‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de JumiègesChapitre 26 sur 39 · ANTOINE CRÊPIN SOIXANTE-ET-UNIÈME ABBE · texte numérisé non relu

ANTOINE CRÊPIN SOIXANTE-ET-UNIÈME ABBE

Antoine Crêpin, qui lui succéda, étoit de la noble et ancienne famille du Bec, qu’on prétend être sortie de

celle des Grimaldi, princes de Monaco. Cette branche a produit un cardinal, des archevêques, des évêques, un chevalier des ordres du roi et d’autres grands personnages. Antoine du Bec Crêpin, dont il s’agit ici, avoit de grandes qualités, mais il les déshonora par une avarice insatiable, qui le fit passer successivement de l’évêché de Paris à celui de Laon, et ensuite à l’archevêché de Narbonne, dont il occupoit le siège, lorsqu’en 1464 il entra comme un larron dans la bergerie de Jumièges. Le troupeau qui la composait se soumit à lui avec une obéissance pleine de respect, pour ne pas causer de désordre par sa division avec le pasteur. Mais quelques soins que ses religieux prissent de lui rendre tous les honneurs dus à sa dignité, il ne leur pardonna jamais le refus qu’ils avoient fait de souscrire le mémoire qui leur avoit été présenté par le grand-vicaire de Rouen contre leur abbé, qu’il voulut dépouiller de sa charge avec quelqu’ apparence de justice. Il leur ôta l’administratiou des biens et des offices claustraux dont ils avaient été en possession sous les abbés réguliers, et la donna à ses domestiques, qui, non contents de la laine des brebis, leur arrachoient encore la peau et les laissoient mourir de faim pour engraisser l’archevêque {a). Un historien plus moderne ajoute que, pour augmenter ses revenus, il retrancha l’aumône des pauvres et que dans cette même vue il pressa le pape de lui donner une nouvelle bulle pour la restitu-

(a) Mémoires de Jumièges.

tion de l’or, de l’argent et des autres effets qu’on avoit enlevés pendant la maladie de l’abbé Nicolas Le Roux ; mais ces circonstances sont incertaines. Ce qu’il y a de vrai, c’est que Pie II adressa une bulle au doyen de Rouen,' le premier jour d’avril 1466, contre les usurpateurs des biens de l’abbaïe en général, et qu’il n’y est fait aucune mention de l’enlèvement du trésor de Nicolas Leroux {a).

Dès Tannée précédente, 1465, le prieur de Montaterre s’étoit adressé à Tabbé Antoine Crêpin, pour avoir les réparations de son prieuré, et celui-ci y avoit consenti; mais ayant fait dresser un procès-verbal de ces réparations et voyant qu’il lui en coûteroit trop, il prit une résolution plus conforme à ses intérêts. Ce fut de proposer au prieur de parcourir le royaume avec les saintes reliques qu’on avoit apportées de Montaterre à Jumièges, et d’intéresser la piété des fidèles par la vue de ces gages précieux et par des lettres d’association aux prières de Tabbaïe, à contribuer au rétablissement, tant de l’église que des bâtiments du prieuré. Quelque dure que fut cette proposition, elle fut néanmoins acceptée par le prieur, comme il paroît par une lettre circulaire écrite par Tarcbevêque de Narbonne le 17 janvier de cette année 1466, aux évêques du royaume, pour les prier de permettre à son religieux de quêter dans leurs diocèses (b) ; par une permission de Tarcbevêque de Sens, deThibaud, évêque d’Orléans,

{a) Archives.

{V) Ibid.

et des grands- vicaires de Rouen, en 1468 et 1470; enfin par une reconnoissance des religieux de Jumièges, comme le prieur de Montaterre leur a remis, après ses courses, un bras de S. Léonard, patron du prieuré; la tête et un bras de S. Léger, une portion de la vraie croix, une partie de la tête et plusieurs ossements de Agnès, quelques petits os des corps de S. Pierre et de S. André, de S. Barthélemi, et de S. Marc, une petite fiole d’buile, sortie du corps de S. Nicolas, un os de S. Laurent et la tête d’un des Innocents massacrés par Hérode. Nous avons un autre acte de ce temps -là, par lequel le sacristain reconnoît avoir à sa garde le chef en argent de S. Valentin, le chef et un bras de S. Aicadre, deux châsses de S. Constantin et de S. Peregrin, une relique de Notre-Dame, une de Agathe, un bras de S. Sébastien, un bras de S. Hugues, le menton de S. Quentin, un reliquaire de Simon du Bosc, et une chape de S. Filbert. Telles étoient les reliques exposées à la vénération des peuples dans l’abbaïe de Jumièges, si l’on en excepte celle de S. Léonard, de S. André, de S. Barthélemi, de S. Marc, de S. Nicolas et de S‘® Agnès, qu’on rendit au prieur de Montaterre après la reconstruction du prieuré {a) .

A quelque temps de là, et vraisemblablement après la mort de Jean de la Chaussée, dont l’official de Paris avoit déclaré la démission nulle par une sentence du

(a) Archives.

20 octobre 1462, le roi donna commission à l’échiquier de Normandie de recevoir le serment de fidélité de l’archevêque de Narbonne pour le temporel de l’abbaïe de Jumièges (a)-, ce qui fut exécuté le 19 mai 1471 . Ce jour là même Antoine Crêpin vint à Jumièges avec le comte d’Harcourt et le sieur de Bussi, et y séjourna près de quinze jours, pendant lesquels il fit beaucoup de caresses aux religieux tant en public qu’en particulier. 11 leur fit même présent de deux magnifiques chapes de drap d’or figurées et de deux garnitures d’aubes pour les fêtes solennelles. M. de Bussi donna une chape et une garniture d’aube de même espèce, et le comte d’Harcourt un devant d’autel avec une chasuble et deux tuniques, qui furent déposées dans la chapelle de Saint-Jean, où étoit alors le chapier. Il paroit que l’archevêque de Narbonne étoit disposé à leur donner dans la suite de nouvelles marques de sa bienveillance. Le soin qu’il prit d’acquitter les dettes de son prédécesseur nous donne au moins lieu de le conjecturer ; mais la mort l’enleva avant l’exécution. Il fut atteint de maladie, à Rouen^ peu de temps après avoir payé les créanciers de Jean de La Chaussée, et il mourut le 15 octobre 1472; il fut enterré le lendemain dans l’église des religieux de S. Dominique, où il avoit choisi sa sépulture ^ ’

(a) Archives.

1 Elle est ainsi mentionnée par Farin : Antonius Crespin Narbonensis Ârcliiepiscopus, ohiit 15 octob. 1472 et sepultus est apud Bominicanos Rothom. celebr antibus inliumationem Canonicis regularibus. Histoire de Rouen, édit. Dusouillet, 1731, t. II, départie, p. 46.

La première année de son gouvernement ou plutôt de son intrusion dans l’abbaïe de Jumièges, Thierri Davy, qui en étoit moine et prieur de Croûtes, fut élu abbé de Saint-Georges de Bocherville. Il prêta serment d’obéisssance à l’archevêque de Rouen le 17 juin 1466 et mourut le 8 août 1495. Il fut inhumé dans son église, où l’on voit encore son tombeau au côté droit du grand autel. Cette même année 1464 mourut à Jumièges Dom Jean Guels, neveu de maître Jean- Justice, chanoine de Bajeux et grand chantre de l’église cathédrale de Paris. Il avoit fait profession de la vie religieuse en 1426, en présence de son oncle {a) , qui lui donna pour son usage le traité manuscrit des vertus et des vices, à condition qu’il demeureroit à l’abbaïe après sa mort. Quant à Maître Jean Justice, un ancien pouillié lui attribue la fondation de deux chapelles dans la seigneurerie de Jumièges, et les place l’une à Saint-André-d’Yain ville et l’autre à Saint-Nicolas-du-Trait, son annexe, où elles existent encore aujourd’hui (b). Cette pièce a sans doute échappé aux recherches de l’auteur de la description de la haute Normandie, qui ne parle que d’une chapelle de Maître Jean Justice, sans savoir même où la placer, ni fixer l’époque de sa fondation. Les religieux de Jumièges ayant appris par le bruit public la mort d’Antoine Crêpin, leur abbé, donnèrent commission à l’un d’entre eux de saisir incessamment et de faire

(а) Ms sous la lettre C, nomb. Ô2.

(б) Archives.

garder en leur nom la cave où il avoit mis ses vins (a). La commission est du 18 octobre 1472. Pour entendre de quoi il s’agissoit dans cette saisie, il faut savoir que l’archevêque de Narbonne, depuis huit ans, faisoit descendre à Rouen tous les vins de Longueville et des autres vignobles dépendant de Tabbaïe, et qu’il n’en donnoit aux religieux qu’autant qu’il le jugeoit à propos et dans des temps prescrits. Ainsi leur provision •étant avec celle de l’abbé, ils avoient intérêt qu’elle ne fut point dissipée, avant qu’on eut réglé ce qui pouvoit leur en revenir. Mais Jacques de Brezé, comte de Maulévrier, chambellan du roi Louis XI et héritier d’Antoine Crêpin, par bénéfice d’inventaire, n’avoit pas attendujusque-lààfaire enlever les vins du défunt. A peine avoit-il fait faire ses obsèques, qu’il n’avoit eu rien de plus pressé que de s’assurer d’une si bonne proie. On travailloit encore à la transporter dans un autre quartier de la ville, lorsque le religieux de Jumièges arriva pour exécuter sa commission. Il fit mettre le scellé sur les portes de l’ancienne et de la nouvelle cave et cita Jacques de Brézé devant le bailli de Rouen, qui, ayant été obligé de s’absenter, laissa le soin de cette affaire à son lieutenant (b). Elle fut plaidée devant lui et jugée en faveur des religieux de Jumièges le 30 novembre de la même année j ce qui

excita un grand procès entre le lieutenant et Jacques de Brézé, qui prétendoit à la moitié de ces vins, n’ayant pu les avoir seul.

LOUIS d’amboise, soixante-deuxième abbé.

Cependant le roi nomma à l’abbaïe de Jumièges Louis d’Amboise, quatrième fils de Pierre d’Amboise, sieur de Cbaumont et d’Anne de Reuil. Son gouvernement, quoique court, fut utile aux religieux, qu’il rétablit dans la possession des biens dont ils avoient joui jusqu’au temps de son prédécesseur, dont l’avarice l’avoit tellement frappé, qu’il sembloit avoir une aversion particulière de ce vice. C’est tout ce que nos mémoires nous apprennent de lui. Ils ajoutent seulement qu’il succéda dans l’évêché d’Albi au cardinal Jean Geoffroi, mort au mois de novembre de Tan 1473, et que, content de ce bénéfice, il fit sa démission de l’abbaïe de Jumièges, pour se retirer dans son diocièse, où il remplit les devoirs de l’épiscopat avec tant de douceur, qu’il en fut surnommé le Bon.

JACQUES d’aMBOISE, SOIXANTE-TROISIEME ABBÉ.

Jacques d’Amboise fut élevé sur le siège abbatial à sa place. Il étoit religieux de Cluny, fils de Pierre d’Amboise et frère de Louis, qui l’avoit précédé dans le gouvernement de l’abbaïe de Jumièges. Deux anciens monuments placent son élection au mois de janvier 1474, son serment de fidélité au roi le 20 de février suivant, et sa prise de possession le 28 de mai de la même année. Il ratifia le partage des biens que son frère avoit fait rétablir, et il jouit de sa portion l’espace de trente-et-un ans et cinq mois, durant lesquels nous aurons souvent occasion de parler de lui dans la suite de cette histoire.

Pour ce qui regarde les religieux, comme ils n’avoient plus d’abbés à leur tête pour leur donner l’exemple, ils ne se conservèrent pas longtemps dans la fidélité à leurs promesses. L’esprit du monde étant entré dans l’abbaïe avec le premier abbé commendataire, ils en furent tous ou presque tous possédés. La retraite leur devint insupportable, les saintes lectures et la prière furent abandonnées, le silence méprisé, les jeûnes négligés, l’office divin précipité, et les intervales qui le suivoient inutilement employés au

dedans, ou consacrés à faire des visites au dehors. On ne dit point, au reste, que leur vie fut déréglée. On remarque seulement que depuis dix ans elle étoit plus séculière que religieuse, et cela seul suffit pour vous convaincre que les commendes avoient introduit le relâchement dans Jumièges, d’où il ne faut pas néanmoins conclure que les religieux fussent excusables, puisque, connoissant l’abus des commendes, ils dévoient profiter de cette connoissance pour mener une vie plus réglée et plus édifiante, afin d’empêcher qu’elles ne s’établissent pour toujours. Le vice de propriété ne fut pas un des derniers à s’introduire parmi eux; ils avoient tous de l’argent, dès l’an 1467, et les meubles à leur usage leur étoient tellement propres, qu’ils pouvoient les vendre ou les changer sans l’agrément du supérieur. Ils recevoient leur vestiaire en argent, et à la couleur près ils s’habilloient comme bon leur sembloit. En quoi ils dérogeoieiit au traité qui avoit été conclu entre eux et l’abbé Simon Du Bosc, le 5 mai 1411. Leurs tasses et leurs cuillères étoient aussi d argent ou de vermeil, et chacun emportoit son couvert après le repas et l’enfermoit sous une clef particulière. Il en pouvoit disposer de son vivant, et, s’il ne l’avoit pas fait, il lui étoit permis de le donner à sa mort.

Quelques personnes du premier rang, informées de ces abus, crurent pouvoir y remédier en s’adressant à Jacques d Amboise, qu’on croyoit grand observateur do la règle de S. Benoit, parce qu’il sortoit d’un ordre

célèbre dans l’Eglise, et où cette sainte règle étoit encore en honneur ; mais l’évènement ne répondit pas à leurs voeux. L’abbé étoit trop occupé de ses interets pour penser alors a la reformation de ses moines. A la vérité, il résidait dans l’abbaïe, mais il ignorait ce (^ui se passait, ne s’appliquant qu’à connoître, par une étude continuelle du chartrier, l’état de son temporel, qu’il se proposait de rétablir avant toutes choses. Nous ne savons pas s’il y réussit, mais, ce qu il y a de vrai, c’est qu’il eut à cette occasion de longs et fâcheux procès, et qu’il pria souvent les papes de 1 aider dans l’exécution de son dessein, comme il paroit par les bulles de Sixte IV et d’innocent VIII, l’une en date du V mars 1479, et l’autre du 13 décembre 1490, pour la restitution des biens usurpés sur l’abbaïe de Jumièges et des 30,000 livres en or, en argent et en vases précieux qu’on avait enlevées à la mort de Nicolas Le Roux .

Entre les procès que Jacques d’Amboise fut obligé d’avoir pour le rétablissement de son temporel, on remarque particulièrement celui qu’il fit au prince François de Laval, comte de Montfort et duc d’Aquigni L 9-u sujet des bois de Crenne, dans le comté

1 Acquigny, aujourd’hui commune du canton de Louviers (Eure), était une baronnie et non un duché. François de Laval, comte de Montfort, sire de Gavre, de la Guerche, de Louvoys et d’Acquigny, avait épouse à Tours, en 1641, Catherine d Alençon, fille unique de Jean 11, duc d’ Alençon. C’est peut-être en raison de cette alliance qu’on lui donne ici le titre de duc qu’il ne paraît pas avoir pris. On le trouve souvent cité comme baron d’Acquigny. 11 mourut sans postérité, apres avoir ete nommé par Charles VllI grand maître d’hôtel de France. Cf. 1 abbe Lebeurier, Notice historique sur Acquigny , 1862, p. 32.

d EvrGtix, eiitrG Joui et la Ronce, que ce seigneur prétendoit être de son domaine d’Aquigni. Il avoit pour lui une possession immémoriale, sans opposition de la part des religieux jusqu’à Jacques d’Amboise ; mais cette possession étoit suffisamment détruite par une foule de titres originaux que l’abbé de Jumièges produisoit contre lui, et qu’il ne falloit que lire pour reconnaître le malbeur des temps et l’injustice des seigneurs d’Aquigni dans cette longue et paisible possession. Cependant les juges n’osèrent décider, et le procès dura jusqu’en 1480, que François de Laval, craignant l’excommunication dont les détenteurs des biens de Jumièges étoient menacés par la bulle du F’’ mars 1479, renonça enfin à ses prétentions, à condition que tous les ans, au jour de l’Assomption, on diroit une messe pour lui dans la chapelle de la Vierge j qu il lui seroit permis de faire mettre ses armes sur une vitre de la même chapelle, et partout où il lui plairoit dans la grande église, au-dessous des armoiries du roi, et qu’enfin l’abbaïe de Jumièges paieroit aux seigneurs d’Aquigni 20 sols de rente annuelle, au terme de Saint-Michel. L’acte est du 15 mai 1480 (a).

L on vit dans cette meme année, et vers le milieu de la suivante, un commencement de réforme à Jumièges, Jacques d’Amboise, sollicité de nouveau de remédier aux abus, fit tant de caresses aux moines, qu’il gagna sur eux d’assister tous à l’office divin et

{a) Archives,

de le faire avec décence ; de garder le silence dans les récréations, et de ne sortir qu’une fois la semaine et plusieurs ensemble pour passer la journée dans quelque maison de campagne, où on leur feroit porter à dîner et tout ce qui seroit nécessaire. Ils ne furent pas si faciles à guérir du vice de propriété, le plus délicat et le plus dangereux de tous. Tout ce que Tabbé put obtenir, fut de commettre le réfectorier à la garde des couverts d’argent, afin que personne n’en put disposer ; encore fallut-il leur en accorder l’usage, non seulement à l’infirmerie, mais dans leurs récréations. C’est ce qu’on voit dans un règlement fait en chapitre le 24 août 1481. Les moines s’engagèrent de faire insérer ce règlement dans le martyrologe pour etre perpétuellement sous leurs yeux ; mais Jacques d’Amboise ayant été nommé, peu de temps après, à l’abbaïe de Cluny,leur promesse ne fut pas accomplie, etl’abbé n’y pensa plus quand il revint. On ne dit pas l’époque précise de son retour ; mais il est certain qu’il étoit à Jumièges le 28 décembre de la même année 1481, lorsqu’il donna la provision de^ écoles de Saint— Paër— sur-Duclair à Jean Le Vilain, clerc du diocèse de Rouen [a). Il y était encore le 12 décembre 1485, comme il paroît par un contrat de fief fait en chapitre, du consentement des religieux, à Thomas Hautot, d’une pièce de terre et du cours d’eau de Croûtes,

(a) Archives.

dans l’évêché de Lisieux, pour y bâtir un moulin à foulon (a).

L’année suivante, 1486, prévoyant que son absence seroit longue, il donna procuration au grand-pi^ieur pour nommer en son nom aux prieurés et offices claustraux qui vaqueroient pendant son absence. Le 3 de février 1488, il en envoya une semblable au prieur de Croûtes pour recevoir les rentes seigneuriales de sa chambre. Ce qui nous fait voir que les concordats de Jean de Fors et de Simon du Bosc n’avoient plus lieu, et que le vestiaire des religieux, pour lequel ces rentes avoient été abandonnées, étoient pris pour lors sur la mense conventuelle.

Le prieur de Croûtes, dont nous venons de parler, étoit dom Renaud Buquet, d’une famille noble de Normandie. Il se distingua d’abord dans l’étude du droit canon, et il prit le degré de docteur dans la Faculté de Paris. Il fut ensuite prieur d’Helling, en Angleterre, puis de Croûtes, et enfin cellérier de Jumièges. Il ne se fit pas seulement aimer de ses confrères, il s’acquit encore leur estime par sa douceur, sa modération, sa sa sagesse et son zèle. Comme il avoit vécu avec beaud’économie dans ses deux prieurés d’Helling et de Croûtes, il avoit amassé quelque argent dont il acheta, avant que d’être cellérier, 58 livres 10 sols de rente qu’il donna au monastère, du consentement de Jacques d’Amboise et de tous les religieux capitulairement

{a) Archives.

Page 1