‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges (volume 3)Chapitre 36 sur 44 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

la passion : Vélum templi scissum est, deux moines tiroient la courtine, chacun de son côté, et la déchiroient en deux. Ce jour là et les deux suivants, on disoit quinze psaumes avant l’office de ténèbres. On chantoit la première antienne à genoux, et les laudes , jusqu’au dernier psaume exclusivement. L’office fini, l’abbé frappoit trois coups, et les frères alloient se coucher. Le lendemain, après sexte, on chantoit la messe matutinale dans l’église de Saint-Pierre, et tous les pauvres à qui l’on devoit laver les pieds y assistoient. Cette messe étoit précédée des psaumes pénitentiels et de l’absolution générale, que l’abbé, en aube et en bâton pastoral, donnoit à toute la communauté. On bénissoit ensuite le feu nouveau, comme au samedi saint, et tous les frères communioient. Un prêtre en tunique offroit autant d’hosties qu’il en falloit ce jour-là et le lendemain, car tout le monde communioit le vendredi saint, sans* préjudice du samedi et du jour de Pâques. Après la procession du Saint-Sacrement, qu’on portoit d’ordinaire à la chapelle Saint-Etienne, tous les religieux alloient au réfectoire, disoient le Bénédicité et prenoient leurs places, mais seulement pour la forme, quoiqu’il y eût un dîné servi ; car, à l’heure même, les pauvres, conduits par le prieur, entroient sous le cloître, et la communauté sortoit pour leur laver les, pieds et les conduire au réfectoire, où elle les laissoit entre les mains du Chambrier, qui leur donnoit à chacun trois deniers après le repas. Cependant les religieux alloient dire vêpres et dînoient ensuite. Les grâces finies, l’abbé,

avec le grand chantre et les onze plus anciens, lavoient les pieds à treize autres pauvres, les servoientàtable, et leur donnoient à chacun douze deniers et une paire de souliers. Le Mandatum des frères n’avoit rien de particulier, que le lavement des pieds de l’abbé parle prieur, et le verre de vin qu’on leur donnoit après la cérémonie.

Le vendredi saint, après prime, on récitoit les sept psaumes avec les litanies ; et de suite, sans sortir du choeur, le psautier tout entier avec quelques oraisons. Après tierce, on chantoitle martyrologe au chapitre, et l’on y prenoit la discipline. Le service se faisoit nuds pieds dans les deux églises de Saint-Pierre et de Notre- Dame. Le premier étoit pour les serviteurs de la cuisine et du réfectoire, qui ne pouvoient assister au second, et ils y communioient. Le second, pour la communauté et les externes, et tous les religieux y recevoient la communion des mains de l’abbé. On bénissoit encore ce jour-là le feu nouveau, et à ces paroles de la passion partiti sunt sibi vestimento , deux clercs, avertis par le chantre, s’approchoient doucement de l’autel et en enlevoient la nappe, qui n’ étoit que faufilée, et emportoient chacun leur morceau. Après l’adoration de la croix, on la portoit processionnellement au sépulcre, et l’abbé l’y enfermoit jusqu’au dimanche, où il alloit la reprendre avant matines pour la remettre à l’autel, accompagné du chantre et de cinq ou six religieux, que le sacristain avoit éveillés une demi heure avant les autres. Les cérémonies du samedi saint étoient les mêmes que nous

observons encore aujourd’hui, à la réserve delà messe matutinale et de la procession dans le dortoir et dans les coridors des recettes. Après compiles, on faisoit une semblable procession, les veilles de Noël, de Saint- Pierre, de la Dédicace et de Saint-Filbert, avec cette différence qu’on n’alloit qu’ autour des recettes. A la Saint Pierre, qui est la fête du patron, les nocturnes commençoient après compiles parle verset, Domine labia mea aperies, et duroient presqu’ autant que la nuit, en sorte qu’on dormoit très peu. A l’Exaltation de la Sainte- Croix, on faisoit l’adoration solennelle, comme le vendredi saint. L’oraison mentale se faisoit tous les jours dans le cloître avant prime, mais l’auteur ne marque point le tems qu’on y emploioit. Tous les vendredis de l’année, on jeûnait comme en carême ; c’est-à-dire qu’après l’unique repas du midi, on ne mangeoit plus dans le reste de la journée, mais on avoit la liberté de boire un coup, comme le jeudi saint, en passant par le réfectoire pour assister à la lecture qui se faisoit dans le cloître immédiatement avant complies. Le dernier dimanche de la Pentecôte, on célébroit la fête de la Sainte Trinité, qui n’étoit encore alors que de dévotion, et qui ne fut reçue par l’église romaine que sous le pape Jean XX, cent vingt-cinq ans après.

Richard Ier, roy d’Angleterre et duc de Normandie, avoit cru qu’ Alexandre se rendroit auprès de lui aussitôt après son élection, soit pour le remercier d’y avoir consenti, soit pour le féliciter du succès de ses armes contre Philippe-Auguste , qu’il avoit mis en déroute à

Vernon et poursuivi jusqu’aux portes delà ville, mais l’abbé de Jumièges, quoique fidèle et attaché à son roy, préféra les obligations de son état aux devoirs d’une politique humaine, qu’il ne pouvoit remplir que par une faute, et aima mieux emploier le tems de carême avec ses frères dans les exercices réguliers, que de jouir pour quelques jours d’un plaisir incompatible avec la destination que Dieu venoit de faire de lui. Il demeura donc à Jumièges, et il eut la consolation que, non seulement le roy n’en fut point offensé, mais qu il voulut même le prévenir en lui faisant une visite d’amitié trois mois après. Alexandre, avec toute sa communauté, le reçut à la porte de l’église, la veille de la Pentecôte, seizième jour de may 1198, et, après l’avoir harangué pendant un quart d’heure, il le conduisit dans le sanctuaire, où le prince entendit les vêpres avec beaucoup de dévotion. Il célébra la fête à Jumièges, et n’en partit que le mercredi, pour aller à la rencontre de Philippe- Auguste, qui se proposoit de faire le siège du château de Courcelles, que Richard avoit pris d’assaut après la bataille de Vernon (a).

Trois mois ou environ après, Richard se souvint des bons traitements qu’il avoit reçus à Jumièges, et lui accorda le droit de marché à Duclair, tous les mardis de chaque semaine, avec les privilèges et coutumes attachés aux autres marchés delà Province. La charte est datée d’Andely, le vingt-huitième jour d’août, la

{a) Chron. Norm.

neuvième de son règne, 1198 (a). Il avoit déjà fait F échange de sa baronnie de Conteville pour le Pont-de- T Arche, dépendant de l’abbaïe ; mais, étant mort le sixième jour d’avril de l’année suivante, Jean-sans- Terre, son frère et son successeur, reprit Conteville dès Nla même année, et rendit le Pont-de-1’ Arche aux religieux (b). Vers le même temps, et dans la même année 1199, Ansquetil, de Cotévrard, leur donna sa terre de Gara, pour être réunie à Saint-Martin de-Druelle, qui, de chef-lieu de la paroisse, étoit dégénéré depuis quelques années en simple chapelle, à condition qu’il participeroit à touttes les bonnes oeuvres qui se feroient dans l’abbaïe, etqu’on y enterreroit son corps après sa mort, avec les mêmes prières et cérémonies qui étoient d’usage pour les religieux (c). La chapelle de Druelle a été ruinée depuis, sans que personne se soit mis en peine de la relever, en sorte qu’elle ne subsiste plus aujourd’hui. L’abbé de Jumièges y présenta encore en 1676 comme à une simple chapelle en titre.

La piété d’ Ansquetil de Cotévrard eut quelques imitateurs. Dès l’an 1200, Robert Pellerin, du consentement de sa femme et de ses enfants, donna à l’abbaïe sa terre et seigneurie de Bos-Guerard, dans la paroisse de Saint-Paër, pour être associé aux prières de la communauté ( d ) . Roygon de Déville lui restitua

(a) Preuves, art. 30.

(b) Chrùn. Norm.

(c) Archives. — Cartulaire, c. 323.

(d) Cartul., c. 286.

la dîme de Foligny, et Renaud, comte de Boulogne, lui fit présent d’onze livres de rentes foncières sur le fief du Vasquet, à Lillebonne ( a ) . Cette dernière charte est datée de Jumièges en 1200, et signée du comte Renauld, de la comtesse Yde, son épouse, de Raoul et Simon, ses frères, d’Amauri, comte d’Evreux, et des abbés de Fécamp, de Sainte-Catherine-du-Mont, de Cormeilles, et du prieur de Saint-Vandrille, qui avoient assisté aux obsèques d’Alberic, comte de Dammartin, son père, mort le 19 septembre de la même année, et enterré dans la chapelle de la Vierge, où il avoit choisi sa sépulture. La date du jour n’j est point exprimée, mais il est aisé de voir qu’on ne peut guère la reculer au-delà du même mois de septembre. Nous pourrions encore raporter quelques donations du même tems ; mais, outre qu’elles ne sont pas considérables et qu’elles allongeroient trop notre histoire, nous ne voions que les moines de Jumièges qui soient intéressés à les connoître, et il leur sera aisé de s’en instruire en ouvrant leur cartulaire depuis le chapitre 85 jusqu’au 88, et depuis 97 jusqu’à 99. Nous ne nous étendrons pas davantage sur les bienfaits qu’ils reçurent dans les années suivantes ; les titres sont également entre leurs mains. C’est pour eux qu’ils ont été faits ; c’est aussi à eux de les examiner et d’en faire usage contre les entreprises téméraires de ceux qui leur ont déjà enlevé une partie de ces possessions ou qui voudroient leur ravir le reste.

(a) Ibid., c. 332.

Cependant, quelque désir que nous aions de ne pas ennuier le lecteur par une trop longue énumération de donations entassées les unes sur les autres, nous ne pouvons nous déterminer à lui en sauver l’ennui aux dépens de la reconnoissance qui est due aux bienfaiteurs. Leurs noms doivent au moins trouver place dans cette histoire. Les principaux furent Roger Torel, seigneur de la Bucaille, Richard de Malfilatre , Richard Harou, Agnès de Meulant, et Guillaume de Barneville. Celui-cy avoit une mère, qu’il aimoit tendrement, et dont la vieillesse lui donnoit de l’inquiétude, à cause de ses fréquentes absences dans un temps de guerre, où il falloit nécessairement qu’il suivît touts les mouvements de l’armée françoise, dans laquelle il servoit comme officier, depuis qu’en 1204, la Normandie avoit été soumise et réunie à la couronne de France, après en avoir été séparée deux cent quatre-vingt-douze ans. C’est ce qui lui fit prendre le parti de donner à l’abbaïe de Jumièges son fief et terre de Mont-Hugues, afin de faire retrouver à cette bonne mère, dans les religieux de cette abbaïe, des enfants charitables, qui eussent pour elle les soins et les attentions qu’il auroit eus lui-même, si le devoir et l’honneur ne l’eussent appelé ailleurs (a). Les religieux répondirent parfaitement à ses vues. Emme, c’est le nom de la mère de Guillaume, vint établir sa demeure à Jumièges, en 1205, et y fut nourrie et entretenue jusqu’à sa mort, avec un domestique pour

(a) Cartul c. 215.

la servir et lui apporter chaque jour la portion des religieux. Aliz Le Bigue, trouvant la condition d’Emme avantageuse, sollicitapour elle la même faveur etl’obtint de l’abbé Alexandre, pour deux hôtes qu’elle avoit à Bouquetot 1, dans la vicomté du Pontaudemer et huit acres de terre à Braquetuit 2, avec le champ Dolent , dans le doienné de Cailli, vicomté de Rouen ( a ).

La même année 1205, Gautier, archevêque de Rouen, sentant diminuer ses forces et se croiant près de la mort, vint à Jumièges, avec deux de ses chanoines, se recommander aux prières de la communauté et faire

ses derniers adieux. Il y passa près de quinze jours, et il y

était encore quand la cure de Tourville-sur-Seine vaqua par la mort du religieux qui la desservoit. Le patronage fut constesté; mais l’archevêque, aiant examiné les titres de l’abbaïe, conféra le bénéfice à Raoul, sur la présentation de l’abbé et des religieux, qu il déclare, dans l’acte du 8 de février, donné en plein chapitre, être certainement les seuls patrons de cette église. Ils y ont en effet toujours présenté , et y présentent encore aujourd’hui, sans aucun trouble (b). Après ces marques de bienveillance, Gautier exigea des moines une promesse solennelle de ne le point oublier devant Dieu

(a) Cartul., c. 201.

(b) Cartul ., c. 210.

1 Canton de Routot, arrondissement de Pont-Audemer (Eure.)

2 Canton de Tôtes, arrondissement de Dieppe (Seme-Inferieure.)

3 Le nom de Champ-Dolent ou Camp-Dolent est assez répandu, et i est ordinairement l’indice de sépultures gallo-romaines ; mais nous ne connaissons aucun hameau de ce nom dans le doyenné de Cailly.

après sa mort. Ils le promirent, en versant des larmes sur la perte qu ils alloient faire d’un protecteur auprès de Philippe Auguste, et l’archevêque partit pour reprendre les fonctions de son ministère dans sa capitale. Cependant le temps de sa mort n’étoit pas si proche qu’on se l’étoit persuadé. Il vécut encore trois ans moins deux mois, et mourut le 6 novembre 1207.

Alexandre, pour satisfaire à la parole qu’on lui avoit donnée et à la reconnoissance des soins qu’il avoit piis d écrire au roy de France pour la conservation des franchises de 1 abbaïe a Andely , fit insérer son nom dans le nécrologe, et lui fit un service solennel {a).

Peu de temps avant la mort de Gautier, archevêque de Rouen, les religieux de Jumièges réunirent en leur main la prévôté ou sergenterie de Longueville, qu’ils avoient inféodée aux auteurs1 de Robert Desescoz (b). Ils achetèrent aussi les moulins de Saint-Mard et de Betue, une maison à Flancourt, un muid de vin à Saint-Martin de Boafle et trois hôtes à Bretteville ( c ). Au commencement de la même année, Gautier de Gournai leur restitua le patronage et le tiers des dimes de Puiseux et du Vieux- Verneil ( d ), dont il s’étoit emparé par violence, après la mort de son père. Il demanda pardon de sa faute en chapitre, en présence du

(а) Archives.

(б) Cartul ., c. 150.

(c) Ibid., 201, 211, 368.

(d) Petit Gart., 16-17.

1 C’est-à-dire au père et à la mère.

curé de Yerneuil, pria l’abbé de lui en donner l’absoluion, renonça par un acte public à toutes ses prétentions, et s’engagea même à affranchir de tous droits et servitudes les acquisitions que l’abbaïe pourroit faire à l’avenir dans son fief (a). Au mois d’avril suivant, Foulque Basset gratifia l’abbé et les religieux de Jumièges des deux tiers de la dime de Louvières, qui est un hameau de la paroisse d’Ormeville1 dans le baillage de Senlis, et le chef-lieu d’une commanderie deMalthe, à laquelle il est vraisemblable que les dîmes ont passé

dans la suite des tems (5) .

Il y avoit alors une contestation assez vive entre l’abbé et un gentilhomme voisin, nommé Thomas D’I ville 2, au sujet de quelques privilèges que ce dernier prétendoit avoir dans l’abbaïe à certains jours de fêtes. Comme ils étoient toujours en dispute, et sur le point d’en venir àunprocez, l’abbé proposa un compromis. Le seigneur d’Iville y consentit, avec promesse de se soumettre à ce qui seroit décidé. Les arbitres fuient choisis, et les parties se disposoient a faire leur production, lorsque, mieux conseillées, elles résolurent de se juger elles-mêmes et d’assurer leurs droits par une transaction à l’amiable. Il y est dit que Thomas d Iville aura sa moute franche dans les moulins de Duclair, et

(a) Cartul., c. 144.

(b) Cartul ., c. 166.

1 Ormoy-Villers, canton de Crépy-en-Valois , arrondissement de Senlis (Oise).

2 Yville-sur-Seine, commune du canton de Duclair, sur la rive gauche de la Seine, en face du Mesnil-sous-Jumièges.

le panage pour ses porcs dans la forêt de l’abbé ; que venant à Jumièges les veilles de Noël et de Pâques, il y pourra demeurer trois jours durant, avec sa femme, un écuier, trois serviteurs, une servante et six chevaux ; qu’on lui servira le pain et le vin comme aux religieux, trois mets à diner et deux à souper ; et que ses domestiques et ses chevaux seront nourris comme ceux de l’abbé ; que les moines, en compensation de ce que dessus, jouiront du droit de bannalité 1 sur les vassaux d’Iville et y exerceront leur justice temporelle, comme dans tout le reste de leur territoire ; qu’on leur ouvrira un chemin dans Iville pour leurs besoins, dans les bois de Baulieu 2 et de la Londe, et que Thomas d’Iville accompagnera l’abbé dans tous ses voiages de Normandie, à ses propres frais et dépens, si ce n’est que l’abbé fut plus d’un jour en campagne, auquel cas

1 abbé le défraiera le reste du tems (cc'j. Ces conventions furent réduites, en 1238, à la seule moute franche dans les moulins de Duclair, et au panage dans la forêt de Jumièges, par un fils de Thomas d’Iville, qui se contenta pour le reste d’une somme de 4 frans 10 sols de

(a) Cartul., c. 218.

* ^ assujettissement à la banalité obligeait les habitants d’un pays à faire moudre tout le blé qu’ils consommaient au moulin duquel ils dépendaient, quelle que fut la provenance du blé. Ce droit n’était pas un droit ordinaire des fiefs, il devait être fondé sur des titres spéciaux. Dictionnaire de la coutume de Normandie, par Houard. Rouen, 1780. art. Banalité.

2 Le bois de Beaulieu fait partie de la forêt de Mauny, voisine de celle de la Londe.

rente, qu’on lui assigna sur divers particuliers (a).

L'an 1208. — Cependant le peuple de Rouen se plaignoit d’être si longtemps sans archevêque. Il y avoit déjà trois mois que Gautier étoit mort et l’on ne pensoit point encore à lui donner un successeur. Enfin les chanoines s’assemblèrent, au commencement de mars 1208, et élurent Robert Poulain, que son esprit et sa piété mettoient beaucoup au-dessus de sa naissance. Le neuvième mois de son pontificat, il vint à Jumièges visiter cette portion de son troupeau, qu il sçavoit avoir été si chère à son prédécesseur, etl assurer des dispositions où il étoit à son égard. Il voulut voir tous les religieux en particulier, les félicita sur le bonheur de leur vocation, leur en demanda le détail et les circonstances, et leur donna à tous des marques de la plus tendre amitié. Ainsi se passa le premier jour de son arrivée. Le lendemain, il visita les batiments, qu’il trouva trop petits et peu commodes. Il en dit son sentiment à Alexandre, qui pensoit à la vérité comme lui, mais qui ne se sentoit pas assez de fonds pour entreprendre de nouveaux édifices. La difficulté fut levée à l’instant. L’archevêque promit d’y contribuer, et l’abbé ne pensa plus qu’à concerter avec lui les mesures qu’il avoit à prendre pour augmenter le dortoir ou en construire un nouveau. Robert se détermina pour le dernier projet ; mais, l’année suivante, il proposa de faire des infirmeries et une chapelle pour les malades,

(a) Archives.

qui n’avoient d’autres appartements qu’une partie du dortoir, ce qui fut approuvé et exécuté avec le même avantage pour les religieux, dont plusieurs n’étoient pas bien aise d’être si près des infirmes. Il est vraisemblable que c’est de ce corps de bâtiments séparé que M. Bigot, dans un ancien manuscrit cité par Pommeraie (a), a pris occasion de dire que l’arcbevêque Robert avoit rebâti de fond en comble l’abbaïe de Jumièges. Elle le reconnoit pour son bienfaiteur ; mais en cette partie seulement .

Le prélat, charmé du bon accueil qu’on lui faisoit, demeura encore volontiers quelques jours, dont les moines profitèrent pour renouveler leurs prétentions auprès d’Alexandre, touchant l’élection du cellerier, qu’ils souten oient leur appartenir. Ils se seroit trouvé sans doute des supérieurs d’un caractère à ne pas goûter une pareille demande, dans la crainte d’avilir leur autorité en en communiquant la moindre part. L’abbé de Jumièges ne tomba pas dans ce défaut. Il accorda avec plaisir à l’archevêque ce que ses religieux lui avoient demandé, à condition néanmoins qu’il en présenteroit trois à la communauté et qu’elle en choisiroit un. De nouvelles faveurs suivirent cette première grâce. Il permit à la communauté d’avoir un sceau qui lui fût propre, et qui seroit gardé sous trois clefs, dont il en auroit une, le prieur une autre, et un religieux du cloître une troisième. Il en admit cinq d’entre eux à 1 examen des comptes, que les baillis des jurisdictions

(a) Hist. des archevêques de Rouen , p. 444.

de Jumièges, deDuclair et de Hauville, rendroient tous les mois devant lui, et consentit qu’ils ne pussent se faire les uns aux autres aucuns présents au-dessus de cent sols, sans son agrément et celui de la communauté ; quà l’égard des prieurs et des baillis de Jurisdictions plus éloignées, ils ne demeureroient point seuls, mais qu’on leur donner oit un ou deux confrères, sans l’avis desquels ils n’entreprendroient rien; qu’on les obligeroit deux fois par an à rendre compte de leur administration, et qu’on les déposeroit quand ils seroient trouvés répréhensibles ; que les officiers en général ne pourroient rien recevoir à leur profit pour le loyer des fermes , en diminution du prix principal , et quela communauté elle-même ne feroit aucunes pensions à qui que ce soit, sans l’exprès consentement de l’archevêque (a). Ce réglement fut dressé le 17 novembre 1208, sous les yeux du prélat, qui déclara excommuniés ceux qui contre viendroient aux derniers articles.

Aussitôt après la conclusion de cette affaire, que les moines avoient fort à cœur, comme nous l’avons remarqué, l’archevêque, qui réduisoit toutes ses vuës aux fonctions du saint ministère dont il étoit chargé, prit congé d’eux pour retourner à Rouen. Dès qu’il les eût quittés, Alexandre donna avis de ce qui s’étoit passé à tous les religieux qui avoient des prieurés ou des baronnies à gouverner, et, pour exécuter lui-même ce qui avoit été arrêté , il envoia trois religieux à Montaterre, prieuré dépendant de son abbaïe dans le dio-

( a ) Archives et Cartul. , c. 533.

cèse de Beauvais, deux à Joui, et deux à Longueville, au diocèse d’Evreux, deux à Helling, en Angleterre, deux à Genesville, et un à Cotevrard, au diocèse de Rouen. Les prieurés de Notre-Dame de Bu et de Saint- Martin, de Boafle , au diocèse de Chartres , de Dammarie au diocèse de Séez , et de Saint-Michel de Crouptes, au diocèse de Lisieux, étant desservis par un nombre suffisant de religieux, conformément au réglement, il ne jugea pas à propos d’y en envoyer d’autres, et il se conduisit de même à l’égard des chapelles de Saint-Paul, au Mont-d’Avilette, déjà appelée la chapelle de Saint-Julien du Bout-du-Bosc, où il y avoit deux religieux ; de Saint-Nicolas de la Bucaille, où il y en avoit un -, et de Saint-Filbert du Torp, dans la forêt de Brotonne, dont le roy Philippe- Auguste confirma la possession aux religieux, cette même année 1208, par une charte datée de Saint-Germain-en-Laye, le vingt-neuvième année de son règne (a) et le quatrième depuis la réunion de la Normandie à la couronne de France.

L’augmentation de deux religieux au prieuré de Joui n’apporta aucun dommage à ceux qui y demeuroient auparavant. Robert Devaux, volant qu’on y en mettoit à proportion du revenu, voulut l’accroitre, en donnant à l’abbaïe les bois et les terres de Crenne 1, que son frère Raoul lui avoit abandonnés après la mort de

(a) Archives et Cartul.. c. 226.

1 Aujourd’hui Le Cresne ; hameau de Jouy-sur-Eure, touchant au fief de Crèvecœur.

leur père, à condition de payer la rente dont ils pouvoient être chargés envers le fief de Crèvecœur 1, appartenant à la dame Heudebor de Beaumont, femme de Robert de Pequigny. Robert Devaux céda le tout à l’abbaïe pour être réuni à perpétuité au prieuré de Joui, ne se réservant qu’une rente de vingt sols, pour garantie des droits seigneuriaux envers la dame de Beaumont, qui confirma cette donation, par une charte datée du mois de mai de la même année 1209.

Dans le dessein que Philippe-Auguste avoit de conserver ses conquêtes sur Jean-sans-Terre, iln’étoitpas seulement nécessaire de mettre des garnisons dans les villes qu’il avoit prises en Normandie, il falloit encore faire garder et même fortifier celles qui avoient volontairement embrassé son parti, de peur que le roy d’Angleterre, profitant de sa négligence, ne les sollicitât de le quitter. Plein de ces idées, il fitproposer aux moines de Jumièges de lui céder le Pont- de-1’ Arche, dont le domaine leur appartenoit, pour la baronnie de Conteville2 près du Pont-Audemer, sans aucun dédommagement de part ni d’autre. La proposition étoit avantageuse et digne d’un grand roy, aussi fut-elle acceptée sans opposition ; mais lorsque Alexandre arriva au Pontde-1’ Arche pour consommer l’affaire, il trouva le roy dans des dispositions bien contraires à ce qu’on lui

1 Hameau de la Croix-Saint-Leuffroy, commune du canton de Gaillon, arrondissement de Louviers (Eure).

2 Commune du canton de Beuzeville, arrondissement de Pont-Audemer (Eure).

avoit fait espérer. L’échange se fit néanmoins, aux conditions que le patronage de l’église paroissiale du Pont-de-1’ Arche demeure roit aux religieux de Jumièges, et qu’en faveur de cet échange, ils seroient exemts à perpétuité de païer aucuns droits pour le passage des vins de leur cru et de toute autre chose à leur usage, s’il arrivoit dans la suite que le roy ou ses successeurs établît ce droit au Pont-de-1’ Arche ; mais parce que les revenus qu’ils cédoient au prince n’égaloient pas ceux de Conteville, qu’il leur donnoit en échange, il les chargea d’une rente de quatre-vingt livres payables aux termes de Pâques et de Saint-Michel (a). La charte est de l’an 1210, signée du roy et des grands officiers de la couronne , dont la présence étoit alors nécessaire dans les expéditions des lettres patentes.

Vers le même tems, le pape Innocent III donna à l’abbaïe de Jumièges des marques de sa protection, par une bulle qu’il lui accorda, le 4 septembre de la même année, pour lui confirmer la possession des églises de Saint- Valentin de Jumièges, de Saint -André d’Yainville et de Saint-Filbert du Mesnil (b). Alexandre l’avoit sollicitée deux ans auparavant, lorsque le chapitre de la Cathédrale de Rouen étoit assemblé pour l’élection d’un archevêque, afin d’obvier par l’autorité du Saint- Siège aux difficultés que le successeur de Gautier de Coutance pourroit faire à l’occasion de ces trois églises,

(a) Preuves, art. 51.

(b) Archives.

qui, comme nous l’avons remarqué, étoient exemtes de déport1 et soumis immédiatement à la jurisdiction spirituelle de l’abbé de Jumièges. Le péril étoit passé quand la bulle fut apportée , on ne l’attendoit même plus, et on se soucioitpeu de la recevoir depuis qu’on avoit vu le nouvel archevêque se dévouer entièrement aux intérêts de l’abbaïe. Il en donna de nouvelles preuves dès le mois de mai de l’année suivante, par la cession qu’il fit aux religieux du patronnage de l’église de la Sainte-Trinité du Mont-de-l’If 2, que Hugues de Torquênes lui avoit remis entre les mains pour en disposer en leur faveur (a), comme il paroit par la charte qu’il leur fit expédier un mois après dans l’abbaïe même de Jumièges (b). Richard Desvallées et Pierre de Bardou ville, imitant son zèle, leur donnèrent aussi dans le même tems une partie de leurs biens à Gonneville, tant en rentes qu’en fonds de terre (c). Si ces donations flattoient Alexandre, parce qu’elles étoient faites de son temps, il ne craignoit pas moins que les donateurs ne s’en prévalussent dans la suite et qu’ils n’abusassent delà condescendance des moines pour exiger des séjours dans l’abbaïe, à l’exemple de quelques seigneurs, qui, pour être fils ou héritiers des bienfaiteurs de Jumièges,

(а) Cartul., c. 395.

(б) Preuves, art. 32.

(c) Cartul., c. 208, 217.

1 Le déport était le droit que les évêques et les archidiacres avaient dans^certains diocèses, et principalement en Normandie, de jouir une année durant des revenus d’une cure vacante par le décès du titulaire.

2 Seine-Inférieure, arrondissement de Rouen, canton de Pavilly.

prêt endoient avoir droit d’y loger tous les ans à la Saint- Pierre, et de s’y faire servir à leur gré chacun dans leur appartement. On ne trouvoit pas à la vérité l’origine de ces redevances, et il semble qu’il eût été facile de les supprimer ; mais elles étoient passées en usage, et les possesseurs les demandoient avec tant de fierté qu’on les croioit presqu’ autorisés l.

Ces ambitieuses prétentions, jointes au tumulte que ces sortes de séjours occasionnoient durant la fête, lassèrent enfin l’abbé. Il résolut de secouer un joug auquel il supposoit, avec assez de vraisemblance, que ses prédécesseurs s’étaient d’eux-mêmes soumis. C’étoit la grande affaire qui l’occupoit alors, et qui le rendoit comme insensible aux avantages temporels que la piété des fidèles procuroit de temps en temps à son monastère. Il informa l’archevêque Robert du dessein qu’il méditoit, et, sur sa réponse, il fit avertir partout qu’il n’admettroit personne à loger dans l’abbaïe le jour de la fête du patron . On ne vit jamais mieux qu’en cette

1 On trouve fréquemment mention au moyen âge de ce droit de gîte. Le seigneur logeait seul ou avec ses gens chez son vassal, à certains jours déterminés. L’obligation d’héberger et de nourrir le seigneur et sa suite, entraînait parfois aussi celle de nourrir ses chevaux. Les abbayes n’étaient pas exemptes de ces redevances, que leurs bienfaiteurs leur imposaient en retour des donations qu’ils leur avaient faites. On comprend le trouble qu’apportaient à ces maisons de solitude et de prières ces chevauchées de séculiers qui venaient y faire séjour. Aussi les voyonsnous réclamer énergiquement contre cet usage, qui n’avait pas tardé à dégénérer en abus. Jumièges, à cause de l’importance de ses domaines, était exposé plus que d’autres aux inconvénients de ces séjours bruyants et dispendieux. L’abbé Alexandre et ses successeurs parvinrent à faire cesser, ou à peu près, ces désordres, comme on le verra par la suite.

rencontre combien la fermeté est nécessaire dans l’occasion. Plusieurs gentilshommes, le voiant résolu de ne point abandonner son projet, s’il n’j étoit forcé, renoncèrent d’eux-mêmes à leurs prétendus droits, ou, pour user de leurs termes, firent remise à l’abbaye de la livraison du pain et du vin, etc., qu’on avoit coutume de leur donner le jour de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. Nous trouvons jusqu’à sept chartes sur ce sujet datées de la même année 1211 ( a ). Ceux qui ne voulurent pas suivre leur exemple eurent recours à l’archevêque, et lui portèrent leurs plaintes contre Alexandre, l’accusant de témérité et d’ingratitude, mais le prélat, instruit de la fausseté de leurs prérogatives, leur fit assez connoître qu’il n’en pensoit pas comme eux, et qu’ils n’avoient aucun service à attendre de lui dans ces conjonctures. Cependant la feste approchoit, et l’on appréhendoit quelque violence de leur part; mais ils n’osèrent se présenter. La raison, sans doute, et la religion avoientdéjà repris le dessus, et, s’ils n’étoient pas encore déterminés à faire la même démarche que les premiers, ils étoient au moins résolus de ne rien entreprendre avec éclat et d’attendre un tems plus favorable. La Providence fit servir ces délais à avancer l’extinction de leurs chimériques privilèges. Ils en sentirent eux-mêmes la faiblesse et l’injustice, et on les vit, en fort peu d’années, y renoncer par des actes publics et authentiques ( b ) .

(a) Cartul., o. 306, 307, 316, 317, 318, 319, 322.

(b) Cartul passim.

Alexandre n’eut pas néanmoins la consolation de voir entièrement la fin de cet heureux évènement ; ses infirmités commencèrent, dès l’année suivante 1212, à lui faire sentir que ses jeûnes, ses veilles, son application à l’étude et son assiduité à tous les exercices de jour et de nuit avoient tellement épuisé ses forces qu’il ne pouvoit espérer une longue vie. Bientôt après elles le retinrent tout à fait dans une chambre de la nouvelle infirmerie, que l’archevêque Robert avoit fait bâtir à l’endroit où est aujourd’hui le parterre, et l’attachèrent à son fauteuil d’une manière peu douloureuse à la vérité, mais qui ne lui laissoit aucune force pour en sortir. L’archevêque de Rouen le vint voir en cet état, et passa plusieurs jours à conférer avec lui sur diverses matières, en présence du doyen de la cathédrale, de l’archidiacre d’Eu et d’un chanoine du Bourgachard 1 qu’il avoit amenés avec lui. On n’eût point dit à l’entendre parler qu’il fût malade, il fournissoit à la conversation et parloit avec une facilité merveilleuse. Ses réponses, quand on lui demandoit conseil, étoient décisives, mais toujours sensées, toujours justes ; le prélat l’écoutoit avec admiration, et se seroit volontiers enfermé avec lui pour recueillir ses instructions et recevoir ses derniers soupirs ; mais la solennité de Noël, qui approchoit,l’en empêcha. Il partit de Jumièges le 17 décembre 1212 et arriva le lende-

1 Célèbre prieuré de chanoines réguliers au diocèse d’Évreux. — Cf. Louis Passy, Notice sur le prieuré de Bourg- Achard.

main à Déville, où il confirma la donation (a) que Philippe de Longueville avoit faite à l’abbaïe, au mois de septembre précédent, de son fief de Varengeville-les- Deux-Églises (b). Elle en a joui paisiblement jusqu’au 15 février 1620, qu’elle l’aliéna, par contrat passé devant Dussaussei, tabellion à Saint-Georges, à M. Duvalde Coupeauville, pour une rente de quatre-vingtcinq livres.

Nous avons vu que la maladie d’Alexandre l’ avoit réduit à ne plus sortir de l’infirmerie, quoique les douleurs dont il était tourmenté ne fussent pas des plus aigues. Il en profita pour instruire sa communauté des devoirs de religion et lui en recommander la pratique. Comme sa tête étoit libre et saine, il assemblait régulièrement ses religieux autour de lui, trois fois la semaine, pour leur faire des conférences ; d’où l’on peut juger des soins qu’il s’ étoit donné pour les former à Dieu depuis qu’il étoit chargé de leur conduite. Un des moiens qu’il avoit emploiés, après l’instruction et le bon exemple, étoit l’étude de l’écriture sainte et des pères, dont il nous reste encore quelques manuscrits de son tems. Le dernier est de 1210, la veille de sainte Luce, et contient un traité de la profession monastique, par Guillaume de Poitiers (a) ; le combat des vices et des vertus, par saint Augustin ; le livre du précepte et de

(a) GartuL, p. 503.

(b) Ibid., p. 421, 423.

(a) Manusc., sous la lettre C, num.

la dispense, par saint Bernard; un traité delà pénitence, sans nom d’auteur; le poëme de Jadin sur l’état religieux ; un catalogue de tous les évêchés du monde ; et un abrégé de la Bible, en forme de prières, par Thomas de Jumièges, qui avoit recueilli et copié ces différentes pièces par ordre de son abbé.

Il seroit difficile de marquer au juste quelle fut la duree de la maladie qui conduisit ce respectable supérieur au tombeau. Il est vrai que le nécrologe, dont 1 autorité doit etre comptée pour quelque chose en ce point, met sa mort au 25 d’octobre 1213, mais un titre égallement respectable fait mention de son successeur avec la qualité d’abbé dès le mois de mars précédent , ce qui nous porteroit a croire qu’ Alexandre n étoit plus au monde, si nous ne le voions reparaître comme abbé, et son successeur comme prieur, dans un acte dresse, en leur presence, au mois de mai suivant. Pour concilier ceci, nous supposons, comme rien n’empêche, qu’ Alexandre, qui vivoit dans une continuelle et salutaire crainte de la mort, voiant que sa santé devenoit tous les jours plus foible, aura remis sa crosse à la communauté qui lui aura donné un successeur dès son vivant1 et que, par respect pour lui , celui qui lui fut substitue ne voulut prendre que la qualité de prieur dans 1 acte du mois de mai passé à Jumièges, sous les yeux d’Alexandre et presque en son nom. Quant à la

1 Notre auteur n’est pas seul à admettre l’existence de pro-abbés, ou abbés auxiliaires (voir plus haut, p. 134, note 1); nous en pourrions citer d’autres exemples.

charte du mois de mars, dont il sera parlé ensuite, et dans laquelle son successeur se trouve avec le titre d’abbé, c’est qu’il avoit été député par la communauté , et que l’affaire se passoit hors de Jumièges. Il n’y a rien là qui se contredise, mais il n’y a aussi rien de certain.

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