GUILLAUME VII DIT LE JEUNE OU GEMBLET, CINQUANTE-DEUXIÈME ABBE
Le siège abbatial ne vaqua que le moins qu’il fut possible ; c’est-à-dire autant de temps qu’il en fallut pour avoir la permission d’élire, que le roi s’étoitréservée. Dès qu’elle fut venue, les religieux s’assemblèrent et élurent tout d’une voix Guillaume Gemblet surnommé le jeune, pour le distinguer des trois autres du même nom qui avoient prononcé leurs vœux avant lui dans l’abbaïe de Jumièges. S’il se fit parle choix de la communauté et la bénédiction de l’archevêque un grand changement dans la fortune de Guillaume, qui de simple particulier devenoit en un instant le père de près de soixante religieux, il ne se fit au moins dans son cœur aucune de ces altérations qui d’un simple religieux font souvent un mauvais supérieur. Il avoit l’âme grande, le naturel bon, les inclinations vraiment religieuses. Le zèle et la fidélité à remplir tous les devoirs de son état étoient dans lui des vertus qu’il n’eut jamais besoin d’affecter ou de feindre. L’innocence de ses mœurs surtout le rendit recommandable, et arrêta, autant que ses instructions fréquentes, utiles et savantes, la liberté que quelques moines se donnoient de porter les armes et de chasser dans les plaines et dans les