‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de JumiègesChapitre 27 sur 39 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

assemblés, en présence de Dom Jean Asselin, prieur de Longueville et chambrier de l’abbé, aux conditions ; 1" que tous les vendredis de l’année, à six heures et demie, le sous-prieur, le tiers ou quart-prieur diroient une messe de la Passion à l’autel de saint Denis, derrière le choeur, et qu’on leur distribueroit 10 livres par égale portion, 40 sols au prieur et 20 sols au chantre, pour veiller à ce qu^’elle fût acquittée par l’un de ces trois religieux, ou par quelque autre, auquel on donnera 6 blancs pour chaque messe sur la rétribution des 10 livres, qui étoient le prix de la fondation {a) ; 2" qu’on donneroit une pareille somme de dix livres à celui qui avoit soin du chartrier, pour dire chaque semaine une messe à l’intention des âmes du purgatoire; 3° que la fête de sainte Catherine, qui n’étoit que double à douze leçons, seroit solennisée en chapes, et que le cuisinier auroit 20 sols tournois de rentes pour donner des tartes ce jour-là à toute la communauté; 4° qu’on chanteroit les premières et secondes vêpres avec la messe, dans la chapelle de Notre-Dame, la veille et le jour des Maries, soeurs de la sainte Vierge, moyennant 50 sols que le chantre distribuera à ceux des religieux que le prieur lui aura donnés pour l’assister ; 5° que le restant de la rente de 58 livres 1 0 sols seroit employé par le sacristain à entretenir de cierges l’étoile de cuivre ou chandelier à quinze branches, qu’il avoit fait

(a) Archives.

placer au milieu du sanctuaire, et que ces cierges seraient allumés à la messe et aux secondes vêpres des fêtes annuelles et à l’exposition de l’évangile des laudes de ce même jour, c’est-à-dire sans doute pendant le Te Beum, où l’on prépare encore aujourd’hui sur un pupitre, au milieu du chœur, l’évangile qui doit être chanté à la fin des matines. L’ahhaïe est encore redevable à dom Buquet de la magnifique sculpture du jubé.

Depuis qu’il fut cellérier de l’ahhaïe, les procès y devinrent plus fréquents, parce qu’étant ennemi des contestations, on crut qu’il serait plus facile de le tromper. Mais l’évènement justifia le contraire ; jamais officier n’eut plus à cœur les intérêts de la maison. C’est ce qui paroît par divers monuments, entre autres par une sentence du bailli de Senlis en faveur des religieux de Jumièges, au sujet de la moyenne et basse justice de Genesville, qu’on avoit attaquée {a) ; et par une autre sentence du bailli de Rouen, en 1490, contre les bourgeois qui prétendoient assujettir les locataires des maisons de la Poterne au guet et garde de la ville, comme les autres habitants, sous prétexte du bien public. Son zèle ne parut pas moins dans l’atfaire des dîmes du prieuré de Saint-Martin de Boafle, que le curé avoit usurpé ; mais la mort le surprit avant la fin du procès (h). On croit qu’elle arriva au mois de décembre 1491. Quoi qu’il en soit, il est certain que le

(б) Ihid.

titulaire perdit son procès l’année suivante ; mais Jacques d’Amboise en ayant été informé, appela de ce jugement au pape Alexandre VI, qui lui donna pour juge l’official de Paris, par une bulle du 22 février 1493. Ce commissaire, s’étant transporté sur les lieux, examina la procédure, et décida en faveur du prieur, qui se maintint d’un autre côté dans le droit de moyenne et basse justice à Boafie contre le procureur du roi du bailliage de Poissy, qui le lui disputoit. La sentence est de l’an 1497 [a). Elle fut prononcée par le bailli même de Poissy, et Don Eustache Le Vasseur, qui étoit alors prieur de Saint-Martin de Boafie, y est qualifié de bachelier formé en théologie de l’Université de Paris. Dom Henri Brion, son prédécesseur, avait eu aussi cette qualité j ce qui leur étoit commun avec tous les religieux de ce temps-là, comme il paroît par un accord daté de 1499, entre le révérend père en Dieu Jacques d’Amboise, abbé de Jumièges, Dora Eustache Le Vasseur, grand-prieur; Dom Jean Vincent, sous-prieur ; Dom Jean Heutenant, tiersprieur, Dom Richard Duval, quart-prieur; Dom Raoul de La Cour, Dom Jean Masson, Dom Robert Hervieu, Dom Nicolas Brevedent, Dom Jacques de la Courbe, Dom Richard Ler, Dom Guillaume Osenne, Dom Simon Le Tellier, Dom Jean d’Orclot, Dom Michel de La Planche, Dom Pierre Le Tellier, Dom David Toiirnebus, Dom Jeap Buquet, Dom Marin Leprêtre,

(a) Archives.

Dom Pierre Cornier, Don Jacques Le Flament, Dom Denis du Mesnil, tous bacheliers en théologie de TUniversité de Paris; Dom Jean Dupuis, Dom Pierre Le Sec, Dom Guillaume Bonnet, Dom Jean Bedeuf, Dom Prudhomme Mabire et Dom Toussaint Le Taneur,

* écoliers de la même Université, d'’une part, et les prieurs de Croûtes et de Dammarie, d’autre part, au sujet d’une redevance de 10 livres tournois par chacun an, au profit de la communauté, sur les prieurés de Croûtes et de Dammarie, où les prieurs n’avoient plus de compagnons depuis quelques années, parce que leur revenu n’étoit pas suffisant pour l’entretien de deux religieux, à cause de l’affaiblissement des monnaies dans le royaume (a). Il se fit par là une espèce de compensation dont les prieurs furent bien aises, afin d’être seuls à l’avenir.

Deux ans après cet accommodement, Jacques d’Amboise fit faire les stalles du chœur et céda à la communauté les fiefs Magnein, La Motte et Serans, avec le marché de Vimoutiers et le bois Colette, dont les abbés avoient joui depuis l’établissement des menses abbatiales et conventuelles, pour la dîme de Hotot- Lauvré et la petite grange de Duclair, qui étoient delà dépendance du cellérier [h). L’acte fut dressé en chapitre le premier jour de juillet 1501.

Quoique les religieux de Jumièges fussent tombés

(a) Archives.

(b) Ibid.

1 Hautot-l’Auvray (canton d’Ourville).

dans le relâchement depuis l’introduction des commendes, ils ne laissaient pas néanmoins de conserver toujours parmi eux le goût des bonnes études. Outre la théologie et le droit canonique qu’ils alloient étudier à Paris, ils avoient une école de grammaire dans l’intérieur de l’abhaïe pour l’instruction des jeunes religieux. Cette école, qui subsistait encore en 1596, étoit même célèbre au commencement du xvi® siècle, non seulement par la science et le mérite du professeur, mais aussi par l’application de jeunes religieux et l’affluence des écoliers et étrangers qu’on y admettoit pour leur faciliter l’étude et leur épargner une dé~ pen se qu’ils n’auroient peut-être pas été en état de faire dans les Universités {a). Le professeur étoit maître Pierre Avril, docteur de l’Université et prêtre du diocèse de Rouen. Il avoit étudié lui-même à Jumièges, mais on ne dit point en quel temps, ni sous quel professeur. Ce que nous savons, c’est qu’il succéda à son maître dans la chaire de grammaire dès l’an 1498. Il était nourri avec les religieux, et on lui payait 100 livres d’honoraires, outre les profits qu’il pouvoit tirer de ses écoliers, dont la plupart étoient pensionnaires dans l’ahbaïe. Il les conduisoit aux récréations du dehors, et l’aumônier étoit chargé de leur préparer la collation dans quelque maison de campagne (6). C’est ce qu’on voit dans un de ses comptes ; toutes sortes de collations sont portées parmi les

{h) Archives.

{h) Ihid.

cliarges attachées à son office, ainsi que le repas que l’on étoit dans l’usage de donner aux vieilles femmes le jour de sainte Pétronille, appelé la fête aux vieilles. 11 s’en présentoit quelquefois jusqu’à cent, auxquelles on donnoit avec la soupe du pain à discrétion, deux œufs, un mets de poisson ; c’ étoit ordinairement une feinte et une bouteille de bière ou une pinte de Conibout ; ce qui prouve que le vignoble de la presqu’île de Jumièges subsistoit encore en 1500. Il ne sera peutêtre pas inutile de remarquer ici que le vin ne valoit alors que 30 sols le muids, la bière 16 sols le bambour, les feintes 6 sols la douzaine, le quartier de mouton 4 sols, le minot de sel pris à la gabelle de Caudebec 23 sols 1 0 deniers, la livre de beurre de Flandre 13 deniers, la livre de chandelle 1 sol, la mine de pois blancs du poids de 200 livres 18 sols, la mine d’avoine 13 sols, la mine d’orge 10 sols, et le millier de fagots 34 sols.

Les grandes dépenses que Louis XII fut obligé de faire en ce temps-là pour la conquête du Milanais et du royaume de Naples l’engagèrent à demander un subside à la province de Normandie. Les religieux de Jumièges contribuèrent non seulement au paiement de ce subside sans faire aucun emprunt, ils furent même en état de faire un prêt de 2,000 livres à la ville de Rouen, qui, pour récompense de ce service, leur suscita un procès à la vicomté d’eau en 1503, à l’occasion de leurs vins, qu’elle prétendoit assujettir au droit d’aides, lorsqu’ils passoient devant Rouen. Mais l’af-

faire ayant été portée au baillage, les religieux furent confirmés dans leur exemption par sentence du vingtième jour de septembre de la même année (a). Quant à leur prêt, ils n’en furent remboursés que vingt ans après. Encore fallut-il une sentence du bailli de Pv,ouen contre les officiers de la ville.

Cependant ils se plaignoient toujours des entreprises que le seigneur de Berville faisait sur leur pêche, qu’il soutenoit être à lui des deux côtés de la rivière de Seine, dans l’étendue de son fief. Pour obvier à ces entreprises, qui avoient commencé dès l’an 1492, ils prièrent Jacques d’Amboise de porter leurs plaintes au prochain parlement de Normandie ; ce que l’abbé fit avec tant de zèle et de succès, cjuele sieur de Berville, malgré son crédit, fut débouté de ses prétentions par arrêt du 14 février 1504 (ô).

Dans l’intervalle de ce jugement, le cardinal Georges d’Amboise, archevêque de Rouen, fit sa visite à Jumièges. Il fut reçu par son frère, qui en étoit abbé, et par les rehgieux, avec tous les honneurs et toutes les caresses qu’il en pouvoit attendre ; ce qui ne l’empêcha pas de prendre les 100 sols 8 deniers que le chambrier et l’aumônier lui dévoient pour son droit de procuration, quoiqu’il eût passé huit jours dans l’abbaïe (c). Jacques d’Amboise l’accompagna à son départ pour Rouen, et vint passer le carême à Jumièges, où il fit la

(a) Archives.

(b) Ibid.

(c) Archives ; Journal du chambrier.

cérémonie du lavement des pieds les trois derniers jours de la semaine sainte, à treize pauvres, auxquels il fit donner 13 deniers et une paire de souliers, selon l’usage. La communauté fit ensuite la même cérémonie à quatre-vingt pauvres et leur donna à chacun 3 deniers.

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