec toutes ses appartenances acquises jusqu'à ce jour ou qu'elle acquerra à perpétuité, c'est-à-dire fermes, maisons de campagne, églises avec leurs appartenances, paroisses, fonds de terre, cabanes, chaumières, bergeries, terres cultivées ou incultes, champs, forêts, vignes, prés, pacages des troupeaux, pressoirs, eaux, aqueducs, routes, moulins avec leurs meules et prises d'eau, instruments de pêche avec salines et fours à fabriquer la poix, toutes choses acquises ou devant l'être, Nous en avons décrété la possession et la jouissance paisible, sans la moindre inquiétude au cloître de Saint-Martin dans la vallée du Confient, sur le mont Canigou, Mais Nous avons statué que, lorsque l'Abbé de ce monastère viendra à mourir, ses successeurs n'y seront établis ni par des Rois, ni par des Comtes, ni par quelque autre personne que ce soit, pour de l'argent, ni pour la gloire de quelque vaine faveur, mais que les Abbés y seront choisis par tous les serviteurs de Dieu, vivant en ce monastère, conformément à la règle de saint Benoit.

Nous décrétons en conséquence et établissons dès à présent qu'aucun roi, aucun prince, aucun marquis, aucun comte, aucun juge, aucun évêque, aucun abbé ne prendra sur lui de faire quelque violence, invasion ou asservissement dans ce même monastère ou dans toutes ses appartenances. Ainsi, en faisant cette promulgation, Nous défendons, sous la menace d'être atteint par le jugement de Dieu et d'être interdit par l'anathème, à tout personnage, grand ou petit, de quelque qualité ou de quelque ordre qu'il soit, d'oser rien retrancher de notre présent privilège apostolique; et si quelqu'un, ce que Nous ne croyons pas, faisant peu de cas de notre présent privilège, tente de le violer, au nom de Dieu tout-puissant, de son apôtre Pierre, et de Nous qui exerçons ses fonctions. Nous le chargeons, s'il ne revient pas à résipiscence, des

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chaînes de l'anathème. Mais, si quelque bienfaiteur de ce saint monastère l'a choisi, aimé et enrichi selon ses moyens, qu'il soit rempli de la bénédiction apostolique par l'intervention du Dieu tout-puissant et qu'il ait la joie de grandir de vertu en vertu.

Ecrit par les mains de Benoit, notaire régional et archiviste de la Sainte Eglise Romaine, dans le naois de no\'embre, l'an MOXI, indiction io'"<'. Salut.

Réfutation d'une erreur relative à cette fondation

Nous devons à l'honneur et à la vénération dont doit être entouré par l'Histoire le souvenir de la famille du comte Guifred, de justifier précisément ce dernier d'une faute grave, que des traditions romanesques et quelques auteurs crédules et dépourvus de critique lui ont imputée.

D'après ces auteurs, la fondation de l'abbaj'e du Canigou serait due à une pénitence imposée à Guifred par le pape Serge IV, en expiation d'un homicide qu'il aurait commis sur la personne d'un de ses neveux.

Le plus ancien de ces auteurs est, à notre connaissance, le catalan Tomic qui, dans son HLitoirc de.i Roi.i d'Aragon et c/e.i Comtes de Bazceloue, raconte que, les Maures ayant envahi la Cerdagne, le comte Guifred confia le commandement de ses troupes à un neveu. Celui-ci fut vaincu dans un combat et s'enfuit vers le Barida (au fond de la Cerdagne espagnole). Le

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Comte vint fondre sur les ennemis, les mit en déroute et les poursuivit jusqu'au château de Saint-Martin-dels-Gastells (dans ledit Barida). Etant entré dans l'église, il trouva son neveu qui s'y était réfugié et qui, voulant désarmer la colère de son oncle, prit un christ dans ses bras et lui prodigua des embrassements. Sans respect pour le lieu saint et l'image du crucifié, Guifred lui passa son épée à travers le corps. Le sang de son neveu jaillit sur lui, et c'est alors que, saisi d'épouvante, les remords s'emparèrent de son âme. Il partit aussitôt pour Rome afin d'implorer la clémence du pape Serge IV. Celui-ci lui promit le pardon de son forfait, à condition qu'il édifierait sur ses terres un couvent en l'honneur de saint Martin, et qu'il y vivrait en pénitent le reste de ses jours. Raymond Guifred promit d'obéir et obéit en réalité aux ordres du pape.

Ce récit a paru véridique à Poe et à Pujade ; et à l'appui de leur croyance à un fait qui n'est que l'effet de l'invention d'un imaginaire, ils disent que le comte Guifred, ainsi que l'a exprimé le pape Serge dans sa bulle, avait demandé l'église de Saint- Martin, dans le but d'y établir un monastère pour la rémission de ses péchés et de ceux de ses parents.

Mais rien de plus mal imaginé que la prétention de ce motif, puisque des formules pareilles se rencontrent dans une infinité d'actes, de donations et de fondations religieuses de ces temps-là, et que la bulle de Serge IV attribue expze.i.'ii.i verbi-i cette fondation à la piété du Comte.

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Ce témoignage du pape est irrécusable ; car si' celui-ci avait imposé la prétendue pénitence à cause du crime d'homicide, l'écrit pontifical ne l'aurait pas caché.

Une chose essentielle à remarquer chez ces historiens accusateurs, c'est qu'ils n'indiquent pas môme la date de l'événement. Et comment la donner ? lot.iqiie l'Hutoite ne .iignalc phui d'invaàion de MaineA daji.i la Cerdagne depiiu i5o an.i au nioin.i avant la naluance du comte Guifted. Il est très facile à chacun de le vérifier, comme nous l'avons fait nous-mème.

Une dernière preuve justificative de notre assertion, c'est que de Marca icol. 5431 mentionne un historien, moine de Notre-Dame de RipoU, qui, dans les gestes des Comtes de Barcelone, parlant du comte Guifred, explique tout au long sa pieuse fondation de l'Abbaye de Saint-Martin. Or, il ne dit pas un mot du prétendu homicide. Quelle raison aurait-il eu pour le cacher ? lui surtout cjui recommande en plusieurs endroits de ses écrits l'impartialité historique.

Donc, le comte Guifred, et par lui sa famille, reste imniaculé sur le piédestal que sa sainteté et sa gloire lui ont élevé devant les siècles, et du haut duquel il fait et fera toujours l'admiration de l'histoire impartiale.

Ecusson du Comte Guifre.

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