JEAN III, DIT DE SAINT-DENIS OU PAPILLON CINQUANTE-CINQUIÈME ABBÉ
Les religieux de Jumièges furent plus d’un mois à convenir d’un successeur. Il se trouvait encore parmi eux plusieurs sujets de mérite, mais on n’en put élire aucun. Le sort tomba sur un étranger, nommé Jean de Saint-Denis ou Papillon, docteur en droit canon de la Faculté de Paris. On prétend qu’il avoit été religieux de Saint-Laumer de Blois , abbé de Saint-Eloi de Noyon, et de Conches, au diocèse d’Evreux ; mais, comme les catalogues de ces deux premières abbaïes n’en font aucune mention, nous croirions plutôt qu’il y aurait été reçu simplement pour s’instruire des observances régulières, selon l’usage de ces temps-là, ou pour y enseigner le droit canon, qu’il avoit lui-même étudié avec tant de succès, qu’il passait pour docteur fameux. Si l’on en croit l’auteur du manuscrit de Conches, où il est constant qu’il avoit demeuré, ses manières étaient peu religieuses, sa probité suspecte et
son avarice insatiable. Peu content même de ce tableau, l’auteur le dépeint encore comme un voleur et un sacrilège, raftor et sacrilegus; mais si ce portrait est véritable, il ne le peut être que de la jeunesse de Jean de Saint-Denis, comme il est aisé d’en juger par Péloge qu’en firent après sa mort les religieux de Jumièges dans l’épitaphe qu’ils mirent sur son tombeau, où il est considéré comme un miroir de raison, un prédicateur de la saine doctrine, le fléau des superbes et le défenseur de tous ceux qui vouloient vivre dans la piété.
Quoi qu’il en soit de cette diversité d’opinions, le pape Urbain V ayant confirmé son élection, les moines l’envoyèrent quérir, et il vint aussitôt ; mais ce ne fut pas pour faire un long séjour parmi eux ; car, dès le lendemain de sa prise de possession, il partit secrètement, après avoir établi pour son grand vicaire dom Allain de Saint-Denis, prieur de Joui, et ne rentra à Jumièges qu’en 1370. Les religieux ne furent pas fâchés de son départ, se croyant délivrés de la crainte qu’ils avoient eue de voir rétablir la rigueur de l’observance, que la mort des meilleurs sujets avoit considérablement affoiblie, et que la timidité du prieur claustral n’étoit pas propre à faire revivre. Dom Allain de Saint-Denis, vicaire-général de l’abbé, se plaignit souvent des transgressions de la règle. Il en avertit le prieur, reprit les coupables en particulier et les pria même avec larmes de changer de conduite, mais s’apercevant que ses exhortations étoient inutiles, et ayant été informé de nouveau, par des personnes dignes de foi, que ces reli-
gieux tomboient dans des dérèglements qui cboquoient également les obligations essentielles de la vie chrétienne et de la vie religieuse, il écrivit une lettre au prieur claustral dans laquelle il lui donne une fort belle morale sur les devoirs de la vie monastique et les obligations d’un supérieur ; puis il ajoute : « Vous vous « rendez volontairement coupable devant Dieu des « fautes de vos frères, en ne les reprenant pas lorsque « vous le pouvez, et l’impunité dans laquelle vous les « laissez vivre pour leur damnation, attirera sur vous « le même malheur, si vous ne faites promptement ce « qui dépend de vous pour détruire des scandales dont « vous êtes auteur par votre lâche condescendance; « souvenez-vous que vous êtes établi pour arracher « et pour détruire, pour perdre et pour dissiper, pour « édifier et pour planter, et que Dieu vous demandera « compte de tout le bien qu’il- ne trouvera pas dans les « brebis qu’il vous a confiées. Je vous conjure donc et « vous ordonne, par ces présentes, en vertu de l’au- « torité que j’ai reçue de notre abbé avant son départ, « de les exhorter à faire de dignes fruits de pénitence, « à s’exercer à la piété, et à pratiquer leur règle. S’ils « le refusent, vous les punirez selon la rigueur des « canons, sans avoir égard à la qualité des personnes, « ni aux appellations qu’ils pourroient interjeter pour « gagner du temps ; à moins que les désordres ne « soient tels que la punition nous en soit réservée, ou
(a) Archives.
« à l’abbé, et pour lors vous nous en donnerez avis, « afin que nous puissions apporter le remède conve- « nable à de si grands maux. Donné sous le sceau de « notre vicariat, le 20 janvier 1365 (a). »
Dom Raoul Le Coq, c’est le nom du prieur claustral, n’eut pas plutôt reçu ces ordres, que se voyant appuyé du vicaire général et revêtu de son autorité, il mit sérieusement la main à l’ouvrage de la réformation ; et quoiqu’il la souhaitât beaucoup plus qu’il ne l’espéroit, il ne laissa pas de ramener les moines méchants et de les voir profiter de ses leçons et de ses menaces au-delà même de ce qu’il auroit osé se promettre. Mais les officiers n’eurent que du mépris pour ses sages remontrances. Pleins de l’esprit du^ monde, et plus endurcis que jamais, ils portèrent l’eifronterie jusqu’à soutenir leurs égarements, et ils accablèrent le' prieur d’injures et de reproches, l’accusant d’entretenir des intelligences avec le vicaire-général et d’être la cause des derniers avis qu’il avoit reçus et qui attiroient sur eux cette tempête. Le prieur n’eut pas de peine alors à concevoir qu’il ne lui étoit plus possible de s’opposer seul au torrent, et que l’autorité de l’abbé devenoit un remède nécessaire au mal. Il se contenta néanmoins d’en écrire au vicaire-général, qui ne put manquer de lui être favorable dans une cause aussi juste. Il se rendit aussitôt auprès de l’abbé, qui, s’étant fait instruire de la situation présente, ordonna la dépo-
sition des officiers et la poursuivit même auprès du pape Urbain. Le Saint-Père fit expédier un bref pour dépouiller ces mutins de leurs offices (a), mais pendant que ces changements se faisoient sans bruit et sans éclat de la part du plus grand nombre, le cellérier, nommé Pierre Sevran, portant plus impatiemment que les autres sa déposition, se souleva contre le vicairegénéral qui lui avoit intimé les ordres de l’abbé et du souverain pontife , et protesta qu’il n’ avoit aucun compte à rendre de son administration. Il fallut donc recourir une seconde fois à l’autorité du Saint-Siège pour le contraindre par censures à vider sQs^fmains et à rentrer dans le cloître . Mais le pape ne voulut pas aller si vite à cause du vieux Guillaume d’Aigrefeuille, cardinal, prêtre de Sainte-Marie, au delà du Tibre, que ses prédécesseurs avoient commis pour juger de tous les différents mus et à mouvoir dans l’ordre de Saint- Benoît et de Cluny, où il avait été moine, avant que le pape Clément VI, n’étant encore qu’ archevêque de Rouen, l’eût fait venir près de lui. Ce n’est pas qu’Urbain n’eût pu passer outre sans entreprendre sur la commission du cardinal ; mais comme il avoit contracté avec lui, il fut bien aise de donner cette marque de déférence à un ami, qui passoit pour le principal promoteur de son exaltation au pontificat, et qui, de plus, connoissoit l’abbaïe de Jumièges. Il l’envoya chercher, et, après lui avoir remis la supplique de l’abbé Jean et les lettres de son grand-vicaire, il cita le cellérier de Jumièges pour comparoître devant lui à Avignon;
mais celui-ci n’en tint compte, et, résolu de ne plus rien ménager, il choisit parmi ses amis du dehors ceux qu’il crut les plus déterminés, et leur mit les armes à la main pour le maintenir dans son office.
Cette précaution ou plutôt cet attentat qui fait trembler quand on considère qu’il est commis par un moine qui avoit fait profession d’obéissance, jeta tous les religieux de Jumièges dans la consternation et l’abattement. Ils levèrent les mains au ciel dans l’espérance que Dieu changeroit le cœur du rebelle; mais, voyant que les choses alloient de mal en pis et que les vivres leur manq^ioient, parce que le cellerier retenoit la clef des greniers et ne leur donnait que peu de chose pour la dépense journalière, faisant servir leurs provisions à l’entretien de cette troupe maudite dont il se faisoit accompagner partout, ils se plaignirent à l’abbé, et le pressèrent d’avertir promptement le cardinal d’Aigrefeuille de ce qui se passoit, et de l’engager à faire cesser les persécutions qu’ils souflProient. On ne peut dire en effet combien d’insultes ces religieux avoient à essuyer tous les jours de la part de cette foule de brigands répandus dans leur maison. Le cardinal n’eut pas plutôt lu la requête qui lui fut adressée par l’abbé, qui l’instruisoit en même temps de l’appel interjeté par le cellerier, qu’il donna commission à l’archevêque de Rouen de se transporter sur les lieux, lui ou son grand vicaire, et de faire cesser les troubles et les violences en déposant le cellerier, et lui en substituant un autre, auquel il fera prêter serment sur les
saints Evangiles de bien et fidèlement administrer son office et d’en rendre compte à l’abbé et aux religieux autant de fois qu’il en sera requis {a). L’ordonnance est du 24 mars 1367, mais on ne voit pas qu’elle ait été suivie d’aucune exécution. Ce qui est certain, c’est que vingt-six ans après, les celleriers de Jumièges prétendoient encore que la cellerie étoit un office en titre, dont on ne pouvoit les dépouiller.
Tandis qu’avec les mêmes prétentions Pierre Sevran travailloit à se maintenir dans cet emploi par une voie qui auroit du le couvrir de honte et de confusion, s’il avoit été capable de rougir, Charles V dit le Sage donna ordre au bailly de Rouen d’avertir ceux qui lui dévoient le service d’Ost ^ de se tenir prêts à partir et de se rendre à Soissons, au terme de l’ordonnance. Le vicaire-général de Pabbe Jean parut emoarrasse de cet ordre, ne sachant quel service l’abbaïe devoit au Roi, ni par qui il devoit être rendu. La crainte d’une surprise le fit recourir aux archives, où il fut assez heureux pour trouver dans les papiers de dom Jean Le Bourgeois, ancien chambrier de l’abbé Jean de Boiracher, que l’abbaïe ne possédoit que trois fiefs de cuirasse ou de haubert, pour lesquels les religieux de Jumièges étoient tenus de fournir trois hommes au
(a) Archives.
1 Service de guerre. Ost signifiait armée ; de là l’application de ce mot aux choses de la guerre. L’Ost, lorsqu’il était publié, obligeait les feudataires à prendre les armes sous la conduite de leurs seigneurs respectifs.
Roi, en temps de guerre (a). Ces fiefs, acquis de plusieurs seigneurs particuliers, depuis la fondation de l’abbaïe, étoient Montbiart, Épinay et la Marval. L’abbaïe jouissoit des deux premiers en entier et de trois huitièmes dans celui de la Marval, dont les cinq autres portions étoient tenues par MM. de Perceval, de Boulainville, Gilbert Matemains, Robert de Mesnil-Varin, Poupart du Mesnil-Vacé et Jean du Goulet, à la charge d’en faire le service de l’abbaïe, comme chef seigneur (h). Voici les noms des huit portions : la Marval, Bois-Guerout, Periers, Ménil- Vacé, Ménil-Varin, la Gauchée, Guefal et Bienvenu. Ces trois fiefs devaient fournir en guerre chacun un homme en hahit militaire et entretenu au dépens de l’abbé, si l’aide des vassaux, qui étoient de cinq sols par acre de terre, ne suffisoit pas pour leur nourriture durant les quarante jours de service.
Après cette découverte, qui arriva au mois de juillet de l’an 1366, comme il paroît par le certificat de Nicolas Rosselin, primicier de l’éghse Cathédrale de Rouen, Dom Allain de Saint-Denis, se voyant à couvert de la surprise qu’on lui auroit pu faire à l’occasion du service d’Ost que le Roi demandoit, ne songea plus qu’à remplacer les officiers du monastère et des maisons priorales qu’il avoit destituées l’année précédente en vertu du bref d’Urbain V. Mais la chose ne fut pas si facile qu’il se l’étoit imaginé. Soit que son pouvoir
(a) Archives.
{b) Cartul., c. 536.
le rendit odieux, ou'que le droit de nommer seul parut une usurpation, les moines s’y opposèrent tout d’une voix, et il fallut céder à leur opposition, jusqu’à ce qu’on eut fait venir d’Angleterre le prieur d’Helling, au témoignage duquel on étoit convenu de s’en rapporter. Il arriva à Rouen le 12 octobre 1366, et le 14 du même mois il donna une déclaration devant notaire, par laquelle il reconnoît que de son temps, c’est à dire près de soixante ans ans auparavant, les abbés de Jumièges avoient toujours nommé seuls aux ofidces claustraux et aux prieurés, à la réserve de la cellererie et des prieurés de Joui et d’Helling, pour lesquels il avoit vu assembler la communauté en chapitre, ou au moins les anciens dans Tappartement de l’abbé (a) . Le vicaire-général reçut avec plaisir une déclaration qui lui donnoit toute autorité dans Jumièges. Il y retourna aussitôt et nomma tous les ofldciers comme on étoit convenu, sans que personne formât la moindre opposition.
La même année le pape Urbain ayant résolu de rétablir le fameux monastère du Mont-Cassin, supprima l’évêçhé érigé par le pape Jean XXII en 1319, et employa aux réparations les revenus de l’abbaïe tant qu’elle demeura vacante. Mais voyant qu’ils n’étoient pas suffisants, il imposa une dîme sur tous les monastères de l’ordre de Saint-Benoît en 1368, et chargea Tabbé de Saint-Ouën de Rouen d’en faire le recouvre-
ment dans la province de Normandie. Celte imposition déplut à la plupart des abbés, et en particulier à celui de Jumièges, qui pria le pape de l’en décharger, attendu les dommages qu’il avoit soufferts dans les années précédentes ; mais sa prière ne fut point écoutée malgré les certificats de l’abbé de Saint-Ouen, et la décime fut presqu’ entièrement payée en 1369.
Le 15 mai de l’année suivante, 1370, Jean de Saint- Denis étant revenu à Jumièges après une absence de près de six ans, donna procuration à frère Nicolas de Barville pour retourner à Montaterre et rebâtir le prieuré de Saint-Léonard, que les Anglois avoient presque ruiné dans les dernières guerres. Le fidèle serviteur de Dieu, plein de zèle pour la gloire de sa maison, profita sans délai de la permission qu’on lui donnoit. Il partit de Jumièges dès le 18 du même mois et entra dans le Beauvoisis {a) ; mais ayant appris qu’une partie de l’armée du prince de Galles occupoit toujours la Picardie, il revint sur ses pas, aimant mieux différer l’entreprise que de s’exposer à perdre l’argent qu’il y destinoit. Il est vraisemblable que ce contre-temps ayant fait échouer le projet de frère Nicolas de Barville, on ne pensa plus dans la suite à relever l’église et les bâtiments de Montaterre. Au moins voyons-nous qu’en 1466 ils étoient encore ensevelis sous les ruines et qu’on n’y faisoit aucun office. Peut-être aussi avoient-ils été ruinés une seconde fois dans les guerres de Henri VI contre la France.
(a.) Archives.
Vers le même temps, c’est-à-dire en 1370, l’abbaïe eut un gros procès avec les officiers de la maîtrise, au sujet du droit de tiers, et danger qu’ils prétendoient appartenir au roi sur les bois qu’elle possédoient en Normandie. Il est certain qu’elle n’en avoit jamais payé; et tout ce qu’elle en pouvoit connoître se réduisoit à savoir que ce droit consiste au tiers de la vente qui se fait d’un bois, soit en argent ou en espèce, et outre cela au dixième, en sorte que de trente arpens, il en est dû treize au roi. L’affaire, ayant été portée aux maîtres enquêteurs des eaux et forêts delà province, fut examinée avec attention, et les religieux de Jumièges maintenus, par ordonnance du 6 mai 1371, dans l’exemption de ce droit, avec pouvoir de connoître seuls ou leurs sénéchaux des délits qui se commettroient dans leurs bois et de recevoir les amendes imposées aux délinquants (a).
Les choses ainsi réglées, Jean de Saint-Denis, bien résolu de ne plus s’éloigner de Jumièges, à cause des prévarications que sa longue absence y avoit introduite, travailla avec un zèle infatigable à remettre dans l’ordre ce qu’il trouva de dérangé, usant de son pouvoir dans toute son étendue et punissant avec une sévérité exemplaire ceux que les voies de remontrances et de douceur ne pouvoient ramener. Une conduite si sage et si ferme dans le maintien de la discipline eut bientôt tout le succès qu’il avoit espéré. Les
{a) Archives.
abus furent proscrits, et afin que désormais il n’arrivât rien de pareil, il chargea le prieur et les doyens de veiller à l’observation de la règle et de ne pas souffrir qu’on y donnât la moindre atteinte, sous quelque prétexte que ce fût. Pour lui il se donna tout entier à l’instruction, faisant tous les jodrs de fêtes et de dimanches des conférences familières, dans lesquelles il expliquoit les endroits les plus touchants et les plus nécessaires de l’écriture sainte et de la règle de saint Benoît, avec tant d’applaudissement que sa réputation, s’étant répandue beaucoup au-delà de la province, on vit venir à Jumièges plusieurs personnages célèbres, pour s’assurer par eux-mêmes de ce que la renommée annonçoit d’un homme si rare en ces temps-là. De ce nombre fut Jean Lefebvrej abbé de Saint-Vast d’Arras, docteur en décret et depuis évêque de Chartres. Il vint à Jumièges en 1374, et fut si frappé du bel ordre qui y régnoit, des discours pleins de sagesse de l’abbé et de l’empressement de tous les religieux à l’entendre, qu’au lieu des présents réciproques qu’on avait coutume de se faire dans ces sortes de visites, il ne voulut et ne demanda que d’être associé à leurs prières, lui et sa communauté, ce qui lui fut accordé avec beaucoup de reconnaissance de sa part, comme il paroît par les lettres qu’il leur fit expédier trois ans après, pour affermir leur société mutuelle (a).
Pendant que l’abbé J ean de Saint-Denis parcouroit
(a) Archives,
de la sorte le texte sacré, pour en développer le sens à ses religieux par des explications plus étendues et tirées sans doute de meilleures interprètes, le Roi de Navarre, le comte d’Harcourt, le comte de Longueville-en-Caux, le comte d’Alençon, le comte du Perche et le connétable Bertrand Duguesclin interrompirent pour quelque temps ce pieux exercice par des vexations dont on n’avait point encore vu d’exemple que dans le comte de Dreux vingt-quatre ans auparavant. Poussés par le même esprit de domination, trop ordinaire aux grands, ces seigneurs voulurent non-seulement exercer leur justice sur les terres de l’abbaïe qui se trouvoit dans les enclaves des domaines qu’ils possédoient en Normandie, mais même s’en attribuer la mouvance et se faire donner des déclarations. Il n’y avoit pas longtemps que l’abbé et les religieux avoient fait ce devoir au Roi Charles, leur seigneur suzerain, et il n’y avoit pas d’apparence que ce prince en cédant une partie de son domaine, comme la châtellenie et haute justice de Lillebonne au comte d’Harcourt, la châtellenie d’Exne au comté d’Alençon, et le comté de Longueville au connétable Duguesclin, eût eu l’intention de leur abandonner la direction des seigneuries de Norville, de Vimoutiers, de Croûtes, de Coulances, d’Oisy, de Saint-Vast, de Dieppedale et autres dépendantes de l’abbaïe de Jumièges, dont il savoit que la suzeraineté lui appartenoit au droit des ducs de Normandie et des rois ses prédécesseurs, quis’étoient toujours fait reporter ces droits par une seule et même féauté incorporée