‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Martin du Canigou (diocèse de Perpignan [microform]; suivie de La légende et de l'histoire de L'abbaye de Saint-André d'ExaladaChapitre 8 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Visite au village de Casteil

Nous sommes à Casteil, village construit presque au pied du couvent de Saint-Martin.

Son église actuelle, d'une construction re'cente et très pauvre, a été dépositaire en 1786, en vertu d'un arrêt du Conseil souverain du Roussillon et d'une décision de l'Evéque du diocèse d'Elne, d'objets qui l'enrichissent au point de vue historique, tous provenant d\2 la célèbre abbaye du Canigou.

Après la niche sculptée en marbre blanc de toute nuance dont nous allons parler un peu longuement plus bas, le plus remarquable entre tous c'est une nappe d'autel brodée par la comtesse Guisla, première épouse du Comte fondateur du monastère.

Cet objet est on ne peut plus curieux quand on se reporte au temps où il a été brodé, 1018.

Pour s'en tenir aux prescriptions de l'Eglise, l'auteur choisit un lin des plus fins. La broderie est générale et faite avec de la soie jaune qu'on dirait du fil doré, verte et violette. Ce sont des

dessins délicats, exécutés avec un art incomparable et entourés de festons, oti se dessine Je nom bzodé de la comteàôe Giiiàla. Jusqu'ici, ce nom a échappé, nous croyons, aux yeux des amateurs ; car de tous ceux qui ont parlé de cette nappe, comme d'un objet d'art très remarquable, aucun n'a dit qu'il portât le nom de Guisla ; et cela ne nous étonne nullement. Si nous sommes arrivé nous-même à ce résultat, c'est à notre sagacité opiniâtre durant trois heures que nous le devons.

Ce qui fait surtout la beauté artistique de cette nappe, c'est que ses deux côtés n'offrent aucune différence dans la délicatesse du tissu: on n'y reconnaît point du tout l'envezà.

Il nous a été raconté, par le maire actuel de l'endroit, que des dames de haute condition, éprises de ce genre de broderie et très désireuses de s'en pénétrer, demandèrent, par l'entremise du propriétaire des bains de Vernet, la permission de l'emporter dans leur résidence thermale, chose qui leur fut accordée par une complaisance trop peu avisée. Les détentrices examinèrent naturellement à leur aise la broderie de l'antique nappe.

Arriver à la connaissance d'une broderie si remarquable, c'eût été pour elles un magnifique exploit et une grande découverte. Elles s'y firent des deux yeux et des deux mains, mais inutilement. Sur ce, le ciseau intervint, et nos trop curieuses dames, quoique affichant beaucoup d'éducation, eurent assez peu de délicatesse pour commettre l'inqualifiable inconve-

DK .SAINT-MAR'JIX DU CANIGOU J»:)

nance, voulant arriver à un résultat selon leur désir, de découdre certains endroits de la broderie; et aujourd'hui, ces décousures sont très apparentes et provoquent un sentiment d'indignation contre celles qui, pour satisfaire leur curiosité, n'eurent de respect ni pour l'antiquité de l'objet, ni pour l'ouvrage de son auteur.

Cette nappe est renfermée dans un écrin à forme rectangulaire. Le contenant est digne du contenu. Le bois et la couleur palissandre de cet écrin sont réellement remarquables. On n'a pas su nous dire la qualité du bois précieux qui a servi à le confectionner. Son couvercle porte l'écusson armorié de la famille Guifred avec l'inscription suivante: Donnée pat la comteMe Guidla, à Sainf- Mattin de Canigou, an 1018. Nous avons fait reproduire cet écusson , qu'on trouvera hors texte.

L"n objet non moins vénérable que celui dont nous venons de parler, c'est le dais de l'église abbatiale de Saint-Martin. Il est en soie rouge et porte une frange de même couleur, très large et bien riche. Son côté droit est décoré de l'écusson armorié des rois de Catalogne. Celui-ci représente saint Jean Baptiste, que surmonte une couronne royale, brodée en soie jaune, verte et blanche.

Une guirlande en fil doré contourne l'image et l'enrichit beaucoup. Du côté opposé, se laissent voir les insignes eucharistiques: une hostie qui surmonte un calice, le tout brodé aussi avec autant de richesse et d'art que l'écusson royal. L'une et

l'autre de ces deux broderies portent une date de beaucoup postérieure à celle de la nappe: elle est de 1641.

Après ces deux objets, nous pouvons encore signaler, comme objet d'art, l'ostensoir, dont les rayons de la gloire sont décorés de pierres de toute couleur fixées sur des étoiles. Il est tout en argent massif. Sa tige et son pied sont ornementés de la feuille d'acanthe et de très belles guirlandes. Il mesure une hauteur de 5o centimètres.

La Vraie Croix, dont les quatre bras forment la Croix de Malte, est toute en argent doré. Elle est décorée dans chaque extrémité de ses bras fleurdelisés d'une pierre précieuse : saphir bleu, saphir vert, c'est-à-dire deux bleus et deux verts. Sa hauteur est de o'^So.

Enfin, nous arrivons à la niche en arcade, vide hélas! du fameux sarcophage qu'elle renfermait derrière une grille en fer avant la Révolution de 98. Elle est du côté droit de l'église. Ses dimensions sont toujours les mêmes, puisque la matière qui avait servi à ériger ce monument de piété chrétienne à l'église supérieure de Saint-Martin, en l'honneur du comte Guifred et de sa sainte épouse, a été transférée là et n'en a pas bougé, sauf le sarcophage mobile que des mains révolutionnaires ont détruit, comme nous allons le dire, avec ce qu'il renfermait de sacré.

Nos lecteurs verront, par la suite de cette histoire de l'abbaye du Canigou, qu'en i332, l'Abbé Déranger fit extraire les ossements des deux tom-

beaux primitifs des illustres époux, Raymond et Elisabeth Guifred, pour les enfermer dans un même sarcophage en marbre, qui fut placé en un lieu plus digne avec l'épitaphe que nous citons en son endroit. Plus tard ce même sarcophage et l'inscription qui le surmontait, furent transférés à l'église supérieure et placés dans une niche en arcade ogivale, fermée d'une grille en fer. Sur le sarcophage, une statue en marbre blanc représentait le Comte en chevalier armé de toutes pièces; et plus haut, on le voyait peint sur le mur, revêtu d'un froc.

Tous les ans, le jour où les religieux célébraient l'anniversaire de sa mort, ils paraient ce tombeau de mille fleurs. Eh bien, c'est ce même monument qu'on transféra, à la suite de l'acte accompli de la sécularisation de l'abbaye de Saint- Martin, le 1 1 du mois d'août 1786, à l'église paroissiale de Casteil. Un service funèbre très solennel y fut célébré pour le repos de l'âme des deux illustres fondateurs. Leurs cendres sont restées en paix, là, pendant sept ans, sous l'œil eucharistique de Celui qu'ils avaient si bien servi. Mais la tourmente révolutionnaire arrivant, la hache et le marteau de l'impiété et de la rage irréligieuse s'abattirent sur ce tombeau. Le sarcophage fut brisé, annihilé, et, par l'acte le plus satanique qu'on ait jamais vu, les cendres qu'il renfermait furent souillées et jetées aux vents. La Révolution, dans l'exécution de cet acte atroce et abominable, crut en finir avec le souvenir, qui la gênait, de la célè-

bre abba^-e de Saint-Martin et dé ses pieux fondateurs.

L'arcade ogivale, nous venons de le dire plus haut, existe encore. Sur son mur du milieu, on y lit l'inscription mortuaire ci-dessous ; mais ce n'est qu'un fac-similé sur un morceau de bois :

Anna niilleâiino qiiadrage.ùino nono Incatnationià Doniini, ptidie Kalendaà Anguàti, obîit Giiifteduô Condain Conieà nohilu.iiniu6 qui ,iiib titilla beati Mattini ptœàiiJié, hune lociim jiiMit œdificatî, iinde et inonacbuà fuit annli quindecini, in nomine Domini noâtti Jeàii Clni.iti ; Ciijiiâ dicti Coinitiô et uxotià ejuâ Elisabeth Ccmitiô.iimœ cotpota ttan^latati fecit in hoc moniunento Dcniijiu.i Bezengatiuô de Coliinibatio, Abba.) i.itiiià loci, anno niilleôinio tzccenteâinio ttigeôinio oeciindo.

Deux magnifiques reliefs en marbre blanc, repre'sentant chacun une scène de sépulture abbatiale, font l'ornement de cette arcade. On y lit les épitaphes suivantes :

AnnoDojnini (c'est celle du côté droit) MCCCIII, VIII cal. Maii, obiitFt. Guillelmii.i de SezvoliA, Dci gtatiâ abbaâ iàtiuà monaàtetii, iinâ cuni fmttibiiA Petto et Betnatdo, cleticoà. Requie6cant in pace.

Voici la seconde :

Anno Doniini MCCCXIV, III non. Augu6ti, obiit Atnaldu.i Cotbiaco, qiiondani Abba.i monaétetii Sancti Mattini Canigonenéiô, ciij'uô anima tequieécat in pace.

Par le sens de ces épitaphes, il est certain que ces reliefs sont des pierres tumulaires qui avaient été placées sur les tombeaux des Abbés dont ils portent les noms, et qu'ils ont été transférés à l'église de Casteil pour ornementer le monument mortuaire du comte Guifred.

C'est tout ce que nous avions à dire des richesses que possède la pauvre église actuelle de Casteil.

De ce temple rural qui est presque extérieur nous entrons dans le village ; et, par ci par là, nous découvrons des beautés artistiques du magnifique cloître de Saint-Martin. Ici, c'est un tronçon de colonne qui soutient une fenêtre; là, c'est un riche chapiteau qui sert de décoration au fronton de la porte d'une grande basse-cour; là même, c'est un soubassement de colonne qui sert de siège au paysan ; plus loin, c'est une colonnade parfaitement bien remontée qui sert de rampe à l'escalier de la maison d'un riche propriétaire et de balustrade à sa terrasse.

Si le nombre des colonnes et autres débris que nous avons trouvés disséminés dans le village de Casteil ne nous induit pas en erreur, le cloître de Saint -Martin aurait eu huit arcades de longueur sur tout autant de largeur, carré parfait.

Cette construction remonte au XI*-' siècle, à l'origine du couvent. Ce qui fait la richesse des chapiteaux de ce monument tout en marbre rouge, c'est la variation dans les divers sujets qu'ils représentent : sur quelques-uns ce sont des hommes bizarrement accroupis, les mains posées sur les

genoux et supportant avec effort le poids de la corniche. Sur quelques autres ce sont des hiboux de'ployant leurs ailes, des lions, des ours enlrelaçant leurs pattes avec les pattes d'autres animaux, etc. Sur certains encore parait d'une manière bien gracieuse la feuille d'acanthe, entourée de très belles guirlandes.

Nous nous arrêtons à cette rapide et faible esquisse de ce monument en ruines, regrettant de ne pas être un artiste accompli pour fournir au lecteur une pleine jouissance des beaute's sculpturales qu'il renferme.

Après tout cet exposé, il ne nous reste qu'un mot à dire de nos multiples visites au domicile particulier de ces braves habitants de Casteil. Nous avons réussi, par de bonnes paroles, à leur faire exhiber, du fond de leurs très vieux coffres, des papiers qui nous ont intéressé beaucoup, car la plupart étaient de la provenance de l'Abbaye. C'est ainsi qu'ils nous ont fait connaître des noms très vénérables, remontant à une très haute antiquité . Par ces papiers encore , au moyen de quelques reconnaissances faites par qui de droit à certains propriétaires, nous avons appris qu'un officier claustral, l'infirmier, desservait la paroisse de Casteil. Enfin, ils nous ont révélé la juridiction civile et criminelle de l'Abbaye sur les habitants de Casteil, et l'usage que faisaient l'Abbé et les autres seigneurs claustraux d'un juge juridictionnel-temporel.

Visite aux ruines de Saint-Martin du Canigou

Nous quittons Casteil pour nous acheminer vers les ruines de Saint-Martin, qui sont à une distance de trois-quarts d'heure.

Au sortir du village, on entre aussitôt dans une rampe bordée d'un mur d'appui ; c'est la voie de l'abbaye, aujourd'hui toute ravinée, et à certains endroits presque impraticable. Chemin faisant, on rencontre dans l'enclos même du monastère, qui s'étendait jusqu'à la Pczta fozana ou porte extérieure, les ruines d'une ancienne église appelée Saint-Martin-le-Vieu.v, autrefois église paroissiale de Casteil que desservait, nous venons de le dire, l'infirmier du monastère. Le desservant -moine n'avait qu'une très petite distance à faire, tandis que les paroissiens devaient grimper plus d'une demi-heure pour se rendre aux cérémonies.

Cette église, qui remonte au-delà du X*-' siècle, est celle-là même qui était un but de pèlerinage et qu'avaient si bien enrichie les seigneurs de la contrée. Un peu plus loin, se montre, avec ses eaux fraîches et limpides , la fameuse jbntaine creusée dans le roc à laquelle le comte Guifred a donné son nom. On l'appelle toujours la fontaine du Comte. Elle n'a jamais eu une autre dénomination. Quelques pas encore, et l'on a fini de gravir le pic

OÙ se dressent les ruines de Saint-Martin. Naturellement, le voyageur s'arrête quelques instants et admire, en se tournant, le magnifique panorama qui se déploie majestueusement devant lui: Casteil à ses pieds avec sa petite vallée qu'arrosent les eaux de la rivière de Cady,Vernet en amphithéâtre avec son superbe vallon parsemé de métairies qu'entourent des bocages d'aulnes et borné par les montagnes arides de Villefranche.

Le moment est donc venu de dire ce que sont les ruines actuelles du monastère du Canigou. L'église, presque intacte, est construite dans toute la simplicité du style roman primordial. Elle repose sur une crypte creusée en partie dans le roc. Elle a trois nefs dont les voûtes en maçonnerie ordinaire sont portées par cinq colonnes. Celles-ci, d'un style massif, sont de granit et mesurent une hauteur de l'^go, toutes surmontées d'un chapiteau également massif avec un commencement de relief grossier. De ces chapiteaux, les uns présentent des fleurs de lis et les autres des écritures hiéroglyphiques, assez semblables à celles que présentent plusieurs des plus anciennes monnaies de France et d'Aragon. Neuf de ces colonnes sont sur pied, la dixième git sur un tas de décombres qu'a produit un éboulement de la voûte de la nef de droite. Cette église a une longueur de i5 mètres sur lo mètres de largeur. Le sanctuaire porte aussi sur six colonnes de même dimension que celles de la grande nef. Il forme un carré parfait et mesure ]Q mètres. A sa droite, on reconnaît l'emplacement

du chœur des religieux ; deux grandes ouvertures à plein cintre donnent à ce lieu une telle destination. Vis-à-vis le chœur, c'est-à-dire à gauche du sanctuaire, se montre la porte de l'escalier du clocher. Ce monument des siècles, qui est plutôt une tour de guerre qu'un clocher, est du même style que celui de Saint-Michel de Cuxa. Sa hauteur n'est cependant pas si considérable. Il a un étage de moins. Sa forme est carrée. Chacune de ses faces porte, au premier étage, quatre ouvertures romanes surmontées d'un cordon festonné. Quatre ouvertures germinées décorent son deuxième étage. Chaque face est divisée perpendiculairement par le milieu au moyen d'une ligne de pierre saillante et étroite. Au bas, au lieu de s'éloigner en contreforts, il est perpendiculaire et laisse une ouverture en voûte qui était le corridor de l'entrée principale du monastère.

Si du clocher nous redescendons à l'église pour nous diriger du côté de la nef de droite, là une arcade à plein cintre nous indique une issue à la terrasse du cloître ; et c'est par un escalier en ruines que nous arrivons à l'emplacement du monument remarquable que nous avons faiblement esquissé. Ce lieu, dépouillé de son plus bel ornement, présente encore, sur pied, une galerie de cinq arcades en maçonnerie. Une citerne se trouve au milieu. Le sol du lieu du cloître est au niveau de celui de la cr^'pte, ce qui fait qu'on s'introduit naturellement par une porte latérale dans cette église obscure. Celle-ci est à trois nefs, comme

l'église supérieure, et mesure des dimensions semblables en longueur et en largeur. La voûte de la nef repose sur six piliers de face. Celle du sanctuaire repose, au contraire, sur deux colonnes qui sont à côté du maitre-autel. L'abside de la nef du milieu est plus grande que les deux latérales. Cette église souterraine était dédiée à la Sainte Vierge et servait de lieu de sépulture aux Abbés. On remarque encore très visiblement les tombes tout le long de la crypte, plus particulièrement dans la nef du milieu.

Du côté du levant et en face du cloître, sont encore debout les murs de la maison abbatiale qui était loin d'être si riche et si grande que celle de Cuxa. Les autres locaux des moines, nous les trouvons autour de l'église, et certains sont bâtis hardiment sur le roc taillé à pic, à côté de précipices affreux dont la vue donne le vertige. Ils sont en face d'un escarpement de rochers boisés, dont la hauteur est très considérable et au pied desquels viennent se briser par certaines chutes les eaux de la Cady. De là, les yeux se portent au loin vers une tour perchée sur un mamelon parfait, complètement détaché de la grande masse du Canigou, et qui domine les rochers de Saint-Martin. On l'appelle la tour de Boga, du nom du site où elle est construite. Les religieux du monastère avaient en elle une forte défense pour se garantir des invasions de leurs ennemis. Mais, rentrons par la grande porte extérieure du clocher et arrivons au petit enclos où se trouve le premier tombeau

du comte Guifred. Nous verrons au chapitre suivant que cet illustre personnage re'solut en io35, du consentement de son épouse Elisabeth, de se faire religieux. Dès son entrée au monastère, dégagé qu'il était de tout ce qui concerne ce monde, il s'imposa des macérations et des pénitences extraordinaires. Si on a dit de certains grands saints que, quoique vivants, ils étaient complètement morts, pour dire que rien ne les attachait à la terre et vivaient comme s'ils n'y étaient pas, on peut bien le dire aussi de Guifred ; car tout ce qu'il fit, trahit une âme qui se sent pressée de briser l'enveloppe de la prison du corps pour prendre son vol vers un monde meilleur. Un témoignage visible de ce détachement héroïque, qui dit aujourd'hui et qui dira toujours la grande sainteté de ce moine, c'est son premier tombeau creusé dans le roc, son œuvre à lui, que tout voyageur voit avec stupéfaction. C'est sur la partie basse d'un énorme rocher, qu'il employa une partie de son noviciat à se creuser ce tombeau. Une fois l'œuvre finie, sa cellule ordinaire fut abandonnée, et les nuits le voyaient enseveli dans ce sépulcre. La mort le surprit, en 1049, ^^ ^^'^ n'eut pas grands frais à faire pour lui procurer sa dernière demeure. Le ciseau d'un moine grava sur le couvercle l'inscription suivante:

Guiftedi comHU ciiicteà nionachîqne beati Aztificiôqiie loci continet i.sfe lapià.

Fine Aiio Juliu.i hiiic finem, mille Mibanni.i Biâquatiioz qiiinià contulié atque novem.

46 HISTOIRE mi l'abbaye ROYALE

La dépouille mortelle de ce grand moine est restée là en paix pendant 283 ans. L'abbé Déranger la fit extraire en i332 pour la renfermer avec celle d'Elisabeth son épouse dans un même sarcophage. Nous parlerons plus loin de ce fait avec de plus longs détails.

Ce tombeau que nous signalons, en passant, à l'édification du lecteur, nous l'avons vu plusieurs fois. Il a la forme d'un corps humain et est parfaitement proportionné dans tous ses détails. Il a une longueur intérieure de i™8o et mesure une profondeur de o™6o. Ses proportions en un mot sont telles, et nous pouvons le dire par notre propre expérience, qu'elles obligeaient le Comte à garder l'immobilité pendant toute la nuit. Quelle rude pénitence!!!

A une distance de 16 mètres, à droite, et sur la partie supérieure de ce même rocher, en dehors du mur de clôture, se trouve aussi le tombeau de la comtesse Elisabeth, seconde épouse de Guifred. Il n'a que i'"3o de longueur, sur o'"6o.

L'extrémité de cet énorme rocher porte le nom de pic de Saint-Gaudérique. On y arrive par un chemin qui servait de promenade aux religieux. De là, le coup-d'œil est féerique, mais il ne faut pas trop s'aventurer pour atteindre son extrémité, car la hauteur qu'elle mesure, de son pic au fond du torrent, est effrayante. Vis-à-vis, à une distance d'un kilomètre dans l'espace, dresse aussi sa tête le pic de Saint-Martin. On arrive à ce lieu par une très longue terrasse à contours qui était aussi une

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promenade des moines. Ce pic est surmonté d'une bâtisse, aujourd'hui en ruines, qu'on appelle oratoire de Saint-Martin et qui ser\'ait de mirande. Re'ellement, de là aussi le point de vue est admirable.

Tels sont les renseignements pleins d'intérêt que nous tenions à cœur de donner sur les lieux et les ruines de l'abbaye royale de Saint-Martin du Canigou.

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