‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de JumiègesChapitre 9 sur 39 · ROBERT VI, DIT DE BORDEAUX, CINQUANTE-UNIEME-ABBÉ · texte numérisé non relu

ROBERT VI, DIT DE BORDEAUX, CINQUANTE-UNIEME-ABBÉ

Ce détail achevé, on s’assembla pour procéder à l’élection, etl’on choisit pour abbé Robert de Bordeaux, religieux de l’abbaïe. Après le prise de possession, le grand prieur, accompagné des dix-^ept plus anciens profès, Robert de Miêmes, Nicolas de Hautonne. Richard de la Fresnaïe, Jean du Gruchet, Guillaume Harel, Richard de Caudebec, Guillaume de la Lieue, Pierre de Montreuil, Robert deLintot, Robert Lohier, Mathieu d’Yville, Guillaume de Croix— Mare, Richard de Bolbec, Pierre Dyel, Robert Durand, Guillaume Lejeune et Jean Morin, mena le nouvel abbé au dortoir, où l’on avait amassé tous les vases et toute la vaisselle d’or et d’argent qui servoient au réfectoire. Le coffre

du dépôt fut ouvert, et l’on y trouva deux arbres ou chandeliers à langue de serpent, soixante-trois tasses d’argent, vingt coupes de madré ou pierre d’onix, onze pots et trois pintes, cinquante-neuf écuelles, quatre-vingt-dix-huit cuillères, cinquante saucières ou petits plats de portion; deux grands bassins pour donner à laver, six cotfîns ou petites corbeilles qui servoient à mettre le fruit pour les desserts, deux drageoirs avec leur cuillère, deux huiliers et trentequatre amares d’or le plus pur et le plus fin.

A cette vue Robert de Bordeaux ne put retenir ses larmes, quoiqu’il se fut lui-même servi de ces meubles, n’étant encore que particulier; et sur le champ, en présence de l’assemblée, il protesta qu’il ne permettoit l’usage de ces vases précieux que jusqu’à ce qu’il en pût faire d’étain en assez grand nombre pour fournir à chacun son couvert. Le pitancier lui présenta alors une somme de trois mille quatre cent quatre-vingt-dix livres en monnaie de Paris et de Tours, qui étoit la seule reçue en Normandie depuis l’ordonnance de Louis-le-Hutin (cî), et qui ferait de notre monnaie vingtcinq mille six cent trente-quatre livres, et le mit en état d’exécuter son dessein ; mais les plaintes de la plupart des religieux, accoutumés dans ces temps de relâchement à ne se servir que de vaisselle de prix, le contraignirent de se conformer au temps et de tolérer ce qu’il ne pouvoit abolir. Ainsi l’argenterie fut reportée

(a) Ms. D. nura. 31,

au réfectoire, et depuis ce jour jusqu’en 1484 on n’entendit plus parler de réforme sur cet article, sinon dans le prieuré de Bû, d’où l’abbé Robert fit enlever l’année suivante un drageoir, quatre gobelets, deux pots-à-eau et dix-buit cuillères d’argent, qu’on mit dans le coffre du dépôt.

Nos mémoires ne nous apprennent rien autre chose de son administration, qui ne fut que deux ans et neuf mois, ayant été élu le 19 juin 1327 et étant mort le 20 mars 1330.

Il fut enterré le lendemain dans le choeur de l’église de Saint-Pierre, par le vicaire général de Guillaume de Durefort, archevêque de Rouen, assisté de l’archidiacre, de plusieurs chanoines de la cathédrale, et d’un grand nombre d’ecclésiastiques que le prieur claustral nommé Richard de Caudebec avoit invités pour lui faire rendre les derniers devoirs avec plus de magnificence. On voit en effet, par l’inventaire qui fut dressé quelques jours après sa mort, qu’on n’épargna rien à sa pompe funèbre, dont le luminaire seul étoit de cent soixante-deux livres de cire, à raison de deux sols six deniers la livre. La cérémonie fut terminée par un grand festin, que dom Jean de Montihart avoit eu soin de faire préparer dans le réfectoire et dans les salles, suivant l’ordre de la communauté, qui lui tint compte de trente-quatre livres treize sols quatre deniers, pour le poisson et la viande nécessaires ce jour-là à la nourriture des hôtes seulement (a).

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