‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de JumiègesChapitre 19 sur 39 · NICOLAS LE ROUX, CINQUANTE-NEUVIEME ABBE · texte numérisé non relu

NICOLAS LE ROUX, CINQUANTE-NEUVIEME ABBE

Nous avons déjà dit que la plupart des religieux s’étoient réfugiés à Rouen dès le commencement de

(a) Ms, du Père Chrétien, part. Il, p. 209.

la guerre des Anglois avec la France. Nous en avons en particulier une preuve pour Tannée 1418, dans un acte capitulaire dressé par cinq d’entre eux, au manoir de la Poterne, le 27 septembre de la même année (a). L’acte porte qu’ayant appris la mort de Simon du Bosc d’heureuse mémoire, ils ont obtenu du roi et des grands vicaires de Monseigneur l’Archevêque de Rouen la permission de pourvoir leur monastère d’un nouvel abbé, et qu’ils sont convenus d’un commun accord de s’assembler le lendemain 28® du même mois, pour procéder à l’élection (b) . Ils s’assemblèrent en effet dans la chapelle du manoir, où, après la messe et l’hymne du Saint-Esprit, le prieur claustral, qui étoit bachelier de Sorbonne, prononça un discours très éloquent sur les trois voies du scrutin, du compromis et de l’inspiration, usitées dans les élections. Ils choisirent la voie du compromis, et donnèrent leur pouvoir à trois d’entre eux, avec la liberté de prendre même un religieux d’un autre monastère, pourvu qu’il fût du même ordre. Mais afin que l’élection ne trainât point en longueur, le temps en fut limité jusqu’à ce qu’une bougie qu’on leur donna allumée fût entièrement éteinte. Les électeurs restèrent seuls dans la chapelle, dont la porte fut fermée pendant qu’ils procédoient à l’élection, et avant que la bougie fût brûlée ils choisirent pour abbé Nicolas Le Roux, et le déclarèrent ensuite au chapitre, qui rentra dans la

(a) Archives.

{b) Ibid.

chapelle et chanta le Te Beum, après quoi l’on annonça l’élection au clergé et au peuple, qui étoit en foule à la porte et dans la rue.

Nicolas Le Roux étoit né à Rouen, de parents nobles. Son père Nicolas Le Roux et Catherine du Bosc, cousine germaine de Simon, abbé de Jumièges, se rendirent encore plus recommandables par leur piété que par leur naissance. Ils donnèrent à leur fils une éducation chrétienne. Simon du Bosc le prit avec lui dans le temps qu’il étoit encore fort jeune, et étant devenu abbé de Jumièges, il lui donna l’habit de S. Benoît, vers l’an 1395. Depuis son entrée en religion, ou pour mieux dire dans tous les temps de sa vie, il fut un modèle de vertu. Avant son noviciat à Jumièges, il en avoit fait en quelque sorte un autre par une vie toute occupée de l’étude et delà prière. Il n’entra à Jumièges que dans un âge très compétent pour faire un choix de cette importance. Il avoit près de vingtquatre ans. Bientôt sa grande régularité et la bonté de son caractère lui attirèrent l’estime et l’amitié de tous les frères (a). Il fut successivement prieur de Montaterre, de Dammarie et de Joui, reçu bachelier en 1409, docteur en 1411, et élu abbé de la Croix-Saint- Leufroi au commencement de l’année 1412. Il y maintint le bon ordre et la règle par son exemple et par sa douceur, beaucoup plus que par l’autorité que sa place lui donnoit. On lui fit l’honneur de le députer {b) au

(a) Archives.

(b) Thesaur, Anecd., t. II, p. 1539.

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