‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de JumiègesChapitre 28 sur 39 · FRANÇOIS DE CLERMONT, SOIXANTE-QUATRIEME ABBÉ · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE CLERMONT, SOIXANTE-QUATRIEME ABBÉ

L’évêché de Clermont, en Auvergne, ayant vaqué vers la fin de cette même année 1504, le roi nomma Jacques d’Amboise, le 15 mars de l’a»nnée suivante, pour remplir cette place, et donna l’abhaïe de Jumièges à François-Guillaume de Castelnau Clermont-Lodève, archevêque de Narbonne, cardinal du titre de Saint- Étienne au Mont-Cœlius. Il étoit fils de Pierre de Tristan, sieur de Clermont, et de Catherine d’Amhoise, fille aînée de Pierre d’Amboise, soeur de Chaumont, dont nous avons parlé à l’occasion des deux derniers abbés, Louis et Jacques d’Amboise. Celui-ci donna à l’abbaïe le magnifique calice dont on se sert encore aujourd’hui aux fêtes solennelles, et fit réparer à ses dépens la cohue', qui a été depuis transférée au bourg de

1 Ce mot désignait le lieu destiné à tenir la justice, comme aussi l’assemblée des officiers de justice, comme on voit dans les Ordonnances de l’Echiquier de Normandie de l’an 1383.

Duclair, à une lieue ou environ de Jumièges. Il est fait mention dans le catalogue des manuscrits de deux missels à l’usage de Jumièges achevés de son temps par frère Michel Benie, sous-cellerier (a)^, d’une Imitation de Jésus-Christ attribuée à Gersen par frère Naudin Buquet, prieur de Croûtes (6), d’un Commentaire d’Origène sur rAncien-Testament par frère Richard Duval de Vimoutiers (c), et des Quolibets de S. Thomas d’Aquin ^ achetés d’un frère prêcheur par frère Jean Asselin(c?). Ce sont les derniers ouvrages de plume auxquels nous voyons que les religieux se seroient appliqués. On en peut voir le détail dans le catalogue que nous mettons à la suite des pièces justificatives de cette histoire.

François de Clermont prit possession de l’abbaïe de Jumièges le 8 novembre 1505, et le 12 du même mois il donna des provisions de sénéchal de sa terre et seigneurie de Hauville à Richard de la Houssaie, écuyer. Ayant ensuite choisi pour chambrier dom Marin Le

(a) Ms. K., no 5 et 6.

(h) Ms. O., no 57.

(c) Ms C., nos 9 et 11.

(d) Ms E., no 15.

1 Bibliothèque de Rouen. Manuscrits relatifs à la Normandie, no 25 du catalogue dressé par M. Frère. Missale ad usum ecclesie Gemmeticensis absolutum, Ann. JD. 1485, in-fo vél. avec un grand nombre d’initiales ornées. (Prov. Jumièges, K. 5.) Ce superbe manuscrit a reçu une reliure moderne aux armes de la ville de Rouen.

2 L’auteur veut ici désigner les Questions quodlibétiques, ainsi appelées parce qu’elles étaient des réponses adressées à toutes sortes de personnes sur des sujets divers.

Prêtre, il employa tous ses soins à maintenir et même à accroître le commencement de reforme que son oncle avoit établie; mais le succès ne répondit pas à scs vœux. Les moines, plus accoutumés que jamais depuis le départ de Jacques d’Amboise à vivre dans le relâchement et à ne suivre des exercices réguliers que ce qu’ils vouloient, furent sourds à toutes ses exhortations, en sorte que le cardinal, ne pouvant rien gagner sur eux, les abandonna entièrement pour se retirer à son église, après avoir refusé au prieur des lettres de grand vicaire pour conférer les bénéfices de son lot, qui viendroient à vaquer en son absence. 11 nomma pour cela, et pour recevoir les comptes des ofiiciers, Jacques de Castignoles, chanoine et chancelier de l’église de Rouen, devant lequel l’aumônier rendit en effet son compte le 7 de février 1508 (a). Le grandprieur mourut la même année, et les officiers s’assemblèrent à la Poterne pour lui donner un successeur. Cette entreprise déplut fort au cardinal de Clermont. Il vint à Jumièges pour déposer le grand-prieur et punir les électeurs ; mais ayant appris que les religieux particuliers, qui étoientdans une espèce de servitude à l’égard des officiers, avoient approuvé l’élection, il dissimula son ressentiment, et partit de Jumièges pour n’y jamais revenir. On croit même qu’il se proposa dès lors de se démettre de son abbaïe, mais que le cardinal d’Amboise s’y opposa. Quoi qu’il en soit, il est cer-

(a) Archives.

tain qu’il ne garda l’abbaïe de Jumièges que jusqu’à la mort de Georges d’Amboise, qui arriva le 25® de mai 1510. Il étoit alors archevêque d’Auch, après avoir possédé successivement les évêchés de Saint-Pons, de Valence, d’Agde, et l’archevêché de Narbonne.

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